‹ Guide de la section de l'Etat indépendant du Congo à l'Exposition de Bruxelles-Tervueren en 1897Chapitre 67 sur 184 · LA CHASSE · texte numérisé non relu

LA CHASSE

1 temps où l'Afrique tropicale n'était habitée que par les tribus nomades des nains, la chasse était presque I seule ressource alimentaire de ces nègres pri- . mitifs. La flèche formée d'un mince éclat de bambou empoisonné au suc d'euphorbe ou avec quelque re poison terrible, glissait sans bruit et allait frapper sûrement sa victime. Les armes de silex, maniées avec adresse, parvenaient à abattre déjà du gibier de grande dimension et l'éléphant même donnant dans un piège habilement dressé, était parfois la capture des autochtones.

Aujourd'hui les pygmçes sont encore les plus adroits chasseurs des contrées équatoriales; tandis que leurs voisins détruisent le gibier par hécatombes, usant de moyens brutaux, les nains font de la chasse leur occupation principale et parviennent presque chaque jour à se procurer ainsi de la viande. Nous avons dit en parlant de ces nains quels étaient leurs procédés de chasse ; pour les autres peuplades, nous avons parlé incidemment de la façon dont elles se procuraient du gibier. Réunissons en quelques lignes ces renseignements épars. Parlons d'abord des engins de chasse : ils sont peu nombreux; toutes les armes servent à l'occasion, mais les petites flèches empoisonnées sont spécialement faites pour la chasse aux singes et aux oiseaux. Dans le Kassaî on voit des flèches-massues; de grandes flèches ont un fer maintenu à la tige par une ficelle qui se déroule, elles sont employées dans les rivières de l'Équateut; le harpon à fer détachable maintenu de la même façon est beaucoup employé dans la Haute-Mongala et le Haut-Ubangi ; il y a aussi beaucoup de harpons ordinaires et d'épieux de chasse.

Le gibier étant abondant, malgré leur armement à courte portée, les nègres adroits pa^^'iennent à le tuer parfois à l'affût, soit embusqués dans les herbes, soit perchés sur un arbre, comme on le fait dans le Mayombe et la Mongala; qu'ils soient armés de la flèche, de la lance, du harpon ou même du fusil, c'est toujours à bout portant qu'ils dirigent leur coup et il faut une patience étonnante pour se résigner à rester blotti des heures entières à proximité d'un chemin fréquente par les animaux, en attendant que l'un d'eux veuille bien se promener de ce côté. Aussi cette chasse est-elle plutôt rare. Les noirs préfèrent procéder par traques; les traqucurs sont ou des indigènes ou des chiens portant au cou un grelot de bois;

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plus souvent encore c'est l'incendie des herbes qui se charge de cet office. A l'endroit où l'on dirige le gibier on a élevé soit une palissade conduisant à des fosses, comme on le fait dans le sud et chez les Basongo-Meno, soit des filets dans les mailles desquels le gibier vient s'empêtrer. Des villages tout entiers et même plusieurs villages se réunissent, à la saison sèche, pour pratiquer ces massacres.

Lorsque la traque est faite pour des animaux minuscules conmie les rongeurs, les gens du Stanley-Pool disposent tout autour de la partie battue de curieuses nasses tressées de façon à se rétrécir quand l'animal fait des efforts pour se dégager. Les Bakumu excellent dans l'art de placer des collets de toutes dimensions et destinés aux animaux de diverses grandeurs.

Parmi les pièges, le plus connu est celui souvent décrit: un sentier habituellement suivi par les troupeaux d'éléphants , de buffles ou d'antilopes, ou même d'hippopotames, est barré à un endroit déterminé. Le nègre plante là de solides troncs à droite et à gauche de la route, ou profite de deux arbres existant déjà; il les relie au moyen d'un madrier auquel il attache un gros bloc de bois muni lui-même d'une pointe en fer ; un système de lianes est disposé de telle sorte qu'en passant l'animal amène le déclenchement du harpon qui lui tombe sur le dos.

Plus simple est le piège fait d'une immense fosse dissimulée sous des branchages soit simple, soit en forme de V, soit hérissée au fond d'un piquet empalant la victime.

