RÉGION DE L'EST
Auteurs consultés : Bia, Bodson, Burton, Cameron, Dkanis, GiU lain, Henry, Junker, Lange, Le Clément de Saint-Marcq, Livingstone, Lothaire, Mohun, Stanley, Storms, Tobback, Von Gôtzen,
Frises : Les Arabes. — Bande d esclavagistes revenant de rallia,
diaprés une photographie de Lemery,
... n attaque les indigènes par surprise, au petit jour, massacre tout ce qui résiste, met la main sur les femmes et les enfants qui deviendront ses esclaves.
Manyema. — Marché.
Dans le marché, les hommes vont et viennent, la plupart ne s'occupant de rien ; les femmes, au contraire, appliquent toutes leurs facultés à la besogne du jour.
Livingstone.
Groupe : Vuakusu-Batetela défendant une femme
contre un Arabe, de Samuel,
diaprés Lemery et Middagh.
Les Batetela sont des guerriers hardis et vigoureux qui ont su résister victorieusement aux Arabes.
Agrandissements photographiques.
Types d'habitations : Tembe arabe.
Borna arabe.
s ta dénomination de région de l'Est, nous avons englobé les territoires compris entre le Lomami, l'Aruwimi, la ligne des lacs Albert- Edouard, Kivu et Tanganika et au sud la ligne des liaiHeurs s'étendant du Marungu aux sources du Lomami.
C'est principalement dans cette contrée, dont le Manyema forme le centre, que s'étendit l'invasion arabe. Les déprédations des bandes esclavagistes pillant les villages, massacrant les habitants, mettant tout à feu et à sang, ont profondément bouleversé l'habitat des indigènes. C'est pour cette raison que nous avons fait de l'Est une région séparée, empruntant à la grande forêt ses sylvalns et aux Baluba les sujets vuarua de l'ancien empire de Kasongo.
D'autres influences que celles des Arabes ont encore transformé l'ethnologie des habitants de la région de l'Est. La marche des peuples de l'Uganda apénétréâusuddel'Aruwimi jusqu'aux Stanley-
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Falls, sous le nom de Vuakumu et de Vuaregga et les Vuanyema eux-mêmes présentent plusieurs points de ressemblance avec ces peuplades.
D*un autre côté les Vuanyamuezi qui occupèrent le Katanga étaient nombreux dans TUrua et ont contribué à établir une confusion presque inextricable.
ASPECT DU PAYS. — Le pays est accidenté ; il comprend les contreforts occidentaux de la suite ininterrompue de hauteurs allant du Marungu jusqu'au lac Albert. Cette chaîne de montagnes d'altitude variable comporte même un grand nombre de monts isolés, tels le mrumbi et le nzawa, à l'ouest du Tanganika, et le massif volcanique du mfumbiro, bien plus considérable encore. Toutes les rivières qui découlent de cette chaîne formant de véritables torrents, allant de l'est à l'ouest pour rejoindre le Congo-Lualaba dont la direction est sud-nord, parallèle au Lomami.
Le CONGO-LUALABA cst formé du Luapula, s'échappant du lac Moéro par des gorges profondes, et du Lualaba. A Ankoro, ces deux rivières se rejoignent. Bientôt, à l'est, le Congo reçoit la Lukuga, déversoir du lac Tanga- #ika. Immédiatement, le fleuve s'élargit, il prend une allure paisible, un cours navigable et achève de former ce chapelet de lagunes et de pools dont Kabure, Kabele, Mulundu, Upemba et Kasali sont les expressions reconnues en amont.
Tout à coup, le fleuve se resserre; de 2,5oo mètres, sa largeur tombe à 90 mètres; il se rue dans une vallée étroite, extrêmement pittoresque, contre des falaises à pic et le pied de collines qui, en certaixîs endroits, s'élèvent à plus de 1,000 mètres. Coulant alors vers le nord-ouest, le Congo s'élargit à Nyangwe pour se rétrécir de nouveau, former une double série de rapides, puis ofifrir un bief navigable long de 3oo kilomètres et large de 1,000 à i,5oo mètres, avant de franchir les sept cataractes appelées stanlby-falls. Pendant ce grand parcours, le fleuve est parsemé d'îles boisées ; sur les deux rives s'élèvent des forêts dont le sous-bois est d'une extrême épaisseur ; parfois, les berges sont coupées à pic.
Après la dernière cataracte, le Congo tourne vers l'ouest-nord-ouest, coule entre deux rangées de collines où « des bois impénétrables à la clarté du jour répandent leur ombre, aussi épaisse que celle du soir » et devient la nappe d'eau immense qui subsistera jusqu'à Tentrée dans les monts de Cristal.
Depuis la Lukuga jusque l'Aruwimi, le Congo reçoit à droite une multitude d'affluents torrentueux parmi lesquels il faut citer la luama, I'elila, l'uLiKDi, la LOWA, la LiLU OU Léopold, la tchopo-lindi.
Sur la rive gauche, on ne voit que des affluents sans importance, le Lomami serrant de près le Congo.
Le LOMANi prend sa source vers le g» degré de latitude sud, traverse par une première série de rapides un pays tourmenté dont les plateaux élevés de 85o mètres sont séparés par les vallées étroites des rivières. Après un passage dans une contrée marécageuse, entre des rives couvertes de forêts épaisses, il franchit une série de trois groupes de cataractes et devient navigable à Bena- Kamba jusqu'à son confluent.
Le TANGANiKA et le lac Kivu, quoique déversant leurs eaux dans le Congo, en sont séparés par une telle ligne de hauteurs qu'ils sont pour ainsi dire isolés.
Par l'ensemble de sa formation, dit Burton, le Tanganika éveille, ainsi que la mer Morte, le souvenir d'un fait igné ; c'est un bassin volcanique et non pas, comme de nombreux autres lacs, un vaste réservoir.
