JUNKER
Ubangi. — Danse dendi.
Danser, chanter et faire avec des trompes et des tambours le plus de vacarme possible est la caractéristique des peuplades wate.
Groupes : Musiciens a{ande, de Samuel.
... Ils chantent ainsi l'amour, mais l'amour brutal, farouche, avec des accents de triomphante allégresse et de profonde douleur.
DE LA KÉTHULLE.
Danseurs sango, de Dillens.
Dès que le soleil se couche, toute l'Afrique danse.
Proverbe sénégalais.
Agrandissements photographiques.
Types d'habitations : Hutte des Bania ;
Hutte sango ; Hutte amande,
a' après Christ iaens et A. Lemaire.
Hutte du Haut'Bomokandi,
d'après Christiaens.
a iTnime disposition orographique qui, dans le sud du bassin du Congo, sépare pour ainsi dire le cours supérieur des rivières de leur cours moyen, se présente également au nord, mettant entre le Congo tt son affluent TUbangi une suite de hauteurs franchies par le puissant tributaire aux rapides de Zongo.
Le bassin de l'Ubangi embrasse une bande de terrain allant de l'est à l'ouest; il est surtout habité par des peuplades du groupe nuba formant la transition entre les vrais Nigritiens et les Baniu sylvains de la forêt équatoriale. Les migrations de ces peuplades longent presque toujours, en l'entamant chaque fois, la région forestière et cette marche continuelle provoque un mélange
Région du Nord.
où le Nigrîtien finit par dominer, éternelle lutte des peuples où ceux d'une civilisation supérieure doivent avoir l'avantage et éternel besoin aussi de chercher dans les défrichements de la forêt séculaire des terrains propices aux cultures d'alimentation.
• Cette région est très peuplée, nous la diviserons en deux parties ; la première, arrosée par l' Uelle^Mbomu, est limitée à l'ouest par le confluent de ces deux rivières; la seconde, arrosée par l'Ubangi ou Dua, s'étendant depuis le confluent de l'Uelle et du Mbomu jusqu'aux chutes de Zongo.
PanlUlement à l'iquateui et i environ trois degrés et demi au nord de cdui-ci, coule de l'est i l'ouest, dans un bassin étroit, la rivière considérable quiprendsucccBsivementlencHndeKibali, Makua et Uelle.
Les affluents de drute de l'Uelle, nom que nous donnerons désormais à cette rivière, enchevêtrent leur source parmi celles du Nil ; ceux de la rive gauche descendent du paya où naiss^t tes tributaires septentrionaux de l'Aru-
Le Ubomu a un bassin s'étendant da\'antage vers te nord, mais en dehors des territoires de l'Etal du Congo, jusqu'aux sources du Chari. Nous dirons pourtant quelques mots du pays drainé par les affluents de la rive droite de cette rivière.
ASPECT DU PAYS. — Toute la région est admirablement arrosée. Le» cours d'eau se développent comme les mailles d'un filet gigantesque, ombragés par ta végétation luxuriante des forêts riveraines. Vers l'est, le paj^ est accidenté, vers l'ouest, il s'abaisse en formant des mouvements de moins en moins sensibles, mais reste toujours ondulé. En divers points s'élèvent des groupes de monts isolés dominant le pays.
L'UBLLB est constitué par une multitude de petits ruisseaux qui descendent de la ligne des montagnes Bleues (altitude isoo mètres), avoisinant le lac Albert et où se trouvent aussi les sources de l'Ituri. 11 coule d'abord dans une plaine herbeuse très mouvementée et projetant de toutes parts de gigantesques rochers hérissés. Les rives sont extraordinai rement habitées; les villages succèdent aux villages, donnant à la capricieuse rivière un aspect de tranquillité et de paix. Le cours de fUelle est sinueux et agité; serpentant entre les collines, franchissant des seuils et des barrages, bordé par des rives élevées dépassant de plusieurs mètres le niveau des hautes eaux, il se déroule dans un paysage des plus grandioses ; il est parsemé d'une quantité d'Ilots boisés et souvent tiabités. d'où s'éiancent en même temps les palmiers aux hautes cimes et les plantes grimpantes aux fantastiques entrelacements.
Les crues de l'Uelle sont considérables et font ctianger complètement l'aspect du paysage. Lors des hautes eaux, la navigation est des plus difficiles et demande de la part des piroguiers une audace et une adresse stupéfiantes ; tous les voyageurs se sont extasiés devant l'habileté des indigènes à manier leurs minces pirogues au milieu des flots qui les entraînent dans les tourbillons avec une vitesse vertigineuse. Aux eaux basses, le lit de la rivière présente une telle suc-
Région du Nord.
cession de pierres et de roches que l'on se demande si l'on se trouve bien sur un cours d'eau d'une gmnde importance. A cette époque, les eaux sont limpides «t t'oD voit le fond rocheux; elles ne descendent des chutes que par de minces filets argentés et immédiatement en amont des barrages elles sont tranquilles et paraissent sommeiller; la rivière est moins imposante, mais elle est plus riante et surtout p)u9 pittoresque.
L'UeUe, comme le Mbomu et le Mbili, devient navigable prés de son confluent, après avoir franchi une dernière barrière rocheuse.
Les affluents de l'Uelle sont très nombreux et assez importants. A droite, les plus remarquables sont ta doncu et Tusibe ; ils viennent du nord-est et descendent de la ligne de faiita presque imperceptible qui limite vers le nord le bassin du Congo.
Trois affluents de la rive gauche sont à signaler : la cadda, le Bomokandi et la MBiiiA. Le bohoeamm surtout, presque parallèle à l'Uelle, est une rivière considérable; sa largeur varie entre 200 et 3oo mètres ; on rencontre des lies surtout son parcoure; elles sont i la vérité petites, mais toutes habitées. Comme l'Uelle, le Bomoliandi est sujet à des crues qui atteignent 6 i 7 i^ètres; aux eaux basses, les barres rocheuses permettent de passer à gué dans certains endroits et la rivière devient une succession de bassins aux eaux tranquilles.
L'Uelle-Mbomu.
Le UBOttv prend ses sources dans les marais du pays de Ndoruma; la longueur de son cours est de moitié celle de l'Uelle, mais il reçoit sur sa rive droite I'umea, le chinio et le bau qui drainent, comme nous l'avons dit, un grand territoire du Congo français. Prés de son confluent, le Ubomu reçoit sur sa rive gauche le Mbili qui contribue aussi à augmenter le volume de ses eaux.
Le MBILI traverse le pajs compris entre l'Uelle et le Mbomu; lui aussi est barré par de nombreuses chutes et rapides.
SOL. — Le sol est partout rocheux et déchiré par les vallées que se sont creusé les rivières. Le long de celles-ci, des alluvions ont permis aux forêts de se développer, créant ce rideau d'arbres cachant la savane aux yeux du voyageur.
Le fer est abondant partout; le cuivre se retire des mines de Hofrah-en-Nahas, an nord du Mbomu ; il doit erister d'autres mines dans la contrée comprise entre l'Uelle et le Congo, mais les indigènes se sont toujours refusés à y conduire les explorateurs (i). Le cuivre est colporté sous forme d'anneaux à section carrée, de la dimension d'un grand collier.
(i) An <Ui* d<i iadiftaHi, nppocH de II Ejcbnlla, il en «iktsnit cbu PoiM.
L'Uelle-Mbomu. i33
D'après Schweiniurth, le platine existerait dans le pays des Mangbettu.
FLORE. — La forêt équatoriale vient mourir sur le Bomokandi ; au delà, le sol est couvert de savanes émaillées de vestiges de forêts; plus au nord et plus à l'est, la plaine s'étend à perte de vue, sans un arbre.
