INTRODUCTION
Dès les premiers âges de la navigation, cette science, limitée à la connaissance des côtes, a tiré un grand secours des phares et fanaux que la religion éleva sur les plages maritimes. Les Grecs attribuent l’honneur de la construction des premiers phares, à Hercule; mais les plus anciennes de ces constructions que l’on connaisse, sont évidemment les tours bâties parles Cuthites , qui habitaient les provinces de la Basse-Egypte; elles servaient de points d’observation pendant le jour et de phares pendant la nuit. Ces tours servaient aussi de temples , et recevaient les noms de la déité qu’on y adorait, tels que Caneph, Prolée, Phanes, Canobus, etc. Elles étaient en grande vénération dans l’esprit des marins, qui les enrichissaient de leurs vœux. On y trouvait des cartes de la côte et de la navigation du Nil, primitivement gravées sur des
f ûliers, et, par la suite, dessinées sur le papyrus. Il est égaement constant qu’on en trouvait des représentations sur les murs.
Protée d’Egypte, que l’on suppose avoir été visité par Ménélas , à son retour de la guerre de Troie, n’est donc qu’un de ces collèges sacrés, où les prêtres et les pilotés enseignaient la navigation et donnaient les renseignemens' nécessaires pour parcourir les mers voisines; son sommet était remarquable par le feu qu’on y entretenait continuellement.
La colonne de Pompé ’e, si célèbre et si mal nommée, a été originairement construite pour servir de fanal , très nécessaire sur la côte extrêmement basse où elle se trouve; l’origine de son nom vient de P’ompi , P’omphi, par lequel on y désignait l’oracle de Harn. La colonne actuelle a été élevée sur les ruines de l’ancien monument, et le sentiment de Sylvestre de Sacy , de Pockocke etautres , le prouve sans réplique. Ce dernier dit qu’on trouve, tout auprès, des débris de colonnes degranitde 4 pieds de diamètre, et qu’il
est démontré par plusieurs vieilles fondations, .qu’il y existait un ancien palais. Les restes d'un immense portique y sont donc encore visibles , et c’est de là que lui est venu son nom arabe d 'Amood-al-Sawary, ou la colonne des Piliers.
Parmi les inscriptions de cette colonne, une entre autres a fait penser que ce monument avait été élevé sous le règne de Dioclétien. Je ne partage nullement cette opinion. Les Romains ont pu mettre cette inscription sur le piédestal de la colonnedéjà debout, comme il leur est ai-rivé souvent, notamment à la colonne des Cf années. Voici , du reste, la traduction littérale de celle d’Egypte, avec les lacunes remplies par M. Hayter, de Naples :
A Dioclétien Auguste ,
Très adorable empereur ,
La divinité tutélaire d’ Alexandrie ,
Pontius , préfet dé Egypte,
Consacre ceci.
M. Jomard, dans son recueil d’observations sur l’Egypte, remarque que la seule partie antique et égyptienne de cette colonne, est le fût, dont la hauteur est de 20 met. 499 millimètres.
On peut consulter la Correspondance astronomique de M. le baron de Zach, vol. vu, p. 5 a , en attendant que les découvertes de M. Champollion nous révèlent la vérité à ce sujet.
Des colonnes semblables furent consacrées à Hercule , près de Gades , sur la côte de Lusitanie, etc. Les deux plus considérables étaient placées sur chaque côté de la Méditerranée, au passage célèbre- nommé Fretum Hercttleum ; celle de la côte de la Mauritanie était appelée Abyla , de Ab-El, parens sol ; l’autre en Ibérie , Calpe, composé de Ca-Alpe; la maison ou la caverne du même dieu*. Les
*11 faut remarquer que les- mets El, Al, EH, etc., étaient les noms du vrai ■Dieu., suivant les modifications que les différentes langues y apportaient. Mahomet les changea en AUah.
marins avaient l'habitude de descendre à ces lieux pour v faire leurs offrandes et consulter les astronomes sur le succès de leurs voyages.
Il n’y avait presque point, alors, de cap ou de terre aprente qui n’eût son temple ou son autel; et comme ces colonnes étaient consacrées à l’Apollon de la Grèce, on l'adorait nécessairement comme le dieu tutélaire de la côte. Bryant pense qu’étant consacrés au soleil, ces monumens étaient appellés Col-On , ou autels de cette déité : Vide Bryant' s Mythology; in- 4 °. London , 1774.
Les premiers Amoniens , qui élevèrent ces temples maritimes , leur donnèrent le nom de Tar ou Tor, de là Ton Is, tour à feu.
Les peuples de XHétrurie , occupant une grande étendue de cotes , y bâtirent beaucoup de tours et des remarques pour aider la navigation. Avant leur invention des trompettes marines, dont ils se servaient pour avertir les navigateurs, les gardes étaient dans l’habitude de sonner la conque marine , qu’on trouvait sur toutes les plages.
La manière dont les Amoniens construisaient leurs fanaux maritimes, ou leur Toruin, au sommet de leurs bâtisses, est décrite de la manière suivante : Le Torain consistait en une machine en fer ou en bronze, contenant trois ou quatre Unes placés sur une base circulaire du même métal; ils étaient attachés ensemble et représentaient des dauphins ou d'autres animaux marins, avec des feuillages dans les intervalles ; ce qui les rendait capables de contenir le combustible qu’on y plaçait et qu’on y brûlait la nuit. Cet instrument était ensuite fixé à l’extremité d’une forte perche, qu’on sortait vers la mer en dehors des tours ou de la poupe d’un navire; c’est ainsi que ces peuple» entretenaient une grande fumée pendant le jour et une flamme pendant la nuit.