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L'orieolalîon du Tanganika est à peu près nord-sud; il est très allongé, a une superficie de 35,ooo kilomètres carrés — 5,ooo de plus que la Belgique — et, d'après Giraud, une profondeur maiima de plus de 600 métrea. Popelin lui donne comme altitude 813 mètres au-dessus du niveau de la mer.
La largeur du Tanganika varie de 3o A 60 kilomètres. Par un temps clair, on aperçoit, s'estompant dana le lointain, les montagnes de la rive opposée.
n Rien de plus saisissant que ce premier aspect du Tanganika, mollement
couché au sein des montagnes et se chau&nt au soleil des tropiques. A vos pieds, des gorges sauvages, où le sentier rampe et se déroule avec peine ; au bas des précipices, une étroite ceinture d'un vert émeraude, qui ne se flétrit jamais, et s'incline vers un ruban de sable, aux reflets d'or, frangé de roseaux , que déchirent les vagues. »
Ainsi s'exprimait Burton, dans sa relation de la découverte du grand lac, le i3 février i65S.
La rive gauche du Tanganika est excessivement tourmentée : c'est une suite
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ininterrompue de hautes montagnes à flancs escarpés, dominées par des montagnes revêtues d'une végétation sombre et d'où s'échappent des myriades de ruisseaux limpides. Dans le Marungu, au sud du lac, la rive est profondément échancrée par un grand nombre de criques étroites; les montagnes s'élèvent brusquement jusque 800 mètres de hauteur, couvertes de hauts plateaux déboisés, — d'où le Marungu tire son nom, ce pays des plateaux. »
Le Mrumbi et le Nzawa dominent le pays.
Les berges du lac sont à certains endroits sablonneuses comme une plage maritime ; à d'autres, bordées de roseaux auxquels des centaines d'oiseaux à gorge jaune ont suspendu leurs nids.
Le Tanganika, d'une grande profondeur, ne comporte que quelques séries d'îles DU plutôt d'ilôts voisins des rives. Ceux qui sont situés à hauteur de l'Ufipa, près de Karema, présentent une curieuse particularité : en frappant avec un caillou sur des roches sonores que la nature a jetées là, la résonance de ce gong naturel, dont se servent les indigènes, s'entend au loin et ressemble, à s'y méprendre, au son d'une cloche.
Le LAC Kivu, qui se déverse dans le Tanganika par la ruzizi, est situé immédiatement au-dessous du massif volcanique du Virungu. Il a ime dimension moyenne et son altitude est de 1490 mètres, soit 678 mètres de différence avec le Tanganika que la Ruzizi doit racheter sur un parcours de zoo kilomètres environ.
La LUKUGA coule en faisant une courbe assez accentuée vers le nord, dans une direction générale est-ouest. Elle traverse la chaîne occidentale du bassin du Tanganika dans une gorge étroite. Immédiatement commencent les rapides qui se succèdent avec interruptions de parties marécageuses jusque près du Congo-Lualaba. Son cours est d'une longueur totale de 400 kilomètres et sa dénivellation de 32 1 mètres, dénivellation supérieure à celle du Congo entre le Stanley-Pool et Matadi.
N'était comme déversoir du lac Tanganika, la Lukuga serait peu importante; il est même des moments, après une année de sécheresse, où le courant devient invisible à la sortie du lac ; peut-être même alors les eaux sont-elles momentanément arrêtées par une barrière de plantes aquatiques, dont la croissance est si rapide dans ces régions; viennent les pluies, la barrière est balayée et l'écoulement reprend son cours.
Comme aspect le pays est intéressant car il marque la transition entre les interminables savanes de l'est et le riche pays du Manyema. Du jour où on franchit la ligne de faîtes séparant le Tanganika du Lualaba, dit Stanley, on voit graduellement s'accroître la splendeur de la nature.
SOL. — Les terrains du Lomami sont constitués par un dépôt argileux rouge vif, résultant de l'altération de schiste argileux et de grès sableux diversement teintés qui constituent les roches sous-jacentes. Lorsque l'on remonte la rivière, le pays se relève, les terrains sont moins riches en humus et deviennent franchement siliceux.
Entre les Falls et Kasongo, le sous-sol est formé de micaschistes et de grès schisteux.
Les terres de Tanganika sont argilo-calcareuses ; les roches éruptives, spécialement les granits, sont très répandus.
La latérite affleure dans les pays d'alluvions; au nord du lac Moêro et dans le Manyema se rencontrent des masses de fer magnétique pareilles à ceux dont on rencontre des collines entières aux sources du Lualaba.
Dans le Marungu se trouvent des salines et diverses sources chaudes jaillissent du sol dans la chaîne côtière du Tanganika.
Il est un phénomène qui ne se manifeste pas ou très peu dans l'Etat du Congo,
Région de F Est i65
dit Diderrich, et qui semble s'être localisé dans la région du Tanganika ; les tremblements de terre. Ceux-ci ont été constatés fréquemment, surtout vers le nord du lac. Généralement, ces tremblements de terre sont accompagnés de bruits souterrains et les eaux, quand ces phénomènes ont eu lieu, deviennent impotables et dégagent une odeur de naphtaline très caractéristique.
Il arrive aussi que l'on rencontre sur le lac des produits bitumeux flottants et solides. Les indigènes, qui les connaissent très bien, les appellent, parait-il, dans leur langage imagé ; mâviya ngonha (excréments du tonnerre).
FLORE. — Les vastes territoires, dit Laurent, désignés sous le nom de zone arabe ou de district des Stanley-Falls, présentent deux régions botaniques bien distinctes : l'une la région des herbes ; l'autre la région des forêts, prolongement de la grande forêt équatoriale.
La région des herbes, qui couvre toute la partie sud du Congo, s'arrête au 4e degré de latitude australe, mais remonte vers le nord en suivant la ligne des lacs, coupe l'Ituri et tourne vers l'ouest en longeant l'Uelle. (Voir la carte.
