‹ Guide de la vallée d'AosteChapitre 13 sur 146 · noiembre · texte numérisé non relu

noiembre

Nous excluons Ivrée. parce que les moyennes de cette station sont peu approximatives, résultant de deux ans et demi seulement d'observations.

On peut comprendre très-bien la cause de ce fait étrange ; car en hiver les hautes cimes qui environnent la belle Vallée d' Aoste au nord et à l'ouest, comme j'ai déjà dit, supportent la plus grande violence des ouragans qui nous arrivent du nordouest du Continent Européen dans cette saison; et partant la colonne barométrique en est plus influencée et reste plus déprimée que dans les régions plus basses et plus à l'abri de ces tempêtes. Au contraire en été ces ouragans, qui sont les plus intenses et les plus funestes pour nous, s'avancent sur les grandes plaines de nord, et à la place nous voyons descendre en Italie ceux du nord-est qui nous viennent par la Mer du nord, ou ceux du sud, qui nous arrivent du Continent Africain; par conséquent les régions montagneuses du nord-ouest restent plus tranquilles et la colonne barométrique est moins agitée. Aussi ta diverse température, qui est fort haute en été dans les régions les plus basses et beaucoup moins dans les plus élevées, influe sur une telle discordance; mais ce n'est pas ici l'endroit de traiter au Long cette affaire.

Les diversités susdites seront plus évidentes par le prospectus suivant, où je consigne les moyennes barométriques pour chaque saison.

Moyennes barométriques trimestrielles.

Grand St-Bernard

Petit S -Bernard

P.nnnp

IVP66

Hiver

mm

mm

mm

mm

mm

Primtemps

Été

Automne

Stations pluviom étriqués. — Aux stations météorologiques précédentes on doit ajouter les autres, dans lesquelles on ne s'occupe que de la mesure de la quantité d'eau tombée en pluie ou en neige, et qui font partie du Service hydrographique Italien.

Quelques-unes de ces stations fonctionnent depuis l'année 1872, et beaucoup d'autres leur vont être ajoutées par l'œuvre infatigable du Directeur de l'Observatoire d'Ivrée, M. l'abbé Antoine Bonino. Nous donnerons dans la suite la note des stations pluviométriques établies jusqu'à présent dans la Vallée d'Aoste.

Pourtant d'après tout ce qu'on vient de dire, il résulte clairement ce qu'on avançait ci-dessus, c'est-à-dire, que la climatologie des hautes régions de la Doire Baltée est une des mieux étudiées de la Péninsule entière: et qu'en poursuivant ces études encore pendant quelques années, on aura des éléments précieux et certains pour bien établir tout ce qui peut se rapporter aux conditions climatologiques de cette contrée très-importante de l'Italie.

On ne nie pas cependant que les cinq Observatoires météorologiques complets ne soient pas uniformément distribués dans tout le bassin, vu que quatre d'entre eux, excepté celui d'Ivrée, sont rapprochés dans sa partie occidentale ; mais on avoue de même que cette partie forme l'espace le plus important de toute la région, surtout si Pon a égard aux diverses conditions de hauteur à laquelle se trouvent les Observatoires précités.

Dans les montagnes valdôtaines il arrive donc le contraire de ce qu'on observe dans les autres régions italiennes peu élevées au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire, que dans celles-ci les hauteurs barométriques moyennes sont plus grandes en hiver qu'en été, tandis que dans celles-là les hauteurs barométriques moyennes non-seulement sont plus petites en hiver qu'en été, mais aussi qu'en toute autre saison; et la différence croît avec la hauteur, comme on peut le voir facilement par le tableau qui précède.

Le professeur Plantamour de Genève publia, il y a quelques années , un ouvrage important sur ce sujet, en comparant les observations faites au Grand Saint-Bernard et à Genève; et moimême je me propose d'en publier un plus étendu, quand j'aurai recueilli un plus grand nombre de données.

Voici maintenant, pour chacune des cinq stations, les moyennes barométriques générales déduites des données qu'on a rapportées. J'y ajoute à la fin la différence entre chaque moyenne et la suivante, qui est naturellement négative.

