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Tout ce qui peut intéresser l'archéologue, l'historien, l'artiste, le militaire, et môme le simple curieux, sur la marche progressive et sur le développement successif de l'armement des diverses nations à travers les siècles, a été condensé dans le premier chapitre de ce livre, dans V Histoire abrégée des armes anciennes, dont plusieurs extraits, plus ou moins modifiés, se trouvent reproduits en tête des subdivisions, afin d'éviter au lecteur la peine de parcourir chaque fois l'histoire entière, quand il ne désire se renseigner que sur une partie.
Il aurait été inutile d'y englober aussi les développements historiques de chaque arme, qui se trouvent dans les divers chapitres spéciaux où ces armes sont décrites par ordre chronologique. C'est le système le plus rationnel pour un livre destiné à servir à la fois de guide et d'encyclopédie scientifique aux hommes du monde et aux collectionneurs; car les quelques répétitions qui en résultent inévitablement contribueront à faciliter les études.
Un chapitre spécial décrit en outre la marche pro-
gressive de Tart de Tarmurier, et donne les signes et les marques de tous les armuriers qu'on a pu réunir ; un autre chapitre traite des armes et des alphabets qui ont été en usage dans les tribunaux des francs-juges.
L'ouvrage entier est divisé en six parties principales, parmi lesquelles les plus substantielles traitent des armes du moyen âge, de la Renaissance, du dix-septième et du dix-huitième siède. L'Auteur, qui a visité durant des années tous les musées et arsenaux de l'Europe et les plus importantes collections d'amateur, a pu dessiner et recueillir assez de matières authentiques pour se dispenser d'avoir recours aux livres de compilation. Quant aux espèces d'armes qui n'existent plus, elles ont été étudiées dans les manuscrits, dans les miniatures et sur les monnaies du temps, et sur les monuments anciens où la sculpture a conservé les formes dont l'exactitude peut rarement être contestée.
Malgré le goût actuel si prononcé pour les recbfirches rétrospectives, qui a donné le jour à une véritable avalanche de traités spéciaux et locaux et à des ouvrages plus importants, aucun travail complet n'existait encore ni en France, ni ailleurs, sur l'armurerie, aocienne. Yat-il, cependant, des connaissances plus indispensables pour l'arti&te que celles qui le raideot apte à fixer à la première vue d'une épée, d'un casque, d'un bouclier ou de toute autre pièce, la nation et Tépoqae à laquelle l'hâmme quien était armé a appartenu.
L'incertitude, sous ce rapport, a donné lieu à de bien nombreuses méprises, qui n'ont pas tardé d'actquérir le droit de bourgeoisie et de perpétrer des erreurs bis* toriques fort regrettables. Le mauvais classement d'un grand nombre de miisées et d'arsenaux a particulière-
INTRODUCTIOK« 3
ment contribué à la diffasion de ces erreurs populaires qui ont fini par se glisser dans des traités historiques, dans presque tous les guides , dans les sculptures sur les toiles et dans les peintures murales qui transforment tes pinacothèques et les giyptothèques ea vrais cours publies d*enseignement d'anachronismes. Plusieurs de ces collections d'armes montrent des exemplaires où les dates indiquées dépassent de centaines d'années c^les des origines. C'est particulièrement dans les arsenaux et musées suisses que ces erreurs sont fréquentes. Là, il y a profusion d'épées de Charles le Téméraire^ dont les formes accusent, à la première vue, la fin du sdzièflie et même du dix-septième siècle, ainsi que des armures de ces mêmes époques, attribuées à la bataille de S<»npach . Le gymnase de Morat exhibe des harnais du dix-septième siècle, « pris aux Bourguignons tués à la bataille » où, sous les miurs de la ville, le terrible duc perdit, en 1476, son honneur militaire, après avoir perdu à Granson ses trésors. Une autre armure, dont la hourguignote avec son avance et ses oreillères, les cuissards écrevisses et la forme du plastron signalent également le dix -septième siècle, a été attribuée à Adrien de Bubenberg, ce vaillant chef des quinsse cents Bernois qui défendirent Morat pendant dix jours, contre Tartiilerie du Téméraire. A Tarsenal de Soleure, la méprise est grande encore : tous les personnages du célèJare groupe, composé d'après un dessin de Disteli, et qui doit représenter la réconciliation des confédérés à la diète de Stanz, en £487, par l'intercession du vénérable Ni cobus Von der Ylue, sont revéius d'armures du seizième et du dix-septième siècle.
Le fameux bouclier moderne, en fer, attribué à Phi-
lippe le Bon (1419), malgré les rondaches dont les chevaliers, sujets en relief, sont armés, el qu une publication suisse a môme fait reproduire en gravure, accompagnée d*une savante dissertation, aussi bien que le plastron de cuirasse de cavalerie française du premier empire, sur lequel un armurier peu habile a grossièrement repoussé deux emplacements pour sein de femme, y figurent encore comme précieuses reliques du moyen âge, ce dont le marchand qui les a vendus à Tarsenal, et qui habite Soleure, doit souvent rire de bon cœur, — sous cape, bien entendu.
 Tarsenal de Zurich, toutes les cuirasses à plastrons bombés des armures demi -cannelées passent pour des cuirasses de femmes, comme si la gorge de la femme se trouvait placée à la partie inférieure de la poitrine!
Môme en Angleterre, pays pourtant réputé pour ses recherches archéologiques, l'arsenal de la Tour de Londres avait conservé un grand nombre d'attributions fantastiques, avant que M. John Hewett n'en eût démontré la fausseté dans un catalogue raisonné. Dans le classement de ce musée, comme dans la rédaction du catalogue de sa cèlé^^re collection , le docteur Meyrick , qui a passé longtei». ps pour un puils de science en fait d'armes anciennes, avait fait des erreurs d'attributions qui dépassaient quelquefois plusieurs centaines d^années.
A Tarsenal de Madrid, les erreurs sont même telles que les dates désignées s'écartent de quatre et cinq cents années de l'époque originaire des pièces, erreurs monstrueuses qui ont même passé dans les textes qui accompagnent les reproductions publiées de ces armes. Ces méprises, on ne les rencontre pas moins dans la sa-
vante Allemagne. La collection d* Ambras, à Vienne, pour laquelle Schrenck de Notzing avait déjà publié, en 4 601 , une description latine, qui, traduite en allemand, par Enjeibertus Moyse van Campenhouten, fut accompagnée de nombreuses gravures plus fantastiques les unes que les autres, contient encore à l'heure qu'il est une armure de la fin du seizième siècle, atlribuée dans le musée à Aobert, le roi romain, mort en 1410. A Tarsenal de la même ville de Vienne, le curieux peut même se donner la satisfaction de voir s'escrimer des mannequins revêtus d'armures du commencement du dix-septième siècle, que le préposé lui désigne, sous « des Germains combattant des Romains, n comme il peut admirer au musée de Dresde une armure et un casque du dix-septième siècle attribués à Edouard VI, roi d'Angleterre, qui avait pourtant cessé déjà de régner en 1483. Ne voyait-on pas aussi au musée national bavarois, à Munich , avant que M. de Hefner-Alteneck eût été nommé directeur, un colletin ou hausse-col d'une bufflelerie de la guerre de Trente ans, placée comme pièce adhérente au-dessus du précieux gamboison ou pourpoint à haut et bas de chausses du quatorzième siècle? Le musée de Gassel fait même figurer, parmi les armes antiques, un morion et un cabasset, bien rouilles il est vrai, qui proviennent de irouipes antiques du dix-septième siècle. Au musée national de Brunswick, un semblable morion, toujours parfaitement rouillé, porte l'étiquette <c douzième siècle. » On pourrait citer aussi un grand nombre de ces méprises commises par des musées français et italiens; mais arrêtons-nous là. Tous ces anachronismes ont passé dans les livres : ne voit-on pas dans un pelit traité orné de gravures et publié tout ré-
6 IKTIUmnCTION.
cemment, à Paris même [Atmes et Armures^ par La* combe, Hachette, .1868), un harnais de la fin du règne de Henri lY, mort en 1610, désigné comme 1 -armure de Charles le Téméraire, mort en 1477; le cabasset figurer sous le nom de m^rioti; le grand bacinet du quatorzième siècle appelé mezml^ mot qui comi^renld simplement la vue et la partie frontale d'un casque; et nommer la francisque une mme défensive ; le long pistolet du dix-septième siècle, j^^/rma/; la hallebarde, pertuisane; la guisarme, faucÂard ; Vespenton et la pertuisane, hallebcsrdes? etc., etc.
Le désir d'offrir des curiosités historiques a aussi entratné plusieurs musées à aoeepter ou à fabriquer pour leurs objets des généalogies et des titres qui , appliqués depuis par la tradition ave^ une candeur naïre , sont devenus de vrais évangiles poor lesgsréiens et pour la foule parmi laquelle ils produisent et conservent des erreurs grossières. Quand donc commeneera^t-on enfin à comprendre qu'un beau morceau de sculf^re, de peinture, de ciselure, de repoussé ou de tout autre travail artistique n'a besein d'autre titre que cdui que le oMr naisseur trouve dans l'exécution et dans la physiono^ mie de F époque^ manifestée par le cachet archéologique qui a disparu avec l'art gothique, et dont l'empreinte ne se trouve ni sur les produite de l'antiquité , ni sur les œuvres de ses continuateurs ? Les attributions si souvent hasardées et fausses ne peuvent servir qu'il jeter du discrédit aussi bien sur le collectionneur que sur le conservateur.
Les erreurs, si fréquentes déjà dans le classemoitchro* nologique et dans les attributions historiques: âc&onneB, sont encore plus nombreuses quand il s'agit du fabricant
IHTflCmCCTKMII. 7
et de la Dationalité. De& «inittriers sans mérite et chez lesquels Texistence aurait dû aroir la longueur de la vie daMatbasalem, pour produire seulement la moitié de ce qttt leur eet attribué,. sont prônés au détriment des véri* tabiestartistes, dont les cbefs-d'cBUvre figurent sous Téti'^ qoette de TouTirier farovisé, k plus souvent préconisé par TeCfet d'un cbauTinisme indigne d'hommes occupés à jeter les jaJons d'une histoire basée sur des documents plastiques, que la partialité des chroniqueurs n a pu tronquer.
Gbose triste à constater ! le» trouveors archéologues ont beau renraer la poussière des siècles et passer leur exisilnee à démontrer, pièats enmairiy toutes^ ces erreurs iK?ol0nlaires , tous ces eseamoiages puérils , la troupe des compilateurs continue à. fabriquer des livres -«arec des livres, en copiant de nouveau ce qui a été re^ copié déjà sans critique,, de père en. fils ^ et en-écrivanl sur des matièresi qu'^elle ne connatt que par la lecture.
Tandis que les produits italiens dotminent ordinaire- BieiLt.dan& les musées des cécamtqnes et des mosaïques^ comme ceux de Fnanœ dans les oe^oticms d'émaux-sur Bkélaax. et de pièces d'ianeublement somptuaire , les arseoflux et musées d'armes aiicîennes sontpartout composéfr, en majeurepartie, d'âewreft alleaiMKides. Il n'existe pas de pays où l'art de Tarmure ait été aussi répandu qu'en Allemagne^ ni poussé aussi loin pour la fabrication des armures à plates dont l«s articulations lamées y couvRtient jusqu'aux jambeft des œursiers. Les nombreuses capitales etirésidences prineièresi aiuislbien queles principales villes libres, ont fourni, durant le moyen â^ et l'éfioque de la Renaissance, un viaste champ à l'.ariiste
pour Tapplication de ses combinaisons d'armement de luxe dont le précieux travail lui était souvent payé au poids de l'or par de simples praticiens, tels que les Fugger et autres, riches trafiquants qui, à cette époque, savaient manier aussi bien Tépée que faune et le sac d'argent.
Malgré les monogrammes dont les belles arquebuses, épées, casques et cuirasses sont marqués, malgré le dessin des figures et des ornements qui indiquent l'école allemande, la plupart de ces armes continuent à figurer dans beaucoup de catalogues et de publications, sous la dénomination de produits italiens. Comme si l'Italie, la patrie des Antonio Picinino, des Andréa de Ferrare, des Ventura Cani, des Lazarino Caminazzi, des Colombo, des Badile, des Francino, des Mutto, des Berselli, des Benisolo, des Giocatane et de bien d'autres célèbres armuriers, avait besoin d'être illustrée par de la contrebande et d'être parée de plumes d'autrui.
On verra, dans le chapitre qui traite de VArê de f armurier, comment les rédacteurs de ces écrits sont peu au courant de la critique d'art et des découvertes archéologiques récentes. Pour eux, les armures faites pour les rois de France, à Munich et à Augsbourg, sont restées italiennes, comme celles exécutées ^diV les Peter Pah^ les Wul/f, les Kolmann et les Peter (Pedro) de ces mêmes villes sont restées espagnoles. Ils continuent d'ignorer que Seusenhofer, d'Insbruck, avait été chargé de la confection des armes des fils de François P% travail magnifique qui est aussi resté sous l'étiquette italienne. Même en Allemagne, cette dépréciation de l'art national s'est infiltrée jusque dans les collections publiques ; car lorsque l'Auteur de ce livre, il n'y a pas dix ans, avait reconnu au musée de Dresde, dans plusieurs belles
armures attribuées à des maîtres ilaliens, l'œuvre incontestable d'armuriers allemands, il ne pouvait recueillir que des haussements d'épaules et des sourires d'incrédulité. Aujourd'hui on ne le conteste plus, et on sait que ces armes ont été exécutées en partie par le même Eellermann, d'Àugsbourg, à qui une seule armure fut payée 14,000 ^cus. La célèbre armure ornée de repoussés qui représentent les travaux d'Hercule, au musée de Dresde, est également allemande.
Que l'on compare l'armure de Henri II au Louvre avec les dessins composés par les peintres Schwarz, van Achen, Brockbergen et Jean Milich pour les ateliers de Munich, et conservés au cabinet des estampes de cette .ville : on y trouvera comme sur le bouclier de la collection d'Ambras, dont la contrefaçon avait passé en France, l'exécution parfois môme scrupuleuse de ces modèles publiés en reproductions photographiques, par M. de Hefner-Alteneck, qui en avait fait la découverte dans les réserves du cabinet d'estampes à Munich. C'est particulièrement la planche XVH qui a fourni la preuve la plus frappante. Pour se faire une idée dere que les armuriers allemands ont su faire au quinzième et au seizième siècle, il faut visiter l'Arsenal impérial et la collection d'Ambras à Vienne. Les nielles et les incrustations en or et en argent {Tauchierarbeiien en allem.) sont même d'une solidité qui laisse bien loin en arrière celles exécutées en Espagne ; et le martelage en fer marche de pair avec celui dltalie. Quant aux formes des armures, elles sont toujours nobles et heureuses.
L'arme à feu, encore plus que l'arme blanche et l'armure à plates, doit ses meilleurs perfectionnements aux armuriers allemands qui ont inventé le fusil à vent, en
iO INTRODUCTION.
