RÉGION DU SUD
Auteurs consultés : Arnot, Brasseur, Briart, Capello, Cornet. A . Delcommune, de Macar, G, de Macar, De Meuse, Diderrich, Francqui, Fromont, Gillain, Ivens, Jacques, Kund, P. Le Marinel, Parminter, Reichard,'Stair5, Tappenhech, Van Bredael, Wissmann, Wolf,
Frise : Kassaï. — Industries indigènes.
... Certaines tribus se sont fait de véritables spécialités, tels les Zappo-Zap, dans les ouvrages en fer forgé et les Bakuba dans la fabrication des nattes.
Katanga. — Les troglodytes^
cTapres Cornet
... La plupart se logent dans des galeries très étendues creusées ' dans la montagne.
Les grands lacs.
... Il est vraisemblable que dans les siècles passés existaient au Katanga d'immenses mers intérieures dont le Moêro et le Bangwelo sont encore des vestiges.
Groupe : Forgerons {appo-^ap, de De Rudder.
Les haches en fer ouvragé, travail des Zappo-Zap, peuvent concourir avec nos plus habiles ferronneries d'art.
Types d'habitations : Hutte du Sankuru ;
Hutte du Katanga,
d'après Diderrich,
Grenier du Katanga,
d'après Diderrich,
u sud de la grande forêt, à Test des monts de Cristal, jusqu'aux sources du Congo et au bassin du Zambcze, habitent des peuples peut-être les plus intéressants de tous ceux de l'Afrique centrale. D'un niveau intellectuel très supérieur à celui des sauvages sylvains, plus pur que celui des habitants voisins de la côte, ils se distinguent surtout par des aptitudes artistiques et industrielles remarquables.
Si, au point de vue ethnologique, tout le sud du territoire congolais est assez uniforme, il n'en est pas de même au point de vue de l'aspect du pays, de la nature du sol, même de la faune. C'est la première raison pour laquelle nous avons divisé la région en deux parties : le n Kassaï w et le « Katanga ».
Le second motif qui a causé celte scission est que les provinces du sud-est ont été ravagées par des invasions modernes etque le caractère desnaturels s'en est par suite profondément modifié-
Nous comprenona dosa I2 régian du Kassal tout le basain drainé par cette rivière, sauf cependant celui de son affluent la Kwango.
Vers le nord, au lac Léopold II et entre la Lulfenye et le Sankuru commence la grande for£t, habitée déjà pardespeuplessylvainsfoimant la transition entre les indigènes des plaines et ceux des bois. Ils ont des premiers le sentiment du beau, des notions artistiques recherchées, et des seconds les moeurs sauvages et « barbares.
ASPECT DU PAYS. — La partie méridionale du bassin du Congo forme un immense plateau s'inclinant vers le nord, déchiré dans sa partie supérieure, c'est-à-dire vers le sud-est, par des ravines profondes, travail gigantesque des eau».
Ce plateau, fortement mamelonné, est, sur toute sa largeur, traversé, à hauteur du cinquième parallèle, par une &ille énorme, saut brusque de près de 120 mètres.
Cette faille limite la naviga.tion da.n3 toutes les rivières ; à peu près à la même latitude se trouve une série de chutes et rapides : Bena-Kamba dans le Lomami; chutes Wolff dans le Sankuru; chutes François dans la Lulua; chutes Wissmann dans le Kassai ; chutes Stéphanie dans la Djuma ; enfin les chutes François-Joseph dans le Kwango.
Les rivières, très nombreuses, qui drainent la région coulent d'abord vers te nord puis s'inclinent vers le nord-oucsl pour venir toutes se réunir à peu de distance l'une de l'autre, formant ainsi une véritable « queue de cheval ».
Ces rivières sont : le Kassai et seà affluents de droite, la Lulua, le Sankuru et la Mfini; de gauche, le Loange et le Kv^ango que nous n'englobons pas dans la région, ainsi que nous l'avons dit.
Le KASsil, navigable sur plus de 800 kilomètres, est, comme importance, le deuxième affluent du Congo, l'Uban^i gardant la première place; il a son origine non loin des sources du Zambèze, dans les contreforts est des monts de Cristal, au milieu de forêts entrecoupées de clairières. Il coule d'abord dans une superbe et fertile vallée dont les coteaux atteignent 5ao mètres de hauteur. Son fond est pierreux, le courant rapide; aux chutes Wissmann, ÏL devient navigable et après le confluent de la Lulua, il s'élargit, entourant des [les nombreuses et pittoresques, devient une majestueuse rivière d'un aspect grandiose. Après avoir reçu le Saidcuru, sa largeur, qui était de 800 mètres, atteint i,5oo et 2,000 mètres. Ses rives sont bordées de forêts vierges, remplies d'élals et de lianes, d'une végétation exubérante. Après le mont Pogge, la rivière se rétrécit ; au confluent du Kwango, elle forme un pool, large de près de 10,000 mètres, èmaillé d'îles et de bancs de sable ; après l'embouchure de la Mlîni, les arbres de la rive se font rares, la vallée est dominée par des hauteurs et l'embouchure du Kwa — nom que prend alors le Kassai — est encaissée dans des murs d'argile et de terre rougeâtre au-dessus desquels croit une misérable végétation.
La LULUA vient aussi du pajs des sources du Zambèze; traversant d'abord un pays coupé de torrents aux gorges profonde*, couvert de broussailles, pré-
Le Kassaï.
sentant çà et là des clairières herbues : boU perpétuel et sans ombre; elle franchit des rapides, arrose un pays fertile et devient navigable un peu avant Je recevoir ie Luebo sur sa rive gauche.
Le SANKURU est le plus important des affluents du Kassaï. On a cru longtemps qu*a était le cours inférieur du Lomami ; il aurait offert alors une voie de pénétration superbe vers le Katanga; mais ce que Ton. avait pris pour le
Lomami était le Lubefu et la partie initiale du Sankuru s'appelait Lubilactt. Le Sankuru, comme beaucoup de rivières du Congo, est plus large dans son cours moyen que daits son cours inférieur et atteint parfois 3,ooo mètres tandis qu'à son confluent, où il forme delta, il n'a que 600 mètres de largeur totale. Le Sankuru, ou plutôt le Lubilach, après avoir coulé dans une vallée évasée, s'encaisse dans des rochers i pic de 100 mètres de bautmr A environ 3o kilo-
Région du Sud.
mètres au sud de Fania-Mutombo, dit Cornet, et au niveau exact des chutes Wolff se présente un accident topogisphique remarquable. Bnuquement et suivant une ligne dirigée est-ouest, le pays s'élève de lao mètres environ, sans que la nature géologique change le moins du monde. Il y a là ce qu'on appelle une s (aille 11, dont nous avons parlé plus haut.
I^ longueur du Çankuru est d'environ 1,400 kiloinétrcs et il est navigable jusqu'aux chutes Wolff, à goo kilomètres de son embouchure.
