‹ Guide de la section de l'Etat indépendant du Congo à l'Exposition de Bruxelles-Tervueren en 1897Chapitre 106 sur 184 · LE CAOUTCHOUC · texte numérisé non relu

LE CAOUTCHOUC

C'est en 1 5 36 qu'il a été fait mention pour la première fois, à propos d'un jeu de balle des Indiens, d'une matière élastique qui n'était autre que le caoutchouc. Successivement divers observateurs signalèrent le même produit et des échantillons furent même amenés en Europe et pendant deux siècles ils ont figuré dans les collections des cabinets de curiosité.

En 1736, Lacondamine attira plus sérieusement l'attention des savants sur les plantes à gomme des pays tropicaux et en 176a le botaniste français Fuset-Aublet publiait dans une notice sur la florç de la Guyane la description de l'arbre à caoutchouc auquel il donne le nom à!Hevea guyanensis. Nombre d'autres espèces furent bientôt déterminées par différents savants, des chimistes étudièrent la nouvelle résine, on lui découvrit certaines propriétés, mais son usage

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pratique restait toujours restreint à celui de gomme à effacer, « india rubber ».

En 1820 naquit l'industrie du caoutchouc dont on appliqua la dissolution dans les essences et les fils découpés pour faire des tissus élastiques. Mais ce fut la vulcanisation du caoutchouc, qui empêche celui-ci de durcir au froid et de s'amollir sous l'influence d'une température un pey élevée, puis l'invention du caoutchouc durci et la possibilité de moitler des objets qui devaient donner à cette matière la place capitale qu'eue occupe aujourd'hui.

Quantité de plantes, même parmi celles appartenant à notre climat, sont gummifères, mais celles des tropiques seules fournissent des latex exploitables. M. Th. Seeligmann en donne une liste de quatre-vingt-huit espèces et celle-ci n'est pas complète. Ces plantes sont comprises dans quatre familles : les EUPH0RBIACÉE5, parmi lesquelles les Hevea et tes Manihot ; les URTICACÉES, qui donnent les Ficus et VArtocarpiis ou arbre à pain ; les APOCYNACÉES, si connues par les Vahea et surtout les Landolphia ; enfin les ASCLËPIADËES, beaucoup moins importantes.

Les H^\'EA, cultivés dans l'Amérique du Sud et dont une variété, VHevea brasiliensis, produit le fameux caoutchouc du Para, sont de grands arbres k suc laiteux abondant, qui se reproduisent avec facilité; l'enveloppe contenant les graines éclate et projette la semence à 1 5 et 20 mètres aux environs. Leur multiplication est ainsi abandonnée au hasard. Ils demandent pour végéter des terres basses très arrosées et riches.

Les MAN'lHOT, de la même famille, donnent le caoutchouc de Ceara (Amérique) ; ce sont des arbustes qui se complaisent dans les terrains élevés et secs ; ils sont actuellement acclimatés à la côte occidentale d'Afrique, à Ceylan, etc.

Quant à VEuphorbe rhipsaloïdes, existant en Afrique, elle a un latex corrosif qui la fait rejeter comme caoutchouc.

Les FICUS, dont certaines espèces se rencontrent en Amérique, d'autres en Afrique, d'autres en Asie et d'autres en Océanie, d'autres enlin en plusieurs de ces contrées, sont plus spécialement l'arbre à caoutchouc de l'Asie orientale et de l'Océanie. Nous avons parlé de I'ARTOC^RPUS — arbre à pain — dont on mange les fruits; de l'UROSTlGMA, dont les peuplades du nord du Congo tirent leurs pagnes (un échantillon de ce caoutchouc est exposé), enhn le FICUS ELASTICA, originaire de l'Asie, est bien connu comme plante d'ornementation.

Les VAHEA et les L.\NDOLPHlA sont des lianes, la plupart indigènes à l'Afrique.

En résumé, pour le Congo, qui nous intéresse spécialement, le caoutchouc est presque toujours fourni par des lianes ; cependant des

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arbres à caoutchouc existent également à Tétat sauvage et avec une abondance insoupçonnée jusqu'en ces derniers temps; plusieurs espèces, dont Tireh, ont effectivement été signalées et c*est là un fait d'une importance capitale, l'avantage des arbres sur les lianes étant évident : ils n'exigent pas comme elles des forêts pour les soutenir.

Passons successivement en revue les caoutchouquiers existant au Congo, tant les espèces indigènes que celles introduites.