Dans la région des herbes, les grands arbres sont rares ; en d'autres points, comme au Manyema, les graminées atteignent des proportions gigantesques. Le long du haut Lualaba et du haut Lomami, l'élaïs abonde. Ce palmier précieux existe aussi au Tanganika, mais il est là d'une espèce plus petite que son congénère de la côte occidentale. Entre lie Tanganika, le Moëro et le Lualaba existent des forêts entières de bambous à nœuds, semblables aux bambous de Chine.
Dans le Manyema, on rencontre le bois « fécal » qui répand, en brûlant, une horrible odeur. Livingstone dit qu'un seul brin de ce bois, jeté dans un feu, suffit pour souiller l'atmosphère.
La forêt qui se trouve au nord de Nyangwe revêt de suite et dans toute sa richesse l'aspect typique de la sylve équatoriale. Aux Falls, les arbres atteignent des dimensions énormes, parmi eux le palissandre que les Vuagenia abattent pour se creuser leurs remarquables pirogues.
La région des Falls est d'ailleurs d'une grande beauté au point de vue de la flore; c'est notamment le pay^ des fleurs, fleurs charmantes, de toutes formes et de toutes dimensions.
Quoique les vallées du pays des savanes soient généralement boisées, les grands arbres sont plutôt rares. Aux rives du Tanganika, les forêts du mont Nzawa seules contiennent des arbres assez grands pour la construction des boutres destinés à la navigation du lac.
Enfin, Stanley dit que la crête de partage entre le Tanganika et le Lualaba est caractérisée par des forêts d'arbres fruitiers.
Parmi les produits alimentaires, il faut signaler les noix de kola de la région marécageuse du Lomami, deux espèces de caféiers sauvages sur les bords du haut Lualaba que Laurent dit être : l'une, une variété peu différente du caféier d'Arabie, l'autre, le Coffea liberica.
Le manioc est également répandu, quoique dans beaucoup de régions les indigènes s'adonnent spécialement à la culture du mais et de la banane plantain. Burton signale au Tanganika un bananier donnant des fruits énormes à écorce rougeâtre, appelés (c mains d'éléphants » par les indigènes, mais qui sont de qualité inférieure.
Le Tanganika marque la limite du pays des graines et de celui du manioc. Les incursions venant de l'est ont confondu ces deux cultures pour le plus grand bien de la région.
CLIMAT. — La partie forestière est humide.
jt hi
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Dana la plaine, la MÙon des pluies et la saison séclie sont nettement tranchées.
Le climat du Tanganîka est très salubre, sauf au nord du lac où existent de nombreux marais. L'altitude de cette région et la fréquence des vents sont certainement deux des plus grandes causes de la salubrité du pays. La chaleur du jour y est très supportable et les grandes bises du lac la tempirent singulié-
Vers les mois de juillet-août soufBe la mousson qui rend tonte navigation impossible vers le sud pendant le jour; les eaux remuées de cette mer intérieure s'élèvent en vagues énormes et brisantes et causent sur les bords un ressac violent qui précipiterait infailliblement l'embarcation à la rive. Le soir, le vent tombe et reprend de plus belle vers S ou 6 heures du matin.
FAUNE. — Tant que l'on se trouve dans la fbrét, les singes abondent ; parmi ceux-ci le fameux soko, un chimpanzé de grande taille, d'une variété qui semble particulière à ces régions et qui souvent a été pris pour le gorille.
Dans la plaine, les antilopes, les buffles et partant les léopards pullulent. Le massif rhinocéros fait trembler le sol de l'Urua et dans les grands marais du MoSro des troupeaui innombrables d'éléphants ont trouvé une retraite sûre.
Les oiseaux sont nombreux ; dans les rivières, les poissons à la chair savoureuse existent à profusion; l'hippopotame et le crocodile abondants dans le Lomami, semblent s'être &.it du lac Tanganika leur domaine de prédilection. Comme particularité, le perroquet gris â queue louge ne dépasse pas le Tanganika et fait même l'objet d'un grand commerce vers la côte orientale.
Le pays des plaines est plus favorisé au point de vue de la &une domestique que celui des forêts; on y rencontre des bceufs de deux espèces : le zébu de la côte orientale, très commun, ei le bceuf du Ruenda avec de très longues cornes excessivement pesantes. Les moutons ont une queue formant un large appendice pouvant donner 2 livres de graisse.
Les chèvres du Manyema sont plus étofîées que les espèces minces à longues jambes des bords du lac. Tous les Européens connaissent les poules des Falls, introduites par les Arabes, plus grandes et plus haut perchées que celles du
PRINCIPALES PEUPLADES
DUS avons fait allusion, dans la préface de ce chapitre, au profond bouleversement provoqué par les invasions, venant de l'est, chez les peuplades de la région. Affolées de peur, des tribus entières ont émigré devant l'ennemi ; d'autres se sont soumises pour se fusionner avec l'envahisseur; de là une difficulté plus grande que partout au Congo pour retrouver les différentes peuplades qui jadis s'étaient partagé le pays.
L'on peut séparer actuellement les Vuaregga, les Vuanyema, les Vualtusu et les Vuarua, Vuagoma, Vuagua; les Vuagenia, riverains du Lualaba, les Vuakumu, envahisseurs, entîn les Vuarungu, et Vuarundi, parmi les riverains du Tanganika.
Région de F Est. 167
Le préfixe vua indique le pluriel de gens ; ainsi l'on dit un Mrungu et des Vuarungu ; le préfixe m, qui indique le singulier, se prononce um; les préfixes u ou ma veulent dire pays ; Ugua, Manyema, pays des Vuagua et des Vuanyema. Le préfixe ki signifie langue : les Vuakusu parlent le kikusu. Telles sont les régies de langage pour les Vuasuahili qui parlent le kisuahili, règles que nous avons exceptionnellement admises pour cette région.
Les VUAREGGA habitent TUregga ou pays des forêts, à Test du Congo, en aval de Nyangwe. Ils ont le teint noir, plus foncé que celui des Vuakumu et sont extrêmement cannibales. Le costume des hommes est agrémenté par devant et derrière de peau de civette ou de singe.
