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ARC DE TRIOMPHE

A quatre cents mètres environ de la porte Prétorienne, à l'extrémité du bourg de Saint-Ours (c'est ainsi qu'on nomme la partie de la ville située en dehors du rempart romain), et cà quelques pas du Buthier, s'élève l'arc de triomphe érigé en l'honneur d'Auguste pour perpétuer le souvenir de la défaite des Salasses (1).

(1) C'est improprement qu'on appelle cet arc Arc de Triomphe. Les Romains n'ayant décerné les honneurs du triomphe que dans Rome, on ne doit appeler Arc de triomphe que ceux qu'ils érigèrent dans cette ville, et l'on appelle Arcs honoraires ceux qu'ils érigèrent hors de Rome (OrsiÈres). L'arc honoraire d'Aoste est le plus beau et le plus magnifique monument de ce genre que l'Italie et même l'Europe possède hors de Rome. (Gal.)«

Ce monument imposant est d'une assez belle conservation; il n'a qu'une seule arcade, dont la largeur est de huit mètres quatre-vingt-neuf centimètres au-dessus de la corniche du soubassement, et dont la hauteur est de onze mètres cinquante centimètres sous clef de voûte.

Tin socle de grande et belle proportion sert de base à l'édifice ; sur ce socle reposent la colonnade qui supporte l'entablement et les petits pilastres soutenant l'archivolte ; les colonnes, au nombre de dix, sont distribuées de telle sorte qu'on en voit quatre sur les façades principales et trois sur les façades laté-

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raies. Les fûts de ces colonnes présentent autant de coupures distinctes qu'il y a d'assises de pierre; ils sont engagés par derrière dans le massif. Les chapiteaux sont d'ordre corinthien du meilleur style. Les petits pilastres des angles sont à deux faces et surmontés de chapiteaux composites; l'archivolte est dessinée par plusieurs plates-bandes ornées de moulures très-peu saillantes. Entre les colonnes des deux façades il existe des vides dans la maçonnerie ; il est certain qu'autrefois ces vides é-

taient remplis par des trophées ou par des tables de marbre chargées d'inscriptions. L'entablement se compose d'une architrave unie, d'une frise décorée de triglyphes et d'une corniche ornée d'oves finement sculptés et de moulures d'un profil élégant.

L'attique qui couronnait l'édifice et sur lequel était gravée une inscription dédicatoire dont la tradition seule nous a transmis le sens, l'attique, dis-je, a disparu emporté par le temps.

En 1716, à l'aspect des ravages amenés par les infiltrations, les magistrats d'Aoste se décidèrent à couvrir le monument d'un toit d'ardoises. Nous ne devons pas regretter une précaution qui, sans nul doute, a préservé l'arc triomphal d'une ruine complète et nous permet aujourd'hui d'admirer un des chefs-d'œuvre de l'art romain parvenu à son apogée; cependant il faut avouer que cette lourde couverture fait la plus triste disparate avec la grandeur de cet admirable édifice (1).

L'arc de triomphe, au moyen âge et beaucoup plus tard encore, était appelé communément Saint-Voult (2); on le trouve ainsi nommé dans uu nombre infini de vieilles chartes. C'est sans doute à cause du crucifix placé sous la voûte que cette dénomination passa en usage.

Suivant la tradition, dès les premiers temps de l'établissement du catholicisme dans la cité, l'image de Notre-Seigneur mourant pour les hommes fut exposée à cette même place ; le crucifix qu'on y voit maintenant m'a paru dater d'une époque déjà fort reculée. Sur le pilier à droite on lit l'inscription suivante :

Arc de triomphe d'Octave Auguste César, il défit les Salasses l'an de Rome 724 ; 2à ans avant l'ère Chrétienne ; sur le pilier de gauche:

Le Salasse longtemps défendit ses foyers; il succomba; Rome victorieuse, ici déposa ses lauriers.

(1) La pierre employée dans la construction de ce monument est le même poudingue qui a servi à bâtir la porte Prétorienne, et que nous retrouvons dans tous les édifices romains d'Aoste ; pour les parties sculptées, on a mis en œuvre un calcaire à grain très-fin et d'une couleur blanchâtre.

(2) Pour s'expliquer la dénomination de Saint-Voult , il faut en chercher l'étymologie dans un souvenir de la langue latine: ce doit être en effet de Sanctus vultus qu'est venu le nom donné au moyen âge.

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