La KFiNi est formée par la Lukenye et le déversoir du lac Lèopold II. La LUKBNVB sortirait, parait-il, d'un lac; elle coule de l'est à l'ouest, parallèlement au Sankuru, est très sinueuse et présente de nombreux rapides. Ses rives sont parfois basses et inondables, parfois élevées et couvertes d'immenses forêts. Le LAC LâopOLD u dèvcTse le trop-plein de ses eaux dans la Lukenye-Mlini par un chenal étroit ; il a très peu de profondeur. Le long des rives où se montrent quelques Ilots rocheux, la navigation est en tout temps très dangereuse; les piri^ues indigènes ne s'y aventurent qu'avec crainte. A certains endroits, les plages sont formées d'un sable blanc; ailleurs se dressent quelques élévations aJlant parfois jusque 10 mètres de hauteur. Les rives nord-ouest principalement présentent d'importants marécages; la forêt s'avance jusqu'à la plage inondée.
Le LOANGE et la djuma sont deus rivières importantes dont le coma est sensiblement parallèle à celui du Kassat. Ainsi que cette rivière, ils arrosent d'abord un pays montagneux, puis, franchissant la faille, traversent une contrée légèrement ondulée, couverte de plaines.
SOL. — Tout le sous-sol du pays est formé de grès tendre et friable; le sol est composé d'un mélange d'humus et dt sable ferrugineux; ta latérite se rencontre partout.
Dans le Haut-Lubilacb, la géologie devient plus intéressante; on trouve notamment les schistes et les calcaires. La partie de cette région drainée par le Lomami est presque exclusivement occupée par les grés tendres du centre du bassin qui, en certains points, franchissent même le Lualalia (Manyema). Les grès tendres reposent sur le système des grès rouges feldspathiques, sur des formations primaires ou directement sur le granit. Ces diverses roches se montrent au fond d'un grand nombre de vallées qui entaillent toute l'épaisseur des grès tendres.
C'est du bassin du Lomami. et surtout dès qu'on a franchi le Lualaba. qu'on voit les formations anciennes se montrer à la surface et l'on passe ainsi aux massifs des grands lacs et du Katanga.
Le sol atteint son maximum de fertilité dans les régions occupées par les grès tendres recouverts généralement d'une couche de terre meuble riche en humus. Les pays occupés par les formations anciennes sont relativement moins productifs, mais il iaxsX en excepter certaines plaines d'alluvion bordant les ^grandes rivières et qui peuvent se ranger parmi les plus riches du bassin.
Chez les Banlnitu du Bas-Kassal, il y a énormément de cuivre.
L'abondance des matières humiques. principalement dans la région forestière. donne à l'eau des rivières une couleur de café sans lait remarquée à propos de tous les cours d'eau de l'Equateur, du lac Tumba, du lac Léopold II et de la Mfini-Lukenye. La teinte de ces eaux contraste singulièrement avec l'aspect blanchâtre qu'ont les affluents de la rive gauche du Kassal.
FLORE. — En parcourant le pays de l'ouest à l'est, on constate la présence do bois de plus en plus compacts. Dans le Kwango, on ne rencontre pour ainsi' dire que des savanes ; cinquante pour cent du territoire sont boisés au delà du Kassal et bientôt l'on pénètre dans la forêt ininterrompue qui ne finira que bien loin au delà de l'Equateur et de l'Aruwimi.
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Le pays est en général excessivement fertile ; grâce à des conditions climatériques spéciales les cultivateurs baluba font jusque trois récoltes de maïs et d'arachides annuellement. A l'est du Sankuru, comme vers les hauteurs du Zambéze et des monts de Cristal, le sol est plus aride. Le palmier élaïs croit en abondance incroyable dans le Sankuru et vers le Lomami,chez les Bakusu,où on en voit des forêts entières, plantées probablement. Il faut noter que là où ce palmier précieux exista les populations sont presque toujours dans l'aisance, l'huile de palme constituant une véritable richesse pour les indigènes. Le borassus se rencontre vers l'ouest. On signale également le raphia aux énormes régimes et le dattier sauvage ; quelques rares fougères arborescentes dans les vallées encaissées.
Aux bouches du Kassaï se dressent les derniers baobabs : ces géants de l'Afrique occidentale.
Le coton abonde dans la Lukenye où les naturels connaissent l'art d'en faire des tissus. Le tabac et le chanvre sont fumés par les indigènes ; Laurent a trouvé dans le Sankuru un café sauvage à très petites graines qui se plairait spécialement dans les terrains sablonneux ; on parle d'une variété de vanille et il faudrait rappeler pour terminer, l'innombrable série de plantes utiles dont le kola, le long des rives du Kwa, le safou, au lac Léopold II, etc.
CLIMAT. — Le climat est relativement sain, particulièrement dans le sud; la chaleur, supportable ; les nuits, fraîches ; on a constaté des températures de 6 degrés à 6 heures du matin.
Il y a deux saisons sèches et deux saisons de pluies, mais celles-ci ne sont pas nettement caractérisées, car il tombe de l'eau toute l'année entre le Kassaï et le Sankuru, circonstance particulièrement favorable aux cultures. Sauf dans cette zone boisée, partout ailleurs il y a une saison sèche qui dure au moins cinq mois, souvent six ou sept.
A part la fièvre paludéenne et la variole, malheureusement à l'état endémique intense, il n'existe pas d'autres maladies dans la contrée.
FAUNE. — En tête de la faune du pays, il faut citer les éléphants, nombreux sur la rive gauche du Kassaï. Leur émule en taille, l'hippopotame, est abondant au point d'interrompre parfois la navigation dans les rivières. Il faut remonter vers les hauts plateaux herbus pour rencontrer d'immenses troupeaux d'antilopes et de buffles ; les carnassiers sont rares.
Dans les rochers des rives abruptes du haut Sankuru, d'innombrables bandes de perroquets gris à queue rouge ont établi leurs nids.
Parmi les poissons se trouve le poisson électrique ; enfin, les insectes se distinguent par leur nombre et leur variété.
Les animaux domestiques sont relativement abondants. Les pâturages se prêtent à l'élevage du gros bétail qui, introduit par le Lunda, est aujourd'hui répandu partout, ainsi que les chèvres, moutons, porcs, poules, pigeons, chats et chiens, ces derniers représentés chez les nains batua par une espèce de lévrier employé à la chasse.
Région du Sud.
PRINCIPALES PEUPLADES
e Kassaï est très peuplé, comme la plupart des territoires bordant la grande forêt; le Sankuru passe pour être la région la plus peuplée de l'Afrique centrale, on y rencontre d'immenses agglomérations. Les indigènes sont en général pacifiques et hospitaliers ; exception est faite pourtant pour ceux ayant comme domaine la forêt sauvage.
