COLLECTION DU PRIEUR GAL
au Musée de l'Académie de St-Auselme.
Voici d'abord deux tuiles d'une épaisseur de quatre centimètres à l'endroit le plus faible. Ces tuiles servaient pour la construction des conduites d'eau ; quelquefois aussi on les employait dans les tombeaux.
Leur forme était celle- d'un carré long à rebords saillants dans le sens de la longueur ; une large cannelure suivait ce rebord: les angles externes étaient abattus pour rendre l'assemblage plus facile et plus solide.
Je donne ici la copie des marques de fabricants connus dans le val d'Aoste, en faisant remarquer combien elles se distinguent par la beauté des lettres et la pureté de la forme.
Les lampes sépulcrales et les vases en terre cuite retrouvés dans la vallée sont en général fort remarquables.
Les musées les plus richement pourvus n'en renferment pas de mieux conservés que ceux qui suivent.
La lampe qui porte l'empreinte de l'aigle tenant au bec un rameau d'olivier, et le vase recouvert d'un vernis rouge éclatant, étaient enfouis dans un champ qui longe la route d'Aoste au Petit Saint-Bernard, à un quart de lieue de la cité.
AOSTB 201
Dans le même champ gisaient une foule d'autres débris romains, lampes, vases en terre cuite, et une grande quantité de fioles lacrymatoires en verre. La voie consulaire, et c'est là ce qui
explique toutes ces trouvailles si intéressantes pour l'histoire et en particulier pour l'archéologie, la voie consulaire, aux entrées de la ville, était bordée de tombeaux selon la coutume romaine;
14 — y ALLÉE D'AOSTE
cet usage justifie la fréquence de l'invocation gravée sur les marbres funéraires : Siste gradurn, viator.
La lampe qui porte la marque Aprio a été trouvée à Pré-St- Didier, dans l'un des tombeaux découverts en ce village à différentes époques.
Cette plume métallique, ô vanité de nos invention modernes ! a été déterrée, avec les deux pièces de monnaie qui l'accompagnent, au même moment et dans le même champ que la lampe ornée de l'aigle ; ces objets ont été rencontrés à une profondeur de trois mètres environ. La plume, en bronze fortement oxydé, est
fabriquée avec une feuille de ce métal roulée et forgée sur uu mandrin de fer ; le joint ne porte aucune trace de soudure.
Le bec est artistenient découpé ; on ne ferait certes pas mieux aujourd'hui.
Il me restait, je l'avoue, quelque incertitude sur l'authenticité romaine de cet instrument, mais ayant su depuis que le musée de Brescia (1) en possédait deux semblables qu'on avait retrouvées lors des fouilles pratiquées dans le temple de Vespasien, tous mes doutes se sont dissipés.
La figurine que l'on voit ici est en bronze, sa hauteur est de douze centimètres quatre millimètres; elle représente un jeune affranchi d'origine germaine, ainsi que l'établit le costume particulier dont elle est revêtu.
(Il n'y a pas à se méprendre sur la qualification à donner à cette statuette ; c'est bien un affranchi libertinus, puisqu'il a sur la tête le bonnet de liberté, pileus. Pendant les trois jours
(1) Le prieur Gai a entendu affirmer par le gardien du Musée de Lyon qu'une plume pareille avait été trouvée sur les bords de la Meuse.
des saturnales, qui avaient lieu les 17, 18 et 19 décembre de chaque année, les Romains se coiffaient de ce bonnet et se livraient à tous les plaisirs. On disait alors qu'ils étaient pîleati). Le modelé en est satisfaisant, sans être cependant comparable pour la perfection au style des meilleurs morceaux de ce genre.
Malheureusement, le bras droit est perdu et l'on ne peut deviner quel en était le mouvement.
Cette statuette a été découverte près du village d'Émarèse, sur un magnifique plateau d'où le regard embrasse la vallée tout entière.
Dans le même endroit, en 1798, on a retrouvé, au milieu d'une quantité de débris antiques, sept statues en bronze qui ont été envoyées à Paris.
La figurine dont nous nous occupons a du servir d'ornement à un coffret ou à un \ meuble de ce genre , car le derrière de la tête est limé à plat, et Ton aperçoit dans le dos, au-dessus du premier pli de la tunique, près de la ceinture, la trace de l'agrafe qui la fixait.
Voici maintenant un fragment de couronne: il fut trouvé dans les fouilles exécutées pour asseoir les fondations d'une maison construite dans l'enceinte des remparts, non loin de la
place Charles-Albert. Cette couronne , en cuivre probablement doré autrefois, est finement travaillée et gracieusement dessinée. Les feuilles de chêne entremêlées de glands qui la composent sont groupées avec un goût exquis.
Les uns pensent que c'était une couronne civique; d'autres, qu'elle ornait un tombeau ou la tête d'une statue : à mon avis, c'est à cette dernière opinion qu'il faut s'arrêter.
Ce précieux fragment a été découvert au milieu de restes antu ques de toute espèce ; parmi tous ces objets était une boîte en corne brute contenant neuf petits cubes en cuivre évidemment destinés à la fabrication des mosaïques, une tessère en bronze et plusieurs médailles du haut empire.
Cette tête de Persée est en bronze: sa conservation est merveilleuse, et la pureté du dessin atteste qu'elle appartient à l'époque la plus florissante de l'art romain.
Ce charmant morceau de ciselure a été retrouvé sur la route du G-rand-Saint-Bernard, à peu de distance de St-Khemy, lors de quelques travaux entrepris pour améliorer le chemin. Les archéologues supposent que cette tête était destinée à une exvoto pour le temple de Jupiter Pennin.
Le malheureux voyageur qui la portait pour .la déposer aux pieds de l'idole, surpris par une de ces tourmentes auxquelles
rien ne résiste, aura péri sans doute avant d'avoir pu accomplir son vœu.
Je cite encore un fragment de bas-relief antique sculpté sur marbre blanc.
Enfin, je groupe dans la page suivante les dessins d'une charmante petite tête en terre cuite, d'une urne en verre d'une forme
inusitée, d'un moule de monnaie, d'une inscription sur plaque de bronze que les uns ont qualifiée de tessère, et que d'autres croient être un morceau d'inscription dédicatoire, comme il était d'usage d'en placer sur la face antérieure du piédestal des statues.