‹ Guide des voyagers dans la ville de gandChapitre 3 sur 19 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

JL/origine de Gand 5 ainsi que celle d'un grand nombre de villes de la Flandre , est fort peu connue : tout ce qu'on en raconte mérite peu de confiance. Cependant pour nous conformer à l'usage > nous rapporterons ; sans toutefois en garantir la vérité historique , ce que nous ont conservé nos annales sur le berceau et les commencemens de l'ancienne capitale de la Flandre»

Quelques auteurs avancent que la ville de Gand fut fondée par Jules César, après la soumission des Gaules, et qu'il la nomma Caia, Gaia, de Caius son nom, et appela Gorduni les peuples qui habitaient son territoire. D'autres au contraire prétendent que Gand doit sa dénomination aux Vandales qui, dans le V.e siècle , firent une irruption dans la Belgique , et donnèrent à cette ville le nom de Vanda, changé dans le VILe siècle en celui de Ganda ou Gandavurn Castrum (château de Gand). Cette opinion paraît assez probable, quoique l'on puisse objecter que les Vandales ne fondaient pas plus de villes dans les pays qu'ils traversaient, que les cosaques que nous avons vus de nos jours. Au reste, il n'est pas fait mention de Gand avant le VII.e siècle, et de temps immémorial, il a existé en cette ville , sur la rive gauche du bras droit de l'Escaut , au bas du rempart S.1- Jean , un Fort constamment connu sous le nom de IVandelaivs Kasteel , que nous traduisons vulgairement en français par Château des Vandales»

Pendant les calamités delà guerre, les habi-

SUR GANP. 3

tans se retiraient dans l'espace compris entre l'Escaut et la Lys, espace que nous nommons aujourd'hui de Kuyp van Gent , la Cuve de Gand , sans doute à cause du genre de ses fortifications. Cette cuve, connue anciennement sous le nom de port de Gand , peut être regardée comme le noyau de la ville, quoique l'un des châteaux qui ont donné leur nom à Gand , ait été situé au second confluent de la Lys et de l'Escaut, sur l'emplacement de l'antique monastère de S.l-Bavon.

Ce fut vers l'année 636 de l'ère chrétienne que le bon roi Dagohert envoya à Gand S.*- Amand, pour y dissiper les ténèbres du paganisme. Ce pieux évêque prêcha à nos ancêtres la morale pure et sublime de l'évangile, détruisit le temple et fît briser la statue du dieu Mercure pour lequel ils avaient une grande vénération, et qui, à ce que l'on rapporte, était d'argent massif. S^-Amand fonda à Gand deux monastères en l'honneur de S.t-Pierre ; l'un sur le mont Blandin , aujourd'hui montagne de S.MPierre , et l'autre à l'endroit où est situé maintenant le Château des Espagnols, près de la porte d'Anvers. Ces

deux quartiers se peuplèrent en peu de temps. Quelques années après, Allomn, surnommé Bavon , issu d'une famille noble des environs de Liège, ayant entendu un sermon de S.*- Ainand, donna tous ses biens au second de ces monastères, afin d'entrer plus facilement dans la yoie du ciel , et vécut dans un bois du voisinage. A sa mort, soixante gentilshommes se convertirent comme lui, et donnèrent son nom à une église qu'ils bâtirent. On voit encore quelques restes vénérables de l'abbaye de S.*- Bavon au milieu du Château des Espagnols. Tout ce quartier porta ensuite jusqu'au temps de Charles V, le nom de ville de S.1 -Bavon.

En 654^ S^-Liévin, évêque écossais, arriva à Gand et alla prêcher les vérités de l'évangile dans le pays d'Alost, où il répandit son sang pour la religion du Christ. Il est le patron de la ville de Gand.

En 81 1 , Charlemagne arriva de Boulognesur-Mer à Gand , pour y inspecter la flotte qu'il avait fait construire , afin de résister aux irruptions des Normands et des Danois, qui mettaient le pays à feu et à sang. C'est ce qui a fait croire à tort à plusieurs écrivains, d'ail-

SUR GAÏÏD. 5

leurs très -estimables, que Gand avait eu un port (i). Ces vaisseaux, suivant l'usage du temps, n'étaient probablement que des espèces de Cages ou bateaux-plats.

En 816, le monastère de S^-Bavon est abandonne' par ses moines, qui, pour se dérober aux fureurs des Normands , se réfugient en Angleterre.

. En 826, le fameux Eginard , célèbre par ses liaisons avec la fille de Gharlemagne, dont il était le secrétaire, est envoyé à Gand par ce monarque, afin d'y maintenir son autorité, et nommé prélat des monastères de S.Miavon et de St.-Pierre.

Vers l'an 868, Baudouin, Bras-de-Fer, 1 ,er comte de Flandre , songeant à défendre

(1) Cette erreur provient de ce qu'on s'est trompé sur la signification du mot portus , en flamand poort , poerte et port , qui veut dire à la vérité un port de mer, mais qui désigne également un refuge , un endroit défendu par un fossé ou une rivière, et entouré de fortifications quelconques. De là Ton appelait anciennenement poorters les habitans d'une ville, les bourgeois, etpoortery la bourgeoisie.

son pays contre les Normands, élève à Gancl une forteresse qui fut appelée le Château du Comte (Graven-Casteel ou 's Graven-Steen) , dont les fortifications s'étendirent ensuite depuis le pont dit de Hooft- Brugge , jusqu'à l'extrémité de la rue Courte-du- Château {de Korte-Steen-straete) (i). Cet endroit était défendu par un petit Fort nommé la Porte-Grise [de Graauwer-Poorte) , ce qui n'empêcha pas les Normands de venir encore séjourner à Gand pendant l'hiver de 880.

Arnould-le-Vieux, comte de Flandre, fait planter un vignoble près du monastère de S.t-Pierre , probablement sur la petite colline qui s'étend vers la Lys, Il le cède ensuite aux moines qui , hors d'état de consommer euxmêmes tout le vin qu'ils récoltaient, en vendaient une partie aux bourgeois.

(1) Les deux rues qui passaient le long des fortifications du Château du Comte, doivent s'appeler la rue Courte et la rue Longue -du-Chât eau ou Palais; car ici le mot steen ne signifie pas pierre , mais bien maison , château, comme l'indique assez la composition de 's Graven-Steen*

En 94g^ Othon, empereur d'Allemagne, entre à la tête d'une armée dans le comté de Flandre , et met tout à feu et à sang. Il s'empare du Château du Comte qui dominait la ville de Gand, et, afin de maintenir cette ville en son pouvoir a il fait tracer le fossé appelé encore aujourd'hui le Fossé d' Othon, du nom de cet empereur; il aboutissait à l'écluse hetPadde- Gaû, en face du monastère de S^-Bavon. Cette écluse était défendue par une tour et un mur, démolis par ordre de Charles V.

En 95 1 , il n'existait encore dans la ville de Gand, proprement dite, qu'une seule chapelle consacrée à Saint-Jean-Baptiste- C'est aujourd'hui Saint- Bavon. L'évêque Transmarus en avait fait la dédicace en l'an 941.

D'après une tradition populaire , Gand fut assiégé en 960 par les trois rois de France , d'Angleterre et d'Écosse ; mais les Gantois , commandés par Thiéry de Beveren , seigneur de Dixmude , défendirent vaillamment leur ville- Les trois rois, fatigués de la longueur du siège , sommèrent les Gantois de se rendre , jurant , s'ils ne le fesaient dans un court délai , de détruire leur ville de fond en comble, et de

g NOTICE HISTORIQUE

semer du blé sur ses ruines. Mais ceux-ci puisèrent un nouveau courage dans les menaces de leurs ennemis, et les forcèrent à se retirer honteusement. Le roi d'Angleterre, afin d'accomplir son serment leur fit demander la permission de venir, avant son départ, jeter un peu de blé, sur la place publique. On fit à cette occasion, pour le laisser entrer , une ouverture dans les murs de la ville, entre la Torre- 1 Poorte et la Posterne ( Porte de secours , Poterne). De là vient le nomd: ' Engeland- G at (Entrée d'Angleterre), donné à la rue qui conduit de S.t-Michel à la Poterne , appelée en flamand par corruptionBestorm-Poorte (Porte d'Assaut) pour Po sterne- Poorte»

Vers 968, Baudouin-le- Jeune, comte de Flandre, introduit à Gand , ville déjà peuplée, des tisserands et des foulons. Les Gantois, après les terribles ravages des Normands, et à l'époque où une partie de l'Europe était encore plongée dans la barbarie, s'adonnent avec succès à l'agriculture et au commerce, qu'alimentaient principalement les étoffes de laine , dont la matière première était fournie par l'Angleterre.