L'Uelle marque la limite, indécise du reste, séparant le pays di^ manioc de la région des graines. Peu à peu, le précieux tubercule disparaît ; il est remplacé par le sorgho et l'éleusine, auxquels se substitue à son tour le mil chez les Kreich et les Bongo.
L'élals devient rare au nord de l'Uelle ; son huile trouve un succédané dans celle du sésame et de la graine de certaines cucurbitacées.
Enfin ne manquons pas de signaler le café sauvage très répandu dans la vallée du Mbomu.
CLIMAT. — Les saisons sèches et les saisons des pluies sont nettement caractérisées, mais vers l'ouest la présence des bois modifie considérablement les conditions d'humidité de l'atmosphère.
D'après Bohndorff, le climat serait meilleur que celui de l'Inde et de Java. Malgré le voisinage de l'équateur, les pays de l'est, grâce à leur altitude élevée, jouissent d'un climat relativement tempéré.
FAUNE. — L'éléphant est conmiun ; on commence à rencontrer les rhinocéros bicornes, les lions et les girafes. Les chefs mangbettu, dit Vankerckhoven, ont seuls le droit de porter la queue de girafe à la ceinture ou au bouclier. On note l'existence du zèbre, mais d'ime manière vague.
Les léopards sont à certains endroits un véritable danger public et, chose étonnante, les populations sont d'une indolence telle qu'elles ne prennent aucune précaution pour se préserver de ces fauves.
L'hippopotame devient rare ; on voit encore le crocodile. Dans les forêts se rencontrent le chimpanzé, des cynocéphales et une autre variété de singes de grande taille. Comme dans tous les pays de plaines, les buffles et les antilopes circulent en innombrables troupeaux ; le perroquet disparaît au nord de l'Uelle.
La faune domestique comprend des chèvres et des poules; chez les Mangbettu, le potamocochère est à demi apprivoisé et quelques têtes de bétail sont élevées près du Bahr-El-Gebel.
Les Niam-Niam possèdent quantité de chiens, de robe claire couleur feu, n'ayant pas de cinquième ongle aux pattes de derrière, partageant cette particularité avec tous les représentants de la race canine du haut Nil. Prédisposés à prendre de l'embonpoint, ces chiens sont très en honneur comme viande de boucherie. Au Mbomu, venant du nord, se voit un chien plus grand, noir et feu, ayant quelque ressemblance d'allure avec un lévrier de petite taille et qui aurait de l'analogie avec le chien observé par Schweinfurth chez les Chilluck. Très intelligents et très agiles, ces chiens sont dressés à dépister et à p>oursuivre le gibier.
Région du Nord.
PRINCIPALES PEUPLADES
II^^^^X \ c mêrae que toutes les régions frontières de la ^k ^^\\ '"^"^^^ équatoriale, TUelIe est fort peuplé. Les Ni- ^Ê\ /l^vW Sritiens, ou plutôt les Nuba Azande, envahissent I^^JK^^^vX les territoires des Bantu et eux-mSmes
ont dû céder aux Mangbettu de vastes terrains de leur domaine.
Comme nous le disions plus haut, la \ contrée est, au point de vue. ethnique, un lien de transition entre les Nigritiens et les Bantu.
Les esclavagistes égyptiens, puis les Madhistes, ont fait pendant <es cinquante dernières années de fréquentes incursions vers l'Uelle et sont venus arabiser un grand nombre d'indigènes. Comme la civilisation de Mascate a influencé, dans les temps modernes, les peuplades de l'est du bassin du Congo, celle du Soudan égyptien a produit ses effets chez les peuples du Nord.
Les peuplades les plus remarquables du pays sont : les Azande, les Abasango et les Embatta, les Momvu, les Mangbettu ; près du Nil les Madi, les Latuka et les Bari; au nord du Mbomu les Abanda, les Kreich, les Gabu et les Akari qui sont aujourd'hui sous l'influence de la France, mais dont nous parlerons succinctement, car ce furent les Belges qui les premiers ont occupé ces
Les AZANDE s'étendent au-dessus de l'Uelle depuis le Mbomu jusqu'au Bahr-El-Gebel, peuplant le pays des sources des aflluents du Nil où ils ont pour voisins les BONGO. Ce sont des Nuba; comme les Ababua qui vivent entre le Rubi et l'Uelle et d'autres peuplades pénétrant jusqu'à la Lulu et rAruwimi, ils se disent venus de l'ouest.
L'aspect des vrais Niam-Niam, dit Schweinfurth, est ce qu'il y a de plus saisissant. Mais l'illustre voyageur venait de la province du Gazai ;-il avait vu les Bongo, les Diour, les Dinka, mais jamais les étonnantes populations des forêts équatorîales et en arrivant dans l'Uelle les voyageurs belges n'ont pas ressenti au mSme degré la vive impression éprouvée par Schweinfurth, tout en reconnaissant que les Azande sont un peuple des plus remarquables.
Les Azande ou Niam-Niam, sauf toutefois pour les Makrakra et les Iddio, présentent deux branches bien distinctes ; la première se trouve établie entre le Mbomu, l'Uelle et le aS» degré est de
miMi
L'UeUe-Mbomu.
Greenwich. avec plusieurs enclaves sur la rive gauche de tUelle. Les chefs portent le nom de BANDJA. Cette branche occidentale ne présente qu'une population assez réduite si on la compare à la branche orientale qui s étend jusqu'au sixième parallèle nord et à l'est jusqu'aux Makrakra et qui ont en outre des enclaves très étendues sur le Bomokandi; ces derniers sont des AVUNGUR.\ et ce sont eux que Schweinfurth a si remarquablement décrits. Les Niam-Niam, dit-il, ont la tête ronde et large, ils peuvent être rangés au nombre des brachycéphales du degré le plus inférieur. Les yeux, fendus en amande, sont ouverts un peu oblique-
)ment — les Bangala présentent la même particularité ; — les sourcils sont épais et bien marqués. Le nez est d'une faible saillie, les lèvres épaisses, l'ensemble du visage est arrondi. Pour le corps, ils ont une propension à rembonpoint. leur taille est moyenne, le buste est long en comparaison des jambes. Le ton de la peau est plus rouge que celui des Ethiopiens et des Nubiens. Les Bandja sont d'une taille un peu au-dessus de la moyenne, élancés, d'une complexion vigoureuse.
Comme signe de leur nationalité, les .Avungura se font, par le tatouage, des carrés remplis par des points, placés indifféremment sur le front, les tempes et les joues. Sur la poitrine ils sont marqués d'un cartouche en forme d'X. Les Bandja se distinguent par un tatouage horizontal sur le front.
Depuis le passage des Egyptiens, beaucoup de Niam-Niam] ont sur les joues trois lignes parallèles, marque des tribus soudanaises. Ils se liment les incisives en pointe.
Les hommes se donnent l^coucoup de mal pour accommoder leur chevelure, tandis que la coiffure des femmes est aussi simple et modeste que possible. Les cheveux des hommes sont en général partages par le milieu, tormant des bourrelets de chaque côté et retombant en un certain nombre de tresses.
Les .^BABUA (i) habitent, comme nous l'avons dit, entre la Likati, le Rubi et le Bomokandi.
(i) Le préfixe A marque le plutîel dana la langue axaade, Is préfixe BA dani U ~ langues bantu ; il j aurait donc double emploi : nnua avaiu miuarvA Ih h«i
préfixes pensant qu'elles serviraient à bien te souvenir du mélange de
conaervè les deux
i36 Région du Nord.
