‹ Guide de la section de l'Etat indépendant du Congo à l'Exposition de Bruxelles-Tervueren en 1897Chapitre 44 sur 184 · LES MISSIONS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

LES MISSIONS CATHOLIQUES

'historique des missions catholiques du Congo présente un grand intérêt. Dans ce domaine comme dans les autres nos compatriotes ont montre leurs facultés maîtresses de ténacité, d'énergie, de courage et d'abnégation. Les résultats qui ont suivi leurs efforts ont été, à tous les points de vue, remarquables.

Avant larrivée de Stanley les missionnaires de la

t congrégation du Saint-Esprit possédaient le vica-

: apostolique du Gabon, qu'ils occupaient

depuis 1845.

Les pères du Saint-Esprit avaient des missions très prospères à

Landana (Congo portugais), à Loango (Congo français) ; dès 1881 ,

ils avaient fondé, dans le Bas-Congo, les missions de Nemlao et

de Borna.

A cette époque le cardinal Lavigerie avait jeté les bases des brillantes conquêtes de ses missionnaires, les pères blancs, dans l'Afrique orientale et centrale. Cet esprit distingué a été le grand initiateur des progrès énormes accomplis par l'oeuvre des missions catholiques en Afrique depuis vingt-cinq ans.

L'impulsion donnée par la Conférence géographique de 1876 à la découverte et à la prise de possession de l'Afrique, avait trouvé en Mgr Lavigerie un soutien enthousiaste.

Il rêvait de réaliser, au point de vue religieux, ce que des puissances songeaient à créer au point de vue politique et d'égrener, entre l'océan Indien et l'océan Atlantique, une suite de vicariats apostoliques confiés à ses missionnaires.

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Cette œuvre gigantesque, digne de l'esprit cminent qui l'avait conçue, avait reçu au Congo un commencement d'exécution.

L'abbé Guyot fonda en i883, au nom du cardinal, une station missionnaire sur la rive droite d'un affluent du Kwa (Kassaï).

Peu après, le père Merlon, un Belge, et le père Schynse, un Allemand, vinrent aussi dans le Haut-Congo tenter la création de centres religieux.

En i885 l'Etat du Congo fut définitivement constitué. Un des premiers soins du jeune État fut de se préoccuper de la question de révangélisation de ses domaines, et il s'efforça d'obtenir du Saint-Siège, qui y consentit, que cette œuvre fût réservée à des missionnaires de nationalité belge. Dès 1886, un séminaire africain fut institué à Louvain, sous la direction d'un savant orientaliste, M. le chanoine Forget. Cet établissement avait pour unique objectif de former des missionnaires belges pour le Congo. En 1888 il fut remis à la congrégation du Cœur-Immaculé de Marie, dite des pères de Scheut, qui le dirige encore.

Depuis le 24 février 1878 cependant existait, à l'extrémité orientale de l'État du Congo, un provicariat apostolique dénommé du Haut-Congo'; il était administré par les pères blancs. En vertu de la décision du pape, ces excellents religieux allaient devoir peutêtre abandonner cette mission, déjà prometteuse de succès. Le fon* dateur de l'ordre de Notre-Dame d'Afrique (pères blancs) voulut sauver l'œuvre naissante); il se mit d'accord avec le Saint-Siège ainsi qu'avec l'État du Congo et, à son instigation, les pères blancs résolurent en 1886 de fonder une branche belge de leur congrégation. Un institut ou séminaire apostolique de pères blancs belges fut établi à Woluwe près Bruxelles, puis à Malines, rue du Bruel. Aussi, par un bref du pape, en date du 3o décembre 1886, le vicariat apostolique du Haut-Congo fut-il reconstitué, réservé aux pères blancs de Belgique et délimité de façon à être entièrement placé sur le territoire congolais.

*est le 1 1 mai 1888 que fut créé le VICARIAT APOS- TOLIQUE pi/ CONGO BELGE, confié aux PÈRES DE SCHEUT et qui comprenait tout le territoire de l'État, sauf la partie réservée aux pères blancs de Belgique. Le séminaire de Louvain fut également remis aux pères de Scheut.

Ceux-ci ne perdirent pas de temps et, dès le mois d'octobre 1888, la première caravane de missionnaires se mit en route. Elle se [composait des pères Gheluy, supérieur ; Huberlant, Cambier et De Backer. Ils allèrent créer à Kwamouth la mission de Berghe-Sainte-

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Marie, aînsî nommée en souvenir de son fondateur, Mgr Van den Berghe, le défunt curé de Saint-Joseph, à Anvers.

Le !«»■ janvier 1889, une nouvelle caravane, ayant à sa tête le père Van Ronslé, quitta Anvers pour aller fonder une mission à Luluabourg. Le père Van Ronslé a été promu depuis, à la prélature. Il est aujourd'hui évêque de Thymbrium, sacré tout récenmient et vicaire apostolique du Congo belge.

Depuis cette époque les missions propres des pères de Scheut ont pris un développement considérable.