Stations Mojmne barométrique Différence

générale

mm

Grand St-Bernard 564 . 13

Petit S^Bernard 585 . 94

Cogne 633 . 50

Ivrée 737 .01)

Ici je ferai remarquer que la moyenne barométrique d'Ivrée, résultant de 30 années d'observations faites par le docteur Gatta, serait de 738mm.7. Maintenant si l'on réfléchit que le baromètre de M. Gatta se trouvait à peu près 20 mètres plus bas que celui du nouvel Observatoire, dont on a déduit la moyenne consignée ci-devant, et que les observations anciennes ne se faisaient que deux fois par jour , l'accord entre les deux moyennes est plus que satisfaisant, quoique celles que j'ai calculées ne soient déduites que de quelques années d'observations.

Les extrêmes du baromètre observés pendant le lustre 1871-75 dans les quatre premières stations sont comprises dans le tableau suivant, où nous donnons la valeur et la date du maximum et du minimum barométriques observés dans chaque station.

Extrêmes barométriques.

STATIONS

Maximum

Minimum

Différence

Valeur

Date

Valeur

Date

Grand St-Bernard

mm

4 juin 1874

mm

21 déeemb.1874

mm

Petit St-Bernard

31 mai 1874

20 janrier 1873

Cogne

19 fe'Trier 1873

20 janyier 1873

Aoste

19 février 1873

20 janyier 1873

De la discussion des observations faites dans ces stations dérivent les faits suivants qui se reproduisent aussi ailleurs :

1° Les grands et rapides abaissements du baromètre annoncent toujours un vent plus ou moins impétueux ; et dans ces cas la dépression est ordinairement plus grande dans les lieux les moins élevés, où l'air est plus pesant, et plus petite dans les lieux les plus élevés, où l'atmosphère est plus légère.

2° La baisse lente et prolongée de la colonne barométrique signale la neige, la pluie ou un changement de saison.

3° Les grandes et rapides élévations du baromètre ne sont pas toujours un indice de beau temps. Bien loin de là , lorsqu'elles viennent après une saison chaude ou humide, elles annoncent la pluie ou la neige, selon la saison.

4° L'accroissement lent et normal du baromètre est souvent un signe de temps meilleur.

Je veux terminer cet article par quelques considérations qui, je crois, ne seront pas sans quelque intérêt pour la météorologie et en particulier pour l'hypsométrie.

1° On a remarqué que dans les contrées italiennes la pression barométrique suit partout une marche à peu près uniforme. Or d'après ce que nous avons dit plus haut, il résulte au contraire

que, même pour des endroits rapprochés, si la différence de hauteur est un peu considérable, la chose se passe bien différemment et la période annuelle même de la pression atmosphérique est détournée et presque intervertie. Une analyse plus rigoureuse ferait voir que la même chose a lieu souvent même pour la période diurne.

2° Il s'ensuit que les mesures de hauteurs prises dans divers mois avec le baromètre, peuvent donner des résultats trèsdifférents. Ainsi tandis qu'au mois de janvier la différence entre les deux moyennes barométriques d'Aoste et du Grand Saint- Bernard est de 149mm au mois d'août elle se réduit à 141, avec une disparité de 8mm qui équivaut à une différence de hauteur de plus de 110 mètres. Une recherche plus soigneuse nous fera connaître dans la suite quels sont dans les vallées et les montagnes valdôtaines les mois les plus convenables pour les études hypsomêtriques.

3° En tenant compte de la différence de hauteur entre chacune des cinq stations et celle qui la suit immédiatement, ainsi que de celle de la pression atmosphérique moyenne rapportée ci-dessus, on peut en inférer la valeur millimétrique du baromètre, c'est-à-dire la différence de hauteur en mètres correspondant à la diminution ou à* l'accroissement de lmm du baromètre pour les altitudes comprises entre 200 et 2300 mètres. On a en effet:

Différence Valeur STATI0NS r7 " T d'un millimètre

Grand Sfc-Bernard Petit S'-Bernard

Cogne Aoste Ivrée

Ces valeurs millimétriques sont entièrement d'accord avec celles qu'on donne ordinairement pour les hauteurs correspondantes.

de hauteur

de pression

mm

§ 42. — Température.

La température est sans doute un des éléments météorologiques qui influent le plus sur la physionomie du climat d'un pays. Elle ne dépend pas seulement de la position géographique de la région, mais aussi de plusieurs de ses circonstances locales complexes. Et s'il en est ainsi pour une étendue de pays quelconque, il se vérifie bien plus souvent et avec bien plus d'intensité pour ceux qui se trouvent au milieu des montagnes et loin de la mer.