Le nom de Ababua n'est jamais prononcé sans être accompagné du mot a féroce » ou « terrible ». Le type de 1* Ababua n'est pas caractéristique ; on dirait qu'il tient de tous les noirs; le teint est quelque peu clair, surtout celui des femmes, qui sont jolies. Ils ont comme tatouage, sur le front, une bande latérale ou en V très ouvert, tracée au moyen de trois, quatre ou cinq lignes de petits points. D'autres portent encore des bandes de forme identique qui partent des tempes pour aboutir sous le nez ou sous la bouche. En général, ils se percent la partie cartilagineuse du pavillon de Toreille, comme le font les Mangbettu et y fixent des objets hétéroclites: morceaux de bois, de fer, perles, etc. Quelques-uns se trouent largement le lobe de loreille.
Les ABASANGO, riverains des îles de TUelle, ont un tatouage ressemblant à celui des Bandja, plus des hachures qui coupent le front par le milieu. En amont de la Mbima, ils prennent le nom d'EMBATTA; sauvages et indomptables, ces indigènes de race bantu sont soumis aux Azande.
Les MOMVU, disséminés dans la vaste région qui s'étend depuis les sources du Bomokandi jusqu'à celles ide Tlturi, seraient une des populations les plus extraordinaires habitant le territoire congolais. Ils sont sans cesse harcelés par les Mangbettu qui les considèrent comme im véritable gibier de chasse.
Les NAINS habitent la même région que les Momvu; ils construisent leurs villages dans les bois et n'y rentrent que la nuit ; ils se contentent d'une petite hutte de paille pour tout abri, se réunissent en associations restreintes et ont plusieurs lieux de campement.
Le pays des MANGBETTU ou Mombuttu est arrosé par le haut Bomokandi et limité au nord par TUelle et son affluent la Gadda. II. confine à celui des Momvu à Test et à celui des Abarambo à l'ouest. Les Mangbettu, à une époque qui ne peut être éloignée, sont venus, d'après leurs propres traditions, d'un pays situé très loin dans la direction du sud-est, de l'autre côté d'un grande eau, rapporte Christiaens; d'autres auteurs les font venir du nord-ouest; nous pensons que la première hypothèse se rapproche le plus de la vérité et qu'ils viendraient plutôt du sud que du nord-ouest. De haute taille, bien conformés et bien proportionnés, les Mangbettu se distinguent des Nigritiens par des traits presque sémitiques ; plusieurs d'entre eux ont même le nez tout à fait aquilin. Ils sont à maints égards au premier rang des populations , africaines, dit Schweinfurth, et Christiaens confirme ce dire ; leur parole est sûre, leur amitié durable. Ils ont le sentiment de la solidarité nationale et se défendent avec courage contre les étrangers. Ces indigènes ne s'arrachent pas les dents et ne se les liment pas en pointe comme les Niam-Niam. Ils ne se font pas aux lèvres de hideuses perforations, mais se percent la conque de l'oreille, de manière à y passer un
t'Uelle-Mbomu. i3y
bâton de la grosseur d'un cigare. Ils ne se tatouent pas la figure mais se rattrapent largement sur la poitrine, le dos et le haut des bras ; les élégants et surtout les élégantes se bariolent en outre en noir, avec le suc d'iin gardénia.
L'arrangement de la chevelure caractéristique est le même pour les deux sexes. Les cheveux du sommet et du derrière de la tête forment un chignon cylindrique, soutenu par une carcasse en roseau et autour duquel s'enroule, à ia façon d'une ligature très serrée, à partir du milieu du fi-ont, une mince cordelette tressée. Les hommes couronnent cet édifice d'un bonnet de paille également cylindrique, mais à fond carré, garni d'un panache de plumes et maintenu par des épingles ; les femmes s'ornent d'épingles mais ne portent pas de bonnet.
Plus cet édifice est allongé, écrit Christiaens, plus il est beau ; aussi voit-on les mères mangbettu comprimer la tête de leurs nouveauxnés au moyen de minces bandelettes d'écorce, de manière à étendre le crâne vers l'arrière et d'assurer ainsi à leurs enfants devenus adultes un avantage physique hautement apprécié.
Le vingtième de la population, dit Schweinfiirth, a les cheveux d'un blond pâle et cendré qui rappelle le ton du chanvre; ils sont d'ailleurs crépus et de la même nature que ceux des autres nègres; ils accompagnent toujours un teint de nuance plus claire et les individus qui les possèdent ont des signes caractérisés d'albinisme (i).
Les ABARAMBO sont des Mangbettu, asservis par les Niam- Niam. Ils habitent entre la partie inférieure du Bomokandi et rUelle. Ils ont le teint assez clair et sont généralement bien faits; les femmes sont jolies, quoique de taille assez petite ; la figure n'est pas tatouée.
Les MADI s'occupent d'agriculture; Baker écrit que les LA- TUKA sont les plus beaux sauvages qu'il ait Jamais vus; ils ont le caractère franc, une physionomie agréable et sont toujours disposés à rire; les BARI sont un peuple pasteur comme les Dinka; d'une nature belliqueuse, les hommes dédaignent le port de tout vêtement.
Les ABaNDA occupent le sud du Dar-Fertit, autour du haut Bali et du cours moyen du Chinko. Au physique, ils ressemblent aux Niam-Niam dont ils sont frères. En général, ils se rasent la tête, dit de la Kéthulle, et ne laissent que deux minces tresses de cheveux dans la nuque. Beaucoup portent sur les joues et sur le menton les trois incisions, marque des Soudanais. Quoique intelligents, ils paraissent moins bien doués que les Niam-Niam.
(i) II doit y avoir exagération, car aucun voyageur belge n'a été frappé de ce fait.
On sait qu'il existe partout au Congo de vrais albicos, monstrueuses créatures ne vivant guère de longues années.
i38 Région du Nord.
Ils n'ont pas de grand chef proprement dit ; il n'y a que des chefs de tribus. La faiblesse des Abanda provient de leur manque d'union; s'il s'était produit un fusionnement des diverses tribus, il n'est pas douteux que les Abanda eussent constitué un peuple puissant.
Comme le peuple abanda, le peuple KREICH maoqoe de puissance; très éprouvé par l'invasion madhiste, k pays qu'il occupe, le Dar-Fertit, a subi un dépeuplement considérable. En contact .Xûntiauel -ftrec les Arabes, les Kreich en ont imité les mœurs et en partie les usages. Ils ont, dit Hanolet, un dialecte tout à fait différent du banda.
Les AKARI habitent entre le Mbomu et l'Uarra; ce sont des sauvages dans toute l'acception du mot, d'une race absolument inférieure : anthropophages, mal bâtis en général, laids à l'excès, malpropres, les jambes et les bras grêles, la région sacro-lombaire démesurément petite, les yeux injectés de sang; leur physionomie n'a presque rien d'humain.
Les Akari ont une certaine analogie avec les G ABU qui vivent dans une région marécageuse plus au nord, avec les BIRI. Ces populations sont très attachées à leur sol natal qu'elles défendent avec courage et énergie ; leurs lances et leurs javelots sont très caractéristiques. Walhousen croit que les Chilluck, dont parle l'explorateur Junker, et les Akari constituent une seule et même race.
MŒURS ET COUTUMES
es Bandja cultivent le mais, la patate, l'igname, la colo-
casse et le manioc ; on ne voit que rarement des bananiers; du reste, au-dessus du quatrième degré de latitude nord, la banane cesse d'être Tune des principales ressources des indigènes. Chez les Mangbettu et les Abarambo, la banane récoltée en vert, puis séchée, réduite en farine et miangée sous forme de bouillie, est le plat national. Au sud de l'Uelle se voient des plantations d'élaïs et de noix de kola ; l'huile d'élaïs sert à accommoder les mets, mais il se fait également une grande consommation d'huile de sésame, d'arachides, et de celle que l'on retire par ébuUition des mâles de termites, produit limpide et brillant dont la saveur n'a rien de désagréable. La graisse d'homme est d'un usage plus universel encore.