La véritable LIANE A XIAOUTCHOUC est une variété du Landolphia owariensis; il existe plusieurs espèces voisines fournissant également des gommes utilisables et d'autres ne donnant qu'un produit de mauvaise qualité, mais qui est mêlé inconsciemment par les indigènes, à cause de leur grande ressemblance avec les plantes véritables. (De Wèvre.)

La tige de certaines lianes a souvent à sa base 1 5 à 20 centimètres de diamètre; elle se divise près du sol en plusieurs tiges plus minces, lesquelles, après s'être subdivisées à leur tour, contournent les grands arbres environnants, montent, redescendent, reprennent parfois racine et s'étendent ainsi sur des centaines de mètres de longueur. Les feuilles sent rares, larges, en forme de fer de lance et d'une couleur vert foncé.

Dans le Lunda, le Kwango, le Kassai, au Stanley-Pool et même, selon les indigènes, au Manyema, croît, dans les savanes, un Landolphia rampant, appelé a Lunda », dit CVOUTCHOUC DES HERBES. Il est cultivé en certains points et exploité pour donner un caoutchouc de bonne qualité, mais impur par suite de son mode de préparation.

Cette plante, qui atteint à peine 3o centimètres de hauteur, porte de petites feuilles larges de oi°,oi3 et longues de oi°,o6.

L'IREH, Kickxia a/ricana^ est un arbre glabre, de 5o à 60 pieds de haut. Il fut signalé pour la première fois à Accra en i883, puis à Lagos et ne tarda pas à être activement exploité pour son grand rendement, — 10 à i5 livres de caoutchouc tous les dix-huit mois.

En 1896, à la suite du passage du baron Dhanis qui avait été chargé par le gouvernemenr de recueillir à Lagos des renseignements sur l'ireh, M. Hennebert, chef de poste à Ngali (district de Nouvelle-Anvers), découvrit cet arbre et annonça qu'il s'en trouvait un grand nombre dans la région.

M. Hennebert fit des essais de coagulation du latex ; ceux-ci réussirent soit par ébullition soit par simple repos à l'air libre, en ajoutant au préalable de l'eau dans les deux cas. Un échantillon de caoutchouc fut envoyé à Anvers et ligure aujourd'hui à l'Exposition à côté d'échantillons botaniques. M. Grisar l'a apprécié conmie suit :

« Ce caoutchouc, présenté sous forme de morceaux de couleur

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noire, se rapproche beaucoup de la qualité équateur ; il est peutencore meilleur. On peut en obtenir de fr. 6-5o à 6-75 le kilo. 1

Devant ce magnifique résultat, il fut prescrit de rechercher I' plus activement encore que par le passé et on envoya partout renseignements permettant de reconnaître cet arbre. Des péptni devaient être établies pour le propager li où il n'existerait encore.

Nous devons ajouter que les agents de Nouvelle- Anvers n'ava pas attendu les instructions pour semer déjà des graines, prévei ainsi le désir du gouvernement.

Un autre arbre à caoutchouc, actuellement à l'étude, a été sigi il y a quelques mois k peine par M. Bultot, à la Wamba (affli de la rivière Kwango). C'est peut-être le même que celui mentio par Grenfell dans la même contrée.

Enfin, nos compatriotes ont à plusieurs reprises mis en ved difTérents arbres gummifères : Le capitaine Lemarinel à Bangi Grenfell dans le Kwango, le lieutenant Lemaire et le commanc Fiévez à l'Equateur, d'autres voyageurs dans l'Ubangi et le dist des Cataractes ; et sans aucun doute des trouvailles analogue répéteront encore pendant bien des années, ajoutant chaque fols richesse nouvelle aux trésors de la végétation du bassin du fle équatorial.

Malgré les incroyables ressources en caoutchouc qu'offraient ( les forêts de son domaine, l'État du Congo n'a voulu négliger cuoe chance de les augmenter encore par l'introduction d'esser étrangères.

MANIHOT, — L'introduction du caoutchouquier de Ceara ■ côte occidentale d'Afrique est chose faite depuis quelques anné cet arbuste s'est rapidement acclimaté; seulement, on éprouvait, début, certaines difficultés pour sa reproduction en pépinière. Gi à des essais persévérants tentés à Libreville (Congo français) on parvenu k faire lever les graines en les sciant au préalable délia ment. Sans cette précaution, elles ne parvenaient pas à germer (il fallait pas songer à procéder par boutures, celles-ci donnant plantes trop contournées].

L'attention de l'État fut attirée par ces résultats et aussi par c< obtenus à la maison hollandaise de Vista, où la plante à caoutchi américaine était cultivée exclusivement. Une plantation d'un mil de manihot fut établie à Borna, mais quel ne fut pas l'étonnem des u spécialistes u quand, les arbustes grandissant, ils purent co tater par comparaison qu'il existait déjà dans la capitale qui caoutchouquicrs pareils et adultes.