C’est ainsi également que, parlant du vaisseau d’Agamemnon, Virgile dit (En. liv. II, a- 56 ) : Flammas cum regia puppis extulerat , etc., pour marquer le fanal dont la poupe au vaisseau de ce roi des rois était distinguée.
On faisait sur ces tours des observations sur le tems, sur les vents, les cieux, etc. Celles d’entre ces constructions qu'on élevait dans les villes, occupaient toujours l’en-
droit ie pins proéminent, et se nommaient Bosrah chez les Amortie ns ; nom sous lequel on désigna plus tard la citadelle de Carthage.
Lorsque ces fanaux arnoniens étaient situés sur des éminences et de forme ronde, on les appelait Titk. Tithon , si célèbre pour sa longévité, n’était qu’une de ces constructions, de ces phares consacrés au soleil; Thétis , cette ancienne déesse de la mer, qu'une tour à feu, près de l’Océan, appelée Tith-Is ; et le massacre des Cyclopcs, tués à coups de flèches par Apollon, se rapporte encore assez probablement à la manière dont les fanaux des tours Cyclopéennes de la Sicile, placées sur les côtes orientales de cette île, étaient éteints par les rayons du soleil levant*. Cette explication, qui s’éloigne tant, en apparence, des idées dont on nous a bercés au collège, est au moins basée sur l’étymologie et la science positive de l’instruction maritime des peuples de l’antiquité.
Je me suis contenté d’indiquer ici ce qui est nécessaire au sujet; mais on sentira facilement que les mots Chiron , Chir-On, la tour du soleil, collège sacré de la Thessalie, dont les prêtres prenaient le nom de Centaures, d’après leur dieu Cahen-Taur; Amphitrite, décomposé en Amphi- Tirit ; la tour de Men ou Menes , Men-Tor , en Crète , donnant naissance au mot Minotaure, etc., forment autant d'objets que les sciences exactes et L’étymologie expliqueraient facilement.
La tour carrée du frontispice est un ancien phare tel qu’il existait à Torone (mot signifiant littéralement la Tour du soleil), et le fanal circulaire, la tour de Cronus, en Sicile. J’aurais voulu présenter les débris Cyclopéens de Vliryx, qu’on attribue à Dédale , et qu’un accord général
* Près de la Trczza, on voit encore les roches que les anciens désignaient sous te ndra At Crclopian-Scojmh et les Siciliens modernes sons celui de ta- * açiîoru : ce sont des masses de lave prismatique et amorphe, qui auraient , suivant la fable. »étè lancées aux pieds d 'Ulysse, par Antipharcs. il u’est pas jnutiic de rapporter ici, que long-tcms après l’époque qui nous occupe, Catant* représentait toujours sur scs médailles quelques-unes des anciennes divinités- de l'Egypte; preuve que les hahitans tiraient leur origine de ee pays ou tien qu’ils y entre tenaient des relations fréquentes.
rapporte comme constituant les monumens les plus antiques de la Sicile , et qui servaient probablement au même usage que les précédons; mais il aété impossible d'en trouver la représentation , quelques recherches que j’aie faites à ce sujet. Le phare à droite de la même vue, est une construction moderne.
D’après ces considérations, onvoitque par les mots P notée ( qu’on nous dit être l’époux de Torone ) , Canobus (qu’on pense être le même qu’ Osiris ) , Phrontis , P haras , Onetor (qui n’est que Torone renversé), etc., dont plusieurs sont appliqués à des pilotes, n’étaient que des noms de personnages mythologiques , qu’il convient d’attribuer à des tours ou à des temples d’origine égyptienne et d’une institution toute maritime.
Semblables dans les motifs qui occasionèrent leur élévation, mais bien différens quant à leur institution particulière (comme je le montrerai plus bas), les phares modernes ont subi les plus grandes modifications , et parmi ces dernières, les plus essentielles sont sans contredit celles qui y ont été apportées par la Commission des phares en b rance, d’après le projet présenté par M. le contre-amiral De Rosse/, directeur du dépôt général des plans et cartes de la marine, à Paris, et qu’on peut voir dans le rapport dressé par cet officiergénéral; il contient l’exposition du systèmeadopté par cette commission pour éclairer les côtes de France. On y trouve de lumineux détails sur les conditions à remplir, les moyens employés pour éclairer les phares et varier leurs apparences, la classification des feux , et des observations générales sur leur distribution.
Quoique les phares soient très multipliés sur les côtes de la Baltique (et sous ce rapport les puissances qui entourent cette mer doivent être citées au premier rang), les perfectionnemens n’y ont point été aussi marqués qu’en Angleterre ou aux Etats-Unis. Cependant le nombre des tours à feu, phares, etc., élevés principalement sur les différens points des côtes du Cattegat ; celui des amers , des balises, et tous les autres moyens de reconnaissance propres à gqider les marins, honorent particulièrement , je le répète,
■ les gouvernemens suédois, danois, russe et prussien. Mais c’est aux Etats-Unis surtout, qu’on peut admirer les -