Les VUANYEMA ont le type éthiopien comme dans l'Uganda; les hommes sont bien tournés, ils ont de beaux traits, la peau est d'un brun clair; les femmes sont extrêmement jolies, admirablement faites, aux manières engageantes pleines de charme; elles sont douées d'une chevelure abondante. Le Manyema est situé au nord de la Lukuga qui le séparedeTUrua; il est bordé à Touest par le Congo.
Les VUAKUSU, que Ton connaît aussi sous le nom de Batetela et qui s'appellent eux-mêmes des Vuafuluka, appartiennent aux peuplades si intéressantes des "Vuasongo et comprennent les Basongo-Meno, occupant le pays depuis le Sankuru jusqu'au Congo- Lualaba.
Delcommune dit, en parlant d*eux : Ces indigènes indépendants et belliqueux constituent une des plus belles races que j*ai vues en Afrique. Ils sont grands et bien faits, les yeux sont bien fendus, le nez aquilin, la physionomie est des plus agréables. Ils portent les cheveux très longs et en font des coiffures savamment édifiées. Paul Lemarinel n'est pas aussi enthousiaste ; il convient que les hommes ont les traits réguliers, mais ajoute qu'ils ont l'air stupide avec leurs grosses lèvres entr*ouvertes, laissant remarquer l'absence des incisives supérieures.
Pour les femmes, on trouve les mêmes différences d'appréciations ; cependant Gillain les dit être les plus belles négresses qu'il ait rencontrées ; il est du reste probable que certains villages sont plus favorisés que les autres et que leurs habitants peuvent causer meilleure impression aux vdyageurs. Toujours est-il que les Batetela ou plutôt Vuatetela sont des guerriers hardis et vigoureux et qu'ils ont su résister victorieusement aux Arabes.
Les riches VUARUA habitent au sud de la Lukuga ; ils appartiennent à la grande nation des Baluba. C'est une population fort belle et vaillante, très dense, ayant toutes les dispositions artistiques de leurs congénères du Kassaf . Cameron s'étend longuement sur les qualités de ces indigènes qu'il a visités du temps où ils formaient le royaume du fameux Kasongo dont la résidence était à Kilemba, près du lac Kasali.
Région de fJEst.
Les VUAGENIA habitent les rives du Congo depuis les Falls jusque Nyangwe. Population superbe, riche, très dense, très industrieuse; ce sont les pécheurs du fleuve. Les hommes vuagenia, imitant les Vuakusu de l'intérieur avec lesquels ils sont en contact aux - Falls, se sont percé la' lèvre supérieure et y passent volontiers une petite corne d'antilope.
En aval des Vuagenia habitent, entre le Lomami et le Congo, les VUABIRA intelligents, aux traits réguliers, à la taille petite. Leur poitrine est tatouée et leurs oreilles percées. Très secs et très agiles, ce sont des chasseurs consommés. Ils ressemblent aux Vuakumu.
Plus en aval encore, l'on 4-encontre les LOKERE affreusement
VILLAGE VUAGENIA
tatoués. Hommes et femmes ont les oreilles et les lèvres percées. Tobback en a vu ayant à la lèvre supérieure un pelele de la grandeur d'une pièce de cinq francs et des oreilles pendant jusque près de l'épaule.
Les VUAKUMU s'étendent des Stanley-Falls jusqu'à la Sem- Uki ; originaires de l'Uganda, ils ont apporté avec eux tous les traits qui caractérisent les populations d'au delà des lacs. Leur type éthiopien leur donne un aspect supérieur à celui des négroïdes ordinaires. Ils n'ont pas de tatouages sur la figure, mais les femmes se distinguent par la hideuse coquetterie qu'elles ont de s'introduire un disque
^Région de F Est 169
d'ivoire ou de toute autre matière pour agrandir un trou percé dans la lèvre supérieure. L'usage du « pelele », c'est ainsi que Ton appelle cet ornement, est connu dans tout le pays des lacs, surtout vers Test et aussi dans le bassin occidental du Nil ; on l'a retrouvé dans le Haut-Ubangi, mais moins accentué.
Les VUARUNGU forment un peuple farouche et très laid ; ils se percent la lèvre supérieure, ainsi que nous l'avons dit pour les femmes vuakumu, et agrandissent l'ouverture, écrit Livingstone, de manière à ce que la bouche dépasse le nez, ce qui leur donne une ressemblance avët le canard.
Les VUAGUA, parents des Vuarua, se distinguent par leur haute coiffure relevée par tout un échafaudage de fils de fer et de baguettes. Il est peu de régions où l'industrie soit plus active que dans le Vuagua.
Les VUAGOMA parlent la même langue que les Vuagua.
Les VUARUNDI habitent toute la vallée inférieure de la Ruzizi ; ce sont d'habiles cultivateurs.
MŒURS ET COUTUMES
a manière de vivre des indigènes de la région de l'est s'est profondément ressentie de l'influence arabe.
Aux aliments habituels de la région du manioc se sont ajoutés ceux de la région des graines. En certains points la banane plantain fait la base de la nourriture indigène , chez les Vuakusu du nord notamment et ces indigènes ont sous ce rapport quelque analogie dans leur manière de vivre avec les Mongo des rivières de l'équateur, dont ils sont voisins du reste. Le maïs forme la nourriture habituelle des Vuanyema. Dans les villages manyema qui forment une large rue, se trouve, suivant l'axe de celle-ci, une plate-forme d'argile battue supportant un énorme tronc d'arbre dans lequel sont creusées un certain nombre d'augettes, de manière que plusieurs femmes puissent à la fois venir y broyer le grain. Ailleurs on emploie le MORTIER et le PILON de bois ou d'ivoire dont le modèle est connu de toute antiquité. Les femmes de la contrée sont d'une grande adresse à tourner les POTERIES; lorsque celles-ci ne servent pas, on les suspend à l'intérieur des huttes en même temps qu'une foule d'autres objets.