SUR G AND. g

Vers l'année 1 0^6, Baudouin de Lille, se rend maître du Château du Comte par l'adresse d'un de ses officiers ; il l'en crée châtelain, ainsi que du territoire qui en dépendait \ il l'associe aune grande partie du gouvernement civil , et lui donne, ainsi qu'à ses successeurs, une autorité qui devînt souvent funeste au repos public.

A cette époque , il régne dans la ville de Gand une peste affreuse qui enleva plus de six cents personnes par jour. On rapporte que cette ville fut délivrée de ce fléau par les prières et l'intercession de S.t-Maquaire.

En 1 067 , Baudouin , évêque de Noyon , et Liébert , évêque de Cambrai , font la dédicace de l'église de Saint-Bavon , et j déposent dans mie chapelle particulière les reliques de Saint- Maquaire (1).

La ville de Gand s'accroît considérablement ,

(1) Cette chapelle existe encore. Elle se trouve renfermée , ainsi que les vestiges de l'abbaye de S.*- Bavon , dans l'enclos du magasin à poudre , au milieu du Château des Espagnols. On dit qu'on s'occupe des moyens d'arracher aux ravages du temps ces deux monumens de l'antiquité.

on y élève en 1 072 une nouvelle église appelée en flamand Heylich-Kerst ( S.t-Sauveur.)

En 1 1 73 , les bourgeois de Gand , ayant eu quelque contestation commerciale avec ceux de Cologne , au sujet de la navigation sur le Rhin, l'archevêque de Cologne permet aux négocians Gantois pré sens et à venir, d'acheter librement toutes sortes de marchandises à Cologne, et d'y exercer le commerce en remontant le Rhin.

Vers 1174, un terrible incendie dévore une grande partie de la ville de Gand.

Les seigneurs , pour paraître avec éclat dans les croisades Rendaient leurs domaines à leurs vassaux qui, par ce fait, devenaient libres. De là naquit l'institution des communes. Ce fut sous Philippe d'Alsace, vers 1 178, que Gand jouit de ce bienfait. Les Gantois sont affranchis de toutes servitudes ; ils peuvent se rassembler pour conférer sur leurs intérêts communs; on leur cède ou on leur assigne un terrain pour s'y établir; ils sont gouvernés par des échevins nommés à leur choix ; ils ont un sceau public , un beffroi et une jurisdiction. Beaucoup de citoyens qui jouissaient déjà d'une

SUR GAND. ï I

fortune brillante , se bâtissent des maisons fortifiées et flanquées de tourelles , telles que nous en soyons encore. Les Gantois obtiennent en outre, pour leur commerce et leurs fabriques , une foule de privilèges qui excitent en eux ce goût naturel qui les porte vers les arts utiles. Ils prennent part à des associations nommées hansen , et trafiquent dans les principales villes de l'Allemagne. L'empereur Frédéric I.er leur permet de naviguer librement sur le Rhin , et institue en leur faveur deux foires annuelles à Aix-la-Chapelle , et deux autres à Dusbourg. Il fait en outre frapper pour eux de nouvelles monnaies auxquelles on donne cours en Flandre.

Philippe d'Alsace , comte de Flandre , ayant donné sa nièce en mariage à Philippe-Auguste , roi de France , lui accorde pour dot toutes les villes de Flandre , situées au-delà de la Lys , y compris Arras , jusqu'alors la principale ville de Flandre. Gand, cité déjà très -peuplée et opulente , devint ainsi la capitale de la Flandre, en l'année 1191. Baudouin, comte de Hainaut et successeur de Philippe, afin de pacifier et de s'attacher les Gantois

qui ne voulaient pas le reconnaître , leur accorde de grands privilèges qui ne contribuèrent pas peu à faire fleurir leur ville. Les suivans sont remarquables pour cette époque : qu'il était permis à tout Gantois d'ouvrir une école publique, et de vendre ou d'aliéner ses biens , à qui bon lui semblerait ; qu'aucun édit du comte n'aurait force de loi, sans le consentement de la bourgeoisie ; que Gand aurait le droit d'avoir treize échevins ; que les bourgeois pourraient fortifier la ville et les maisons particulières à leur volonté. Voici le préambule de la charte écrite en latin barbare , où sont consignés ces privilèges, dont nos pères se sont toujours montrés si jaloux , et qu'ils regardaient comme la source de leur prospérité.

Au nom de la sainte et indivisible trinité. Ainsi soit-il. Moi Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut, à tous présens et à venir, splut à perpétuité.

Il est conforme à la loi de Dieu et aux lumières de la saine raison que les princes qui prétendent être honorés et servispar leurs sujets, se fassent réciproquement un devoir de respecter et de maintenir intacts les droits et cou*

SUR GAIn'D. 1-3

tûmes raisonnables de ces derniers : et cest par ces considérations, quà la demande de mes chers et féaux bourgeois de Gond, je leur ai octroyé de la manière suivante leurs droits et coutumes , ainsi que les franchises de leurs villes, que je vais passer en revue.

Art. I. Les Gantois doivent à leur prince fL fidélité et amitié, aussi long-temps quil les traite conformément à la justice et à la raison; car c'est en agissant ainsi que le prince règne pour V avantage de tous, etc., etc.

Son successeur , Baudouin IX , donna, autant qu'il fut en son pouvoir, l'essor au commerce et à l'industrie des Gantois. Il fut le premier qui, pour prévenir les dilapidations et les vexations des percepteurs, publia dans la ville de Gand un tarif de droit d'entrée , auquel étaient soumises les denrées et les marchandises. Il établit aussi l'égalité des poids dans toute la Flandre. Ce prince, sans contredit, l'un des plus illustres de nos comtes , prit la croix, selon la coutume de son temps, et brilla tellement par sa bravoure , à la prise de Constantinople en 1204, que les Français et les Vénitiens le proclamèrent à l'unanimité empe-

reur de Constantinople. Malheureusement il fut fait prisonnier Tannée suivante , par Joannice, roi des Bulgares, et jeté dans un cachot infect. Baudouin , l'un des plus beaux chevaliers de son temps , inspira une passion violente à la reine de ces barbares , qui employa tous les moyens possibles pour le faire condescendre à ses désirs. Furieuse de voir son amour méprisé par Baudouin, elle l'accuse devant son époux du crime dont elle seule est coupable. Le roi des Bulgares , que la jalousie rendait encore plus féroce, ordonne de mutiler horriblement l'infortuné comte de Flandre, et l'envoie jeter à la voirie ; il ne mourut qu'après trois jours de souffrances, déchiré parles oiseaux de proie. Joannice fit ensuite garnir son crâne d'un large cercle d'or, et s'en servit comme d'une coupe dans ses festins.

La ville de Gand qui ne comprenait encore que l'espace renfermé entre la Lys et l'Escaut , ne comptait en 1 1 99 que quatre portes. La première , de WaelPoorte, était située sur le fossé creusé â\i bas de la montagne de S.t-Pierre, pour joindre les eaux de l'Escaut à celles delà Lys, à l'endroit nommé encore aujourd'hui

SUR GA1SD. »v>

de Wael-Poorte-hrugge (Pont Madou). On éleva plus tard sur le même fossé la Porte aux Chaudrons (de Retel-Poorte) , ainsi nommée sans doute à cause du grand nombre de chaudronniers qui habitaient dans le voisinage.