Les pères et frères de Scheut sont établis au nombre de vingt-huit dans dix postes chrétiens.

Ils dirigent à Moanda un orphelinat de garçons et de filles. A Boma, le a curé » de la ville est un père de Scheut. A Boma également les pères ont la direction de la colonie scolaire de l'État.

Autres missions des pères de Scheut : à Berghe-Sainte-Marîe ; à Nouvelle-Anvers, mission et colonie scolaire; à Saint-Trudon (près de Luzambo).

Vient ensuite la splendide chrétienté du père Cambier : Saint- Joseph de Luluabourg.

A Kalala-Mérode-Salvator existait avant la révolte des Batetela une mission; elle fut complètement détruite par les insurgés. Actuellement les pères sont en train de la réédifier et de recommencer leur œuvre d'apostolat.

Enfin, le dixième établissement des pères de Scheut est en voie d'édification à Hemptinne-Saint- Benoît (Kiendela), sur un affluent de la Lulua.

En résumé, les pères de Scheut ont déjà trois mille huit cents catholiques pratiquants et environ dix mille « clients » ou noirs sympathiques. Des religieuses, de leur côté, évangélisent près de deux mille fillettes et femmes.

Autour de chaque mission les pères créent des villages chrétiens ; ils unissent des chrétiens avec des filles baptisées, remettent à chaque ménage une pacotille et forment ainsi les prémices d'agglomérations chrétiennes, qui se distinguent par l'esprit d'ordre et' de travail des habitants. Il importe, pour faire œuvre durable, que l'on ne marche pas avec trop de précipitation, surtout au début ; c'est ce qu'ont compris les pères du Congo belge.

L'appropriation du Congo suivait, il y a six ans déjà, une progression tellement rapide que la formation, nécessairement lente, des missionnaires destinés à l'Afrique ne pouvait faire face aux besoins constatés. Boma et Matadi devenaient de vraies villes, où plusieurs centaines de blancs réclamaient une administration religieuse. Il fallait un curé pour les blancs de Boma et un curé pour ceux de Matadi ; il fallait un aumônier pour les ouvriers catholiques du che-

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min de fer, pour les Sénégalais surtout, qui refusaient de s'engager st on ne leur garantissait pas le ministère d'un prêtre sur les travaux.

De ce besoin nouveau naquit une œuvre nouvelle ; encouragé par un vœu émis au Congrès de Malines en 1891, et secondé par quelques la'ks dévoués, Mgr Stillemans, évèque de Gand, créa en 1891 l'ŒUVRE DE MATADI.

En 1892 trois prêtres séculiers du diocèse de Gand, des « abbés », se mirent en route pour le Congo. Les premiers partants furent les abbés d'Hooghe, Janssens et Buysse. Depuis cette époque, l'Œuvre de Matadi a toujours été représentée à Matadi par trois prêtres.

Les prêtres de Matadi ont à organiser le service divin dans leurs diverses chapelles; ils sont à ta fois curés, dans le sens européen, et aumôniers dans le sens apostolique, c'est-à-dire missionnaires. L'un d'eux se trouve toujours auprès des ouvriers noirs de la Compagnie du chemin de fer, à l'extrémité de la ligne; ses confrères le secondent dans sa tâche et visitent les chantiers, tout en veillant aux besoins de Matadi même. De plus, les abbés de Gand ont organisé une caisse d'épargne prospère et une bibliothèque publique.

Nous avons parlé plus haut des SŒURS DE CHARITÉ, de Gand, auxiliaires des pères de Scheut dans le vicariat du Congo belge, ' où elles s'occupent spécialement de l'éducation des filles et du soin des malades.

Elles sont, au Congo, gouvernées par une mère vicaire et, dans chaque poste ou couvent, elles ont une supérieure. Leur supérieur général est, en Belgique, le chanoine Roelants, de Gand.

Les dix premières religieuses belges du Congo s'embarquèrent au commencement de décembre 1 8g i . Elles se rendaient à Kinkanda près Matadi, et à Moanda, sur la côte, un peu au-dessus de Banana.

Actuellement, les sœurs de la charité de Gand sont au nombre de dix-huit au Congo ; quatre sont à Moanda, cinq à Berghe-Sainte- Marieet cinq à Luluabourg. Quatre desservent les installations de la Crobt-Rouge à Borna. Elles rendent d'inappréciables services et sont honorées et respectées de tous.

En 1896, un nouvel ordre de religieuses a envoyé des représentants au vicariat du Congo belge. Ce sont les RELIGIEUSES FRAN- CISCAINES de Gooreind (province d'Anvers).

Un premier départ de huitsceurs franciscaines a eu lieu l'an dernier en destination de Nouvelle-Anvers. En avril 1897, huit autres religieuses de même ordre sont parties pour Borna, remplacer les sœurs de charité qui vont remplir une nouvelle mission dans le Haut-Congo.

C'est sur l'initiative du cardinal-archevêque de Malines que les franciscaines sont entrées dans le mouvement catholique africain.