Le meilleur plat des Niam-Niam est une purée de jeune maïs; les
V Uelle-Mbomu. 1 39
Bandja ont pour nourriture principale le a bakeudet », formé de maïs bouilli et de viande préparée à l'huile de palme. Cependant, le comble des jouissances terrestres pour les naturels de ce pays, c'est de manger de la viande.
Tous les indigènes de TUelle sont anthropophages. Schweiniurth s*est longuement étendu sur leur cannibalisme et principalement sur celui des Mangbettu, plus atroce encore que celui des Niam-Niam.
A part le choix des mets, ces populations font preuve d*une certaine propreté dans leurs repas; ils mangent dans des ASSIETTES ou PLATS en bois, ont une incomparable série de CUILLERS de bois ou d'ivoire et pilent leurs aliments dans des MORTIERS portatifs faits à Taide des mêmes matières. De grandes feuilles leur servent de serviettes.
La boisson d'éleusine, telle que la préparent les Niam-Niam, est un breuvage transparent d'un brun clair; il aune pointe d'amertume assez agréable. Les Bandja fabriquent une bière épaisse avec le maïs et le sorgho, appelée a merissa » ou « bula » et une bière claire appelée « togo » à laquelle certains voyageurs attribuent le goût des bières anglaises, d'autres, celui de la bière de Louvain. Enfin ils distillent cette bière et l'alcool obtenu se nomme « aragi ». Le vin de palme est récolté par les Abasango qui le vendent, ainsi que l'huile, à leurs voisins, les Bandja.
Les Niam-Niam sont fumeurs de tabac; ils ont des PIPES en terre, à un ou deux fourneaux, de plusieurs modèles, dont l'un est décrit en parlant des Badjande, et les sultans ont fait imiter la forme turque, certains manches étant en ivoire artistement tourné. Le tabac est plus rare chez les Mangbettu.
Un lambeau d'étoffe faite avec l'écorce battue d'un figuier, passant entre les jambes et retenu devant et derrière par une CEINTURE, sert de costume chez les Bandja qui n'ont pas encore adopté le vêtement turc. Certains Avungura ont autour des reins une draperie d'aspect pittoresque composée de peaux de bêtes, dont la queue descend jusqu'à mi-jambe et a peut-être donné lieu à la légende des honmies à queue. Les Mangbettu, qui ignorent à peu près l'art du tissage, conmie les Niam-Niam, n'ont que des vêtements d'écorce; d'après Christiaens^ quand cette écorce est neuve, encore raide, les extrémités qui| surplombent la ceinture s'étalent devant la poitrine et entre les omoplates en parges éventails empesés dont le propriétaire se montre très fier. Il n'y a guère que les chefs qui, dans des circonstances particulières, s'habillent à la façon arabe.
Les fenmies 'sont encore moins vêtues, les femmes mangbettu ont pour seul vêtement un lambeau de feuille de bananier ou de feutre d'écorce dont la plus grande dimension ne dépasse parfois
Région du Nora
pas 10 centimètres. Dans certains districts, tout costume leur est même défendu ; mais elles y suppléent par un élégant lacis de lignes géométriques, des petits dessins noirs ressortant sur la peau claire obtenus au moyen du suc d'un gardénia le a Mibilikwa » et représentant des croix, des étoiles, des abeilles, des fleurs, des arabesques, diverses zébrures et mouchetures. A chaque fête, elles ont un nouveau décor ; les coquettes savent faire varier les ornements à l'infini. Nous Tavons déjà dit, il n*y a que les hommes qui aient un couvrechef soit un bonnet, soit une houppe de plumes, les plumes rouges étant réservées aux gens de race; les ÉPINGLES d'ivoire, de cuivre, de fer ou de bois qui le retiennent sont aussi variées qu'élégantes.
Les bijoux sont invariablement le COLLIER, les BRACE- LETS. Presque tous les ornements des Mangbettu sont en cuivre ; c'est aussi en cuivre que l'on fait les armes de parade.
La PERLE DE FER qui a précédé la verroterie d'importation étrangère, est admise par tous les indigènes du nord de l'Afrique tropicale, jusque chez les Diour . L'ivoire, si abondant, a permis de créer divers bijoux, dont une infinité de bracelets. Enfin, les anthropophages sont fiers d'accumuler en colliers ou en diadèmes les dents de leurs victimes.
Les Bandja, comme les Abanda et les Kreich, portent au bras gauche, un peu au-dessus du coude, de petits COUTEAUX fixés la poignée en bas, à laide de lanières en cuir (1).
C'est dans l'art de bâtir que se révèlent tout entières la science et l'habileté des Mangbettu ; ils édifient des maisons carrées, avec toiture à pignon arrondi, de dimensions absolument inusitées en Afrique et toujours d'un travail remarquablement soigné. Tout autour, les Azande ont des maisons plus simples,' circulaires, avec toit en éteignoir, recouverts de feuilles ou d'herbe selon les ressources du pays ; le modèle de ces habitations diffère selon la manière d'assembler les perches du toit avec les poteaux de soutien et leurs extrémités supérieures entre elles. Si l'on relie les poteaux de soutien par des écorces ou de la glaise, on obtiendra la hutte des Bandja ; si l'on crée un mur concentrique à l'intérieur, on réservera à Tentqur une véranda, comme le font les Avungura. . Ni les Mangbettu ni les Niam-Niam n'ont de véritables villages ;
(i) La même manière de porter le couteau d'usage est connue par les Somali et par les habitants de Tile Femando-Po, originaires du continent. Il y a là un curieux rapprochement à faire.
L'Uelle-Mbomu.
réunies par petits groupements, les habitations forment des fermes réparties entre les plantations. Les Avungura ont des habitations d'une forme spéciale réservées aux jeunes garçons, ressemblant aux greniers construits sur pilotis élevés à proximité de toutes les huttes et qui contiennent la réserve de gram nécessaire à la nourriture de la famille Ces greniers sont cylindriques avec toit conique formant couvercle s ils sont de petites dimensions Ailleurs, ils ont de grai.ieux proHJs circulaires demandant a i.eux qui les font une grande habileté
Personne dans le pays des Mangbettu ne s assied par terre, pas même sur une natte les hommes ont des BWCS SCULPTÉS qa ds font porter derrière V {.ar dcï csi-la^es qu-ind ils se rendent à une assemblée; pour les temmes, un ESCA- BE/VU de forme ronde, a un seul pied, est leur
siège habituel. Ces indigènes, ressemblant en cela à presque tous les nègres, mettent avec une réelle recherche des supports à tous leurs objets : ainsi les BOITES EN ÉCORCE des Mangbettu destinées à serrer les petits objets, ont une monture déjà compliquée.
Le feu s'obtient par frictkwt de deux morceaux de bois. Par le contact avec les Arabes, comme cets s'est produit pour les Bakongo qui ont été en relation arec les blancs, lec indigènes ont appris
142 Région du Nord.
Tusage du BRIQUET à pierre, qui est alors enfermé dans une trousse en cuir contenant tout le matériel nécessaire, y compris Famadou.
Les Niam-Niam se servent pour la chasse de trappes, fosses et pièges; les battues pour la poursuite du gros gibier sont conduites avec beaucoup d'art et se font sur une grande échelle. Les Mangbettu empoisonnent le poisson à Taide d'une plante qui est cultivée dans tous les villages, la Tephrosia Vogelii. Sauf ces particularités, la chasse et la pêche se pratiquent un peu comme dans toute l'Afrique.