Il arrive souvent que, par l'influence de ces circonstances, des pays qui devraient paraître beaucoup plus rigides que d'autres situés dans des conditions apparemment meilleures, ont un climat doux et agréable, et deviennent ainsi favorables à l'hygiène et propres au traitement de nombreuses maladies. Nos Alpes offrent plusieurs de ces semblables exemples que d'autres et moi avons eu occasion de signaler dans diverses rencontres; et la Vallée d'Aoste en est couronnée, ainsi qu'on conclura du peu de mots que je vais en dire.

Il ne faut pas prétendre que l'exposition des variations de température qui s'appuient uniquement sur les données de nos cinq Observatoires existant dans la contrée dont nous nous occupons soit suffisant pour nous donner une idée convenable de son climat ; pour cela il faudrait que chaque vallée secondaire eût au moins une station thermométrique bien disposée, et qu'on observât aussi des thermomètres sur beaucoup d'autres points de la Vallée principale de la Doire Baltée.

Cependant les données qu'on a recueillies serviront déjà à nous donner une idée générale de l'état thermique du pays, et surtout de sa position la plus importante, telle que celle qui entoure la ville d'Aoste.

Je commence par rapporter ci-après les moyennes déduites du lustre 1 871-75 pour chaque mois et pour chaque station. Pour le Petit Saint-Bernard elles ne sont déduites que des quatre dernières années, attendu les motifs que j'ai déjà exposés.

Moyennes thermométriques mensuelles.

MOIS

Grand St-Bernard

Petit St-Bernard

Cogne

Aoste

Ivrée

Décembre

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

lo .

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Pour ces régions, comme pour beaucoup d'autres pays de montagne, le mois le plus froid est ordinairement celui de décembre. Il n'est pas rare de voir au mois de février un nouveau refroidissement, et la moyenne thermique de ce mois rester inférieure à celle du mois de janvier. Ce qui arrive surtout dans les stations les plus élevées. Ainsi en 1873 et 1874 au Grand St-Bernard, au Petit St-Bernard et à Cogne, pour les trois mois d'hiver on a eu les moyennes de chaleur suivantes :

STATIONS

Décembre

Janvier

Février

Décembre

Janvier

Février

G. S^Bemard

FJMnui

1 Cogne

A Aoste et à Ivrée le mois le plus froid est celui de janvier. Dans toutes les cinq stations le maximum de chaleur a lieu au mois de juillet; c'est pourquoi la température moyenne de ce mois surpasse celle de tous les autres. Le plus grand accroissement de chaleur se vérifie dans tous les lieux de mars à mai, et puis de mai à juillet. La courte interruption dans la marche annuelle de la chaleur qui a lieu en mai dépend du refroidissement qui se développe pendant ce mois dans les contrées valdôtaines, surtout dans les plus basses, ainsi qu'ailleurs en Italie et en Europe, ce qui est souvent nuisible aux campagnes.

Les valeurs moyennes de chaque mois augmentent à l'inverse des hauteurs; et la chaleur moyenne du mois le plus chaud (juillet) sur le Grand St-Bernard atteint à peine la moyenne du mois le plus froid du printemps (mars) à Ivrée et à Aoste. Le peu d'intensité de la moyenne pour le mois de décembre au Petit St-Bernand n'est qu'apparent, parce qu'il ne comprend pas les moyennes de 1871 et 1872, qui furent bien basses. Voici les moyennes thermiques de chaque saison dans les cinq stations:

Moyennes thermométriques trimestrielles.

SAISONS

STATIONS

Grand St-Bernard

Petit St-Bernard

Cogne

Aoste

Ivrée

Hiver

Printemps

Été

Automne

De ce prospectus on a une nouvelle preuve que la température augmente à l'inverse de la hauteur. On en infère aussi que le plus grand accroissement de chaleur a lieu du printemps à l'été, et le refroidissement le plus intense de l'été à l'automne. La moyenne thermique générale résultant du lustre considéré relativement à chacune des cinq stations, est:

Stations Température moyenne.

