VALLÉE VAL TOUEN ANCHE
Chavacour, pour monter à For, au sommet de la vallée. Entre les pointes de Tzam et la Becca de Salé se trouve une forte dépression par laquelle on passe sur le glacier au sommet du vallon de Chignana. On traverse ce glacier, au fond duquel se trouvent deux beaux lacs, pour arriver au pâturages supérieurs de Chignana soit la Grande Fontanella. De là on peut descendre à Yaltournanche par l'Alp de Chignana, ou, en traversant Ross^ par le col du Dza, ou bien on peut se rendre à Bionaz par le col de Valcornère, ou bien encore prendre le col au couchant du Château des Dames , pour se rendre a Zermatt par les glaciers qui vont aboutir derrière la Dent d'Hérins?
La tradition porte qu'autrefois, avant l'invention des douaniers, ce passage était fort fréquenté pour se rendre en Suisse. Une espèce d'hospice exisstait même à Chavacour pour recevoir les pèlerins, touristes de ce temps-là, et Ton prétend voir encore çà et là des traces de chemin pavé.
On dit aussi qu'à For, au pied de la Becca de Salé, il y avait une source salée (d'où le nom de Becca de Salé) qui fournissait le sel nécessaire à la consommation de toute la vallée. On a cherché fort inutilement des traces et des vestiges de cette source qui ne sale plus que la tradition populaire.
G. Le gouffre des Bussérailles (1642 m).
Ce gouffre, dont on ne découvrait autrefois que l'entrée d'un détour de la route, a été exploré pour la première fois en 1865 par le3 frères Maquignaz, et le bersagliere. Les Maquignaz, sur la propriété desquels il se trouve, y établirent une galerie en bois pour faciliter la visite de ce3 curiosités et de ces cascades, et construisirent, à l'entrée, une petite maison où l'on trouve des raffraîchissements que l'on peut se faire servir dans la grande grotte, si l'on n'est pas trop en transpiration. Le prix d'entrée est de 50 centimes par personne et 40 centimes pour faire marquer les bâtons.
On doit prolonger la galerie depuis la Grotte des Géants jusqu'à la grande cascade qui tombe de 16 mètres de hauteur dans une marmite^ où l'onde se contord et se débat avec fureur. Ce gouffre, décrit en détail par M. le chanoine Carrel dans une lettre aux demoiselles Meyerbeer imprimée par le bulletin du Club Alpin italien, a 104 mètres de longueur et une hauteur de 35 mètres, et il renferme plusieurs grottes circulaires, effet du travail des eaux. Avant l'entrée, près de la petite maison, on remarque de curieuses et singulières- Marmites de Géants.
Il faut faire en sorte de visiter le gouffre de neuf à onze heures de ia matinée, alors que quelques rayons de soleil pénétrant dans la grotte y produisent de beaux effets d'arc-en-ciel. Un des frères Maquignaz habite la petite maison pendant la bonne saison; si l'on visitait la grotte à une autre époque, il faudrait passer en demander la clé aux Maquignaz à Crépin.
Les Bussérailles se trouvent à une heure de Yaltournanche sur la route du Breil, presqu'à égale distance de l'hôtel du Mont-Eose et de l'hôtel du Mont-Cervin, au Giomein, au pied du Mont-Cervin.
De Yaltournanche, on prend la route au nord, on traverse le torrent au Cr'e dou Pont et l'on monte à Crépin, d'où la route conduit au plan di Proz, puis traverse de nouveau le torrent au Pont de Lave, pour arriver au gouffre, qui s'ouvre devant soi.
Si l'on n'a pas intention de monter jusqu'au Giomein, il faut au moins aller jusqu'au plan de Pésontzé, au-dessus du gouffre, u position vraiment romantique, » fut forcé de dire M. De-Saussure, et l'on peut redescendre à Valtournanche par la rive gauche du torrent en passant à Singlin, visitant le lac du Lô (poissonneux mais beaucoup de crapauds), puis redescendant par Lozanche et Torterousa. Le retour par ce chemin est plus long, mais aussi plus poétique.
9, De Taltournanche au Giomein (2 heures).
L'hôtel du Mont-Cervin au G-iomein, bâti en 1856, se trouve à l'altitirde de 2130 mètres dans une des plus belles positions du monde ; au centre du gracieux bassin du Breil, au pied de l'incomparable Mont-Cervin. L'hôtel du Mont-Cervin, au Giomein, s'il est bien tenu et à des prix raisonnables peut devenir un lieu de délicieux séjour et le centre de plusieurs excursions de premier ordre ; car il se trouve le poste d'attente naturel pour l'ascension du Mont-Cervin, en même temps que le point de jonction de plusieurs cols importants et le point de départ et de retour d'ascensions sur plusieurs pics importants.
Depuis Yaltournanche on traverse le torrent au Cré du Pont, l'on atteint Crépin, puis les Proz et enfin les Bussérailles dont on a parlé à la route précédente. Au sortir des Bussérailles dessous, où l'on ne doit pas manquer de visiter les cascades, les gouffres et les Marmites de Géants, . on arrive au plan de Pesontzé (Peson, masse d'eau, tzé, tombe, probablement à cause de la grande cascade, comme Bus, la baratte, raille, crie, fait du bruit, parce que le bruit que fait Peau dans les Marmites de Géants, imite un peu le bruit du beurre que l'on bat dans le baratte).
Du fond du Plan de Pesontzé on aperçoit la cime du Mont-Cervin. Après le plan, la route monte par quelques lacets jusqu'à la chapelle des Bussérailles, placée sur le milieu de la roche, puis la route est taillée dans la roche vive ayant le torrent à gauche à une grande profondeur. Au sortir de cette gorge, l'horizon s'élargit, on entre dans le bassin des grandes montagnes ou chalets; on dépasse à sa droite quelques masures que la tradition dit être les premières maisons habitées à Valtournanche par les Passerini, famille noble exilée ou émigrée de Florence au 13e 0u au 14e. siècle (1), souche de la famille actuelle des comtes Passerin d'Entrèves et Courmayeur; la route continue sur la rive gauche du torrent, traverse le plateau marécageux du Savarey, près d'Avouil et s'avance presque horizontalement jusqu'à la chapelle et aux chalets du Breil, ayant toujours en face la belle pyramide du Mont-Cervin. Près de la chapelle du Breil on traverse le torrent de la Barma, qui vient du glacier Saint-Théodule et du Plantendre, et l'on remonte pendant dix minutes dans la prairie pour atteindre l'Hôtel du Mont-Cervin au Giomein.
(1) Parmi les familles d'origine toscane réfugiées clans la vallée de Valtournanche à la même époque on peut aussi citer celle des Bich ou Bic (Bicchi) qui émigrèrent de Sienne en 1370 pour échapper aux guerres des guelfi et ghibellini, persécutés par la faction des Peruzzi.
VALLÉE DE VALTOUIÎXANCHE