Sur la rive gauche du Bas-Escaut , se trouve le pont couvert jadis par la porte de Braband (de Braband ou Braem-Poorte) ; c'était la seconde porte de la ville , et elle servait de prison pour les lépreux. Charles V ordonna de la démolir ainsi que les deux précédentes , conservées néanmoins long-temps après. Ce pont est appelé aujourd'hui de TVater-Meulenhrugge}\ cause du moulin-à-eau qui se trouve à côté, et qui date de l'année 1290. La troisième porte de Gand , qui était celle de Saint -Georges ( Sint - Joris ) ou de Saint- Bavon, se trouvait sur la Ljs, à l'extrémité de la Digue des Pierres (den Steen-dam), à l'endroit où est actuellement le pont Sh Georges. C'était non loin de là, près du pont appelé Pas-Brugge, que se trouvait une tour ronde nommée la Tour Rouge {denRood- Torren) , parce qu'elle était construite en briques. On y punissait de mort les parricides ,

l6 KOTICE HISTORIQUE

en les précipitant du haut de cette tour dans la Lys , après les avoir cousus dans un sac de cuir. La quatrième porte de Gand , se trouvait sur la Lys-au-Bois, {de Hout-Leye), au pont dit de Torre-hrugge , vis-à-vis le PoeL Elle s'appelait de Torre-Poorte , ou la porte conduisant à Thourout, et fut détruite par ordre de Charles-Quint. Elle avait probablement été bâtie vers Fan n 94, époque à laquelle les Gantois , voulant fortifier l'endroit le plus faible de leur ville , avaient fait creuser le fossé de la Lys-au-Bois, ainsi nommé parce qu'on y déchargeait le bois. On éleva alors > pour couvrir ce canal ou fossé , ces énormes murailles dont on aperçoit encore quelques vestiges remarquables par la solidité de leur construction. Ils défendaient la -poterne (de Posterne-Poorte) , qui vraisemblablement date de cette époque , mais ne servait qu'en temps de siège. Les habitations attenantes furent arrangées vers l'an i346 pour être Tune des cours des comtes de Flandre. La comtesse Michelle, fille de Charles VI, roi de France, et première épouse de Philippe-le-Bon, l'habitait en 1 444 ? lorsqu'elle y fut empoisonnée à la fleur de l'âge

par Ursule, sa première dame d'honneur. Elle fut cédée, en i465, au malheureux seigneur d'Irnbercourt , quifut décapité quelques années plus tard par les Gantois. A l'extrémité de la Lys-au-Bois, on trouve la Porte du Sahlon (de Zand-Poorte), quisemble avoir été une seconde poterne. Les sœurs grises de Nevele, après que leur maison eut été incendiée par les Calvinistes ; vinrent y chercher un refuge. En 1 6o5 , les échevins instituèrent dans la porte du Sablon et sur le terrain contigu la Maison des Folles. C'est de là que cette porte est maintenant appelée de Zot-Poorte.

Ce qui augmenta beaucoup la prospérité et la population de Gand, ce fut un règlement de 1 202 , par lequel les bourgeois , ne pouvant librement acquérir de biens immeubles hors de son enceinte, se trouvaient, pour ainsi dire, obligés d'employer leur argent dans leurs fabriques et leur commerce. Ils étaient autorisés à exercer exclusivement toute espèce de profession dans un rayon d'une lieue autour de Gand ; plus tard , ce rayon fut étendu en faveur de leurs tisserands, jusqu'à la distance de trois lieues. Chacun devait contribuer au bien-être

l8 NOTICE HISTORIQUE

commun. C'est pourquoi on expulsait de la commune tous ceux qui n'avaient point d'état , et auxquels on ne connaissait aucun moyen de subsistance. On favorisait puissamment les étrangers qui venaient y apporter leur industrie y en leur cédant , à des conditions avantageuses, ces vastes édifices connus sous le nom de Maisons de Nations [Muyzen ou Steenen van Natien). On connaissait déjà à Gand, à cette époque , les prêteurs sur gage ; on les appelait taefel-houders> lomhaerd-houders , ou pusemiers .L'usure y était déjà telle que Jeanne de Constantinople , ne trouva à emprunter pour la rançon de son époux, qu'à l'intérêt exorbitant de trente du cent.

Le collège des treize échevins qui avait rendu de grands services au bien public, fut supprimé en 1228, époque où Ferrand et Jeanne instituèrent les trente-neuf (de negen-en-dertig), corps politique fameux dans nos annales , et le divisèrent en trois sections égales : la première était chargée de l'administration de la haute-justice et des finances ; la seconde des successions , des réconciliations , des pupilles , etc. , et la troisième était inactive. Ces trois divisions alternaient tous les ans.

Philippe- Auguste , roi de France, ne voyait pas sans inquiétude les fortifications de Gand. Ferrand , pour éluder les prétentions de ce monarque, se désista de ses anciennes prérogatives en faveur des Gantois, les engagea à fortifier leur ville , et leur céda pour son agrandissement plusieurs terrains vagues appelés Upstallen. Ces terrains , enclavés entre la partie de la Lys qui est devant l'endroit dit Jchter-Leye, et le fossé d'Othon, commencèrent dès-lors à être habités.

En 1242 , le marais nommé de Brouc ou de Brouch, ayant été rendu habitable , la comtesse Jeanne de Constantinople , témoigna le désir d'y fonder un béguinage. Les bourgeois s'empressèrent de l'offrir à la princesse, qui le céda aux béguines.

En ia52, le quartier de S.t-Pierre offrait déjà l'aspect d'une petite ville ; niais elle ne pouvait raisonnablement former une ville à part. Les moines, étant hors d'état de défendre leurs fortifications, se réunirent aux Gantois et firent cause commune avec eux pour leurs fortifications, leurs charges et leurs dépenses. Le prélat du monastère de S.t-Bavon conclut

aussi avec les Gantois, un concordat de la même teneur, et ces deux quartiers populeux font dès cet instant partie de la ville de Gand.

Ce fut la même année que Marguerite de Constantinopieet Gui, son fils, donnèrent aux Gantois leur premier diplôme en langue flamande. En yoici le commencement, comme un échantillon de l'orthographe de ce temps : In den name Svaders en Soens en Shelichs- Gheests.Amen.Ic Thomaes , graefe van Flanderen ende van Henegouwe, ende Johane myn wyft grafnede van Vlacnderen , etc., wy zweeren*

Marguerite de Constantinople cède aux Gantois, en \ i5^y le quartier d'outre-Escaut, Over-Schelde. Il était le plus marécageux et le plus malsain de notre ville; il fut le foyer de nombre de maladies contagieuses. C'est là qu'on reléguait les filles publiques. Il n?est point inutile de remarquer que l'Amman ou maire de ce quartier était chargé de la surveillance des hommes mariés qui fréquentaient les lieux de débauches et les condamnait à des amendes.

Cette partie de la ville était défendue par

une ligne de fortifications parallèle au Reep. Elles consistaient en un fossé dit l'Étang des Échevins (Schepenen Vivere) , couvert par un rempart et deux portes : la Porte aux Vaches (de Koei Poorte) , au bout du quai qui porte encore le même nom, et la Hooy-Poorte ou Steen-Poorte, placée à l'extrémité de la digue de Braband (Brabandam) , près de l'ancien couvent des capucins. Elles furent détruites par ordre de Charles-Quint, en i54o. Lorsqu'on eut prolongé la digue de Braband, on tira, vers l'an 1 290, à la Porte aux Vannes {de Poorteten-Wind-Gaten), un second fossé parallèle au Reep. Il était flanqué de bastions, de murailles et de casemates, qui existent encore en partie tant dans l'enclos du Petit Béguinage, que du côté opposé. Enfin , en 1 Z10 et sur-tout en i383, on construisit mie troisième ligne d'ouvrages depuis la porte de S.'-Liévin jusqu'à celle de Bruxelles (de Keyzer-Poorte), limites actuelles de la ville.

