LES ANIMAUX SAUVAGES
uî les voyageurs et surtout les chasseurs ■ sont extasiés devant l'étonnante abondance de gibier que l'on rencontre au Coiii^D. Il est peu de récits où l'on ne retrouve la phrase : « La faune du pays est extrêmement abondante et variée, h La plupart pourtant ne font nlliision qu'aux grands animaux, tels les éléphants, les hippopotames, les buffles, les léopards, les antilopes et les oiseaux. Dès qu'ils approfondissent la question et qu'ils parlent soit en savants, soit en curieux, de la grouillante vie inférieure, la nomenclature devient interminable et journellement se découvrent de nouvelles espèces.
LES M.\MMIFERES
rcsqut tous les ordres delà classe des Mammifères ligurent d'une façon plus ou moins complète au Congo, Parmi ceux de petite taille surtout, il en reste vraisemblablement encore beaucoup à découvrir, dissimulés qu'ils sont dans l'opaque frondaison des forêts ou parmi les taillis impénétrables de graminées géantes.
L'ordre des Quadrumanes est ^leut-ètre celui qui est le mieux représenté. Les grandes forêts tropicales sont le domaine de prédilection d'une variété de singes dont les anthropomorphes sont les plus grands spécimens. Le GOKILI.E habite les régions boisées de l'Afrique occidentale, entre le 3" degré latitude nord et le 5" latitude sud. Ce singe nomade, quoique n'attaquant pas l'homme sans être provoqué, est un des plus redoutables. Le CHIMPANZÉ, qui a été souvent confondu avec le gorille, est moins grand que son congénère. Il a été signalé presque partout au Congo : dans le Mayombe, sur les bords de l'Uelle, au Manvema, où on l'appelle k soko », et aux environs de l'cquateur. Cliez les naturels de cette région, l'existence de ce singe a donné prise à la légende; ces indigènes affirment, de bonne fois, que le chimpanzé est un homme très sauvage, qu'il se construit des chimbèques ; ils ajoutent
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qu'il vit en troupes nombreuses, dans la contrée comprise entre le Congo et le Ngiri.
Le cerveau du chimpanzé est celui qui se rapproche le plus de celui de l'homme; aussi ce singe est-il le plus intelligent et le plus facile à apprivoiser; on en voit souvent dans les établissements d'acclimatation et le jeune chimpanzé exposé vient du jardin zoologique d'Anvers.
Parmi les plus belles fourrures d'Afrique, celles des COLLOBES et des SEMNOPITHÈQUES méritent une mention spéciale. Ces singes élégants se rencontrent nombreux en différents points du Congo. Les trois espèces de collobes connues sont propres à l'Afrique ; elles se distinguent par une admirable robe noire, coupée chez l'une par un camail blanc, chez l'autre par un manteau, blanc aussi; chez la troisième, elle est uniforme, mais les bajoues sont grises. La queue, toujours très longue, est terminée par une touffe blanche.
C'est probablement parmi les semnopithèques que se feront les plus intéressantes découvertes chez les Quadrumanes, car ce genre comprend énormément de variétés au Congo. Certaines de ces variétés sont très belles et le plus souvent de plusieurs couleurs.
Mais les CERCOPITHÈQUES sont les véritables singes de l'Afrique: turbulents, tapageurs, ils vivent par bandes de cent cinquante à deux cents individus aux abords des plantations qu'ils saccagent en vrais enfants terribles. Parfois on les voit déambuler de branche en branche en longue caravane, traverser des cours d'eau en profitant d'un tronc d'arbre abattu et faire mille gambades gracieuses, en se jouant mutuellement force vilains tours.
Très farouches à l'état sauvage, les cercopithèques sont très familiers en captivité ; abandonnés à eux-mêmes, ils ne cherchent plus à recouvrer leur liberté et suivent leur maître avec une touchante fidélité.
Les MACAQUES .ont la queue plus courte que les cercopithèques, celle-ci manque même parfois tout à fait.; ils habitent plutôt le nord de l'Afrique et sont rares au Congo. L'on sait qu'une colonie de ces singes vit encore en Europe, à Gibraltar.
