‹ Guide de la Basilique St. Marc à VeniseChapitre 37 sur 46 · OBJETS PROFANES · texte numérisé non relu

OBJETS PROFANES

Leur nombre est de trente-six, dont vingt offrent moins d'intérêt que les autres; c'est pourquoi je me contenterai de les citer avant de parler en détail des seize qui sont vraiment remarquables sous plusieurs rapports.

Ce sont deux petites salières en nacre (à dr.) montées en argent doré; un petit plat de cristal de roche (à dr.); trois topazes saxons (le plus gros pèse gr.^ 173) dons du cardinal Monico; une tète d'enfant en agate (à dr.) brisée en trois pièces; cinq vases, dont deux de bel albâtre or. (à dr.) qui probablement étaient des mesures, deux de verre {?ans garniture, un à deux manches et l'autre offrant trois animaux monstrueux (à dr.) et le cinquième de granitelle blanc et noir (à dr.) avec deux anses très-petites ; une oorne de rhinocéros; un grand et beau siège de noyer, appartenant aux Doges; un petit vase à parfums de porcelaine blanche ; une écuelle de serpentine (à dr.) portant les armoiries de la famille vénitienne Zantani; le buste de Sérapis (à dr.) en albâtre ; une grappe de raisin en cristal de roche (à dr.) avec ses feuilles et ses pampres d'or ; un vase d'albâtre (à dr.) monté en vermeil, filigrane et gemmé; enfin une grande bague (à dr.) oti des pierres fausses sont serties en argent doré et qui, à mon avis, est la dernière bague faite pour être jetée à la mer par le Doge le jour de l'Ascension.

A présent je passe à décrire les seize objets que j'ai déclarés très-intéressants, et qui le sont en effet.

1.^^ 2.e Deux aiguières (à dr.). Tune d'agate et l'autre d'onyx, monolithes fort remarquables par leur belles taches et par leur poids ; la première pèse ch.^ 2,125, et la seconde ch.^ 2,096; toutes deux ont pour

manche un grand lézard bien sculpté; \& travail sans monture métallique est orientaL

3. ^ Une autre aiguière piriforme (à g.) est de cristal de roche avec le manche de la même matière ; on y voit sculptés parmi des rinceaux deux léopards, et autour du cou elle offre une inscr. en caractères coufiques, qui signifie ; « Bénédiction de Dieu « pour rinian Aziz Billah. » Ce calife fatimite régna en Egypte de 975 à 996. Cette belle aiguière est soutenue par un piédestal d'or, et une lame du même métal vissé à son manche remédie à sa fragilité.

4. e Vingt-six pièces (à dr.), une ronde de verre et toutes les autres d'un très-bel onyx (un disque, huit trapezoïdes, seize rectangles) sont montés en argent doré, formant un vase octogone, à un manche et sur quatre petits pieds : c'est un travail occ, et il n'est pas aisé d'en affirmer l'usage ; probablement il s'agit d'une autre aiguière.

5. ^ Un vase piriforme de beau verre (à g.) ressemble à une burette, mais il ne l'est pas, puisque son bec à cou très-long n'a point de communication avec l'intérieur du vase, sur lequel on voit en bas-relief deux quadrupèdes parmi des ornements fantasques. Sa monture, y compris le manche et le bec, est en argent doré dont la ciselure figurée est d'une grande finesse et d'une élégance exquise. C'est sans doute un travail or., mais non pas byzantin.

6. e Je dois dire de même à propos d'une boîte d'ivoire (à dr.) cylindrique, avec sou

couvercle, et peinte extérieurement en rouge : on y a représenté deux paons, des oiseaux, quatre branches feuillues, deux cavaliers à la chasse, etc: une inscr. en arabe correspond littéralement à: « Lorsque la main est « levée, c'est un bonheur. L'Etre suprême « ordonne toutes les choses. »

7. ^ Une corne très longue (m.^ 2,34) doit être la dent de la mâchoire supérieure d'un narval, et non une corne véritable, car sa matière n'est pas cornée mais éburnée. Elle appartenait anciennement au musée de Turin ^ mais elle devint propriété du maréchal Ch. de Brissac, comme butin de guerre : on l'estimait vingt-quatre mille écus. Les descendants du maréchal la vendirent à Impérial Contarini qui, élu Procurateur de S.^ Marc, la légua au Trésor par son testament (7 déc. 1684) avec un grand piédestal d' argent, dont le poids était de ch. 7,88 : on l'a fondu en 1833 pour en faire un lampadaire.