Chez les Azandc et les Mangbettu, l'agriculture est faite par les femmes ; elle ne demande pas beaucoup de travail, le pays étant extrêmement fertile. En somme, ces populations ne peuvent pas être réputées cultivatrices, comme les Momvu qui excellent dans l'art de travailler la terre et, particularité remarquable de ces derniers, les hommes seuls cultivent le sol et en rapportent les produits au village. Les fenmies s'occupent exclusivement de la famille et des soins du ménage.
Les OUTILS DE TRAVAIL des Mangbettu sont les plus parfaits ; ils possèdent des couteaux à un seul tranchant et parmi les HACHES et HERMINETTES, connues partout ailleurs, celles qu'ils savent forger méritent une mention.
Les Abasango sont les navigateurs ; c'est à eux que nous faisions allusion, quand nous disions que tous les voyageurs se sont extasiés devant l'habileté des indigènes à manier leurs minces pirogues.
Les noirs de l'Uelle sont aussi mauvais porteurs que les autres indigènes de l'Afrique centrale ; à cause de leur coiffure, dont ils sont très fiers, ils ne veulent pas placer de charge sur la tête et mettent les marchandises dans des HOTTES en vannerie suspendues à des lanières passant au-dessus des épaules. '
Dans ces régions, l'industrie est arrivée à un état de développement très avancé et très curieux. Les objets de BOIS SCULPTÉ, toujours d'une seule pièce, sont d'habitude tirés du tronc puissant de YUncaria qui se travaille aisément. Toute espèce de charpente ou d'assemblage ejt complètement inconnue; les Mangbettu emploient les clous de bois. Une industrie très spéciale aux Niam- Niam est celle du cuir ; elle est d'introduction arabe, mais prouve l'esprit d'assimilation de ces noirs qui savent confectionner aujourd'hui des CARTOUCHIÈRES, des SANDALES et autres objets très remarquables.
Nous l'avons dit, l'art du tissage est inconnu aux Mangbettu qui prennent l'écorce de YUrostigma, d'après Schweinfurth, pour faire leur étoffe. C'est, lorsque ce figuier qu'ils appellent « rokko » est de la grosseur d'un homme, que le moment est venu de l'écorcer. Pour cela ils pratiquent deux incisions circulaires à quatre ou cinq pieds de distance, les réunissent par une incision verticale et détachent le morceau qu'ils enlèvent d'une seule pièce. L'arbre
LUelle-Mbomu. 143
n'en meurt pas : au bout de trois ans il a recomplété son enveloppe et cette dernière peut être enlevée de nouveau. Après l'avoir fait rouir partiellement, les Mangbettu soumettent cette écorce à un battage prolongé qui la transforme en une sorte de feutre raide couleur de Tamadou.
Les Mangbettu et Ababua sont des forgerons remarquables ; ils connaissent la forge commune à toute l'Afrique et savent polir et aiguiser les produits de cette industrie à Taide d'un morceau de gneiss ou de grès très fin.
Les armes principales des Niam-Niam sont la LANCE et le COUTEAU A LANCER. Ce dernier engin» mais en bois, est employé au Sennaar, sous le nom de c trumbâche » où les noirs s'en servent à la chasse; le couteau à lancer des Niam- Niam est connu dans tout le nord jusqu'au Tchad; en guerre, plusieurs de ces couteaux sont fixés à l'intérieur du BOUCLIER qui est en rotin, de forme elliptique et couvre les deux tiers du corps ; avec leur bouclier et leurs couteaux de jet, les Azande ont encore une poignée d'une dizaine de LANCES; cet armement épuisé, ils fuient. Les Azande ne font pas grand usage d'arcs et de flèches ; ils ont encore un grand couteau-sabre, spécialité des Mangbettu.
Le BOUCLIER DES MANGBETTU
est une planche rectangulaire inélégante et peu solide renforcée par des coutures de rotin; dès qu'il se fêle, on arrête la fente par des crampons de fer ou
de cuivre que l'on dispose de manière à les rendre décoratifs. Les guerriers abarambo ont le même bouclier, des lances légères et l'ARC et la FLÈCHE de bois à pointe empoisonnée.
Les COUTEAUX MANGBETTU en forme de spatules ou de faucilles, au manche renforcé d'une crosse cylindrique en bois, sont d'une forme extraordinaire. Hamy rapproche cette arme de la c harpe » des monuments égyptiens.
Les Momvu s'arment de la lance et du bouclier pour entreprendre une guerre offensive ; pour les embuscades et la défensive, ils luttent au moyen de l'arc et de la flèche. Les Ababua ont un ÉLÉGANT COUTEAU ALLONGÉ dont la lame striée est souvent
144 Région du Nord.
percée de nombreux trous. En guerre, les chefs de file ou féticheurs se mettent sur la figure des MASQUES EN BOIS taillés et peints fantastiquement. Toujours ces mêmes Ababua, populations très guerrières, ont des refuges dans les arbres, consistant en huttes construites sur les plus hautes branches où ils se retirent avec femmes, enfants, vivres et eau, tout ce qui est nécessaire pour subir un siège en règle.
La condition de la femme est bien différente chez les Âzande et chez les Mangbettu. Le mariage chez les Niam-Niam ne se fait pas par achat; c'est le souverain qui cherche les épouses convenables pour celui qui en exprime le désir. Ces indigènes professent une grande affection pour leurs femmes, mais, par contre, ils sont d'une jalousie excessive et il est bien rare qu'ils consentent à montrer leurs épouses. Le crime d'adultère est puni d'une façon terrible : la fenmie échappe rarement à la colère de son mari ; quant à son complice, on lui coupe les oreilles et les mains, puis les bourreaux font tout leur possible pour lui conserver l'existence afin qu'il serve plus tard d'exemple. De là, chez les femmes azande, ime timidité et une réserve qui contrastent avec les allures libres des femmes mangbettu. Cependant, contrairement à l'opinion de quelques explorateurs, Vankerckhoven dit que la femme mangbettu est assez réservée en comparaison de celle du Haut-Congo. Ce qui est vrai, c'est que les maris n'exigent pas de leurs épouses Tisolement auquel les femmes azande et les femmes arabes sont condamnées et leur attribuent même un rôle important, leur donnant le droit d'assister à la palabre, de recevoir des présents et d'en faire en leur nom personnel, c'est ce qui fait que Casati, Junker, Schweinfurth venant des contrées égyptiennes et niam-niam, ont trouvé, par comparaison, la fenmie mangbettu très libre.
Les Ababua ont l'esprit de famille fort développé, malgré le grand nombre de femmes qu'ils possèdent. Les Momvu considèrent la femme comme l'égale de l'honmie, ce qui leur attire du reste le mépris de leurs voisins.
