VALLÉE DE COGNE
Cogne a le droit d'occuper un poste distingué dans les Alpes.
Elle e3t pour les Alpes G-raïes ce que Chanionix et Courmayeur, Gressoney et Zermatt sont pour les Alpes Pennines.
Cogne peut aussi bien être un gracieux et charmant séjour d'été avec de belles et faciles promenades variées à plaisir, qu'un centre d'excursions et de grimpades pour les touristes exercés.
u II faut convenir, a dit un célèbre alpiniste anglais, M. Bonney, que peu d'endroits dans les Alpes surpassent Cogne en beauté. Situé au milieu des prairies, à la jonction d'un vallon latéral, d'où il domine une vue magnifique des glaciers qui descendent du Grand Paradis et de la Rossa Viva, il a en face, dans le lointain, la masse du Mont-Blanc resplendissant au soleil, ou baigné dans les nuages roussâtres d'une soirée d'été, n
Le gracieux bassin de Cogne forme le centre de la vallée de ce nom. Il est situé au midi de la ville d'Aoste, et enclavé dans cette chaîne des Alpes Graïes qui s'élève entre la vallée d'Aoste et la vallée de Locana en Piémont. Le chef-lieu de la Commune se trouve sous le même méridien que la cité d'Aoste, et à l'altitude absolue de 1543 mètres au-dessus du niveau de la mer (Vescoz).
On doit à M. l'abbé Vescoz, ancien vicaire de Cogne, une excellente monographie de la vallée de Cogne, intitulée: Xotices topographiques et historiques sur la vallée de Cogne. Florence, 1873.
Les habitants de Cogne présentent de magnifiques sujets d'étude au phylosophe, au physiologiste et à l'historien à cause de leur type particulier, de leur costume, de leurs traditions et de leur langage, dont le grasseyement particulier les fera toujours reconnaître partout.
On trouve à Cogne deux bons petits hôtels de montagne : la Grivolà et VHôtel Royal et tout près de la Grivolà, une espèce de bazar alpestre, où l'on trouve à acheter un peu de tout.
Depuis 1865 M. le Recteur Carrel a établi à Cogne, à se3 frais, un observatoire météorologique, où les observations se continuent avec la plus grande régularité. Cet observatoire, placé auparavant dans la tour, se trouve actuellement dans la maison du Recteur. Les touristes peuvent y aller comparer leurs instruments.
Pour les excursions, on peut consulter utilement à Cogne la vieille expé. rience de M. l'archiprètre Chamonin.
Guides recommandés Jeantet Elisée et Jeantet Yenance du village de Crétaz.
D'Àoste à Cogne par la route communale (de 6 à 7 heures).
On peut aller en voiture jusqu'aux Aymavilles. On suit la route nationale jusque près du prieuré de Saint-Pierre. A 15 minutes d'A oste, château de Montneury au milieu des prairies, lh,15, on a à sa droite le château royal de Sarre arec sa belle tour carrée. La route donne ensuite au grand détour au pied de la montagne sur laquelle se trouvent les vignobles qui produisent le vin renommé de Toreite.
Au bout du détour on quitte la route de Courmayeur pour tourner à gauche, on traverse la Doire sur deux ponts en bois, l'on passe devant les usines, où se fond le minerai de fer de Cogne, l'on est aux Aymavilles. (Château-cloche de 1372 à Saint-Léger — Voir Vallée 'principale).
(On peut aussi se rendre aux Aymavilles en traversant le Pont-Suaz, les communes de Gressan et de Jovençan, où l'on pourra remarquer sur la route les ruines de plusieurs châteaux du moyen âge).
Depuis l'église de Saint-Léger des Aymavilles une montée roide conduit au hameau de La-Poya (850 m.). Depuis là la pente devient plus douce, on peut visiter le Pont d'Aël, ancien aqueduc romain construit par deux patriciens de Padoue, Aymus et Avilius, deux ans avant l'ère vulgaire.
Du pornt d'Aël part à droite un sentier qui conduit à Valsavaranche par le col de Mésoncley.
On arrive bientôt au sommet de la montée d'Arberio (au rocher), où la route (1000 m.) domine le torrent d'une hauteur de 150 mètres.
La route redescend au petit hameau de Chevril. On passe sur la rive gauche de la Grande Eyvie (grande eau) torrent de Cogne, on voit les restes d'anciennes usines et en 50 minutes on arrive à Vièyes (1148 m.) après avoir traversé deux vallons, d'où descendent pendant l'hiver de terribles et énormes avalanches.
De la route en ligne du pont d'Aël on voit magnifiquement la Grivolà, dont on aperçoit aussi la belle pyramide de la prairie au nord de la chapelle de Vièyes.
A Vièyes on peut trouver du pain et du vin dans une petite cantine.
A quelques pas de Vièyes on traverse le torrent qui descend des glaciers de la Grivolà, puis la route côtoie la colline sur des abymes profonds, au fond desquels se tourmente le torrent de Cogne. Au détour sur la roche se trouvent des inscriptions gravées à l'aiguille lors de la construction de la route par les Cogneins.
