LE ROCOU
Le rocouyer, Bixa Orellana^ est un arbrisseau originaire d'Amérique, de la famille des Bixacées. Dans un bon terrain il s'élève à la hauteur de 5 à 6 mètres ; les graines sont renfermées dans des capsules hérissées d'aiguillons mous. C'est de la pulpe rouge qui enveloppe les graines que l'on obtient le ROCOU ou ROUCOU du commerce. La récolte se fait lorsque les fruits (capsules] corn*mencent à s'ouvrir. On les cueille pour en tirer les graines qui sont traitées d'une façon assez semblable à celle des tiges de l'indigotier. On les laisse fermenter dans l'eau ; au bout de huit jours la pulpe se détache, on passe au crible, laisse fermenter de nouveau pendant une semaine, alors par l'ébullition, la matière rouge vient à la surface sous forme d'écume. Cette écume, traitée comme celle de l'indigo, est desséchée, puis enveloppée dhns des feuilles par boules de I à 3 livres.
Plantes Tinctoriales. SgS
Au commencement de la fermentation, le rocou exhale une odeur insupportable, mais plus tard elle devient très suave, pareille/à celle de la violette.
Le rocou (Arnotto seed) ou anate est employé en Angleterre pour donner la couleur au fromage de Chester et ailleurs on le met dans le beurre au même effet; il sert aussi à colorer les huiles, les graisses, les bonbons et les vernis. Les Espagnols en mettent dans le chocolat et les ragoûts, car ils le regardent comme stomachique et cordial.
L'anate, qui sert surtout à teindre sur soie, produit un rouge orange vif; la teinture résiste à Faction des acides et du savon, mais elle se décolore à Tair et à la lumière ; elle servait de préférence à rehausser l'éclat d'autres teintures ; aujourd'hui elle est abandonnée pour les couleurs d'aniline.
Au Congo, les indigènes connaissent les propriétés du fruit du rocouyer. Aux Antilles, les Caraïbes ont coutume de se frotter le corps avec un mélange de rocou et d'huile de ricin afin de se garantir des piqûres des moustiques.
Le meilleur rocou est celui de Cayenne qui vaut un peu plus de 1 5o francs les loo kilos ; celui de la Guadeloupe trouve acheteurs à 40 ou 45 francs ; celui des Antilles de 40 à 60 francs. En général, la demande est faible.
L'État du Congo produit un peu de rocou, mais la quantité a été en décroissance depuis 1888; — on en a exporté alors 1,121 kilos; — elle est devenue à peu près nulle à cause de la dépréciation de cette teinture.
L'ORSEILLE
Les forêts tropicales sont parfois couvertes d'une chevelure au ton glauque et les branches paraissent alors sortir de l'eau d'un marais envahi par les plantes aquatiques. C'est un lichen susceptible de dotiner une matière tinctoriale violet foncé, pareillement à plusieurs espèces de lichens et de variolaires qui peuvent se classer en orseille de mer et orseille de terre.
L'orseille de mer est préparée avec le lichen Rocella que l'on récolte sur les rochers des îles Canaries, des Açores, du Cap-Vert, de Corse, de Sardaigne. Parmi les orseilles de terre, celles d'Afrique sont des Roccella tinctoria ; celle du Congo est probablement de cette espèce.
On développe la matière colorante de l'orseille par l'influence d'un alcali; après diverses opérations chimiques et fermentations, on obtient une matèire violette que l'on doit maintenir humide ; elle a une odeur de violette quand elle est de bonne qualité.
On l'emploie exclusivement sur laine pour faire des violets, des
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gris, des amaranthes et des pourpres, et comme mélange dans les couleurs composées. Le teinturier-dégraisseur en fait un fréquent usage pour reteindre.
Le Bas-Congo produit de Torseille, mais l'exportation est, comme pour celle du rocou, irrégulière et plutôt en décroissance, vu la faible demande et le bas prix de ce lichen qui, de i franc le kilo, est tombé à fr. 0-40 dans ces dernières années. En 1887, la statistique enregistrait encore 5,385 kilos, représentant une valeur de fr. 5,923'5o, pour le commerce spécial, et 39,358 kilos, valant fr. 43,293-80, pour le conmierce général.
Signalons pour terminer diverses plantes tinctoriales de moindre importance.
Le CURCUMA, Curcuma longa, herbe vivace qui, d'après De Wèvre, existe dans l'Angola et aussi dans le Manyema, où on la cultive pour en retirer la matière jaune qui sert à teindre les nattes de Kasongo. (Laurent.) Ses racines forment le curcuma du commerce, employé pour teindre en jaune la laine et la soie; il sert aussi comme produit pharmaceutique.
Le palétuvier rouge, Rhi^ophora Mangle, commun sur les plages où ses longues racines adventives le maintiennent dans Teau. Son bois est serré, inattaquable par Teau de mer. Son écorce riche en tannin sert à teindre en noir et en brun. Des incisions au tronc laissent exsuder un suc, sorte de faux a sang-dragon ».
Un autre palétuvier, le Rhiiophora mucronata, a palétuvier du Sénégal », donne un bois durable et aussi une écorce astringente.
Morinda ciirifolia, Rubiacée de grande taille, dont les racines sont employées dans l'Inde pour teindre les étoffes en rouge; c'est d'elles que l'on se sert à Madras pour teindre les turbans. Son bois est utilisé dans la Guinée pour la construction des planchers. Son écorce jouit auprès des indigènes d'une grande réputation comme fébrifuge et antidysenterique.
Jussiœa pilosa, herbe ramifiée produisant une teinture jaune.
Gardénia Vogelii, arbuste donnant une teinture employée par les Diours aux mêmes usages que le Gardénia malleifera cité plus haut.
Diospyros Loureiriana, petit arbre dont les racines servent aux indigènes de Mozambique à se teindre les dents en rouge.
Sont exposés :
Bois de teinture, Indigo, Rocou, Orseille et produits dérivés.
GOMnc>
omme une conséquence logique du développement considérable pris par Tindustrie pendant la dernière moitié de ce siècle, coïncide l'expansion coloniale des nations avancées. C'est que, parmi les produits que nous donnent les pays d'outre-mer, il en est beaucoup, et des plus importants, qui sont aujourd'hui indispensables pour les besoins de la mécanique, de l'électricité et des constructions modernes ; en tête de ceux-ci viennent les gommes et résines : caoutchouc, gutta-percha, copal même, qui sont d'une demande illimitée.
Notre pays, si industriel, était jadis absolument trii)utaire de l'étranger pour l'acquisition de ces matières premières coloniales; il s'en suivait que Ton osait à peine monter, à grands frais, des usines pour leur mise en œuvre et, aussi, que les objets manufacturés devaient être payés à des prix beaucoup trop élevés.
Cette situation se modifie aujourd'hui ; le marché d'Anvers peut désormais assurer la vente régulière des caoutchoucs et du copal et fatalement l'industrie de ces produits comme de ceux qui viendront par la suite, en ressentira la plus heureuse influence.