La région de l'Uelle a souvent été dénommée, d'une façon peutêtre exagérée, « région des sultanats du Nord » ; s'il est vrai que l'autorité des chefs azande est souveraine, qu'ils ont des sous-chefs et une organisation remarquable pour gouverner leur territoire, sauf quelques exceptions, comme Semio, Rafaî, Djabbir qui ont fait école chez les Soudanais, la cour de ces potentats n'a rien qui puisse être comparé à celle des grands sultans de Wadaf, du Bagirmi, du Bornu. Les chefs bandja, Enguettra, Djabbir, Singio, Duaru, Rafaï et les Avungura Semio, Sassa, Ndoruma, Tambura, Mangue, Mbio, Mbili, Akangaï, Kana, etc., auront certes leur nom inscrit dans l'histoire de la contrée et plusieurs d'entre eux possèdent même une généalogie déjà ancienne, mais il ne faut
L'Uelle-Mbomu. 145
pas leur attribuer plus d'importance qu'ils n'en comportent; ce sont des rois nègres, plus puissants et en général plus intelligents que ceux de l'Afrique équatoriale, mais l'éclat de leur dynastie n'est que temporaire. Les questions d'héritages qui, selon la coutume, se traitent par filiation directe, donnent souvent lieu à de terribles guerres intestines, faute de principes monarchiques suffisamment établis. Accidentellement, un homme supérieur, tel que Munza chez les Mangbettu et actuellement Semio et peut-être même Rafa'î, Djabbir et Bangaso, pourront gouverner de grands territoires, mais leur fils aîné, qui devra être leur héritier, sera-t-il assez fort, aura-t-il reçu une éducation assez virile pour prendre les rênes du pouvoir et ne verra-t-on pas s'écrouler ces empires dont toute la vitalité dépend de la sagesse d'un seul homme f
Chez les Mangbettu, les souverains jouissent de prérogatives bien autrement étendues que chez les Azande, et cela n'a pas empêché le royaume de Munza de se démembrer.
Toutes les autres peuplades sont absolument divisées, cause pre-
mière de leur faiblesse ; aussi ont-elles été presque toutes : par leurs voisins plus puissants.
Les Niam-Niam tiennent des sortes de parlements. Chez Ndoruma, ditJunker, tous les jours, un certain nombre de ses sujets accouraient à la « mbanga a, — on appelle ainsi l'endroit où le chef rassemble ses subordonnés. A la mbanga, on discutait la solution des questions brûlantes touchant au droit public des Niam-Niam, on prenait les i^randi^s résolutions concernant la politique nègre. Jamais les femmes ne paraissaient à ces assemblées.
L'art de la musique et de la danse est fort en honneur chez les Azande. Tous indistinctement apprennent ces arts et les cultivent. Des griots, noirs ménestrels, dit de la Kéthulle, en font profession ; ils chantent la gloire ou les malheurs de leur pays, exaltent les hauts faits des chefs, composent sur un rythme pleureur des complaintes d'une tristesse infinie, ou, par des refrains vibrants d'enthousiasme, excitent les guerriers au combat. Ils chantent aussi l'amour, mais l'amour brutal, farouche, avec des accents de triomphante allégresse ou de profonde douleur. L'accompagnement se fait surtout au moyen d'un instrumenta cinq cordes appelé KONDI,
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tenant de la harpe et de la mandoline ; la caisse de résonance est en bois, recouverte de peau de buffle, d'éléphant, d'antilope ou d'iguane.
Les Niam-Niam ont aussi le xylophone, la FLUTE et toutes les TROMPES et TAMBOURS, instruments brutaux que Ton rencontre seuls chez les Mangbettu.
Les Azande revêtent les objets de gracieuses ciselures. Les artistes s'attaquent même, rarement il est vrai, à la reproduction de la figure humaine. Le manche de la kondi est souvent terminé par une tête sculptée, de même que le tuyau des pipes et Ton sait déjà que les Ababua se taillent des masques de guerre.
La peinture est d'un usage restreint, sauf sur le corps ; les Mangbettu sont, sous ce rapport, supérieurs aux Azande. Ces derniers reproduisent pourtant, sur les murs de leurs greniers à céréales, le fameux X qui leur orne la poitrine et y ajoutent des bandes, d'habitude de couleur rouge. Parfois ils font des esquisses naïves de tortues, d'oiseaux et de serpents. Les Mangbettu préfèrent les motifs carrés ou triangulaires.
Par suite du long séjour des Egyptiens chez les Azande, on trouve encore parmi leurs chefs de nombreux mahométans et ceux ci portent toujours sur eux de petits carnets de cuir, hermétiquement fermés, contenant parfois quelques versets du Coran, mais souvent un papier vierge de toute inscription.
En signe de deuil, le Niam-Niam se coupe les cheveux, ce qui est un grand sacrifice. Le défunt est paré de ses habits de fête et on l'assied dans la fosse où on le met dans un cercueil fait avec le tronc d'un arbre, coutume signalée chez certains Bateke. Un lit de terre battue couvre la fosse, puis une case est élevée sur la tombe.
Nous terminerons en citant un trait des Mangbettu, relaté par Christiaens, trait qui prouve en même temps la croyance de ces peuples à la vie future et fait ressortir ses belles qualités morales. Le voyageur italien Miani, abandonné en plein Uelle par sa caravane qui l'avait amené à Tangasi, après qu'elle lui eut extorqué tout ce qu'il possédait, fut, on le sait, forcé de demander l'hospitalité aux Mangbettu, qui l'ont accueilli et entretenu pendant plusieurs années, sans que le malheureux ne pût rien leur donner en retour. A sa mort, les Mangbettu l'ont doucement couché dans sa tombe et ont eu pour lui une attention touchante : comme le blanc était très fumeur, ont-ils conté à Christiaens, nous avons jugé qu'il lui serait pénible de renoncer du jour .au lendemain à son habitude favorite et nous avons placé sur sa tombe, à portée de sa main, une pipe et une petite provision de tabac.
La région du Haut-Ubangi ou Dua est une suite naturelle de celle de l'Uelle- Mbomu, tant au point de vue de l'aspect du pays que des nombreuses peuplades qui l'habitent. Elle s'étend, avons-nous dit, depuis le confluent de l'Uelle et du Mbomu jusqu'aux chutes de Zongo.
ASPECT DU PAYS. — La contrée forme le prolongement de la plaine herbeuse que l'on voit dans la vallée du Mbili. Son altitude moyenne est de 450 mètres, ySo mètres plus bas que les sources de l'Uelle. La ligne de séparation du bassin du Congo de celui de l'Ubangi-Dua est peu éloignée de cette rivière ; aussi remarque-t-on l'absence d'affluents importants de ce côté ; sur sa rive droite, le Dua reçoit le Kotto, le Kwangu, la Kemo, l'Ombella et la Poko, ces quatre derniers peu importants.
L'uBANGi-DUA, formé par la réunion de l'Uelle et du Mbomu, coule d'abord dans un pays plat, coupé de rivières peu profondes aux rives boisées. Quelques massifs d'arbres tranchent sur l'étendue et la monotonie des savanes. A Cettema, il traverse une première série de lignes rocheuses, au milieu d'un site tourmenté et sauvage d'une grandeur indescriptible. Jusqu'à Banzyville, où se trouve un nouvel étranglement de la rivière et bien au delà, les rives sont couvertes de collines boisées vers le sud, dénudées vers le nord. Le Dua décrit ensuite une boucle vers le nord, traversant de nouveau un pays plat et peu boisé, course majestueuse où il atteint des largeurs de plusieurs kilomètres, coupées d'îles et, aux eaux basses, de bancs de sable sans fin. A Mokoangay, nouveaux obstacles ; obstruée de toutes parts par des îlots rocheux, resserrée dans son lit, la rivière franchit en mugissant le« rapide de l'Eléphant », s'engouffre ensuite dans les gorges de Bagua, que Ton nomme « rapides de l'En Avant », vient tourbillonner dans les gouffres de Kùmba, se jette en écumant sur les récifs de Kunda, reprend un cours tranquille pendant quelques kilomètres et vient enfin se butter contre les montagnes formant la passe de Zongo. A partir de là, il entre dans la grande cuve du plateau central et n'est plus entravé dans son cours immense que par le haut-fond d'Insinga.
Le KOTTO prend sa source vers le nord, au nœud hydrographique des bassins du Chari et du Nil; ce n'est qu'à ce point de vue qu'il a de l'importance; il n'est nulle part navigable.
Région du Nord.
Le KWANGU, la ksico, Tombella, la poko drainent le versant méridional de la crête de partage des eaux du Congo et du Tchad.