8. ^ 9.^ Deux grands vases ellipsoïdaux (à dr.) se ressemblent beaucoup en dimensions? et en ornements; en effet bases, couvercles, manches et bandes d'attache, en vermeil et d'un travail très-fini, y sont filigranés et trèsrichement gemmés : cependant l'un est de cristal de roche et l'autre de verre, et à ce dernier il ne reste plus qu'un manche ; de plus le vase de cristal a tout autour en haut une inscr. en caractères coufiques, dont la traduction est la suivante : « Félicité, bonheur « complet et santé à notre maître. » Ils sont un produit de l'art arabe, et étaient proba-

blement deux vases de dessert, ou deux lanternes pour la chambre à coucher.

10.^ 11.^ Voilà deux cornes de licorne à peu prés semblables, de la longueur environ d'un mètre et montées en argent doré : une est d'une seule pièce, et l'autre de trois. La première est enchâssée à sa base dans un petit cylindre sur lequel on lit : 'IcoàvvTiÇ. Tlxkocio'koYOç. PacTiXè -f- E"XLOU[x)copvi. àvTi. (pàp[y.a/COv (Jean Paléologue empereur -|- Licorne contre-poison), et qui offre aussi gravé un aigle couronné et à deux tètes; cette corne aboutit à son autre extrémité à une longue pointe de vermeil, en bas de laquelle il y a une inscr. arabe, incomplète et que l'on pourrait traduire de la manière suivante: « Quicon- « que écoute et accepte cela, aura à peu près « le mérite d'avoir pratiqué les sept démons- « trations prescrites : » ces derniers mots indiquent les sept prières quotidiennes qui ont toujours été en usage dans l'Orient : d' une chaînette, qui d'un côté s'attache à la petite zone portant Tinscr. arabe, et de l'autre à un anneau placé à la moitié de la corne, pend un gros médaillon à deux faces ciselées qui offrent le lion ailé tenant un livre fermé sur lequel on lit : Pax tibi, Marce Evangelista meus, La pointe de la seconde corne, en partie cannelée spiralement, présente ces mots : -f- Xoïps, xe^aptTO^pivvi (Avé, pleine de grâce); en outre, sur un anneau un peu au dessous on a gravé ce trisagion : ''Aytoç. Osoç. ''Ayto;. lajy^oç, ''Ayto;. àS'àvaTo;. (Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel), et sur

Tanneau central : + E»j};oyYi[i.£voç. 6. èp/^ojAsvoç. (baocvà T(o uitù AaptS. (Béni celui qui vient: hosanna au Fils de David). Le cylindre de vermeil à sa base offre deux inscr.^ en arabe, dont voici la traduction : « Au nom du Dieu « miséricordieux de la miséricorde : c'est lui « notre but. Au nom du Dieu miséricordieux « de la miséricorde : nous nous éloignons tous « de lui sans sa guide: c'est ainsi qu'il nous « a déclaré. » Les épigraphes grecques sur ces deux cornes ont plusieurs fautes d'ortographe et de ponctuation; il y a aussi à noter, qu'au moyen-âge ces cornes jouaient un grand rôle dans la thérapeutique, car on les croyait un spécifique contre presque toutes les maladies ; c'est pourquoi on en vendait les ràpures à des prix fabuleux.

12.® Une écuelle de turquoise persane (à dr.), ayant en diamètre presque dix-sept centimètres, a pour base un cercle de vermeil lié par cinq bandelettes semblables au trèsriche bord d'argent doré qui, élégamment ciselé, filigrané et gemmé, a aussi des émaux d'une finesse exquise. La pierre, qui supérieurement s'évase en formant cinq arcs, est lisse dans sa partie intérieure, pendant qu'extérieurement elle présente tout autour en basrelief cinq lièvres et au-dessous deux mots arabes que Montfaucon a lus J5(xr Allao (Dieu auteur). Cette écuelle est un don du chah de Perse Uzun-Hasan à la République de Venise dont il sollicitait Talliance contre la Turquie (1472). Dans mon ouvrage II Tesoro (pag. 94-98) j'ai refuté par de nombreux

arguments tirés du bon sens, de la logique, de l'autorité et de Thistoire, et par de solides preuves fournies par la physique et par la chimie quelques modernes, qui osèrent avancer, que cette écuelle, au lieu d'être de turquoise or., est d'une pâte artificielle.

