LA GUTTA-PERCHA
Le premier arbre dont on ait extrait la gutta-percha industrielle est le Dichopsis gutta, Isonandra guttày ou « taban » des Malais. C'est le docteur écossais Montgommery qui révéla les qualités de cette matière à l'Europe, il y a une soixantaine d'années (i832). Elle était pourtant connue depuis i656 sous le nom de « bois inconnu » et plus tard considérée comme un caoutchouc de mauvaise qualité.
Presque tous les arbres à gutta-percha, découverts par la suite, sont des Sapotacées d'origine indienne, sauf quatre ou cinq, croissant en Amérique et deux en Afrique, lesquels donnent une gonmie de qualité moindre; mentionnons surtout le Bassia Parkii, qui croît spontanément dans le nord de l'Afrique équatoriale ; Schwein-
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furth le signale chez les Niam-Niam et Seeligmann dit qu'il peut être placé au premier rang à côté de Tisonandra, dont il imite le produit à s'y méprendre.
Ulsonandra gutta est un très bel arbre, haut de i3 à 14 mètres; à l'âge de trente ans, c'est-à-dire à l'époque où il devient adulte, son écorce est rude, d'un gris jaunâtre ou rougeâtre ; ses feuilles coriaces sont glabres et d'un vert plus ou moins foncé au-dessus, entièrement recouvertes, en-dessous, d'un fin duvet velouté de couleur dorée ou orangée. Ses fleurs sont disposées par groupes à l'aisselle des feuilles ; son fruit est une petite baie ovoïde couverte de duvet.
Cet arbre est très rare dans nos serres où il n'a pas encore fleuri (i).
A l'apparition de la gutta-percha, laquelle coïncidait avec l'immense développement donné aux applications de l'électricité, cette matière insolante fut tellement demandée, surtout comme enduit enveloppant les câbles sous-marins, qu'il a été bientôt impossible de s'en procurer de grandes quantités, au point qu'il y a six ans, deux compagnies françaises qui voulaient concourir à l'établissement d'un nouveau câble entre la France et l'Algérie, ont dû renoncer à soumissionner, faute d'avoir la quantité nécessaire de gutta pure, et l'entreprise échut à l'Angleterre (2).
Pour satisfaire à la consommation, on abattait simplement l'arbre le plus près possible du sol et on en recueillait alors le suc. La conséquence de ce procédé barbare, jointe à la négligence que l'on avait mise à la reproduction des plantes, fut leur disparition presque complète. Le véritable Isonandra gutta est extrêmement rare ; heureusement près de quarante autres espèces peuvent donner de la gutta plus ou moins semblable.
Des mesures ont été prises depuis ; on procède à la récolte par incision, système diflicile, car le latex se coagule trop vite et bouche les orifices. Une autre méthode qui réussit, paraît-il, est celle d'extraire la sève des feuilles. En somme, les inquiétudes sont grandes, car on ne sait trop comment on pourra réunir toute la gutta exigée par l'industrie moderne.
Ce que nous venons de dire suflit pour justifier l'émotion que provoqua à Bruxelles l'arrivée, en 1891 , d'un envoi du commandant Van Gèle, contenant une résine nouvelle qui fut décrite deux fois, après examen, comme gutta-percha. Malheureusement, si ce produit pouvait avoir à l'analyse quelque ressemblance avec la guttapercha, d'autres appréciations et la suite surtout ont prouvé qu'elle était inutilisable dans l'industrie. La déception fut grande, mais
(i) Renseignements du Jardin botanique d'Anvers, qui s'appliquent à quantité d'autres plantes utiles des régions tropicales. (2) Albin Geybr, Kohniaî Zàtmg,
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Tattention du gouvernement était désormais attirée sur les arbres àguttaet dès le mois de mars 1893 il commença ses démarches pour obtenir des jeunes plants. En septembre de la même année, 1,140 pousses de Dichopsis gui ta, autrement dit Isonandra gutta^ emballées dans des caisses « Ward », furent expédiées des Indes. A Tarrivcç à Anvers, 425 plantes étaient mortes et 200 étiolées. Au départ du courrier du Congo en décembre 1893, 100 d'entre elles étaient encore en bon état; elles furent plantées à Boma et 3o boutures promettaient de reprendre. En mai 1895, 5 avaient repris et depuis elles sont toutes mortes.
Cette non-réussite ne découragea pas le gouvernement; le 23 avril 1896 de nouvelles démarches furent faites à Singapore; 127 plantes furent envoyées dans trois serres portatives. Nouvel échec : le i5 août 1896, le directeur du Jardin botanique d'Anvers écrivait « qu'il n'y avait que i3 plantes qui semblaient vivantes; 4 seulement, ajoutait- il, pourront être sauvées ».
L'Etat est décidé à renouveler l'essai tant qu'il réussisse ou qu'il soit prouvé que l'arbre à gutta-percha ne peut s'acclimater au Congo, ce qui est peu probable. Les gouvernants comprennent ainsi absolument la mission qu'ils ont à remplir; de pareilles tentatives ne peuvent être laissées à l'initiative individuelle qui ne saurait s'imposer les sacrifices nécessaires ; il y a beaucoup trop de risques à courir et le capital engagé ne saurait être rémunérateur avant de longues années.
Par l'établissement de cultures de plantes utiles nouvelles, par les mesures prises pour assurer la récolte judicieuse de celles qui existent déjà, par tous les décrets enfin qui règlent l'exploitation du pays, l'État du Congo sauvegarde l'intérêt général et prépare une colonie où nos compatriotes pourront tous, avec les mêmes chances de réussite, tenter la fortune dans l'avenir.