La chasse aux oiseaux se fait dans la région des Cataractes à l'aide de grands cadres remplis de collets où les bêtes innocentes viennent se faire prendre en volant.

Comme nous le disions plus haut, ces chasses, peu intéressantes, sont plutôt soit des hécatombes, soit dues au hasard. Plus héroïque est la chasse à l'éléphant dans le nord ; les hommes valides d'un ou plusieurs villages sont hâtivement réunis par les chefs dès qu'un troupeau d'éléphants est signalé dans les environs. Se glissant dans la forêt ou dans les hautes herbes, les chasseurs s'arrangent de façon à cerner complètement les victimes convoitées ; à un moment donné, ils se précipitent tous, armés de leurs lances à énorme fer et fondent sur les bêtes affolées. En tentant de franchir la ceinture humaine qui les assaille, les formidables pachydermes ne manquent pas d'écraser quelques-uns de leurs agresseurs, mais cent lances vigoureusement jetées, viennent s'ajouter à celles qu'ils ont reçues déjà et l'intrépidité et l'adresse des chasseurs est si grande que peu d'éléphants ainsi attaqués échappent à la mort.

Ces chasses sont particulièrement en honneur chez les Sakara où le sultan Bangaso organisait les expéditions deux fois par an pour se procurer de l'ivoire. Bangaso lui-même y prenait part, mais,

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prudent, il se plaçait sur un gros arbre et ses sujets avaient pour mission de lui ménager le coup du roi.

Il faut Tautorité des chefs niam-niam pour pouvoir conduire les battues aux éléphants ; du reste, ceux de leurs esclaves qui se déroberaient seraient condamnés à une mort certaine et c'est cette désagréable expectative qui leur donne du courage.

« Les Bapoto, dit Van Mons, n'hésitent pas non plus à harponner l'hippopotame. A cet effet, ils font usage d'un harpon de fer d'environ o'n,25 de long, emmanché sur un bois de lance et retenu à ce dernier par des liens très solides. A l'autre extrémité du bois de lance se trouve un flotteur en bois léger autour duquel s'enroule une corde d'une trentaine de mètres, laquelle est attachée au canot.

Un amphibie est-il signalé, tous les pêcheurs montent deux par deux dans leur petite pirogue; l'un se tient debout à l'avant, le harpon en main, prêt à le lancer ; le deuxième, à l'arrière, dirige l'embarcation. Généralement, une vingtaine de canots ainsi montés suffisent pour s'emparer d'un hippopotame.

Ils se portent tous ensemble à l'endroit où Ton sait que se trouve l'animal; aussitôt que celui-ci apparaît pour respirer, on lui jette un harpon ; s'il atteint le quadrupède, la corde qui retient la lance se déroule et indique l'endroit où se trouve l'hippopotame. Quand ce dernier apparaît de nouveau, on lui jette un deuxième trait et ainsi de suite, jusqu'à ce que la bète ne puisse plus plonger; on l'achève alors, puis on la tire sur un banc de sable pour la dépecer.

Une chasse ou une pèche de ce genre dure ordinairement de douze à vingt-quatre heures. »

MISE. tN gUVBE. P£5 DtPOUILLtS AMimALES

auf l'ivoire, et peut-être la cire, les dc|X)uil]us animales, et l'on sait si elles peuvent être abondantes, passent pour ainsi dire inaperçues dans le bilan du commerce du Congo. Un petit nombre d'animaux vivants, quelques collections zootogiques et surtout cntomologiques nous viennent seuls parfois do là-bas pour être avidement disputés par les collectionneurs.

Malgré les hauts prix atteints par certaines pièces d'histoire naturelle et l'espoir de mettre au jour des espèces nouvelles ou très rares, leur vente n'est pas un débouché offrant une garantie sullisante pour tenter les factorîens.

Citons à titre de curiosité quelques exemples de prix que peuvent atteindre des animaux exotiques : un couple d'éléphants d'Afrique adultes, peau et squelette, 20.000 Irancs. (pas un musée n'en possède) ; squelette de gorille, 1 ,000 à 1 , 5oo francs ; de chimpanzé, 400 à 'ioo francs; de lamantin, ôoo francs; de singe. 20 à 200 francs; de léopard, 100 francs; les peaux complètes de ces animaux ont des valeurs proportionnelles.

