II. — Climatologie
Comme je voulais donner quelques notions succinctes sur la physionomie de la Vallée d' Aoste pour ce qui regarde ses vicissitudes climatologiques, j'ai pensé de mettre à profit les obser-
vations faites d'une manière uniforme et continue dans les stations y existantes pendant le dernier lustre, c'est-à-dire depuis qu'elles commencèrent à faire partie de la Correspondance météorologique dirigée par l'Observatoire de Moncalieri. Ainsi la discussion sera plus homogène et plus sûre, et nous ne serons pas obligés d'errer ça et là. Cependant nous ne manquerons pas, au besoin, de dire quelques mots sur les observations anciennes faites dans quelques-unes des stations susdites.
Je bornerai mon examen aux principaux éléments qui constituent le climat d'un lieu, savoir: la pression, la température et l'humidité de l'air ; les météores aqueux et électriques, l'état du ciel et le vent ; et je signalerai seulement les faits et les circonstances qui pourraient mieux intéresser ceux qui parcourent les gorges poétiques et les superbes montagnes de la Vallée d'Àoste.
§ 1. — Pression atmosphérique.
Ainsi que je l'ai fait observer en plusieurs occasions, le baromètre est un instrument précieux, bien plus, très-précieux, pour la météorologie d'un pays quelconque, puisque de ses indications bien interprétées et comparées entre elles on peut inférer avec une grande probabilité les changements de saison. Cependant plusieurs font un usage abusif de cet instrument, prétendant que le baromètre seul, indépendamment de toute autre condition, doit être le prophète du temps, et y ajoutent une foi absolue. Pour que les variations de la pression atmosphérique puissent être réellement avantageuses pour ceux qui les consultent, il faut qu'elles soient comparées avec les autres variations déduites d'observations faites avec le même instrument pendant plusieurs années de suite, ainsi qu'avec les indications des autres instruments météorologiques , et spécialement avec celles du thermomètre et de l'anémoscope.
Actuellement l'usage du baromètre est devenu de la plus haute importance pour la prévision des grandes tempêtes surtout en mer. En effet ses mouvements, soit d'élévation , soit de baisse, suivent fidèlement ceux de l'atmosphère ; et ses ondulations sont comme, le portrait des fluctuations qui se succèdent inces-
samment dans cet Océan gazeux et proviennent de grands courants aériens qui les parcourent en troublant les régions qu'ils traversent. Ces courants orageux sur le Continent Européen s'avancent ordinairement de l'Océan Atlantique, dans la direction du nord-ouest et de l'ouest au sud-est, en pénétrant d'abord en Angleterre et en France. Avant de franchir nos contrées, ils sont obligés de traverser les hautes cimes des montagnes, qui ferment au nord la Péninsule italienne, et la séparent du reste de l'Europe, et qui, par leur résistance, en arrêtent le cours, et en diminuent la force ainsi que la vitesse. On voit maintenant la grande importance des stations météorologiques établies sur ces montagnes, mais tout particulièrement de celles qui se trouvent dans l'étendue de pays, dont nous nous occupons.
Les baromètres placés dans ces Observatoires sont, dans la plupart des cas, les premiers à éprouver l'influence de tels courants, et par leur baisse plus ou moins rapide, ils peuvent pressentir quelque temps auparavant les progrès furieux des plus terribles ouragans qui menacent l'Italie. Voilà la raison pourquoi, dès que le Ministre de la marine a organisé parmi nous en 1866 le Service météorologique-télégraphique pour la prévision des tempêtes de mer, l'observatoire d'Aoste a eu la préférence parmi le peu de nombre qu'on a destinés à ce but ; et les indications de son baromètre et de ses autres instruments, envoyées chaque jour par le télégraphe au Bureau central météorologique de Florence, qui dépend du Ministère de la marine, étaient regardées comme les plus importantes de toutes, attendu: que dans la plupart des cas elles faisaient prévoir ce qui devait arriver dans l'état météorologique de toute l'Italie. Maintenant il y a déjà un peu que la communication télégraphique de l'Observatoire d'Aoste avec le Bureau central de Florence est interrompue; mais on espère qu'elle sera recommencée au plus tôt.
Maintenant je rapporte ci-après les moyennes barométriques correspondantes à chaque mois dans chacune des cinq stations cidevant indiquées.
Mais je ferai observer qu'à l'Observatoire du Petit Saint-Bernard les observations régulières du baromètre ne commencèrent que le premier janvier 1872, et à Ivrée le premier mai 1873..
C'est pourquoi les moyennes qu'on rapporte sont déduites du lustre complet 1871-75 seulement pour les trois stations du Grand Saint-Bernard, de Cogne et d'Aoste. Pour cette dernière les observations du mois de juillet au mois d'octobre 1873, nous f3nt défaut, parce que pendant ces mois l'Observatoire de Saint- Bénin fut abandonné, comme on l'a fait remarquer ci-dessus.
Même remarque pour les autres instruments que nous examinerons ensuite.
Nota. — Les stations sont disposées suivant l'ordre décroissant de hauteur.
Moyennes barométriques mensuelles.
MOIS
Grand St-Bernard
Petit S'-Bernard
Cogne
Aoste
Ivrée
Décembre
mm
mn
ma
nuit
mm
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre
Octobre
'Novembre
Ne voulant, ni ne pouvant nous arrêter à une discussion détaillée sur ces valeurs, ce qui nous entraînerait hors des limites qu'on nous a accordées, je signalerai seulement que les plus grandes hauteurs moyennes du baromètre ont lieu dans les mois d'été, les plus petites en hiver ; et que la différence entre les moyennes
mensuelles extrêmes croît d'une manière notable avec les hauteurs, comme on peut s'en convaincre par le tableau suivant.
STVLTIOIN-S
Moyenne maximum
Moyenne minimum
Différence
Grand S^Bernard
mm