Grand St-Bernard — 0°. 8

Petit St-Bernard 1 . 4

Cogne 5 . 1

Aoste 10.7 Ivrée 12.7 Les valeurs moyennes de chaleur déduites pour Ivrée du dernier lustre d'observations, ne diffèrent rien ou presque rien de celles qui résultent des trente années 1837-66. De cette longue série dont on a en effet :

Saisons Température Différence

moyenne arec les moyennes du dernier lustre Hiver 2°. 9 + 0°. 5

Printemps 12 . 4 -—0.7

Été 22 . 6 +0.2

Automne 13 . 2 —0.1

Année 12 . 8 +0.1

Cet accord est, certes, très-satisfaisant, et il nous prouve que quelques années d'observations bien faites, donnent souvent des résultats brillants.

Au contraire, les moyennes déduites du même lustre pour le Grand St-Bernard diffèrent considérablement de celles que M. Plantamour calcula d'après les observations des vingt-sept années 1841-57, lesquelles seraient :

Saisons Moyennes Hiver — 8°. 4

Printemps — 3.4

Été 5.4 Automne — 0.8

Année — 1.8

Et les différences entre ces dernières et celles que j'ai trouvées moi-même, sont:

Saisons Différences Hiver + 0°. 3

Printemps +1.1

Été +1.6

Automne 1 . 0

Année +1.0

Comme on le voit, la différence est systématiquement positive ; c'est-à-dire que les moyennes thermiques déduites du lustre sont toutes constamment plus fortes que celles calculées par M. Plantamour, et que la différence augmentait dans le sens de la chaleur.

Or cette différence entre les deux résultats n'est qu'apparente; parce qu'elle dérive de la différente méthode avec laquelle les résultats ont été calculés. En effet, les moyennes que j'ai reporté ci-dessus ont été déduites des deux observations, que chaque jour on fait au Grand St-Bernard à 8 heures du matin, et à

8 heures du soir, et des maxima et minima de la journée indiqués par le thermomètre ordinaire, parce que les thermographes n'existent plus là-haut. J'ai suivi cette méthode afin de rendre les moyennes du Grand St-Bernard comparables avec celles des autres Observatoires météorologiques soit de notre réseau Alpin-apennin, soit de toute l'Italie dont les moyennes diurnes de température sont calculées sur les observations de

9 heures du matin et 9 heures du soir, combinées avec les deux températures extrêmes de la journée indiquées par les thermographes. Au contraire , M. Plantamour a déduit ces mêmes moyennes des neuf observations que les Chanoines du Grand St-Bernard font avec le plus grand soin chaque jour, et chaque deux heures, depuis 6 heures du matin jusqu'à 10 heures du soir, en y introduisant encore les trois observations de la nuit qui manquent, c'est-à-dire celles de minuit, de 2 et de 4 heures du matin, calculées avec une formule.

Maintenant, il est évident qu'avec cette dernière méthode on doit obtenir pour la température des valeurs plus petites qu'avec la première; parce qu'elle comprend dans le calcul aussi les températures de la nuit, quoique en manière artificielle ; et la différence entre les deux résultats sera plus forte si les heures 8 du matin et du soir que nous prenons pour notre calcul des moyennes sont plus écartées des heures de la nuit.

Ainsi on comprend pourquoi à mesure que la saison s'approche de l'été, ces différences vont en augmentant. Ce qui sera mis en évidence par un tableau comparatif des chiffres obtenus respectivement par les deux procédés pour une année quelconque prise à part. Par exemple , de cette manière on a pour l'année 1872-73:

Moyennes thermiques

Saisons

Hiver

Printemps

Été

Automne Année

Plantamour

Denza

Différence

Les cinq stations valdôtaines offrent l'exemple de climats trèsdifférents entr'eux. Celui du Grand Saint-Bernard est très-rigoureux; et cette station se trouve la plus froide de tout notre réseau météorologique, sans exclure celles du Stelvio et du Col de Yaldobbia, qui sont pourtant plus élevées. Ainsi pour l'année 1872- 73, les moyennes trimestrielles et annuelles de température au Saint-Bernard et à la station voisine de Yaldobbia, sont:

Stations

Saisons - - ^ - — — Différence

Grd St-Bernard Col de Yaldobbia

Hiver

Printemps

Été

Automne Année

ÔT8

Et tandis que pendant la même année, le minimum de température hivernale au Col de "Yaldobbia fut de — 14°. 5 sous le zéro, au Grand Saint-Bernard il atteignit — 20°.2.

Le thermomètre au Grand Saint-Bernard descend sous le zéro dans tous les mois de l'année, y compris les plus chauds de juillet et d'août. Et la glace ne disparaît du lac près de PHospice que pendant le mois de juillet; ce n'est que très-rarement que cela a lieu dans le mois de juin.