Parmi les peuplades principales, on distingue les Balunda, les Baluba, les Bakuba, les Basongo-Meno, les Bangode, les Basengc et une série de tribus habitant le bassin de la Lukenye, semblant, près du confluent de cette rivière, être des Bateke ; plus haut ressemblant aux Balolo des rivières de l'Equateur. Il faut aussi mentionner les Kioko, race envahissante d'habiles commerçants, nombreux dans les villages au sud du Sankuru, et les nains Batua, vivant au milieu des Bakuba et des Basonge.
Les BALUNDA occupent la région des sources du Kassaï et s'étendent à l'est jusqu'au Lualaba au de là duquel ils se mêlent avec les Vuarua. Us habitent le Lunda, ancien empire du Mutua- Yamvo, démembré depuis la mort de son chef Muteba.
Les Balunda sont un peuple pacifique et hospitalier ; ils sont de forte taille, ont le teint clair, les lèvres peu épaisses.
Les femmes se tatouent le corps, affilent en pointe leurs incisives supérieures et arrachent celles d'en bas. A l'inverse de ce qui se passe chez nous, elles se rasent la tête, tandis que les hommes portent toute leur chevelure et s'attachent à l'arranger avec art.
Les grands personnages compriment la partie postérieure de la tête de leurs enfants, de manière à donner une forme monstrueuse au crâne.
L'ancien empire du MUTUA-YAMVO avait une organisation politique toute spéciale qui pouvait être comparée à celle d'un État féodal européen du moyen-âge. Le chef était élu par un certain nombre de grands électeurs ; avec lui régnait une femme célibataire dont l'assentiment était nécessaire pour donner force de loi aux décisions du chef de l'État. A chaque nouveau règne, la résidence du roi était autre ; elle ne pouvait toutefois être établie ailleurs que dans un certain pays compris entre deux rivières, affluents de droite dé la Lulua.
Les Balunda, quoique présentant des idées sociales avancées, sont peu industrieux. Ils font sans doute ethnologiquement partie des mêmes peuplades que celles qui habitent au sud du lac Moëro.
Les BALUBA, peuple de penseurs, pour répéter cette qualifica-
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tion de Wissmann si vraie et si souvent employée, se distinguent par leur curiosité intelligente et la tournure réfléchie de leur esprit, qualités qui les placent au premier rang de la race bantu. Ils forment un peuple immense, habitant le bassin moyen de la Lulua, celui du Sankuru et s'étendant au delà du Lualaba jusqu'au lac Tanganika et jusqu'au Katanga. Ils sont venus du pays situé aux sources du Lualaba. Les Bachilange, les Zappo-Zap ou plutôt les Beniki, les Basonge, les Balindi sont des Baluba.
Comme le Lunda, le pays des Baluba, qui formait jadis un important royaume, est aujoud'hui démembré.
Entre les tribus baluba que nous venons d'énumérer, existent certaines différences au point de vue physique, mais elles sont toutes remarquablement intelligentes et se distinguent par un esprit de cordialité et de générosité bien rare chez les nègres.
Les BACHILANGE, nom qui paraît avoir appartenu aux aborigènes du pays qu'ils habitent, sont artistement tatoués par tout le corps ; leur taille est ordinaire, plus petite que celle des Baluba proprement dits. Du reste, selon Reclus, les tribus bachilange sont fort mélangées : les unes sont encore sauvages, tandis que les autres ont atteint un certain degré de civilisation.
Les BASONGE, les plus industrieux des Baluba, qui ont eu pour chefs célèbres Lupungu et Pania-Mutombo, habitent le pays à l'est du Sankuru et forment ces populations exceptionnellement denses auxquelles nous faisions allusion plus haut. Leurs villages sont parfois de véritables villes ayant jusque 10 et 1 5,ooo habitants.
Les Basonge sont parmi les nègres, les plus beaux et les plus forts, quoique, au dire de Pogge, leur visage rappelle la face du dogue. Ils sont industrieux, contrairement aux Baluba qui sont plutôt cultivateurs tout en étant des guerriers émérites.
Depuis une trentaine d'années les Baluba ont contracté la triste habitude de fumer le chanvre, vice funeste qui conduit à la folie sinon à la mort. Les fumeurs de chanvre forment une véritable secte religieuse, connue sous le nom de a BENA-KIAMBA », fils du chanvre. Tous les Bena-Kiamba se disent frères et s'accordent mutuellement l'hospitalité.
Les BAKUBA différent absolument de leurs voisins baluba par la langue et les mœurs. Suivant la tradition, ils sont venus du nordouest ; aujourd'hui ils habitent la contrée comprise entre le Sankuru et le Kassaï, mais entre la Lulua et le Kassaï ils ont pris le nom de Bena-Luidi (i) et, comme signe distinctif, s'épilent complètement.
Les fiakuba, d'après G. de Macar, renient aujourd'hui leurs anciens frères. S'ils les rencontrent par hasard, ils leurs disent avec
(z) D'après Gillain les différentes familles des Bakuba prennent le nom de Bena suivi de celui du lieu où ils habitent.
IQO
Région du Sud.
ï rivière, vous qui avez
mépris : « Retournez de l'autre côté de h abandonné les traditions de votre race. »
Les riverains de la Lulua s'appellent BAKETE; on rencontre chez eux des Bakuba et des Baluba.
Les Bakuba sont excellents pagayeurs, très commerçants, pas guerriers, peu agriculteurs, mais très habiles aux métiers manuels ; ils forment une belle race; les femmes, pourtant, sont trop élancées. Les hommes ne prisent guère le tatouage, tandis que celui-ci est très en honneur chez leurs compagnes qui ont le corps, les tempes et la nuque semés de lignes de pois. G. de Macar explique ce tatouage d'une façon bien singulière : En cas de céphalalgie, fréquente paraît-il, les indigènes font usage de la ventouse ; les traces laissées par les incisions sont des points de tatouage trouvés très élégants par les femmes, qui s'arrangeraient à être malades le plus souvent possible afin d'en être couvertes.
Iy-i ^-v A .(,, La coiffure des hommes est courte
Kpj UP ^ IliU sur le devant et sur les côtés de la tête, \-/ 5 J L, Is longue et bouclée vers le sommet du W ? 1^1 Si crâne où elle forme un volumineux Il II||||l iaE. chignon surmonté d'un bonnet minus-
II lijllli llll cule retenu au moyen d'une épingle,
'M f 1 1 1 °^ bien, chez les Bena-Luidi, enserré dans un anneau ciselé. On peut voir la reproduction de cette coiffure sur les objets de bois sculpté, dans la confection desquels excellent les Bakuba.
Les femmes ont la chevelure courte et même rasée. Les BASONGO-MENO occupent toute la rive droite du Sankuru; ils appartiennent, dit Gillain, à la nation des Batetela. Les hommes sont superbes, fiers et intelhgents. Ils se liment toutes les dents en pointe et on les accuse d'être anthropophages. Ainsi que les Bakuba, ils travaillent avec art le fer, le cuivre, l'argile et le bois. Chose remarquable pour le Congo, ils se réservent le travail des champs et laissent aux femmes les métiers industriels et les soins du ménage.
