LA FLORE
Une très importante partie de la section congolaise est réservée à la flore.
En remontant Fescalier qui fait suite à la « galerie souterraine », on débouche au centre d'une SERRE TROPICALE dont l'intérieur a été aménagé avec le concours de MM. LUBBERS et BOMMER.
Constructeur : Emile Masui.
Chauffage : D. Dubois.
Sont exposés :
Des plantes du Congo provenant du Jardin botanique de Bruxelles : Directeur, M. CRÉPIN ; Chef des cultures, M. LUBBERS.
Une seconde serre tropicale, installée par M. le professeur LAURENT, est édifiée dans les jardins tropicaux annexés à la section ; elle contient la collection de plantes vivantes du Congo de de l'Institut agricole de Gembloux.
Ces jardins tropicaux, arrangés avec la collaboration de M. LUBBERS, exposent, en plein air, un certain nombre de plantes culture congolaises.
La mise en œuvre des produits de la flore figure dans un local faisant suite à la serre du palais.
Architecte-Constructeur : Serrurier-Bopy.
Sont exposés :
Des tableaux, agrandissements photographiques relatifs à la flore.
La collection d'échantillons de produits de la flore appartenant à l'État du Congo.
Des échantillons appartenant à M. le professeur LAURENT.
L'histoire de la mise en œuvre des produits de la flore organisée avec la collaboration de divers industriels.
Cr^Jr) Notice du professeur Laurent.
ituc dans la zone tropicale, le bassin du Congo a la végétation qui caractérise cette partie du globe. On se la représente parfois comme entièrement formée de forêts luxuriantes, oij les espèces sont aussi innombrables que variées. C'est Jà une erreur qui a valu à bien des Européens de véritables désillusions lorsqu'ils sont arrivés pour la première fois dans diverses régions chaudes. S'il y a entre les tropiques des territoires occupés par une puissante végétation forestière, il en est d'autres, beaucoup plus étendus, oi!i la végétation est moins belle que dans plus d'une région tempérée. C'est dans la répartition de l'humidité, tant aérienne que terrestre, qu'il faut rechercher la cause de cette différence que présente la végétation intertropicale. Car si la chaleur et a lumière sont déversées en abondance sur toute la zone, et dans des conditions sensiblement égales, il en est tout autrement de l'eau et particulièrement de la distribution des pluies. D'une manière générale, elles coïncident avec la position du soleil au zénith. On sait que chacun des deux tropiques se trouve ainsi éclairé une fois par an au solstice. Dans les régions intermédiaires, les rayons du soleil sont verticaux à deux moments différents ; il en i;sl ainsi à l'équatcur le 21 mars et le 21 septembre. Tandis qu'au voisinage des tropiques il n'y a qu'une saison des pluies assez courte
336 La Flore.
et une longue saison sèche, la plus grande portion de la zone intertropicale a deux saisons pluvieuses séparées par deux saisons sèches. Souvent les deux premières se confondent en une seule saison humide, plus ou moins longue, et les deux dernières n'en font également qu'une, pendant laquelle les pluies sont peu fréquentes ou nulles. Cependant, au voisinage de la ligne équatoriale, sur une bande large de 6 à 8 degrés, la saison sèche est moins prononcée, dure rarement plus de deux mois et même fait défaut en certains endroits.
Les différences que montre la végétation tropicale s'expliquent par ces inégalités dans la répartition des pluies et par la durée de leur interruption. Tandis que, dans la zone équatoriale, l'humidité persistante ou à peu près y entretient une flore forestière incomparable, des forêts toujours vertes, il y a le long de chaque tropique une ceinture de déserts et de steppes. Tels sont en Afrique le Sahara au nord, le Kalahari au sud. Mais entre ces deux bandes si distinctes s'étendent de vastes espaces où le sol est couvert soit de forêts moins luxuriantes, parmi lesquelles les arbres à feuilles caduques sont nombreux, soit d'arbres isolés, de taille diverse, au milieu d'un tapis de grandes herbes (savanes). Parfois même les espèces ligneuses disparaissent ou sont très réduites ; ce sont alors les herbes, surtout les Graminées, qui dominent dans le paysage et lui donnent l'aspect d'immenses champs de céréales (steppes).
Dans la savane comme dans la steppe, des formes végétales particulières apparaissent : elles ont des structures qui leur permettent de braver la saison aride. Telles sont les plantes grasses, fes plantes bulbeuses et tuberculeuses.
Mais les choses ne se paçsent pas, dans toute l'étendue de la zone tropicale, aussi simplement que l'expriment les notions générales que je viens de rappeler. 11 est des causes qui modifient l'action régulatrice du soleil sur la répartition des pluies. Ainsi, du côté des océans, lorsqu'un courant d'air chaud pénètre à l'intérieur des terres, il pourra provoquer d'abondantes précipitations, surtout s'il rencontre un massif montagneux assez important. C'est le cas en Afrique de la côte de la Guinée, depuis le Kamerun jusqu'au voisinage de l'embouchure du Congo. Aussi, une forêt en tout comparable à la sylve équatoriale a pu s'y développer, tandis qu'au delà, vers l'est, s'étendent des contrées, qui bien que situées près de l'équateur, sont occupées par la savane (Congo français, Bas-Congo). Au delà de la ligne des grands lacs africains, nous retrouvons la même disposition : une grande savane et, le long de l'océan Indien, une bande forestière assez étroite.
Ce n'est pas tout. Les rivières sont des voies qui charrient l'eau, qui tempèrent laridité du sol de la steppe ou de la savane pendant la saison sèche. Aussi ne faut-il pas s'étonner de retrouver le long
Forêt Équatoriale. SSy
des affluents du Congo et des autres fleuves africains, même peu importants, d'étroites bandes boisées (galeries), où souvent se retrouvent les types de la grande forêt équatoriale. Pour des raisons du même ordre, la même végétation enveloppe la plupart des lacs situés au milieu des savanes.
Ces faits relatifs à la circulation de l'eau dans la zone équatoriale et à son action sur les formes végétales vont nous permettre de comprendre sans dtfificulté la distribution des diverses régions botaniques du Congo. Au centre du bassin, du 17= au 29' degré de longitude, entre le 3'= degré de latitude nord et le 4^ de latitude sud, s'étend une immense forêt presque ininterrompue ; à peine signalet-on entre le Sankuru et le Lukenye, au sud, d'étroites bandes de savanes; ailleurs, le long du Lomami, entre le bas Ubangi et le Congo, l'insuffisance du relief a déterminé la formation de marécages. C'est la forêt équatoriale. Partout, autour de l'équateur, elle est caractérisée par une puissante végétation arborescente à laquelle se mêlent d'innombrables espèces de toutes sortes. C'est un fouillis de végétaux, un champ clos où ils luttent de toutes façons pour conquérir la nourriture terrestre et surtout la lumière.
Assurément, la flore équatoriale n'atteint pas au Congo l'apogée de sa puissance. Elle est plus grandiose, plus variée, plus riche dans certaines régions du bassin de l'Amazone et surtout dans ces fies fortunées qui formentlaMalaisie. Ici encore nous retrouvons l'action prépondérante des précipitations atmosphériques : il pleut* davantage et plus souvent dans ces régions.
Cette remarque faite, et il est juste de la faire, nous pouvons passer en revue les caractères de la grande forêt congolaise.