Le climat excessivement froid du Grand Saint-Bernard est dû surtout à sa position spéciale, enclavée au milieu des sommets des Alpes et exposée aux vents glacials du Mont-Blanc, qui ont une grande force sur cette gorge étroite.

Ces mêmes vents rendent rigide aussi la station du Petit Saint-Bernard, dont le climat est plus âpre que ne comporterait sa hauteur!

À Cogne de même la température est basse. Elle y est de beaucoup inférieure à celle qu'il y a dans quelques autres de nos vallées, qui se trouvent pourtant ou à la même hauteur, ou à des hauteurs peu différentes, comme à Balme dans la vallée d'Ala, à Crissolo dans la vallée du Pô, et à Casteldelfino dans la vallée de Yaraita.

Cela, moi je pense qu'il dépend soit des hauts et permanents glaciers qui couronnent l'amphithéâtre où est placé Cogne, soit de l'exposition de la vallée aux vents du nord.

Pourtant la nouvelle station météorologique qu'on va organiser à Cérésole de l'autre côté du Grand-Paradis, à peu près à la même hauteur de Cogne, mais dans une toute autre exposition, sera d'une grande importance; puisque cette nouvelle station et celle de Cogne, qui lui est opposée, nous feront connaître plus exactement le vrai climat de cette région difficile.

Le climat d'Aoste, au contraire, est doux. Tandis que le maximum de froid hivernal ne surpasse pas ordinairement celui des plaines du Pô, à Turin, à Moncalieri, à Alexandrie ; l'été reste cependant frais et agréable, quoiqu'il ne soit pas rare que le maximum de chaleur diffère peu de celui qu'on a chez nous. C'est pourquoi la situation de cette ville est très-avantageuse. Le vaste bassin, dans lequel elle est sise, défendu de tout côté au nord et au sud, et ouvert à l'est et à l'ouest, laisse passer les vents froids du septentrion, sans qu'ils puissent s'y arrêter et y faire sentir leur funeste influence.

Au débouché de la vallée de la Doire, le climat acquiert de suite la physionomie de celui des plaines du Pô. Il devient tout-à-fait tempérêV, et même un peu plus doux que dans les stations les plus éloignées des montagnes, lesquelles devraient être apparemment plus modérées.

Voici en effet les moyennes trimestrielles et annuelles de quatre stations situées dans les basses régions du Pô. Elles sont déduites des neuf années 1866-74, et publiées dans le Supplément à la Météorologie italienne pour l'année 1874. 6 — vallée d'aoste

S T -A. T I.O 3XT S Saison* — — — — ■

Turin Moncalieri Casale Alexandrie

Hiver

Printemps

Été

Automne

Année

En confrontant ces valeurs avec les correspondantes d'Ivrée rapportées ci-dessus, il résulte que la température d'Ivrée, tandis qu'elle est à peu prés la même que dans le reste de la Vallée du Pô au printemps et en été, elle en est supérieure en hiver et en automne, et surtout en hiver. Ce fait ne se présente pas seulement à Ivrée, mais aussi dans plusieurs des localités de notre pays placées plus près des montagnes et à une certaine hauteur; et il dépend de l'influence exercée dans ces localités par les chauds courants atmosphériques superposés à ceux qui sont plus froids, et qui, en hiver, s'abaissent et rasent le sol des plaines et des vallées. Pour Ivrée et d'autres endroits voisins, il y influe aussi un peu, surtout dans la saison d'automne, la plus grande condensation de la vapeur aqueuse qui se dégage en pluie ici plus qu'ailleurs; comme on verra ci-dessous.

Les extrêmes de la température observés dans les cinq stations pendant le lustre 1871-75, sont les suivants:

STATIONS

Ma ximum

31 i ii ï main

Différence

Valeur

Date

Valeur

Date

i Gr. St-Bernard

27 juillet 1872

23 déoemb. 1875

P*. St-Bernard

4 juillet 1874

7 déoemb. 1871

Cogne

19 juillet 1875

24 déeemb. 1870

Âoste

19 juillet 1871

24 déoemb. 1874

Irrée

5 juin 1874

28 déeemb. 1871

À Ivrée, pendant les trente années 1837-66, le maximum de chaleur eut lieu le 8 juillet 1845, et il fut de 34 degrés; le maximum de froid le 16 janvier 1838, et il fut de 17®.5 degrés sous le zéro.