Les BANGODE habitent la rive gauche du Kassaï en aval du Sankuru. Ils ont comme voisins d'outre-rive les BASENGE, — qu'il ne faut pas confondre avec les Basonge, — êtres d'une physionomie étrange : grands, le torse court reposant sur de longues jambes, ayant comme tatouage trois incisions à la naissance du nez et dédaignant les ornements. Leur chevelure est longue, partagée en son milieu et formée en tresses qui s'enroulent autour du cou, du menton et de la nuque. Leur ligure est intelligente, méchante, diabolique et pourtant ressemble à celle des Européens qui se livreraient à un travail intellectuel.
Le Kassaï. 191
Les Bangode sont moins avancés que leurs voisins de Test tout en ayant des mœurs assez semblables.
A lembouchure du Kassaï habitent les BABUMA, dont nous parlons ailleurs. En remontant la Lukenye, on rencontre successivement les Tomba, puis différentes populations, dont les Tollo et les Bayombe.
Les TOMBA ont comme tatouage deux cercles concentriques sur les tempes, rappelant ainsi les Mongo de TÉquateur. Les TOLLO ont du reste un langage semblable à celui de ces mêmes Mongo, mais leur tatouage diffère tout en étant analogue comme principe. Ils dessinent sur le front, entre les yeux, plusieurs lignes courbes et sur les côtés du visage une série de demi-cercles parallèles dont l'extérieur, partant du sommet de la tempe, aboutit au lobe de l'oreille, en passant par le coin de Torbite. Un fétiche exposé dans la section montre ce tatouage.
D'après Jacques, le tatouage des tempes resterait le même pour tous, mais celui du front varierait suivant les sous-tribus.
Les Tollo sont très remarquables par leur longue chevelure tombant en tresse sur le devant des épaules; leur caractère est très belliqueux; ils s'adonnent principalement à la chasse.
Les BAYOMBE ou Bagombi ont conmie tatouage une suite de petites lignes verticales dessinant un arc de cercle au-dessus des sourcils. Ils tissent de très belles étoffes semblables à celles du Sankuru et sculptent très adroitement le bois.
Sur les rives du lac Léopold II habitent des populations dont le langage est très semblable aussi à celui des indigènes de la Lulongo.
Ainsi que nous Tavons dit, les KIOKO, chasseurs passionnés, venant du sud, sont déjà établis parmi toutes les peuplades baluba et bakuba. Très travailleurs, ils semblent destinés à un grand avenir. Les gens de cette industrieuse tribu sont moins coquets que leurs paresseux voisins ; mais ils se peignent le visage en rouge, ce qui leur donne le plus étrange aspect. La plupart des Kioko sont petits, maigres et nerveux : leur seule apparence témoigne leur énergie. (Otto H. Schutt.)
Les pygmées BATUA, dont nous parlons dans un chapitre spécial, habitent des villages épars dans la forêt, chez les Basongo- Meno, les Bakuba et s*étendent à Test jusqu'au Lomami. Ils vivent en bonne intelligence avec les indigènes, échangeant une partie de leur gibier contre les produits de l'agriculture et les armes dont ils ont besoin.
Région du Sud.
MŒURS ET COUTUMES
es collections ethnographiques provenant du Kassat peuvent être rangées parmi n les plus belles » que l'on puisse réunir dans tout le bassin du Congo. Les objets étonnent par leur diversité et par l'art avec lequel ils sont façonnés. Les bols sculptés, les fers forgés et incrustés de cuivre, les vanneries sont d'un travail merveilleux si l'on tient compte des moyens primitifs dont disposent les indigènes; les poteries seules ne répondent pas au degré de fini qu'ont les autres objets. Les Basongo-Meno et les Bakuba principalement excellent dans les industries; certaines tribus se sont fait de véritables spécialités, tels les Zappo- Zap dans les ouvrages en fer forgé et les Bakuba dans la fabrication des nattes.
Si les indigènes du Kassa'i font encore des sacrifices humains, le cannibalisme est beaucoup plus rare ; exception est faite pourtant pour les peuplades habitant la forêt et principalement pour les gens de la Liikenye dans les villages desquels s'amoncellent les crânes, restes des victimes dévorées.
Les Bakuba ne mangeraient pour rien au monde de la chair humaine ni celle du chien. En général la viande est rare, les chefs seuls et les riches en mangent en temps ordinaires.
La principale boisson du pays est le c masanga *, jus de canne à sucre fermenté. On boit également le vin de palme. Les boissons sont renfermées dans d'immenses RÉCIPIENTS EN TERRE ou dans des CALEBASSES, consolidées par des réseaux de fibres blanches et noires joliment arrangées; plusieurs de ces calebasses sont exposées et on peut se rendre compte de l'intelligence avec laquelle elles sont appropriées à l'usage que l'on veut en faire.
L'admirable série de COUPES et de GOBELETS en bois sculpté forme bien une collection des plus intéressantes prouvant à l'évidence les aptitudes artistiques de ceux qui les ont confectionnés. Les coupes sont avec ou sans pied, en bois mat ou poli, ornées de dessins géométriques où domine le losange ou représentant des têtes interprétées avec une vérité étonnante, d'un aspect semblable à celles que modelaient si naïvement les gothiques.
Parmi les autres objets de ménage il en est beaucoup qui ne sont pas moins remarquables, tels les LOUCHES et CUILLERS; à un autre point de vue, la jolie collection de PANIERS dont les usages sont nécessairement multiples témoigne de l'imagination féconde des
Le Kassai.
industriels ou plutôt des artistes noirs. Comme objets très spéciaux à la région, nous devons signaler le TRÉPIED en fer du Sankuru, servant à supporter les vases à cuire, l'ENTONNOlR en bois ou formé du goulot d'une calebasse et le TAMIS,
Les pipes servent principalement à fumer le chanvre, et les priseurs se confectionnent de minuscules TABATiiCRts en bois ou en ivoire.
La toilette des indigènes n'a rien de bien remarquable, quoiqu'il existe des étoffes brodées d'un caractère absolument artistique. Presque partout on rencontre le h'.U.NE DE FIBRES, coloré OU non, de longueur variable. Chc;- Bachilange il se réduit à un morceau de tissu devant et derrière ; chez les Bakuba il dépasse souvent le genou, est bordé de frange et soutenu par une ceinture au-dessus de laquelle il retombe en large volant plissé. Les femmes bakuba ont le p^i^n^ plus long que celui des hommes ; les chefs ont ces étoffes garnies de perles ou de cauris.