1560; le canon rayé {BuchsenlanfenBWem.), en 1440, selon d'autres en 1500; le fusil à rouet, en 1515; Tarquebuse, en 1551 ; la double détente [Steeher en allem. ), en 1543 ; la baguette ^ fer, en 4698 ( dont l'adoption avait contribué à faire gagner à Tannée pnissienne la bataille de Mollwitz^ en 1730), et depuis, en 1827, le fusil à aiguille.
Comme le saractère archéologique et en même temps spécial de la matière traitée dans ce livre pourrait facilement entraîner à des digressions stériles et à l'emploi d'un argot de métier, qui ne servent trop souvent qu'à pallier l'absence de véritables connaissances et d.'études bien digérées, les notes de renvoient été entièrement évitées dans le chapitre historique, et des noms que chacun peut comprendre sans recherches, employés pour la désignation des objets qui se trouvent dans l'ouvrage, en français, en allemand et en anglais. L'auteur n'a cependant pu se dispenser de citer scrupuleusement les sources, — tant monuments que manuscrits et armes encore existantes, — où il a puisé, afin de fournir des moyens de contrôle et en même temps des rens^nements pour les études plus spéciales.
Dès que l'édition française aura quitté les presses, deux autres, en anglais et en allemand, pour lesquelles MM. Bell et Daldy, et M. E. Â. Semann ont traitë„paraltront à Londres et à Leipzig.
Avant d'entrer en matière, il sera utile de passer en revue les plus importantes collections d'armes, afin de se rendre compte, par leur formation, comment, dans l'ordre chronologique, le goût pour les armes anciennes s'est développé en Europe, à partir de la Renaissance.
Les premières réunions d'armes et d'armures comme
IHTAOjDUCTION. \ I
coileeiionSj et non.pas pour Mrvir d^armurerie d*usage, ne paraissent remoBlar qu'au seizième ou à la fin du quinzième siècle. On connaît par le catalogue publié par M. Leroux de Lanoy , en i 848 , dans la Bibliolbëque icB chartes, que Louis XII avait ionné, en 1502, un coAinei d*annes à Amboise. Le célèbre musée d'armes historiques de Dresde, un des plus riches de TEurope, doit son origine à Henri le Pieux. Auguste P', qui collectionna durant tren4e-trois ans (1553-1S86), est cependant le véritable fondateur du musée actuel, composé de plus de soixante mille pièces, et particulièrement riche en épéos, iftais de peu d'armes et armures remontant au delà de la fia du quinzième siècle.
Le maréchal Strozzi, mort leya 1^689 laissa un cabinet d'armes qui occupa troi^ salles et dont Brantôme a parlé assez longuement :
« Si le Mareachal SitQzzy estoit exquis en belle bibliothèque, il Testoit bien autant en annurerie et en beau cabinet d'armes ; car il en avoit une. grande salle et deux chambres, que j'ay veues autresfoisà Rome, en son palasis in Burgo; et ses armes estoient de toutes sortes, tant à cheval qu'à pied, à la françoise, espagnole, italienne, alleanande, hongroise, et à la bohémienne ; bref, de plusieurs autres nations chrestiennes; conune aussi à la turquesque, moresque, arabesque et sauvage. Mais, ce qui estoit le plus beau à voir, c^esloient les armes, à Tan tique mode, desanciens soldats et Jiégionnaires romains. Tout cela efitoit si beau, qu'on nesçafvoit que plus admirer, ou les annes, ou la curioslibi du personnage qui les avoit là misies. EU, pour plus orner le totit, il y avait un cabinet à part remply de toutes sortes d!engins de guerre, de machines, d'eschelles, de.ponts, de fortifications, d arti-
fices et d'instraments; bref, de toutes inventions de guerre, pour offenser et deffendre; et le tout fait et représenté de bois si au naïf et au vray, qu'il n'y avoit là qu'à prendre le patron sur le naturel, et s'en servir au besoin. J'ay veu depuis tous ces cabinets à Lyon, où M. Slrozzy dernier, son fils, les fit transporter, pour n'avoir esté conservez si curieusement, comme je les avois veus à Rome. Aussi je les vis là tout gastez et brouillez, dont j'en eus du deuil au cœur; et c'en est un très-grand dommage ; car ils valoient beaucoup , et un roy ne les eust sceu trop achepter; mais M. Strozzy brouilla et vendit tout; ce que je lui remonstray un jour ; car il laissoit telle chose pour cent escus, qui en valoit plus de mille. Et, entre autres choses rares que j'y ay remarqué, il y avoit une rondelle de coque de tortue marine, si grande qu'elle eust couvert le plus grand homme qui fut, depuis la teste jusques aux pieds; et si dure, qu'une arquebuse l'eust mal -aisément pu percer de loin, et pourtant un peu pesante. 11 y avoit aussi deux queues de chevaux marins, les plus belles, les plus longues, les plus espaisses, et les plus blanches que je vis jamais. J'auray possible esté trop long et fascheux à parler de ce cabinet d'armes ; mais certes , si je m'eusse voulu amuser à en raconter des particularitez, l'on y eust trouvé du plaisir à les lire. »
La belle collection Ambras, aujourd'hui à Vienne, au Belvédère, composée uniquement de pièces de choix, a été commencée en 1370 par l'archiduc Ferdinand, comte de Tyrol, fils de l'empereur Ferdinand I" et mari de la belle Philippine Welser d'Augsbourg, en son château d'Ambras, près de la ville d'Insbruck, où ce prince avait réuni cent cinquante armures complètes et un
INTRODUCTION. f3
grand nombre d*annes offensives et de harnais; un cabinet de curiosités et d'objets d'art, dont )e plus grand nombre se trouve encore réuni à la collection d'armes à "Vienne, et dont une petite partie est restée à Ambras, plus de neuf cents portraits historiques, fort peu artistiques il est vrai, une réunion de deux mille cinq cents médailles et monnaies et de plusieurs milliers d'eslampes; une bibliothèque de quatre mille volumes imprimés, et cinq cents manuscrits, parmi lesquels on trouve toujours les trois célèbres volumes d'aquarelles, exécutés par Gleckentohn, et contenant les reproductions exactes des armes et armures des trois arsenaux de l'empereur Maximilien, qui formaient alors un ensemble dont peu de villes possédaient l'équivalent. La collection, qui n'avait perdu que dix belles armures emportées par l'armée française» fut en majeure partie transportée à Vienne, en 1800. Un premier ouvrage, contenant la reproduction et la description de ces richesses, a été publié au dix-septième siècle, en latin, par Jacob Schrenck de Notzing, ouvrage peu sérieux, qui a été pourtant traduit en allemand par Engelbertus Moyse de Compenhouten. M. le baron de Sacken a publié un autre ouvrage en 1862, où il a fait reproduire les plus belles pièces de la collection, au moyen de la photographie. Vienne possède en outre la célèbre collection de Vempereur à l'Arsenal dartillerie et celle de Y Arsenal de
la ville.
V Arsenal d artillerie impériale Vienne^ immenses constructions élevées à côté de la gare du chemin de fer du Midi, renferme une des plus riches collections d'armes de l'Europe, provenant des cabinets d'armes des empereurs d'Autriche. Installé dans un monument qui est certes un
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des mieux réossss et des phis beaux de notre époque, et Tœuvre du conseiller Hansen, cette collection compte plus de sept cents numéros; elle est aujourd'hui soqb rintelligente direction du capitaine Quenin Leitaer, qai Ta parfaitement classée, et dont la publication ( Waffen-* sammlung des œstrekhéschen Kaiserhauses im AriUle-rie Arsenal, Yienne> 1&68), destinée aux sreproductions des pièces les pliifi remarquables du musée., contribuera à vulgariser le goût pour lesacmes anciennes.
]S Arsenal de la ville de Vienne^ qui date de la fin du quinzième siècle, et dont la construction., moins qu'insignifiante, a été élevée vers 1732, contient peu de belles armures, mais quarante pavois ou Setzscbilde de la fin du quinzième siècle et quantité d'armes de baste et de taille. On y voit aussi la télé du grand visir ]y£ou6tafa,. le monstre cruel à qui le Sultan avait envoyé le cordon^ en 1684, après sa défaite $ous les mars de Yienne. Les mêilieures armures de ce musée, où il y a absence complète de classement et profusion d'attributions ridicules, sont affreusement barbouillées de peinture noire.
Les premières mentioBS d^une réunion d'armes à la Tour de Londres se trouvent dans un inventaire de 1547 et dans une ordonnance de 1578. Paul Hentzner, voyageur allemand, parle déjà également, en 1598, dies belles armes de la Tour de Londres., quoiqu'elles aomposassent alors plutôt un arsenal qu'une galerie. En 1&30, le véritable noyau de la collection fut commencé à Greenwich, et aveic ce qui reslait dies pillages des guerres civiles, an ionaia, vors la fin du drxHseptième siècle , la gâterie actuelle où le docteur Meyrick dirigea plufi tard le claasemeftt. Depuis 1826, tes collectioiAs ont
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été augmentées par des achats successifs. Lincendie de i-Sii ne leur a enleré que quelques canons, qui ont été complètement déUnits. Il n'y a pas de conservateur; M. John Hewitt, archéologue, a pu cependant publier un Catalogue offieiel de C Arsenal, divisé en vingt classes où on voit figurer treize numéros pour les armes anti^ qaesv quarante pour celles de Tâge de pierre, cent vingt peur Fâge de bronze et vingt-cinq pour Tàge de fer. Les armes, à partir du commencement du moyen âge jus*qa*à nos jours, sont au nombre de cinq mille sept cents emviron, ce qui forme une collection de plus de cinq mille huit cents objets dont la partie orientale est parti* calièrement bien représentée. En outre de la collection de la Tour, il faut encore mentionner pour TAngleterre la célèbre collection S! armes de Llewelyn-Megrick , à Goodrich -Ciourt (Herefordshire), une des plus complètes de l'Europe.
V Arsenal de Berlin ^ qui possède quelques armures historiques des Électeurs , n'est riche ni en armes ni en armures anciennes ; composé en majeure partie de fusils à silex et à piston, et de trophées conquis dans les guerres que la Prusse a eu à soutenir, il occupe la belle construction à laquelle les masques de Schluter ont donné une célébrité européenne. On trouve en outre à Berlin, au palais Monbijou, un certain nombre d'armes et armures historiques , ainsi que la belle collection du prince Charles de Prusse, collection très-riche, à laquelle manque malheureusement la place pour pouvoir être exposée convenablement et classée par ordre chronologique.
L'origine du Musée d'artilkrie de Paris remonte à 1788. On avait .coaEiiiencé une première réunion d'armes
et de machines, qui fut pillée le 14 juillet 1789. En 179S, ce musée se trouvait reconstitué au couvent des dominicains-jacobins de Saint-Thomas d'Àquiu, et enrichi, en 1799, par la célèbre collection de l'arsenal de Strasbourg ; en 1804, par la galerie que les ducs de Bouillon avaient jadis formée à Sedan. Pillé de nouveau en 1830, le musée perdit peu de ses trésors, dont la plus grande partie lui fut rendue après les journées de Juillet. En 1852, vingt des plus riches et des plus curieuses pièces furent extraites du Musée d'artillerie, pour être placées dans celui des souverains, au Louvre, perte qui fut en parlie réparée par un décret impérial, qui fit passer au Musée d'artillerie les précieuses armes de la bibliothèque de la rue de Richelieu. Depuis lors beaucoup de dons ont été faits à cette belle collection, parmi lesquels se signalent ceux de fempereur Napoléon III et du baron des Mazis. Aujourd'hui elle constitue la plus riche et une des mieux organisées, car Texcellent classement dû au savant conservateur, M. Penguilly-rHaridon , laisse peu à désirer. Il y a cinquante numéros pour les armes de Tâge de la pierre, cent cinquante pour celles de l'âge de bronze, et de l'antiquité , trente pour l'âge de fer, dix-neuf cent soixante-dix pour les armes et armures du moyen âge, de la Renaissance et du dix-septième et du dix-huitième siècle, trois mille pour les armes orientales et modernes, les bouches à feu, les machines et divers autres objets ; en tout, cinq mille deux cenis numéros, catalogués avec soin.
Une autre vieille et importante collection d'armes et armures est celle des comtes cTErbach, au château d'Erbach, dans la Hesse-Darmstadt, près Hoppenheim. Elle a été formée à la fin du dix-huitième et au commence-
ment du dix-neuvième siècle par le comte François, collectionneur passionné. On y trouve quatre cent soixante armes offensives el défensives, six cent vingt armes à feu, et quelques centaines d^armes de Tâge de la pierre, du bronze et du fer, antiques, celtiques et germaniques^ etc. M. le comte Eberhard , petit-fils du fondateur, en a rédigé lui-même le catalogue.
VArmeria^ à Turin^ a été fondée par le roi Charles- Albert, en 1833. M. le comte Vittorio Seyssel, d'Aix, en a publié, en 1840, le catalogue, qui contient 1,[)54 numéros d'armes anciennes et modernes, parmi lesquelles il y a un grand nombre d*arjr.es défensives rares et artistiques.
Le Musée de Sigmaringen est , comme celui de Munich et de Turin , une création nouvelle, car la première réunion d'objets d'art n'y remonle qu'à l'année 1 842 . On trouvera , dans le Guide artistique pour r Allemagne, de l'auteur, un chapitre spécial qui donne sommairement la description des nombreuses et riches collections que le prince de HohenzoUern a su réunir dans sa résidence , et qui ont été encore grandement augmentées par l'achat récent de la collection de l'iniendant des beaux-arts du prince, M. le baron de Mayenfisch. Le conseiller docteur Lehner, attaché comme conservateur et bibliothécaire, est chargé actuellement d'organiser les catalogues chronologiques par séries, et de publier la reproduction des pièces les plus remarquables, au moyen de la photographie. La collection des armes et armures contient plus de 3,000 pièces, parmi lesquelles il y en a de très-précieuses, au point de vue artistique et historique. Le bâtiment que le prince a fait construire, dans le style gothique anglais, sur les
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plans de Krûger de Dnsseldorf, est harmonieux dans ses formes et digne de son contenu. Les peintures à fresque du professeur Mtiller, de Dusseldorff , forment déjà une omrre d*art qui vaut leToyage à Sigmaringen, où Tamateur trouvedes musées composés de toutes les branches, à l'exr ception de l'histoire naturelle et d'instruments de physique. M. de Hefner-AltenBok a aussi déjà publié un ouvrage sur ces musées, où Ton retrouve l'exactitude habituelle de ce dessinateur scrupuleux.
Le Musée national bavarois^ aujourd'hui déjà un des plus riches en objets d'art gothiques et de la Renais*sance, a été créé en 1853, sous le règne du roi Maximilien IL II occupe les cinquante-neuf salles des trois étages d'un vaste bâtiment. G*est à l'activité énergique de feu le baron Aretin et aux solides connaissances dîi directeur actuel, M. de Hefner-Alteneck, que l'Alle*magne doit la réunion rapide de tant dé trésors^ parmi lesquels on compte plus de mille armes et armures miciennes. La construction du bâtiment est défectaense) sous tous les rapports, et le classement irrationnel. Heareuseraent, le nouveau directeur est occupé à rendre le classement plus propre à l'étude par un catalogue chronologique et générique. Le nombre prodigieux et la valeur artistique et historique de la plupart des objets exposés placent le Bairische national Muséum au premier rang de ces sortes d'établissements civilisateurs.