Dans le Lomami et le Lualaba, comme en beaucoup de points du Congo, principalement aux endroits marécageux, on fabrique le sel avec les herbes de rivières appelées « pistia ». Eh plusieurs endroits cependant, près de Nyangwe et dans le Marungu, on exploite les sources salées dont le produit est de beaucoup préférable.
^^ posseac, i
170 Région de CEst.
Tous les indigéaes fument, les Vuanyema prisent le -tabac; il est probable qu'il existe chez les Vuakusu des fumeurs de chanvre. Livingstone relate que les « Bakouss s, peut-être les Vuakusu, font usage du café qu'Us parfument à la vanille; nous ne savons pas que cette assertion ait été confirmée dans le même sens, mais Gillain dit que les Batetela plantent le caféier dont ils mangent la pulpe du fiuit. La graine servirait comme antifébrile.
Le vin de palme et la bière de bananes sont les boissons les plus communes du pays.
Une étrange coutume qui existe également, paraît-il, en d'autres points du Congo et qui est en honneur à Java, est celle de manger de la terre. Voici comment Bodson relate la rencontre qu'il a faite de mangeurs de terre à l'est des Stanley-Falls :
a J'ai rencontré parmi les indigènes, disait le voyageur, des mangeurs de terre, surtout des femmes et des enfants ; leurs membres grêles, leur ventre proéminent et disproportionné attirent l'attention; leur fac& blême et leurs yeux éteints, blanc jaunâtre indiquent suffisamment le degré de dépérissement et d'abrutissement auquel ils sont arrivés à la suite de cette funeste habitude. En voyant une femme qui rognait un morceau de poterie, — en argile séchée — je lui fis demander pourquoi elle mangeait cela :
Elle me répondit qu'elle avait mal à l'estomac et qu'elle éprouvait du soulagement en mangeant de la terre, u
Les Vuakumu font usage d'un objet peu connu au Congo : l'ÉVENTAlL en forme d'écran japonais pour activer le feu ; il est en feuilles, grossièrement cousues ensemble par des lianes.
D'habitude, les indigènes de la région sont industrieux; il paraîtrait que les petits PANIERS polychromes, en paille ornée de minces bandelettes de cuir teint, sont l'ouvrage des Vuaregga. Ces mêmes Vuarcgga, s'ils ont ces qualités artistiques à leur actif, sont en revanche d'un cannibalisme repoussant. Les Vuanyema sont d'excellents tisserands; leurs TISSUS d'herbes, teints et rayés de couleurs : noir, brun, marron, jaune, sont très recherchés ; les Vuakusu savent, au moyen d'acides végétaux, tacher la teinture et former ainsi des dessins divers ayant une certaine analogie avec les dessins, faits à la cire, des étoffes indiennes. Ces indigènes font d'énormes PAGNES qui leur entourent huit et dix fois le corps, constituant un jupon encombrant dont la partie supérieure retombe en bouffant au-dessus de la ceinture. Les Vuarua se ceignent la taille de peaux de bête ; chaque clan adopte la dépouille d'un animal spécial.
11 s'en faut que partout le costume soit aussi important : les hommes, surtout ceux de la forêt, n'ont qu'une étoffe souple de figuier passant entre les jambes et à laquelle on ajoute, si l'on en possède, une ou deux peaux de bêtes; les femmes se trouvent suffiprotégées par un modeste carré d'étoffe.
Région de l'Est,
Dans le Marungu les indigènes savent confectionner des tissus de coton.
L'art de se coiffer est poussé jusqu'à l'absurde, dit Stanley, dès que l'on entre en contact avec les premières populations aborigènes du Manyema. Les Vuagua, qui s'éditient des coiffures d'un style superbe, emploient des épingles de bois sculpté et de fer. Les femmes vuayema ont de gros chignons comme les Mangbettu; les hommes empâtent leur coiffure d'argile, de teinture et d'huile et en font des édifices d'une grande malpropreté. Le BONNET se voit dans la forêt ; il est en peau de sing& ou de chèvre, en fibres chez les Vuakumu. La peau de léopard est l'apanage des chefs et c'est là un usage répandu dans presque toute l'Afrique.
Les Vuakusu, qui raffolent des ornements, ae font des coiffures chargées de cauris, des ceintures de perles adroitement enfilées;
MARCHÉ A NYANGWE
ils possèdent aussi d'immenses BONNETS DE PLUMES rouges de perroquets.
Ainsi que tous les autres indigènes, les Vuakumu portent des COLLIERS et des BRACELETS; aux vieilles femmes sont réservés ceux en DENTS DE SANGLIERS. Aux oreilles, vieilles et jeunes mettent aussi des BOUCLES agrémentées de dents d'animaux. Les habitations sont circulaires dans le pays des plaines ; à la frontière du Manyema elles deviennent rectangulaires, pour conserver cette forme jusqu'à l'Atlantique. Les maisons du Manyema ont leurs murs en pisé, les toitures recouvertes de feuilles ou de chaume ; elles sont disposées en longues rues aux extrémités desquelles se trouvent des hangars pour réunions publiques. Le long du Lomami; existent des cases collectives complètement en paille; dans l'Urua
Région de l'Est.
et chez les Vuakusu, la maison a le même type que celle du Sankuru, sorte d'intermédiaire entre les deux types d'architecture, base carrée, toit circulaire; seulement les murs sont en pisé.
Le petit lac Mohria, non loin des sources du Lomami, donne asile à un village lacustre. Les huttes, dit Cameron, bâties sur des plates-formes construites sur pilotis, s'élèvent à six pieds au-dessus de la surface de l'eau. Quelques-unes de ces demeures sont carrées, les autres de forme ronde.
Dans presque tous les villages, et spécialement dans l'Urua, les cases de chefs sont beaucoup plus luxueuses que celles des autres indigènes ; pour les orner, les architectes noirs déploient toutes les ressources de leurt art, sculptent les encadrements de portes, dessinent sur les murs des ornements polychromes originaux.