Les oiseaux sont estimés de 5 ù 35o francs suivant leur rareté.

Les prix de vente des insectes sont relativement plus considérables encore, tels : la femelle du magniHque papillon antimachus, 400 francs, — la rareté de ce lépidoptère est due, paraît-il, à ce qu'il réside, sans jamais redescendre, au sommet des arbres les plus élevés ; beaucoup de variétés de papillons trouvent acheteurs à 100 et i5o francs; le goliath, cet énorme coléoptère, à 20 francs.

Il y aurait donc gros profit pour un iiomme compétent à exploiter cette richesse; plus siire [■vourtant serait la récolte de défKiuilles animales destinées à être mises en œuvre et ayant ainsi un écoulement régulier dans l'industrie.

.\vant Je parler des divers usages que l'on {.courrait faire des plumes, des peaux, des cornes et des dents des animaux du Congo, mentionnons quelques applications qui en sont faites par les indi-

La Faune.

gènes eux-mêmes; celles-ci sont restreintes : les plumes les plus voyantes entrent dans l'édification de panaches, les plumes rouges de la queue des perroquets étant réservées aux chefs; les peaux, séchées au soleil, sont découpées en lanières formant des baudriers, servent aussi à confectionner des gaines de couteaux, des peaux de tambours, des bonnets, des garnitures, rarement des cuirasses.

Les vertèbres de poissons, de serpents; les coquillages, les dents, les griffes, les cornes, etc., entrent dans la composition de mille objets et toujours les dépouilles d^s animaux les plus puissants sont l'apanage exclusif des chefs.

Quant à l'ivoire, nous avons déjà dit comment il était utilisé par les noirs.

En tète des oiseaux dont les plumes forment l'objet d'un trafic important, viennent les AUTRUCHES. \ vrai dire ces ethassiers n'existent pas au Congo, tar ils habitent de préférence les lieux arides et solitaires, rares dan^ la colonie; les plumes exposées

■Toviennent de la région du ^^-v ^ .Mbomu, où des trafiquants les -^,1^1^.:;:^^ avaient apportées du Darfour.

Mais l'autruche étant parfaitement domesticable, — que l'on se souvienne de 1 incroyable développement des troupeaux du Cap qui, de quatre-vingts oiseaux existant en i865, montèrent à plus de cent cinquante mille en un quart de siècle, — on pourrait l'introduire en cerlains points et, dans ce cas, il faudrait peut-être i.hnisir l'espèce provenant de la Haute-Egypte, dont les plumes occupent lepremier rang pour la douceur et II légèreté de leursbarbules,avanl celles du Sahara, du Ciip, du Sénégal ou de l'Arabie.

Quoique les plumes des autruches domestiques n'atteignent pas la valeur de celles des autruches siuvages et surtout malgré la dépréciation de >.es plumes, qui ont beaucoup passé de mode, l'élevage donne encore de sérieux bénéfices aux colons. Le marché principal des plumes importées se tient à Londres; en décembre dernier il n'y avait pas moins de 55,ooo livres offertes; elles se vendent par caisses au prix e.\traordinairement variable de 1 5 à 800 francs le kilogramme, soit qu'elles proviennent du dos, de la queue ou des ailes, de la femelle ou du mâle, qu'elles soient noires ou blanches et aussi suivant les conditions dans lesquelles s'est faite la récolte; les

Mise en Œupre des Dépouilles Animales. 323

plumes caudales, qui sont moins belles que les plumes alaires, servent à faire des plumeaux.

L'occiput des hérons blancs ou AIGRETTES est orné de quelques plumes longues, fines et soyeuses. Quelques touffes garnissent aussi leur thorax, mais les plumes scapulaires, c'est-à-dire du dessus des ailes, sont les plus recherchées pour orner les coiffures des dames et comme insigne du grade de colonel.

Le héron blanc est très abondant au Congo et sa chasse serait lucrative, car les plumes se vendent l'une parmi l'autre i65 à 25o francs l'once de 33 grammes (800 pièces environ).