On trouve en outre à Munich une collection d'arme anciennes à V Arsenal de la ville : ce sont des pièces qui ont appartenu aux corporations. L'établissement remonte au quatorzième siècle ; mais l'organisation ne date que de i866. Tout y est groupé par ordre chronologique, afin de montrer l'armement bourgeois reconstitué
pour aiB»i dire par époque, dont la dernière s*anrrète à la fin de la guerre de Trente ans. L'arsenal de la ville de Munich, pour lequel, le conaervateury M. Kaspar Braun a publié en Îê6ê un oatalogne-ntotice, contient environ en tout quatorze cenis armes et armure» anciennes povr hommes et pour chevaux*
Le fioi de Suède^ Charles XV^ s'est uussi formé «n cabinet d armes anciennes^ composé en majeure pai^ tie de la collection SokLimska, de Nuremberg, acquises versiSSô. Il y a plus de mille numéros, parmi lesquels on remarque beaucoup d-armes orientales et bon nombre d'atan^s occidentales du seizième et du dix-septième ftiècte» Une série de reproductions de cette beUe collection a été publiée chez Lahure , à Paria.
Le cabinet d-airmes de l-emipereur Napoléon III, com<posé depuis peu d-années seulement , et qui se trouve inslalié au château de Pierrefonds, est déjà un des plus riches, particulièrement en baltes armures, allemandes de tournois des meilleures époques. Selon le catalogue publié par M. 0. Penguilly-rHaridon, il contient cinq cent vingt-cinq. armes et armures anciennes et quatre machines de guecre antiques, dont deux halistes euthytaneoutosybèle,£aussemAnt appelées catapultes, destinées à lancer des flèchesyireeosistruites d'après les désègnations deHiéron et de Philon, auteurs grecs, qui vivaient à Tèpoque des sucoesseursd' Alexandre,. et celles de Vitrave, que Fon suppose avoir vécu sous le règne d'Auguste. Les deux autres sont des catapultes palitones également reh constituées d'après les descriptions deHiéron. Ces quatre machines de guerre ont été transportées depuis qoelque temps au musée de Sainte-Germain. Des reproductions photographiques de la collection, par Chevalier , ont
été publiées en 1 867 par Claye, mais ne se trouvent point dans le commerce.
Une autre belle collection d'armes et d'armures anciennes, de création récente, est celle de M. le sénateur comte de Nieuwerkerke^ installée au Louvre, dans les appartements qu'il y occupe. Ce cabinet, entièrement formé de pièces de choix, compte déjà plus de trois cent trente numéros que M. de Beaumont s'occupe de cataloguer, ouvrage qui sera illustré d'eaux fortes.
On peut encore signaler, pour la France, le Musée de Chartres^ qui possède une bonne collection d'armes anciennes , parmi lesquelles le harnais attribué à Philippe IV, le Bel (1288-1314), où le bacinet seul indique le temps, car la cotte de mailles, dont une partie est moderne, se rapporte à plusieurs époques.
Pour l'étude des armes en pierre et en bronze, primitives et antiques, ce sont les musées de Mayence^ de Copenhague y de Schwerin^ de Sigmarihgen et de Saint-Germain, et la colleclion ethnographique Cristy à Londres qui offrent le plus de ressources, s
Tous les amateurs connaissent les musées d'armes de Madrid et de TzarskoeSelo à Saint-Pétersbourg, dont les morceaux les plus remarquables ont été publiés en reproductions lithographiques et photographiques; mais personne n'a encore donné de notices concernant leur formation et celle des musées de Venise et de Malte.
Quant aux arsenaux des cantons suisses, qui remontent aux premières guerres, mais qui contiennent peu de choses dont l'origine soit antérieure à la lin du quinzième siècle, il n'y a que ceux de Genève, de Soleure, de Lucerne et de Berne qui possèdent ce qu'on peut appeler une collection d'armes anciennes; Morat, Zurich,
Bâie et Liesthal sont moins richement dotées sous ce rapport, et les autres capitales cantonales n'ont presque plus rien de leurs armures et armes offensives.
La Hollande ne possède pas de musée d'armes anciennes et n'a rien non plus dans ses arsenaux; les collections particulières sont rares : on n'en peut mentionner que celle de M. le baron de Bogaert van Heeswyk, à son château près Bois-le-Duc, et de feu Kruseman, peintre, qui appartient aujourd'hui à la Société archéologique d'Amsterdam.
Quant à la collection d'armes anciennes de Bruxelles^ elle est assez nombreuse et se trouve installée au musée de la porte de Hall.
£n outre des musées de premier ordre qui ont été cités, il existe encore bon nombre de collections fort importantes, en grande partie mentionnées à côté des pièces reproduites dans le courant de cet ouvrage, et si on compte les cabinets en formation , on peut admettre que le goût pour les armes égale presque celui qui s'est manifesté si universellement pour la céramique.
HISTOIRE ABREGKB
Partout, aussi biea chez les peuples primitifs que chez les nations civilisées, la question de Tarmement a été d'une grande importance. Dès sonorigine» l'homme, exposé sur la terre sans moyens de défense, a dû imaginer des engiiis pour rejiouâser les attaques desesef^rajants copossesseurs,àqui, eu les privant de la raison, la force créatrice avait accordé, comme compensation, des défenses naturelles. L'arme, inventée pour la destruction, est devenue le plus puissant moyen de civilisation et sa garantie; le perfectionnement de ces insirumants meu rtriers a constammentsu ppléé au nombre et fait triompher en définitive la raison, car, dans les temps modernes, le conquérant le plus avide même contribue à la civUisatiQn.,puisqu'ilest toujours. suivi par les pionniers de la culture matérielle et intellectuelle. La poudre à canon a dû, ouvrir la voie k Timprimeriie, et supprimer les halles et lejs. reculades du progrès, en suppléant à.la faiblesse des mi^ norités policées vis-à-vis des masses barbares. L'esprit avait trnuvé le moyen de xéjsi&ter à la brute et de la vaincre. S'il
24 HISTOIRE ABRÉaÉE
faut iléplorer la guerre, on ne doit pas regretter le perfectionDement constant des armes qui, tout en la rendant phis meurtrière à des moments donnés, Tabrége en la rendant en définitive moins funeste à Thumanité.
Môme chez les peuples plus arriérés, le perfectionnement de Tarmcment ne peut rien avoir de redoutable pour la marche progressive de la société, puisque tous les progrès sont solidaires, et dès que la culture intellectuelle gagne du terrain dans n'i mporte quelle branche, les mauvaises chances de guerre injuste et les craintes pour le règne de la force brutale diminuent.
Des premières civilisations connues^ de celles de Tlnde et de l'Amérique, c'est cette dernière, perdue et presque ignorée, qui a laissé la plus ancienne trace d'une arme défensive perfectionnée" dans sa forme. C'est le casque dont est coiffée la figure d'un bas -relief de Palanqué, de ces ruines de la ville de Culhuacan qui remonte peut-être à trois mille cinq cents ans, et qui avait une circonférence de plus de trente kilomètres.
Pour se rendre un compte exact de la marche progressive de la fabrication des armes chez les différents peuples, et des transitions et affiliations qui se remarquent dans les formes de tous ces produits, on doit les classer en quatre séries distinctes : Armes des époques anléhistoriques de Tàgc de la pierre brute ou taillée par éclats et de la pierre polie; — Armes de Tâge dit du bronze, catégorie où entrent aussi bien les produits des anciens que ceux des Scandinaves, des Germains, des Bretons, des Celtes^ des Gaulois et autres; ' — Armes premières de Tâge dit du fer, qui comprend l'époque mérovingienne et celle des règnes de quelques rois carlovingiens, c'est-à-dire de la fin de l'antiquité et de la première période du moyen âge; — et enfin les Armes du moyen âge, de la Renaissance et du dix-septième et du dix-huitième siècle.
L'établissement d'un âge du bronze ne signifie pas que le
DBS ARMES ANCIENNES. 25
fer était inconnu à cette période; il indique seulement que Tusage en était peu répandu, et que presque tous les outils et toutes les armes, même tranchantes, étaient en bronze cbezla plupart des peuples. Leâlingots deferen forniedecoin ou de pioche et les quelques autres objets en fer forgé, conservés les uns et les autres au musée Assyrien du Louvre, et encore bien plus le fragment de cotte de mailles assyrien en acier, du musée Britannique, démontrent qu'au dixième siècle avant Jésus-Christ, les Assyriens connais- <saient parfaitement ce métal aussi bien que les Égyptiens. Trente passages dans V Iliade et AeiûsVOdt/ssée^ où le fer est souvent désigné sous l'épithète du métal « difficile à travailler, » démontrent que les Grecs le connaissaient également. Du reste, le bronze, mélange de métaux (appelé dans le dictionnaire de Grimm très-improprement memnjg^ laiton), dont l'équivalent n^existe pas dans la nature et que Thomme a dû se former d'un composé qui varie selon les pays et l'époque, — tantôt cuivre et étain, tantôt cuivre, étain, plomb, êpisglas, etc., — a pour condition la connaissance de la fusion mélangée, "puisque si le cuivre pur peut être ouvré directement au moyen du martelage, le bronze doit être soumis à Taction du coulage. La préparation du fer ne demande qu'un degré supérieur de chaleur de Toxygèneet sa séparation du carbone pour être martelé, — moyens que les Cafres même, qui se servent d'outrés pour faire passer Toxygène dans leurs fournaises, n'ignorent pas. Le bronze, au lieu de précéder, a dû. nécessairement suivre l'emploi du fer, qui pouvait être ouvré sans fusion complète. La terre, le bois, la peau de l'animal et la pierre, répandus sur tout le globe, ont Au. être nécessairement les premières matières que l'homme a employées à la confection de ses ustensiles et de ses armes. L'emploi de la pierre pour la fabrication de ces dernières remonte partout à l'enfance des peuples, et ce sont encore ces mêmes créations naïves qui composent l'armement du sauvage. Il y a même des pays,
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OÙ, malgré la coaaaiasaoce de la préparaitîoa et de Pemploi des métaux pour d'autres usages, ou a oontiaué longtemps à se servir exclusivemeat de la pierre pour la fabrication des armes offensives. Telle était rAmérique avaat sa déoon* verte définitive. Le silex, la calcédoine, la serpentine et particulièrement la fragile obsidienne noire, dans laquelle llnca se taillait aussi ses miroirs, y étaient em^iloyés pour faire les lam^sdes lances, desépéeset des flèches, les haches de guerre et les couteaux, car le cuivre ou le bronse n'y servait qu'à la confection des outils.
£n Europe les armes eu pierre remontent à la plus haute antiquité, et elles contribuent à démontrer .que Thomme a déjà existé durant la troisième époque géologique, puisque rimage du mastodonte ou mammouth , gravée sur de la corne trouvée dans le Pérlgord, et de nombreux osseoients d'ours de caverne, mêlés avec des haches en silex, recueillis dans des terrains platoniques, ont dû apporter de nouveaux documents. Quand ces gravures auront été examinées au microscope, afin de s'assurer de toute absence de fraude, on pourra discuter l'hypothèse. Il ne sufifit cependant pas que ces armes et ces ossements soieat recueillis dans des terrains alluviens-diluviens qui peuvent avoir été soumis à des perturbations, comme cela eat démontré par les dépôtsmevbles, ainsi nommés parce qu'ils aont composés d'obists appartenant à différentes époques.
Le diluvium (Alpin) non remué ne contient aucune msr tière organique à Tétat A'ossine^ substance qui caractérise Vos non fossile, de sorte que toute allurvlon contenant le moindre os avec ossine est postérieur à la grande perturbation terrestre, appelée déluge.
Beaucoup d'armes et outils en piewres façonnées offrent aussi un signe sûr pour reconnaître* qulla ne remontent pas au delà du déloge : c'est qu'ils sont fabriqués avec des gakts où tout indique qu'ils ont été roiUés êvant déire façonmée.
Il serait impossible d'établir la priorité d'un peuple sur
DES A'RlIfiS ANCTEMNES. 27
un autre, poirr la fa^ticaticm première de ces armes, puisqu'on en a rencontré partout. Il s'est trouvé en France des armes en silex taillées par éclats, mêlées avec des os de rennes et des oi fossiles, les uns' et les- autres parfois sculptés par la main de Thomme et adaptés comme manches à la pierre qui forme toujours le ttianchant, et dont la fabrication sans in^strunients de métal ni acides corrosifs ne s*explique que par la facilité avec laquelle le silex, fraîchement sorti des carrières et avant d'avoir subi l'influence de l'air, se prête à la division par éclat». Des démureations exactes entre les soi-disant âges de la pierre brute, de la pierre polie et môme du tyroose, peuvent être établies avec dus»! peu de certitude que tout ce qui touche aux époques plus ou moins antébistoriquies. On a trouvé les deux et même les trois produits entremêlés, ce qui indique des époques de transition. Les fouilles opérées au cimetière germanique à Hallstatt près Ischl, en Autriche, ont fourni des armes et des instruments en pierre, en bronze, en fer, dontquelquesuns sont même moitié bronze et moitié fer, le tout confondu dans les mêmes tombeaux, dont plus de nrille ont été visités. Les rebuts de c\xïsiue{Kwkkenfnpeding) du Danemark aussi bien que les objets recueillis dans les pahtffites des habitations lacustres de la Suisse, de la Savcûe et du duché de Bade, quoique tous trouvés dans des terrains alluviens, peuvent cependant être attribués avec certitude à Tàge de la pierre pure où les armes et ustensiles ne montrent aucune trace de métal, tandis que les palaffîtes découverts près Noceto, à Gastiane, près Parme, et & Peschiera, appartiennent à l'époque qui correspond à P&ge dit àa bronte.
De toutes ces armes primitive», ce sont celles trouvées dan» le Danemark (actuellement contnefaites^en Allemagne), qui âontpent le plus de fini; elles paraissent indiquer, chose fort curieuse, que la civilisation à ces épeque»éiait peutêtre plus avancée dan& le nord que dans les parties cen** traies de l'Burope. Il faut cependant tenir compte que ces
armes ont été trouvées dan6desalluvions,et qu'elles doivent être plus modernes que celles des cavernes et des terrains diluviens ou quaternaires.
Quant auxarmes en pierre polie, ellessont le plus souvent en serpentine granitique, pierre peu dure quoique plus dure que la serpenlfue ordinaire. On en a aussi trouvé en silex, en calcédoine, en basalte, en jade et en jadalque de différentes couleurs. La pierre jadalque, si fréquente en Auvergne, est de la même espèce que celle utilisée jadis pour la fabrication des amulettes contre les maladies de reins, ce qui l'avait fait nommer pierre néphrétique. Les talismans ou pierres de victoire des sagas Scandinaves n'étaient probablement pas autre chose que des serpentines. On a trouvé des petits coins, trop petits pour tout autre usage, où le passage du fil avec lequel on suspendait le talisman est indiqué par un trou. Au Nord, ces pierres sont toujours en vert, couleur qui parait avoir été symbolique et sympathique aux peuples teutons, puisqu'elle se retrouve dominante plus tard dans leurs émaux et dans leurs miniatures, tandis que c^est le bleu qui règne dans ces mêmes productions d'origine gauloise et française. La haute. antiquité parait avoir eu encore des armes en pierre en même temps que des armes en bronze et enfer, puisque les musées de Londres et de Berlin possèdent plusieurs exemplaires assyriens et égyptiens très-anciens.