A la cascade de la Lex on voit quelques dates bien haut sur le rocher, c'est la marque de la hauteur qu'avait atteint l'avalanche.
On laisse bientôt à sa gauche, sur le bord du torrent, les ruines des fabriques de la Nouva (1335 m.), et après un quart d'heure on passe à la rive droite du torrent sur le Pont de Laval (1384 m.) qui marque à peu près la limite des communes de Cogne et d'Aymavilles.
A une petite demi-heure du Pont de Laval on arrive à Épinel (1476 m.) premier hameau de Cogne, et dans une autre demi-heure on atteint Crétaz, au confluent du torrent de Valnontey dans la Grand'Eyvia (1500 m.).
A mi-chemin d'Épinel à Crétaz, en dessus de la route au milieu des champs se trouvent les ruines d'une ancienne maison nommée la Tour di Jlognè ou le château de Tarambel : bien des légendes s'y rattachent. On peut la visiter en montant en droite ligne du petit oratoire.
Après Crétaz on repasse sur la rive gauche du torrent et après avoir traversé les magnifiques prairies du Pré-Saint-Ours, on arrive à Cogne* soit la ville (1543 m.), chef-lieu de la vallée.
Excursions et promenades dans la Yallée de Cogne.
Observations. — A Cogne et à Valsavaranche pendant tout le temps que S. M. le Roi est à ses chasses favorites aux bouquetins, il est bon de ne pas faire des excursions ou de3 ascensions qui pourraient troubler ces chasses et le service des gardes ; pour cela il est convenable de consulter less. gardes-chasse et de les prévenir de l'excursion que l'on projette, afin de savoir s'il y a ou non inconvénient pour la réussite des chasses à exécuter son projet. Il est bien vrai que les gardes-chasse n'ont aucun droit rigoureux d'arrêter un touriste et de troubler ses plans; si cela est arrivé parfois, on ne doit l'attribuer qu'à l'insolence des gardes ; mais il n'est pas beau non plus pour un touriste de contrecarrer volontairement les récréations royales.
t. Ascension de la pointe du Pousset (De 8 à 9 h. de course).
Cette aiguille, si bien visible de Cogne, est située à la base de la Grivolà.
En 1874 une souscription fut faite, sous les auspices du Club Alpin d'Aoste, pour construire un petit sentier à mulet jusque sur l'arête.
On redescend de Cogne par le Pré-Saint-Ours jusqu'au Pont de Crétaz, sans traverser le pont, on prend le sentier à gauche, on traverse le torrent: qui descend du Valnontey, et l'on attaque la rude montée qui conduit aux chalets de l' Ors dessus (2053 m.), l'on tourne à droite pour franchir une crête, et l'on arrive aux Poussets dessous.
De là on monte par un sentier à zig-zags par des roches moutonnées et de petits plateaux de gazon aux Poussets dessus (2536 m,), où l'on trouve du lait et, au besoin, un refuge pour la nuit. Ce chalet est généralement assez sale, et pourrait être amélioré.
On monte ensuite par une pente rapide et fort longue, formée de clapeys i intercalés de quelques zones gazonneuses, jusque sur l'arête, que l'on suit depuis là jusqu'à la Pointe du Pousset, fort étroite et dominant de tous les côtés des précipices abruptes. On y jouit d'une vue magnifique de la Grivolà, du glacier du Trajo, des montagnes de Cogne et du haut Val d'Aoste» Il est très-rare que l'on arrive sur l'arête du Pousset sans avoir l'avantage de voir des chamois et quelques bouquetins, spécialité des montagnes de Cogne et Valsavaranche.
S. Ascension de la Grivola (3964 m, et 4011 selon d'autres).
Course de 15 à 16 heures entre allée et retour. Guide (25 fr.) et provisions nécessaires, cordes utiles pour la traversée du glacier. On pourrait aller passer la nuit aux chalets du Pousset dessus, pour exempter cette 1 montée par l'obscurité de la nuit, surtout qu'on doit y arranger un refuge»
On suit la route précédente jusque sur l'arête du Pousset, là on prend â sa gauche le plateau supérieur du glacier du Trajo, dont l'entrée est quelques années difficile, et l'on se dirige en droite ligne à la base de la pyramide. On attaque ordinairement la montagne par le couloir du centre, où l'avalanche de l'hiver facilite le passage de la bergschrund. Au sommet de l'avalanche on prend un peu à sa gauche pour éviter les pierres roulantes, et l'on continue cette monotone ascension jusqu'au pied d'un "bloc qui parait former la sommité, on repasse alors à droite, et l'on arrive à la sommité par l'arête. Cette ascension est plus fatigante que difficile et quoique la vue du sommet soit fort étendue, elle ne répond pas à la magnifique figure que présente la G-rivolà, vue de divers points de la vallée, surtout de Saint-Pierre et de Morgex.
La descente à Cogne s'effectue en cinq heures.
L'ascension de la G-rivolà a été faite pour la première fois par M. Tarchiprêtre Chamonin, de Cogne ; elle est maintenant exécutée bien souvent même par des dames.