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FILIPPI

Faustin et Simplice furent martyrisés dans la grande persécution de Dioclétien, probablement le 29 juillet 303, et jetés dans le Tibre. Leur sœur Béatrix, aidée par les prêtres Crispus et Jean, recueillit leurs corps et les déposa dans un cimetière qui se trouvait au VIe mille dans la propriété d’un certain Philippe, « ad sextum Philippi ». Victime de la même persécution, Béatrix fut aussi enterrée dans ce cimetière. A la fin du VIIe siècle (683) le pape Léon II transporta leurs reliques à Ste-Bibiane ; l’inscription du sarcophage date de cette époque, comme le prouvent la paléographie, la grossièreté du monogramme et l’indication du cimetière, qui eût été parfaitement inutile tant que les corps étaient restés au lieu de leur sépulture primitive.

On ne savait pas autre chose jusque vers le milieu de ce siècle. D’importantes découvertes ont été faites de 1858 à 1874. D’abord celle du bois des frères Arvales et du temple de la déesse Dia. Le collège des Arvales était très célèbre, très ancien ; on faisait remonter son origine jusqu’à Romulus. Son histoire et son organisation sont connues par les inscriptions qu’a publiées Marini sous le titre : Gli atti e monument i de ’ fratelli Arvali raccolti e commentait (Rome, 1795). En 1858, on commença à recueillir quelques inscriptions analogues entre le 6e et le 7e mille de la voie de Porto, près du village moderne de la Magliana. Les fouilles, faites d’abord au hasard, furent continuées méthodiquement par l’Institut archéologique allemand, sous la direction de M. Henzen, qui

1. Ce sarcophage est conservé dans le palais de Ste- Marie-Majeure.

CIMETIÈRE DE GENEROSA.

en a publié les résultats dans les Acta fratrum Arvalium quae supersunt (Berlin, 1874). On retrouva les soubassements du temple rond de la déesse Dia et une quantité de marbres avec inscriptions. Les mêmes fouilles amenèrent la découverte d’un petit édifice construit au IVe siècle [3] ; on y reconnut une basilique chrétienne, dont il ne reste que l’abside et une partie des murs. Au milieu des ruines on releva un fragment d’épistyle avec l’inscription damasienne:... STINO $ VIATRICI gf ... On était donc dans la basilique des Sts-Faustin, Simplice et Béatrix. Derrière l’abside on put pénétrer dans les galeries de la catacombe, qui conduisirent immédiatement au tombeau des martyrs [2].

Il est aisé de reconstituer l’épisode de la déposition des corps pendant la persécution de Dioclétien. A cet endroit de la voie de Porto il y avait une carrière. Le bois sacré était abandonné ; le collège des Arvales était peut-être dissous ou avait transporté ailleurs son centre de réunion : en effet on n’a pas retrouvé là d’inscriptions arvaliques postérieures à la moitié du IIIe siècle. Le lieu était même devenu dangereux ; les voyageurs y étaient dévalisés et même assassinés par des brigands, ainsi que le témoigne une inscription funéraire peut-être chrétienne :

IVLIO TlMO THEO • QVI VI XIT 0 P • M • ANNIS XXVIII • V1TAE IN NOCENTISSIME DECEPTO • A LATR ONIBVS CVM ALVMNIS • N • VII OTACILIA NARCI SA COI VG I DVL CISSIMO

Le coude que fait le Tibre au pied de la colline aura arrêté les cadavres; et comme les cimetières étaient alors confisqués, Béatrix, au lieu de transporter les reliques de ses frères à l’entrée de la ville, les aura cachées dans la carrière voisine

CIMETIÈRE DE GENEROSA.

du bois des Arvales. Le cimetière qui se développa autour du tombeau des martyrs ne prit jamais une grande extension : ce fut un cimetière de campagne, pauvre et grossier, comme celui de St-Alexandre sur la voie Nomentane.

CIMETIÈRE DE GENEROSA.

La basilique [3] fut bâtie probablement par S. Damase. On y reconnaît le mode de construction mixte de la seconde moitié du IVe siècle; l’inscription dédicatoire, semblable à celles de S. Janvier et de S. Hermès, fut sans aucun doute composée par ce pape : enfin une inscription porte la date consulaire de 382, une autre celle de 394, et ces inscriptions étaient gravées sur le pavé de la basilique :

BENEMERENTI ELIO OLIMPIO QVIESCET IN PACE OBITVM FECIT DIE III KALD IVLIAS DEPOSITVS DIE KALD SS CONS ANTONIO ET SVAGRIO VVCC CONS

IIÊMQVE BENEMERENTI FILIE ELIE MALLONIE QVIESCET IN PACE OBITVM FECIT DIE VIIII KALDS DECEMBRES DEPOSITA DIE VIII KALDS SS CONS DD NN ARCADIO 111 ET HONORIO II AAVr CONS LOCVM A FVNDAMENTIBVS MARMORE ABIA ADORNAVIT SOCERO ET CONIVGI SVE VICTOP/

Ordinairement la basilique s’élevait sur le tombeau des martyrs. Ici, pour éviter un travail trop considérable, on la construisit à côté, comme à St-Valentin. La « fenestella confessionis » était pratiquée au fond de l’abside, au-dessus du siège de l’évêque. Une galerie, « introitus ad martyres », conduisait du sanctuaire au tombeau [2]: c’était même le seul chemin pour y arriver, car des murs, dont on reconnaît les ruines, séparaient la chapelle historique des galeries du cimetière, et on accédait à ces dernières par une entrée spéciale et un escalier [1].

La construction de la basilique remonte, suivant M. de Rossi, à l’an 382. Elle coïnciderait donc avec le triomphe de S. Damase dans la question de l’autel de la Victoire (*) ; peut-être doit-on y voir une attestation publique de ce triomphe. On a dit que le pape avait employé pour cette construction les matériaux du temple de Dia ; mais, outre qu’une loi protégeait encore les monuments païens, on n’a

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