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Ascension du SI ont-Cervin (4520 m. y

Le Mout-Cervin, appelé Matterliorn à Zermatt, a été pendant longtemps considéré comme un pic inaccessible; on se contentait d'admirer cette hardie pyramide et de la déclarer incomparable soit qu'on la regardât du côté suisse, soit qu'on la contemplât du versant italien.

Cependant depuis 1858 on fit de nombreuses tentatives pour essayer de l'escalader ou pour lui confirmer définitivement son titre d'indomptable. Les essais avaient généralement lieu par le versant italien, où la montagne ne présente que la roche nue, tandis que le versant suisse ou nord offre des neiges traitresses.

Parmi ces tentatives, il faut une mention spéciale pour celles de M. Tyndall, qui atteignit le premier Vépaule, dont le point culminant porte actuellement son nom, et celles de M. Whymper, qui décrit fort poétiquement les essais de son incroyable audace et persévérance dans son livre : Scrambles in the Alps, traduit en français par Adolphe Joanne sous ce titre : Escalades dans les Alpes (Paris, librairie Hachette).

Enfin en 1865 une guerre à outrance fut déclarée au Mont-Cervin sur toute la ligne. Dès le 12 juillet, M. l'ingénieur Giordano avait envoyé des guides en exploration, pendant que lui-même s'occupait à étudier les environs de la montagne au col Saint-Théodule, sur le Théodulhorn ou pointe du Pileur et sur la Motte de Piété. M. Whymper, ne trouvant pas ses guides habituels à Valtournanche, se dirigea sur Zertnatt, et ayant trouvé des compagnons et des guides, il tenta aussitôt l'escalade de ce côté, pour n'être pas devancé par les explorateurs italiens envoyés par M. Giordano.

La caravane de M. Whymper se composait de sept personnes : messieurs Whymper, Hadow, R. Charles Hudson et lord Douglas avec les guides Michel Croz, de Chamounix et Peter Taugwald, père et fils.

Partis de Zermatt le 13 juillet à 5!l,35 du matin, à midi ils dressaient leur tente à la hauteur de 3352 mètres, à 20 mètres au-dessus du col Saint- Théodule.

Le 14 ils quittent leur campement à 3^,50 du matin et à 1^,50 de l'après midi ils atteignaient la cime, d'où ils purent voir les explorateurs italiens sur l' Épaule.

Après environ une heure de halte, ils commencèrent la descente dans l'ordre suivant : Michel Croz, Hadow, Hudson, lord Douglas, Taugwald père, Whymper, Taugwald fils. Ils étaient tous reliés par la corde à une distance moyenne de six mètres ; mais leurs cordes n'étaient pas toutes de la même solidité.

A quelque distance de la sommité, dans un passage de rochers fort roide, le pied glissa à Hadow, qui tomba sur Croz, et entraîna aussi Hudson et lord Douglas. La corde s'était rompue entre lord Douglas et le père Taugwald.

Croz, Hadow, Hudson et lord Douglas furent précipités sur le glacier à 1500 mètres de précipice. On ne put retrouver que les corps des trois premiers, celui de lord Douglas sera probablement resté accroché à quelque saillie du rocher ; on retrouva pourtant un de ses souliers et la manche de son habit. M. Whymper et les Taugwald rentrèrent le lendemain à Zermatt après avoir subi les plus cruelles émotions. Telle fut la première ascension

du Mont-Cervin par le versant suisse. Un peu de précipitation doit avoir présidé à l'organisation de la caravane.

Le 16 juillet de la même année, avant que la nouvelle de la catastrophe de Zermatt parvint à Yaltournanche, l'abbé Aîné G-orret et les guides Jean- Antoine Carrel, Jean-Baptiste Bich et J. -Augustin Meynet partirent de l'hôtel du Gioniein à 6h lj2 du matin. A une heure après midi ils atteignaient l'endroit où M. Whyinper avait plusieurs fois placé sa tente, et où avaient aussi passé leurs nuits les explorateurs italiens ; ils y dormirent. Le 17, au matin, ils continuèrent l'escalade, et dépassèrent le pic TynUall et V Enjambée, qui conduit au dernier mamelon.

Au lieu de suivre l'arête, ils se prirent à côtoyer sur le versant de Zermatt, mais ils se trouvèrent arrêtés par une brèche en apparence infranchissable. Carrel et Bich aidés par leurs deux compagnons descendirent seuls par cette brèche, les deux autres restèrent en deçà pour les remonter au retour. Vingt minutes après avoir franchi ce mauvais pas, Carrel et Bich plantaient le drapeau italien sur la sommité à 2h 1\2 de l'après-midi. Ils redescendirent passer la nuit 'à la tente et le lendemain, à midi, ils rentraient tous les quatre sains et saufs à l'hôtel du G-iomein.

Depuis cette date les ascensions au Mont-Cervin devinrent fréquentes ensuite des améliorations et des facilitations introduites pour cette escalade, et l'on n'eut plus à déplorer aucun funeste accident.

En 1866 et 1867 une souscription fut faite pour la construction d'une cabane ou grotte de refuge à la Cravate, sur le versant italien. Cette grotte, à l'altitude de 4134 mètres, se trouve large de 2 mètres et longue de 3,80, partie dans la roche et partie en maçonnerie : elle renferme des couvertures en peaux de mouton, un matelas en caoutchouc et quelques ustensiles de cuisine. Ceux qui passent dans la grotte doivent avoir soin de suspendre les couvertures avant leur départ afin que l'humidité ne les mette pas hors de service pour ceux qui viendront après. On recommande aussi de laver la vaisselle et d'avoir soin de bien fermer la porte.

