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Guide de Pompéi

E guide, que j'ai écrit par ordre de S. E. le Ministre de l'Instruction publique, est le résultat de mes propres recherches et de celles que d'autres savants ont consacrées aux monuments de Pompéi. J'ai souvent affirmé sans démontrer: j'ai préféré aux longues descriptions des débris leur reconstruction idéale. L'imagination du visiteur sera sans doute plus satisfaite par la représentation de ce qu'un monument devait être dans son intégrité, que par une analyse minutieuse de son état actuel.

Le second chapitre de V Appendice est un abrégé d'une conférence sur Pompéi dans la littérature, que je fis en 1888 au Circolo Filologico de Naples, et que je viens de mettre au courant.

Rome, mars 1899.

A. SOGLIANO.

On entre aujourd'hui à Pompéi par sa port« à l'O., qu'on a appelée porta marina, parce qu'elle est du côté de la mer, et dont la construction remonte sans doute à cette longue paix qui s'écoule entre la seconde guerre punique et la guerre sociale. Elle avait deux passages dont l'un pouvait servir pour les bêtes de somme, l'autre moins raide formait une espèce de trottoir pour les piétons; de ce côté-là il n'y avait pas de chemin de voitures. Les deux passages étaient couverts par une même grande voûte en tonneau et avaient des portes de fermeture. La porte de la rue tournait sur ses gonds fixés au seuil, et lorsqu'elle était fermée, ses battants, s'arrêtant tout

court sur une dalle relevée, n'adhéraient pas au seuil, dans le but de rendre libre l'écoulement des eaux pluviales. La rue montait ici rapidement. La colline sur laquelle Pompéi avait été bâtie est escarpée à ro. comme au S., et ne présente des pentes plus douces qu'au N. et à l'E. Cette rue étant par conséquent inaccessible aux chars, on ne remarque sur son pavé la moindre trace d'ornières. La niche à droite, devant la porte, contenait une statue de Minerve en terre cuite; c'était la divinité protectrice de la porte.

Sous cette même porte, à droite, se trouve l'entrée du musée. On remarque dans la première salle les moules en plâtre des portes, et entre autres celui d'une porte d'entrée avec ses ferrements. Sur la paroi à droite on voit quelques fermetures de boutiques, et, dans l'angle, le moule, assez bien réussi, de la partie inférieure des deux battants de la porte d'un tablinum. Du côté droit de la même salle se trouve une lucarne grillée qu'on a reproduite à l'instar des anciens, de même qu'un certain nombre de serrures en fac-similé. On voit à gauche la reconstruction d'une armoire, d'après son moule, placé à côté d'elle; la forme en plâtre du tronc de l'un des lauriers qui bordaient la voie publique hors la porte Stabienne, celle d'un coflfre-fort, et des débris d'étoffe et de cordes exposés dans une vitrine. On remarque dans la paroi de vis-à-vis la reproduction de la porte d'entrée d'une maison et les débris des deux roues d'un char, avec le moule qui en représente une toute entière.

Dans les deux salles suivantes nous nous voyons en face des victimes malheureuses de la catastrophe, qu'une industrie pieuse a arra- «hées au sol où elles se trouvaient ensevelies. Une pluie épaisse et incessante de cendres avait succédé aux lapilli, à la grêle impitoyable de feu. Tout espoir s' étant évanoui même pour ceux que l'attachement aux lieux de leur naissance avait rendus plus obstinés, ils essayèrent à la fin de se sauver par la fuite. Ceux-ci faisaient de vaines tentatives pour garantir leurs yeux de la pluie épaisse de cendre ; ceux-là ne songeaient qu'à échapper aux exhalaisons mortifères du volcan, et leurs pieds chancelants s'enfonçaient dans la couche profonde de lapilli et de cendres sous laquelle toute trace des rues avait disparu.

Mais toute chance de salut était perdue; l'asphyxie causée par les gaz délétères qu'ils respiraient ne tarda pas à mettre un terme à leurs souffrances. Ces malheureux trouvèrent leur drap mortuaire et leur tombeau dans l'épaisse couche de cendres qui couvrait tout.

Le drame déchirant de ces victimes ne peut qu'exciter l'intérêt le plus vif; intérêt qui l'emporte sur toute autre considération. L'en-

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