‹ Guide de PompéiChapitre 2 sur 17 · Moules en plâtre d'une jeune femme et d'un esclave · texte numérisé non relu

Moules en plâtre d'une jeune femme et d'un esclave

semble merveilleux des monuments de Pompéi et le trésor inépuisable de connaissances qui en ressort n'ébranlent pas l'imagination au même point que saurait le faire la simple vue des formes de ces pauvres morts. Le plâtre qu'on a fait couler avec la plus grande habileté dans le creux que les corps humains, par suite de leur décomposition, Unissaient par laisser dans les cendres durcies, nous met à même de pouvoir contempler tantôt les formes d'un homme au type tout-à-fait romain (3® salle) tantôt celles d'une jeune femme qui conteste à Vénus l'épithète de Kallipygos (2* salle, fig. 1), celles d'un esclave fidèle (2* salle)

celles d'un enfant rachitiqiie et chétif (2'^ salle), et enfin d'assister presque aux derniers efforts d'un pauvre chien (2^ salle), dont le plâtre est d'une étonnante vérité. Leurs différentes poses, leur désespoir, les vains efforts de la jeune femme qui se forme un abri de sa propre robe pour garantir ses yeux de la cendre, les convulsions de ce chien qu'on oublia enchaîné à la porte de la maison; tout cela fait frémir

2 A. Vue de remplacement du temple d'Auguste.

et pleurer, et retrace à l'imagination les phases du drame vésuvien avec toute l'horreur et la sublimité des grandes catastrophes. Le spectacle de ces malheureuses victimes est toujours du plus haut intérêt, et a les mêmes attraits pour le savant et pour l'homme du peuple. Un homme distingué, M. Beulé, a retracé par une description savante et artistique à la fois « le drame du Vésuve ». Le médecin, l'anthropologiste, l'archéologue, l'artiste, le poète, le romancier, tous à la fin retrouvent dans ces formes moulées un sujet de recherches scientifiques et une source d'inspirations.

Au bout de la montée, on voit sur la droite une grande aire (tig. 2, A) qui n'est pas encore déblayée complètement, avec les traces peu reconnaissables des édifices qui jadis y avaient existes, et entre autres le soubassement du temple d'Auguste (fig. 2 a,) qu'on vient de déblayer. Auguste, même de son vivant, avait eu son culte à Pompéi, où, l'on avait bâti pour lui ce temple magnifique d'ordre

2 B. Vue du Forum.

corinthien, qui avait été embelli par de nombreux donaria que les ministri Augusti y apportaient. Ce temple s' étant écroulé par suite du tremblement de terre de l'année 63 après J.-C, et la famille Julia s'étant éteinte, on ne songea plus à le rebâtir ; ses débris furent livrés pendant plusieurs années à la spoliation la plus complète. Les donaria des ministri, les colonnes de marbre, l'épistyle, et même les blocs de lave qui soutenaient le stylobate (plan des colonnes) tout fut enlevé, jusqu'au moment où l'on se décida à bâtir dans cet emplacement un temple, ou quelque autre édifice public. A l'époque de la

catastrophe les travaux étaient assez avancés; on avait déjà préparé les matériaux et l'ancienne cella avait été remplacée par une baraque en planches pour ceux qui étaient chargés de la surveillance des travaux.

En revenant sur la rue, et en marchant dans la direction de l'E., c'est à dire du Forum, on aperçoit à droite la Basilique (fig. 2, B) et à gauche le temple d'Apollon (fig. 2, C).

Les basiliques, forme de construction absolument grecque, comme le mot même le démontre, étaient placées d'ordinaire en proximité du Forum, et étaient destinées à l'administration de la justice et aux affaires de toute sorte, surtout à celles du commerce. C'était le rendez-vous le plus hanté, auquel ne manquaient pas, il faut le croire, ni les intrigants, ni les fainéants {subbasilicani) qui s'assemblaient à Rome sous les rostres {subrostrani). La basilique de Pompéi est la plus ancienne de toutes les autres, dont il ne reste aujourd'hui que quelques débris; sa construction, d'après le témoignage des inscriptions, le style de son architecture et les décorations des parois, remonte sans doute à une époque antérieure à l'arrivée de la colonie romaine à Pompéi, qui eut lieu l'année 80 avant notre ère.

Un beau vestibule {chalcidicum) ayant cinq ouvertures d'entrée sous le portique du Forum, précède la basilique, où l'on monte par quatre marches. L'édifice était entièrement couvert et se compose d'une grande nef centrale, et de deux nefs latérales, qui avaient leurs issues particulières, l'une au N. et l'autre au S. D'après les calculs les plus probables, ses solides colonnes de briques avaient un diamètre de 1"',10 (y compris leur enduit de stuc); leur hauteur était d'environ 10 mètres, et elles soutenaient une grande toiture en carapace de tortue {mediana testudo). Au-dessus des colonnes ioniques, ayant la hauteur d'environ 6 mètres, et qui sont engagées dans les parois latérales, la muraille atteignait la hauteur des colonnes principales. Des demi-colonnes engagées corinthiennes plus petites, de la hauteur de 4 mètres, décoraient ce mur qui avait des fenêtres pour donner passage à la lumière. Les montants de ces fenêtres consistaient en trois quarts de colonne. Une terrasse, qui était soutenue par le mur de la basilique, servait de

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