Depuis mars 1896 on a renoncé provisoirement à la culture Congo du MANIHOT, son caoutchouc étant inférieur comme qua

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à tous ceux exportés aujourd'hui, sauf peut-être à celui du Kwango.

Le FICUS ELASTICA fut introduit définitivement en novembre 1894. Deux cents plants, provenant de chez M. Buysse à Gand, furent confiés aux soins du lieutenant Richard et dirigés sur Borna. La réussite fut complète ; ces arbres sont actuellement très vigoureux et se propageront fort vite, grâce à leur facilité de reproduction par boutures.

L'HEVEA. — Le 5 août de Tannée dernière, quatre-vingt-sept plantes de Para, Hevea brasiiiensis, réunies par l'État du Congo avec le concours de M. le professeur Laurent et soignées avant leur départ dans les serres du Jardin botanique de Bruxelles, furent confiées, en même temps que douze plantes de vanille, aux soins d'un jardinier qui avait mission de les conduire à Boma. De multiples précautions avaient été prises pour assurer la bonne traversée du précieux envoi. Les hevea et les vanilliers étaient placés dans des caisses à la « Ward » ; sitôt leur arrivée à destination, il était prescrit d'ouvrir progressivement ces serres transportables, puis d'en retirer les plantes pour les mettre en terre avec le soin voulu. Enfin, six hevea et trois ou quatre vanilliers devaient être mis en pots et conduits sous la garde d'un agronome jusqu'au Stanley-Pool et si possible jusqu'à Coquilhatville. Quelques-uns de ces plants ont été remis depuis au frère Gillet de la mission de Kisantu (i).

Si l'essence du caoutchouquier a une grande importance au point de vue du produit, les procédés de récolte du latex et surtout la coagulation de celui-ci influent d'une façon capitale sur le caoutchouc obtenu.

Trois méthodes sont usitées de par le monde pour récolter le suc :

L'abatage de la plante ;

La saignée ;

Enfin, un procédé spécial au caoutchouc des herbes, qui consiste à exploiter la racine de la plante elle-même, car ni la section ni l'incision ne pourraient donner de résultat. Ajoutons un procédé analogue que l'on peut employer pour le Ficus; il consiste à extraire simplement le caoutchouc en traitant les feuilles, lesquelles en contiennent une grande quantité.

L'abatage du végétal n'est pratiqué que pour une espèce de caoutchouquier du Pérou qui, paraît-il, périrait quand même dès qu'il est incisé. Seeligmann préconise, en faisant toutes ses réserves, de couper les plantes pour éclairer les fourrés des forêts vierges de l'Afrique centrale, afin de provoquer une croissance plus grande

(i) Nous avons appris que la plupart de ces hevea étaient arrivés en bon état à Kisantu et à CcquilhatviUe.

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dans les plantes qui restent. Abonder dans cette voie nous semblerait très d3ngereu.\.

L'État du Congo a fait, il y a quelques années, un véritable référendum parmi ses agents pour décider des mesures à prendre afin d'exploiter rationnellement les caoutchouquiers des forêts congolaises. Le résultat, prévu malgré quelques avis contraires, fut qu'on devait procéder par incisions et en pouvait-il être autrement? En coupant la plante, celle-ci ne meurt pas, mais en repoussant elle a à reconstituer ses tissus en plus de sa sève.travail de plusieurs années

UN MAGASIN A CAOUTCHOUC, A ANVERS l'holographie communiquée pv HM. BuDf« et Gnaar.

tandis que les lianes de l'arbre incisé avec précaution restent parfaitement en vie et ont repris bientôt assez de vigueur pour supporter une opération. Des mesures énergiques furent prises pour empêcher la destruction des lianes à caoutchouc. L'article 6 du décret du 3o octobre 1892 est ainsi conçu : « Le caoutchouc ne pourra être récolté qu'au moyen d'incisions pratiquées dans les arbres ou lianes, n Défense expresse fut faite aux Européens de laisser couper les lianes et les commissaires de districts et autres fonctionnaires reçurent l'ordre de veiller toutjparticuliérement sur les agissements des indigènes à cet égard.

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Tout rt-ccmmeiit, sur liis instances du gouvernement, des Sociétés commerciales ont désifjnê des inspecteurs chargés de s'assurer de l'exécution de cette mesure dans les parties concédées à leurs sociétés.