Nous terminons par une considération importante.

En comparant les différences des ^températures moyennes des cinq stations que nous venons d'étudier, avec les différences correspondantes de hauteur ; et en déduisant la diminution de chaleur pour chaque 100 mètres d'élévation, on a le tableau suivant :

Stations

Différence de

Diminution de température

Hauteur

Température

pour chaque 100 mètres

Grand S^Bernard ) Petit Sf-Bernard )

Cogne

Aoste

Ivrée

Les chiffres de la dernière colonne, étant peu divers l'un de l'autre, on voit que la diminution de température est proportionnelle à l'augmentation de hauteur, et que dans les régions montagneuses, dont nous parlons, cette diminution correspond en moyenne à 6 dixièmes de degré pour chaque 100 mètres d'élévation.

Réciproquement, si on calcule le nombre de mètres qui correspond à l'abaissement d'un degré de température, on a les chiffres suivants:

Diminution de hauteur en mètres pour un degré de température

Stations

Grand S^Bernard Petit St-Bernard Cogne # 167 Aoste 168 Ivrée 156

Moyenne ... 157

ou bien, en moyenne, 16 mètres pour chaque dixième de degré.

Ces résultats sont fort satisfaisants et précieux pour l'hypsométrie de nos montagnes ; car ils confirment un principe très-

important, sur lequel sont basées les formules qui se rapportent à celle-là, savoir : la proportionnalité entre la diminution des températures et l' augmentation des hauteurs.

Et il serait bien difficile de trouver ailleurs pour cela des conditions plus favorables que celles que nous offre la région que nous étudions: où il y a cinq points d'observations, établis à de très-petites distances et à des hauteurs très-différentes, parmi les plus grandes qu'on puisse avoir sur nos montagnes. En effet, de tous les Observatoires de nos Alpes, le Grand Saint-Bernard n'a devant lui que le Col de Yaldobbia et le Stelvio, qui ne le surpassent que de quelques mètres seulement.

§ 2. — Humidité.

L'état hygrométrique de Pair est lui aussi un élément de grande importance par rapport au climat d'un pays; car il est avéré que la plus ou moins grande humidité atmosphérique influe grandement sur l'agriculture et sur l'hygiène.

Anciennement la méthéorologie ne possédait que des instruments très-imparfaits pour étudier ce phénomène : maintenant le psychromètre a suppléé en grand partie à ce défaut.

Toutefois ce genre d'observations est même à présent très-délicat; et il n'est pas exempt (surtout dans les lieux élevés) de certaines inexactitudes, à cause surtout de la trop grande et subite évaporation, aussi bien que de la congélation fréquente de l'eau, dont on trempe le linge qui enveloppe le thermomètre.

Quatre stations valdôtaines s'occupent des observations hygrométriques, c'est-à-dire: celles du Petit St-Bernard, celle de Cogne, celle d'Aoste et celle d'Ivrée ; on y fait les observations par le moyen du psychromètre.

Cet instrument manque au Grand St-Bernard. À Cogne jusqu'en 1873 on ne fit sur cet élément que des observations non suivies; maintenant au contraire on les a reprises d'une manière réglée et non interrompue.

C'est pourquoi j'indique ci-dessous les résultats moyens des observations faites seulement au Petit St-Bernard dans les quatre années écoulées depuis 1872 à 1875; à Aoste, depuis 1871 à 1875; à Ivrèe dans les deux années et demie, depuis le mois de mai 1873

à tout le 1875. Ces valeurs ne sont donc point comparables entre elles; elles pourront simplement servir à donner une idée de la distribution de l'humidité dans les pays indiqués, qui se trouvent cependant en des conditions de hauteur sensiblement différentes.

Les numéros contenus dans les tableaux suivants, représentent des centièmes de saturation de l'air; c'est-à-dire: ils indiquent l'état hygrométrique ou l'humidité relative de Pair par rapport à l'état de saturation du même air considéré comme 100.

Moyennes hygrométriques mensuelles.

Petit S^Bernard

Cogne

IVKÉE

Décembre

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Les valeurs moyennes pour chaque saison sont les suivantes:

Moyennes hygrométriques trimestrielles.

SAISONS

Petit S'-Bernard

Aosts

Irrée

Hiver

Printemps

Été

Automne

Et les moyennes annuelles seront par conséquent :

Moyennes hygrométriques annuelles.