L'Ubangi a, conune l'Uelle, une crue annuelle correspondante aux saisons ; cetta crue, mitigée par les eaux que lui apporte le Mbomu, atteint pourtant encore 5 métrés à 5°*,5o et modifie considérablement l'aspect du pays et surtout celui des rapides.
SOL. — Le sol est assez fertile, mais il est loin d'être aussi riche que celui de la plupart des contrées du Congo central. Les parties basses sont argilo-sablonneuses; les parties élevées, souvent formées de massifs rocheux, sont recouvertes d'ime faible partie de terre, mélangée de pierres et de minerai*
Le Haut-Ubangi.
Le fer est abondant, le cuivre aussi, mais on n'est pas fixé sur l'endroit où se trouvent les gisements de ce minerai.
On a vu des objets d'étain et de plomb.
FLORE. — Les bois sont rares ; partout où ils existent, on trouve l'arbre à copal ; le kola croit dans les terrains marécageux ; le caoutchouc existe en quantité insignifiante, sauf cependant à l'intérieur, vers le sud.
Comme chez les Mangbettu, un arbre de la famille des figuiers fournit aux indigènes son écorce qui, battue, donne l'étoffe dont ils s'habillent.
Une des principales richesses naturelles de la contrée est le caféier sauvage qui croit en extrême abondance dans les Iles.
Le Haut'UbangL 149
Comme plantes alimentaires, on rencontre déjà en plus ou moins grande abondance celles de l'Afrique orientale; l'on se trouve aux confins du pays dit des graines, où les graminées remplacent les tubercules pour former la base de l'alimentation indigène.
Une plante toute particulière est le ce dazo i> des Bubu donnant un petit tubercule, très analogue aux crosnes du Japon c'est probablement, dit Laurent, le PUctranthus tuberosus.
CLIMAT. — Les moyennes de température sont assez élevées. Il y a deux saisons bien distinctes : la saison des pluies va d'avril en octobre, la saison sèche, de novembre en mars. Ces deux saisons sont coupées par des (c petites saisons », lesquelles ne sont pas bien accentuées. Les brouillards se remarquent surtout au commencement et à la fin de la saison des pluies, qui est caractérisée par des orages pour ainsi dire journaliers. Pendant toute l'année la rosée nocturne est abondante. La grêle accompagne souvent les forts orages; les vents les plus fréquents viennent du nord-ouest.
FAUNE. — Parmi les animaux sauvages, sont à signaler le buffle, l'antilope, l'éléphant particulièrement abondants ; l'hippopotame et le crocodile sont plus rares. Il existe beaucoup d'abeilles dont les indigènes récoltent le miel et deux fois par an passent de grands vols de sauterelles.
Les animaux domestiques sont les chèvres, les poules et les chiens.
Les Banza et les Bongo pratiquent l'émasculation des boucs qui deviennent ainsi d'excellentes bétes de boucherie. Les Européens ont récenunent introduit le bétail et les chevaux du Darfour.
PRINCIPALES PEUPLADES
a pénétration des indigènes établis à la lisière de la grande forêt, vers Tintérieur de celle-ci, s'est fait sentir dansTUbangi comme dans TUelle; aussi rencontre-t-on des tribus, offrant tous les caractères des naturels du Dua, jusque dans la partie forestière du bassin supérieur de la Mongala, que nous comprenons ainsi ethnologiquement dans ce chapitre. Vers le nord, les Sakara et les Bubu du territoire français nous intéressent trop directement pour que nous les passions sous silence; aussi avonsnous franchi à la fois les limites orographiques et les limites territoriales pour offrir une étude d'ensemble plus comjplète au lecteur.
D'après G. Le Marinel, tout le territoire du Haut-Ubangi serait habité par une même race appelée Bongo.
Les Gobu et les Bubu doivent être différents d'origine, ils connaissent l'usage de l'aiguille de cristal et du pelele déformant les lèvres, usage en honneur chez les Bongo du Nil, les Mittu, les Nuba et d'autres tribus du nord, et que l'on trouve répandu sur toute la ligne des grands lacs jusqu'au Chire.
i5o Région du Nord.
On désigne spécialement les indigènes habitant les rives sous le nom de WATE (gens de l'eau} et ceux qui habitent l'intérieur sous le nom de WAGIGI (gens de terre). Le pays est partagé en différentes tribus portant le nom de : Dendi et Sango, Banzîri, Gobu, Buaka pour les gens de l'eau et de Bongo et Banza pour les gens de terre. Les Sakara et les Bubu habitent l'intérieur du pays au nord de la rivière. Immédiatement à l'est de la région, commencent les territoires des Azande.
Les DENDI vivent dans le pays situé au confluent de l'Uelle et du Mbomu. Le Dendi est petit, il a le torse admirable, les bras superbement musclés; l'usage de la pagaie lui donne une démarche toute particulière; les jambes sont grêles. 11 a souvent le visage agréable; les femmes sont même jolies.
Les SANGO sont aussi des Dendi ; ils occupent les deux rives de l'Ubangi depuis les rapides de Cettema jusque 20040'environ de longitude est. Intelligents et bien faits comme les Dendi dont ils partagent la vie de pêcheurs, ils ont comme tatouage de race une série de cinq points prolongeant sur le front la ligne du nez. Ils sont plus exubérants et ont le caractère plus ouvert que leurs congénères d'amont.
Les BANZIRI ont bâti leurs villages aussi le long de la rivière, depuis le méridien i" 40' jusqu'au degré 20 en aval de l'embouchure du Kwangu.
Comme les Dendi et les Sango, ils sont pêcheurs, mais surtout pêcheurs nomades. Pacifiques et remarquablement intelligents, les Banziri sont bien bâtis : carrés d'épaules, larges de poitrine, bras muscleux, jambes fortes, ils ont souvent un type sémite très prononcé et, les longues chevelures aidant, il en est qui rappellent d'une façon étonnante les Nubiens de la Haute-Egypte.
Les GOBU se rencontrent depuis le 20' degré jusqu'au premier rapide. Ils sont moins pêcheurs que les précédents ; ils s'occupent plutôt d'agriculture et de chasse. Solidement charpentés, mais d'aspect sauvage, ils sont d'ailleurs les moins familiers de tous les peuples de l'Ubangi. Comme signe distinctif : aucun tatouage; lèvre supérieure percée d'un large trou et allongée au moyen d'une rondelle de bois ou d'ivoire; lèvre inférieure percée deux ou trois fois et allongée soit avec une rondelle, sott au moyen d'aiguilles de cristal de roche; nez et oreilles troués également; coiffure non ornée ramenée en arrière en chignon et contenue dans une coiffe en étoffe indigène.
Les BUAKA habitent la région des rapides ; ils sont moins bien constitués que les autres peuples, ont souvent l'air chétif, mais sont bons marcheurs et médiocres pagayeurs. Leur tatouage carac-
Le Haut'Ubahgi.] i5i
téristiqlie est formé, sur les tempes, de deux cercles concentriques non fermés, dont Touverture est tq^irnée vers les yeux. Tous les peuples de TUbangi se tatouent le corps, mais les Buaka le font avec excès. Les cloisons du nez, souvent les lèvres sont percées ainsi que les oreilles. Tous, hommes et femmes, portent les cheveux courts, sans autres ornements que des dessins artistement exécutés au rasoir. Une moustache en brosse donne parfois aux chefs Taspect de vieux militaires. Bref, les Buaka diffèrent sensiblement de toutes les autres races du Haut-Ubangi. En dehors de toutes voies de communication, grâce aux rapides qui barrent la rivière et aux montagnes qui les entourent, ils comptent ^parmi les rares peuples riverains de TAfrique qui n'ont subi aucune influence étrangère; aussi, quoique hospitaliers et honnêtes, ils sont restés des plus primitifs.