Le travail le plus curieux que l'on puisse voir est celui des ÉTOFFES BRODÉES des Bakuba. Quelques échanti ont été réservés pour la section ethnographique, m^iis leur aspect décoratif leur a mérité de figurer dans le h< Salon d'honneur » dont elles forment le fond de l'ornementation. Pour arriver à faire ces tissus, les hommes confectionnent au MÉTIER des nattes ordinaires en libres de raphia; les femmes reprennent alors ce canevas et y brodent un véritable velours égalisé au couteau et zigzaguant en dessins d'habitude noirs et blancs. Dans la Haute-Djuma les indigènes font également de ces étoffes brodées, mais au lieu d'être polychromes, elles sont uniformément teintes en rouge dans une note admirable. Les dessins sont plus simples aussi. Une série de ces étoffes figure dans la décoration du a Salon des cultures ».
Les étoffes brodées du Kassai, qui demandent un travail énorme, ne s'emploient guère que pour les grandes cérémonies et surtout comme linceul. A la mort d'un chef, tous ses sujets se mettent à l'ouvrage et oflrent comme présent un ou plusieurs de ces tissus dans lesquels on enveloppe le défunt convenablement fumé.
Le COTON est filé dans la Lukenye ; les fils sont employés pour faire des bonnets et quelques pièces de toilette ressemblant à des OUVRAGES CROCHETÉS.
Pour couvrir les coiffures monumentales décrites à une autre place, existent des grands et des petits BONNETS, surtout des petits.
Les bijoux abondent, mais ne sont pas encombrants comme chez les tribus de la forêt. Les PEIGNES et les ÉPINGLES que les femmes se piquent dans la chevelure sont parfois ravissants comme travail ;
Région du Sud.
les chefs tollo portent un DIADÈME en cauris; ils ont du reste des PARURES complètes où dominent ces coquillages.
L'inévitable CHASSE-MOUCHES devient aussi un objet de luxe; son manche est recouvert de perles, tourné dans de l'ivoire ou plaqué de cuivre.
Les habitations sont rectangulaires, mais ont la toiture sphérîque. Ce même modèlede hutte existe depuis le Sanlturu jusque dans rUrua. Cependant, l'histoire de l'habitation congolaise trouve dans le Kassa'î encore d'autres spécimens ; les Balunda ont des huttes sphériques, les plus pauvres d'aspect de toute l'Afrique intérieure. Au lac Léopold 1 1 , les habitations sont complètement ouvertes sur une des faces. Une hutte assez curieuse est celle mentionnée par Parmînter dans le Kassaï, à 5o milles en aval du confluent de la Mfîni. La porte, au lieu d'être à fleur du sol, est au faîte du chimbèque, ce' qui force l'indi-
gène a se servir échafaudage pour entrer dans sa maison.
Les villages sont le plus souvent formés de deii.\ rangées d'habitations s'étendant le long d'une interminable rue. Chez les Basenge, il y aurait, paraît-il, des villages construits sur les arbres, mais on peut se souvenir que la même disposition avait été signalée dans les rapides de l'Ubangi, et, qu'après plus amples renseignements, on a constaté que ceux-ci se réduisaient à quelques observatoires où veillaient des sentinelles.
Le mobilier ordinaire des nègres garnit les habitations ; les indigènes dépensent dans cette fabrication leur goût inné d'ornementation. Les Bakuba ont des nattes uniques comme travail et comme harmonie de tons; de nombreux types de celles-ci sont mis en évidence dans le h Salon des cultures m et nous ferons remarquer que c'est aux collections du Kassa'i que nous avons emprunté les principaux moti& de décoration du Saion d'honneur et de celui des cultures.
Les indigènes sont agriculteurs, chasseurs ou pêcheurs selon l'endroit qu'ils habitent. Dans la Lukenye l'on s'adonne particulièrement
Le Kassat.
à la chasse, au moyen de filets, de pièges, à la flèche ou à la lance; nous avons dit que les nains batua n'ont guère d'autre occupation. Les Bakuba pèchent; ils ont de grandes pirogues dans lesquelles ils pagaient debout et qu'ils excellent à conduire. L'agriculture est très en honneur chez les Baluba, qui possèdent des HOUES en bois et en fer; enfin, rappelons les différentes industries arrivées à un si haut degré de développement et ajoutons-y celle de la fabrication du sel dans la Mfini et la Lukenye et de la poudre de bois rouge pour la teinture, fard indigène.
Parmi les monnaies employées, la plus importante est le cuivre ; celui-ci, coulé sous forme de CROIX DE SAINT-ANDRÉ, provient en grande partie des mines de Myambo, situées à une trentaine de kilomètres à l'ouest du haut Lualaba. Des coquillages-monnaie sont très recherchés pour servir d'ornement, tels les Conus imperialis vus par Livingstone chez les Balundu, — un seul d'entre eu\ vaut un bœuf, — et le caurî.
11 existe dans le Kassaï des LANCES, surtout des SAGAIES et des BOUCLIERS, ces derniers d'une grande rareté. La véritable arme est la flèche ; les Bakuba ne se promènent jamais sans être munis de leur ARC et d'un CARQUOIS garni de FLÈCHES dont ils se servent fort mal du reste. Dans la section est exposée une interminable collection de flèches d'une étonnante variété de types ; il en est dont le dard est en cuivre ou en laiton, mais c'est là une fantaisie exceptionnelle. Les 1 LÈCHES A DARD DE BOIS servent d'habitude à chasser le gros poisson ; il existe aussi des FLÈCHES- MASSUES dont l'extrémité porte un renflement de bois destiné à assommer le gibier.
Les COUTEAUX sont d'une réelle abondance. Celui des Bakuba, d'une forme commune, est parfois incrusté de cuivre, ce qui rehausse son cachet ; il a comme gaine deux lamelles de bois plus ou moins travaillées. Il est des couteaux dont l'aspect est très séduisant : d'une forme élégante et dont la poignée, garnie de laiton, supporte une lame en cuivre rouge ciselé; ces COUTEAUX DE PARADE, de fabrication moderne, sont sans valeur.
Les COUTEAUX EN BOIS sont des insignes de paix en usage dans la Haute-Lukenye; ils imitent les modèles des armes authentiques de la région.
Au nombre des objets multiples revêtus d'un caractère symboli-
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que, riNSIGNE DE CHEF BAKUBA, luxueuse herminette, est hors de pair; on en fabrique dont le manche est en ivoire.
Comme produit de l'industrie du forgeron, les haches peuvent prendre la place d'honneur. Une série de TRENTE-TROIS HACHES, toutes différentes, a été réunie; il est vrai que nous avons emprunté quelques-unes d'entre elles aux Vuakusu-Batelela. Les haches peuvent se diviser en trois catégories principales : les haches de fer incrustées de cuivre, à manche de bois ordinaire, armes sérieuses des guerriers du Malela, qui représentent l'ouvrage le plus parfait; les haches en fer ouvragé, travail des Zappo-Zap, pouvant concourir avec nos plus habiles ferronneries d'art; les haches en cuivre bakuba, modernes comme les couteaux, peut-être plus brillantes, mais d'une moindre valeur ethnographique et artistique.