Nous n'entrerons pas dans les détails des différents procédés de saignées utilisés dans les différents pays. Les incisions se font de façon très variable ; elles sont soit simples, soit multiples, mais toujours il faut avoir soin de ne pratiquer les coupures que peu prol'ondément, non seulement pour que la plante ne souffre pas, mais souvent aussi parce que son cœur contient des sucs putrescibles qui nuiraient à la qualité du latex. •

La coagulation a donné lieu à bien des discussions et provoqué 1.1'ardentes recherches. On sait que le latex s'écoule de larbre à 1 état très riuide chez certaines espèces de caoutchouquiers, plus épais chez d'autres. Ordinairement, il possède la densité de la crème et a la propriété de se mélanger à l'eau, mais non aux dissolvants habituels du caoutchouc.

.\ l'air, il abandonne des globules microscopiques qui s'y trouvent en suspension, pour former une matière solide plus ou moins blanche à l'origine et fonçant par la suite, qui est le caout chouc.

Le laiex-type, celui du Para, ne contient que ii p. c. de caoutchouc pur.

C'est de cette séparation, que l'on appelle la COAi.;ui.ATION, que dépend en grande partie la qualité de la gomme ; il faut que celle-ci se forme en emprisonnant la quantité la moins grande possible d eau et surtout de matières putrescibles, li est inutile d'ajouter qu'avec du soin on peut éviter les corps étrangers, tels que bois, feuilles, pierres, sable, etc.

La coagulation peut se faire par la chaleur artificielle ou naturelle, par simple repos à l'air ou à l'aide de réactifs minéraux uu végéta u.\.

Le latex du Para est coagulé par la chaleur artificielle ; c'est l'enfumage qui lui donne celte odeur caractéristique et empêche sa putréfaction. Le procédé est des plus simples : la sève recueillie dans un récipient est placée à côté de l'ouvrier qui a préparé un grand feu Je branchages dans lequel il jette des fruits de^almiers pour provoquer une fumée épaisse; le a seringueiro » — nom donné dans l'Amazonie à cet ouvrier — plonge une palette en bois dans la cuve. la retire couverte d'une mince couche de latex qu'il présente au foyer ; sous l'inHuence de la chaleur l'eau s'évapore laissant une première pellicule de caoutchouc ; chaque opération analogue donne une nouvelle pellicule ; lorsque celle-ci est assez épaisse, on fend la masse pour la détacher de la palette.

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Ailleurs on coagule eocore le latex en faisant bouillir, puis comprimant la matière résultante pour en extraire Teau, en étalant la sève sur des plaques et la laissant exposée à Tair libre et aussi au moyen d*alun, d'acide sulfurique ou azotique, de sel marin, de vinaigre, de jus de citron, du suc de plantes telle Ylpomœa bonanox, d'infusion d'oseille indigène, etc. ; il existe même des poudres de composition brevetée dont une espèce est, paraît-il, usitée avec succès à Libéria.

Tous ces procédés ont chacun leurs avantages ou leurs inconvénients, mais faute d'une immktion directe des Européens dans le travail des indigènes, peu d entre cbx sont employés sciemment dans les contrées d'exploitation nouvelles et il faut savoir gré à l'État du Congo et à ses agents du rapide résultat obtenu dans la colonie, grâce à d'intelligents et laborieux efforts.

Mais avant d'aborder les méthodes de coagulation usitées actuellement au Congo, rappelons rapidement par quels procédés était obtenu auparavant le caoutchouc indigène.

Avant l'arrivée des Européens, il n'y avait guère que les naturels de la côte, du Kwango et de l'Est qui exploitaient les caoutchouquiers pour alimenter leur conmierce. Jusqu'à cette époque la gomme n'avait d'autre usage que de garnir les mailloches des tams-tams,de fournir dans T Aruwimi la membrane résonnante de tambours minuscules et dans 1 Ubangi des fils fins et nacres servant à faire des ligatures pour maintenir les délicats fers barbelés des flèches à leur hampe en roseau et les hameçons d'épine à la ficelle qui les supporte.

Les fruits des landolphia étaient et sont encore mangés par les noirs qui prisent fort leur saveur acide et fraîche.

Comme modes d'extraction on connaissait l'incision et plus souvent la section d'outre en outre de la liane. La coagulation se faisait sans beaucoup de frais par les soins de la nature elle-même.