Dans les contrées montagneuses se complaisent les CYNOCÉ- PHALES ; Cornet en a vu courant sur les roches des gorges du Nzilo (Haut-Lualaba); c'étaient prabablement des BABOUINS, singes à la fois herbivores, carnivores et insectivores.
Tous les singes, du reste, herbivores à l'état naturel, deviennent carnivores à l'occasion et surtout grands destructeurs des nids d'oiseaux.
Partout où les insectes abondent, Ton rencontre des Chéiroptères; aussi n'est-il pas étonnant qu'au Congo il y en ait plusieurs espèces dont quelques-unes vivent en bandes innombrables.
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Dans un village en face du confluent de TUbangi, quelques arbres donnent asile à une colonie de ces animaux utiles et ceux-ci y sont multipliés de telle façon que toutes les branches, jusqu'aux moindres rameaux, en sont charges à se rompre.
Les nègres ont conscience des services que leur rendent ces chauves-souris et leur accordent une protection bien méritée.
Les Rongeurs de toutes espèces ne manquent pas.
Dhanis rapporte qu'à Yambinga les RATS étaient si entreprenants qu'ils profitaient du sommeil des indigènes pour leur ronger la plante des pieds. Cela peut paraître invraisemblable, mais il ne faut pas oublier que la peau de cette partie du corps devient chez les nègres dure comme la matière cornée et presque insensible. Si les rats audacieux s'attaquent ainsi aux hommes, ces derniers prennent largement leur revanche en les mangeant à qui mieux mieux ; les rats se vendent par brochettes chez les Bakongo et les chasseurs ingénieux savent habilement confectionner des pièges pour s'en emparer. On voit aussi au Congo beaucoup d*ÉCU- REUILS, dont l'ÉCUREUIL VOLANT; quelques PORCS-ÉPICS au nord de l'équateur et des LIÈVRES, plus petits que ceux d'Europe, dans la région des chutes.
Les MANGOUSTES, les CI VETTES et les GENETTES rendent les plus grands services en dévorant les œufs de crocodiles; on dit même que les mangoustes combattent les serpents les plus venimeux sans craindre les effets de leur morsure.
Les genettes, improprement appelés « chats-tigres », peuvent s'apprivoiser et remplacent parfois le chat dans les stations.
Au Congo le LION se voit, mais rarement, à l'extrême nord ; il cause de grands ravages au Tanganika et l'on en rencontre au Katanga, où ces félins sont de forte taille et dépourvus de crinière.
Mais le carnassier caractéristique du Congo est le LÉOPARD ou « grande panthère d'Afrique » ; comme le lion, il se tient là surtout où les antilopes assurent sa nourriture et par suite, quoique existant partout, il habite de préférence certaines contrées : spécialement rUelle, le Manyema et le Katanga.
Pressés par la faim, les léopards viennent souvent rôder à Tentour des villages et des stations; leur audace est si grande qu'il leur arrive d'entrer dans les habitations et qu'ils osent même s'attaquer à l'homme.
Pendant le jour, ils restent tapis dans des retraites inaccessibles; aussi la chasse au léopard est-elle des plus difficiles et ce n'est pour ainsi dire qu'au piège que l'on parvient à les détruire.
Pris jeune, le léopard peut s'apprivoiser; plusieurs de nos compatriotes en ont ramené d'Afrique et s'en faisaient suivre comme de chiens, au grand ébahissement et à la grande terreur de ceux, blancs et noirs, qui les rencontraient dans ce singulier équipage. Ajoutons
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que le léopard atteint 2 mètres de longueur, tandis que la véritable panthère serait de moitié plus petite et vit dans les forêts les plus épaisses ; les taches du léopard sont moins rapprochées que celles de la panthère, le fond de sa robe est d'un fauve plus clair.
Pour compléter la série des carnassiers du Congo de la famille des chats, citons le LYNX que Brasseur signale au Katani^a.
Nous parlerons des CHIENS à propos des animaux domestiques, quoique le chien du Congo soit peu civilisé. Hanolet a eu à combattre, dans le Bahr- El -Gazai, des bandes de chiens, véritablement sauvages cette fois, qui lui disputaient la dépouille d'une antilope. Deux affreuses bêtes, le CHACAL et l'HYÈNE, objets d'aversion et de dégoût, font partie de la même famille; ces vilains noctambules sont trop lâches pour se montrer et seule leur sinistre voix trahit leur présence dans les sohtudes africaines.
