LES PERLES
es noirs ont de tous temps adoré la parure ; avant Tintroduction de nos verroteries ils savaient se confectionner à l'aide de dents, de graines, de bâtonnets, des colliers d*une grande originalité ; ces oripeaux primitifs, faits avec soin et recherche, figurent avec honneur parmi les collections ethnographiques.
Il y a longtemps que les indigènes connaissent les perles ; par\'enues de mains en mains au centre de l'Afrique, elles y avaient une valeur invraisemblable; on a trouvé dans TUbangi des perles d'origine orientale qui avaient dû faire un voyage de plusieurs centaines de lieues et mis sans doute bien des années pour arriver jusque-là. Les adroits forgerons de TUelle fabriquent des perles de fer et de cuivre, mais cette industrie est condamnée à disparaître devant l'invasion des verroteries européennes.
Ces verroteries ont presque toujours précédé les tissus comme marchandise d'échange, car les indigènes, avant de songer à porter un costume, préfèrent s'assurer une ample provision d'ornements flattant leur coquetterie.
Aujourd'hui encore, dans plusieurs contrées, l'unique monnaie courante est la perle et les cotonnades les plus bariolées ne tentent pas les acheteurs. Les premières perles importées furent avidement disputées par les noirs; combien de voyageurs n'ont pas acheté des défenses d'ivoire pesant jusque 5o kilos pour quelques cuillers de verroterie. Mais ces hautes valeurs n'ont pas tardé à se modifier; les perles n'étant pas périssables comme les étoffes, le pays en a été rapidement inondé.
Heureusement, justifiant leur coquetterie, les noirs sont, conmie nous, asservis aux caprices de la mode; selon le goût du jour les
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perles qu'il est seyant de porter sont rouges, bleues ou blanches, grosses ou petites, celles que Ton se disputait hier deviennent sans valeur et la dernière nouveauté a tout le succès.
L'inconvénient de ce goût capicieux est que certains magasins du haut fleuve se sont vus encombrés parfois de perles « démonétisées » tandis qu'il fallait attendre plus d'une année la venue d'un nouvel assortiment, trop heureux si à son arrivée il n'était pas déjà déprécié à son tour.
Avec les perles les indigènes se font des colliers, certains d'entre eux pèsent plus de lo kilos; on voit des tribus s'en échafaudant des coiffures savantes du plus joli effet ; il est des perles que l'on n'emploie pas autrement que comme monnaie divisionnaire et que les commerçants cupides se contentent d'accumuler et de serrer précieusement comme un avare cache son trésor.
Bref, les perles constituent une des plus intéressantes monnaies d'échange et avec le parti qu'en savent tirer les indigènes elles ont le grand avantage de ne pas ridiculiser ceux qui les portent et de ne pas détruire le charme pittoresque de leur toilette sauvage.... au contraire.
Les perles exportées au Congo viennent d'Italie, de Bohème, de Bavière et de France.