Le mobilier se compose de SIÈGES, très travaillés dans l'Urua où l'on en voit même qui sont soutenus par un ou deux personnages sculptés représentant des femmes ; les Vuakusu font des sièges couverts de peaux de léopards, garnis de cauris et de cuivre.
Dans la forêt, on trouve des siègescanapés pour plusieurs personnes et aussi un TABOURET tiré de la branche fourchue d'un arbre.
Les Vuagenia sont des pêcheurs hardis qui établissent, principalement dans les rapides, de considérables installations afin de placer leurs nasses dans lesquelles les poissons sont entraînés par la violence du courant. Les riverains du Tanganika, peuple presque amphibie, sont excellents nageurs, canotiers habiles, vigoureux ichtyophages. Ils fabriquent de grossiers hameçons et pèchent au piège, au filet, à la torche. Les chasseurs tendent de multiples pièges ; les Vuakumu confectionnent des COLLETS de toutes dimensions, en fibres de piassava, depuis ceux destinés aux écureuils jusqu'à ceux qui doivent capturer les antilopes.
Hommes et femmes cultivent la terre chez les Vuagenia; les Vuakusu sont plus cultivateurs encore ; les forgerons savent labriquer des HOUES, des HACHES destinées aux travaux du sol.
Les Vuagenia se creusent d'immenses pirogues, les plus grandes de celles qui sillonnent le Congo; Stanley parle d'un canot de plus de 27 mètres de longueur. Les pagaies, très longues où les eaux sont calmes, deviennent petites lorsqu'elles doivent servir à naviguer dans les rapides. Les Vuarua sculptent avec un fini étonnant la
Région de l'Est. ijS
palette et le manche de leurs PAGAIES; ils travaillent du reste le bois avec la même adresse que les gens du Kassaï, tout en ayant d'autres modèles, communs aux peuplades du Tanganika dont l'amour de la sculpture est aussi l'un des traits remarquables.
Les marchés de Nyangwe sont célèbres. Les jours où ils ont lieu, dit Cameron, on voit dès le matin les canots apparaître dans toutes les directions; ils sont chargés à couler bas d'individus amenant des esclaves, apportant de la poterie, de l'huile de palme, de la volaille, du poisson, des fourmis blanches grillées, des escargots, du sel, de l'étoffe, des fruits, des légumes : tous les produits de la contrée.
Arrivés au débarcadère, les canots sont tirés sur . la grève, les hommes prennent les pagaies et se rendent à loisir sur la place, laissant les femmes apporter les marchandises : de lourdes charges, enfermées dans d'énormes hottes, maintenues sur le dos des porteuses à l'aide d'une courroie passant sut le front- Dans le marché, les hommes vont et viennent, la plupart ne s'occupant de rien ; les femmes, au contraire, appliquent toutes leurs facultés à la besogne du jour ; dès qu'elles ont choisi l'endroit où elles veulent s'établir, elles mettent bas leur hotte et arrangent le contenu devant elles; puis la marchande s'accroupit dans la hotte couchée où elle produit l'effet de quelque mollusque d'un genre extraordinaire, sa hotte lui servant de coquille et préservant sa délicate personne du contact de la terre humide.
Ces marchés ont lieu tous les jours sur quelque
terrain neutre ; pendant qu'ils se tiennent, toute
I guerre est suspendue. C'est dans le pays une grande
H institution ; parfois trois mille personnes sont
8^ réunies et en règle générale ils aiment mieux vendre ou acheter
^P ^ marché qu'au village ou ailleurs.
Les monnaies étaient jadis des loupes de fer étirées aux deux bouts et l'on rencontrait la croix de Saint-André en cuivre, du Katanga.
La SAGAIE du pays est légère, élégante, ornée d'une partie renflée à l'extrémité de la hampe ; les Vuarua trouvent moyen d'y appliquer quelques motifs de sculpture. La LANCE est plus rare dans la forêt où la FLÈCHE est l'arme de prédilection. Le BOUCLIER est presque toujours en bois, grand ou petit, travaillé ou grossier, suivant les aptitudes esthétiques de leur propriétaire. Du Lualaba au
Région de fEst.
Lomamî des indigènes ont des lances à dard durci ; chaque guerrier possède une gerbe de ces lances, outre le bouclier.
Les Vuanyema ont un COUTEAU avec fourreau en bois garni de clochettes et d'ornements divers ; les Vuakusu possèdent des poignards élégants, à manche de cuivre, placés par deux ou trois dans . le même foutreau.
Les HACHES peuvent compter parmi les objets les plus remarquables de la région ; ce sont les Vuakusu du Malela qui forgent ces fers superbes incrustés de cuivre, un des plus jolis travaux du fer au Congo.
Les indigènes de la forêt, nous l'avons déjà vu à diverses reprises, croiraient ne pas pouvoir se rendre au combat sans être couverts de peintures les plus diverses. Stanley dit de l'un d'eux : « La moitié du corps était peinte en blanc, l'autre en rouge, le tout barré de noir et d'un aspect diabolique, n
Les Vuagua sont extrêmement cérémonieux; comme certaines peuplades du Kassaï, ils se frottent de la terre sur le corps quand ils paraissent devant une assemblée.
Au Manyema les indigènes comprennent les droits de l'hospitalité et accordent aux étrangers le libre usage de leur habitation. Les chefs rendent des lois sévères et bien que leur fortune soit modeste et leur suite peu considérable, ils exigent de tous le plus profond respect, ont une étiquette rigoureuse et ne sortent jamais sans être accompagnés d'un tambour qui bat de son instrument avec une habileté due à une pratique continuelle.
Chez les Vuakusu et les Vuarua, les chefs punissent leurs sujets par des mutilations. Lemarinel, voyageant le long du Lomami, remarqua quelques hommes auxquels on aygit coupé les oreilles; il en vit même un qui n'avait ni oreilles, ni nez, ni mains et qui paraissait se porter bien malgré ces horribles mutilations.
