Jardin dans la maison de M. Lucretins
Les peintures décoratives d'architecture fantastique qu'on y remarque nous offrent un exemple caractéristique et assez bien conservé du style des derniers jours de Pompéi. Les meilleurs tableaux ont été enlevés et transportés au Musée de Naples.
L'îlot au S.-E. du carrefour, qui est formé par la rencontre de la rue Stabienne avec celle de Nola, était occupé par un vaste édifice balnéaire (thermes centraux), dont la construction n'était pas complète à l'époque de l'ensevelissement (fig. 6, C). Dans ces thermes, à côté du
caldarium il y avait une chambre circulaire à grandes niches, pour ceux qui voulaient s'assujettir aux bains secs {laconicum ou assa sudatïo). En sortant de ces thermes par l'entrée du N. qui donne sur la rue de Nola, ou bien en les laissant de côté et prenant du carrefour la route de l'E., qu'on s'introduise dans la ruelle de gauche qui aboutit aux thermes. Un cabaret (caupona) où l'on entrait par la 3^ et 4*" ouvertures à droite de la ruelle, contenait dans la pièce destinée aux habitués plusieurs amphores vinaires et trois grandes trompettes en bronze pour l'amphithéâtre. On conserve maintenant ces objets dans le Musée de Naples. Un petit tableau pompéien qui représente le cabaretier . qui donne à boire à un soldat, réveille le souvenir des orgies fréquentes des légionnaires et des gladiateurs ; mais c'est par l'effet des trouvailles faites dans cette caupona que la figure évanouissante du soldat paraît revivre. La fantaisie nous le montre en chair et en os, gladiateur robuste qui se rend au cabaret avec ses compagnons pour étouffer dans le vin les soucis de sa malheureuse existence. La grêle inexorable de lapilli les atteint dans cet endroit, d'où ils s'échappent à la hâte, y laissant ces trompettes énormes qui. après dix-huit siècles qui viennent de s'écouler, sont le témoignage de leur présence dans ce lieu au moment même de la catastrophe.
En avançant dans la ruelle on entre par la sixième ouverture à droite dans la belle maison qu'on a appelée maison des noces d'argent en souvenir des fouilles qu'on y exécuta en 1893 à la présence de la famille royale d'Italie ed de la famille impériale d'Allemagne. La maison présente un atrium tétrastyle assez ample, un péristyle en très bon état dont le portique du devant dépasse les autres en hauteur (péristyle rhodien). À droite il y a le bain privé, qui s'adosse au péristyle; et dans la cour d'à côté se trouve le bassin du frigidaire.
ËQ revenant sur la rue de Nola, et en avançant toujours dans la direction de l'E., on rencontre, après la deuxième traverse à droite, l'ample et magnifique maison qu'on a appelée du Centenaire à cause des fouilles qu'on y fit en 1879 à l'occasion de la commémoration solennelle du dix-huitième centenaire de l'ensevelissement de la ville. Le propriétaire de la maison ne pouvait être que Tibère Claude Vérus, dont
le nom est gravé à la pointe sur l'une des colonnes du péristyle. D'ailleurs on rencontre ce nom plusieurs fois dans les programmes électoraux des environs. Deux atriums, dont celui de gauche, richement orné, constituait l'entrée principale, mènent dans un grand péristyle, dont seulement le portique antérieur avait une rangée supérieure. La paroi droite du péristyle attire surtout l'attention du visiteur par sa beauté et par ses encadrures jaunes, où l'on voit peints des attributs de Junon, d'Apollon et de Minerve. Dans l'aire du jardin on remarque un vivier, qui était orné autrefois d'une belle statuette en bronze (maintenant à Naples) d'un jeune satyre tenant une outre d'où s'échappait l'eau. Une jolie fontaine sert de pendant à ce vivier: elle est située dans une petite cour qu'on a couverte après les fouilles et qui s'adosse au péristyle. Cette cour est ornée de peintures, dont les supérieures représentent des vues de jardins et des scènes de chasse, et les inférieures un vivier avec ses poissons. Dans la niche de la petite fontaine on trouva aussi une statuette en marbre de Silène. Dans le laraire, qui était situé dans une petite cour secondaire avec un dégagement sur la ruelle de l'O., se trouvait une peinture (maintenant au Musée de Naples) qui représente le dieu pénate Bacchus enveloppé d'une énorme grappe de raisin, au pied d'une montagne que bien à raison on a reconnu pour le Vésuve, qui à cette époque là devait être un dispensateur bien plus généreux qu'il ne l'est de nos jours du précieux don de la vigne.