La quantité prodigieuse de lianes à caoutchouc qui s'enchevêtraient dans la grande forêt équatoriale comme sur les arbres des galeries bordières des rivières ne devait pas rester longtemps inexploitée ; les noirs apprirent vite à connaître la richesse qu'était pour eux cette plante qu'un travail des plus élémentaires pouvait mettre en valeur. Bientôt on fut en mesure d'envoyer en Europe des échantillons de caoutchouc récoltés en tous les points du Congo ; il n'y a que quelques années de cela et cette collection, que Ton se souvient avoir vu figurer à l'Exposition d'Anvers de 1894 et qui est encore exposée maintenant, est déjà rangée parmi les curiosités ethnographiques congolaises. C'est que depuis les procédés de récolte se sont perfectionnés avec une rapidité foudroyante; dominant la nature insouciante des nègres, nos compatriotes leur donnent peu à peu le goût et l'intelligence du travail et la production

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Je caoutchouc est une des manifestations les plus tangibles des progrès acconiplis à ce point de vue.

Mais revenons aux procédés de coagulation qui furent employés au début par les noirs.

Le plus curieux est certainement celui qui consiste à se rendre en forêt, à se couvrir tout le corps de latex et, rentré chez soi, lorsque révaporation a provoqué la prise du caoutchouc, de se frotter la peau en prétrissant des boules. Quelquefois les travailleurs, prenant comme noyau une petite brindille, y enroulent un fil imperceptible de caoutchouc qu'ils tirent de la plante comme on retirerait la soie de la bouche d'un ver à soie ; ils en forment ainsi des fuseaux ou des boules dans lesquels ils ont soin de fourrer une petite botte de feuilles pour en augmenter l'épaisseur; sans cette fraude le caoutchouc aurait une grande valeur, car ce moyen de récolte est excellent.

Plus souvent on laissait tout simplement le latex s'écouler à terre et durcir ainsi.

De nombreux essais furent tentés pour améliorer ces procédés par trop rudimentaires ; après quelques tâtonnements inévitables et des difficultés inhérentes au pays lui-même, le hasard fit découvrir une plante, la BOSSANGA, qui devait donner la solution du problème d'une façon inespérée.

Ce fut à l'Equateur que se fit cette trouvaille, il y a trois ans. Les résultats furent si merveilleux que le gouvernement prit des mesures immédiates pour étendre le mode de coagulation par le jus de cette herbe (i), pour faire rechercher celle-ci et pour quelle fût propagée là où elle n'existait pas.

Par une heureuse circonstance, la bossanga était commune partout, dans l'Ubangi, dans l'Uelle, au Manyema ; une véritable école où chacun pouvait venir apprendre la méthode nouvelle fut fondée à l'Equateur et, pour faire œuvre plus complète encore, l'État publia dès 1893 une a Instruction pour la récolte du caoutchouc » qui est un document des plus précieux à consulter.

Cette instruction , parue dans le Recueil administratif, traite d'abord de Tarbre a caoutchouc, des incisions pour l'extraction, du choix des arbres à entamer, de l'instrument à employer, etc. La récolte doit se faire simplement dans un récipient quelconque ; pour la préparation, c'est la méthode du Para qui est préconisée.

Parlant spécialement des LIANES, il est prescrit de pratiquer des incisions longitudinales ou obliques disposées les unes au-dessous des autres, et l'on rappelle très à propos la défense de couper les tiges; le latex se recueille dans ^un récipient percé à sa base d'un trou soigneusement bouché.

(i; On tord les tiges des plantes pour en exprimer le suc. (Laurbnt.)

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Répétons textuellement les modes de préparation à adopter :

a Pour obtenir le caoutchouc, les uns ajoutent à la sève qu'ils ont recueillie dans des calebasses une quantité d'eau que l'on peut évaluer à environ quatre fois le volume du lait.

Sous l'influence de cette addition, les éléments solides du latex viennent se solidifier à la surface du liquide, en formant une sorte de crème épaisse.

Le lendemain on enlève le bouchon qui fermait Torilice inférieur des calebasses ; la partie aqueuse s'écoule et le caoutchouc reste au fond du vase à l'état semi-fluide. Atin d'en activer la co.igulation ,

on le verse dans des vases de bois et on le laisse exposé à l'air pendant quelques heures.

La solidification est alors plus avancée sans être complète toutefois. C'est te moment choisi pour façonner les boules.

Dans certains districts un autre mode de coagulation est employé et produit les meilleurs résultats. Après avoir au préalable nettoyé la liane au moyen d'une feuille, d'un morceau d'étoffe, etc., on pratique des incisions de distance en distance. On dispose à terre un certain nombre de récipients pour recevoir la sève, on ajoute à celle-ci quelques gouttes du jus de la bossanga, on remue avec le doigt et la coagulation se fait d'une façon remarquable...

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Ce procédé de coagulation doit autant que possible être seul employé.

