TISSUS DE COTON TEINTS
' Ceux-ci sont d'une extrême variété; ils peuvent se diviser en deux classes distinctes :
Des tissus de couleur uniforme teints à la pièce après fabrication;
Des tissus multicolores fabriqués avec des fils teints au préalable, ou à l'aide de fils teints et de fils écrus mélangés.
(i) Les tissus exportés par l'Administration de l'État Indépendant ont tous une marque distinctive ajoutée à la suite de leur nom, et composée d'une des lettres de l'alphabet et d'un numéro d'ordre. Ex. : A' , A*, A.*, Bi, B16, Bi2i, C» , C*,etc.
(2) Deux autres variétés de tissus de coton écrus s'expédient au Congo, mais en quantité beaucoup moins importante; ce sont le kintanas 5647, espèce d'américani spécialement exporté à Madagascar, et le drill américain, qui est, ainsi que l'indique son nom, un genre de coutil d'Amérique.
Marchandises d^Échange. 475
Parmi ceux de la première catégorie les plus connus et les jplus demandés sont les INDIGO DRILLS B55; GUINÉE FORTE 2012/3; GUINÉE KANIKl B26; GUINÉE CORAN Bi58; GUINÉE ZAÏDA El 27; GUINÉE B8, etc., etc., qui sont teints à l'indigo pur rarement avivés par le piétage ou le remontage.
Les tissus bleus a indigo » sont généralement préférés à ceux teints à Taide de matières colorantes artificielles, telles que le bleu de Prusse, bleu d'aniline, violet de Paris, etc., à cause de la pureté et de la vivacité des nuances de Tindigo et de sa résistance absolue aux alcalis et aux acides même concentrés.
Malgré les grands progrès accomplis dans les procédés tinctoriaux, rindigo reste encore sans conteste le premier de tous les bleus et c'est pour ce motif que l'administration de l'État en prescrit l'usage constant à ses fournisseurs.
Les seuls défauts qu'on puisse reprocher à l'indigo, c'est de dégorger au moindre frôlement et de ne pas résister suffisamment à l'action des agents atmosphériques et aux rayons directs du soleil ; en outre il revient très cher et même dans ces dernières années, où l'indigo a baissé de prix, sa teinture atteint encore des prix très élevés pour les hautes nuances. L'indigo est préparé à l'aide de divers Indigofera^ plantes originaires de l'Amérique et des Indes. On a créé au Congo, notammment à l'Equateur, des champs d'expérience pour la culture de l'indigo lesquels ont donné de bons résultats, ce qui n'a rien d'étonnant, car plusieurs variétés d'indigotiers croissent spontanément en Afrique. (Voir Importations, produits tinctoriaux.)
Le tissu indigo drills doit son nom à la teinture employée ; quant aux guinées, leur nom provient de la grande quantité de ce genre de tissu expédiée à la côte de Guinée et principalement au Sénégal. Il y a quelques années nos manufactures de Gand en exportaient des quantités énormes, mais ce commerce a cessé presque complètement, à cause des lois prohibitives de la France. Les droits d'entrée au Sénégal sur les guinées qui ne sont pas de provenance française sont de 20 p. c. ad valorem. Le Congo est heureusement là qui en consomme de fortes quantités.
Parmi les tissus de couleur uniforme un autre genre encore mérite quelque attention. C'est un tissu rouge appelé ANDRINOPLE B96 et dont la teinture de pur andrinople se fait généralement en Suisse. Le nom de cette étoffe provient du lieu d'origine de la matière colorante, qui est le rouge d'Andrinople ou rouge turc, anciennement obtenu à l'aide de la garance, plante originaire de l'Orient autrefois très cultivée dans la Turquie d'Europe. Elle renferme entre autres principes colorants l'ALlZARlNE, produit qu'on est parvenu à préparer artificiellement. Depuis lors la culture de la garance est abandonnée et les rouges d'Andrinople ne se font plus qu'avec l'alizarine artificielle.
Des imitations de cette étoffe se font dans le pays, mais les teintures sont (( fausses », généralement des rouges directs comme les benzopurpurine, delta purpurine, Congo, etc. Ces teintures sont beaucoup meilleur marché, mais elles pèchent par leur faible solidité à l'air et le peu d'économie qu'offre leur emploi.
Des essais de teinture à l'alizarine ont été faits en Belgique, mais sans succès. La question des eaux joue un grand rôle et nos industriels ne sont pas parvenus à produire le rouge vif éclatant désiré, à cause de la présence d'oxyde de fer dans les eaux nécessaires aux opérations de teinture.
La présence du fer dans l'eau, si minime qu'elle soit, fait tourner la garance au violet et c'est par suite des grandes sources d'eau pure qu'on trouve en Suisse que les principales teintureries d'alizarine se sont installées dans ce pays.
Enfin, à cette catégorie de tissus teints appartient une étofie bnme confectionnée à l'aide de fils très fins, appelée HUDERUNGI, servant principalement à la confection des longues chemises arabes, dont les pièces authentiques sont faites en poils de chameau. Jusque dans ces derniers temps cette étoffe était fournie par des fabricants étrangers ; sur les instances de l'État plusieurs industriels du pays ont cherché à l'imiter : tous ont réussi à confectionner l'étoffe écrue, mais un seul est parvenu, après de longs tâtonnements, à donner à l'huderungi une teinte se rapprochant assez fidèlement de l'original, de provenance étrangère. La difficulté résidait dans le procédé de teinture, qui est à base de rouille de fer remonté parle cachou.