En revenant vers l'O. par la rue de Nola, au delà du carrefour de la rue de Stables, et en s' introduisant dans la première ruelle à droite, on trouve la maison des Vettii dont l'entrée principale est située au fond sur le côté gauche.
Avant la découverte de la maison des Vettii, Pompéi ne manquait pas, sans doute, d'offrir à l'admiration du visiteur de belles et riches maisons; mais, par suite de l'application des différentes méthodes qu'on a préférées tour à tour dans les fouilles, pendant tout un siècle, les maisons précédemment déblayées se voient presque toutes dépouillées de leurs ornements artistiques, ou en mauvais état, faute des mesures qu'on n'a pu adopter pour en assurer l'intégrité et la conservation.
Il en résulte que le visiteur, malgré les efforts de son imagination, ne parvient pas a redonner à ces maisons délabrées leur ancienne physionomie artistique. Par bonheur la maison des Vettii a échappé à ce sort cruel. La voilà donc debout avec sa riche et belle décoration, ses intéressants tableaux, ses parterres fleuris où l'on écoute encore le murmure de l'eau qui jaillit des statuettes dont le beau péristyle est orné, enfin même avec une partie de son ancien ameublement. Ce spectacle est bien frappant pour l'imagination. Aucune illustration, même la plus soignée, du savant et de l'archéologue ne saurait produire sur l'esprit un effet si saisissant. Que le poète et l'artiste ne quittent pas leur rêverie, que l'un et l'autre ne s'arrêtent pas à ces indications sommaires : ce n'est pas à eux que nous allons les adresser.
Lors de la catastrophe, les deux frères Aulus Yettius Restitutus et Aulus Vettius Conviva étaient les heureux propriétaires de cette maison. C'étaient de riches marchands de la colonie, qui, par reconnaissance à la Fortune leur protectrice, avaient fait peindre sur la paroi droite de Y atrium un sacrifice que de petits amours font à cette Déesse.
L'allée {fauces, fig. 8 a) est précédée d'un petit vestibule {vestibulum), sur la paroi gauche duquel un flâneur traça le nom d'une femme du voisinage aux mœurs légères. On voit sur le mur à droite de l'allée une image de Priape assez caractéristique dans son obscénité, qui tient lieu dans cet endroit du phallus qu'on mettait dans les maisons et les boutiques de Pompéi pour éloigner le mauvais œil.
L'atrium d a. de belles peintures ; on y remarque des scènes de petits amours sur la frise noire qui borde le lambris, tandis que celui-ci est orné de figures monochromes d'enfants. A droite et à gauche de l'atrium, on voit à leurs places des coffres-forts de fer et de bronze, qui sont encore conservés en partie.
À droite de l'entrée il y a la loge c du portier {servus atriensis) qui sert de pendant à la petite chambre b qu'on voit sur le côté opposé, et dont la destination devait aussi être en rapport avec le ménage. Les peintures de cette chambre sont dépourvues de mérite (à gauche Ariane abandonnée, à droite Héro et Léandre et en haut un vivier avec des poissons).
Par le côté gauche de l'atrium on entre au triclinium e qui est orné de peintures décoratives riches et bien distribuées.
Sur la paroi de l'entrée on voit le tableau de Cyparisse, que les dieux métamorphosèrent en cyprès pour mettre un terme à sa dou-