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Ascension dn Mont Fallet ou Fallère

Il faut compter six heures pour l'ascension et quatre heures pour la descente, sans les haltes.

(]) La section d'Aoste du Club Alpin prépare la construction d'une cabane sur ce Signal.

Ce beau pic qui a servi de point de triangulation aux officiers de l'État Major Sarde pour le relevé de la grande carte à 1 pour 50,000 mètres, forme le point culminant d'une masse*de collines qui se trouvent entre le St-Bernard et Aoste. Sa position qui domine toutes les vallées du côté sud, ainsi que la vallée elle-même et le Valpelline, procure de sa sommité une vue superbe. On peut y monter de la vallée du Grand St-Bernard par la Combe de Frassin ou Flassin, mais l'ascension en est plus facile en partant d' Aoste.

On monte d' Aoste. aux chalets de Sarre, où au besoin on pourrait passer la nuit, et de là en trois heures on atteint la sommité. <x Comme point de vue, dit M. Mchols, je préfère ce pic à celui de la Becca de Nona. Il est bien plus facile d'accès à pied depuis Aoste. » On peut redescendre en trois heures à St-Pierre par Verginin, Vétan ou Vé rogne.

Cette excursion, peu connue et peu décrite encore, est très-recommandée aux touristes qui ont un jour de liberté à leur passage à Aoste.

D'Aoste à Courmayeur (34,50 Icil).

La route s'avance au milieu de prairies à la végétation luxuriante ; on voit, à gauche, le château de Montfleury, poétique maison de campagne de M. le baron Bich; à droite, on aperçoit l'ancien clocher de Chésalet et bientôt après l'église de Sarre. Sur la route, à Fendroit où se trouve maintenant une grande ferme, existait le beau clocher de Sainte-Hélène, que l'on aurait dû conserver comme un monument de Part et de Phistoire, mais le propriétaire actuel crut de son devoir de nouvel acquéreur du terrain et de bon fermier, de faire les sourdes oreilles aux offres et aux prières qui lui furent faites et il fit détruire cet antique clocher, peut-être pour n'avoir plus ombre des anciens propriétaires. C'était le clocher d'un ancien couvent de Templiers, selon la tradition ; en faee de ce couvent, sur la droite, coquettement adossée à un tertre verdoyant, on voit une jolie maison de campagne, ancienne résidence d'été des sœurs religieuses de la Visitation, dites de Lorraine, introduites dans la vallée d' Aoste par monseigneur de Salles, évêque d'Aoste et frère de St-François de Salles, archevêque de Genève.

d'aoste à coukmayeur

<* Ce riant Montfleury qu'on n'aperçoit jamais « Sans songer que c'est là le séjour de la paix! »

Gérard. (La Vallée d'Aoste sur la scène).

Bientôt la route donne un grand détour en passant sous le château de Sarre, propriété de S. M. Victor-Emmanuel, En face, de l'autre côté de la Doire, s'élève le château des Aymavilles, jadis résidence de la noble maison de Challant, appartenant aujourd'hui à M. le comte Castiglione. Ce château, dont les commencements datent du xive siècle, est flanqué de quatre tours rondes à ses angles; il paraît triangulaire et M. De Saussure luimême y fut trompé.

Sur le rocher qui domine la route se trouvent les vignobles qui produisent le vin si renommé des Torrettes. On laisse à gauche le chemin qui conduit à Cogne par les Aymavilles et

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l'on arrive à la bourgade de St-Pierre, après avoir dépassé le Prieuré, dont le clocher aigu attire l'attention du voyageur.

St-Pierre présente un tableau séduisant par sa position. Au bas se trouvent la bourgade et des prairies auxquelles succèdent quelques treilles de vigne , puis vient la maison du curé qui supporte l'église dernièrement reconstruite avec une grande hardiesse, puis le clocher aux formes antiques. Au-dessus du clocher, au haut du mamelon s'élève le château des anciens seigneurs de St-Pierre. où le baron Eoncas se plaisait à exercer une hospitalité princière ; la partie la plus intéressante du château, celle qui contenait les armoiries de toutes les mai- j) sons nobles du Duché d'Aoste, n'existe plus, elle est remplacée par une terrasse. Ce château est maintenant la propriété de M. le chevalier Boilati de Turin.