On a trouvé des armes en bronze, aussi fréquemment dans le Nord que sur les sols classiques. Peut-être ont-elles été introduites dans TOccident par des peuples orientaux conquérants, puisque les armes de Tâge dit du bronze des différents pays se ressemblent plus entre elles que celles des autres époques, et dans les sagas Scandinaves même, les conquérants traitent avec mépris les peuples encore réduits aux armes de pierre et les appellent : a les petits démons de la terre. » L'usage des armes en bronze n'a pas même complètement cessé dans les Gaules, après la con-
quête de César, el on peut admettre que la supériorité des armes en fer avait contribué au succès des Francs comme elle avait contribué à celui des Romains.
Si on veut se rendre apte à savoir classer chronologiquement les armes de ces époques dont les produits se ressemblent et dans lesquelles les périodes de transition sont si fréquentes, il faut étudier la construction et les dotations des différents tombeaux. Les monticules très-élevés, entourés ou surmontés de pierres plus ou moins colossales [dolînens)^ et dont les caveaux fermés ordinairement de dalles renferment des ossements non brûlés et des armes en pierre, peuvent être regardés comme des tombeaux trèsanciens. La seconde catégorie se signale le plus souvent par un monticule moins élevé, par l'absence des grands blocs de pierre, par un caveau ou tombeau formé de pierres brutes de petites dimensions entassées avec peu d*art, et par fume qui indique la crémation. Ces sépulcres contiennent ordinairement des produits en bronze. Les tombeaux encore moins élevés, et dont la construction est presque entièrement en terre, appartiennent à la troisième période où la crémation avait de nouveau fait place à Tinhumation et où les sépulcres forment souvent des cimetières dans la direction du sud au nord.
Dès quMl s*agit des armes antiques, il faut particulièrement rechercher les premières traces parvenues jusqu'à nous, sur les monuments hindous, assyriens et égyptiens. Depuis la fondation, au vingt-cinquième siècle avant Jésus- Christ, des villes de Ninive et de Babylone par Âssur et par Nemrod, jusqu^au troisième siècle avant Jésus-Christ, au règne de SardanapaleV,il n'existe cependant pas de monuments où Ton pourrait recueillir les moindres notions sur l'armement du soldat des cinq grandes monarchies asiatiques. On .ignore ainsi complètement Téquipement des armées avec lesquelles Bélus chassa, en 1992, les Arabes, et Ninus, son fils, conquit TÂrménie, la Médie et presque
30 HISTOIRB ABRÉOÉB
toute rAeîe septentrionale; et rien n'indiqae de quelle manière étaient confectionnées les armes brillantes en usage sous la fastueuse Sémiramis, la veuve de Ninus qui, de 4968 à 4946 étendit Tempire jusqu^à Tlndus et entassa à Babylone des richesses fabuleuses. A partir du règne de Niuyas, son fils, Thistoire métne ne fournit sur la longue suite des rois successeurs de Ninyas que quelques récita sur le fameux Sardapanale, détrôné en 759.
Les bas-reliefs et moulages de basHreliefe chaldéens, babyloniens, assyriens, médiq»es€tpersiques du Louvre, desmusées Britannique, de Berlin, de Munich et de Zurich, suppléent heureusement aux documents écrits et fournissent ample matière pour Tbistoire de Tarmement de ces mouar^ chies militaires, à partir du treizième jusqu'au septième £âècle avant Jés&s-Gbrist; ear contrairement anix momiments^ hindous et égyptiens, les sufets de ces sculptures, presque toutes pourvues d'inscriptions cuuéifoirmes, offrent, pour la plupart, des ^isodes guerriers, qui permettent presque de i^coBslruire eutiôrement l'armement du soldat de ces ^etes contrées duranisept siôotes, oti l'équipement militaire pa^ rait y avoir éprouvé fort peu de chaugement, et le précieux document de Sennachérib (712^707) démontm quele soldat chaldéen était armé comme le soldat assyrien.
L'infanterie de la troupe régulière avait pour armes défensives le casque à jugulaires, quelquefois orné d'un cimier à crinière-, le bouclier rond et le long pavois pour le si^e ; la cuirasse ou plutôt le corselet confectioimé avec des lames de métal cousues sur étoffs ou peau, et aussi de véritables cottes en mailles d' acier, tellm que lefmgmeut da musée Britannique le démontre; ou enfin la longue tn^ nique, probablement en buffle. Des enémides ou jambièree (tumelières) couvraieui le devant de la jambe jusqu'en dessous de la rotule« Les armes offensives étaient la lance, Tépée, la fronde et l'arc. Le soldat, auxiliaire comme celui de la milice» portait ou le casque sans jugulaires ni cimier
OU mi simple bandeau à jugulaines, en cuir on métal, qui ressemble à celui du guerrier fraDC méroyiDgien. Son bouclicrr, ordinaipesnent de bauteur d'appui quand il était rond et de deux tiers^ de la bautenr de l'homme quand il était allongé, était le plus sourent carré en ba» et arrondi en haixt; 8emi«^chtulaire> ii enveloppaitprefiquele corps du soldat qui portait la longue tunique, et avait, comme te troijçier d'élile, pour arme offensive T^ée, qui pendait du côté gauche, la lance, la fronde et Tare. L'aneber perse des bas-»reliefs de Persépolis, l'ancienne capitale de la. Perside et de toute Pandenne monarcfaie perse (560), est souTCut coiffé d'un casque ou bonnet d'armes qui a presque la forme de la toque de la magistrature française. Deux moulages de ces bas^reliefs, exposés au musée Britannique, montrent en outre des casques à lames et même & mentonnière^ qui res* semblent grandemait aux casques de la seconde partie du moyeai âge chrétien.
Le cavalier assyrieiv qui montait entas selle ni éperons, était coiffé d'un casque à jugulaires, mais sans cimier, et dont la forme sen»-coniqu6, dans le genre des casques dits gaulois, différait descasques portés par les hommes de pied; il ava^ rarement un bouclier, mais la cuirasse ou plutôt le corselet de mailles, espèce de squamala où la dossière était terminée par une sorte de tablier arrondi de mineur, qui ressemblait au garde-reins de Parmure à plates du moyeu âge chrétien, et qui était comme celui-ci destiné à protéger le bas du dos. Il portaiteuoutre une culotte d'armes fabriquée de la même manière qua lecofsefi^t, et toujours la lance et râpée.
L'archear, qtti'esl quelquefois repréisenté achevai, avait le Gonel^, mais rarement le.casiqtie. Gomnie chez le milicien, la léte n'était protégée que par le bandeau. Souvent le bas des jambes de Taroher montre des cnémides. Â pied, il est vétQ de la longue tunique. Outre l'arc, les flèches et le cairquois, il avait Tépée, mais pas de lance. Les AsByriens
connaissaient le char de guerre qui se trouve sur plusieurs de leurs bas-reliefs du treizième siècle avant J.-C, ce que parait inDrmer l'opinion de Virgile qui attribue Tinvention de ces chars à Erichthonius, roi d'Athènes, et celle de quelques auteurs qui la mettent sur le compte de Triptolème et de Trochilus. Ou voit aussi sur ces précieuses sculptures granitiques la catapulte et la baliste, dont Tinvention appartient aux Assyriens, ce qui est attesté par les Anciens. La forme de ces machines de guerre destinées à lancer contre Fennemi des traits et des projectiles de toute nature, pour battre en brèche les murailles des villes assiégées et atteindre de loin leurs défenseurs , diffère peu des engins grecs et romains. Quant à ce qui concerne les armes perses anciennes, on n^a pour tout guide que quelques moulages de bas-reliefs de Persépolis^ exposés au Louvre et au musée Britannique parmi les bas-reliefs chaldéens, babyloniens, assyriens et médiques. L'armement défensif se rapproche là, comme il a été déjà observé, bien plus de celui de l'Europe durant le moyen âge que de l'armement asiatique. On y trouve le casque à lames superposées et à mentonnière, et peut-être à visière ou vue à pivot. Miihras, sacrifiant le taureau (monument reproduit par De la Chaussée, dans son M. Hom.], porte le casque à timbre bombé dans le genre étrusque. Cette sculpture, que Ton croit remonter à l'époque de la naissance de l'auteur delà réformation du magisme et du parsisme, époque qui flotte entre le douzième et le sixième siècle, offre peu de sûreté. Il est douteux que la forme de ce casque et encore moins celle du glaive avec lequel le dieu sacrifie, et qui rappelle la dague indienne actuelle, remonte aux anciens Perses dont la langue, le Zend, morte depuis longtemps, sert encore aux prêtres guèbres à réciter leurs prières, quoiqu'ils n'en comprennent plus le sens. Le casque perse en bronze et également bombé, de la dynastie des Sassanides (226-552), conservé au musée Britannique, rappelle
DES ARHE8 ANCIENNES. 33
même tout à fait la coupe du casque allemand à timbre bombé du dixième siècle.
Après la quatrième dynastie, celle des califes (652) jusqu'à la fin de la douzième, celle des Mongols, et autres dominateurs mabométans, l'armement prend en Perse entièrement le caractère musulman. Durant le règne de la dynastie des Sopbis (1499 à 1736), les armes persanes n'ont presque pas changé de formes et se ressemblent toutes. Les miniatures d'une copie, faite au commencement du dix-septième siècle, du Schab-Nameh ou livre royal, composé par le poète Fisdûsi, sous le règne de Mabmoud (999), et qui se trouve à la bibliothèque de Munich, montrent presque aussi les mêmes formes de casques et les mêmes armes que Ton trouve encore actuellement dans l'armement de la Perse, d'où nous est venu le cimeterre, dont le nom déi*ive du persan ckimichir ou chimchîr^ arme appelée par les Allemands seymiiar^ Yacinace romain, Taleul du sabre, le Sable ou Saebel allemand, connu déjà par les Daces et de l'autre côté du Rhin^ vers le quatrième siècle, et introduit dans le reste de l'Europe centrale à partir de la première croisade.
L'armement chaldéen et médique se confond avec celui des Assyriens. Le soldat de l'ancienne Babylone peuplée par les Chaldéens de la mer, dont la capitale était Tereddn, parait cependant avoir eu» à la place du casque conique, une coiffure d'armes semblable à celle représentée sur le bas-relief perside déjà mentionné, et qui a la forme d'une loque. La Médie, le plus puissant royaume parmi ceux qui se formèrent aux dépens du premier empire assyrien, pourrait être difficilement séparée^ quantaux armements de ses troupes, de la Persique, d'autant plus que son premier roi Arbacès ne remonte qu'à 759 avant Jésus- Christ et que le royaume des Mèdes fut englobé déjà dans la Perse sous Cyrus, en 536. C'est à partir de cette époque que les dénominations de Mèdes, Médiques, Perses et Persiques,
furent toujours confèndoes et employées indistinctemeot pour les habitants de ces diverses contrées, car même les guerres pcrsiques contre les Grecs sont nommées gwrres médiques.
Sans tenir compte de l'histoire fabuleuse dans laquelle les Hindous font remonter letrr origine à une antiquité exagérée, on peut placer la première dynastie connue de leurs rois, celle des Chandrat>, à Tan 3200 ayant Jésus- Christ, dynastie qui avait été probablement précédée déjà de plusieurs civilisations aujourd'hui ignorées. Il est à regretter que les gouvemeuTs anglais qui se sont succédé aux Indes n'aiefit pas recueilli plus des nombreuses et grandioses mines architecturales dont le sol est encore couvert. Les quelques sculptures conservées aux musées Britannique et de Kensington sont insuffisantes, et ni le Louvre, ni le musée de Berlin, ne possèdent rien de ces singulières ciselures, figures tordues et contournées dans le goût des sculptures religieuses européennes de la fin du dix-septième siècle et du commencement du dix-huitième. Les musées ne possèdent donc aucun monument pour Télude de Tarmement hindou. Les photographies exposées au Kinsington-Museum, qui reproduisent un grand nombre de ruines de palais, de temples, et quelques pierres mémoratives en granit sculpté, démontrent que les Hindous, comme les Egyptiens, aimaient peu à perpétuer leurs faits d'armes sur les édifices ; car, parmi toutes ces sculptures, il n*y a que les quelques pierres de Beenjanuggur, les /ftmguh^qni offrent des sujets guerriers, et encore ne remontentelles pas plus haut qu*à Pépoque correspondante à la première moitié du moyen âge chrétien. Les personnages de ces épisodes démontrent que Tarmement hindou a peu varié pour les armes oflènevvea, et que c'est seulement dans les casques qu'un changement radical s'est manifesté à partir du quatorzième et du quinzième siècle de notre ère, lorsque le goût arabe a commencé à réagir contre ce qui Pavait
DES ARltfiS ANfilEKNlS. 39
presque efiàcé dans ses propres produits. Quant t l^arme^ meut javanais un peu ancien, il n'y a que la belle statue de la déesse delà guerre, au musée de Berlin, qui fournisse quelques indications par rapport à Vépée qu'elle porte.
Les monuments funéraires et civils de TÉgypte, pays où le génie de la nation était plus porté vers l'agriculture et les sciences que vers la guerre, offrent également bien moins de sujets militaires que les monuments assyriens. Denon, dans ses Voyages dans la Basse et Haute-Egypte^ a donné, il est vrai, quelques. reproductions d'armes ainsi que M. Prisse d' Avenues dans ses Monuments égyptiens^ mais c'est trop peu, même réuni aux bas^reliefs de Tbèbes et aux quAilques arnaes en nature conservées aux musées du Louvre, de Londres et de Berlin, pour pouvoir se faire une idée exacte de l'armement de toute la troupe égyptienne. Oa y trouve un casque qui rappelle le bonnet à grelot du bouffon du moyen âge chrétien et le casque du hungul hindou; une cotte en écailles de bronze dont M. Prisse d'Àvesnes a donné le dessin d'apxès un monument qui remonte aux Pharaons (18' dynastie, iûOO avant Jésufi* Gbrjfit] à juger par l'inscripliau biblique gravée sur une de ces écailles qui mesure 20 mètres sur 35. Le bouclier, carré en bas £t arrondi en bau^t, esl percé d'un trou à travers lequel le soldat pouvait distinguer l'ennemi sans se découvrir : c'est une aime qui était presque de la hauteur de Phomme. L'arc, les flèches avec leur carquois; un pare-coup^ instrument fort singulier qui rappelle l'usage delà petite rondelle à crochets et les brise-épées du moyen âige , semant, comme ceux-là, à saisir et à rompre Tépée de Tadvereaire; quelques épées ou plutét quelques coutelas à un seul tranchant dans le genre du scrama-saxe mérovingien et rarement la lance à lame de métal : voilà tout ce que l'on connaît sur Tarmement de ce pays, car Teapèce de capuchon du guerrier blessé, d'un bas-relief de Thèbes ne permet pas de distinguer si c'est
bien lii une arme défensive ou un simple vêtement. Les quelques dagues en bronze, conservées au musée égyptien du Louvre, paraissent indiquer par leurs formes l'origine grec, quoique ces armes aient été trouvées en Egypte. La cotte en peau de crocodile au musée égyptien du Belvédère de Vienne, et la dague en bronze au musée de Berlin, paraissent cependant remonter à la haute antiquité égyptiennp.