Kasongo, qui était un chef aimé et réfléchi, abusait des coutumes les plus grotesques et les plus incroyables, qui semblent tenir singulièrement au cœur des monarques nègres. Une chose assez remarquable, dit Delcommune, c'est la façon dont ce roi rend la justice ; un de ses sujets a volé, il aura la main coupée, les deux si le vol est grave ; un malheureux a été surpris écoutant une conversation royale, on lui coupe une oreille ; un pauvre diable, dans une campagne, a détalé trop promptement devant les flèches ennemies, on hit retranche un pied et ainsi à l'avenant.
Région de l'Est.
Au Manyema la danse est, paraît-il, une des prérogatives du pouvoir. Quand un chef se sent en veine chorégraphique, il choisit dans la foule une jeune et jolie femme, lui fait vis-à-vis et tous les deux gesticulent et se tortillent d'une façon curieuse, au bruit des tambours que bat vigoureusement l'orchestre. Si la danseuse est une jeune fille, l'invitation du chef équivaut à une demande en mariage et il en résulte souvent de grandes complications.
Les instruments de musique sont relativement perfectionnés. On rencontre le « zeze », MANDOLINE ARABE employée dans toute l'Afrique orientale, le xylophone connu dans l' Ubangi et chez les Azande, au nord, chez les Bakuba et dans le Kwango, au sud. Les TROMPES abondent sur le Lualaba et les TAMBOURS etTAMS-TAMS de toutes formes et de toutes dimensions sont indispensables aux indigènes de l'est comme à ceux de toute l'Afrique. Les Vuakumu, outre les instrmnents usuels, s'accompagnent en dansant avec des CASTAGNETTES et des SIFFLETS.
Le fétichisme est toujours l'unique religion des indigènes ; les FÉTICHES représentant la figure humaine sont communs.
Un peu avant d'arriver à l'Aruwimi, Stanley descendit au village d'Usimbi et vit au centre de ce qui semblait être une rue principale une statue de bois représentant un homme barbu. Cette image naïve était abritée par un toit conique que supportaient neuf défenses d'éléphants dressées sur une plate-forme d'argile battue. La propreté de cette plate-forme prouvait que ce monument était l'objet de grands soins.
Dans tout le Manyema et dans l'Unia on rencontre de ces grossières idoles qui sont parfois réduites à des tas d'argile et
auxquels on fait des offrandes. Ce sont des n bathatas » — pères des anciens — qui portent les noms de chefs décédés. Chaque indigène possède ses gris-gris, destinés à le préserver contre toute mauvaise aventure ; pour n'en citer qu'un exemple, les Vuakumu conservent, contre les morsures de serpents, un sac orné d'objets divers renfermant du mica, du ngula, des dents de serpents et des griffes de léopards.
Les populations des bois, si farouches, ont cependant un certain
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culte pour les morts. Dans les villages forestiers de TUregga, les hommes, à la mort de leurs femmes, premient le deuil en se mettant sur le visage une couche épaisse d'une pâte faite avec du charbon pilé. Dans beaucoup de contrées cette coutume se retrouve presque identique.
Les Vuakusu construisent, au-dessus de l'endroit où ils enterrent leurs morts, une petite hutte d'écorce remarquablement bien faite et tout à fait fermée; à l'intérieur se trouvent le lit et divers objets du mort ; ces huttes sont à peu de distance des villages, rangées comme dans un cimetière.
chapitre réginn de l'Est, il est indispensable 9 donnions quelque les Arabes qui y ont régné en maîtres jusqu'à la campagne glorieuse qui délivra la contrée de ces esclavagistes.
y a une quarantaine d'&nnées, quelques jeunes gens énergiques et intelligents quittèrent Mascate, leur patrie, pour Zanzibar. Parmi eux se trouvaient le grand-père de Tippo-Tip, le père de Muini-Moara et Kibonge. Cette jeunesse débarqua d'abord à Baga- Rioyo, où elle se livra au commerce, puis s'enfonça dans l'intérieur, cherchant toujours de nouveaux territoires pour se procurer de l'ivoire et des esclaves. Leurs étapes successives furent Tabora et Udjiji et vers i863 Muini-Moara et le grand-père de Tippo-Tip s'installèrent à Nyangwe,
Dès cette époque les bandes arabes firent des incursions jusqu'au Lomami ; Tobback, à qui sont dus la plupart de ces renseignements, affirme qu'avant le passage de Stanley, les Arabes étaient allés aux dernières chutes du Lualaba et jusqu'à l'Aruwimi, d'où ils avaient été repoussés.
Prévoyants, les Arabes organisent les marches avec soin ; d'étape en étape, à jour fixe, les indigènes apportent les produits de leur industrie et de leur culture et les caravanes commerciales ou guerrières ont ainsi la certitude de pouvoir se ravitailler.
Tous les centres arabes constituent de florissantes plantations; certains Arabes se consacrent exclusivement à la culture ; Us ont introduit une foule de produits utiles : riz, haricots, pois, café, sorgho, millet, citronnier, oranger, goyavier, manguier, papayer, etc . Chèvres, moutons et bétail ont été amenés par eux, ainsi que divers gallinacés.
Les Arabes emploient à leurs plantations de véritables armées
lyS Région de tEst.
d'esclaves, qu'ils se sont du reste procurés par les moyens que l'on sait ; ces plantations sont admirablement entretenues.
Le menu de l'Arabe, même de celui qui occupe un haut rang, n'est pas fort compliqué. A l'heure du repas on apporte d'abord un pot d'eau dont chacun vient se faire asperger la main droite, puis viennent les djfiérents mets ; d'habitude un immense plat de cuivre sur lequel se trouve du riz mélangé de curiy, de clous de girofle, de noix de muscade, de piment indigène; la viande : des morceaux de mouton, de chèvre ou bien encore des poules bouillies, est placée à part. Parfois on jette dans ce mélange des conserves achetées aux factoreries : sardines, viandes, etc.
Les chefs sont assis sur des coussins, le plat est posé par terre et chacun y plonge la main droite et mange avec les doigts, sans jamais se servir de la main gauche, qui est impure.