En contemplant la bourgade de Saint-Pierre de la rive droite de la Doire, sur le versant d'Aymavilles, on ne peut que reconnaître dans sa construction le plus remarquable échantillon de l'époque et de l'histoire de la féodalité : le village d'abord, la cure abritée par l'église et le tout dominé par le château du Seigneur. .

Au sortir de St-Pierre, au fond d'une prairie à gauche, s'élève le château de la famille des comtes Sarriod de la Tour d'Introd. Quoique de ce côté sa position ne paraisse pas être celle habituelle des seigneurs de la féodalité, il est cependant placé sur une roche commandant d'une grande hauteur le cours de la Doire. Ses tours et tourelles et le reste de sa disposition lui méritent une visite des touristes ; il appartient maintenant encore à la famille des comtes de La Tour.

De St-Pierre à Villeneuve, on a au midi une belle vue de la Grivola, dans la vallée de Cogne.

Bientôt la route redescend, passant près de Château Feuillé et de la Tour de Colin, pour arriver au pont que l'on traverse pour arriver à Villeneuve, bourgade située au pied de la roche de Châtel-Argent. au débouché des vallées de Valsavaranche et des Bhêmes. Le voyageur se croit autorisé à ne rencontrer à Villeneuve que des goitreux et des crétins; il se trompe grandement sur la foi qu'il a donnée aux guides et relations de voyages. On doit une visite à Châtel-Argent et à l'usine où l'on

Pierre Taillée

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travaille le fer de la mine de Cogne. (Voir Promenades et excursions depuis Aoste.)

Depuis Villeneuve, laissant à gauche le chemin qui conduit à Valsavaranche, on traverse les torrents réunis de Valsavaranche et de Rhêmes, puis on dépasse la route qui conduit à Introd, dont on voit le château sur la hauteur et Ton arrive par la prairie à Champrotaz. La route remonte un peu; l'on voit encore des murs de soutènement de l'ancienne voie Romaine, et après avoir contourné quelques vallons bien ombragés, on arrive à Armer, qui possède un ancien château tout près de l'église. Arvier est renommé pour ses vins dits de Y Enfer. Les vignobles de l'Enfer se trouvent en face d' Arvier, étagés en treilles sous le rocher que domine le clocher de St-Nicolas de Sixvoies.

D'Arvier la route redescend à Liverogne, petite bourgade que traversait la voie Romaine au débouché de la vallée de Valgrisanche. On voit paraître dans les gorges de cette vallée la tour de sinistre légende du château de Montmayeur. Liverogne possède encore des restes bien visibles du Pont Romain qui traversait le torrent de Valgrisanche.

La route passe actuellement au-dessus du village sur un beau pont récemment construit; l'entrée du Valgrisanche est d'une sombre poésie.

Depuis Liverogne, la route entre dans des gorges étroites au milieu des rochers pour arriver à Avise, que l'on aperçoit sur la rive opposée avec les tours et les maisons nobles de ses anciens barons. D'Avisé un chemin conduit à St-Nicolas, et une seconde route fort rapide au vallon de Vertosan. On contourne un rocher pour arriver à Buinaz, village perdu au milieu des châtaigniers, mais en avant duquel on aperçoit, au-dessus de la route actuelle, un assez considérable tronçon des murs qui soutenaient l'ancienne voie Romaine. Enfin l'on arrive à Pierre-taillée, l'entrée, la porte du Valdigne. Ce nom, bien mérité de la vallée où nous allons entrer, pourrait bien aussi dériver de Wald-dannen, vallée des sapins et des forêts.

Pierre-taillée mérite son nom. La route est taillée dans la roche vive à une grande hauteur au-dessus de la Doire; un pont levis et quelques fortifications défendaient autrefois ce passage contre les envahisseurs.