L'Étrurie, la Grrèce et Rome nous ont heureusement laissé assez d'armes où Tart se manifeste aussi bien dans ronsomble de la forme que dans Texécution des détails, et ce n'est qu'à partir des époques où ces pays florissaient que Ton peut baser Thistoire des armes sur des pièces conservées dans un grand nombre de musées.
Les arme? offensives et défensives grecques au temps d'Homère (lOOOans avant Jésus-Christ], étaient toutes en bronze quoique le fer; comme on a vu, fût connu. L'armure défensive se composait de la cuirasse, plastron et dossière, chaque partie coulée ou martelée d'une seule pièce, et aussi du corselet d'écaillés à imbrication; du casque, du grand bouclier convexe rond, et des cnémides ou jambières. Les armes offensives étaient : Tépée d'estoc et de taille, à lame droite, d'abord courte et large, plus tard longue, à deux tranchants, à pointe aiguë et à fourreau de forme carrée, toujours portée au côté droit; leparazonium^ dague courte et large, espèce de langue de bœuf, portée du côté gauche; la lance de 11 à 45 pieds de longueur, à lame large, longue et aigu^^ arrondie vers la douille et à arrêt saillant au milieu, servant d'arme de hast et de jet ; le javelot avec son amentum ou lanière, sorte de longue flèche. Les Grecs n'avaient pas de cavalerie alors, ils manquaient même de terme pour désigner l'action de monter à cheval, ce qui est probablement la cause que la langue française manque de substantif pour rendre le Reiten des Allemands. Plus tard, 400 ans avant Jésus-Christ, les Grecs ajou-
tèrent à leurs corps d'armée ceux &es frondeurs et des cavaliers.
L'armement étrusque, dont une partie devait précéder dans ce travail l'armement grec, montre dans la première période l'influence phénicienne, comme il montre dans la suite celle de la Grèce avec laquelle l'Etrurie, après l'émigration d'Énée, était unie par tant de liens. La troisième période est purement romaine; tout y est resté dans l'obscurité. Polybe, né en l'année 552 de la fondation deHome, ou 202 ans avant Jésus-Christ, le premier auteur qui a décrit les armes du soldat romain, n'a parlé que de celles de son époque. Les indications laissées par ce maître et ami du second Scipion TAfricain, jointes aux faibles renseignements que fournissent quelques sculptures tombales trouvées aux bords du Rhin en Allemagne, les colonnes Trajane et Antonine et l'arc d'Orange forment à peu près tout ce qui est connu sur cette matière. Grâce aux chants dits d'Homère, on est mieux renseigné sur les armes grecques en usage au dixième siècle avant Jésus- Christ, sinon même au treizième, à l'époque du siège de Troie, que sur celles avec lesquelles le peuple-roi avait assujetti le monde. Il est fort probable que les Romains, comme les Grecs et les Étrusques, ne se servaient d'abord pour la fabrication de leurs armes offensives que du bronze; mais du temps de Polybe ce métal n'était plus employé que pour les casques, plastrons, cnéraides et autres armes défensives. Lorsque la Gaule employait encore exclusivement le bronze, les armes romaines de trait, d'estoc, de taille et de hast étaient donc déjà toutes en fer et en acier.
L'armée romaine se composait de trois espèces de troupes : les vélites^ fantassins armés à la légère, les hastaires ou légionnaires, et les cavaliers. Les premiers étaient armés de javelots minces, de deux coudées de longueur et où le fer mesurait une palme, de l'épée et d'un
38 HISTOIRE ABRÉfiÉE
petit bouclier léger, rond ou ovale, cpii mesurait 3 pieds et s'appelait /7arma, dès que saiorme était arrondie. C^était le même bouclier dont se .servaient les gladiateurs. Le casque, ordinairement à jugulaires^ .était sans crinière mais quelquefois garni de peau de loup. Le hafitaire, pro* tégé par un casque en fer ou en cuir, panaché de trois plumes rouges et noires, par des jambières {ocrœ) et par un plastron ou une cuirasse (le corselet à deux épaullers), le tout en bronze, ainsi que par le .grand bouclier convexe^ en bois, peau et fer, de 4 pieds de long sur 2 i/2 de large, avait pour armes offensives Tépée ibérique gull portait comme le soldat grec, du côté droit, deux javelots dont Tun était le célèbre pilum légionnaire que naus retrouverons plus tard dans Tarmement franc^. Le fr.ojjidear était armé de la fronde imitée des Âcbéens.
Le cavalier, au temps de Polybe, prit réquipement grec. Dépourvu, avant cette époque, d^armes défensives autres que le bouclier hexagone, rond ou ovale, en cuir de bœuf, son armement fut rendu plus propre à résister aux formidables coups des barbares. Plus t»rd, du temps 4e Trajau et de Septime-Sévôre, il fut aussi doté d'une cuirasse flexible, soit de la squamata faite d'écaillés de fer ou de bronze cousues sur toile ou sur peau, soit delà iamata^ composée de chaînes de métal, sorte de cotte de mailles comme on en a trouvé à Avencbes eu Suisse, où ou les conserve au musée. La colonne Trajaue montre aussi beauf* coup de soldats dont les cuirasses ne sont ni en mailles ni eu écailles, mais confectionnées avec de longues lames e» métal, semblables aux armures du moyeu ègCi ^ les ba»* reliefs de ce mdotument prouvent que l'armée romaine était composée d'un grand nombre de corps dont l'armement variait autant que celui de |ios aiwées modernes.
Les Romains comme les Grecs se senraîent aussi de machines de guerre, outre le char faucheur, de provenance assyrienne comme beaucoup d'ajutres machines^ et
DES ARMË8 ANCI^NTIEfi. ^9
les béliers, comius déjà à Paloe-Tyros, la vieille Tyr, fondée vers léOGanS avant Jésus-Chriî?f, et mentionnés dans l'Ancien Testament, où Ézôcfiîel (399 ans avant Jésus- Christ) dit (ch. XXI, V. Tt) que « le roi de Babylone dispose déjà leB béTiers contre les murs de Jérusalem. »
Parmi tous ces engins de guerre mentionnés, la baliste laiïçait des flèches monstres, et la catapulte ou formentum, de plus gros projectiles, dont quelques-uns avaient la forme d'un lingot pointu aux deux extrémités, et qui portaient en Grèce quelquefois Tinscription AESAIi (reçois), telle que la montrent plusieurs exemplaires en plomb trouvés dans les fouilles. Les Grecs appelaient euthytones les catapultes à trajectoire rasante, et antitones celles qui portaient en courbe.
Il y avait aussi le tofleno, sorte de bascule à deux paniers, qui versait les combattants dans les places assiégées. M. Rodios parle en outre, dans son ïtepi HOAEMIkK TEXNH2, etc. (Athènes, 1868], d'aune catapulte ou plutôt baliste portative, semblable à l'arbalète de notre moyen âge, et dont il donne la description et le dessin d'après des textes byzantins; mais on peut conserver des doutes si cette espèce d'arbalète que M. Rhodios appelle Gastrafete, puisque ParbalétTier devait l'appuyer sur son ventre, remonte bien aux Grecs et aux Romains, puisque les anciens textes n'en parlent pas.
On a VU dans riûtroduction que plusieurs de ces machines, décrites par Héron, Philon et Vitruve, et appelées pur eux catapultes euthytones^ catapultes oxybetes, catOf P^Hes palitones^ et catapultes scorpions^ ont été reconstruites pour la collection d'armes de Tempereur Napoléon HT. Quant au polyspaste ou grue ifArchimède^ instrument qui enlevait et brisait des vaisseaux entiers, fl est resté indéterminé ; mais on peut admettre qu'il était identique aux crochets monstres servant à dégager la tête du bélier, dont 'e blindage rotrlânt s'appelait tortue, M. Rhodios a aussi
démontré, dans son intéressant ouvrage, que les Grecs, ses ancêtres, possédaient même des machines à explosion, sorte de canons à air comprimé, qui représentaient nos fusils à vent dans des dimensions colossales.
Des armes en bronze, fabriquées souvent plus ou moins sous IMnfluence des modèles antiques, ont été trouvées dans les tombes de presque tous ces peuples de TEurope que les Romains appelaient barbares; mais celles de la Scandinavie continentale (Danemark et Allemagne septentrionale) sont, comme les armes danoises de Tâge de la pierre, supérieures aux armes des autres pays du Nord et peu inférieures même aux armes grecques et romaines. Les exemplaires conservés au musée de Copenhague et à celui de Londres, où elles sont rangées parmi les armes anglosaxonnes et britanniques, prouvent avec quel art ces peuples savaient déjà travailler le métal. L'armement défen^if du guerrier Scandinave parait avoir consisté ûlors uniquement dans le bouclier rond ou allongé, dans la cuirasse, dans le casque, quoique aucune arme de la dernière espèce et de cette époque ne se trouve au musée de Copenhague, et que les grands cercles de coiffure puissent faire supposer que le casque n'était porté que par les chefs, comme cela était l'usage chez les Francs et les Germains en général. Le casque en bronze à cornes, trouvé dans la Tamise et conservé au musée Britannique, parmi les armes nationales, pourrait bien être de provenance danoise aussi bien que le bouclier exposé à côté.
Pour les armes cellico-gauloises et bas-bretonnes en bronze, la question se complique encore davantage. Il serait difficile, sinon impraticable, d'établir des catégories distinctes pourcelles qui ont été trouvées sur le sol de la France. Tout y est incertitude. Le celt même, cette hache ou plus probablement cette lame de javelot si caractéristique par sa douille droite et à anneau, a été trouvé aussi bien en Russie qu'en France et en Italie, en Angle-
DES ARMES ANCIENNES. Ai
terre qu'en Allemagne, ce qui démontre l'impossibilité d'un classement rigoureux. Le peuple celtique était partout et nulle pari !
L'armement du Gaulois, qui était encore, du temps de Jules César, même pour les épées et autres armes offensives, en bronze, consistait pour la défense dans un casque conique très-pointu, tel qu'on le voit au musée de Rouen, et qui était probablement porté par les cbcfs seulement. L'attribution même de ce casque laisse encore des doutes, parce qu'on en a trouvé de tout pareils à Posen et dans l'Inn en Bavière, où l'arme figure au musée national de Munich sous la désignation de casque hongrois ou avare, La cuirasse était , comme chez les Romains , de deux pièces entières, telles qu'on les voit au musée d'artillerie de Paris, à celui de Saint-Germain et au Louvre. La défense était complétée par le bouclier. Les sculptures du sarcophage de la Yigna Amroendola et les bas-reliefs de l'arc d'Orange montrent ce bouclier sous deux formes différentes, Tun en ovale, l'autre carré allongé et plus large au milieu qu'aux extrémités. Les armes offensives étaient la hache de différentes formes, parmi lesquelles, on a aussi l'habitude de ranger celle du celt déjà mentionnée et que je crois être une lame de javelot; l'épée d'espèces variées, soit la courte épéc grecque, soit l'épée à trois tranchants et sans garde telle que la représente le bas-relief romain incrusté dans le piédestal de la Melpomene du Louvre. La lance, le javelot et l'arc étaient les armes de hast et de jet. L'enseigne-sanglier gauloise, qui se trouvesur un des basreliefs de l'arc d'Orange, montre par sa forme toute l'influence que l'armement romain arait fini par exercer sur celui des Gaulois. On en voit une au musée de Prague, elle est en bronze et a été trouvée en Bohème.
Les armes germaniques de l'âge dit du bronze, en général, aissent autant de vague que celles de la Gaule. Les nombreuses fouilles opérées au cimetière de Hallstatt en Âu-
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triche, qù l'on a ouveitplus de mille tombeaux germaniques, ont encore augmenté cette incertitude, car les casques en bronze recueillis dans ces sépulcres où ils étaient déposés avec des armes en bronze^ en fer et en pierre^ ressemblent tout à fhit aux casques à double eréte, conservés au musée de Salnt-G^rmain et attt'îbués ordinairement aitx Étrusques et aux Ombriens, et, par quelques-uns, aux Celtes. On retrouve, presque dans toutes les armes britanniques exposées aux musées d'Angleterre, Tes formes danoises, et les armes à Hallstatt étaient toujours accompa^ gnées du cclt; les courtes êpées rappellent partout celle de la ftréce, dont le caractère se retrouve aussi bien sur Pépéë Scandinave que sur Tépée germanique, sans parler de ce que Ton appelle communément Tépée celtique, désignation dont le vague ne peut satisfaire.
Les armes de bronze de ces époques reculées, trouvées en Russie et en Hongrie, consistent presque uniquement en bttcficfl et lames de lances, parmi lesquelles plusieurs httcfies de la Russie se signalent par des létes de bélier.
Les périodes que Ton est convenu dé désigner fort impropHiment sous la domination de l'âge du fer devraient «^arrêter liogiquement à la fin du cinquième siècle, après la chute do l'empire d'Occident; mais on les fait souvent descendre bien plus, même jusqu'à la fin du règne dé la race carlovingietme (987), ce qui' est fort commode, mais fort peu exact. L'époque qui précède le règne de la che- Valérie^ le septième et huitième siècle, devait certes être sa fin.
On a vu que le fer était connu pa'rtbUf et en tous temps, mais* que' son emploi universel pour la fabrication des armes défensives et offensives avait été mêlé à ceïuî du bronze. Les Romains avaient compris de bonne heure la supériorité de l'arme oflfensive en fèr sur celle de bronze, métal qui dès lors ne fut plus employé chez eux qu'à là confection des armes défensives. En 202 avant Jésus-
DES AHMEI? AKCIEKKfiS. 43
Christ, répétons-le, le soldat romain n'avait plus d'armes offensiTes de ce métal : on peut a*dmettre que dans la seconde guerre punique Tarme de fer cX)ïllribua pour beaucoup à la victoire des Romains sur lés Carthaginois. Les quelques armes en fer trouvées dans les tombeaux gaulois, où elles étaient mêlées avec les armes ordinaires en bronze, recueillies particulièrement au cimetière de Catalauni (déparlement de la Marne) et conservées au musée de Saint- Germain, paraissent plutôt d*origine germanique, puisqu'ellesressemblent beaucoup aux êpéés trouvées àTiéfenau et à Neufchùlel en Suisse ; que Ton d'oïl attribuer aux Burgondes si renommés pour le travail du fer. L'Helvétie, rendue déserte en 4S0 par les massacres systématiques des Romains, fut repeiiiilée Vers 550 par les Burgondes, dont les bandes s'étaient emparées de l'ouest, par les Allemanes qui occupaient toute la partie où Ton parle encore àujourd*hui allemand, et' par lesOstrogolhs établis dans le sud où régnent les langues italienne, française et romane. Lefe Burgondes étaient d'une race forte et de haute taille; Ik longue soie de ces épées indique des mains larges. Une hache et deux lames de lance eu fer, trouvées près du village Onswala (Bara-Schoilen)'en Suisse^ démontrent également par la différence de leurs fqrmes' qu'elles ont appartenu à un peuple autre que les Gaulois et les Francs, et peut-être aussi aux Burgondes.