La hache au fer plat immense vient de chez les Basanga, où elle se trouverait, d'après Van Bredael, aux mains des fous du roi.
L'état de société est en général moins divisé que celui du Congo équatorial. Le Lunda et le Luba formaient jadis deux immenses empires, actuellement démembrés, mais où existent encore des chefs très puissants. Parlant de Pania Matumbo, Hodister dit : « Quand Pania paraît, tout le monde s'enfuit ou se tient à grande distance. Le chef jouit d'une autorité extraordinaire; ses sous-chefs ne s'approchent de lui qu'à genoux, en baissant le front jusqu'à terre. » L'héritage du pouvoir se fait de père en fils chez les Basonge.
Cornet pense que c'est aux relations commerciales, nouées avec la côte, qu'il faut attribuer l'indépendance conquise par un grand nombre de chefs inférieurs.
L'esclavage existe, mais très atténué, chez les Bakuba. Les esclaves sont généralement des Zappo-Zap et des Basongo-Meno. L'enfant d'une esclave et d'un homme libre est libre. Les nouveau-nés sont regardés comme des parents qui reviennent de l'autre monde.
Si, dans la région de la grande forêt, la figure humaine n'est pas représentée par les sculpteurs indigènes, vers la côte occidentale les FÉTICHES proprement dits, c'est-à dire ceux prenant la forme d'un être animé, se multiplient avec une abondance invraisemblable. Les habitants du Kassaî possèdent ainsi des bonshommes de toutes les tailles et dans toutes les postures, destinés à les protéger contre le mauvais sort.
Le Bakuba ne croit pas à un esprit supérieur, à un dieu, comme le « Zanli » des Baluba. Ils n'ont pas de fétiches et railljsnt ces pratiques religieuses. Néanmoins ils sont superstitieux à l'excès et sont convaincus de l'existence d'une vie future. Les Basonge, dit Gillain, n'ont aucune idée de la vie future.
Sous le nom conventionnel de Katanga, on désigne toute la région des sources du Congo : les hauts plateaux d'où sortent le Lomami. le Lualaba. ta Lufila et le Luapula. ce dernier formani encore deux vastes expansions lacustres ; le Bangwelo et le Moiro,
ASPECT DU PAYS. ~ La ligne de faites Congo- Zambèïe, quoique servant de limite i deux des bassins fluviaux les plus importants du globe, présente un caractère d'indécision très remarquable. C'est une suite de plateaux ondulés, à sous-sol schisteux, sans pente générale sensible ni vers le nord ni vers le sud. Pendant la saison des pluies, il s'y forme des marécages et d'immenses flaques d'eau qui se déversent lentement et souvent indifféremment de l'un ou de l'autre c<ïlé de la ligne de faites.
Vers le nord, le plateau élevé du Katanga s'étend jusqu'à une chaîne de montagnes allant du nœud hydrographique des sources du Lubudi, du Zambéze et de la Lulua jusqu'au Marungu, en passant par te nord du lac Mofro. Cette contrée est ravinée par le Lualaba, la Luflta et le Luapula qui s'en échappent au travers de profonds déversoirs. Les bassins de ces trois rivières sont séparés l'un de l'autre par deux lignes de hauteurs, les monts Nikale et les monts Kundulungu.
Au delà, les accidents de terrain sont moins sensibles.
Il est vraisemblable que dans les .siècles passés existaient au Katanga d'immenses mers intérieures dont le McCro et le Bangwelo sont encore des vestiges. Les eaux se sont peu à peu créé un passage, sans cesse agrandi, et par où elles ont fini par s'échapper complètement.
Le LUAPULA vient des monts Chingambo entre le Tanganika et le Nyassa, à une altitude de 1,400 métrés environ. Sous le nom de Tchambezi il s'épanche bientôt, formant le lac bangwblo dont la partie sud n'est déjà plus qu'un vaste marécage et qui, par ta baisse constante des eaux, est fatalement condamné à disparaître.
A partir du lac Bangwelo, la Tchambezi, devenue Luapula, est large de lîo à 3So mètres ; elle coule dans un pays paradisiaque, formé de centaines d'Iles peuplées d'une multitude d'oiseaux, se glisse entre des rives bordées de forêts vierges et entre bientôt dans le tac uoEko. Deux rapides, peu importants, coupent le Luapula supérieur.
Le niveau du lac MoCro baisse comme celui du lac Bangwelo; la plus grande partie de sa rive méridionale est déjà presque abandonnée par les eaux. Sitôt à sa sortie du Moero, le Luapula franchit les monts Mitumbu, aux gorges de Kwikuru. A Ankoro, il se réunit au Lualaba.
Le LUALABA. — C'est par i,Sz5 métrés d'altitude, à proximité des sources de la LuAra, que naît le Lualaba. Au dire des indigènes, rapportent Francqui et Cornet, il sort d'une grande termitière; en réalité, cette « termitière u est un des amas coniques de minerai de fer dont nous parlons i propos de la géologie du pays.
Dans la première partie de son court, le Lualaba présente des chutes et
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des rapides, mais il est peu accidenté Telativement i ce qu'il deviendra plus
Bientôt, en effet, il s'engage dans le gouflfre du Nzilo, encore en pleine voie de creusement, h A première vue, dit Delcommune, on se demande par où coule le Lualaba. Une simple entaille lui livre passage, passage e&ajant où il se rue avec une violence indescriptible. Cette gorge étroite, ce couloir de 20 à 3o mètres de large, esl long de 76 kilomètres. Je n'ai jamais rien vu de si terrifiant. 11 Les berges s'élèvent à pic à plus de 400 métrés de hauteur ; la dénivellation est de 450 mètres.
Au sortir de celte partie tourmentée, le pays arrosé change brusquement de caractère; il s'étale en une suite de plateaux i. peine ondulés. Le voisinage des cours d'eau est cependant quelque peu raviné, grâce à l'encaissement des riviéresquisesont creusé des lits profonds. Plus loin enfin, le Lualaba décrit des méandres accentués dans une large plaine alluviale où quantité de lacunes sont les [races dernières d'une ancienne expansion lacustre.
Les sources de la lufua sont voisines de celles du Lualaba. La Lufîra est la RiviÂRB DU katanga; elle traverse une large vallée limitée à l'est par les falaises rouges du Kundulungu; àl'ouest.par cellesdeManika; aui chutes Djuo, hautes de aS mètres, elle quitte le plateau du Katanga et va se jeter dans le Lualaba au lac Kasali.
Le LUBUDi, affluent de gauche du Lualaba, issu du nœud hydrographique Kassal- Lualaba- Zambéze, est par cela seul important.
SOL. — Le sol du Katanga présente au point de vue géologique un intérêt beaucoup plus considérable que le centre du bassin du Congo. Le Katanga est le pays minier du bassin; c'est dans ses richesses minérales célèbres, comme dans son climat salubre qu'il trouvera son avenir. Le fer et le cuivre abondent ; des salines importantes sont exploitées parles noirs; on a parlé du charbon, de l'argent, du cinabre et de l'or.
