Une promenade par les châteaux du moyen-âge
Il faut consacrer une journée entière à cette excursion. On sort au midi de la ville pour aller traverser la Doire au Pont- Suaz, dès lors on se dirige au couchant ; au pied de la grande moraine dite: côte de Gargantua, on voit l'ancienne église de Chevrot et un peu au delà une ancienne maison seigneuriale; dans le premier village on trouve la tour de St-Anselme, ce grand docteur et philosophe qui est la plus grande gloire du Val d'Aoste, puis on arrive à la chapelle de Ste-Madeleine et à la Tour des pauvres; à quelques pas en dessus se trouvent d'autres tours nobles sur le parcours jusqu'à Jovençan: après avoir dépassé Jovençan on descend un peu pour arriver à une tour antique sur un mamelon qui domine la Doire et près de la tour on voit une chapelle. Ici on se trouve au milieu de ruines et de débris qui constatent l'existence de nombreuses habitations bouleversées et détruites. Ces traces de dévastation s'étendent sur un grand circuit. Les habitants du pays appellent cette localité : la cité de Cordèle.
L'ancienne capitale des Salasses s'appelait Cordèle, et l'on ne sait préciser où elle était bâtie. On parle des environs de St-Martin de Corléan, près d'Aoste, de Pré-St-Didier, où l'on trouve un canton dit le mas de Cordèle; mais on ne trouve nulle part comme ici des traces d'un vaste emplacement occupé par des habitations. Un historien de la vallée d'Aoste ne pourrait-il pas, au milieu de tant d'indécisions, prétendre que la ville de Cordèle occupait le terrain au pied de cette ancienne tour? Est-il probable que les Koinajns eussent établi leur campement si près de la ville des Salasses que le serait Corléan? Est-il à présumer qu'ils se fussent arrêtés si loin de Cordèle que l'est Aoste de Pré-St-Didier? Ne peut-on pas légitimement supposer que la stratégie n'eût réservé une rivière entre les combattants?
Les derniers efforts des Salasses se seraient épuisés à défendre leur capitale située près de l'entrée de la vallée de Co-
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gne, si riche en minières et par où ils pouvaient se réfugier dans les montagnes du Canavais. Les minières étaient bien le motif de la guerre "acharnée des Romains, et les habitants de Cogne et de Champorcher conservent encore un type des mœurs et quelques expressions à part. C'est, au reste, une question historique que l'on ne fait que soulever et qui peut bien être aussi importante que celle du passage d'Annibal par les cols des Alpes.
Après avoir visité cette tour et étiftlié ces ruines, on remonte un peu vers le sud-ovest pour aller visiter le château des Aymavilles et ses quatre tours ; le château avait autrefois des dimensions bien plus grandes et occupait tout le terrain où se trouvent aujourd'hui les vergers et le jardin. On y jouit d'une belle, vue sur la ville et la vallée.
Du château on descejid visiter l'église souterraine de St-Léger d' Aymavilles, puis on continue sa route.au couchant en traversant la Grand Eyvie de Cogne et en remontant la rive droite de la Doire pour aller faire une visite à Chatel-Argent. On y monte de l'église vieille de Villeneuve. Ce château devait avoir autrefois une grande importance, puisqu'on y battait monnaie et que les souverains s'en étaient réservés le domaine immédiat. On y voit encore fort bien les restes de la chapelle.
On pourrait encore pousser jusqu'à Introd, monter sur la tour pour jouir d'un beau coup d'œil.
On repasse à Villeneuve sur la rive gauche de la Doire, et avant d'arriver à St-Pierre, on voit sur la route la tour carrée dite de Colin et Château Feuillet, restauré et adapté à la moderne. A St-Pierre on doit visiter deux châteaux: au Sud, celui des nobles S.irriod de la Tour, branche des Sarriod d' Introd et celui de St-Pierre de Chatel-Argent sur le mamelon qui domine le presbytère et l'église. Ce dernier a eu un grand luxe sou£ les nobles Eoncas.
