‹ Guide de la Basilique St. Marc à VeniseChapitre 38 sur 46 · I. CLOCHER · texte numérisé non relu

I. CLOCHER

ue S.t Marc, comme toutes les autres églises, eût dès son commencement un clocher, cela est hors de doute :

mais je ne crois pas que, puisque on trouve cité dans des chroniques le clocher de S.^ Marc en 888 et en 902, on doive fixer à ces dates l'érection de Tactuel : peut-être on en aura alors jeté les fondations.

Il paraît, que son érection appartient à quatre dates, savoir : Ij^ Au milieu du XIL® siècle la tour proprement dite était achevée. 2.e En 1175 on éleva la cage des cloches, en la couronnant d'une basse toiture pyramidale; la hauteur totale du clocher atteignait ainsi presque soixante-dix mètres : il est probable, que Nicolas Barattieri en ait été l'ar-

chitecte. 3.® Un siècle plus tard on couvrit la cage d'une pyramide en bois recouverte de plaques de cuivre doré : on en ignore l'architecte ; on sait seulement, qu'en 1329 lin nommé Montagnana présidait aux travaux du clocher: la hauteur du campanile monta alors à quatre-vingt-deux mètres. 4.® En 1510 le clocher fut réduit à sa forme actuelle par Barthélémy Buono, bergamasque, qui renouvela aussi la cage.

Sur huit bas échelons en pierre arénaire, qui s'appuient à de gros radeaux en bois de chêne (hauteur totale de ces fondations quatre mètres environ) et qui n'outrepassent pas de beaucoup le pavé de la place, s'élèvent deux tours, l'une inscrite dans l'autre et séparées d'entre elles par trente-six rampes et deux escaliers, qui servent pour monter à la cage des cloches : la largeur des rampes est de m. 1, 2. Latéralement à chaque rampe, à g. de celui qui monte, deux arcades ^aèrent le grand puits de la tour intérieure. A chacun des angles on monte par une marche d'une rampe à l'autre.

Chaque côté de la tour extérieure est divisé verticalement par des piliers saillants, réunis en haut par des arcs à plein-cintre en quatre faces ; dans celles à g. s'ouvrent des fenêtres qui servent à éclairer et aérer l'intérieur ; il y en a huit au n. et à l'o., ïieuf au s. et sept à l'e.

La cage des cloches est très-bien proportionnée ; de chaque côté quatre arcades à plein-cintre s'élèvent sur trois colonnes ali-

gnées, deux cylindriques et une carrée : de ces colonnes au nombre de soixante, trente-sept sont de cipolin, deux de vert antique, une de granitelle et vingt (ce sont les carrées) de marbre comun.

Quant aux cloches leur nombre a varié ; actuellement on en compte cinq dont les tons sont les suivants : sib, do^ re^ mi^ fa; le si b est un peu bas et se rapproche du la.

Huit grosses colonnes carrées de pierre servent de base à la charpente qui soutient les cloches. Intérieurement au milieu de chaque parapet il y a une inscr. latine gravée et divisée en quatre : la voici : -|- Xtus rex (e.) venit in ']^ace (s.) et Leus liomo (o.) factits est. (n.).

Par un escalier de fer en limaçon on monte à une galerie qui s' étend de tous les quatre côtés : elle est ceinte d'un parapet à hauteur d'appui, et a soixante-quatre colonnettes en bronze et seize pilastres en marbre.

Sur la galerie s'élève un grand attique, chaque face duquel présente un bas-relief; les deux à Te. et à To. offrent deux femmes symboliques; des deux autres il ne reste que les blocs de marbre faisant saillie et qui leur servaient d'attache ; c'étaient deux lions colossaux que la fureur démocratique mit en pièces à la fin du dernier siècle.

Cet attique sert de base à une svelte pyramide dont les arêtes sont en marbre blanc et rouge ; les triangles sur ses côtés en briques sont recouverts de plaques de cuivre.

L'ange, qui couronne le clocher, tourne

au gré du vent, en servant d'anémoscope ; il fut placé ]à-haut en 1517 ; en 1822 on le renouvela et on souda entre ses ailes une l)oîte en cuivre avec Tinscr. suivante sur parchemin : Cicrantib. IX, viris, pj^aep. fahr, basil. Marcianae, Aloysius, Zandomeneghi.

honar, arthun, acad, magister, opics. fînxit. Barth. Ferrari, Ant, Bosa, socii, idem, prohaverimt, loan, Casadoro, sculptor, lignor. Francisais, Carissimi, faber, ferr, exsequitti. simt, Caspare. Biondetti, macMiiar, ad.

erectionem, stritctore, Caesare, Fustinelli. archit , omnia , modérante . Venetiis . A. M. DCCC, XXII.

Cet ange fut redoré en 1858 : il est creux et en cuivre, et élève sa droite (l'index est garanti par une boule de verre de l'électricité atmosphérique) en tenant un lis dans sa g.