Évolution Politique et Morale.

Au Congo, outre le travail de l'évangéHsation active, il -est utie œuvre précieuse entre toutes au point de vue de l'avenir de la colonie : celle de l'éducation professionnelle et intellectuelle de l'enfance. Aussi en 1892 les autorités religieuses et civiles pensèrent-elles que, sans toucher à l'indépendance, à l'autorité et à la prépondérance des ordres missionnaires du Congo, on pourrait très utilement y créer des établissements fixes.

11 s'agissait de constituer des centres d'exploitation agricole, où des enfants, en même temps qu'ils recevraient une instruction chrétienne, seraient formés comme agriculteurs et ouvriers.

L'ahbayede Westraallefut désignée pour aller essaimer au Congo. Le premier contingent de TRAPPISTES, deux pères et trois frères.

A BAMANÏA. LES TRAPPISTES

s'embarqua au commencement de 1894, Us allèrent s'établir à Dembo (région des Cataractes) qu'il ne faut pas confondre avec la belle mission de Dembo, fondée depuis par les pères jésuites.

Après quelques mois d'essais, le père Joseph, abbé de la Trappe du Congo, jugea que le territoire où il se trouvait ne convenait pas au but de sa mission et il résolut de transporter son abbaye dans la région du Kassaï. Mais en route, sur les conseils du commissaire de district du Stanley-Pool, il changea d'idée et se rendit à Coquilhatville. 11 choisit un emplacement qui lui parut favorable, à Bamania, sur le Buruki, â trois heures de steamer (5 lieues) en amont du confluent du Ruki.

Les installations provisoires furent commencées en juin 1895 et,

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grâce à l'arrivée de nouveaux moines, elles furent activement menées. Il n'est pas douteux que l'établissement des pères trappistes soit appelé à prendre une grande importance. Il y a déjà des plantations étendues qui viennent fort bien ; les moines comptent s'o.ccuper de rélevage; il leur a été remis à cet çffet un certain nombre de moutons, de chèvres et de têtes de gros bétail. Quatre religieux se sont encore embarqués au mois de mai, ce qui porte à seize le nombre des membres de la Trappe de Bamania.

es 1892 fut constituée la MISSION APOSTOLIQUE DU KWANGO ORIENTAL, laquelle fut confiée aux anciens missionnaires du Bas-Congo, il y a trois siècles, aux pères de la Compagnie de Jésus, dits les JÉSUITES.

La mission du Kwango étend son action sur tout le district du Kwango oriental et le district du Stanley-Pool, sauf le lambeau de territoire compris entre le Congo, le chemin de fer et l'Inkisi. Le premier départ des jésuites eut lieu le 6 mars 1893. Il comprenait les pères Van Hencxthoven, supérieur, le père Dumont et le frère Lombary.

La seconde caravane, composée des pères Liagre et de Meulemeester, des frères de Sadeleer et Gillet, quitta Anvers le 6 avril 1893. L'État du Congo avait fait élever pour les jésuites une habitation à Kibanga, sur la rive droite de la Djili, affluent du Stanley-Pool. C'est là que s'établirent les missionnaires à leur arrivée ; mais l'endroit ayant été reconnu peu salubre, ils se fixèrent, peu après, à Kimuenza.

En moins de trois ans la mission du Kwango a obtenu des résultats considérables. Trois centres importants ont été créés : Sainte-Marie de Kimuenza, près de Léopoldville, Bergeyck-Saint- Ignace (Kisantu), ainsi appelé du nom de son fondateur le comte de Brouchoven de Bergeyck, sénateur pour Malines ; et enfin Dembo. Une mission secondaire, Gand-Sainte-Barbe, à 2 lieues au sud de Kisantu, est appelée à un grand avenir.

C'est Kisantu qui est la résidence du supérieur de la mission, le père Van Hencxthoven. Cet établissement forme la base du plan de conquêtes spirituelles des pères. De là ils s'avanceront sur le Kwango, qui est leur but, et Dembo est déjà le premier jalon de la ligne de postes qu'ils comptent établir vers ce point.

Entre Dembo et Kisantu, il y a une série de postes où sont placés de jeunes chrétiens noirs, lesquels sont chargés de faire des cultures, de diriger de petites fermes et de faire le catéchisme dans les villages enyironnants.

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Lorsqu'ils auront ainsi atteint le Kwango, les missionnaires seront reliés à leur base d'opération par une suite ininterrompue de stations religieuses, lesquelles rayonneront chacune dans leur sphère respective. Les Jésuites ont, en outre, fondé un séminaire au Congo, destiné à former des prêtres noirs.

Pour donner une idée de la rapidité avec laquelle les noirs s'assimilent ce qu'on leur enseigne, nous dirons que dès maintenant c'est à eux que les pères confient les travaux matériels de la mission. Plusieurs d'entre eux lisent, écrivent et calculent couramment. Ils font des calculs déjà difficiles de cinq et sept chiffres et parlent le français de façon compréhensible.

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