13. ® On ignore quand et comment le Trésor a été enrichi d'une belle urne cinéraire d'un marbre qui tient à la fois du granit et du porphyre, et qu'on tira des fouilles pratiquées à Persépolïs : sa hauteur atteint cent.^ 68 : ce beau monolithe a en haut un petit manche ébréché, et trois petites oreilles qui jadis servaient sans doute pour lier à l'urne son couvercle qui n'existe plus. Cette urne est un du petit nombre de monuments mobiles qui offrent une inscr. bilingue : on y voit gravée superficiellement une croix en forme de Tau, dont la traverse a des caractères cunéiformes et le tronc des hiéroglyphes, original et traduction qui correspondent à « Artaxerce le Grand: » quatre rois de Perse ont porté ce nom, mais les savants ne sont pas d'accord pour déclarer duquel il s'agit ici ; les uns tiennent, qu'il soit le 1,®^ surnommé Longimanus (471-424 a. J. C); d'autres penchent pour le III.® dit aussi Ochus (362-328) : tout près de l'urne sur un petit tableau on peut voir le fac-similé de cette inscr.

14. ® 15.® Deux sceaux de verre (à dr.), offrant la forme d'un cône tronqué et renversé, sont très-intéressants. Le plus haut (cent.^ 27) d'un verre un peu verdâtre a sa

surface partagée en deux zones ; dans la su périeure se détachent deux cavaliers et deux bêtes fauves, chacune ayant sur son dos un chien ; il y a aussi un arbrisseau : c'est une <îhasse : V inférieure est ornée de soixante petits cercles dont malheureusement il ne reste plus que la moitié. Toute cette ornementation en verre ne se rattache au sceau que par des pointes de la même matière, spécimen précieux de la verrerie ancienne, admirable par sa finesse et probablement égyptien. Le verre de l'autre sceau qui manque de fond est d'un violet très-foncé, et son manche moderne; sa surface, un peuébréchée et travaillée à la roue, représente une bacchanale : on y voit quatre hommes et quatre femmes, des branches de vigne, des^ grappes, et aussi des oiseaux, des poissons, etc. A l'instar du précédent ce beau travail doit être égyptien.

16.® Cette patère sphéroïdale (à dr.) est en verre d'une teinte vineuse tellement foncée qu'elle paraît noire : deux cercles minces d'argent doré, qui en bas et en haut entourent la coupe, sont liés par deux manches élégants et d'une date postérieure ; dans chacun est serti un petit saphir. Ce que cette patère a de remarquable sous le rapport artistique est sa peinture en or et en couleurs, qui est d'une finesse admirable. Parmi de beaux ornements on y voit vingt-un médaillons, dont quatorze petits n'offrent qu'une tête, pendant que les autres ont des figures symboliques.

Je suis d'avis, que c'est un travail romain,

et que quelques siècles plus tard on traçait à sa base et à son bord intérieur deux inscr.^ en caractères coufiques, mais qui sont effacées en grande partie et dont l'interprétation est fort difficile. Au contraire la peinture ancienne est parfaitement bien conservée, et la dorure garde son éclat primitif.

Il va sans dire, que l'Église S.^ Marc possède aussi plusieurs autres objets de valeur et remarquables, tels que lampes, chandeliers, mitres, vases sacrés, ornements sacerdotaux, devants d'autel, croix, dais, ostensoirs, etc. que l'on garde ou dans la sacristie supérieure ou dans un magasin. Je ne puis cependant omet-^ tre de faire mention de plusieurs dentelles très-précieuses destinées à orner des aubes et des nappes d'autel : leur hauteur varie de 45 à 15 cent.^ et leur longueur atteint au total une quarantaine de mètres. Il y a aussi quinze belles tapisseries flammandes, dont dix représentent la Passion de N. S. et cinq des faits relatifs à la vie de S.^ Marc. Enfin quatre tapis persans, cadeaux des Chahs à la Sérénissime, méritent d'être vus : selon l'usage mahométan ils ne sont pas figurés.

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