JEUNES FILLES DU HAUT-OBANGI
parlé plus haut de la COIFFURE SAKABA, de celles des Gobu et des Buaka. Chez les Dendi, les Sango et même les Bongo, la coifiure est vraiment artistique. C'est une combinaison de tresses, de torsades, de plaques emperlées, garnissant symétriquement la tête, se
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combinant avec des applications de teinture noire ou rouge, souvent du plus joli effet. Les coiffures banziri ont un grand caractère, chez les femmes surtout. Celles-ci portent généralement des cheveux longs ; la plupart les lient simplement au-dessus de la nuque et les laissent retomber sur le dos ; d'autres, qui ont pu se procurer des cheveux, soit d'une morte, soit d'une prisonnière, les ajoutent aux leurs au moyen de cordelettes ; elles ont quelquefois allongé ainsi leur tresse de deux ou trois mètres, elles l'enroulent alors en boule, serrée dans un filet qu'elles portent suspendu à l'épaule ou sur la tête. La même coiffure existe chez les Bongo et les Sango, beaucoup moins répandue et particulière aux jeunes filles à marier. Chez les Dendijles honunes même ont ridiculement adopté cet accoutrement; les hommes sont du reste, comme partout en Afrique, plus coquets que les femmes, et garnissent jusqu a leur barbe de rangs de perles adroitement disposées.
En général, les indigènes s'épilent et les Sango se dessinent de faux sourcils vigoureux à l'aide de charbon de bois. Pour s'épiler et se raser on se sert d'élégants rasoirs en fer orné de cuivre et pouvant être utilisés parfois comme épingles à cheveux. Les épingles d'ivoire sont plutôt de fabrication azande.
Les BONNETS de peau de bêtes sont portés par les Bongo et incidemment par les autres peuplades. Les Gobu ont parfois de petits bonnets coniques en paille.
Les COLLIERS indigènes sont d'une grande variété. A défaut de perles de porcelaine ou de métal toujours d'une grande valeur, de dents de fauves ou de dents humaines, apanage des chefs, des bâtonnets, des baies, des graines en font tous les frais.
Au bras, à l'avant-bras, à la cuisse, au mollet et à la cheville, les femmes placent volontiers des anneaux de laiton ; les hommes portent aux poignets des anneaux d'ivoire ou de fibres, aux bras et sous les genoux, des BATONNETS entourés de métal; des fétiches, têtes naïvement sculptées, des dents de léopard ou de crocodile, parfois même des DOIGTS DESSÉCHÉS de leurs victimes. Enfin, dernière coquetterie, tous les indigènes ont les dents de devant taillées et rappelons les trous aux lèvres, au nez, aux oreilles.
Dès que l'on dépasse les rapides de Mokoangay, l'on remarque une modification complète dans l'architecture indigène. Aux huttes rectangulaires, lesquelles sont en écorce, couvertes de feuilles et misérables chez les Buaka, succèdent les huttes circulaires, aux revêtements d'argile, hauts de 5o à 60 centimètres, aux toits de paille hémisphériques chez les Banziri et les Banza, coniques dans les autres tribus.
Les villages, barricadés et munis de postes d'observation perchés sur les arbres, chez les Buaka, sont peu étendus et ouverts chez toutes les populations riveraines. Les Bubu et les Sakara ont leurs
Région du Nord.
huttes très éparpillées, mais partout à l'intérieur, les Bongo et les Banza, même les Dendi, possèdent d'immenses agglomérations souvent barricadées et fermées par de lourdes portes faites de troncs d'arbres basculant.
Le fer et le cuivre servent de monnaie principale dans rUbangi ; le fer est forgé sous forme de FER DE LANCE chez les Sakara ; de MACHETTE, sorte de palette en forme d'éventail demi-fermé avec tige, chez les Dendi, de DOUBLE CLO- CHE chez les Buaka et d'une MACHETTE d'une forme spéciale aux extrémités tourmentées chez les Banza. Le cuivre, très recherché, vient de l'est. Il circule sous forme de
bracelet et de large COLLIER A SECTION QUADRANGU- LAIRE.
Le commerce le plus actif est constitué par l'échange du
, I \ poisson des populations riveraines contre les produits des
ij LA cultures des gens de l'intérieur.
Les principales armes sont les lances et les couteaux à lancer. Il existe aussi des couteaux d'usage, des sagaies et des flèches. L'arme défensive est le bouclier.
Les LANCES DE L'UBANGl sont reconnaissables à première vue; d'un cachet artistique très développé, elles sont connues dans la Mongala et bien loin dans l'Uelle et le Mbomu où on les fabriquerait tout spécialement. Les fers sont de forme variée, généralement grands; les hampes sont très travaillées, sculptées sur une petite étendue, portant à l'extrémité une crosse en métal et régulièrement entourées de fer et de cuivre. Chez les Banza existent des JAVELOTS très simples, outre les armes très soignées qu'ils excellent à fabriquer, étant habiles forgerons. Ils se sont, du reste, créé une industrie renommée dans la fabrication des gongs.
Les COUTEAUX A LANCER, armes terribles connues dans toute la région nord du Congo, sont principalement
employés par les Bubu qui s'en servent avec une adresse étonnante.