En 1269 , la commune de Gand acheta a la comtesse Marguerite lequartier dit d'outre-Lys

(Achter-Leye), oh est situé la Terre-lNeuve (hetmeuv-Land), etc., ainsi que le vaste

22 N0TICÊ HISTORIQUE

quartier nommé le Briel (plaine entourée d'arbres ) qui s'étendait entre la Lieve et le Fossé des Bateliers {Schippers- Gracht) > jusqu'à la partie des anciennes fortifications que l'on nomme à présent le Fossé des Corroyeurs (Plotters-Grachty Ce quartier était terminé par le rempart qui s'étend depuis la Porte du Sas , jusqu'à l'écluse du Rabot. La population s'y accrut très-rapidement.

Raesse , seigneur de Gaevere , qui , en expiation de ses péchés , avait fait vœu d'aller à Saint- Jacques de Compostelle, vendit aux Gantois en 1274* afin de se procurer l'argent nécessaire aux frais de son voyage, une grande partie de la commune d'Ackerghem.

Vers la fin du XIIIe siècle, le tendre Pétrarque vint visiter la riche Flandre, et soupirer sur les bords de la Lys et de l'Escaut, quelques-unes de ses immortelles canzonù II admire la population manufacturière et industrieuse de la ville de Gand, qu'il trouve supérieure en prospérité à toutes les cités qu'il avait parcourues depuis son départ de l'Italie.

En 1299, le prince Robert, fils aîné du comte Gui , céda aux Gantois la terre de la

SUR GAîvD. 23

Mue {de Muye, terrain élevé au milieu d'une eau stagnante), qui forme le quartier le plus remarquable de la paroisse de S.t-Sauveur , et fut de temps immémorial habité par nos tanneurs. Il leur céda aussi à cette époque la Terre de Sainte-Marie (het Marien- Land) , où se trouvent aujourd'hui la rue Haute (<fe Hoogstraet), la rue du Poivre (Peper-straet) , etc., jusqu'à la Porte de Bruges. Dès l'année i \$>, les Gantois avaient établi dans ce quartier un hôpital pour les lépreux, à l'endroit oh est l'ancien couvent des Riches Hospitalières ( het Ryke-Gast-Huis), et où l'on a fondé en ï8i7 Y Atelier de Charité. On y admettait aussi les voyageurs lépreux auxquels on accordait le droit déloger deux ou trois joins. C'est ainsi qu'en moins d'un siècle , les Gantois agrandirent tellement la circonférence de leur ville qu'elle fut long-temps plus étendue et plus peuplée que la capitale de la France. De là le bon mot de Charles-Quint: Je mettrais Paris dans mon Gand (gant).

Pendant le long emprisonnement en France du comte de Flandre, Gui de Dampierre, Charles de Valois, prit possession de la ville

de Gand au nom de Philippe-Ie-Bel ; ce qui n'était qu'une suite de la suppression du comté de Flandre , qui venait d'être incorporé à la France. Philippe supprima le collège des trenteneuf, en i 3oo, et eninstitua un autre qui consistait en deux tribunaux , dont chacun était composé de treize bourgeois nommés seulement pour l'espace d'un an. Ce monarque avait donné le gouvernement de la ville à un de ses favoris nommé Jacques de Chatillon , homme dur et avare qui tyrannisa les Flamands. Ayant à venger les mauvais traitemens qu'on faisait essuyer à leur comte , et leurs propres insultes, ceux-ci courent aux armes , nomment généraux les deux fils de leur souverain, Gui de Flandre et Jean de Namur , et s'avancent contre l'armée française qui était de 5o,ooo hommes et renfermait l'élite des guerriers français , sous la conduite de Robert, comte d'Artois. L'armée flamande était moins nombreuse, mais fière et animée de l'enthousiasme de la liberté. Elle ne comptait dans ses rangs que peu de chevaliers, parmi lesquels brillait le capitaine gantois Jean Borluut, qui, à la tête de cinq cents de ses concitoyens ; décida la

victoire. Em h on 7 000 gantois avaient pris part à cette bataille, sous les ordres de Guillaume van Gulik et Jean van Renesse. Presque toute la fleur de la noblesse française fut moissonnée dans cette journée à jamais mémorable, et 8000 éperons dorés ornèrent le tnompbe des Flamands, qui en suspendirent 5oo dans l'église de Notre-Dame à Gourtrai. Cette bataille, livrée le 11 juillet i3o2, sous les murs de da ci-devant abbaye de Groeningbe, aujourd'hui renfermée dans la ville, est appelée bataille des éperons, ou de Gourtrai.

Gui de Dampierre est rétabli dans son comte. On commence dès-lors à nommer le tribunal des échevins , le collège on le banc des échevms delaKeure, et l'autre tribunal le collège ou le banc des échevins des parchons. Cette forme de gouvernement fut conservée jusqu'à 1 entrée des français en Belgique , en 179^

Il y eut dans la commune de Gand , jusqu au milieu du XIV siècle , six mairies différentes, sans y comprendre les quartiers de S.t-Pierre et de S.t-Bavon. Le siècle suivant il n'y en eut pins que quatre. Le maire ou Yamman était le premier officier - magistrat de Gand ; U

était chargé de semoncer les échevins au nom du prince; et de donner aux actes solennels une forme légale. Il parlait et agissait , de même que son lieutenant, au nom du prince; il veillait à la conservation des droits et de l'honneur de son souverain, et à ce que les crimes, les délits ou les simples contraventions de police fussent punis par les magistrats de la ville. Anciennement ils avaient une troisième charge qui était moins honorable; c'était celle d'exécuter les sentences criminelles.

En i3i5, Guillaume de Wenemaer, capitaine gantois qui avait la taille et la force d'un géant , se trouvant au pont de Rekeîine, près de Deynse, à la tête de ses Gantois fidèles à leur prince, est tué par Robert de Cassel, qui commandait les Brugeois et les autres révoltés contre le comte Louis de Flandre.

Malgré cet échec , les Gantois en bons et loyaux vassaux , décidés à soutenir à toute extrémité la querelle de leur comte Louis, nomment capitaines Siger le Cortroisien et Hector Vilain, Assiégés d'abord par les rebelles de Bruges ; ils remportent sur eux entre

SUR GAIÏD» 27

Courtrai et Audenaerde de brillans avantages, et les forcèrent à remettre enfin le comte en liberté'.

En i328, à la célèbre bataille de Cassel, dans laquelle l'armée française, commandée par Philippe de Valois , et le comte Louis, abattit l'orgueil des Brugeois , les Gantois étaient commandés par Robert le Frison. ^ Les Gantois n'aimaient guères le comte Louis qui n'agissait pas dans l'intérêt de ses propres sujets; d'un autre côté ils craignaient de voir tomber la prospérité de leurs fabriques , parce que le roi d'Angleterre Edouard, qui formait alors des pré tentions sur la couronne de France, les menaçait de prohiber l'exportation de la laine, s'ils n'embrassaient sa cause. Ils ne balancèrent pas et élurent Ruwaert ou protecteur, Jacques van Artevelde , homme illustre autant que noble. Il était petit-fils de Sohier ou Seger, le Gortroisien, l'un des plus nobles chevaliers flamands, qui fut décapité publiquement en i337, par les ordres du comte Louis , pour avoir favorisé le parti anglais. Il avait épousé Christine (Kerste), dame de Tronchiennes-lès- Gand, de la noble maison de Bernaige. D'Ar-

tevelde pour donner une nouvelle énergie au peuple de Gand, réorganisa les dycastries et les corps de métier et forma des confréries militaires. Il divisa les Gantois en trois classes. Il mit dans la première les rentiers ; dans la seconde les suppôts des cinquante-deux petits métiers, et dans la troisième les tisserands qui étaient les plus nombreux , et qui formaient le grand métier. Le premier échevin de la keure fut nommé chef des rentiers ; les tisserands eurent un chef-doyen , et les cinquantedeux petits métiers en eurent un autre (i). Van Artevelde, afin de captiver plus facilement la faveur du peuple ; s'aggrégea au métier des brasseurs et réunit tous les suffrages pour représenter comme chef-doyen la seconde classe des bourgeois. Quand il fallait courir aux armes 5 ces trois chefs-doyens qui étaient des espèces de consuls chargés du pouvoir exécutif; prouvèrent en plus d'une occasion qu'ils

( i ) C'est également à van Artevelde que laj tradition rapporte la division de la ville de Gand en 25o voisinages y sous autant de doyens dont l'autorité est maintenant toute paternelle et arbitrale.