A une demi-heure de St-Pierre se rencontre le château royal de Sarre, un des mieux conservé et des plus régulièrement distribués de la vallée. C'est un pied-à-terre que Victor-Emmanuel a voulu avoir dans la vallée d'Aoste pour ses chasses favorites au bouquetin qui abondent à Valsavaranche et à Cogne.
Ces années dernières on a fait de grandes restaurations à ce château. La vue du haut de la tour est fort belle. On revient à Acste par Sarre (clocher ancien) et Chésalet. On peut encore visiter l'ancienne église de St-Martin de Corléan et le château de Montneury, d'une, construction originale et d'où Ton jouit d'une vue magnifique en faisant le tour de la maison par la galerie circulaire.
Cette excursion aux anciennes tours et maisons seigneuriales du moyen âge est recommandée à ceux qui s'intéressent à l'histoire.
2. Ascension à la Becca de Nona (3165 — H fallt compter six heures pour l'ascension; la descente peut se faire en quatre heures. Depuis plusieurs années un sentier que fit construire M. le chanoine Carrel permet d'aller à mulet jusqu'à la cime, en prenant simplement la précaution de descendre de la monture à quelques pas plus scabreux. .Ce pic, qui est le plus apparent vu de la ville d'Àoste, s'appelle aussi Pic de onze heures (synonhne de Noua, parce qu'à Aoste depuis le décret d'expulsion de Calvin on sonne Y Ave Maria ou Y Angélus à onze heures, coups de Nona, et non pas à midi) et Fie Carrel, parce que M. le chanoine Carrel le premier l'a fait connaître et l'a illustré par son grand panorama : Les Alpes Pennines en un jour; panorama de la Becca de Nona — Aoste 1855. On franchit la Doire sur le pont Suaz et l'on gravit la colline de Charvensod, village où l'on peut trouver de bons mulets (il serait prudent de faire prévenir les guides dès la veille). On monte à travers la prairie à la chapelle de St-Coloinbe, puis à travers la forêt à celle de St-Pantaléon et ensuite à Termitage de St-Grat, lieu de pèlerinage et d'où la vue est fort étendue. De l'ermitage on monte aux chalets de Chamolé d'où l'on se prend à côtoyer à l'est soit à gauche pour arriver au Col de Fenêtre, qui conduit en un quart d'heure à Comboë (2108 m.).
Ce châlet appartient au Chapitre soit à la cure de St-Ours d'Aoste. M. le chanoine Carrel y a fait construire une maison où l'on peut loger; il est bon avant de partir d'Aoste de s'assurer de la clé de cette maison en parlant à un des chanoines du Bourg St-Ours ou en s' adressant au concierge du Clup Alpin.
De Comboë on monte en zig-zag par une ancienne moraine où l'on remarque un immense bloc erratique surmonté d'un sa-
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pin, jusqu'au plateau de Valé, lit d'ancien glacier dont on suit la moraine jusqu'au Gros Ces (Roc). Alors on tourne à gauche et l'on monte par des gazons jusqu'à la Grotte de la Providence^ ainsi nommée parce qu'elle a offert plusieurs fois un abri à M. Carrel, lorsqu'il était surpris par la tempête dans ses fréquentes excursions à ce pic, qui était son pic de prédilection. De là, par un sentier rocailleux, on atteint la cime (3165 m.). On peut aussi se rendre à Comboë par le vallon du Dard et Ponteille.
Le panorama de la Becca de Nona est splendide sur les Alpes Pennines et sur la vallée d'Aoste. Dans l'impossibilité de le détailler on est obligé de renvoyer au panorama de M. le feu chanoine Carrel et à la brochure qui accompagne ce panorama.
De la Becca de Nona, on peut se rendre à Cogne dans la même journée. Dans ce cas on redescend jusqu'au Gros Cez, tournant alors à gauche on gravit l'arête qui conduit aux pâturages d'Arbole. Dès lors on peut choisir entre les cols d'Arpisson, de Crann, le pas du Valaison, ou les cols d'Arbolle et des Lores.