Le chameau - . ne vit pas au Congo; la GIRAFE,
aux étranges pro 1 l portions, se voit exceptionnelle-
ment aux cxtrê fc.fl^| mes frontières, mais par contre les G.AZEi.LEset AN M^H TILOPES pullulent dans les plaim
L'ntourant la y'^^B grande foret. Il ne serait pas pos-
sible de donner la liste complète de ces gracieux
animaux. Parmi les gazelles la springerbock ou chèvre sautante voyage par troupeaux immenses dans le Katanga oii l'on remarque aussi, dit Cornet, au moins une douzaine d'espèces d'antilopes. Celles-ci vivent dispersées à la saison des pluies et descendent en troupeaux, durant la saison sèche, chercher leur nourriture dans les plaines alluviales. Les antilopes se distinguent par une grande variété de taille, depuis lANTlLOPE NAINE, pas plus haute qu'un petit chien, aux membres fins comme des tiges de roseau, aux cornes minuscules, dont les nègres font des boucles d'oreilles, jusqu'aux antilopes de la grandeur d'un cheval, en passant par les intennédiaires.
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Les antilopes ont en partage la grâce, Iclégance et les instincts les plus sociables. On les voit circulant en bandes dans les savanes, en quête de nourriture, sous la garde d'un vieux mâle vigilant et fuir agiles à la moindre alerte. Mais l'antilope est curieuse; s'il survient une chose nouvelle, un danger même quelle ne connaît pas, elle s'avance doucement, dressant ses grandes oreilles, fixant de ses yeux clairs l'objet qui captive son attention ; elle vient ainsi se faire tuer par le chasseur blanc qui a su s'en approcher sans prendre la moindre précaution, grâce à ses vêtements voyants, nouveaux pour la bête naïve.
Sous le nom de BUFFLE, on désigne au Congo trois espèces de Ruminants : le Bubalus caffer^ dont le signe caractéristique est constitué par une protection frontale formant la base des cornes ; un buffle semblable au premier, mais ayant la tête et le col recouverts d'une crinière épaisse ; enfin le a bœuf sauvage », plus petit, non moins vigoureux et ressemblant à s'y méprendre au taureau domestique. Les mœurs de ces trois espèces d'animaux sont semblables : ils vivent généralement en troupeaux nombreux et, quand ils se croient en sûreté dans leurs pâturages, ils ont l'aspect calme et placide de notre bétail. Leur présence est signalée par des nuées d'oiseaux tournoyant autour deux pour se poser parfois sur le dos même des bêtes indifférentes et les délivrer de la vermine dont elles sont couvertes.
Vienne un danger, les buffles se sauvent, mais, blessés, ils se précipitent sur leur ennemi avec une brutalité et une impétuosité que rien nëgale et qui en font peut-être l'adversaire le plus redoutable du chasseur.
Les trois espèces de buffles sont communes au Congo.
Vivant fraternellement avec les antilopes, les ZÈBRES pullulent dans le Katanga, à Test du Lualaba ; on les verrait aussi dans le Manyema et au nord de l'Uelle.
L'ÉLÉPHANT d'Afrique est plus grand que celui des Indes; il a • la tête plus plate, les oreilles considérablement plus grandes et les défenses plus développées ; il est plus haut au garrot. Avec les hippopotames, les antilopes, les buffles et les singes, ces animaux forment les spécimens-types de la vie animale terrestre au Congo. L'éléphant est abondant partout, mais spécialement vers le nord; jadis son aire de dispersion s'étendait du Cap jusqu'à la Méditerranée; refoulé depuis deux mille ans au delà du Sahara, il a été exterminé plus récemment vers le Cap. Au Congo vivent encore des milliers et des milliers de ces formidables Pachydermes, mais, se reproduisant avec lenteur, ils finiraient par disparaître si Ton n'avait pris d'énergiques mesures pour les protéger. Outre les lois réglementant leur chasse, édictc^es au Congo et dans presque toutes les colonies, les Anglais et les Allemands se sont déjà préoccupés de créer des réserves ; dans le bassin du Congo, cette mesure n'est
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i;{.)crc imminente; il existe. i;n tffct, des rcsurvus naturelles formées par d'immenses forêts marécageuses presque inaccessibles, où un nombre d'éléphants suffisant pour repeupler toute l'Afrique, trouveront pendant des siècles encore une retraite sûre.