La hauteur totale du clocher, qui se dresse verticalement et dont la tour (qui à n. e. penches eulement de quarante centimètres), est de mètres 98,60, savoir :

Du pavé de la place à la cage des

cloches M.s 55. —

De la cage des cloches à la galerie » 7,60 Attique et pyramide .... » 30,50 Ange » 5,50

Total M.« 98,60

Plusieurs édifices surpassent en hauteur le clocher de S.^ Marc ; mais il faut considéïer, que sa tour, isolée et bâtie sur pilotis, n'a de côté que m.^ 12,80, et qu'il se dresse

sur une base qui atteint à peine 180 m.^ c.^ Or la base de la pyramide de Chéops est de m.s c.s 54289 ; S.^ Pierre de Rome et d'autres cathédrales couvrent une aire de plusieurs milliers de m.^ c.^ On peut donc affirmer, que le clocher S.^ Marc, non pas ahsolitment mais 7^elativeme7itj est le plus haut édifice élevé par rhomme, excepté toutefois le Toy^razzo de Crémone qui, sur une base de m.^ c.^ 169, s'élance à la hauteur de m.^ 110,96.

Je mettrai fin à cette description du clocher vénitien par deux petites digressions ; la première notera quelques faits qui s'y rapportent; je décrirai dans la seconde le beau panorama dont on jouit de la cage des cloches.

En 1283 on inaugura le svolo (vol) du jeudi gras. Un jeune homme habillé en ange m^ontait par une corde bien tendue d'une barque amarrée près du ikfoZo jusqu'à la cage des cloches, et par une autre corde descendait à la galerie du palais des Doges, où il présentait à sa Sérénité un bouquet de fleurs,

2. e En 1379, au temps de la guerre de Chioggia, des canons y furent braqués.

3. e En 1405 la flèche du clocher brûla pendant qu'on fêtait par un feu d'artifice une victoire.

4. e Le clocher fut endommagé par un tremblement de terre le 26 mars 1511.

5. ® En 1518 on abolit le supplice de la cheha (cage). Une cage en bois et en fer pendait d'une corde à mi-hauteur de la tour du clocher, et on y tenait renfermés pendant

quelques mois les prêtres coupables ; ces malheureux , nourris au pain sec, étaient exposés aux intempéries dans ce pilori flottant.

6.« Un turc en 1565 monta de la place jusqu'à la cage des cloches sur une échelle de corde.

T.e En 1776 Jos. Toaldo arma la flèche du clocher d'un paratonnerre : plusieurs fois la foudre avait frappé cet édifice, notamment en 1383, 1417, 1490, 1547, 1582, 1745, etc.

8. ® On hissa en 1809 une nouvelle cloche pesant K.^ 5441 : on l'appelait la Gamhona du nom du Patriarche (le napolitain Gamboni) qui l'avait fait fondre. Lorsque, le vent soufflant du s., elle sonnait le minuit, on en entendait le tintement sur les murs de Trévise (28 chil.s de dist.). Bientôt, de crainte que le branlement de cette lourde cloche ne nuit à la solidité du clocher, on la descendit.

9. ^ Par ordre du gouvernement militaire on ne sonna pas ses cloches pendant plus d'un mois de l'été 1859.

10. ^ Le commerce de l'ancienne Venise était si florissant, que même sur trois côtés de la base du clocher (sept. occ. et mér.) il y avait seize magasins et comptoirs : on les démolit en 1873.

Quant au panorama dont on jouit du clocher, je remarque, qu'il n'est pas nécessaire de monter à la galerie sous l'attique (il n'y a pas moyen d'aller plus haut) : on n'y gagnerait que très-peu, et on est bien plus à son aise dans la cage des cloches.

Je citerai les vues principales, en les par-

tageant en trois classes, c'est-à-dire, ville, lagune, et enfin mer et continent : je note aussi, que je commencerai toujours à Te., en continuant vers le s.

Il va sans dire, que du clocher on voit à vol d'oiseau la piazza, la piazzetta^ la Basilique, le palais ducal et le royal, le Molo et la riva (quai) degli Schiavoni,

À l'extrémité or. de la ville on remarque l'Arsenal, l'église S.* Pierre et les jardins publics, et au s. on a la perspective de l'île S.^ George Majeur et de celle appelée Giudecca (l'ancienne Spmalonga)^ célèbre par la belle église du Redentore : plus près il y a la Douane, le Séminaire, l'Observatoire et la majestueuse église de la Sainte,

Le clocher à l'o. derrière le palais royal appartient à l'église S.^ Moïse ; un peu plus loin il ^y a le théâtre la Fenice et le clocher de S.^ Etienne, et plus loin celui des Carmini couronné d'une statue en bronze de la Vierge : au n. o. on aperçoit le beau clocher des Frari^ et au n. celui de la M adonna del- V Orto, en style lombardesque.

Au n. se dresse le clocher de l'église dédié aux Apôtres, et plus près de la place on voit le petit pont du Lovo (loup) : je cite ce pont, parceque des trois-cent-cinquante, qui joignent les nombreux quartiers de la ville, c'est le seul qu'on aperçoive du clocher S.^ Marc. En poursuivant vers l'e., on trouve le dôme de l'église ogivale des SS.^^ Jean et Paul (S. Zanipolo)^ la flèche du clocher de S.' François de la Vigna et le gazomètre.

