‹ Guide de la vallée d'AosteChapitre 52 sur 146 · COLLÉGIALE · texte numérisé non relu

COLLÉGIALE

Pénétrons maintenant dans l'intérieur de la collégiale, église à trois nefs, de proportions biens moindres que celles de la cathédrale. Ici tout respire la simplicité; les nefs sont séparées par de lourds piliers carrés qui soutiennent l'épaisse muraille sur laquelle vient s'appuyer la voûte principale. Cette voûte ogivale, dont les nervures, décorées d'ornements peints, présentent à chacun de leurs points d'intersection un pendentif aux armes de m Challant, a été construite aux frais de Georges de Challant, pour remplacer la voûte antique , plus élevée et dont on peut, en courant quelques dangers, visiter les restes : on y retrouve des traces de peinture dans le style byzantin. Le chœur est élevé de quelques degrés; trois arcades en marbre, soutenues par quatre colonnes et surmontées d'une balustrade exécutée dans ce style contourné auquel on a donné le nom de rococo, le séparent de la nef. Les stalles de chanoines, dues aussi à l'inépuisable générosité de Georges de Challant , sont un chefd'œuvre de délicatesse, de goût et de composition.

Au-dessus de chaque stalle, le sculpteur a ciselé dans le chêne les images des apôtres, des prophètes et des saints les plus vénérés ; des médaillons entourés d'ornements entremêlés de guirlandes de fleurs servent de cadre à ces figures. Le bras qui séparent les formes sont chargés d'animaux pleins de vie et de mouvement; enfin l'ensemble de la boiserie est couronné par une corniche voûtée, à pendentif en ogive, et surmontée de légers clochetons découpés à jour.

Ce remarquable travail appartient sans aucun doute à la même époque que les boiseries du prieuré et du château d'Isscgne : c'est tout-à-fait le même style, la même abondance de charmants détails , la même harmonie de composition, la même élégance de dessin, la même finesse de ciseau.

Le chœur de la collégiale renferme une pierre tombale du

fil

E MEMOR l '■>

VÎXIT ÏN

plus haut intérêt: celle de Gallus, évêque d'Aoste, mort en 546, ou, pour s'exprimer ainsi que l'inscription elle-même, le 3 des ides d'octobre, la douzième année après le consulat de Paulin le Jeune, indiction dixième. Ce précieux monument, découvert en 1300 au milieu des tombeaux de l'ancien cimetière Saint-Laurent, fut transporté alors dans la chapelle souterraine de la collégiale ; puis, en 1817, le prieur Linty le fit placer au fond de Tune des grandes niches surbaissées du chœur, celle située au nord.

La crypte ou confession mérite plus qu'une attention superficielle, car le colonnes qui soutiennent la voûte sont romaines, et on en compte un grand nombre.

On descend à cette chapelle souterraine par deux escaliers opposés, ainsi qu'il était d'usage de les construire pour parvenir aux catacombes primitives creusées sous les premières basiliques chrétiennes.

C'est là que les premiers fidèles de la vallée se sont réunis pour entendre la parole des saints confesseurs de la foi ; c'est là que furent ensevelis plusieurs de ces êvêques illustres qui ont tour à tour enseigné et dirigé ces peuples pleins de croyance.

La collégiale dédiée a Saint-Pierre et à Saint-Ours, a été élevée sur l'emplacement d'une ancienne chapelle consacrée primitivement au prince des apôtres. Un prêtre écossais, Saint- Ours, archidiacre de la cathédrale pendant l'épiscopat de Plocéan, se sépara de ce malheureux évêque qui, penchant vers l'arianisme, aurait peut-être entraîné son diocèse, et vint, vers l'an 523, accompagné de six chanoines, fonder la collégiale, afin de combattre l'hérésie. Saint-Ours, après avoir édifié les populations par sa piété fervente et. ses touchantes vertus, fut enseveli dans l'église qu'il avait élevée. Les nombreux miracles accomplis sur son tombeau le firent placer au nombre des Saints , et son nom réuni à celui de Saint-Pierre, devint le vocable de l'antique chapelle érigée en collégiale. Les reliques de ce noble défenseur de la foi catholique sont conservées dans une belle châsse en argent ciselé.

Cloître de la Collégiale.

Le cloître de la collégiale est contigu au bas côté de l'église situé au midi. Sa construction remonte au xne siècle, mais

les voûtes ont été refaites à la fin du xve par les soins de Georges de Challant. Bien de plus intéressant à étudier que les chapiteaux des nombreuses colonnes qui soutiennent l'édifice. Tantôt ils sont composés d'ornements capricieux ou d'animaux fantastiques, tantôt décorés de personnages représentant différentes scènes empruntées à l'histoire de l'ancien testament ou des sujets concernant la collégiale elle-même. Je noterai parmi ceux qui m'ont le plus frappé, le chapiteau où sont figurés Jacob avec Esaù, leurs familles et leurs serviteurs, celui où l'on voit l'évêque Plocéan entraîné dans les flammes de l'enfer par les démons vengeurs de son apostasie ; puis enfin, le plus important de tous, celui sur lequel est gravée l'inscription suivante :

ANNO-AB INCARiWflOE-DNI 0) C-XXX-ill \NKX l?sRo rfgvI?s ^TA INCEPTA €STv

La colonne qui supporte ce chapiteau se trouve la première immédiatement après le pilier de l'angle sud-est dans la galerie méridionale du cloître. Cette inscription est un précieux document historique, car si l'on ne possédait pas la bulle fulminée en date de 19 novembre 1133, par laquelle le pape Innocent II établit la régularité dans le chapitre de Saint- Ours, elle fournirait à elle seule une preuve qu'il serait difficile de révoquer en doute.

Autour du cloître et du prieuré se groupent les maisons canonicales, modestes asiles où vivent des hommes dont F existence est vouée à la pratique des vertus chrétiennes, et qui, malgré les devoirs multipliés de leur saint ministère, trouvent encore assez de temps pour cultiver les sciences et les arts.

En revenant vers la cité, je remarquai l'inscription suivante scellée dans la muraille d'une maison de la rue principale du bourg Saint-Ours.

LOCYS PORTEE STI VRSI V Y L G O C H A F F A.

Cette inscription,* qui paraît être du xne siècle , marque la place qu'occupait avant cette époque la porte, où se percevait

l'impôt prélevé par les évèques sur toutes les marchandises destinées à entrer dans la cité. J'ai déjà parlé de ce droit, dont les anciennes chartes constatent l'existence ; à son tour l'inscription constate la place même où l'impôt se payait. Le nom vulgaire de chaffa indique que la porte était flanquée d'une tour, car en basse latinité chaffa signifie tour en bois. La porte Saint- Ours doit avoir été abattue à peu près vers l'époque où la pierre fut sculptée; peut-être est-ce une inondation du Buthier qui Ta renversée; à cet égard les documents et la tradition ne fournissent aucune donnée positive.

Page 1