Dans le Lualaba supérieur se trouvent de grands gisements de fer ; le plateau où cette rivière prend sa source est hérissé d'une foule de collines coniques dont chacune est un bloc de minerai correspondant à une masse de plusieurs millions de tonnes de fer d'une qualité supérieure.
Ce minerai n'est pas exploité par les indigènes, étant trop difficile i réduire; ils se contentent d'utiliser la limonite qui se trouve à fleur de sol principalement chez les Bausi, habitant la rive droite du Luapula.
C'est au sud de Bunkeia, près de Katanga même, localité qui a donné son nom au pays, que se rencontrent les mines de cuivre principales, sous forme de gisements de malachite lesquels, comme les collines de fer, ayant résisté aux actions dénudantes, font saillie sur le pays. D'autres mines de cuivre existent à l'ouest du Lualaba, non loin de Kazembe et entre la Lufila et le Lualaba.
Il jaillit dans le Katanga plusieurs sources thermales. Celles de Moachia, au sud de Katanga, sont salines. L'eau sort du sol à une température de 37 à 40 dc^és, se réunit en quelques ruisselets, puisse déverse dans la Lufila. L'évaporation provoque à la surface de la plaine des dépôts de sel cristallisé atteignant un décimètre. Celui-ci consiste surtout en chlorure sodique ou sel marin.
Les souccesdeKafungue.ausud du lacKabue, sont sulfureuses; l'eau, presque bouillante en s'èchappant de terre; répand au loin une odeur pénétrante.
Au point de vue de la fertilité, le sol est favorable dans la partie inférieure; vers le sud, il est beaucoup moins riche et manque d'eau à la saison sèche.
FLORE. — Sauf les plaines alluviales où s'éternisent les hautes herbes et les rubans de forêts qui longent les rivières, toute la surface de la r^on du Katanga est couverte par la savane baisée ou « tenda ».
Le Katanga.
Qu'on se figure, écrit Cornet, un bois clairsemé ou mieux, un verger un peu serré, au sol caché sous des graminées peu élevées et disséminées : c'est ce que nous appelons la « savane boisée ». Contrariés dans leur croissance par l'incendie annuel des herbes, les arbres, parmi lesquels on voit beaucoup d'acacias, atteignent rarement une haute taille et un grand diamètre. Les euphorbes et les aloês sont abondants ; les lianes rares, contrairement à ce qui se passe dans la vraie forêt.
Les bambous poussent en masse compacte dans certaines vallées. Le palmier élaïs se voit à gauche du Lualaba et dans l'île Simba, sur le lac Moëro, où il a été introduit; partout ailleurs il n'existe pas.
Les plantes alimentaires sont surtout des graminées, dont le sorgho. Le manioc et les arachides sont moins cultivés, le bananier inconnu.
Le Katanga.
Sur les montagnes, dit Brasseur, on ne rencontre pas seulement des arbres de toute essence et une flore magnifique, mais aussi des arbres fruitiers en grande quantité portant des fruits d'un goût agréable mais aigrelet et dont la forme et la structure rappellent des pommes, des oranges, des cerises, des prunes, etc.
Enfin, le papyrus envahit tous les endroits marécageux et la rive occidentale du Moëro est caractérisée par des ambaschs.
CLIMAT. — Le climat est doux, supportable et tempéré. L'altitude moyenne du plateau du Katanga est de 1,000 mètres. La saison humide et la saison sèche sont bien tranchées, rarement la chaleur devient trop forte.
La saison humide apporte un large contingent de pluies, mais celles-ci ne durent pas; elles commencent et finissent avec l'orage qui les accompagne presque toujours.
Région du Sud.
Les venls dominants viennent du sud-est; les nuits sont très froides, il (;èle même parfois sur les hauts plateaux. En somme, le climat est remarqtial>lemcnt sain.
FAUNIî. — I^ faune du Katanga est très variée; tous les groupes d'animaux y sont richement TeprésentÉs.
L'un des traits les plus caractéristiques du paj-s est l'abondance du gros f(ibier ; antilopes, liufHes. nèbres. Les antilopes sont répandues dans toute l'Afrique, mais entre le Lualaba et le Luapula on en voit des quantités invraisemblables. Aux espèces ordinaires au bassin du Congo s'en ajoutent d*autres étendant leur habitat jusqu'au cap de Bonne -Espérance. Les plus remarquables sont : l'élan qui dépasse la (aille du buffle, et une antilope rouge portant des cornes en forme de harpe, pâturant dans tes plaines qui bordent le Mo£ro. Il existe en tout dans le Katanga une douzaine d'espèces d'antilopes de diverses tailles.
Le buffle du Katanga est identique à ccli+i du Cap ; il diffère de celui que l'on rencontre d'habitude au Congo.
L'animal le plus gracieux et le plus élégant des savanes de l'est africain est incontestablement le zèbre qui vit en troupes nombreuses dans la vallée de la Lufila. Ajoutons les cochons sauvages, le fourmilier du Cap (oryctérope). le porc-épic et le pangolin.
On comprendra aisément que dans un pays où les herbivores abondent. les carnassiers ne sont pas rares ; ceux-ci sont représentés par des léopards, chacals, hyènes tachetées et rayées et même par des lions. Entin. les éléphants foisonnent et l'on a rencontré les rhinocéros bicornes.
Dans l'eau des sources salines de Moachia se comptait une petite série de poissons et de mollusques spéciaux qui semblent éviter l'eau douce.
La fanne domestique n'es! guère brillante, mais il faut attribuer cet état do choses aux famines. Au nord du Mo£ro, on élève le gros bétail.
PRINCIPALES PEUPLADES
c régne du tyran Msiri a amené sur la contrée une série de maux dont la dépopulation a été le plus terrible. Le royaume de ce potentat s'étendait au nord jusqu'à l'Urua, à l'est jusqu'aux monts Kundulungu, au sud jusqu'aux sources de la Lu61a.
Les principales peuplades sont les Balunda, à l'ouest ; au nord, les Baluba, prolongement des grandes tribus du Kassal qui viennent se fusionner avec les Vuarua ; au sud, les Basanga et les Balamba; à l'est, dans le bassin du Luapula, les Bausi.
Dans les monts Kundulungu vivent les Balamotwo et les BACHILA; enfin les BAYECK, population envahissante descendant en grande partie des Vuanyamuezi arrivés dans le pays à la suite de Msiri.
Par suite des bouleversements ayant amené une grande confusion dans les différentes peuplades, il est difficile de donner les caractères Inhérents à chacune d'elles, a Du mélange de toutes ces
Le Kalanga. 201
tribus, dit Swan, est résulté une race très belle, très forte, intelligente et vaillante, se distinguant non seulement par sa bravoure, mais par ses aptitudes au travail. »
Des BALUNDA et des BALUBA, nous avons parlé dans le chapitre traitant du Kassai.
