PE.S
insi que le dit M . Stainier, c'est à l'abondance de la limonite et à sa facilité de réduction qu'il faut attribuer l'état avancé qu'ont atteint ]a [fabrication et le travail du fer chez les nègres.
En effet, la métallurgie et l'art du forgeron sont un des faits saillants de l'industrie des peuplades du bassin du Congo, comme des Bantu en général.
L'extraction du métal se fait par la méthode dite « catalane ». Suivant les peuplades, les fourneaux sont plus ou moins perfectionnés et donnent un rendement plus ou moins considérable. Maïs la différence n'influant pas sur les qualités du métal produit, la chose a peu d'importance dans un pays où le temps ne compte pas, où le combustible et le minerai existent à profusion à portée de la main.
Toutes les tribus ne se livrent pas à la fabrication du fer et dans chaque tribu certains privilégiés seuls s'arrogent le droit lucratif d'être les fournisseurs attitrés des objets forgés. En tout état de choses, on trouve un peu partout suffisamment de fondeurs et de forgerons pour que les peuplades qui ne s'adonnent pas au travail des métaux puissent se procurer par échange d'autres produits les outils et les armes dont ils ont besoin.
Puisque tous les hauts fourneaux se ressemblent, contentonsnous de décrire l'un d'eux, par exemple celui observé par Cornet dans le bassin du Lualaba supérieur.
a Dans les villages, dit le voyageur, on trouve fréquemment, sous un grand hangar, une sorte de haut fourneau en miniature, haut d'environ i^.So. A l'orifice postérieur s'adapte une tuyère en terre cuite dans laquelle on insuffle de l'air au moyen d'un appareil qui semble être construit partout d'après le même principe (nous le décrivons plus bas). On emploie comme minerai les variétés les plus pures, les plus denses de limonite que l'on réduit par le charbon de bois. »
aSs La Géologie.
Les gueuses qui en dt-coulent sont alors martelées et transformces en monnaie affectant soit la forme de houes, soit d'un fer de lance, de hache, de clous de maréchal ferrant, de cloche, etc. ; dans notre notice ethnographique, nous avons parlé à diverses reprises de ces monnaies encombrantes.
Les outils du forgeron sont : le SOUFFLET, les TUYÈRES, l'EN- CLUME, le MARTEAU, la PINCE. Le soufflet, destiné à activer le feu, estd'unmodèlecommunà toute l'Afrique tropicale; preuve nouvelle de l'affinité des peuplades qui l'habitent ; il est en bois, affectant la forme d'un plat profond prolongé par un tuyau à large collet. Comme couvercle, le plat porte soit une peau, soit des feuilles mal tendues percées par un bâtonnet qui permet d'abaisser ou de relever alternativement cette couverture, de façon à provoquer un mouvement d'air par le tuyau. Les soufflets de forge sont à un, deux, trois ou quatre récipients pareils et demandent ainsi un ou deus apprentis pour les manier, chacun de ceux-ci pouvant agiter une ou deux baguettes.
Les tuyères en terre cuite servent à diriger le jet d'air de l'extrémité du tuyau au foyer.
L'enclume est en fer ou faite d'une grosse pierre. Des masses en fer avec ou sans manche servent de marteau; comme pinces, on emploie une tige de bois fendu le long duquel glisse un anneau de liane. Ces outils se complètent par quelques objets accessoires et c'est tout.
Avec cet outillage primitif, les forgerons noirs fournissent, outre leurs monnaies, des milliers et des milliers de lances, des couteaux, des colliers, des bracelets, des perles métalliques, des chaînes, des hameçons, des clous ; un coup d'œil jeté dans la salle d'ethnographie sufBra pour faire ressortir ce que peut l'inaltérable persévérance, inspirée par l'adresse et le goût naturels.
Le travail du cuivre se fait de la même manière; pour couler celui-ci, existent en plus des creusets et les artisans savent faire des moules en terre, soit créés spécialement soit portant l'empreinte d'un objet existant.
Mise en Œuvre des Métaux. 283
Le ciselage Ti*e«t pas moins intéressant ; on sait déjà qu'il est particulièrement en honneur chez certaines peuplades, mais presque toutes agrémentent leur fer forgé d'ornements tracés au ciseau à froid.
Nous ne savons pas s'il existe des Congolais sachant étirer le métal. Cornet écrit que dans TUsinja une industrie spéciale est la fabrication des fils très fins de fer, de cuivre et de laiton et puisque nous parlons de laiton, ajoutons que les indigènes ne connaissent nécessairement pas l'alliage et que le métal vulgairement appelé « cuivre jaune » est d'introduction étrangère.