Quant à la perspective des lagunes, on voit de loin à Te. une pointe sablonneuse ; c'est l'extrémité occ. du littoral (île) du Cavallino où le fortin Tre porti défend l'entrée du port homonyme. Entre ce port et celui du Lido s'étend le littoral S.^ Erasme avec quelques redoutes, et à l'entrée du dernier port le château S.^ André, chef-d'oeuvre de Sammicheli, occupe^la partie mér. de l'île Certosa. Derrière S.^ Erasme il y a des îlots, dits les Vignole à cause de leurs vignobles.

Plusieurs îles sont au s. e. de Venise, ►savoir S.^^ Hélène, S.^ Servolo (dont l'église a deux clochers et qui contient l'hôpital des fous) S.^ Lazare des Arméniens et l'ancien Lazaret. Au s. quatre îles se suivent l'une l'autre dans la même direction : ce sont la Grazia, S.^ Clément (hôpital pour les folles) S.^ Esprit et Poveglia ; cette dernière a un fortin, et les navires ayant patente brute y font la quarantaine.

Du port du Lido à celui de Malamocco s'étend du n. au s. une langue de terre, longue treize chilomètres et d'une largeur inégale : la forteresse S.^ Nicolas défend le^ port homonyme ; il y a ensuite l'église S.^^ Elisabeth, les bains, deux redoutes, la grosse bourgade de Malamocco et enfin sur le port de ce nom le fort Alboroni.

Ce port (au s. o. de Venise) a été rendu praticable aux gros navires, qui jadis devaient mouiller au-dehors à Pelorosso, par deux môles {Diga et Controddiga) dont les travaux ont commencé en 1840. De l'autre côté du port

■s'élève le fort S.* Pierre in volta, et le canal dans la lagune est défendu par six îlots avec des batteries bastionnées.

Du port de Malamocco jusq'au-delà de celui de Chioggia on a construit dans le siècle passé les célèbres Mitrazzi sur une longueur totale de mètres 5227. On distingue au s. la ville de Chioggia, son faubourg Sottomarina et la forteresse Brondolo,

On voit à To. deux petites îles fortifiées, S.^ Ange de ContorHa, ou de la Polvere, et S.t George in Alga, Au s. o. le grand pont du chemin de fer (à dr. duquel il y a Tîle S.^ Second) apparaît comme un ruban flottant *sur la lagune.

De l'o. au n. cinq batteries sur des îlots {Campalto, Tessera, Carhonera, Buel del Io\-o e Monte d' oro) ferment les petits canaux, qui de ce côté mettent Venise en communication avec le continent.

Au n. on aperçoit Micrano, la ville des verreries, et plus près de Venise le cimetière; •et au n. e. le nouveau Lazaret et les trois îles de S.^ Jacques du Paludo (marais) de Mazorho et de Burano^ grosse bourgade de pêcheurs et de dentellières: plus loin s'élève le clocher de la cathédrale de l'ancienne .Torcello^ et vers Te. (à 5 chil. de Burano) on entrevoit les Salines S.^ Félix. Enfin tout près du littoral S.^ Erasme il y a l'îlot S.^ François del -Deserto où demeura quelque temps le patriarche d'Assise.

Le panorama de la mer et du continent ■est très-varié : de Te. au s. la vue s'étend

sur l'Adriatique sillonnée par des pjroscaphes, par de nombreux navires de cabotage et par des barques de pêche aux voiles multiformes et multicolores ; dans les journées complètement sereines on découvre de loin à Fe. les montagnes de Tlstrie.

Du s. à l'o. on aperçoit d'abord plusieurs valli^ c'est-à-dire de vastes réservoirs et viviers de poissons qu'on multiplie en y jetant aux saisons opportunes leur frai ; et au-delà s'étendent les plaines fertiles du Polesine. À g. de l'Adige s'élèvent les monts Euganéens dont le plus haut est le Venda (m.^ 577). On voit à l'o. le clocher de Dolo, bourgade sur le Brenta, et plus loin Padoue, et les coteaux Berici.

Au n. des lagunes il y a la forteresse de Marghera^ Mestre et les villages Campalto et Campaltone, et au n. o. on aperçoit de loin la montagne où se trouvent les Sette Comzini, peuplés par d'anciens Teutons qui parlent encore leur langue primitive, la gorge du Brenta, le temple élevé à Possagno par Canova, les collines de Conegliano, le bois du Montello^ etc.; au n. e. se déroulent les plaines du bas Frioul.

À l'horizon sept, les Alpes Carniques, dont la Marmolada (m.^ 3508) est le point culminant, forment du mont Baldo (o.) au Terglou (e.) un grand demi-cercle et poussent dans la plaine de la Vénétie plusieurs contre-forts (Prealpi),

Il va sans dire, que pour jouir de ce beau panorama il faut que la journée soit parfai-

tement sereine ; les heures les plus favorables sont celles de la matinée. On trouve chez le pompier de garde de bons binocles et des lunettes d'approche.

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