Ceux des Buaka portent au milieu une lame en demi-cercle. On remarque des COUTEAUX D'USAGE qui ne sont pas moins
variés comme modèles que les lances ; ils ont des gaines en peau
d'éléphant ou d'antilope d'une forme assez particulière. Chez les
Banza la lame est mince et le fourreau en cuir ajouré est très
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remarquable. Les couteaux des Buaka sont en forme d*amande allongée.
Les FLÈCHES, employées surtout chez les Bubu, les Banza, — Banza veut dire flèche, — les Buaka, sont des chefs-d'œuvre de finesse : le fer, délicatement barbelé, épine redoutable destinée à meurtrir affreusement les chairs, est fixée sur un léger roseau par une ligature en caoutchouc; c'est par milliers que ces flèches se dépensent en temps de guerre.
Grand, régulièrement, mais grossièrement tressé, le BOUCLIER est orné de dessins noirs et souvent garni de plumes, de peaux de bêtes ou de grelots en fer, agités furieusement dans le but de terrifier l'ennemi. Les Bubu ont le bouclier petit, plus résistant que celui des tribus de la rivière.
En général, les indigènes ne sont pas belliqueux. Les Wagigi le sont plus que les Wate.
Danser, chanter et faire avec des TROMPES et des TAMBOURS le plus de vacarme possible, est la caractéristique des peuplades wate. a Dès que le soleil se couche, toute l'Afrique danse », écrit Reclus. Ce dicton sénégalais ne saurait mieux s'appliquer qu'aux joyeux riverains du haut Ubangi. Les indigènes n'ont pas d'instruments de musique spéciaux à la région: les trompes, les MANDO- LINES, .les XYLOPHONES sont du modèle azande ; les tambours et les TAMS-TAMS sont l'universel tambour et l'universel tam-tam africain. Nilis a reçu un jour la visite d'un chef qui jouait de la flûte, mais par le nez.
L'organisation politique des peuplades del'Ubangi-Dua est celle de toutes les tribus du centre africain. Les villages ou une série de villages obéissent à un chef dont l'autorité est peu étendue, souvent fictive. Les Sakara diffèrent pourtant complètement à ce point de vue; ils forment un de ces o sultanats du nord »; la souveraineté appartient à la même famille par filiation patriarcale directe.
Le mariage, partout, consiste en une sorte d'achat. Les Banza seuls n'ont qu'une femme. La polygamie existe quelquefois dans des proportions extraordinaires, Bangaso ayant lui-même environ quinze cents femmes qui lui ont déjà donné une soixantaine d'enfants. L'adultère est puni de mort, mais les coupables peuvent se racheter; les vertus conjugales sont effectivement subordonnées à une question de prix.
Les morts sont enterrés chez les Sango le jour même du décès, soit dans le village, si c'est un chef, soit à proximité, dans les cas ordinaires. Le défunt est enveloppé dans une étoffe indigène et, pour l'aider à faire le voyage dans l'autre vie, on place sur sa tombe les objets lui ayant servi et des vivres. Les parents prennent le deuil pendant un mois. Dès que la mort est apparente, écrit Heymans à qui nous devons beaucoup de ces renseignements,
Région du Nord.
on tâche de réveiller le cadavre en faisant i ses oreilles un bruit infernal au moyen de tous les instruments de musique dont on dispose.
Chez les Banziri, le mort est attaché sur vme chaise haute, dans la position assise et placé au milieu de la hutte. Les parents se rassemblent et font du feu au-dessous du cadavre en ayant soin de disposer des pots pour recueillir la graisse qui en découle bientôt. Dès qu'il y en a une quantité suffisante, ils s'en frottent sur la figure et sur les mains. Quand ils se lavent ensuite, c'est avec de Teau chaude qui est bue par l'assemblée. Us croient ainsi s'incorporer une partie de l'être qu'ils perdent. Souvent, une partie de cette graisse est conservée dans un vase bouché que Ton place dans la case du mort où celui-ci est d'ailleurs enterré quand le cadavre se décompose complètement et que la peau commence à se détacher. Une autre partie de la graisse est envoyée aux parents absents.
La mort d'un chef, d'un homme libre, donne lieu à des cérémonies plus macabres encore chez les Sakara.
Sur un LIT, dans une immense fosse circulaire, la tête reposant sur le bras de sa favorite, le cadavre du défunt est couché, paré de ses plus riches atours; autour de lui, attachés à des pieux, les corps étranglés des femmes qui n'ont pas voulu survivre à leur époux jetés pêle-mêle dans la fosse, les cadavres d'esclaves, de domestiques ayant servi le mort; tel est le spectacle hideux qui s'offre à une foule affolée de douleur, de carnage. La fosse est comblée et sur la terre fraîchement tassée commence le sacrifice des victimes destinées aux festins célébrés en mémoire de celui qu'on pleure. Ces repas de chair humaine durent plusieurs jours.
Lorsque les Buaka et les Banza perdent un enfant ou un être qui leur est cher, ils se confectionnent une statuette en bois à laquelle ils donnent le nom du défunt et qu'ils tiennent précieusement dans leur hutte.
Les fétiches et les amulettes sont peu nombreux. Il y a des féticheurs, mais ils n'ont pas grande autorité.