L'armement des racés germaniques en général est resté en grande partie inconnu ; on sait seulement que la lance, la hache et Tépée étaientleurs armes offensives favorites, et que leurs boucliers, de 8 pieds sur 2 de grandeur, un osier treîllissé et recouvert de peau, étaient peints en couleurs vives, de préférence en blanc et en rouge. Ces boucliers furent plus tard remplacés par d'autres en tois de tilleul bordés de fer ; mais on a aussi trouvé des carcasses en fer des boucliers ronds â ombilic très-saillants, forme qui parait avoir été particulièrement en faveur cHez la race des
Francs. Â SigmariDgen, en Bavière, dans la Hesse, en Silésic, en Angleterre et en Danemark, partout ce même bouclier rond a été en usage. La bacbe des races germaniques du Nord se distingue par sa forme de celle des races germaniques du Midi; la francisque des conquérants de la Gaule «ne s'y trouve nulle part, c'est toujours la forme saxonne. Le seul fragment d'une cuirasse germanique connu de ces époques reculées est celui conservé au musée de Zurich ; il a été trouvé dans le sol occupé par les AUemanes. C'est un travail fort curieux, composé de petites lames. Les Quades étaient probablement les seuls qui avaient des armures en corne.
L'armement des Francs est mieux connu que celui de toutes les autres races de leur famille, et grâce aux descriptions de quelques auteurs (Sidoine Apollinaire vers 450 de notre ère, Procope, Agalbias, Grégoire de Tours etc.), et aux nombreuses fouilles exécutées dans les cimetières mérovingiens, on peut presque reconstituer Parmcment complet de ces rudes guerriers. Leur armure défensive, comme celle du Germain en général, n'était composée que du bouclier, qui était petit, rond, convexe, en bois et en peau, de 80 centimètres de diamètre. On n'a pas encore trouvé ni casque, ni cuirasse, mais on sait, par des textes, que les cbefa en étaient armés. Le simple guerrier qui avait une partie de la tête rasée et portait, comme le Chinois, le restant de ses cheveux teint en rouge, natté et entassé audessus du front, était garanti, en quelque sorte, par celte coiffure comme par un casque. Son armement offensif était plus complet : c'était l'épée de 80 centimètres de longueur, mince,plate, aiguë, à double tranchant, et la longue dague ou mieux dit coutelas ordinairement de 50 cenlim. de longueur, appelé scrama-saxe^ nom composé dont la seconde partie veut dire couteau, tandis que scrama peut dériver de scamalCy la ligne de démarcation tracée sur le sable entre deux combattants grecs, ou de scrarsan (tondre), d'où est dérivé
la schere {ciseaLnn] allemande, scrama-saxe, couteau de duel ou couteau rasant.
On a trouvé de ces couteaux, où la soie est d'une longueur démesurée. Un, au musée de Zurich, a plus de 22 centimètres, et un autre, au musée de Sigmaringen, mesure 25 centimètres. Quelques archéologues ont été portés à n'y voir qu'un instrument destiné à travailler le hois, puisque la longueur du manche indique le maniement des deux poignets. Le scrama-saxe est pourtant une arme et non pas un outil, puisqu'il a été presque toujours déposé dans les tombeaux des guerriers, à côté de leur longue spatha. La lame du scrama-saxe d'un seul tranchant et qui parait avoir été en usage chez tous les peuples d'origine germanique, puisque le musée do Copenhague, tout aussi bien que la plupart des musées allemands et suisses, en possède, était aiguë et à dos évidé à plusieurs endroits pour en diminuer le poids. Une ceinture en cuir garnie d'agrafes en bronze supportait ces armes, que M. Penguilly-rilaridon a fait si heureusement reconstruire pour le musée impérial d'artillerie à Paris. L'arc et la flèche n'étaient le plus souvent utilisés qu'à la chasse. L'angon ou le pilum à pointe barbue, la lance (framée] à longue lame en fer, et la hache complétaient l'armement. L'angon servait à abattre le bouclier de Tennemi dans lequel il s'engageait profondément. Le Franc attaquait alors avec l'épée ou la francisque, cette hache caractéristique à un seul et non pas à deux tranchants, comme plusieurs auteurs compilateurs l'ont répété, qu'il avait aussi l'habitude de lancer sur le bouclier si le pilum avait manqué le but ou son effet.
L'épée de Childéric I" (457-481), conservée au Louvre, a été mal restaurée et ne peuldonnerque de fausses notions. Le pommeau, qui devait se trouver au bout supérieur du fuseau, est placé à la partie inférieure où il double la garde et donne à l'épée une forme impossible. Pour étudier l'armement en France de la fin du règne mérovingien et du
commencement de l'époque caiiovîngienne, on manque aussi bien de documents que d'armes. L'épée et les éperons attribués à Charlemagne sont presque tout ce qui e^^iste, car le couvercle en ivoire de Yùntiphonaire de saint Gré* goire, de la fin du huitième siècle, a encore tous les caractères romains et provient très-probablement d'un diptyque; il faut descendre ju«qu''au régne de Charles II le Chauve pour trouver quelques renseignements dans sa Bible illustrée, et encore ces renseignements paraissent peu sûrs, et plutôt le produit de la fantaisie de Tartiste, qu'on ne peut accepter qu'avec réserve. Le roi y est représenté sur son trône, entouré de gardes qui portent presque l'équipement romain avec les lambrequins en cuir des prétoriens, tandis qu'un bas-relief de l'église de Saint-Julien à Brioude (Haute-Loire), exécuté durant le septième ou le huitième siècle (?) montre le guerrier en cotte de mailles et en casque conique, et le manuscrit allemand de Wessobrunn à Munich, datant de 840, un casque à couvre-nuque et un bouclier à ombilic. Comment accorder le singulier accoutrement des gardes de Charles le Chauve avec le témoignage du moine de Saint-Gall, qui écrivait en témoin oculaire à la fin du neuvième siècle , que Charlemagne ainsi que ses guerriers étaient littéralement couverts de fer ; que l'empereur avait un casque de fer^ les bras armés de lames de fer^ et les cuisses couvertes êî'écaitèes en fer, le bas des jambes sous plaques ée fer\ q«e son cheval était armé en fer de pied en cap? Ce témoignage est confirmé parles lois mômes du monarque qui prescrivent à ses hommes d'armes les brassards [armillœ)^ le casque, le bouclier et les plaques pour jambières [lorica^ bruniea^ baugà). Malgré que le Codex aureus evangel. du monastère de Saint-Émeran à Ratisbonne, écrit certainement vers 870, montre aussi dans le costume de quelques hommes d'armes des réminiscences romaines, pareilles à celle de la Bible mentionnée et du Codex aureus de Saint- Gall, il est inadmissible que l'armement si formidable déjà
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SOUS Cbademagne ait rétrogradé à un tel ^.oûit aous le règne de Charles II. Les Leges Lmgobardorwn du ceuvièine siècle à la bibliothèque de Stuttgart paraisseut coufirooer ces doutes, car le roi lombard porte uae loogue targe germanique que Toa retrouve dans Tarmemiefiytdu quatorzième siècle, et le bas-relief du reliquaire du neuvième siècle au trésor de Saint-Maurice en Suisse représente le guerrier en cotte démailles complète.
Après oela^ il n'exiate presque plus de trace historique ni archéologique, si ce ,n'<e6t la Martyrologie^ manuscrit conservé à la même bibliothèque, et la BiUia mcra^ sx^ nuscrit de la Bibliothèque impériale de Paris; tous les deux du dixième siècle. On y voit déjà le chevalier allemand pourvu du même équipement militaire que le chevalier normand représenté sur la tapisserie de Bayeux, de la fin iu onzième siècle ou du commencement du douzième.
La pénurie de documents sur cette matière durant la période carlovingienne (687-987] n'existe plus pour Tépoque des croisades (109&4270].
Un manuscrit anglo-saxon de la bibliothèque britannique, la FsjfCQmachia et Prudentius^ du dixième siècle, montre encore Tbomme de guerre sans cotte de mailles et coiffé du casque à timbire bombé, tel que cette arme dé^ fensive est représentée dans la Biblia sacra déjà mentionnée^ tandis qu'un autite manviscrit, angknsaxon, ÏAelfrie^ du onzième siècle, représente le chevalier en cotte de maflles et avec un casque de forme singulière et sans nasal, quand dans la Marttfrologie^ manuscrit du dixième siècle, à la bibliothèque de Stuttgart» 11 porte déjà le casque co^ ' nique à nasal. (ymtïAelfric qui est particulièrement intéressant pour l'étude des diverses formes d'épée dotut chacune porte, pour ainsi dire, sa date, pour l'archéologue^tti fixera toujours av^ certitude le siècle d'après la longueur et la conformation des lames et des gardes. Oh voit dans les illustrations de ce manuscrit des éf6^ à pommeaux trilo-
bées, les mêmes dont les guerriers de la Biblia sacra sont armés. Le chevalier allemand est cependant représenté autrement dans le Jeremias-Apocalypsis^ manuscrit du onzième siècle, conservé à la bibliothèque de Dusseldorf, où le haubert à longues manches et les hauts et bas de chausses, le tout en mailles, sont complétés par le petit bacinet et le long bouclier convexe, carré en haut et pointu en bas; c'est Tarmure qui se retrouve sur une des statues des fondateurs du dôme de Naumbourg, de la même époque, — (tvec la différence que le bouclier a la forme de ce qu'on est habitué en France à appeler le bouclier normand; — et on le voit encore sur la sculpture de la porte de Heimburg, en Autriche, près la frontière hongroise, exécuté là au douzième siècle. Les guerriers de la mitre deSeligenthal, en Bavière, sur laquelle le brodeur a représenté le martyre de saint Etienne et do Tarchevôque Beckel de Ganterbury, sont coifTés do casques bombés, mais hauts comme des pains de sucre. Le bas-relief du onzième siècle, qui, à la basilique de Zurich, représente leducBourckhard, montre casque et épée, dont les formes rappellent les armes de la Martyrologic do Stuttgart. Une petite statuette en cuivre jaune du dixième siècle, de la collection de M. le comte de Nieuworkerke, est aussi fort précieuse pour l'étude des casques, puisque le nasal du casque conique dont ce guer-. rier est coiffé diffère par la largeur de sa partie inférieure de ceux des autres nasals de cette époque. La tapisserie de Bayeux, exécutée peu de temps après la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant (1066), et dont le curieux et na'if travail reproduit dans un certain détail l'équipement de riiomme de guerre, de la fin du onzième ou du commencement du douzième siècle, constitue un bon document pour l'histoire des armes normandes. Le casque conique du bas-relief de Brioude se retrouve sur les tapisseries, mais ordinairement pourvu du nasal fixe, tel qu'on le voit dans la Martyrologie allemande au dixième siècle.
Henri I" (1100) et le roi d'Ecosse Alexandre P' (1107-1128) sont tous les deux représentés sur leurs sceaux, coiffés de ces mômes casques coniques, nommés en France normands ; et c'est seulement vers la fin du douzième siècle que l'on voit apparaître en Angleterre le casque à timbre bombé, tel que le montre le sceau de Richard P', Cœur de Lion (1189-H99), tandis que ce môme casque se trouve déjà en usage, en Allemagne, vers le neuvième siècle (v. manuscrit deWessobrunn et le reliquaire de Saint-Maurice). Les peintures murales au dôme de Brunswick, exécutées sous Henri le Lion (mort en 1195), montrent cependant encore des cbevaliers armés du casque conique à côté d'autres déjà coiffés du heaume.
Vers la fin du dixième et au commencement du onzième siècle, le chevalier portait une longue tunique, le haubert (de l'allem., halsberg^ en vieil allem., brunne, — brunica) qui descendait ordinairement jusqu'au-dessus du genou, mais dont les manches s'arrêtaient d'abord au coude, et ne furentallongéesqueplus (ard. Une sorte de capucbon, appelé camail^ couvrait entièrement la nuque et la tète, de manière qu'une faible partie du visage restait seulement à découvert. Ce haubert, sorte de sarrau, était en peau ou en toile sur lesquelles étaient cousus de forts anneaux en fer forgé^ disposés les uns à côté des autres, ou des chaînes placées soit en longueur, soit en largeur, ou des plaques de métal de genre différent, dont quelques-unes avaient la forme d'une écaille. Guillaume le Conquérant est déjà représenté sur la tapisserie de Bayeux avec des bas de chausses couverts d'anneaux, comme le haubert, mais les pieds des chevaliers y sont encore enveloppés, comme ceux des guerriers anglo-saxons , de lanières. La statue d'un des fondateurs du dôme de Haumbourg, du onzième siècle, déjà mentionnée, montre également des bas de chausses en armures de fer, ainsi que les monnaies frappées sous Henri le Lion, duc de Brunswick, mort en 1 195.
Le haubert norœaad était alors uoe sorte de justau* corps avec haut et bas de chausses adhérentes et d'ooe seule pièce qui couvrait le corps^ comme uu tricot, du cou jusqu'à la rotule et jusqu'au coude. Le camail détaché ga*rantissait la nuque,, une partie de la figure «t la tête» qpuû était eu outre couverte, chez les Normands, du calque o^ nique, à long nasal, et quelquefois à couViPe-Qiiqii.e.
La cotte montre le plus sou vent jintreillissé dontJescajp* reaux sont garnis de très-gros anneaux cousus les uns à côté des autres ou de têtes de clou rivées; deux genres qu'il est presque impossible de ne pas confoiuire dans les de»sins des manuscrits. On voit même des cottes entiêremaoït en écailles, et des brunes treillissées, sans garniture de fêtes de clou ni d'anneaux. Le Manuscrit de Veleslav^ h la bibliothèque du prince de Lobkowitz., À HaudnitK, parait démontrer que Tarmement du corps, en Bohôme, n'était pas plus avancé au ireisième siècle, mais on y voit déjà les chaussures à la poulaine, le chapeau en fer, le grand hacinet, et le petit bouclier qui se Xrouva égalemenit daaa im miniatures du précieux manuscrit d'C la même éf&miè&j VAneide allemande de Henri de Yaldeck, conservé à la Bibliothôque de Berlin. Dans ce deroler manuscrit, les cour^siers sont déjà revêlus de caparaçons treilliasés et garnis de têtes de clou ou d'anneaux, et les cbevaliars coiffés da heaumes d cimiet\ cequi est rare pour cette époque. Le ma* nuscrit allemand, Tristan et Isolde, du tf^eizième $iécl^^ & la Bibliothèque de Munich, n est pas moins curieux aoufi ce rapport^ et les chevaliers y paraissent même déjà ara^te de jambières à plaques et de solerets à la poulaine.
