De Villeneuve à Valsavaranche (4 heures
Un peu à l'ouest de Villeneuve, une belle route muletière construite en 1868 s'élève par des lacets nombreux jusqu'au hameau de Champlong, dont on aperçoit de loin le clocher élancé de la chapelle. On est tout étonné de voir le fil télégraphique se prolonger et aller s'aventurer dans ces gorges de poteau en poteau; c'est le télégraphe qui dessert le campement de l'Orvieille, pendant les chasses de Valsavaranche. Un second fil télégraphique partant aussi du château royal de Sarre, longe la vallée de Cogne et aboutit à la Tour, près de l'église, cette tour étant depuis quelques années propriété de S. M.
De Champlong la route, moins rapide, s'engage dans la vallée, côtoyant la colline rapide à une grande hauteur au-dessus de la Savara, dont on voit la jonction avec le torrent des Rhêrnes, dans un profond abyme audessous d'Introd (inter aquas ou inter undas).
Au hameau de Chevrère, placé entre le torrent et la route, aboutit un sentier qui mène d'Introd à Valsavaranche. Au hameau de Molère (de meules, moulins) la route se trouve enfin sur le bord du torrent que l'on doit traverser à plusieurs reprises après chaque étranglement de la vallée qui succède à un plateau, et l'on arrive à Valsavaranche, dont le petit cheflieu porte aussi le nom de Dégioz, sur la rive droite de la Savara, au pied des rochers de la Grivolà, et de Bocconère en face des pics sourcilleux de la Biola, lieu privilégié de chasse.
Valsavaranche se trouve à l'altitude de 1538 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il n'y a à Valsavaranche qu'une pauvre auberge tenue par un Blanc surnommé Marmotta, qui tient encore à ne pas démériter du titre sous lequel il est connu du Roi.
A défaut de cuisine on peut y trouver quelques lits, des œufs et, en général, du bon vin. On peut aussi pour le logement s'adresser à la complaisance de M. le curé Arbenson, qui est toujours bien gracieux avec les touristes, malgré sa modeste timidité.