Les cotonnades multicolores confectionnées à l'aide de fils teints souvent mélangés de fils écrus ou blanchis comprennent des tissus à carreaux ou à rayures.
Parmi les premiers nous trouvons les CHECK B5; CHECK B18; CHECK C2; CHECK C4; ÉTOFFE A MATELAS B23; CHECK MEXICAN B65; CHECK ÉCOSSAIS 2960; GINGHAMS 35o5 et 35o6; CHECK ÉCUREUIL 8746; CHECK HISPANIA 3753, etc., etc. Le nom de CHECK est donné en Angleterre à tous les tissus à carreaux.
Le mot GINGHAMS est employé par les Ecossais pour désigner ces mêmes étoffes.
Parmi les tissus à rayures, les STRIPES B12; BLUE STRIPED DRILLS B66; FANCY BANDIC CLOTH B61 ; STRIPES JORUBA Bi i3 et B114; STRIPES BORNÉO B121 ; RAYURES BANGALA Bi23; SIAMOISE B22; MILLET CLOTH B160; PAGNES LUVITUKU B141; PAGNES AMADI B148; PAGNES ZAÏRE Bl55 etc., etc. (l).
(i) Le FANCY BANDIC CLOTH portc cc nom parce qu'il imite les tissus confectionnés par les indigènes qui tissent leurs étoffes par petites bandes qu'ils cousent l'une à l'autre. La siamoise est une étoffe de provenance siamoise
ribk^
Marchandises d^Echange. 477
Parmi ces étoffes à rayures nous trouvons une étoffe particulière
appelée RAYURES BLEUES B124; C*est le tissu a RAYURES BAN- GALA Bi23 » fait à Taide de fils écrus et bleus et qui est teint entièrement en bleu après coup.
Il n'y a pas bien longtemps que trois genres de tissus teints à rayures étaient encore fournis par l'étranger parce qu'aucun d'eux n'avait attiré l'attention de nos compatriotes. A la demande de l'État tous trois ont été examinés et confectionnés après quelques recherches par des firmes belges; ce sont le VICHY N» 7 (i), le NICANÉES SSgg, tissu très fin, et des PANOS (2), portant différents numéros selon le dessin demandé.
La fabrication des deux premiers n'offre aucune difficulté; quant au troisième, de qualité très médiocre, il est confectionné à Taide de fils de différentes épaisseurs, de façon à faire ressortir les dessins, mais fortement encollés. Ce tissu est commun mais rendu lourd par suite de son apprêt.
Dans la catégorie des tissus de coton teints et écrus il faut comprendre enfin les FLANELLETTES unies, blanches ou rouges, ou à rayures bleues ou roses, etc., etc.
Ce genre de tissu, dont la fabrication est très importante en Belgique, a remplacé petit à petit, dans le pays, le calicot écru (l'américani exporté au Congo), principalement pour la confection des chemises.
La fabrication est analogue aux autres tissus de coton écrus et teints, sauf toutefois que les fils en trame sont généralement plus gros. Quant l'étoffe est tissée elle passe dans des machines spéciales appelées « laineuses » où elle est molletonnée et d'où elle sort recouverte du duvet qui la fait ressembler à de la flanelle. Les flanellettes s'exportent peu pour le moment, mais la progression se fait lentement et il y a lieu de supposer qu'au Congo, conmie en Belgique et ailleurs, la consonmiation augmentera constamment.
Les tissus de coton teints et les tissus écrus se fabriquent généralement en 36 pouces anglais (o"»,9o) de largeur, exceptionnellement en 22 ou 40 pouces. Les pièces sont presque ordinairement de 16 yards (14^,60) de longueur, quelquefois de 8 yards* Les pièces de 16 yards ont vingt-quatre plis et celles de 8, douze plis seulement.
imitée jadis à Rouen. Le millet cloth prend son nom de la disposition de la trame dont le dessin représente des grains de millet.
(i) Tissu lourd portant erronément ce nom, attendu que cette dénomination se rapporte à une étofife à carreaux bleus et blancs d'un usage considérable en Belgique.
(2) Le PANOs est un genre de tissu fait jadis à la côte de Mozambique et imité par les manufactures anglaises.
478 Exportation.
Quelques tissus de coton teints s'expédient sous la fonnejde pagnes à franges d'une seule pièce dont le principal et le pluâ recherché s'appelle PAGNE LUVITUKU B142, mesurant 94 centimètres de large et i™,88 de long, franges non comprises, celles-ci mesurant i3 centimètres. Les rayures en sont rouges, bleues, jaunes et grises. Son nom rappelle une de nos stations de portage et c'est depuis longtemps déjà une des principales étoffes données en paiement aux porteurs indigènes de la région des Cataractes.
Actuellement tous les tissus de coton teints et les tissus de coton écrus et teints nécessaires à l'État du Congo se fabriquent en Belgique, à part quelques tissus très légers et très peu demandés. Il suffira de dire à nos lecteurs que l'État Indépendant seul a commandé dans le courant de l'année 1896 pour 1,210,000 francs de tissus de coton écrus et de tissus de coton teints aux industriels du pays, et que la colonie ena consommé pour fr. 2,253,418-28, dont fr. 2, o3 1,073-3 3, part de la Belgique, pour leur démontrer l'importance des exportations de ce genre de cotonnades au Congo.