Petit St-Bernard od . 7 Àoste 57 . 8

Ivrée 70 . 7

Il résulte de ces tableaux, qu'au Petit St-Bernard, station trèsélevée, l'humidité de Pair est très-faible. À Aoste aussi, bien que l'humidité soit un peu plus abondante, elle est toujours cependant bien petite ; dans la station d'Ivrée, au contraire, elle augmente considérablement. Le Petit St-Bernard , donc , et Àoste ont un climat sec, tandis qu'à Ivrée il est passablement humide; ce qui est produit par la condensation de vapeur qui a lieu en ce pays en y causant de fréquentes et copieuses pluies, tandis que cela n'arrive jamais à Aoste.

Ainsi qu'il a été observé en d'autres stations placées près de nos montagnes, à Ivrée les mois les plus secs sont ceux du printemps, à cause des vents qui, pendant cette saison principalement, soufflent avec véhémence dans ce pays. A Aoste, au contraire, les plus secs sont les mois de l'été. Dans cette ville, aussi bien qu'à Ivrée, on a la plus forte humidité pendant l'hiver et pendant l'automne; à Ivrée il y a peu de différence entre ces deux saisons: mais à Àoste l'hiver est plus humide.

Cela s'accorde parfaitement avec ce qui arrive ailleurs dans les endroits pas trop élévés; puisque dans le temps froid, l'air est saturé bien vite par les moindres quantités de vapeur qui y restent en suspens; tandis qu'il arrive le contraire en été à cause de la température plus élevée.

C'est tout-à-fait le contraire qui arrive au Petit St-Bernard. Là on trouve très-peu d'humidité dans l'air pendant les mois où la température est très-basse, c'est-à-dire depuis janvier jusqu'à mars, et le plus humide dans les mois de plus grande chaleur, depuis juin jusqu'à août, et pendant les mois de septembre et d'octobre. Yoilà bien un fait qui mérite d'être étudié, et qui vraiment n'arrive point dans les autres stations même les plus élevées, comme celles de Stelvio et du Col de Valdobbia, où Ton fait pourtant les observations hygrométriques avec les mêmes instruments et le même système qu'au Petit St-Bernard.

Serait-ce peut-être un effet des forts courants d'airs qui soufflent dans ces hautes régions, surtout pendant l'hiver, et de la grande précipitation de vapeur aqueuse qui s'opère là haut en forme de neige? Je crois qu'il y influe un peu aussi la grande difficulté que l'on a à faire de bonnes observations psychrométriques dans les conditions spéciales , dans lesquelles se trouve l'Observatoire du Petit St-Bernard.

Bien qu'au Grand St-Bernard on ne fasse point d'observations hygrométriques, on peut croire que dans ces régions glaciales il y a une grande humidité ; puisque les brouillards y sont trèsfréquents et très-épais, et souvent ils y durent des journées entières, contrairement à ce qui arrive en d'autres stations, et spécialement à Aoste, où les brouillards sont extrêmement rares.

À Tvrëe ils sont aussi moins fréquents et moins épais que dans les régions plus basses des vallées de la Doire et du Pô ; à cause du froid, qui y est moins intense, et de la ventilation qui y règne.

§(4. — Pluie et Neige.

L'étude de l'hydrographie d'un pays a acquis de nos jours une bien grande importance; non seulement à cause des diverses questions qui s'y rattachent sous le point de vue de la méthéorologie et de l'hygiène, mais aussi par rapport à l'agriculture, à l'industrie et aux arts. Cela est surtout vrai pour les pays placés sur les montagnes; car de là proviennent les eaux qui arrosent les campagnes, abreuvent les troupeaux, animent les machines, etc.; sans parler de l'aide qu'on attend de ces études relativement à la solution du grand problème du déboisement des montagnes. C'est pourquoi par ordre du Ministère de l'Agriculture et du Commerce, et avec le concours de plusieurs de mes collègues, je m'occupe activement de l'établissement de nombreuses stations pluviométriques dans les vallées du Piémont et, en général, dans toute la haute Italie.

Pour le bassin de la Doire et les autres bassins environnants, je compte sur la grande activité de Mr l'Abbé Bonino, Directeur de l'Observatoire d'Ivrée, qui s'en occupe avec un zèle tout-à-fait admirable.

Les stations pluviométriques, établies jusqu'à présent dans la vallée d'Aoste, sont les suivantes :

Stations pluviométriqnes de la vallée d'Aoste.