Dans le Kassa'i cependant, on doit laisser aux indigènes la faculté d'utiliser leur différents modes de récolte et, le cas échéant, rechercher les améliorations à y apporter. »

Ce dernier paragraphe s'explique par le fait que le caoutchouc du Kassa'i tel qu'il est récolté est de qualité tout à fait supérieure, comme on le verra plus loin.

La bossanga est un Costtis de la famille des Zingibéracées ( i ] ( Laurent.) Elle croit principalement à la lisière des bois et ses tiges sont employées dans le Manyema pour faire des nattes et des toitures.

Grâce à l'emploi de cette plante précieuse, le caoutchouc de la région de l'Equateur, qui se vendait auparavant fr. 4-5o et 5 francs, vaut aujourd'hui fr. 6-25 et fr. 6-5o le kilo, et il n'est pas impossible de perfectionner encore la récolte. Mais, chose curieuse, le suc de cette herbe, qui réussit si bien sur le latex des landolphia, est sans influence sur celui des arbres gummifères, notamment l'ireh; c'est pour cette raison que les instructions mentionnées plus haut ont établi la distinction.

Le caoutchouc des herbes se trouve dans des conditions assez spéciales; par suite de son mode de préparation, il est forcément impur et contient surtout des matières étrangères telles que du bois et des feuilles. Voici, du reste, son mode de préparation: ayant déraciné les plantes, on les laisse se faner, puis, découpant les racines en morceaux de 20 centimètres de longueur, on les expose pendant cinq ou si.x jours au soleil ; ces racines sont alors plongées pendant une dizaine de jours dans l'eau froide afin de les rouir ; elles sont ensuite battues à l'aide de fortes lattes de bois ; ce qui reste est bouilli puis battu de nouveau aiin de l'épurer davantage.

Enfin, le séchage au soleil du produit obtenu, contenant 5o p. c. de caoutchouc, est livré au commerce sous forme de petits cubes qui, véritable unité monétaire, s'écoulent jusqu'à la côte d'Angola.

Ce caoutchouc, de couleur rouge et rugueux, se vend à environ fr. 3,60 seulement, à cause de son impureté. Ce mat est sans remède ; le caoutchouc du Lunda doit être épuré.

Seulement cette opération, en se faisant ici, n'évite pas le trans* port onéreux de 3o à 40 p. c. de matières étrangères. 11 y aurait donc avantage à le purifier en Afrique et c'est dans ce but que des machines à cylindrer ont été essayées en Belgique et que, devant les résultats obtenus, une installation importante composée de six broyeurs mus par la vapeur est en voie d'être installée à Popocabaca.

(1) Le Cailia spieatm de la Martinique est appelé «Canne Congo ». Avec le C. glabralMs, le C. lytiniricus ce sont des plantes dont tes rhizomes tubéreux sont utilisables en pharmacie.

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Le caoutchouc étant réuni, il faut l'envoyer en Europe; mieux il est préparé, c'est-à-dire moins il contient d*eau et de matières fermentescibles, moins il pèse inutilement et moins il a chance de se gâter et de devenir poisseux ; mais il est nécessaire aussi qu*il soit évacué dans le plus bref délai possible et convenablement emballé. Il est bon de laisser le caoutchouc se sécher quelques jours avant de le mettre en sac; à Tétat frais il colle trop facilement. "

Faut-il insister sur les applications actuelles du caoutchouc? Elles sont illimitées et nous ne citerons comme exemple que les objets exposés par M. A. Lesuisse, de la Compagnie Internationale pour la fabrication du Caoutchouc et de la Gutta-Percha.

Abordons la question commerciale ; elle est devenue pour le caoutchouc d'une si grande importance qu'elle mérite quelques développements. Le caoutchouc est peut-être aujourd'hui la plus grande richesse du Congo ; il tend à supplanter l'ivoire et sera difficilement détrôné par les matières oléagineuses et même le café et le cacao, malgré la place importante que prendront un jour ces produits dans le commerce de la colonie.

Les diverses espèces de caoutchouc brut qui se présentent sur les marchés comprennent les caoutchoucs américains, asiatiques, océaniens et africains.

CAOUTCHOUCS AMÉRICAINS. — Le meilleur est le c Para », qui est le caoutchouc-type. L'Amérique du Sud fournit dix espèces de caoutchouc; l'Amérique centrale en fournit quatre.

CAOUTCHOUCS ASIATIQUES. — Il y en a quatre espèces venant du Bengale, de Birmanie, de Cochinchine, du Tonkin, de Ceylan, etc., qui ne sont pas trop estimées.