SUR GATfD. 29

savaient soulever et faire agir, au moindre signal, desmasses imposantes. Ces lois organiques, puisées en partie dans la constitution particulière qui régissait alors Florence, avec laquelle Gand avait de grandes relations, portaient l'empreinte de l'ame active de leur fondateur , et demeurèrent en vigueur dans toute la Flandre , jusqu'en 1 54o.

En i33S, il se rendit maître de Bruges, d'Ypres et de toute la Flandre qu'il parcourut en vainqueur. De retour à Gand, il donna tous ses soins au commerce, et fit commencer à creuser la Liève depuis Gand jusqu'à Damme.

Au siège de Tournai, en i34o, où toutes les forces de l'Europe étaient liguées contre la France, en faveur d'Edouard III, Jacques d'Artevelde setrouva à la tête du contingent de Flandre , formant un corps de 4o,ooo hommes. On conclut bientôt une trêve dont on voulait exclure les Flamands ; mais le dictateur, doué d'une éloquence naturelle bien supérieure à l'art, adressa à Edouard un discours ferme et énergique, et les Flamands furent compris dans la trêve. Philippe de Valois, voyant échouer par la politique d Artevelde

tous les moyens qu'il employait pour les faire rentrer sous son obéissance , fit fulminer sur toute la province de Flandre un édit d'interdiction et d'excommunication. Ce fut alors que le dictateur pour rendre impuissantes les foudres de l'église , suggéra à Edouard l'idée de prendre le titre de roi et les armes de France, et les flamands se joignirent alors à lui comme à leur prince légitime. C'est donc à un Gantois que les rois de la Grande-Bretagne sont redevables d'avoir vu figurer jusque vers la fin du siècle dernier, trois fleurs de lis sur leur écusson.

La même année , les Gantois s'emparèrent^ d' Alost. En 1 343 , à l'instant où le roi d'Angleterre, Édouard III, revenait, en Flandre pour tacher d'intéresser les Flamands à sa cause, la dissention se mit entre les tisserands et les foulons de Gand. Us s'assemblèrent finalement un lundi du mois de mai sur le Marche du Vendredi, et s'y livrèrent un combat qui dura tout le jour. On s'y battit avec tant d'acharnement et de fureur que la présence même du corps de J.-C. apporté sur la place, ne put forcer les combattans à se séparer. Quinze cents foulons y perdirent la vie, et le reste

SUR GAND« 3l

fut chasse de la ville. Ce jour malheureux fut appelé den kwaeden maendag (le mauvais lundi.)

Orateur distingué , soit qu'il improvisât devant le peuple dont il calmait et soulevait à son gré les flots tumultueux, soit qu'il prononçât une harangue devant une assemblée illustre et imposante, van Artevelde s'était élevé à un tel degré d'autorité et d'influence qu'il devînt plus puissant qu'aucun comte de Flandre ne l'avait jamais été. Ayant long-temps ivoyagé et fréquenté la cour de France, il avait la noblesse et la dignité d'un souverain. Simple et même populaire avec ses concitoyens , on le voyait homme d'état et habile politique avec les grands qu'il étonnait par ses propres lumières et la dévorante activité de son génie. Souple , insinuant et audacieux , il justifiait toutes ses entreprises quelque téméraires ou injustes qu'elles fussent , par le prétexte du bien public. Libéral jusqu'à la profusion de ses grandes richesses, il s'était créé un parti tout puissant qui bannissait les personnes soupçonnées d'être favorables au comte. Tel fut le caractère de cet homme extraordinaire qui*

pendant sept ans ; éleva la ville de Gand à un haut degré de gloire , et la rendit formidable à ses voisins. Il était tellement célèbre par sa bravoure et ses talens militaires , qu'Edouard , quittant la Flandre pour quelque temps, lui laissa le commandement de ses troupes. Il respectait le clergé qui, dans différentes circonstances, lui avança des sommes d'argent pour faire face aux dépenses de son gouvernement ; il était aimé des négocians , parce qu'il faisait fleurir le commerce, et chéri des militaires, fiers d'avoir à leur tête un guerrier d'une valeur éprouvée.

Van Artevelde, que le roi Edouard III était venu trouver à Gand , promit à ce monarque de faire prononcer la déchéance du comte, et de faire élire à sa place le prince de Galles. Mais les Gantois , malgré toute l'éloquence de leur dictateur, qui commençait à perdre de son crédit , ne purent se résoudre à reconnaître un prince anglais. Le parti du comte qui était encore puissant, solda une troupe de meurtriers qui, sous la conduite d'un nommé Gérard Denys , assassinèrent Van Artevelde, ainsi qu'un détachement de gardes anglaises qu'il

avait fait entrer secrètement dans la ville et cacher dans des maisons voisines de la sienne, afin d'obtenir par la force ce qui était l'objet de ses démarches antérieures. Cet événement arriva le 17 juillet 1 344 (*)•

Il est probable qu'il fut enterré dans l'église de la Byloque ; car c'est là qu'un nommé Wautier de Mey , qui faisait partie de la famille des assassins, fonda une lampe qui, devait brûler éternellement à Ha mémoire d'Jrtevelde, devant une image de la Sainte- Vierge.

Telle fut la fin malheureuse de ce tribun fameux, dont on ne saurait justifier les attentats contre l'autorité de son prince légitime , mais dont le caractère et l'administration ont été indignement calomniés par les historiens attachés à la maison de Bourgogne. « La jus- )> tice dans l'histoire, dit M.r N. Gornelissen, )> est, sous quelques rapports, semblable à la

(i)Samaison était située au Calanderberg, l'avantdernière à gauche , avant d'entrer dans le Tadden- Hoech, à-peu-pres sur l'emplacement de la maison aujourd'hui habitée par MM. FerplancJee ,11.° 16.

)> justice divine si énergiquement dépeinte » dans une strophe d'Horace ; elle arrive len- )> tement et en boitant ; mais elle arrive. C'est » qu'elle , aussi , est vengeresse du mensonge )> et de la calomnie ; elle de'tache du pilori de » l'opinion l'homme véritablement grand et » vertueux que d'injustes préventions y avaient » attaché ; et Jacques d'Artevelde , se levant » une seconde fois après un intervalle de cinq )) siècles , est réconcilié avec la postérité , le « patriotisme et l'honneur. »

En i 347j? les Gantois et les Anglais, sous la conduite d'Edouard , faisaient le fameux siège de Calais. Les Français voulurent les forcer à le lever, et les Flamands leur livrèrent la célèbre bataille de Cassel. Les Gantois qui contribuèrent beaucoup à remporter la victoire, étaient commandés par Siger , le cortroisien. Gilles Rypergherste était à la tête des tisserands.

Sous le gouvernement de Louis de Mâle , le bonheur et la prospérité dont nous jouissions pendant l'état de barbarie dans lequel était encore plongée une grande partie de l'Europe , attirent une foule d'étrangers dans la Flan-

dre, devenue l'école du bon goût et du luxe.

On rapporte que les magistrats flamands ayant été imites à un grand festin par le roi Jean, on négligea de placer des coussins sur leurs sièges. Ils y jetèrent leurs manteaux qui étaient très-précieux et richement brodés. Le festin fini 3 ils se retirèrent sans les reprendre , et comme on les rappelait pour leur dire qu'ils oubliaient leurs manteaux, l'un d'eux répondit : Nous de Flandre , nous n'avons point coutume d'emporter nos coussins avec nous.

