LA VIA SALARIA NOVA.— CIMETIÈRE DE STE-FÉLICITÉ
LA Via Salaria sortait de la ville par la Porta Collina.
Elle se bifurquait pour former la Via Salaria vêtus, qu’on peut reconnaître dans le chemin qui part de la Porta Pinciana ; et la Via Salaria nova, qui part de la Porta Salaria actuelle. La direction de cette dernière voie est marquée par les monuments sépulcraux qui subsistent encore près de la porte : à droite, le tombeau du jeune poète Q. Sulpicius Maximus, dont l’inscription est au musée du Capitole ; englobé par Honorius dans les murs de la porte, ce monument fut retrouvé en 1870, lors de la démolition des tours ; — à gauche, un peu plus loin, dans la propriété Bertone, le magnifique mausolée rond de P. Lucilius Petus. Sur cette voie, les documents indiquent quatre groupes de cimetières :
1. Index Coemeteriorwn e Notitia regionum : « Coemeterium Priscillae ad S. Silvestrum via Salaria. Coemeterium Jordan orum ad S. Alexandrum via Salaria. Coemeterium Thrasonis ad S. Saturninum via Salaria ». — Itinéraire de Salzbourg : « Deinde venies ad S. Felicitatem altéra via, quae similiter Salaria dicitur, ibi ilia pausat in ecclesia sursum et Bonifacius pp et martyr in altero loco et filii (lire : filius) ejus sub terra deorsum. Deinde eadem via pervenies ad ecclesiam S. Saturnini papae et martyris : in altéra ecclesia Daria virgo et martyr pausat et Crisanti martyr. Postea pervenies eadem via ad speluncam ubi S. Hilaria martyr : deinde eadem via ad S. Alexandrum martyrem, ibi pausant Theodulus et Eventus et longe in interiore spelunca Alexander martyr requiescit. Postea ascendens eadem via ad S. Silvestri ecclesiam ibi multitudo sanctorum pausat : primum Silvester sanctus papa et confessor et ad pedes ejus S. Syricus papa et in dextera parte Celestinus papa et Marcellus episcopus ; Philippus et Félix martyres et multifùdo sanctorum sub altare majore et in spelunca Crescentius martir et Fimitis pausat in cubiculo quando exeas et in altéra S. Potenciana martyr et Praxedis. » — De locis SS. martyrum : « J uxta viam Salariam ecclesia est S. Felicitatis ubi ipsa jacet corpore, ibi et Sillanus filius ejus unus de VII est sepultus et Bonifacius cum multis sanctis ibi dormiunt. Juxta eandem viam S. Saturninus cum multis martyribus dormit (d’une autre main : in alia quoque ecclesia S. Chrisantus et Daria virgo et LXII martyres) : propeque ibi S. Alexander et S. Vitalis sanctusque Martialis, qui sunt très de septem filiis Felicitatis, cum multis martyribus jacent. Ibi et VII virgines id est S. Saturnina et S. Hilaria, S. Dominanda, S. Serotina, S. Paulina, S. Donata, S. Rogantina requiescunt. Juxta eandem viam Salariam S. Silvester requiescit, et alii quamplurimi.idestS.Caelestinus, S. Potentiana, S. Praxedis, S. Marcellus, S. Crescentianus, S. Maurus, S. Marcellinus, S. Prisca, S. Paulus, S. Felicis unus de septem, S. Philippus unus de septem.
celui de Maxime ou de Ste-Félicité, celui de Thrason et Saturnin, celui des « Jordani », et celui de Priscille.
Ste Félicité (*) fut mise à mort avec ses sept fils sous Marc-Aurèle. On peut lire dans Ruinart les Actes de son martyre. Bien qu’ils ne soient pas authentiques, ils remontent à une très haute antiquité. Le texte que nous possédons est, d’après Tillemont, une traduction faite sur le grec ; le nom de l’empereur y est en effet donné sous sa forme grecque Antoninos. Le gouverneur, appelé Publius, devait être P. Salvius Julianus, qui fut préfet de Rome sous Marc-Aurèle en 162. Cette date concorde avec les autres indications fournies par les Actes : ils parlent tantôt de deux empereurs, tantôt d’un seul ; or en 162 il y eut en effet deux empereurs : Marc-Aurèle à Rome, et Lucius Verus en Orient.