Elles sont exportées principalement des Indes, de la Cochinchine, du Sénégal, de la Guyane et de la Russie; comme pour toutes le? plumes et fourrures, le principal marché est Londres.

Les MARABOUTS, OU « cigognes à sac », ont à la partie inférieure de la queue un duvet extrêmement moelleux, léger et bouffant, souvent imité par le duvet du dindon, du coq ou du nandou (autruche d'Amérique). Arrivent principalement de Calcutta et de la côte occidentale d'Afrique et servent à faire des éventails et des parures; les plumes de marabouts furent très à la mode en i83o.

On voit sur les bancs de sable des rivières du Congo se promener gratement quantité de ces échassiers qui s'apprivoisent aisément.

Les PÉLIC\NS donnent des plumes qui servent parfois à faire des éventails.

Les touracos, les ibis, les vautours, les pintades et d'autres oiseaux de grande taille peuvent fournir de gracieux ornements aux plumassiers : éventails, écrans, manchons, boas ; puis vient la longue série des petits oiseaux : sucriers, colibris de l'Afrique; évoques, martinspècheurs, guêpiers, coucous bronzés, perroquets, merles métalliques, fol iotocoles, etc., que l'on préparc tout entiers ou par partie pour fixer sur les coiffures.

11 est utile de ne pas abîmer ces frêles dépouilles, aussi vaut-il mieux chasser les petits oiseaux au filet ou à la glu comme cela se pratique à la côte occidentale d'Afrique, qui envoie presque tous ses oiseaux sans pattes par suite de l'emploi de ce dernier procédé.

Exportés de tous les points de l'Afrique, surtout du Sénégal, par les ports de Saint-Louis, Dakar et Rufisque, les oiseaux en peau sont vendus sur le marché à des prix des plus irréguliers : selon la fantaisie du moment fr. o-yS à i5 francs et même plus. Marseille importe les petits oiseaux exotiques vivants destinés à peupler les volières.

Sont exposés :

Oiseaux en peaux ^ plumes ;

Oiseaux et plumes préparés pour modes, mis en œuPre par

M. DASSONVILLE ; Ecrans tn plumes.

324 La Faune.

Ce n'est pas à l'Afrique qu'il faut demander des FOURRURES; exceptionnellement, la peau de certains singes les colobes et le sphinx-niger et celles des civettes peuvent être employées comme telles.

Pour faire des tapis de pieds, les ptauT de mammifères du Congo offrent une ressource plus considérable et nous citerons spécialement les Itiopards, les lions, les zèbres les singes les hyènes les girafes, les chacals, les , chats-tigres, les antilopes, etc. Valeurs sur V le marché de Londres : \i^ ~JSi'f!'L5^

Léopards : de fr. i2-5o à fr. 72-50; lions, 125 francs i moyenne — exceptioniiidlleinent, un très bel exemplaire a été vendu Tan dernier 1275 francs ; les hyènes n valent que fr. 2-5o; les singes, fr i ; et encore ils sont d'un placcm nt ; difficile.

Sont exposés :

Tapis en peaux.

Les PEAUX DE CROCODILES, de SERPENTS- ■^/ BOAS et de lézards, principalement les IGUANES, font l'objet d'une mise tn ujuvrc plus léguliért, gràc' beauté et aux qualités exceptionnelles de solidité qui les font recher- ' cher dans certaines circonstances. Chacun connaît leurs emplois dont un intéressant assortiment est e.\posé : objets de fantaisie, portefeuilles, porte-monnaie, coffrets, chaussures, valises, etc.

Le cuir d'éléphant et d'hippopotame n'a guère reçu d'applications jusqu'ici, à part d'originaux objets de fantaisie. En Afrique, les Arabes en font des boucliers et des semelles de sandales inusables; qui sait si nos cordonniers ne pourraient pas l'employer aussi avantageusement.

Sont exposés :

Peaux de reptiles, brutes; Peaux mégissées et teintes-.

Maroquineries, mises en œuvre par M. DE JaiFVE; Chaussures mises en œuvre par M. H. MUNSTER.