Stations

Altitude Directeurs

Àyas

Mr l'Abbé Auguste Clos, Curé.

Bard

Mr le Commandant du fort.

Eionaz

Mr l'Abbé J.-Pierre-BenjaminGirod, Curé.

Champorclier

Mr l'Abbé Jean-Baptiste Danna, Curé.

Châtillon

Mr François Bich, Copiste.

Gressoney

Mr TAbbé Josepli Delapierre, Curé.

Issime

Mr l'Abbé Pierre-M.-Joseph Favre,Curé.

Nus

Mr l'Abbé Sarteur, Yicaire.

Pont-St-Martin

Mr l'Abbé Pierre-Louis Yescoz, Curé.

Pré-Sf-Didier

1 fi ! Q

Jlr i Abbe Henn, Cure.

oc-i£emy

Mr l'Abbé Jean-Baptiste Sarteur, Curé.

Yalgris anche

Mr Gabriel Chamonin, Syndic.

Yalsavaranche

Mr l'Abbé J.-Pra Arbenson, Archiprêtre.

Yaltournanche

Mr l'Abbé Michel Chasseur, Curé.

Yerrès

Mr le Chanoine Pierre-Paul Tua, Prévôt.

Yilleneuve

Mr J.-J. Lanier, Syndic.

Comme on le voit, ces stations occupent les localités et les vallées secondaires les plus importantes du grand bassin de la Doire; et dans quelques années on aura des données très-importantes sur l'hydrographie de ces régions.

Cependant, comme toutes ces stations ne datent que depuis peu de temps, ainsi elles ne peuvent pas fournir des éléments et des données très-sûrs; c'est pour cette raison que dans ce travail je me borne aux observations faites dans les cinq stations que nous avons étudiées jusqu'à présent, par lesquelles nous avons au moins cinq ans d'observations ombrométriques,. Il faut remarquer toutefois, que le Petit St-Bernard est la seule station qui n'a que quatre années seulement d'observations.

Le Grand St-Bernard et Ivrée ont une série d'observations longues et homogènes de ce genre, semblables aux autres dont nous avons parlé.

Premièrement il est à observer qu'au Petit et au Grand St-Bernard, vu la grande difficulté et presque l'impossibilité

de mesurer exactement l'eau tombée en forme de neige pendant F hiver, les valeurs que l'on va indiquer pour les mois d'hiver ne sont que tout-à-fait approximatives, et sont déduites de l'épaisseur de la couche de neige mesurée sur le sol, multipliée par le coéfficient 0.1.

Moyennes pluviométriques mensuelles.

Grand S^Bernard

Petit S'-Bernard

Cogne

Urée

Décembre

mm

mm

mm

mu

mit

Janvier

Février

Mars

Avril

, Mai

i Juin

| Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Dont on déduit les suivantes

Moyennes trimestrielles.

SAISONS

Orand Sf-Bernard

Petit S'-Beruard

Cogne

Aoste

I?rée

mm

mm

mm

mm

mm

Hiver

Printemps

Été

Automne

La hauteur moyenne annuelle de l'eau tombée dans les cinq stations est:

Grand St-Bernard mm 980 . 8 Petit ^-Bernard » 1G05 .8 Cogne » 685.9

Aoste » 562 . 7

Ivrée » 1324.6

De tous ces prospectus on déduit les considérations suivantes : 1° Dans toutes les stations, sauf au Petit St-Bernard, la plus petite quantité d'eau tombe pendant la période de l'hiver au printemps, de janvier à mars: et puis de Pété à l'automne, en août et septembre; cependant au Grand St-Bernard le mois d'août est encore considérablement pluvieux. Au Petit St-Bernard, au contraire, la plus petite quantité d'eau tombée fut recueillie en mars et en mai, et ensuite en septembre.

La plus grande quantité d'eau fut observée en octobre; excepté au Petit St-Bernard, où elle est plus grande en décembre et en janvier: et à Aoste, où elle est un peu plus grande en avril. Ensuite viennent les mois de juillet et d'août, au Grand St-Bernard; ceux d'avril et de juin, à Cogne; ceux de novembre, décembres , juin et juillet , à Aoste; ceux compris entre avril et juillet , à Ivrée.

2° Pour ce qui a rapport aux saisons on a :

Stations LES PLUS LES MOINS

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