En débouchant à Pierre-taillée, le voyageur se trouve en face du Mont Blanc, couronnant une belle et charmante vallée; l'effet est d'autant plus vif qu'il est subit et inattendu au sortir des gorges d'Avisé.

La route descend jusqu'au beau pont de YEquiliva où l'on quitte la rive droite de la Doire que Ton a suivie depuis Villeneuve. On voit descendre en cascade le torrent qui vient du vallon, de Vertosan.

On continue à avancer sur le bord de la rivière, on aperçoit le clocher élancé de Derby, puis on dépasse les belles cascades du torrent qui descend d'une branche du grand glacier du Euitor et l'on arrive sous La Salle, magnifique colline bien cultivée et riche de produits agricoles. Depuis La Salle, la route s'avance en ligne droite jusqu'à Atorgex, chef-lieu du mandement de Yaldigne et siège de préture, station de carabiniers et de douaniers; sur le parcours on a pu remarquer les tours élancées du château du Chatelard, s'élévant sur une roche escarpée au milieu de ravines profondes. On peut visiter à Alorgex la tour de l'Archet , servant actuellement de caserne aux carabiniers, la fontaine du bienheureux Vidlïerme. second curé plébain de Morgex, vers le sixième siècle, le couvent des capucins, appartenant à la Commune. Une route conduit de lEorgex à La Thuiie par Arpy, en traversant la forêt et arrivant à La Thuile par le camp du prince Thomas. ITorgex marque aussi l'extrême limite de la culture de la vigne ; le vin blanc que l'on y récolte ainsi que sur les coteaux de La Salle est d'une qualité toute particulière. En revenant sur La Salle, il faut visiter le château de Les Cours (De Curiis), lieu de naissance du pape Innocent Y ; on conserve un ancien portrait de ce pape à la sacristie de l'église.

Au sortir de Morgex, la route remonte un peu, puis, laissant à droite l'ancienne route qui conduisait à Courmayeur par Palésieux et Vérand, elle se dirige sur Pré-St-Didier. en traversant la Doire sur un beau pont en pierre, et arrivant à la bourgade par une belle avenue, bien ombragée par d'énormes peupliers. On arrive sur la place de Pré-St-Didier, au devant de l'église.

Le village de Pré-St-Didier, à l'altitude de 1000 mètres audessus du niveau de la mer, possède une fontaine d'eau thermale

Château de Chatelard.

Place de Pré-St-Didier.

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et minérale fort renommée; cette station de bains se trouvait déjà connue du temps des Romains, comme l'attestent les travaux qu'on y a découverts. La fontaine jaillit dans une gorge profonde sur la rive droite du torrent de La Thuile ; on la conduit au moyen de canaux à l'établissement actuel des bains qui est fort bien tenu par les frères Perrod. On y trouve deux hôtels assez bien tenus : la Poste, par la veuve Micotti et la Bose, par les frères Orset, un café-restaurant et des appartements à louer chez le curé, les demoiselles Grognon, les Perrod, les Orset, les Réquédaz, etc.

Au midi de Pré-St-Didier s'ouvre la vallée de La Thuile. (Voir Vallée de La TJiuile).

La route sort au couchant de Pré-St-Didier, quitte à gauche la branche de La Thuile et repasse sur la rive gauche de la Doire qu'elle suit jusqu'à la fontaine de La Marguerite, où elle se replie pour s'élever par de longs détours jusqu'au bas des prairies de Courmayeur, que l'on voit tout-à-coup apparaître devant soi dans un vaste et gracieux bassin, le paysage le plus enchanteur que Pou puisse rencontrer.

Courmayeur (Curia major) a un bureau de poste et une station télégraphique au centre de la bourgade.

On y trouve des hôtels du premier ordre et fort bien tenus, et des hôtels et pensions plus adaptés aux familles et aux classes moins aisées.