Au Choa, — pour parler dans un autre ordre d'idées de la res-

Mise en Œuvre des Dépouilles Animales. 325

source commerciale qu'offrent certains animaux, — le MUSC est l'objet d'un commerce assez important et l'on élève spécialement des civettes pour leurs glandes odorantes; valeur environ 222 francs ie kilogramme.

La CIRE entrait encore pour i5,o8i kilogrammes, représentant une valeur de 37,702 francs, dans le commerce général des exportations de l'État du Congo en 1891. Elle provenait des possessions portugaises et était totalement envoyée en Hollande. Elle pourra faire, lors de l'achèvement du chemin de fer, l'objet d'un trafic sérieux. Un échantillon provenant du Haut-Congo est exposé.

L'ÉC^lLLE est fournie par la matière cornée qui recouvre en plaques la carapace de certaines tortues de mer : caret, tortues franches ou caouannes, que l'on rencontre dans l'Atlantique et les mers des Indes. A l'estuaire du Congo, on voit souvent des tortues de mer et leur carapace est employée comme récipient par les indigènes. Une plaque dorsale de la caouanne fournit l'écaillé blonde.

Valeur de l'écaillé, 5o francs le kilo; l' écaille blonde a une valeur plus élevée encore. Ces prix s'expliquent par un grand déchet de fabrication, deux tiers au moins.

Sont exposés :

Ecailles de tortues venant de Banana ; Objets en écaille.

Enfin, signalons comme autre ressource possible les os, spécialement ceux des grands animaux; les CORNES DE RHINOCÉROS qui se travaillent comme l'ivoire, celles de buffles et d'antilopes; les DENTS DE CROCODILES et de FAUVES; les GRIFFES, dont On peut composer des bibelots nombreux et, avant d'aborder l'aperçu sur l'ivoire, faisons ressortir combien des commerçants actifs, établis là-bas, pourraient trouver dans les dépouilles animales, réunies presque sans irais, un apport important augmentant le chit&e d'affaires des grandes exploitations qu'ils auraient entreprises.

Sont exposés :

Dents et griffes-.

Objets de fantaisie faits avec des dents de crocodiles, de

fauves, des griffes de léopard, mis en ceuvre par

M. ALTENLOH.

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UIVOIRE

e toutes les richesses que recèle l'Afrique intérieure, l'ivoire a été la plus exploitée et a presque toujours permis aux commerçants de faire face, grâce à sa grande valeur, aux premiers frais d'établissement.

Chaque éléphant porte deux défenses ; un jour Livingstone vit un de ces pachydermes qui en avait trois. Ces dents grandissent au fur et à mesure que Tanimal vieillit et il faut sans doute bien des années, peut-être un siècle, pour qu'elles atteignent ces tailles considérables que Ton constate parfois. Nous l'avons dit, les éléphants des Indes ont les défenses plus petites que ceux d'Afrique; elles sont surtout plus minces; cependant on a vu des dents indiennes pesant 5o kilogrammes, chiffre encore éloigné de celui atteint par des dents d'Afrique et l'on peut admirer une paire de défenses exposées venant du Congo, longues respectivement de 2^,75 et de 2'n,6o, chacune d'elles pesant 78 kilos, total : 3 12 livres que portait son possesseur.

Mais ce sont là des exceptions; les belles dents d'Afrique ont un poids moyen de 3o kilos et beaucoup sont plus petites, comme le prouve le fait suivant :

Le lieutenant Hanolet, aujourd'hui commissaire général, tua, il y a quelques années, à Zongo, sur TUbangi, cinq éléphants en une seule chasse. Ces cinq pachydermes portaient à peine tous ensemble 10 kilos d'ivoire! Nous tenons à ajouter que, si l'explorateur avait fait cette hécatombe, c'était pour supprimer un troupeau gênant qui chaque nuit venait saccager les plantations.

On a souvent exprimé des craintes au sujet de l'épuisement rapide de l'ivoire; certes l'Afrique ne continuera pas à fournir les 4 ou 5oo tonnes qu'elle exporte annuellement en Europe; la réserve séculaire emmagasinée par les peuples soustraits au contact du blanc s'écoule peu à peu, mais les éléphants seront conservés pendant longtemps encore. Il faut avoir voyagé en Afrique pour se rendre compte du nombre étonnant de ces pachydermes qui peuplent la forêt équatoriale. De toutes parts, les bois sont sillonnés de sentiers, traces de leur turbulent passage et maints voyageurs en ont pu voir des troupes considérables en presque tous les points du territoire.