Les reliefs sont jetés sur un second plat. Lorsque les chefs sont rassasiés, l'immense récipient passe aux convives de moindre importance, puis aux nyamparas, aux chefs des esclaves, etc.
Parfois, on sert un second plat, du poisson bouilli et arrosé d'huile de palme; puis défilent une suite de mets recherchés et bizarres assaisonnés d'eau de Cologne, de peau d'Espagne, d'opoponax ou d'autres parfums.
Après le repas, circule un bassin où on se lave les mains, puis on se rince la bouche. Il est de politesse élémentaire de paraître ravi du repas et de laisser voir que l'on est rassasié en faisant des éructations.
Les grands chefs se couvrent d'étoffes précieuses, de soie, de satin, de brocart, par-dessus lesquelles est placée une chemise blanche; à la taille est serrée une sorte d'ample robe des mêmes tissus fins ou, en voyage, un pagne. Tout cela d'une propreté éblouissante ; Tippo- Tip, cependant, était toujours fort sale.
Ils portent, passées à leur ceinture, fort riches, des armes splendides, de fabrication orientale, artistement ciselées d'or et d'argent, enrichies de pierreries. Ils ont toujours ainsi une sorte de yatagan et un poignard. Leur coiffure est le turban ou la calotte zanzibarite. Les pieds sont chaussés de sortes de mules en bois, avec un piton saisi entre le premier et le deuxième orteil, ou de sandales. Leurs doigts sont chargés de bagues d'or, d'argent, parfois même avec des brillants ; les métis ont des boucles dans les oreilles et même dans le nez.
Quand les grands chefs voyagent, ils ont une suite de deui cent cinquante à trois cents personnes. Ils vont à pied, mais sont toujours suivis d'un hamac où ils s'étendent lorsque la fantaisie leur en prend. En route, ils logent sous la tente, mais dans leur lieu de résidence, ils se construisent des maisons en torchis ou pisé.
Au devant de leur habitation se trouve une grande véranda établie
Les Arabes.
sur piliers et appelée ■ barza b. Puis vient le corps du bâtiment suivi d'une grande cour bordée sur ses trois autres faces par les cuisines, les magasins et le harem du propriétaire.
Le barza est l'endroit où l'Arabe reçoit ses hôtes ; il montre la plus grande répugnance à introduire un étranger dans sa maison même.
Dans la journée les Arabes se font des visites en montrant la plus exquise politesse et employant, pour s'aborder, les phrases les plus imagées : n Dieu vous envoie près de moi avec santé et bonheur a ; (I Dieu vous accorde une sieste accompagnée de ses chants et de ses (leurs. »
Quand un Arabe pénètre dans une ré gion neuve, s'il se trouve le plus fort 1 attaque les indigènes par surprise, au petit jour, massacre tout ce qui résiste, met la main sur les femmes et les enfants qui deviendront ses esclaves, s'empare de leurs marchandises et incendie leurs villages. Comme d'habitude l'indigène a ^^ . " ".
enterré son ivoire, ^^ — '' "^
sa seule richesse ~*
convoitée, l'Arabe campe à proximité des cases détruites et aUend.
Ceux qui ont échappé aux pillages et qui s'étaient enfuis dans les bois doivent finir par se soumettre ; le tyran autorise l'indigène à rebâtir ses huttes, moyennant certaines conditions draconiennes.
Si, en pénétrant dans une contrée, l'Arabe se sent trop faible, il se fait accepter par ruse, sème habilement la zizanie parmi les natifs et profite de la situation troublée pour asservir les malheureux imprévoyants. L'organisation de la conquête se fait rapidement : chef suprême, chef de district, nyampara, le moindre soldat placé en subsistance dans un village le tyrannise.
Les Arabes sont des négociants avides et intéressés. Les territoires occupés sont organisés avec méthode. Lorsque les indigènes ont été forcés de reconnaître l'autorité de leur oppresseur, qu'ils lui ont concédé le monopole de toutes les transactions, ils reçoivent en retour une certaine protection très intéressée.
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Outre ces dispositions, l'Arabe sait, toujours par la force, assurer la facilité des communications dans son territoire. Le long des fleuves, il impose sa servitude aux piroguiers avec stations de relais; sur terre, des corvées analogues sont établies.
Ce système d'occupation explique comment une poignée d'hommes — il n'y avait pas cent cinquante Arabes purs au Congo lors de la guerre qui a détruit leur pouvoir — ont pu si longtemps tenir sous leur joug des pays plus grands que la France. Ils avaient su se créer autour d'eux des intérêts ; les enfants qu'ils avaient volés, élevés et dressés étaient devenus des nyamparas, qu'on appelait des « arabisés » et qui se signalaient surtout par leurs excès et leur cruauté.
Les Arabes du Congo ne font pas de prosélytisme. Le noir aime l'imitation ; il copie très vite le costume, les habitudes, les mœurs de ses envahisseurs et il répète les formes extérieures du culte qu'il leur voit pratiquer, mais il n'y met pas la moindre conviction.
L'esclavage chez les Arabes, s'il est alimenté par d'affreuses razzias, a d'ordinaire un caractère patriarcal dès que le noir est réduit en servage ; mais une fois les nègres et les négresses devenus esclaves, ils ne tardent pas à se corrompre. Les femmes prennent goût aux orgies, à la vie dissolue qu'on leur fait mener ; les hommes deviennent des instruments' sûrs pour satisfaire toutes les volontés et la cruauté de leurs maîtres.
Dans ses relations avec les esclaves, l'Arabe est d'une atroce sévérité. Tout ordre donné doit être immédiatement et passivement exécuté sous peine de châtiments corporels, de mutilations ou de mort; les esclaves morts sont jetés à l'eau, rarement enterrés; quand l'esclave est malade, comme il représente une certaine valeur, il est bien soigné au début ; si la maladie se prolonge ou est reconnue incurable, il est supprimé sans pitié.