CAOUTCHOUCS OCÉANIENS. — Sept espèces dont la meilleure est celle de la Nouvelle-Calédonie.

CAOUTCHOUCS AFRICAINS. — Ne comprennent pas moins de vingt et une espèces, en général de qualité moyenne.

M. Seeligmann, à qui nous sommes redevables de beaucoup de ces renseignements, publie dans son ouvrage sur le a Caoutchouc et la Gutta-Percha » (Paris 1896), un tableau très complet sur les différentes espèces de caoutchouc. Cependant nous n'y voyons que la seule marque Congo suivante :

Origine géographique : Congo.

Origine botanique ; Landolphia.

Mode de coagulation : Par l'écrémage ou par la chaleur naturelle sur le corps humain.

Port d'embarquement : Banana.

Marchés commerciaux : Anvers, Le Havre.

Forme commerciale : Boules ou dés (thimbles).

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Robe ; Noirâtre ou brun foncé.

Coupe ; Blanc spongieux.

Odeur : Nauséabonde.

Adultération ; Peu humide.

Perte à l'emploi industriel : 40 p. c.

Estimation : Tbiinbles plus estimés que les boules.

Nous sommes heureux de pouvoir ajouter à cette description, par trop générale, celle de douze espèces de caoutchouc du Congo vendues couramment à Anvers depuis plusieurs années et décrites par M. Emile Grisar.

KASSA'f ROUGE. — La meilleure qualité du Congo, se présente en petites sphères d'un diamètre de 3 à 5 centimètres, préparées en enroulant les filaments de caoutchouc, préalablement coagulés et desséchés partiellement sur l'arbre. Très nerveux, ne contient que très peu d'impuretés ; donne un rendement de 91 à 94 p. c. de caoutchouc pur.

Importé par dix, sous forme de deux tresses, ayant chacune cinq boules agglomérées.

K.\SSAï NOIR. — Se présente également sous forme de tresses. Quoique provenant du même arbre, l'aspect en est tout à fait différent, ce qui provient du mode de coagulation. II est noir, moins apprécié que le rouge ; renferme parfois des matières minérales et volatiles qui en font varier considérablement la valeur.

KASSA'i NOIR EN PAQUETS. — Morceaux inégaux de grandeur, agglomérés en paquets. Sa composition est assez pure en ce sens qu'elle ne renferme ni sable ni bois, mais elle contient généralement une certaine quantité de matières volatiles parfois en fermentation, ce qui diminue la qualité et le rendement.

KASSAÏ en forme de tanières pressées en rouleaux; marchandise assez nerveuse, mais contenant un peu de matières volatiles en assez forte fermentation.

HAUT-CONGO ORDINAIRE. — A été importé en tout premier lieu du Congo. Se présente sous forme de boules de différentes dimensions, mais généralement de grandeur moyenne, ordinairement agglomérées en paquets. Très régulier conmie composition ; marchandise nerveuse et fraîche, donnant un rendement net de 87 à 00 p. c. ; en fait d'impuretés, elle ne renferme qu'un peu d'écorce et environ 8 p. c. d'eau.

HAUT-CONGO BOULES BLANCHES. — Sous cette dénomination on entend des gommes coagulées au moyen de la plante t bossanga a, procédé découvert, ainsi que nous l'avons dit, il y a quelques années et dont les résultats sont des plus brillants. En effet, les gommes coagulées ainsi sont tout à fait pures et ne contiennent qu'environ 6 à 8 p. c. d'eau. Leur aspect intérieur est blanc et le caoutchouc est très nerveux.

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EQUATEUR. — Petites boules agglomérées en paquets, nerveuses, pures et de très belle qualité, ne contenant presque pas d*impuretés, si ce n*est 5 à 7 p. c. d'eau ; elles sont également préparées par la bossanga.

LOPORI. — Boules de dimensions et formes diverses. La qualité indistinctement est belle, mais suivant la grandeur des boules, celles-ci renferment plus ou moins de matières volatiles. Malgré cela, ce caoutchouc ne le cède en rien comme valeur à TÉquateur, grâce à sa grande élasticité.

BUSIRA. — Petites boules agglomérées en paquets à peu près de même qualité que l'Equateur. Également très apprécié.

ARUWIMI, MONGALA, BUMBA. — Boules très inégales de grandeur, quelquefois très grandes, pesant jusque 3 à 5 kilos pièce. Généralement pur et de bonne qyalité, mais il contient plus ou moins de matières volatiles souvent en très forte fermentation. Ce défaut est réel en ce sens que l'odeur qu'il dégage est tellement intense que les objets manufacturés avec cette gomme la conservent toujours. Il provient du manque de soins apporté à la coagulation. Le latex est quelquefois abandonné pendant un certain temps à luimême avant d'être coagulé. Il se décompose alors, surtout si l'on y mélange de l'eau, car celle-ci se corrompt. Les boules étant extérieurement imperméables, il s'en rencontre qui renferment jusque 3o et 35 p. c. de matières volatiles.