Mais il arriva bientôt ce que l'esprit humain ne sait guères éviter. L'abondance dont jouissaient les Gantois fut suivie d'mi luxe effréné ; le plus simple bourgeois se couvrait de pourpre et de soie. Non-seulement les grands ; mais encore le peuple s'adonna sans frein aux désordres les plus honteux. Les maisons de bains {stooven) fréquentées par les deux sexes , étaient devenues le rendez-vous d'une affreuse licence. Elle était telle , qu'en moins d'une année dans la ville de Gand et sa banlieue, il se commit plus de i4oo meurtres dans les maisons de jeu et de débauche#

En i34g, les Gantois étaient commandes par Jean VandeveMe, doyen des tisserans en laine.

En 1 354 un terrible incendie dévora plus de 1 000 maisons dans le quartier de S.t-Pierre.

En i355, Louis de Mâle à la tête de ses Flamands vainquit les Brabançons qui s'étaient révoltés et prit Bruxelles.

En i36otout le quartier situé au-delà de la Lys-au-bois (Hout- Lye) , vis-à-vis la Poterne, devient également la proie des flam^ mes. La rue dite de Brand-straet , nous rap-1 pelle probablement encore ce désastre.

Le comte Louis de Mâle , oubliant ce qu'avaient fait pour lui les Flamands qui avaient trois fois payé ses dettes, et ayant épuisé de nouveau son trésor par ses désordres et son faste, voulut de rechef lever des impôts que les Gantois lui refusèrent. ïl s'adressa alors aux Brugeois qui lui donnèrent ce qu'il demandait, et pour leur en témoigner sa reconnaissance, il leur accorda la permission de creuser un canal, afin de conduire directement les eaux delà Lys de Deynse à Bruges. Les Gantois au commerce desquels ce canal aurait pu porter

SUR GATTD. 37

préjudice , courent aux armes, tuent ou dispersent les travailleurs brugeois, et soumettent une grande partie de la Flandre. Ils étaient sous la conduite du doyen des bateliers nommé Yoens. C'était un homme entreprenant , doué d'une éloquence populaire , et cruel au besoin ; ceux de son parti étaient appelés les Chaperons blancs, de witte Caproenen, sorte de corporation qui n'avait rien à perdre, et qui préférait le trouble au repos. Le menu peuple, gagnant largement sa vie , en travaillant seulement deux u trois jours la semaine, était turbulent et uerelleur : Yoens qui savait le faire mouvoir à on gré , se rendit redoutable. Le comte enoya son bailli avec deux cents chevaux à Gand, pour l'arrêter; mais les Chaperonsblancs tombent sur eux, massacrent le bailli, déchirent la bannière du prince, et démolissent les maisons de tous les bourgeois de son parti. Les choses en étaient arrivées au point qu'il n'y avait plus de paix à espérer. Assemblés au nombre de plus de 10,000, les Chaperons-blancs se portent au superbe château de Wondelghem que le comte aimait beaucoup , et dont la construction lui avait coûté plus de

deux millions de francs. Il est brûlé et saccagé, ainsi que les biens des nobles. Ils soumettent ensuite les villes d'Alost, de Teraionde, de Ninove et de Deinze , qui firent cause commune avec eux, craignant pour leurs libertés , si le comte venait à dompter les Gantois. Au retour de ces expéditions Jean Yoens mourut subitement , non sans soupçon de poison que lui auraient administré des femmes de Bruges, admises à sa table. Pour réparer la perte de cet homme entreprenant, les bourgeois de Gand élisent quatre capitaines des plus audacieux, parmi lesquels se distingua P. Van den Bossche. Ils soumettent Courtrai, Thourout et Audenarde. La guerre continuait avec des chances diverses. Van den Bossche s'apercevant que les riches commençaient à faiblir et le peuple à se fatiguer ; et redoutant la vengeance du prince dont il s'était toujours montré l'ennemi acharné , les engagea à mettre au timon des affaires Philippe d Artevelde, fils de Jacques, sous lequel les Gantois avaient joui d'un état si prospère , qu'on les entendait s'écrier encore tous les jours : Oque nous serions heureux, si Jacques

d9 Jrtevelde vivait encore! Van den Bossche, suivi des principaux de la ville se rend chez Philippe d'Artevelde , qui logeait alors dans un hôtel de la rue de S.*-Pierre, et lui fait connaître que le peuple désire le voir à la tête des affaires. Philippe qui avait eu pour marraine, Philippine reine d'Angleterre, quoique dans le fond assez ambitieux , mais peu accoutumé aux armes et au gouvernement, finit par accepter la dictature, et fut entraîné sur le Marché au Vendredi, où, après avoir reçu I le serment de fidélité de la part du peuple (février ï38i), il jura à son tour de lui être fidèle. On avait fait Tannée précédente le dénombrement des hommes de i5 à 60 ans, capables de porter les armes; plusieurs historiens en font monter le nombre à 80,000, ce que Von a peine à croire.

Après avoir pris les rênes de l'état, il fit décapiter en sa présence douze bourgeois qui avaient trempé dans l'assassinat de son père, ou favorisaient le parti du prince. Il donna ensuite un code militaire où l'on trouvait entre autres les dispositions suivantes : Tous ceux qui sortiront du combat sans blessure seront

mis en prison pour quarante jours, et nyy vivront que de pain et d'eau; tous les citoyens de Gand porteront une manche blanche ou seront peints ces mots : Juva Deus.

En Juillet i38i , Louis de Mâle Tint de nouveau assiéger Gand, et campa à Heusden avec une armée imposante qui bloquait les portes de Bruxelles et de Bruges, Il fut battu le 10 août à Gentbrugge. Gaultier d'Enghien, son cousin et son favori, jeune homme aventureux, causait beaucoup de mal aux Gantois qui le firent enfin tomber dans une embuscade : Maintenant à la mort, lui crièrent-ils* — G est trop tard pour s'en tirer, dit D'Enghien, il ne nous reste qu'à vendre chèremenû notre vie. Les chevaliers font le signe de la croix , se recommandent à Dieu et à S.*-Georges , et tombent en combattant. Les Gantois portèrent leurs corps enjriomphe dans la ville* Us vendirent pour la somme de i oo>coo francs, celui du jeune d'Enghien, au comte Louis, qui leva de nouveau le camp.

D'Àrtevelde voulait réconcilier les Gantois avec leur souverain : il lui envoya à Harlebeke douze sénateurs, à la tête desquels était Simon

SUR GAïïD* 4l

Bette et Gilbert de Grutere. Mais le comte ne voulait traiter qu'en se réservant le droit de choisir deux cents Gantois qu'il ferait provisoirement enfermer dans les prisons de Lille. Après que les deux nobles, qu'on soupçonnait de connivence avec lui, eurent fait leur rapport au peuple, Pierre Van den Bossche s'approcha de Gilbert de Grutere , et lui passa son épée à travers le corps, tandis que Philippe d'Artevelde en usait de même à l'égard de Simon Bette. Quoique le pouvoir de dictateur fut sans bornes , cette action qu'il croyait peut-être nécessaire au bien public, n'en est pas moins atroce. Cependant les bourgeois , privés de tous secours, étaient réduits à une telle extrémité , qu'il en était déjà mort plusieurs de misère et de faim. Louis persistait toujours à se réserver le droit de punir de la peine capitale tous ceux qu'il lui plairait , et à exiger que tous les bourgeois vinssent à sa rencontre, la corde au cou, et se jetassent à terre pour implorer sa miséricorde. D'Artevelde expose ces conditions humiliantes à des milliers d'hommes, de femmes et d'enfans exténués de besoin et rassemblés sur le marché du Vendredi,

et on prend la résolution de marcher sur Bruges qui s'était déclarée contre les Gantois, et où se trouvait alors le comte Louis. D'Artevelde part à la tête de cinq mille hommes des mieux armés et des plus vaillans ; l'artillerie et le canon sont chargés sur deux cents chariots , et on leur délivre tout ce qui était resté de vivres dans la ville. Arrivés le lendemain à une lieue de Bruges , les Gantois se retranchent derrière leurs chariots, qui cachent les trois cents canons. Les frères Mineurs qui avaient suivi l'armée, célèbrent la messe en sept endroits différens, et prêchent, comme on le leur avait recommandé , afin de soutenir le courage de ces hommes affaiblis par la faim. Plus des trois-quarts de l'armée avait communié avec une grande dévotion. D'Artevelde qui s'était fait placer une tribune dans un endroit élevé, adressa à ses soldats un discours qui finissait en ces termes : « Le ciel en est témoin^ nous » n avons rien à nous reprocher ; implorons » clone avec confiance la clémence et la justice » divines .C'est en Dieu seul que nous devons » mettre notre espoir; car il ne nous reste plus » quà vaincre ou à mourir. Il nous faut