Cependant, il ne faut pas se le dissimuler, les chasseurs armés de fusils perfectionnés auraient vite fait de réduire l'espèce si l'on n'y mettait bon ordre. Dès le 25 juillet 1889, un décret du Roi-Souve-

L'Ivoire.

rain interdisait la chasse à l'éléphant dans toute l'étendue du territoire de l'État, à moins de permission spéciale. Certaines conditions d'.iutorisation furent promulguées par la suite et afin d'assurer dans une plus large mesure encore la conservation de l'éléphant, sa chasse fut interdite dans les forêts et à certaines époques déterminées par le gouverneur général et les coinmissaires de district délégués.

On objectera que ces mesures n'ont aucune portée actuellement vis-à-vis des indigènes éloignés des stations. Evidemment non, mais ceux-ci ne tueront pas plus d'éléphants que par le passé, c'est-à-dire

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autant qu'ils peuvent, avec les moyens primitifs dont ils disposent. Les noirs chassent et ont chassé de tous temps, non pour l'ivoire, mais pour la viande qui représente à leurs yeux une valeur autrement considérable.

Pour nous résumer, le nombre d'éléphants tués actuellement au Congo n'est augmenté que de celui chassé par les blancs, et nous croyons être larges en portant ce nombre à cent têtes par an ; dans ces conditions il n'y a pas péril en la demeure.

Ce qui peut être vrai, c'est que ces timides pachydermes, troublés dans leur quiétude, iront rechercher des contrées inaccessibles qui leur serviront de refuge. La chasse devenant plus difficile, l'ivoire augmentera alors sensiblement de valeur.

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Trois pays fournissent l'ivoire : l'Afrique qui nous intéresse directement, les Indes et enfin la Sibérie, où Ton déterre Tivoire fossile du mammouth.

L*ivoire de l'Afrique centrale est évacué dans diverses directions, principalement par le Congo, le Gabon-Kamerun, le Niger et le Sénégal à l'occident; par les ports de Berbera, Mozambique et surtout l'Afrique orientale allemande à l'est; en petite quantité à travers le Sahara, depuis que l'Équatoria est coupée de l'Egypte par les derviches. Nous ne parlerons pas du Cap qui, il y a vingt ans, exportait encore 5o tonnes, mais où l'ivoire a presque totalement disparu.

Parmi tous les pays exportateurs, l'État du Congo occupe aujourd'hui la première place; en 1896, il a dirigé vers l'Europe et principalement sur Anvers 242,658 kilos d'ivoire sur une production totale de 5 5 5, 000 pour toute l'Afrique.

Ce fait est une conséquence logique de l'admirable disposition du bassin du fleuve qui devait devenir fatalement, sous l'influence d'une organisation habile et active, le drain naturel du commerce de toute l'Afrique intérieure.

L'ivoire n'est pas toujours de même qualité. Il se divise d'abord en IVOIRE DOUX et IVOIRE DUR; en général l'ivoire africain est plus dur que celui d'Asie et il a l'avantage de conserver sa blancheur. L'ivoire d'Afrique se divise lui-même en plusieurs espèces.

Les dents de la côte occidentale sont plus transparentes que celles de la côte orientale, elles sont généralement plus blanches, plus tendres et plus opaques; la belle qualité, connue sous le nom a d'ivoire vert », vient du Gabon. Le climat du pays où résident les éléphants influe considérablement sur l'ivoire ; la finesse et la trans- ^ parence augmentent avec la chaleur et l'humidité.

Ce n'est pas seulement au point de vue de la matière même que l'on apprécie l'ivoire, mais la dimension et la forme des dents sont de grande importance ; nouvel avantage pour les dents d'Afrique, plus volumineuses et plus ramassées que celles d'Asie. Les principales qualités de forme sont : que la dent soit peu incurvée, de section circulaire, grosse à la pointe et que le creux ne soit pas profond. Certaines défenses, telles les dents dites « bangles » et les dents à billes, sont relativement plus recherchées que les très fortes pièces.