Le 13 août 1867 M. Crawford G-rove fit encore l'ascension du Mont-Cervin en passant par la route suivie le 17 juillet 1S65 par le corridor et la brèche; mais ce fut la dernière par ce pas périlleux, où pourtant Ton avait eu la précaution de laisser une corde.

Le J.2 septembre 1867 les frères J. -Joseph, Pierre et Victor Maquignaz, Carrel César, Carrel Jean-Baptiste et sa fille Félicité, âgée de 13 ans, allèrent passer la nuit à la cabane de refuge. Ils en repartent le lendemain matin, sauf J.-B. Carrel qui reste à la cabane, et arrivent au point où l'on quittait l'arête sous le dernier mamelon pour passer au corridor que monsieur Leighton Jordan nomma ensuite Col Félicité. J. -Joseph et Pierre Maquignaz explorent alors le dernier mamelon, et réussissent à atteindre la cime par le flanc méridional. C'est la route que l'on a suivi depuis lors pour toutes les ascensions par le versant italien. Le lendemain ils étaient tous de retour à l'hôtel du Giomein vers les trois heures de l'après-midi.

Maintenant Ton a placé des cordes ou des échelles en cordes aux passages les plus difficiles, et il est même question de remplacer ces corde?

VALLÉE DE VALTOURNAXCHE

par des chaînes en fer préservées de la rouille par quelque vernis, quoique les cordes ne menacent encore aucunnement de se briser.

La section du Club Alpin d'Aoste fait placer cette année des cordes neuves.

Pour l'ascension du Mont-Cervin par le versant italien, depuis le départ du Giomein on passe successivement par les lieux suivants : Batzé (chalet) Mont de l'Eura (chalet), Eiondé (pâturage), Couloir, Col du Lion (3600 m.) ire tente (3860 m.), la Cheminée (corde), 2e tente (3963 m.), Degrés de la Tour (corde), Vallon des glaçons (corde), Gîte Giordano, Mauvais Pas, le Linceui], Grande corde Tyndall, Crête du Coq, Cravate et Refuge (4134 m.), Pic Tyndall, Épaule (4260 m.), Enjambée, Col Félicité, Echelle Jordan (échelons attachés à la corde), La Cime.

Ces divers noms sont actuellement admis par tous les guides, qui ont fait l'ascension du Mont-Cervin.

Ces guides sont actuellement au nombre de plus de vingt à Yaltournanche seulement; ceux qui ont fait le plus grand nombre d'ascensions sont les frères Jean-Joseph et Pierre Maquignaz et Carrel Jean-Antoine, dit le bersagliere. Les certificats de leurs ascensions doivent se trouver sur le livret personnel que chaque guide doit porter sur lui et présenter sur réquisition des touristes qui les demandent.

Parmi les nombreuses ascensions au Mont-Cervin, on doit une mention spéciale à celle de M. Giordano, en septembre 1868, avec descente à Zermatt. Il fit un relevé géologique détaillé de la montagne et de nombreuses observations scientifiques.

On employait autrefois trois jours pour cette ascension ; le premier jour, jusqu'à la grotte, le second, à la cime et retour à la grotte pour la nuit, le troisième jour, retour au Giomein dans le courant de la journée. Actuellement on se contente habituellement de deux jours, et même, en juillet, M. Jackson avec Joseph Maquignaz et un guide Yallaisan fit ce trajet en un jour du Giomein à Zermatt. C'est le seul qui ait fait ce tour de force.

M. Seiler, propriétaire des hôtels de Zermatt et du Eiffel, a fait aussi construire une cabane sur le versant suisse, à l'altitude de 3818 mètres; mais elle est fort exposée aux avalanches et aux chutes des pierres et en général pleine de neige, d'humidité et mal réparée ; il faudrait la placer ailleurs.

Le prix des guides est de L. 100 pour l'ascension et descente par le même versant ; de L. 150 pour l'ascension par un versant et la descente par le versant opposé; les porteurs L. 60 et L. 80.

On s'est plu à discuter les avantages et les inconvénients de chaque versant pour l'ascension du Mont-Cervin, en y introduisant un germe d'amour-propre national.

On peut maintenant résumer la question en ces termes:

Cette course est et sera réservée aux ascensionnistes de première force et aux touristes exercés par des courses et des ascensions antérieures qui les ont formés.

On ne doit jamais entreprendre cette excursion que par une belle journée et avec des guides sûrs et en nombre suffisant; en général deux guides pour chaque touriste, un guide en avant et un après pour surveiller le pas.

Il ne faut pas que la caravane dépendant de la même corde soit trop nombreuse; trois, ou cinq, tout au plus six.

Il ne faut jamais tenter les guides pour les faire partir quand-même, par l'espoir d'une plus grande rémunération.

L'ascension par le versant italien présente plu3 de fatigue et moins de danger, on peut presque dire qu'elle n'offre aucun danger avec de bons guides, grâce aux nombreuses cordes placées aux pas difficiles, l'ascension se faisant sur la roche vive.

L'ascension par le versant suisse est moins fatigante, les pentes sont moins roides, mais ce versant visant au nord, la neige s'y arrête, et peut partir en avalanche irrésistible, les chutes et les bombardements des pierres sont nombreux et ce versant présentera toujours des dangers imprévus à la plus grande prudence.

Il est encore à craindre que cette ascension devenant manie, ne cause des défis et dès lors des imprudences et des malheurs.

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