Les BONGO sont établis à Tintérieur depuis TU elle jusqu'au degré 20 environ. Ressemblant comme type aux Dendi, ils sont une race solide de bons marcheurs. Ils ont comme tatouage la même ligne frontale de points que le Sango; quelques-uns y ajoutent une petite ligne de traits au-dessus de Tarcade sourcilière.
Les MONGWANDI, qui sont les véritables indigènes de la Mongala et qui forment une puissante peuplade établie au confluent de ribanza, du Dua et de TEbola, ont tout le caractère des Bongo. Bien bâtis, de taille élevée, ils ont comme eux des bandeaux ornés de perles ou bien des coiffures postiches.
Les B ANZ A, race considérable et fort belle, s'étendent à l'intérieur derrière les Banziri, les Gobu et les Buaka; dépassant la rivière au nord, ils s'étendent au sud jusqu'à la Mongala. Ils ont le même tatouage que les Bongo, mais y ajoutent le tatouage temporal des Buaka. Sur la Mongala ces tatouages diffèrent et varient. Les oreilles sont largement trouées et parfois aussi la lèvre supérieure et les cartilages du nez.
Au physique le Banza est un homme beau et fort, au regard énergique et fier; grand et bien découplé, il est un marcheur infatigable.
Les SAKARA, hommes de l'intérieur que l'on a souvent pris pour des Azande, habitent une bande de terrain s*étendant le long de la rive gauche du Mbomu et la plus grande partie de la contrée située entre cette rivière et le Kotto. Ils ont comme tatouage quatre lignes de petites palmes partant d'une tempe à l'autre au-dessus de l'arcade sourcilière et quatre lignes semblables reliant la lèvre inférieure au menton. La coifïure du Sakara est très particulière ; il laisse pousser complètement ses cheveux, rase les angles poilus de la face pour donner de l'ovale à sa figure, et fait une série de tresses enduites d'un mélange d'huile et de teinture rouge partant du sommet de la tête vers la face, les oreilles et la nuque, ce qui forme
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une espèce de casque. Souvent aussi, à l'aide de libres qu'il ajoute à ses cheveux, de perles et de cauris, U augmente cet édifice d'une façon invraisemblable. D'après Donnay, le Sakara est grand, bien proportionné, fort sur jambes ; c'est un marcheur. Il a la tête petite, ronde, l'œil peu ouvert, le nez fortement aplati légèrement tombant; il est sombre, mélancolique, défiant.
Les BUBU sont semblables aux Gobu comme mœurs et difformations physiques; ils habitent l'intérieur au nord du territoire des Sango; cette population, encore peu connue, est caractérisée par sa manière de vivre toute familiale. Les huttes sont disséminées par groupes de cinq ou six ; les indigènes s'occupent principalement d'agriculture et sont particulièrement défiants.
Plus petit que le Wate, le Bubu a généralement les membres grêles, la figure est plutôt laide. L'expression du visage est méfiante et morne, contrastant avec l'exubérant Sango. Sa tête se rapproche du type nigritien.
MŒURS ET COUTUMES
ombreux, d'une belle stature et d'un visage agréable, les indigènes de l'Ubangi ajoutent, en général, à leurs qualités physiques un caractère expansif et gai. Actifs et intelligents, Ils ont une industrie florissante.
Ainsi que nous l'avons dit déjà, les indigènes wate s'occupent principalement de pêche. Aux eaux hautes, les hommes mettent des nasses dans les rapides; aux eaux basses, ils passent sur les hauts-fonds à l'aide d'énormes filets, Les femmes prennent le poisson au moyen de paniers et de nasses; le produit de cette pêche est mis au fur et à mesure dans un petit panier étranglé au sommet, attaché sur le front au moyen d'une corde. Les Banzirl sont des pêcheurs par excellence; on les voit à l'étiage abandonner complètement leurs villages pour émigrer sur les bancs de sable. Outre les moyens cités, ils emploient encore les barrages.
Les indigènes taquinent aussi le poisson à la ligne; les HAME- ÇONS sont parfois faits d'une épine crochue fixée à une ficelle par une ligature de caoutchouc. L'industrie de la corderie et la fabrication des nasses et des filets est nécessairement très en honneur.
Les pirogues, qui depuis les rapides de Mokoangay sont conduites à l'aide de petites PAGAIES et de la perche, ont des becs aplatis et très allongés pour permettre au percheur d'y circuler. Les Banziri et les Sango, les Sango surtout, sont des pagayeurs hors ligne;
Le Haut'Ubangi. i53
d'une adresse et d'une vigueur étonnantes sur l'eau, ils font de la navigation leur plaisir favori. Excités par des chants d'un caractère étrange et captivant, ils s'entraînent à remonter les courants les plus rapides et arrivent à voyager sur la rivière des journées entières sans fatigue apparente.
Les gens de l'intérieur sont bons cultivateurs. C'est aux femmes qu'est dévolu le soin d'entretenir les plantations ; ce sont les femmes aussi qui fabriquent les poteries et extraient le sel des plantes aquatiques que vont chercher les hommes. Dans le pays des Bongo, autour des inmienses agglomérations, on cultive principalement le manioc ; les Banza ont peu de manioc et beaucoup de mais ; partout on rencontre la banane et les produits alimentaires usuels. Il paraîtrait que chez les Banza de la Mongala, comme chez les Momvu et les Basongo-Meno, ce sont les hommes qui s'occupent activement des cultures.
Les Bongo et les Banza sont courageux et bons chasseurs. Ils chassent l'éléphant, le buffle, l'antilope et le menu gibier au moyen de trous, HARPONS, filets ou simplement de lances. Enfin, les mêmes populations élèvent des chèvres et des poules en abondance.
La fabrication du sel est connue dans les rivières.
Grâce à l'abondance des élaïs, le vin de palme, mais tout à fait fermenté et étendu d'eau, forme la boisson courante. Les Banza y font infuser des noix de kola. Les Sakara et les Banza connaissent l'hydromel et la bière de sorgho.
Tous les peuples de la région sont anthropophages. Prisonniers de guerre, esclaves, condamnés à mort sont les victimes ordinaires. Les fenunes sont exclues de ces horribles agapes. Les morts sont enterrés, quoique cependant certaines peuplades les mangent, lorsque le défunt est esclave et que la maladie à laquelle U a succombé n'est pas infectieuse. On mange les fenmies et les enfants.
Les tribus les plus anthropophages sont les Buaka; celles qui le sont le moins, les Banziri.
Pour préparer le tabac sur la rive nord, on laisse macérer les feuilles vertes avec de l'huile de palme et on en fait des boules grosses conmie la tête qu'on laisse sécher pendant plusieurs mois avant de les livrer au commerce.
Le costume indigène est, pour les hommes, un pagne en écorce de figuier appelé a bongo », passant entre les jambes et fixé devant et derrière à une CEINTURE ornée de métal. Les jeunes filles ont pour tout vêtement une ceinture faite de deux ou trois CRINS D'ÉLÉ- PHANTS noués bout à bout ou, à son défaut, d'une simple fibre. Les femmes mariées y ajoutent une feuille de bananier pliée qu'elles enfourchent et qui forme une espèce de queue derrière. Les femmes buaka portent le pagne de fibre formant double tablier. En deuil, les indigènes se noircissent la figure et renoncent aux ornements de
Région du Nord.
métal ; les femmes s'entourent la tête, la taille et les chevilles de gros torons de paille du plus singulier effet.
Tout le luxe de la toilette réside dans les coiffures. Nous avons