Deux formes principales caractérisent les défenses d'Afrique : la droite et la courbe, très nettement différenciées ; il en est de cette observation comme de beaucoup de celles qui ont trait à l'ivoire, elles restent inexpliquées faute d'une connaissance suffisante de l'histoire naturelle de l'éléphant sauvage.

L'Ivoire. Sag

On constate souvent dans l'ivoire des DÉFAUTS qui diminuent sa valeur dans une certaine mesure. Le manque de soins des indigènes, qui ont laissé la défense à des alternatives d'humidité et de forte chaleur, amène des crevasses; en général, lorsque ces gerçures ne se remarquent pas à la pointe, elles n'atteignent que la croûte, mais elles peuvent pénétrer fort avant vers le cœur quand le bout même de la dent est atteint. Ce cœur est parfois carié partiellement ou sur toute sa longueur et il arrive qu'en découpant la dent on mette à jour un véritable œuf vide dont la coquille, en ivoire aussi, se détache tout d'une pièce. Nous exposons un de ces œufs dont la dimension est celle d'un œuf d'autruche allongé. Ces maladies du cœur sont en général peu graves car elles sont localisées, tandis que n la fève », partie blanchâtre et crayeuse, se répète un peu au hasard et déprécie la dent du quart au moins de sa valeur. Il est difficile de distinguer l'importance de ces défauts sans débiter l'ivoire, mais l'extrémité de la pointe les trahit souvent.

Les B anneaux ji, l'attaque par les rongeurs, le n coup de corde s, le (I coup de feu n, la « côte u sont des tares sans beaucoup d'importance, sauf la dernière, car elle atteint plutôt la forme que la qualité des défenses; la « vétusté » est plus grave, c'est l'altération de la texture de la matière par l'oxydation des siècles accompagné de crevasses d'écailles; ces dents donnent un déchet considérable.

Enfin, signalons les dents monstres, singulièrement contournées, irréguliéres, qui n'ont de valeur que pour les collectionneurs.

En présentant les ivoires en vente, les courtiers les classent en catégories dont les principales sont : les « grosses dents ■ au-dessus de 25 kilos, les « dents moyennes u et les it petites dents » au-dessous de i8 kilos. II n'est pas nécessaire que les grosses dents soient rondes mais les « bangles » (bracelets), qui sont rangées parmi les dents moyennes et petites, doivent absolument réaliser cette condition ; elles sont destinées à fournir des anneaux portés aux bras par les Indiens et les indigènes de la côte orientale d'Afrique. Des bangles dont le creux est petit on peut retirer, outre les bracelets, un certain nombre de billes de billards. Pour ce dernier usage, on utilise aussi des petites dents de 6 à 8 centimètres de diamètre, bien rondes et bien pleines, que l'on appelle « dents à billes » ; ce sont celles qui atteignent proportionnellement la plus grande valeur.

A quoi sert l'ivoire î

L'usage le plus noble que l'on en ait fait est dans la sculpture chryséléphantine, si admirablement représentée dans le Salon d'honneur. Cette belle matière a toujours été recherchée par les tourneurs

33o La Faune,

et les marqueteurs pour la fabrication d'objets de fantaisie et des incrustations de meubles ; une fois de plus rappelons la spécialité de Dieppe, aujourd'hui répandue à Paris et surtout en Allemagne. M. Leroy, un industriel de Bruxelles, a mis en œuvre des pointes types qui lui ont été confiées — une grosse dent pesant environ 3o kilos et une dent dite « dent à billes » [bail scrivelloes) — et l'on peut se rendre compte de l'étonnant parti qu'il a pu en tirer, grâce à un découpage des mieux compris.

Afin de bien faire saisir les différents plans du travail commercial de l'ivoire, il a été exposé trois pointes identiques de chaque modèle : la première intacte, la seconde débitée et montrant déjà les pièces inachevées, la troisième enfin a tout à fait disparu pour être remplacée par une série d'objets ravissants comme savent l'être des bibelots d'iv^oire.

Pour ne pas nous étendre davantage sur ce sujet, reproduisons le tableau suivant, qui résume tout ce que nous pourrions dire :

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