Par contre, il paraîtrait que certaines peuplades pratiquent la trempe, qui suppléerait au martelage continu pour donner aux produits un haut degré de dureté.
La mise en œuvre des métaux par les Européens est encore bien restreinte et selon toutes probabilités, les incalculables fortunes minières qui dorment sous le sol africain ne seront pas exploitées avant de longues années; c'est la réserve de l'avenir pour l'industrie de la vieille Europe ; à moins toutefois que l'on ne vienne à mettre à jour des gisements aurifères ou même des alliages riches en argent. Mais faut-il souhaiter cette découverte : n'est-il pas préférable de voir se développer plus puissante la saine et forte agriculture ; la terre végétale n'est-elle pas une mine plus féconde que les filons d'or les plus abondants et le travail qu'elle demande à ceux qui la cultivent n'est-il pas à lui seul la vraie et éternelle richesse?
Puisse l'or du Congo rester longtemps encore enseveli sous son manteau séculaire. Les Belges sont assez vaillants et les noirs assez courageux pour achever sans son concours l'édification grandiose de notre empire colonial !
Incidemment nous ne dirons que quelques mots des produits exploitables du sous-sol, complétant les renseignements déjà enregistrés par M. Stainier.
Le sel, presque indispensable à l'homme, est pour l'Afrique une marchandise des plus précieuses ; aussi sert-il de monnaie d'échange en maintes régions.
Pour suppléer au chlorure de sodium, que l'on retire surtout des gisements de l'est du territoire de l'État, les indigènes extraient celui contenu dans certaines herbes aquatiques. A cette fin, ils les font sécher, puis brûler; les cendres sont ensuite placées dans de vastes entonnoirs en feuilles. On verse de l'eau qui, en filtrant au travers de la couche, dissout les sels solubles et les entraîne dans un récipient qui se trouve à la base de l'appareil. Cette eau est ensuite évaporée par l'ébullition et le résidu grisâtre donne un produit d'un goût fadasse, causé par le chlorure de potassium. Voici, du reste, l'analyse d'un de ces sels, due à M. De Meuse et publiée dans le « Congo illustré : »
284 La Géologie.
Chlorure de sodium 80 p. c.
Chlorure de potassium 10 »
Sulfate ^
Phosphate ? 10 » (i)
Silice )
Pour remédier à Tinsapidité du sel végétal, les indigènes en couvrent le goût par du pili-pili (piment).
L'exploitation des salines du Congo pourra devenir un jour rémunératrice dans certaines régions pour ceux qui l'entreprendront d'une façon raisonnée, en vue du commerce intérieur; en attendant, parmi les articles importés au Congo, le sel figurait en 1896 pour une valeur de fr. 55,566-i8.
Quand nos compatriotes ont élevé dans le Haut-Congo les premières habitations en briques ils ont dû remplacer les pierres à chaux par des écailles d'huîtres de rivières, heureusement abondantes, mais ne suffisant pourtant pas à faire tout le mortier nécessaire. Il n'existe pas de calcaire dans le bassin central; successivement on en a découvert dans la région des Cataractes et dans le Sankuru. L'an dernier le commandant Verstraeten envoyait un échantillon d'une roche existant le long du Rubi; celle-ci, analysée, s'est trouvée être un carbonate de calcium très pur.
Sauf à rappeler l'importance des argiles à briques, nous n'insisterons pas sur l'usage des terres à poteries; elles pourront évidemment rendre là-bas aux blancs quelques-uns des innombrables services qu'elles rendent aux indigènes et les vases, cruches, têtes de pipes figurant dans la salle d'ethnographie montrent le parti qu'ont su en tirer les Congolais.
Quant aux' pierres destinées à la construction, elles se trouvent le plus souvent toutes divisées dans le lit des rivières. Récemment on a constaté la présence de « pierres d'ardoises » à la Lufu ; reste à examiner si elles sont clivables pour en faire des « ardoises » de toit. Il paraîtrait qu elles conviendraient pour tables de billards,mais c'est une qualité qui a peu de chance d'être utilisée actuellement.
Signalons, pour mémoire, les pierres précieuses que le hasard seul pourra faire découvrir.
(i) Ce sel végétal aurait dû prendre place ailleurs, parmi les produits de la flore, mais nous avons préféré le mettre en parallèle avec le sel minéral.