Les BASANGA habitent la rive ouest de la Lultla ; très puissanls, ils ressemblent aux Vuarua. Ils sont grands chasseurs d'éléphants. Les BALAMBA travaillent beaucoup le cuivre, tandis que les B.AUSl se sont fait une spécialité dans le travail du fer.
Les BALAMOTWO, dont l'existence dans le pays semble remonter à une époque très reculée, habitent la chaîne des Kundulungu. Une partie d'entre eux vit dans des huttes disséminées ou quelquefois groupées en villages, mais la plupart se logent dans des galeries très étendues creusées dans la montagne et dont les entrées semblent de minuscules portes de temples égyptiens, pointillant les falaises rouges du Kundulungu. Ces Balamotwo, très sociables quoique inhospitaliers, parlent une langue essentiellement di^érente des autres dialectes usités dans le pays ; en général, ils ne reconnaissent aucun chef et vivent par familles à l'état tout à fait patriarcal.
A quelques kilomètres des sources du Lualaba s'élève une colline conique d'une centaine de mètres, exclusivement formée de minerai de fer magnétique. Sur cette colline, ou plutôt dans cette colline, se trouve un village basanga : Kafunda Mikopo. Ses habitants ne sont pas exclusivement troglodytes ; ils possèdent quelques huttes véritables entourées même d'un boma; cependant la plupart habitent dans les profondes anfractuosités que présente la masse de minerai ou sur les abris que forment les blocs et les boulets.
Kafunda Mikopo appartient à Ntenke, le grand chef des Basanga, et constitue une forteresse avancée contre les incursions des Balunda.
Ces mêmes Balunda ont quelques villages établis dans des conditions pareilles, de l'autre côté du Lualaba ; enfin, au nord de Bunkeia, sur les bords de la Dlkulue.dans les roches abruptes du Manika faisant pendant aux falaises du Kundulungu, les Bena-Mitumbu vivent aussi en troglodytes.
P. Le Marincl dit à propos de ces indigènes qu'il appelle Bena- Kabambo : ■ Ils sont peu nombreux et très farouches, vivent dis perses dans des grottes et des cavernes d'où ils ne sortent- que pour
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se procurer du bois et pour chasser. Ils n'ont pas de huttes à l'intérieur et on prétend que ce n'est que depuis quelques années qu'ils connaissent la culture qui se borne d'ailleurs à planter un peu de mgSs dans les vallons reculés, loin de tout sentier. «
MŒURS ET COUTUMES
emblables aux races aborigènes de l'Afrique équatoriale, les troglodytes vivent de leur chasse et de leur pèche; ils n'ont presque pas de cultures et procèdent par échange pour se procurer les produits du sol.
Le procédé favori des chasseurs est de s'approcher le plus près possible du gibier et de le tuer à bout portant. Ceux qui chassent l'éléphant et le lion se tiennent à une prudente distance. Ils prennent les oiseaux au lacet. A certaines époques on fait d'énormes traques amenant le gibier dans des pièges.
L'huile de palme étant rare, on la remplace, au Katanga, par l'huile de poisson ; l'huile de ricin sert à la toilette ; Amerlinck écrit que les hommes et les femmes des bords du Katanga s'enduisent la chevelure de cette huile.
La base de la nourriture du pays est le sorgho, un peu d'arachides, des haricots, des courges, du mais. Le sorgho est cultivé par les femmes; malheureusement, les indigènes connaissent le moyen d'en tirer une bière dont ils raffolent et, imprévoyants, sitôt la récolte faite, ils la consomment tout entière sans songer à l'avenir. Telle est une des causes de ces épouvantables famines qui, tout récemment encore, ont désolé le Katanga.
Ces noirs ne fument pas, mais prisent abondamment.
Les indigènes connaissent les étoffes européennes, grâce aux relations qu'ils ont eues de tous temps avec la côte ; ils s'en habillent ou bien sont vêtus de peaux.
Les HABITATIONS DU KATANG.\ sont en pisé, de forme circulaire et entourées d'une véranda. A côté, à une assez grande élévation du sol, pour le mettre à l'abri des chats sauvages, on place le poulailler. Ces villages, d'habitude peu peuplés, sont protégés par des fortifications et des ceintures d'euphorbes, comme dans l'Unyamuezi.
En général ils sont plutôt commerçants et pas travailleurs. Comme nous l'avons dit, les Bausi et les Balamba travaillent le fer et le cuivre. Les autres tribus, outre quelques objets de luxe, fabriquent des ustensiles de ménage, des houes larges et plates, des haches, des paniers, etc.
Le Kalanga.
L'un des principaux commerces a été de tous temps celui des esclaves; aiîn de satisfaire leur goût pour les marchandises de provenance européenne, ces sauvages allaient jusqu'à vendre leurs propres enfants.
L'armement est aujourd'hui le fusil à piene; il existe encore des sagaies, des arcs, des flèches et des couteaux. Les flâches sont presque toujours empoisonnées, soit par le suc d'euphorbe ou d'autres poisons végétaux, soit au moyen du venin de serpent.
même aussi par le terrible germe du n charbon », pris sur des animaux morts.
Le mari achète sa femme. La richesse consiste à en acheter beaucoup. Ce sont elles qui sont chargées du travail des champs ; cependant les femmes bayeck sont ordinairement maîtresses au lieu d'être esclaves, elles prendraient même part aux combats.
11 paratt que les enfants de certains villages jouent à la toupie; la corde est remplacée par une liane; ils jouent également aux billes, qu'ils trouvent dans les noyaux de certains fruits, mais pour les lancer ils se servent du pouce et du majeur en leur imprimant un vif mouvement de rotation.
Les indigènes sont très superstitieux, croient au pouvoir des fétiches et portent toujours sur eux plusieurs amulettes; ils usent de l'épreuve de l'eau bouillante, lis ne possèdent pas de cimetières et déposent leurs morts dans les hautes herbes où bientôt les hyènes viennent dévorer les cadavres.
Dans certaines contrées, chez les Bena Kanioka, entre autres, les morts sont mis dans une galerie souterraine creusée; si c'est un
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grand chef on enterre avec lui des vivres et des jeunes filles vivantes, dont on a brisé les membres. 11 arrive aussi qu'on laisse, au moyen d'un conduit, une communication de l'extérieur avec le mort. Au-dessus de ce conduit on place un pot troué dans le fond et de temps en temps on y vide du malafu pour que le défunt puisse se rafraîchir.
A la mort d'un clief, écrit Brasseur, à qui nous empruntons beaucoup de ces renseignements, sa femme exprime sa douleur en se roulant par terre et en poussant des cris perçants ; après une demi-heure, parfois une heure de désespoir, prise d'une brusque crise de colère, elle brise et jette hors de chez elle tout ce qu'il y a dans la n l'exception toutefois des étoffes et des perles.