Cependant, le moyen le plus efficace pour conserver à nos descendants la race des éléphants d'Afrique, serait peut-être de s'attacher à les domestiquer. Contrairement à une idée accréditée, la chose est possible et la meilleure preuve à citer, c'est que l'on possède des éléphants d'Afrique dans les ménaiîeries et jardins zoologiques d'Europe. Reste à trouver la voie à suivre pour arriver à ce résultat; il est probable que Ton tentera de procéder comme aux Indes et que l'on enverra en Afrique, à cet effet, des animau.x dressés à la capture et des Hindous experts.
Le RHINOCÉROS d'Afrique a deux cornes, celui d'Asie n'en a généralement qu'une, La corne principale, celle de devant, peut atteindre plus de 70 centimètres de longueur. Ce monstrueux animal vit solitaire en quelques points du Kaianga, du Manyema et du Mbomu et une fois de plus, il donne l'occasion de différencier la faune de la région forestière de celle des savanes qui lentourent au nord, à l'est et au sud. On rencontre en effet dans ces pays de savanes lions, les girafes, les zèbres, les rhînoonnus àl'occident dans l'Afrique
Troisespèces de SANGLIERS vent au Congo : le PH.^COi.HKRK. un animal affreux orné de terribles défen- ^ ses ; le POTAMOCO- CHÈUK DKS BUISSONS et le l'OTAMOCOCHÈRE A OREII.I.ES +;N PIN- CEAl'X, tous deux moins grands que le pa'cédent, élablis vers le nord et le dernier étant même a moitié domestiqué chez les Mangbettu.
Compagnon du crocodile, l'HIPPOPOTA.ME est le souverain incontesté des eaux de l'Afrique tropicale. Il ciioisit de préférence pour s'installer les parties élargies des riviéics où emergtjil de nunibreux bancs de sable et des îles couvertes de luxuriants pâturages, mais ne néglige jamais de s'assurer une retraite prudente en eaux profondes. Sociable à sa manière, le gigantesque « cheval de Heuve jj vit en troupeaux variant de deux ou trois à plus de cinq cents individus; faut-il dire combien est encombrant un te! amoncellement de ces amphibies, lorsqu'ils s'avisent de couj-Kt le passage d'une
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rivière. Depuis la côte occidentale Jusqu'à la côte orientale, dans toute la bande tropicale, on retrouve les hippopotames, apportant au chasseur heureux ses 3000 livres de viande et pouvant être considéré à ce titre comme un animal utile, surtout dans un pays OLi la grosse viande de boucherie fait encore défaut,
La liste des Pachydermes se clôture par le DAMAN, une petite bête à l'aspect de marmotte dont on soupçonne seulement l'existence au Congo.
Un représentant de l'ordre des Sircnides, le LAMANTIN ou poisson-femme, qui n'a du reste rien des charmes de la sirène mythologique, s'est vu dans le haut Congo, au-dessus des cataractes. Quelques lamantins ont dû descendre un jour vers la mer, car ils vivent aussi à l'estuaire des fleuves. Cette pauvre bête, intéressante surtout au point de vue scientifique, est vouée à une disparition complète.
A l'embouchure du fleuve on a un jour trouvé un os de BALEINE ; il est vraisemblable que le Cétacé auquel il appartenait est venu voyager par erreur dans ces parages, comme cela s'est déjà produit sur nos côtes de la mer du Nord.
Nous terminerons cette nomenclature des Mammifères par les Édentés : PARESSEUX, pangolin, oryctérope, qui rendent au moins autant de services en détruisant les fourmis que les chauves-souris en chassant les insectes ailés. Le PANGOLIN habite l'Afrique occidentale, plutôt vers le nord; le nocturne ORYCTÉROPE du Cap a été signalé exceptionnellement au Katanga, par Cornet.