ÉPOQUE MODERNE
PALAIS RONCAS.
De tous les monuments que renferme la cité d'Aoste, le plus ancien en date .est le palais Eoncas. Avant d'aller plus loin on me permettra de donner quelques explications sur la valeur de ce mot palais; dans notre pays, nous n'appliquons cette qualification qu'aux demeures royales ou tout au moins princières ; en Italie, au contraire, toutes les maisons qui contiennent des appartements un peu plus somptueux que ceux des habitations ordinaires, ou dont l'extérieur affecte quelques prétentions architecturales, sont pompeusement décorées du titre de palais. En France ce serait un hôtel, en Italie c'est un palais.
Elevé par Pierre-Léonard Eoncas, l'édifice qui porte son nom fut achevé en 1605 ; il est situé sur une place assez vaste, mais irrégulière, qui se trouve dans le prolongement de la rue Croixde- Ville. Sa façade, bien qu'elle soit extrêmement simple, ne manque pas d'une certaine ampleur. Le grand escalier, décoré de fresques, représentant des sujets tirés de la mythologie, est véritablement très-beau ; il conduit à de vastes galeries soutenues par des colonnades en marbre gris.
Ces galeries régnent autour de la cour et donnent accès dans les appartements. Les fenêtres de la seconde façade exposée au couchant ouvrent sur un grand jardin qui s'étend jusqu'à la muraille romaine.
En 1702 le conseil des Commis fit l'acquisition du palais Boncas, afin d'y installer l'administration générale du duché; depuis cette époque, la destination de ce bâtiment n'a point été changée: aujourd'hui, le sous-Préfet y habite, entouré de tous les bureaux dépéndant de son administration.
ÉYÊCHÉ.
Non loin de la sous-Préfecture, vis-a-vis du flanc méridional de la cathédrale, se trouve le palais de l'évêché. Il ne reste trèsprobablement rien de la demeure primitive des évêques d'Aoste; la majeure partie des bâtiments existant aujourd'hui ne remonte pas à un temps plus ancien que l'épiscopat de Philibert-Albert Bailly; ce prélat qui occupa la siège épiscopal de 1659 à 1691, apporta de nombreux changements dans les constructions de l'évêché et s'appliqua non-seulement à agrandir le palais , mais encore à l'embellir. Il fit élever un immense salon autour duquel on plaça la collection des portraits de tous les évêques, ses prédécesseurs.
L'évêque Solar de Villeneuve, nommé ea 1784, voulut aussi contribuer à l'ornementation de cette salle magnifique ; sous sa direction, d'habiles ouvriers réparèrent les tableaux représentant les évêques et ajoutèrent à cette nombreuse série les portraits des ducs de Savoie. La décoration fut complétée par la peinture des panneaux placés au-dessus du lambris : on y figura la carte géographique de tout le duché.
En 1750 environ, Pévêque Pierre-François de Sales avait fait construire l'aile orientale de l'évêché, et on avait donné au nouveau bâtiment le nom d'appartement des princes.
Le grand salon que j'ai décrit mérite une visite attentive ; quant au reste du palais épiscopal, il ne se compose que d'une longue suite de pièces pour la plupart très-vastes, mais sans aucun ornement.
A quelques pas de l'évêché s'élève le grand séminaire bâti aux frais du généreux Pierre-François de Sales. C'est un trèsbel établissement, remarquable par la largeur des corridors, par la grandeur des chambres où viennent habiter les jeunes gens voués à la noble mission de guider et de consoler les hommes. On voit que tout a été conçu dans ce grand édifice pour multiplier les conditions de salubrité. Mort en 1183, le fondateur du séminaire fut enseveli dans la chapelle ; il n'avait pas voulu se séparer de son fidèle troupeau. Au milieu du modeste sanctuaire, on trouve la pierre tumulaire qui recouvre ses restes mortels; une touchante épitaphe rappelle les vertus et les bonnes œuvres de ce prélat vénéré.