Ces Actes ne sont peut-être qu’un extrait du procès-verbal rédigé à l’époque même. La traduction que nous en avons a été faite sur un texte défectueux ; S. Grégoire le Grand parle d’un meilleur texte, « gesta emendatiora (2) ». Elle garde néanmoins des indices de sa haute antiquité. Ainsi les répon-
S. Semetrius, et in una sepultura CCCLXIII. Per eandem quoque viam venitur ad ecclesiam S. Michaelis septimo milliario ab Urbe. » — Itinéraire de Guillaume de Malmesbury : « Deinde basilica S. Felicitatis, ubi requiescit ilia et Silanus filius ejus et non longe Bonifatius martyr. Ibidem in altéra ecclesia sunt Crisantus et Daria et Saturninus et Maurus et Jason et mater eorum Hilaria et alii innumerabiles. Et in altéra basilica S. Alexander, Vitalis, Martialis filii S. Felicitatis. Et sanctae VII virgines Saturnina, Hilarina, Dominanda, Rogantina, Serotina, Paulina, Donata. Deinde basilica S. Silvestri ubi jacet marmoreo tumulo coopertus et martyres Caelestinus, Philippus et Félix et ibidem martyres CCCLXV in uno sepulcro requiescunt, et prope Paulus et Crescentianus, Prisca et Semetrius, Praxedis, Potentiana pausant. » — Itinéraire d' Einsiedeln : « In via Salaria extra civitatem in sinistra S. Saturnini : in dextera S. Felicitatis cum septem filiis. )> — Vita Hadriani I : « Coemeterium S. Felicitatis via Salaria una ecclesiis S. Silvani martyris et S. Bonifacii confessons atquepontificis uno cohaerentes solo mirae restauravit magnitudinis. Sed et basilicam S. Saturnini in praedicta via Salaria positam una cum coem. SS. Chrysanthi et Dariae renovavit atque coemeterium S. Hilariae innovavit. Immo et coem. Jordanorum, videlicet SS. Alexandri et Vitalis et Martialis martyrum, seu SS. septem Virginum a novo restauravit. Pariter in eadem via Salaria coem. S. Silvestri confessoris atque pontificis aliorumque sanctorum multorum in ruinis positum renovavit.» — Index coemeteriorum e libro Mirabilium : « Coemeterium Priscillae ad pontem Salarium. Coemeterium ad clivum cucumeris. Coemeterium Thrasonis ad S. Saturninum. Coemeterium S. Felicitatis. »
1. Cf. de Rossi, Bullet-, 1863, p. 17 22, 41 sq. ; 1884, p. 149-185 ; — Doulcet, Essai sur les rapports de V Église chrétienne avec l' État romain, p. 187-219.
2. S. Greg. Magn., Hom. in Evang., lib. I, hom. 3 (P. L., t. LXXVI, col. 1087).
ses des accusés sont très concises. On ne donne aucune indication sur les tombeaux des martyrs : on n’aurait pas manqué de le faire au IVe ou au Ve siècle, car ils étaient alors devenus très célèbres.
D’après les Actes, c’est à la suite d’une émeute que fut mise à mort Ste Félicité : « Temporibus Antonini imperatoris orta est seditio pontificum et Félicitas illustris femina cum septem filiis suis christianis tradita est ... Videntes autem pontifices praeconia christiani nominis per eam profecisse suggesserunt de ea Antonino Augusto. » Ils représentèrent que les dieux de l’empire étaient irrités, et réclamèrent son immolation. «Tune imperator Antoninus injunxit praefectoUrbis Publio.» Aux sollicitations du préfet, la Sainte répondit que ni les menaces ni les caresses ne pourraient la séduire : « Viva te superabo, et si interfecta fuero, melius te vincam occisa.» Le jour suivant, « Publius sedit in foro Martis et jussit eam adduci cum filiis suis ». Le nom de forum de Mars fut donné, à une époque tardive, à l’ancien forum d’Auguste, sur lequel était construit le Temple de Mars vengeur. Les fils de Félicité furent appelés dans l’ordre suivant : Janvier, Félix, Philippe, Silanus, Alexandre, Vital et Martial. Sur le rapport qui lui fut fait, l’empereur les condamna à divers supplices : « Antoninus vero misit eos ad diversos judices ut variis suppliciis afficerentur. E quibus unus judex primum fratrem plumbatis occidit, alter secundum et tertium fustibus mactavit, alius quartum praecipitio interemit, alius in quintum, sextum et septimum capitalem fecit subire sententiam. Alius matrem illorum capite truncari jussit. Et ita diversis suppliciis interempti omnes effecti sunt victores et martyres Christi et cum matre triumphantes ad praemia in coelis percipienda convolarunt. »
Si les Actes ne nous font pas connaître les tombeaux de Ste Félicité et de ses fils, nous trouvons de précieuses indications dans un document du IVe siècle, le Calendrier libérien: « Felicis et Philippi in Priscillae, et in Jordanorum Martialis, Vitalis, Alexandri, et in Maximi Silani, et in Praetextati Januarii. » Nous savons par le Martyrologe hiéronyinien que
le cimetière de Maxime (personnage inconnu) se trouvait sur la Via Salaria. Le corps de S. Silanus, qui y était déposé, fut volé au IIIe siècle par les Novatiens (r), mais ensuite recouvré par l’Église romaine. Les Itinéraires des VIe et VIIe siècles confirment les données historiques et topographiques du calendrier libérien.
Au IVe siècle, on éleva des oratoires sur les tombeaux de ces martyrs, surtout sur celui de la mère, qui était le plus rapproché de la ville. Les Itinéraires mentionnent deux basiliques sur la tombe de Ste Félicité ; sans doute la crypte funéraire elle-même avait été transformée en église. S. Damase y plaça l’inscription suivante dont le texte est conservé dans un manuscrit de Verdun :
DISCITE QVID MERITI PRAESTET PRO REGE FERIRI FEMINA NON TIMVIT GLADIVM CVM NATIS OBIBIT CONFESSA CHRISTVM MERVIT PER SAECVLA NOMEN.
Au commencement du Ve siècle, Boniface Ier, obligé par le schisme d’Eulalius de quitter la ville, se réfugia près du cimetière de Ste-Félicité. Il attribua la fin du schisme à la protection de la Ste Martyre, et en action de grâces, bâtit la basilique supérieure, dont il ne reste absolument rien. L’inscription qu’il fit tracer dans le vestibule faisait allusion à une peinture représentant la Sainte et ses fils dans le jardin céleste :
INSONTES PVEROS SEQVITVR PER AMOENA VIRETA TEMPORA VICTRICIS FLOREA SERTA LIGANT. ... (* 2)
C’est là que Boniface voulut avoir son propre tombeau : « Romae in coemeterio Maximi via Salaria depositio Bonifatii episcopi ad S. Felicitatem », dit le Martyrologe hiéronymien.
J. Calendrier libérien.