» du pain pou?' nos femmes et nos enfans; il » y en a en abondance chez nos ennemis les » Brugeois, etfai le pressentiment qu'à Vaide )> de Dieu nous en aurons notre part. Que si )> nous étions malheureux, il ne faudrait point )> nous laisser égorger comme les Grammon- )> tois : quand il ne reste plus que le c hoix de )> la mort, il faut mourir de celle qui est la )> plus glorieuse ))•

Philippe déploya de grands talens militaires, et démasquant tout-à-coup sa nombreuse artillerie, il gagna sur le comte qui était venu l'attaquer avec une armée de ZfO,ooo hommes , à Bo verhout, une victoire à jamais mémorable. Malheureusement ce combat enleva aux Gantois un de leurs premiers capitaines Gilles de Voldere. C'est ainsi que cet homme qui, d'une des fénêtres de son hôtel, situé sur le penchant de la montagne de Saint -Pierre , avait passé paisiblement la plus grande partie de sa vie à pêcher à la ligne dans l'Escaut , sut , dans cette grande circonstance, se montrer habile orateur, et courageux dans le combat. Les Gantois entrèrent triomphans à Bruges, et le prince pour éviter d'être pris, fut obligé de

se cacher dans le lit d'une pauvre femme. Ou porte à environ 9,000 le nombre de ceux qui perdirent la vie en cette occasion, tant hors de la ville que dans son intérieur. Ceux qui refusaient de prêter serment de fidélité aux Gantois , étaient mis à mort par Ackerman , lieutenant d'Ârtevelde (1882). Trois portes de Bruges furent détruites , et les fossés comblés. Le butin fut immense : pendant cinq jours de suite la Lys fut couverte de bateaux et les chemins de chariots, qui transportaient les objets pris sur les Brugeois. Ce fut alors que le Dragon doré , placé sur notre Beffroi , leur fut enlevé. Après cette victoire , toute la Flandre passa sous la domination des Gantois, et d'Ârtevelde,, retournant de Gourtrai à Gand , obtint du sénat les honneurs du triomphe. Il fut proclamé Père et libérateur de la patrie. Ne se laissant pas éblouir par un vain étalage de pompe et de somptuosité , il s'adressa au roi de France encore mineur, pour qu'il voulut bien être le médiateur entre le comte et les Flamands. Mais il fut reçu avec dédain, et son envoyé fut même mis en prison» Voyant

SUR GAîïD. 4^

que tous les moyens d'accommodement avaient échoué , il conclut contre les Français , une alliance avec le roi d'Angleterre Richard. Une armée française, comptant dans ses rangs un corps nombreux de nobles flamands qui avaient émigré , et auxquels par crainte de trahison, on avait défendu de parler flamand sous peine de mort, entra en Flandre avec le jeune roi, et après quelques succès vint camper à Roosbeke , village considérable à trois lieues de Gourtrai. Artevelde , malgré l'avis de ses meilleurs généraux , quitte Audenarde qu'il assiégeait, et vient à la rencontre des Français avec 40,000 hommes. Avant d'engager le combat il dit aux siens : « Je vous défends sous )> peine de mort, de donner de quartier à pérît sonne , excepté au roi : c'est un enfant qui )> va où on le conduit, nous le mènerons à » Gand avec nous, pour qu'il apprenne à par- » 1er flamand ». Les troupes du dictateur étaient des soldats d'élite, robustes, supérieurement équipés, et résolus à vaincre ou à mourir. Il les plaça sur une colline qui n'était pas assez spacieuse, et, étant persuadé de vaincre son ennemi, il avait néglige de garnir, les ailes, et

les derrières de son armée. Les Flamands firent des prodiges de valeur- mais sans ordre et tellement serres qu'ils ne pouvaient agir sans blesser leurs camarades ; environ 20,000 d'entre eux périrent; moins tue's par l'ennemi que suffoques par leur propre nombre. Après la bataille, on chercha le corps d'Àrtevelde , et un soldat flamand blessé le montra au milieu d'un monceau de Gantois , qui avaient trouvé la mort en le défendant. Il respirait encore : le roi ayant contemplé quelque temps la figure du dictateur de la Flandre , le fît emporter, et on ne sut plus ce qu'il devint. On voulut ensuite panser les blessures du soldat qui avait montré le corps d'Artevelde \ mais il refusa de survivre à son général.

Toute la Flandre, à l'exception de Gand, se soumit au comte. Il envoya des députés aux Gantois pour traiter avec eux : <c Non, nous )> ne le reconnaissons plus pour notre souve- » vain, répondirent ceux-ci , il est notre tyran, » Résolus de tout souffrir et de tout oser, nous )) lui déclarons une guerre à mort, et s'il rein vient encore dans notre ville, ce ne sera que » pour y régner sur des cendres et des coda*

SUR GATs'D» 4?

» ». Soutenus par les Anglais, les Gantois ayant à leur tête Ackerman , qui avait succédé à Philippe d'Artevelde, s'emparèrent pendant la nuit de Damme et y firent un riche butin. Ackerman, plus poli qu'on ne l'était ordinairement dans ce temps où la guerre se faisait avec férocité , invita à un festin plusieurs dames nobles qu'il avait trouvées dans la ville, et leur dit : « Quoique les vôtres ne » ménagent point nos femmes et nos filles Je » n'imiterai point leur exemple et je veux vous )> protéger, comme mes propres enfans ». Et en effet, il ne tarda pas à les renvoyer à leurs parents. Afin de soutenir son parti, Ackerman fit nommer capitaine des Gantois Baudouin de Eyche, connu par la haine qu'il portait au prince et à la noblesse.

Philippe-le-Hardi désirant mettre un terme à cette guerre malheureuse , se servit du chevalier Jean van Heyle, citoyen aussi vertueux que vaillant, jouissant d'une grande influence. Cédant à ses sages conseils, les Gantois envoyèrent à Tournai des députés au duc ; mais admis en sa présence , ils refusèrent de fléchir le genou. Le prince irrité allait les ren-

voyer sans les entendre, quand son épouse et la duchesse de Brabant se jetèrent à ses pieds, et lui demandèrent grâce pour son peuple de Gand. Il céda à leurs prières , pardonna tout aux Gantois et confirma leurs privilèges. Ceuxci jurèrent à leur prince une fidélité éternelle et renoncèrent pour toujours à l'alliance des Anglais (i385).

Van den Bossche voyant que la paix était assurée, et que sa vie courait de grands risques, à cause des haines particulières qu'il s'était attirées , partit pour l'Angleterre où il fut très- Lien reçu du roi , et ou il vécut riche et honoré. Il n'avait pu persuader à François Ackerman de suivre son exemple. Un jour que celui-ci marchait sans armes et sans suite , il fut rencontré à la porte de S^-Pierre, près du cimetière, par un bâtard du sire de Harselles qui tomba sur lui, et le tua d'un coup de mousqueton, en lui criant : « A la mort François, )) vous avez fait mourir mon père! »

Malgré tous les troubles qui avaient agité Gand pendant le XIVe siècle, cette ville n'avait rien perdu de sa prospérité. L'on rapporte qu'au commencement du XVe siècle, le nom-

bre des métiers des ouvriers travaillant aux étoffes de laine, montait à 40,000, en y comprenant les tisserands en toile. Les ouvriers en laine surpassaient de beaucoup les autres. En temps de guerre, ils fournissaient jusqu'à 18,000 hommes tirés de leurs corps.

