‹ Guide de la section de l'Etat indépendant du Congo à l'Exposition de Bruxelles-Tervueren en 1897Chapitre 26 sur 184 · Région de la Grande Forêt · texte numérisé non relu

Région de la Grande Forêt

Wolff, Wissmann virent des nains sur les bords du Sankuru ; von François et Grenfell, sur la Tchuapa et la Busera; A, DelcOmm'une, au Lomami; tous ces pygmées font probablement partie d'une même peuplade batua habitant l'intérieur de la grande boucle du Congo. Stanley résida au milieu des nains, chez les Walese, dans l'Aruwimi, Du Chaillu en a signalé dans les bassins de rOgoue, où on les appelle Obongo et on en trouverait aussi un grand.nombre dans le bassin septentrional de l'Ubangi, jusqu'aux sources du Chari; à l'ouest du Kilima Njaro où ils s'appellent Ala ; dans le pays des Gallas, enfin le long de la ligne côtière sud de l'Angola, au delà du Cunène. Depuis lors bien des voyageurs belges ont séjourné parmi ces êtres extraordinaires et ont pu constater qu'ils éfiiient parfaitement sociables. Il semble probable que toutes ces tribus naines, ainsi que les Bushmen ou San de l'Afrique australe sont les débris épars dans toute l'Afrique équatoriale d'une seule et même race autochtone qui va en disparaissant (i).

Cette race, après la première invasion bantu, aurait trouvé un refuge dans la grande forêt qu'elle était sans doute seule à habiter il n'y a guère tant d'années; en effet les voyageurs du XVIP siècle et de la fin du xvi" parlent souvent de nains habitant l'intérieur des terres à la côte occidentale et une carte de lyoS-iyig, reproduite. souvent d'après un atlas historique publié à Amsterdam porte l'inscription : « Forests habitées par les peuples Bakke Bakke qui sont vassaux du Grand Macoco et que l'on prétend être une nation de nains; » exactement à l'emplacement actuel de la grande forêt équatoriale.

Cependant, Stanley parle de deux types bien distincts de nains dans l'Aruwimi ; les Batua, qui ont la tète allongée, le visage étroit, les yeux petits et qui se tiennent au nord ; les Mambutti, qui ont la face ronde, de grands beaux yeux, le front découvert, la peau d'une riche coloration jaune ivoire. Leur taille est de o",9o à i™,40 et le plus robuste qu'a observé Stanley pesait 40 kilogrammes, lis s'étendent vers le sud-est jusqu'aux bords de la Semliki.

Quoi qu'il en soit, ces négrilles du centre de l'Afrique ne présentent aucun signe de dégénérescence physique. Leur tête est un peu grosse, les bras longs, pas d'une façon exagérée, le ventre proéminent, les genoux épais et noueux, les pieds tournés en dedans. L'allure est une sorte de dandinement accompagné de soubresauts qui se propagent dans tous les membres; ils ne savent porter un plat sans renverser une partie du contenu ; cela tient, suivant Stanley, à l'habitude qu'ils ont de sauter dans les jungles pour traverser les fourrés. Leurs mains sont d'une délicatesse remar-

(i) Hamj donne le nom de négrilles aux nains de l'Afrique. (Lis Rarts humain. par le Dr Verneau.)

Les Nains.

quable; leur taille moyenne est environ de i",40. Comme celle de tous les habitants de la forêt, leur peau est assez pâle, plus pâle même, d'une couleur de café brûlé, parfois rouge de cuivre. Les cheveux, au heu d*être noirs comme chez les autres nègres, sont brun rougeâtre foncé. Un certain nombre possèdent une forte barbe et sont très velus.

Leur agilité surpasse tout ce qu'on peut imaginer : ils excellent dans Tart de grimper aux arbres.

Sous le rapport de l'acuité des sens, de la dextérité et de la ruse, ils sont supérieurs aux nègres qui les entourent. Stanley les déclare très perfectibles.

Ils vivent presque exclusivement de leur chasse; tuant l'éléphant, le bufHe, lantilope avec leurs armes empoisonnées, se servent de la flèche comme du couteau, ou dressent des pièges. Les nains habitant chez les Momvu s'entourent le corps de feuillage, dit Adam, ou se cachent dans un arbre imitant le cri de l'animal qu'ils veulent attirer. La flèche ne manque jamais son but. Pour chasser le gros gibier ils s'enduisent le corps de « faits » afin de pouvoir s'approcher de la bête sans être éventés; ils coupent un jarret de leur victime à

l'aide de la lance et attendent qu'elle succombe';

Jde cette manière ils tuent beau- É coup d'éléphants. En échange

W ^f^ de leur gibier les nains

^ 4: ^^^ y — 1^-^*>^ obtiennent le maïs, les

" I ^^j^^^-,..^ bananes, le manioc,

etc., des nègres chez lesquels ils sont établis. Dès qu'ils se trouvent au milieu d'une population sociable ils vivent ainsi en bonne intelligence avec leurs grands frères qui les considèrent plutôt comme des êtres bienfaisants. Pour les agriculteurs aborigènes ils sont des éclaircurs parfaits ; ils les avertissent de l'arrivée des étrangers suspects et hostiles et, en cas de guerre, ils leur servent d'auxiliaires et ne sont pas à dédaigner comme tels. Ils restent dans un district tant que la chasse est fructueuse, puis émigrent vers d'autres contrées.

Leurs costumes sont des plus sommaires : les hommes portent le pagne, les femmes ne sont pas vêtues. Les nains n'exercent du reste aucune industrie.

Leurs huttes sont des constructions basses en herbes et en feuilles dont la forme rappelle assez bien la moitié d'un œuf coupé en long. Les portes, hautes de 60 à 90 centimètres seulement, sont situées a chaque extrémité. Leurs cases sont éparpillées irrégulièrement dans la forêt, suivant une circonférence au centre de laquelle

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ils réservent une place pour le chef de la famille. Ces villages sont gardés par des sentinelles abritées dans des sortes de guérites établies aux abords du village.

Les pygmées sont d'une adresse étonnante au tir à Tare. Tout jeunes, les enfants s'exercent au tir à la cible ; ils se servent aussi de la lance et de la hache. Ils se battent avec fougue et vaillance et font un tel usage de leur arme qu'ils remportent presque toujours la victoire.

Dans l'Aruwimi ce sont eux qui fabriquent avec des fourmis noires le poison foudroyant dont ils pourvoient les indigènes.

On voit dans la section des FLÈCHES et des JAVELOTS provenant des Tikli-tikli, nom que les Azande donnent aux pygmées du Bomokandi. Comme nous l'avons dit précédemment, certains auteurs s'accordent à dire que les silex éclatés que l'on trouve souvent en Afrique, appartenaient jadis aux pygmées autochtones.

Leurs chefs vivent sur un pied de patriarcale égalité avec leurs sujets. Ils ne sont pas plus vêtus et 0e portent pas de signes distinctifs de leur autorité.

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