(Voir ces cols dans la Vallée de Cogne).
3. Ascension du Mont Eniilius (3595 m.). — C'est une course de neuf heures depuis Aoste, mais on va généralement passer la nuit au chalet de# Comboë.
Le Mont Emilius s'élève au sud-est de la Becca de Nona, c'est le pic le plus élevé de la chaîne qui sépare Cogne de la vallée centrale d'Aoste. On propose depuis quelques années de l'appeler Mont Pie ; ce nom ne sera probablement adopté que lorsque l'on y aura construit le monument projeté et l'observatoire météorologique à annotateur télégraphique spécial? Ce pic s'appelait autrefois le pic de dix heures. M. le chanoine Carrel lui donna le nom de Mont Emilius, en honneur de la demoiselle Emilie Argentier qui le gravit à l'âge de quatorze ans.
Depuis Comboë on suit la vallée qui longe le côté sud de la Becca de Nona, pour atteindre les châlets d'Arbole (2498 m.), puis on continue par la base d'un petit glacier qui ferme la vallée et domine le petit lac d'Arbole. On traverse ce glacier pour se diriger à gauche vers le Mont Emilius que l'on attaque en surmontant un escarpement de rochers dont on suit Parète jusqu'au sommet. En 1875, MM. Corona et Edouard Défey atteignirent la cime par un passage plus court, un peu plus à l'ouest.
2f)2 VALLÉE CENTRALE
M. Coroua donne l'itinéraire suivant pour ce nouveau passage découvert le 10 septembre 1875: «, Au lieu dé* monter à droite pour arriver au glacier, nous avons tourné à gauche en traversant la masse de détritus qui entoure le lac d'Arbole. Nous montâmes ensuite en droite ligne du pic Emilius. Au commencement de la montée' nous rencontrâmes une espèce d'escalier abrité par une paroi de la hauteur de 2o mètres environ que nous baptisâmes du nom de Grand Escalier, et nous le surmontâmes facilement; puis on trouve un autre petit escalier presque en ruine qu'on pourrait réparer à peu de frais; au-dessus de cet escalier auquel nous avons donné le nom Escalier du Paradis nous trouvâmes une cheminée plus haute que celle du Mont Cervin, mais plus facile et qu'on peut gravir sans corde; nous l'appellâmes Cheminée du Mont Emilius; nous poursuivîmes notre route à zig-zag par le couloir, en traversant des roches très-lisses , et nous arrivâmes à une petite grotte - abritée par une roche énorme et dentelée: nous tenant toujours à gauche nous arrivâmes sur la crête du mont qui domine le lac d'Arbole et semble une prairie très-inclinée et en quelques minutes nous touchions le pied du monument élevé sur la cime. Le guide Grégoire Corné de Charvensod nous accompagnait et nous avons reconnu qu'avec une belle journée, par ce nouveau passage (que la section d'Aoste du Club Alpin voulut désigner du nom de Passage Coron ) on pouvait du lac d'Arbole atteindre la cime du Mont Emilius dans une heure. Cette route que la section d'Aoste améliorera bientôt est préférable à l'ancien passage qui conduit au glacier et qui est très-fatigant. »
Le panorama est de toute beauté, de beaucoup supérieur à celui dont on jouit de la Becca de Nona.
On peut revenir à Aoste ou par la même route, ou par le vallon des Lores sur Brissogne ; ou bien on peut passer à Cogne par le col d'Arbole, le col des Laures, le glacier et les lacs de Lucert et Grauson (Voir Cogne).
4. Ascension an Signal Sisinonda (4 heures d'Aoste). — Entre Chamolé et Comboë se trouve sur Farète de séparation une petite pyramide que M. le Chanoine Carrel a appelé Signal Sismonda, du nom d'un des naturalistes, ses amis. On y jouit presque du môme panorama que de la Becca de Nona. On doit y