L'armement défensif était complété chez le Norjasuuad, par le bouclier ordinairement en forme de cœur, c'est-ànlife rond en haut et pointu en bas, et d'une longueur qui dépassait la hanche et qu^uefois même l'épaule du gueirier. Le bouclier anglo-saxon était encore rond et bombé, daas le genre de celui du Franc et «de la rondache du quinaiême
DBS ARVnS ANCIENNES. 51
siècle. Les armes offensives consistaient dans la longue épée fort pen aigaë et à la garde en croix droite, dans la masse â'anneSy dans la hacbe à hampe longue ou courte, et dans la lamce au bas de laquelle flottait souvent un petit pavois «t dont la longueur dépassait d'un tiers celle de Fhomme. La fronde et Tare étaient les armes de jet. Les casques des aticbers' étaient ordinairement sans nasal. La véritable et bonne cotte treillissée était formée dte plusieurs doubles f étoffe rembourrée, piquée et renfermée par un treillis de bandes de cuir disposées en losanges réguliers où chaque centre et chaque angle étaient garnis d'un clou à large tête «H d^un anneau. lies cottes en écailles appelées jar^ans (AoTâ^tm^, de cette période, sont des plus rares ou n'existent probablement plus du tout. La plus ancienne que j^aie trouvée dans les manuscrits du moyen âge, est Tespèce dejacque à imbrication, dont est revêtu un chevalier, dans le Codex cmreus du neuvième siècle' de Saint- Gall. Il ne feut cependant pas confondre ces sortes de jazerans avec ceux des époques postérieures- et dont le musée de Dresde possède un exemplaire historique, qu'en 1629 le roi Sobieski a porté devant Vienne. Il paraît que les brunes en écailles imbriquées n'étaient pas rares dans le Nord, puisque des âenii^rs de Magdebourg, d:e 14150 et de 1160^, ainsi que plusieurs autres deniers allemandlB de lu même époque, les nomrent dans le9 effigies.
Tootes ces cotte» peuvent être divisées en cottes annelées, composées d'anneaux plats cousus Pun à côté de l'autre ; en cottes rustrées'^ faite d'anneaux ovales, se couvrant à moitié les uns les autres; en cottes maclées ou faites dé piècesr e» losanges et en cottes à éemlks imbriquées.
Âet véritable cotte de mailles que l'on croit à tort d'être venuede l'Orient et seulement à la suite des croisades, était déjà connue dans le centre et dans le nord de l'Europe, bien «faut le onzième siècle; on en a trouvé à Tiefenau des fragments formés d'anneaux de cinq'millimètresdediamètre,
52 HISTOIRE ABRËOÉE
parfaitement travaillés, et qui remontent, certes, à quelques centaines d'années avant les croisades. Le poôme héroïque do Gudrun ne dit-il pas : « que Herwig faisait glisser sa brune dans le bouclier; » et plus loin, a que ses habits étaient couverts de la rouille de son haubert. > VEnigme Aldhelm , écrit au onzième siècle , parle aussi de cette € lorica formée de métal, sans Taide d^aucun tissu » passage qui désigne clairement la véritable cotte de mailles, ainsi qu'un autre passage du Roman de Bon, écrit après la conquôle normande. C'est bien de cette cotte que la princesse byzantine, Anna Comnène (i083-ii48], dit dans ses mémoires : u qu'elle était uniquement faite d'anneaux d'acier rivés, — qu'elle était alors inconnue à Byzance et seulement portée par les hommes du Nord. » La cotte de mailles est encore mentionnée par un moine de Noirmoutiers, qui vivait au temps de Louis le Jeune (1137-1180), et qui a donné la description des armes de Geoffroy de Normandie. La cotte treillissée, aussi bien que le haubert à anneaux et à chaînes, à l'épreuve de la flèche, mais peu résistant aux armes de hast, particulièrement à la lance, et bien trop lourds, furent abandonnés peu à peu, de manière qu'au commencement du treizième siècle, les chevaliers aisés portaient presque tous déjà la cotte de mailles, également InsufiQsante contre les chocs et que l'art du tréfileur, trouvé en 1306 par Rodolphe de Nuremberg, devait mettre au quatorzième siècle à la portée des hommes d'armes les moins fortunés. Les anneaux forgés, confectionnés d'abord pièce par pièce et chacun d'eux rivés avaient rendu, durant plusieurs siècles, le prix des cottes de mailles trop élevé pour en permettre l'usage à la petite chevalerie et aux simples hommes d*armes. Â la bataille de Bouvines (1214] le perfectionnement dans l'armement était bien plus avancé déjà : chausses hautes et basses, cottes, camails et brassards, étaient tout en mailles reliées entre elles avec un tel soin que le poignard, la perfide miséricorde et le
Panzerbrecher ne pouvaient même plus pénétrer nulle part, et que pour tuer Tennemi renversé il fallait l'assommer.
Durant tout le règne de Saint-Louis (1226-1270), Par- Diure complète de mailles était universellement portée en France et en Italie par les gentilshommes aisés. Simple, sans envers ni doublure, elle se passait comme une chemise et on la mettait par-dessus un vêtement en cuir ou en étoffe piquée : le gamboison ou gambeson^ qui était aussi, Ja plupart du temps, la seule armure défensive des gens de pied en France, où l'armement des troupiers roturiers a été, durant le moyen ùge, en retard, car les villes n'avaient pas l'indépendance ni la richesse des grandes villes flamandes, allemandes et italiennes pour pouvoir se constituer des corps de citadins régulièrement armés. Le gamboison se retrouve encore au seizième siècle, où il était ordinairendent en toile brodée d'œillets. L'armure à plates ou en plaques d'abord en cuir, et plus tard en acier, remonte, contrairement à Topinion répandue, bien plus haut eu Allemagne qu'en Italie où elle apparaît seulement au quatorzième siècle, tandis que des manuscrits allemands du treizième siècle montrent déjà le chevalier dans celte nouvelle armure et coiffé du heaume.
Par-dessus la cotte le chevalier portait souvent une sorte de sarrau sans manches, une cotte d'armement en étoffe légère appelée en allemand Waffenrock, qui descendait jusqu'au-dessus de la rotule et sur laquelle les armoiries et autres signes distinctifs étaient brodés. Cette cotte était ordinairement l'œuvre de la châtelaine. Le grand haubert ou blanc hauba^t [die gonze Brûnne), Tarmure complète en mailles que les chevaliers avaient seuls le droit, en France, de revêtir, et qui pesait vingt-cinq à trente livres, se composait des cbausses et de la longue tunique à camail et à manches qui enveloppaient, dans la dernière période de son usage, les bras et les mains d'une sorte de fourreau d'où le pouce seul, également couvert
54 HISTOIBB ABRÉGfiB
de mailles, était détaché et aons leqael on mettait snr fa poitrine me large plaque de fér. C'était alors rarmemeiit Bniversel de- la chevalerie fraaçaÎBe. Quant aux aileffes^ plaques attachées anx épaulières des cottes de maille? et des armures transitoires à plaques de cuir ou de corne, c^étaient des espèces d'écussons plus ou moins' hauts et souvent ovales, tels que la statue en pierre de Rodolpfte de Hiersteio (1348) au dôme de Baal en montre un échantillon. Ces ailettes, de même que le bouclier, portaient les armoiries des chevaliers et elles n'ont été en usage que dn^ rant une cinquantaine d'années.
Le petH bacinet (du celtique bac), aussi nommé cerve*- Hère, qu'il ne fiant pas confondre avec le grand bacinef, casque en usage du treizième au commencement du quinzième siècle, se portait aussi bien par-dessous comme pardessus le camail qui était séparé, comme celui-ci, de la tête, par le bonnet en étoffematelasséc appelé chaperon, souvent attaché à la cervelière avec des lanières. Le tout était couvert, durant le combat et le tournoi , du heaume (de Pallemand Helm), vaste casque d'abord sans cimier, que le cavalier portait en chevauchant atscroché à la selle. Le bouclier long, pointu en bas, arrondi en haut, complétait l'armement défensif.. Plus tard on gardlsiit; même dans les tournois le grand bacinet, sous te heaume devenu effcore plus vaste. Le baubcrgeon plus petit que le haubert n'était porté, en France, que par quelques écuyers, ar-chers, sergents- d'armes, etc.; on Tappela bientôt jacque et son' usage se retrouve encore à la fin dt[ seizième siècle. Il est très-difBcile- de reconnaître Tépoque à laquelle appartient une ancienne cotte, puisque toutes ont été fabriquées de la même* maniène de mailles rivées appelées à graim d'orge. On peuf cependant admettre que plus l'an"neaa est lourd plue tl est ancien. La doublé maille dont l'existence me paraît douteuse et pour la fabrication de laquelle, en France, durant le trelriènïe siècle, Cham*-
bly (Oise), était renommé, montre toujours selon le» viéul auteurs, quatre aiineauix réunis sur un seul. Beaucoup dig ces cottes- &e mailles simples que Pon rencontre aujoupd^bui sont des produits de contrefat^on. L^amateur les retonaair au man([ue de rivés. Les cottes persanes et tscherkesses se fabriquent cependant encore à anneaux rivés comme à anneaux non rivés. Quant aux brigatt' fines, si souvent confondues par les auteurs avec les korazins et même avec les hauberts, elles ne remontent pas au delà du; quinzième* siècle où elles commençaient à se répandre particuKèrement en Italie. C'était alors la cotte des archers à cheval et des gentilshommes peu' riches. Tl y en avait cependant aussi où les pfaques étaient recouvertes de velowrs dé soie; ainsi elles étaient souvent portées en Italie^ même en femps d^ paix par les patriciens et les nobles riches a la place' d\ï pourpoint rembourré; elles défendaient contre ïc poignard du bandit. Charles le Téméraire eh' portait aussi. La brigantine consistait ordinairement en petites plaques allongées et rectangulaires, se couvrant à moitié fes unes les autres, rivées sur l'étoft. Plusieurs musées Ifes ont exposées^ à Tènvers, les écailles en dfehors', ce qui est une erreur parce que la courbe' diefs plaquettes indiquait! que Ifa brigantine était doublée Je Ces fers et portée pardessus Ife pourpoint ordinaire.
E'é'péfe, qui durant ces dîffé'rentes périodes avait conservé la méine forme de poignée à garde droite en sens rectangufeire; et la lance étaient les prindpaVes armes offensives.
Apr^ avoir commencé, à la fin du treizième siècle, de racccftrrcirle haubertetd^'afouterdes jiaimbièreset desbfaSsards en pfaques de cuir bouiHÎ,fou' d'acier, un changement ratfical s'opé^ partout d^ns ^armement durant lé quatorzième siècle, où l'on voit se répandue l'armure allemande plus ou: moins complète en plaques d*acier; dite armure à plàtte {SchienenrustUng)\ Cette armure, particulièrement lorsqu'elle' est' perfectionnée et bien' artîculête par des
56 HISTOIRE ABRËGÉB
lames, remonte dans le Nord à une époque plus reculée qu\*n Italie et en France, où la période de transition a duré jusqu'à Philippe VI (1340) sous le règne duquel Tarmure complète à plates n'existait pas encore. Tristan et Jsolde, manuscrit allemand du treizième siècle, montre des chevaliers en armures à plates, coiffés de heaumes et montés sur des coursiers entièrement couverts d'armures, tandis que les miniatures d'un manuscrit bourguignon, une histoire romaine conservée à la Bibliothèque de Tarsenal à Paria et supposée avoir été écrite pour le duc de Bourgogne, Jean Sans-Peur (i404-i419], mais qui parait appartenir à la fin du quinzième siècle, représentent l'armement bourguignon bien moins avancé. Ces dernières miniatures m'ont confirmé aussi ce que j'avais déjà eu l'occasion d'observer dans les arsenaux suisses : le noir domine parmi les pièces de Tarmement bourguignon et sarde» tandis que les armures autrichiennes sont généralement en acier poli.
Lorsque le haubert en mailles avait été remplacé par l'armure nouvelle, le vêtement de dessous aussi avait été changé. Pourpoint sans manches, mais à hauts et bas de chausse adhérents, formant un accoutrement qui ressemblait beaucoup au costume d'une seule pièce des petits garçons de nos jours. Le tout était ordinairement en toile légèrement matelassée et garnie de mailles sous le plastron, aux emplacements des rotules et des creux de genoux et à la braconnière, afin de protéger le corps partout où les défauts de l'armure donnaient prise à l'épée et au petit poignard à fer triangulaire appelé en allemand Panzerbrecher (brisecuirasse). Le seul exemplaire d'un tel vêtement parvenu jusqu'à nous se trouve complet et presque intact au musée national à Munich.
C'est ici la place de signaler l'erreur qui a fait admettre que la taille et la conformation des hommes du temps de la chevalerie aurait été au-dessus de celles des époques mo-
derDes; c'est juste le contraire quMl faut admettre : à peu d'exceptions près, les armures du quatorzième au seizième siècle sont trop étroites pour pouvoir être portées par des hommes bien constitués de nos jours. Tai fait faire des expériences aux arsenaux d'Allemagne, qui ont pleinement confirmé ce que j'avais observé déjà dans beaucoup de collections. C'est particulièrement dans la conformation des jambes et des mollets que la supériorité musculaire des races actuelles se manifeste; impossible presque défaire entrer un mollet du dix-neuvième siècle dans une armure du moyen âge et de la Renaissance.
Durant le quinzième et le seizième siècle, les formes des armures à plates ont subi de grandes variations: selon les époques et les pays, ils reflètent presque toujours les modes des costumes civils et accusent les modifications que Je changement dans la manière de combattre et Tinvention des armes à feu portatives avaient rendues nécessaires. Durant la plus grande partie du quinzième siècle, l'armure est gothique dans toutes ses parties, et tout est harmonieux; là, la forme de Pépée, comme celle du plastron, offre les plus beaux types de ce qui a existé en armes. A la fin du quinzième et au commencement du seizième siècle, la forme du plastron est souvent bombée, les passe-gardes sont devenues énormes, les tassettes articulées s'arrondissent davantage; Ta rmure entière perd déjà de sa pureté de lignes et de son cachet de sévérité et de force.
L'armure cannelée, d'invention allemande, aussi nommée maximiiienne et milanaise, signale Tépoque du « dernier chevalier» , car la cuirasse du temps de Henri II qui imite le justaucorps et encore bien plus celle où le plastron imite la bosse-polichinelle du temps des mignons, appelé à cosse de pois, n'a plus rien de mâle. Bientôt l'armure tombe dans le grotesque. Le plastron se réduit et s'aplatit, tandis que les longs cuissards qui ont remplacé les tassettes, accentuent encore davantage les hanches et transforment l'homme
nn HISTOIRB ABBÉBÊK
9n ^rrf!iriHe Enfin les bottes nonlaiitos et ks faousseam remplacent le» grèves et déjà mas Benri IT, et bien pins «nf ore notXê Louis XIV, l'araiiiie, 9*en xa ; en perdant sa lourdeur elle arait déjà perdvson csnctère; rile s'ellacera bientôt entièrement devant la peau tannée! En Allemagne ^ornmo en France, durant ht gnerre de Trenle ans, le Im#fletin avec Hon grand coUetin ou han8B&«ol, fenplaça même la ruhnf^nti qui n'ôtail plus portée que parnneanne spéciale.