ISAnge ou Angelo, avec succursale, café, musique, cabinet de lecture, et une vaste salle à manger, tenu par le propriétaire Giachino Humbert.

L'hôtel Boy al, avec établissement de bains, tenu par Laurent Bertolini, qui tient pendant l'hiver un hôtel à la même enseigne à San Remo.

L'Union, tenu par Joseph Ruffier propriétaire.

L'hôtel du Mont-Blanc, à dix minutes de Courmayeur, au Larzai, tenu par Bochatey, le rendez-vous ordinaire des Valdôtains.

On y trouve aussi des appartements particuliers à louer chez le curé, Tavernier, Savoye, Truchet, à la Couronne, etc., etc.

Courmayeur (1215 m.)

Courmayeur, Curia Major, V ancien Auri-Fodina des Eomains. Commune de 1200 et quelques habitants, doit à sa position méridionale un grand avantage sur Chamounix que se trouve de l'autre côté du Mont-Blanc à l'altitude 1050 mètres, c'est un climat beaucoup plus doux et moins exposé aux brusques changements de température, malgré sa majeure élévation de près 200 mètres et sa position au pied du géant des Alpes qui n'est pourtant pas visible du village principal.

Il ne faut pas non plus manquer de compter parmi les avantages de Courmayeur ses trois sources minérales: la Victoire, la Marguerite et la Saxe, non plus que son voisinage des eaux et des bains de Pré-St-Didier, où l'on peut se rendre en moins de demi-heure en voiture.

Au bureau de la poste aux lettres, dont la distribution se fait une fois par jour, est uni depuis quelques années un bureau télégraphique.

Courmayeur possède une Compagnie de guides régulièrement organisée; son règlement est approuvé par l'autorité supérieure et a bien des points de ressemblance avec celui des guides de Chamounix.

Parmi les guides de Courmayeur, il y en a qui se sont acquis une grande réputation par leurs ascensions et leurs courses, tels que Laurent Lanier le chasseur, Julien Grange dit Laberge, etc., etc.

Les prix des courses et des excursions sont fixés et peuvent se vérifier sur le règlement même que chaque guide doit porter sur lui.

Les habitants de Courmayeur sont, comme tous ceux du Valdigne, de haute taille, intelligents et robustes: ce qui les distingue c'est un type plus charnu et plus rouge et une conversation fortement épicée de termes particuliers et sonores qui passeraient ailleurs pour des grossièretés et des insultes; mais qui, à Courmayeur, se disent sans conséquence aucune et sans blesser en rien la bienveillance et l'amitié réciproque. Cette particularité est entr'eux et dans leur dialecte ; à l'égard des

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étrangers, ils sont toujours polis et prévenants. Les habitants de Courmayeur émigrent en assez grand nombre en France, mais surtout à Paris.

A Courmayeur se termine la vallée d'Aoste centrale ; le Mont» Blanc, soulevé brusquement des entrailles de la terre, en a arrêté brusquement le prolongement en fendant en deux : l'Allée Blanche et le val Ferret, lui interdisant ainsi toute velléité d'avancement.

Courmayeur, qui est déjà un lieu de rendez-vous si délicieux qu'on s'est autorisé à l'appeler: un petit coin du Paradis, et qui attire déjà, chaque été, des touristes nombreux et une société choisie, est appelé à devenir bien plus important encore si Ton voit un jour s'effectuer le projet, insolent à force d'être grandiose, de percement du Mont-Blanc pour le transite d'une voie ferrée reliant la vallée d'Aoste, et par elle l'Italie, du même coup à la France et à la Suisse. Et pourquoi ce projet ne verrait-il pas sa réalisation? Les études en sont faites, les avantages connus, et notre siècle sera-t-il celui qui recule devant la gloire?... quand cette gloire surtout se combine si heureusement avec la spéculation? Ce jour-là, M. Stamm tressaillera dans sa tombe et le granit du Mont-Blanc lui formera, au-dessus de l'entrée du tunnel, un haut et imposant monument, digne de la hardiesse et de l'inspiration de son plan.

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