UELLE. — Grands gâteaux allongés pesant de 5 à 10 kilos. Ce caoutchouc est blanc et généralement pur, mais contient également plus ou moins de matières volatiles. Celles-ci ne sont cependant qu'exceptionnellement en fermentation, grâce au mode de coagulation.

BAS-CONGO, THIMBLES. — Cette espèce ne provient pas de lianes, mais bien d'herbes à caoutchouc. La masse est broyée et ensuite coupée en morceaux ayant la forme d'un dé. La manière de récolter cette espèce étant assez primitive, le produit obtenu est tout à fait secondaire et renferme une grande quantité de bois et d'écorces, variant entre 25 et 35 p. c.

Cette marchandise a un aspect rougeâtre.

Il nous parvient quelquefois des thimbles noirs, qui constituent un produit beaucoup meilleur, mais c'est là l'exception.

LUVITUKU. — Sous cette dénomination on reçoit régulièrement du Bas-Congo une espèce de caoutchouc se rapprochant beaucoup, comme composition, des thimbles rouges ci-dessus. Toutefois, cette marchandise se présente sous forme de petites boules de grandeur moyenne.

Le caoutchouc vendu à Anvers s'écoule principalement aux États- Unis, en Angleterre, en France, en Allemagne, en Russie et en Autriche.

Gommes et Résines.

La Belgique n'en consomme qu'une très petite quantité. Les gommes blanches, telles que le Lopori, l'Equateur, le Busira, sont spécialement redierchces des Américains et des Russes,

Depuis peu d'années seulement (1889} les circonstances ont permis de s'occuper activement de la récolte du caoutchouc dans le Haut- Congo. Les progrès ont été étonnamtnent rapides et le diagramme des exportations du caoutchouc originaires du Congo bouleverse absolument les théories pessimistes émises jadis sur la valeur commerciale de la colonie. Il montre aussi ce que peut une organisation sérieuse et une ligne de conduite judicieuse. Répétons que si cette exploitation du domaine privé de l'Etat a produit un résultat financier lui permettant de se développer et de s'étendre, il aura une heureuse influence sur l'évolution sociale des peuples du Congo en les habituant à un labeur quotidien et leur donnant la notion d'un bien-être qu'ils pourront acquérir par le travail.

Il faut remarquer que nous avons enregistré le a commerce spécial a et que le n commerce général n apporte un complément important à ces chiffres : i-5,7(i3 en 180'j, soit i,4C|3,iTr) kilogs nu total pour cette année, représentant une valeur de près de sept millions cinq cent mille francs.

Mais ce n'est pas seulement sur la quantité que les progrès ont été marquants, la qualité ne s'est pas moins modifiée et l'on n'est guère loin d'atteindre les prix du « Para » {Paraprima), du reste très variables et dont la valeur, qui a oscillé 5^

entre 4 francs et^ ^'g't '^ 'ttt "^^ 2 5 francs le kilo depuis une trentaine a ♦ &*î*&>v.£t;jfLi d années, est actuel- S,^ ^o»&;^£Â fu lement de fr. 8-5o * -^âS'èr^t^g environ.

Voici, copiée dans la dernière n Revue annuelle du courtier Emile Grisar », les cours en 1896-97 des principales espèces :

KaBsal Touge Prima fr. 7 n 1/2 à 7 25

Kassal noir Prima 6 60 6 8S

Kassat noir mélangé . 6 20 6 6a

Kassal noir secondaire 4 95 5 t5

La Flore.

Haut-Congo (Lopori) 6 25

Haut-Congo (Equateur) 6 25

Haut-Congo (Busira) 6 25

Haut-Congo ordinaire 5 75

Haut-Congo (Mongala) 5 75

Haut-Congo (Bumba) 5 70

Haut-Congo (Aniwimi) 5 20

Haut-Congo (Uelle) 5 20

Bas-Congo (thimbles) rouges . , . . 3 60

Bas-Congo (Luvituku) 3 5o

Comme pour l'ivoire et le copal, en attendant d'autres produits, le marché de notre métropole commerciale acquiert chaque année, grâce au Congo, une importance plus considérable et le bienfaisant efifet de cette activité nouvelle se fait sentir dans tout le pays.

Importation du caoutchouc sur les principaux marchés 'européens

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