Pour reconnaître et elasser les armures, chaque pièce nerf/ k Iher le temps de la fabrication, par l'empreinte qne IV'porion y a laiHHÔe, absolument comme sur les costumes citlifti t>fi rn^quo conique, appelé en France normand, que l'on rencontre d éjii sur beaucoup de moffinnents du dixième n](\f]p'^ In linoumc, forme anglaise, à nasal, et forme ailemnorle, A rue, du douaiéme au trehième siècle ; le heaume k Phu\pr du trelaiôme au quinsième siècle; le {petit bacinet of< lit cf«rvnlii*'rn, porté sous le heaume; le grand bacinet du (ff>l/>l^rîm et du quatorzième aiècle; la sada^ du quinzième n\Mf* ; U*n rhttpcaux en fer et les pots en tèle, dont on trouve iUjih la première trace dans les manuscrits du dixième et du oti/)Ame Hi(Vlet les nombreuses variétés des bourguignotes dti nnï%U)imi Kièclo, avec l'armet du seizième aw dix-septième nUu'h Icff dffrrmr mat de rarmurier, en fait de casque), ainsi que le morion et le cabasset qui n^étaient ordinairement portés que pai^ les hommes de pied ; tous servent à fixer Tépoque d'une armure.
Le rôle que le bouclier a joué chez les peuples du Nord, et particulièrement chez ceux de race germteraique où il fti* même la cause de la création d'un art original et tout a fait opposé à Tart classique, est bien plus important que cbes les Anciens. C'est aussi sur le bouclier germain qu'il faut rechercher la première manifestation plastique de Pesprit féodal et L'origine des armoiries. Quand Tacite, qui écrivait dans le premier siècle de notre ère, dit {De mariàui Germanorum) que les Allemands peignaient leurs boucliers
0B8 àamU iibCIElIKES. ffff
de belles eonleurs et «v^ rariatioDg, il ne eeoif renail pas que ces ^iatares étaient en qaelqoe sorte des kiéro» glyphes qui jrepvéseniaieitt les actions d'éclat dn chef 4 qii le bouclier appartenait* La oontsme, diez les Germains, de rappeler leurs faits ^d'armes par Timage sur le bouclier, était si répandue que les oiots de peintre, en vieiiK allemaud ScÛlder^ el de peindre^ êchiUem^ dérivent niéme de Sehild^ bouclier* Ces actions d'éclat peintes, q«i, chez ce peuple, furentreproduilessttf te bouclier, soit sous la forme de l'aroie à Taide de laquelle elles araîeat été accomplies, soit sons celle de renneaû ou du oMoistre Taincu, restaient dumnt la Yîe du béros son signe distinctif«t constituaient atosi les premières armoiries qui n'étaient pas d'abord hérédiitaireB, panée que le fils n'avait aucun droit à la distinction du bouclier paleroel ; il devait à son tour conquérir personnelk»enly par un fait d^armes, le droit de peindre son bouclier et restait ]u9q«o4à, ceoinBe dit Virgile : Parmainghrù»4dba.
 partir 4a disiéiMeciêcle, oè, en AUemagne, les tournois étaient Aê^ amveraeliemeiit répandus , rarmoirie devînt Ml nlfil rifimniii «toute la famille, à toute la liguée, etenééiiikiiebérédkaîfe. C'est à partir de cette époque et bien avast lescriésaâes que, pour rendre le contrôle de la nouvelle uoblaBse posaiUe, le 'Ckevalier devait déposer à la barriêae ides tournois son boudier avec son casque, qui proiivaknt auK bérauts (de l'allemand Serold , nôbie cdèur, d'où 4éâve héraldique) que le porteur de ces armes avait le droit de tournoyer. Au onzième siècle, au cawnettcemeotdles croisades, presque toute TEurope avait déjà adopté ces signes déstinclifs, «t dôs lors les aroMines et Tart bénaidîque n'ont plus cessé de régner panm les peuples chvétiens et sème parmi les SSaurcs d'Espagne. C'eet peu de teuips âpres ^e les aoUes prirent l'babitude de joindre à leurs aoBis ceux, de leurs châteaux et de leurs terres, ce qui créa la dimûm dans les armoiries de famille.
Les Normands, et plus probablement les Francs déjà, ont apporté de bonne heure eu France la coutume des armoiries; les boucliers dos chevaliers normands étaient tous peints d^animaux fantastiques, etc., ce qui n'était autre chose que Tarmoirie personnelle.
Le bouclier est Tarmc défensive, qui a varié le plus dans ses formes. Le bouclier celtique, germain, Scandinave, breton, etc., à ombilic, le bouclier germanique carré en osier treillissé des temps antémérovingiens^ la rondacbe mérovingienne, carlovingienne et anglo-saxonne , le long bouclier peint des dixième et onzième siècles, appelé en France normand,- le bouclier triangulaire de la môme époque, le petit écu du douzième et du treizième siècle, le pavois allemandf'Je manteau d^armes, la rondache des quinzième et seizième siècles, la rondelle, latarchette,etc.,etc., se sont succédé et offrent un vaste sujet d'études.
Le gantelet aussi indique les époques. Le premier, celui du douzième et du treizième siècle, n'était d'abord qu'une espèce de sac en mailles, formé par l'extrémité de la manche du haubert. Au quatorzième siècle, on voit apparaître le véritable gantelet à doigts séparés. Le miton le remplace au quinzième siècle. Formé de lames disposées seulement dans le sens des grandes divisions de la main on le trouve à Tarmure de la Pucelle, et c'est au miton que Bayard appliqua son dicton : « Ce que gantelet gaene gorgerin le mange. ,, Vers le milieu du seizième siècle' lapparition du pistolet fit revenir au gantelet à doigts sépares»
Les chaussures en fer lamé, appelées solerets.et pèdieux apparaissent partout au quatorzième siècle et dans le Nord déjà au dougième et au treizième siècle, lorsque les bas de chausse en maille furent remplacés par des^um^/zt^" ou plaques. La forme du aoleret indique parfaitemeri'éTo
longeau b.cntôt jusqu'à imiter celle de rexîravaga„ti
DES ARMES ANCIENNES. Ci
chaussure à la poulaine. De 1420 à 1470, c^est Yoyive tiers point; de 1470, à 1570 le sabot et le pied (tours^ et après 1570 le bec de canne^ qui dominent; mais les époques de transition exigent beaucoup de précaution. A la fin du dixseptième siècle, les housseaux et les bottes avaient entièrement chassé les solerets et les jambières. Quanta la* forme de chaussure dite à la poulaine, elle ne peut servir de guide pour le classement de l'époque d'une armure que là où Ton est sûr de sa nationalité, puisque l'adoption de celte mode a varié selon les pays. Elle a régné en France de 4360 à 4420, tandis qu'on voit déjà les chevaliers autrichiens à la bataille deMorgarten (4319) couper les longs bouts de leurs solerets après être descendus de cheval, et Henri II roi d'Angleterre (1154-1189), cacher la difformité de son pied sous les becs des chaussures à la poulaine. C/est probablement à la Hongrie qu'il faut attribuer l'origine de cette mode.
Les armures défensives du cheval ont subi l'influence de la mode, comme celles de l'homme, car la cannelure maximilienne de la cuirasse se retrouve sur les bardes, le chanfrein, les flançois, la croupière et le garde-queue de la panoplie de la monture, dont la plus ancienne que j'ai pu trouver est celle d'un denier frappé sous Henri le Lion (mort en 4 4 95] où le cheval du duc est couvert d'un treillissé à tètes de clou que Ton rencontre tout à fait pareil dans un des des> sins de VMInéide allemande de Henri de Valdeck, manuscrit du treizième siècle, conservé à la bibliothèque de Berlin.
L'éperon sans molette et à col droit ne change qu^au onzième siècle, où il commence à se relever en pente douce, tandis qu'au treizième, le col est relevé en brisure; la molette (rouet à dentelure) apparaît au quatorzième siècle, elle est alors le plus souvent à huit pointes. Au quinzième siècle, le col de l'éperon s'allonge outre mesure jusque vers le seizième siècle, où la fantaisie de l'artiste le transforme et finit par le rendre enfin joujou.
62 HlSTOIltE ABRÉGÉE
La selle offre des formes très-variées, particulièreiDeiit celle des toiurnois. La fameuse selle allemande en bois, da treizième et du quatorzième siècle, sur laquelle le jonleur ne pouvait se tenir as^is, est la plus rare.
La série des épées est longue. Elle comprend : la rapière, épée de duel et d'escrime qui ne pemtirnte pas au delà de' la première moitié du sdzième siècle, où Vesctnme moderne (de rallemand nthxrmen) a pris naisBance sous le pègue -ée Gbarles-Quiat; — r^ncieune elay more, qui n^estpas du tout à corbeille comme la compilation Ta répété; — te dmeterre et le sabre, d6)à eaa «sage chez les Baces, du temps de Trajau ; — le yatagan, lekhandjar, le flissat,le koukris, offrant autant de variétés que la dague, le poignard, le stylet, k khouttar et le cris. La lance, la pique, la masse d'armes, le Morffenstem^ la faux et le fauohard, kt vouge, le marteaa d'armes, le fléau, b litacihe d'ariDes, la ballebarde, la cors* sèque, la poncome, la pertuisane, Tesponton, la fomrcbe de guerre et la baïonnette fourniseent tous avtant de sujets d'étude que lafitwde, la fustibale, l'arc, Tarbalète et la sarbacane.
Les machines de guerre, telles que la baliste, k catapulte, \e trébuchet, le bélier et antres, awaieat élé transniîs par l'antiquité au moyen ^e chrétmn, qui en ajouta encore un nombre prodigieux de son invention, si on se rapporte aux manuscrits de cette époque, et aux auteurs de la Renaissance.
Il faut cependant se méfier de l'existence réelle de tcputa les machines extravagantes qui ornent ces publications et ces manuscrits; fort peu ont réelieneot existé et la plupart sont restés eo projet. Quant aux petits barih et aux flèches incendiaires, iânoées au moyeu des baKstes, leur emploi dans les sièges est cependant aussi certain que celui des pots de chaux vive lancés par les assiégés pour aveu* gler l'ennemi. Léonafd Fronspergen a expliqué fusage dans son Kriegsbuch publié en 4573, et le musée de Zurich en
DES ÂBMSa ASCIBlflIiES. 63
possède môme des exemplaires trouvés sous les décomiires d'un vieux ebÂteau..
Il est à observer qut^à partir du quatorziène siècle jusqu'à la fia du quiozièuïs^ les chevailiecs, psurticulièremeut en France, avaient adopté rhabitnde répamiue aussi en Angleterre, en Allemagne et en Italie, de descendre de cheval pour combattre à pied, tel que cela eut lieu à la. bataUlede Crécy,. en iStô. C'est à cette dérogation aux coutumes traditioanelles de la chevalerie que Ton doit le genre d'armures paaTticulièrement adopté sous Charles YII (1445) dont le musée impérial d'artillerie possède les deux plus beaux exemplaires, provenant de la collection d'Ambras, mais qui me paraissent n'avoir jamais servi et tout à fait impropres à Uusage. Je pense que Thomme ne peut se mouvoir dans des armures à doubles articulations; — il serait fort intéressant! pour rbistoire des armes que la direction du musée veuille bien, faire faire quelquesr essais sous ce rapport.
Dès la fin du douzième siècle, lors de l'institution des toucnois réj^lés ou re^ti/iVr^, le besoin se fit sentir de mieux garantir la tète: contre les formidables chocs de la lourde lance, espàee de tronc d'arbre,, fixée pM? tard à la cuirasse, comme dans un éta«, par l'arrêt dit foncre. Le heaume,. Ténorme calque qui devait alors couvrir à la fois le camail et le hacinet ëb dont les plus anciens conservés sont d'origine agglaiee^ fut bientôt fixé à. P&rmitrc au moyen de vis et de chaînes.
Qn plaça ordinaiiiement Tintroduction des tournois dans ks coutumes de la chevalerie^ vers le douzième siècle, tandis-que les tournois organisés^ mais non pas tout âufait régUïï d'après des statuts,, remontent cependant bien plus haut. On en connaît déjà qui ont eu lieu en Allemagne au neuvième siècle, ce qui explique que la fabricatLonides armures était si perfectionnée dans ce pays. L'histoire a enregistré à peu près cent quatre-vingts toiumois réguliers, sams «compter un grand nombre de petites passes éJarmes^ Les plios impor-
tants à parUr du neuvième siècle jusqu'à la fin du dou- Eième, presque tous tenus en Allemagne, sont : en »i , celui (Je Barcelone, à Toccasion du couronnement du comie Linofre; en 842, à Strasbourg, st)us Charles le ^bauve, en »«&, à Ralisbonne, sous Henri l'Oiseleur ; en 932, à M^»8^^ bourg, sous le môme; en 938, a Spire, sous Otto ^ i^^ 942, à Rothenbourg, sous Conrad de Franconie; en 94», a Constance, sous Louis de Souabe; en 968, à Mersebourg sur la Sala; en 996, à Brunswick; en 4019, à Trêves, sous Conrad I"; en 1029, également à Trêves; en 1042, à Halle, sous Henri HI; en 1080, à Augsbourg, sous Hermann ae Souabe; en 1118 et en 1119, àGoellingue; en 1148, à Liège sous Théodore de Hollande, où assistaient quatorze princes et ducs, quatre-vingt-onze comtes, quatre-vingt-quatre barons, cent trente-trois chevaliers et trois cents autres nobles; en 1165, à Zurich, sous le duc Welf de Bavière; en ià"tA, àBeaucaire, sous Henri d'Angleterre; en 1234, à Corbie, en Picardie, où Floris IV, comte de Hollande, fut tué.
Les tournois étaient souvent si meurtriers qu'il arriva que soixante personnes périrent dans une seule passe d'armes. Malgré ranathème lancé au neuvième siècle par le pape Eugène, contre ces jeux homicides, ils se répandaient déplus en plus, et lorsque, au retour des premières croisades, l'usage des armoiries héréditaires avait été universellement admis, Padoption d'un code héraldique et trèscompuqué et l'introduction d'un règlement sévère imprimèrent môme à ces exercices militaires un caractère éminemment chevaleresque qui, en Provence, approchait fiirp !"^^^* ^®^' ^^"^ ^^^ tournois qu'en temps de paix ^ur^Lu ^"*f ""^ ^'"^^^ P^"s <ïe chevaliers qu'à la guerre tuei^^^^ bataille, et c'est durant ces fêtes somp-
forméP« P? *\P*^P^^^ ^es alliances nobiliaires furent du SaS^^ ' Pk"^''' ^' '"^ *^™P« ^ chasser autour milieu d impénétrables forêts, le jeune hobereau ne trouvait
*o«rnois Doiir °*^"^'<*"s que celles que lui offraient les ^* y élalaienJ ^"™"""«'" '«s filles nobles et patriciennes <J 'étoffes siécIatanT. !!!!7^l' P"^^' <»'«/^9««'» et velues
•^■otribuait les nr- "" """"' » — '» reine au jour, —
^' *<?8 jeunes fin ^^^ ^""queurs et que les jeunes femmes ^a'Jers parcoi ^^ ^* Pouvaient debout, les regards des che- <î«i souvent rt^ '^°' '"'^ '■^"S^ P»"*" <='>o'^i'" leur danseuse ^«e beaucoun 1 "'l '""'^'"°'^- ^'®^' ""^si pour ces fêtes ««»• des rivaux i '^^ *® ruinèrent, car le désir d'<Sclip- '^^nt du coursi^^'i "''''®®^^ "le l'armure et du harnache- **" bonnet jaun*'^' ^^^^^^^ souvent sous la dépendance
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