La commune de Gand jouissait d'une teUe réputation à l'étranger qu'en 1402 des difficultés s'étant élevées entre Albert de Bavière, comte de Hollande, et la ville de Hambourg , les partis élurent pour arbitres de leurs contestations les échevins de Gand.

A cette époque, les maisons de la ville étaient pour la plupart encore bâties en bois. Un chapon ne valait que trois gros ou six Kards de Flandre, et pour cette même somme un curé chantait une messe. Ainsi que dans quelques parties de l'Allemagne, pendant les premiers jours du mariage, l'épouse portait une couronne de fleurs, et l'époux un chapeau orne également de fleurs et de rubans. Ces couronnes se nommaient bruut-croenen, et ces chapeaux bruut-Jweden.

En 1424 on construisit la porte de l'Hôpital Spitael-Poorte, non loin de l'endroit où est

5o NOTICE HISTORIQUE

aujourd'hui situé la porte d'Anvers. Elle fut démolie en i54o, lorsque l'on construisit la citadelle.

En i43o on rebâtit la porte dite de Heuver- Poorte (la porte de la Colline) ; on la reconstruisit pendant les troubles des calvinistes, en y employant les matériaux provenant des démolitions du monastère de S.t-Pierre.

En 1 435, Philippe-le-Bon, comte de Flandre, ayant fait la paix avec Charles VII, roi de France, l'aida à chasser les Anglais de ce royaume. A cet effet, il alla, suivi d'une armée de 3 0,000 flamands dont 16,000 Gantois, assiéger Calais. Mais l'armée flamande, ennuyée de la longueur du siège, se retira et Philippe courut les plus grands dangers. De retour dans leur ville , les Gantois mirent à mort leur grand doyen Jacques de Zaghere, par les ordres duquel ils avaient abandonné Philippe-le-Bon.

En 1437 les Gantois toujours en guerre avec les Brugeois qui s'étaient de nouveau soulevés contre le bon duc Philippe, élurent trois nouveaux capitaines , Gillis de Grandemes ou G r avenue s ; Daniel Bruusch et Lié vin de Clercq, qui était tisserand.

SUR GA1ND. 5l

Les députés des confréries de cinquante-huit villes se réunirent à Gand en i43g; pour le jeu de l'arbalète : les prix consistaient en six vases d'argent (i).

Les Gantois jouissaient toujours de leur liberté avec une turbulence qui souvent la détruit. Philippe-le-Bon, qui pendant toute la durée de son règne chercha toujours à étendre ses prérogatives, demanda en un impôt de 18 sous parisis sur chaque sac de sel. Les Gantois rejetèrent cet impôt, ainsi qu'un impôt sur le blé, exigé en i44<> Ils P™ent les armes* « Et croissait et multipliait toujours le pou- » voir des Gantois, dit un ancien auteur, car » le peuple du plat-pays de Flandre, avait » ceulx de Gand en telle ex tinte, par crainte » et par fol amour, que tous accouraient à )> leur aide ». La guerre fut opiniâtre et désastreuse ; le roi de France Charles VII inter-

( i ) Les chambres de rhétorique de Béthune , Werwicke, Gramraont , Arras, Cambrai, Tournai et Audenarde, concoururent pour le prix de déclamation. Audenarde eut le prix en flamand, Tournai

en wallon. „

posa vainement son autorite'. Après que les deux partis eurent exercé leur fureur dans les principales villes de Flandre qui furent prises et reprises tour-à-tour, une bataille sanglante fut livrée dans les plaines de Gavre. Les Gantois s'y battirent avec acharnement contre les troupes du comte , mais ils perdirent à la fin la bataille, et laissèrent plus de i6;ooo hommes ; qui furent tués ou engloutis dans les flots de l'Escaut ( i453). Abattus quelque temps par cette défaite , ils n'obtinrent une paix humiliante, qu'en perdant une partie de leurs privilèges et qu'après que l'abbé de S^-Bavon^ suivi de vingt-cinq magistrats en chemises et de deux mille bourgeois vêtus de robes noires, têtes et pieds nuds, furent venus demander grâce au duc irrité qui s'était avancé jusqu'à une demi-lieue de Gand. Ils furent en outre condamnés à une amende de 400;00(> écus d'or.

En 1 463, cent-quatre-vingts Gantois, sous la conduite du capitaine Hector de Costere, partirent pour aller combattre les infidèles dans la Terre-Sainte. La même année, l'épouse de Henri roi d'Angleterre , vint chercher à Gand un

asyle avec Edouard son fils, et fut accueillie avec les plus grands égards par Philippe.

En i465, les Gantois, qui depuis l'affaire de Gavre étaient demeurés fidèlement attachés au bon duc, lui fournirent quatre-cents hommes, qui, sous la conduite du capitaine Jean van Asselt, dit de Nieuland, partirent pour l'aider à réduire les Liégeois.

Le lendemain de l'inauguration à Gand , àeCàarles-le-Téméraire, en 467, les Gantois qui regrettaient les privilèges qu'ils avaient perdus par le traité de Gavre, courent tous aux armes et en arrachent le rétablissement à ce prince. Mais redoutant bientôt le caractère guerrier et vindicatif de Charles, ils lui cnvoyent à Bruxelles plusieurs magistrats déposer à ses pieds leurs privilèges et les bannières de leurs métiers. Charles pour mettre un terme à ces troubles , leur Ôta le droit de créer la plupart de leurs échevins, confisqua leurs bannières et ne consentit à leur rendre les privilèges dont ils se montraient si jaloux, que moyennant une amende de 36,ooo fL

Peu de temps avant le mariage de Marie de

Bourgogne , fille unique de Charles-le-Térnéraire , qui avait trouvé la mort dans sa guerre injuste contre les Suisses, le fameux Olivier le Daim, dit le Diable, de Thielt, premier ministre de Louis XI, après avoir été son barbier, se rendit à Gand sous le nom de comte de Meulan, pour y opérer une révolution en faveur de ce monarque astucieux. Olivier ayant remis ses lettres de créance à la princesse , en présence de son conseil et des magistrats de Gand , lui dit que sa commission portait expressément de s'expliquer avec elle sans témoins. Le conseil lui fit observer que les lois de l'étiquette et même celles de la décence ne permettaient point qu'il eut un entretien particulier avec cette jeune damoiselle qui était à marier, Olivier insista, les magistrats menacèrent , et le ci-devant barbier se retira tellement confus et chargé de mépris que la populace de Gand proposait de le jeter dans l'Escaut. Il fut pendu en 1484 sous Charles VIII, successeur de Louis XI.

Voyant ses projets avortés , l'artificieux Louis XI réussit mieux une autre fois, en donnant aux députés Gantois des lettres dans les-

SUR GAîïD. ^5

quelles Marie avouait elle-même régler sa conduite, non d'après l'avis des Etats, mais uniquement d'après les conseils de ses deux ministres le seigneur d'Imbercourt et le chancelier Hugonet. Les députés munis de la lettre fatale reparaissent furieux à Gand, et la présentent en plein conseil à Marie et à ses deux conseillers. Arrêtés la même nuit, et condamnés peu après à mort, ces deux infortunés seigneurs n'eurent que trois heures pour s'y préparer. En vain la jeune princesse descendit aux prières les plus humiliantes pour les arracher au trépas, ils furent décapités en 14.77 presque sous ses yeux, sur un échafaud dressé au milieu de la place S.te-Pharaïlde (Marché-au-Poisson). Se voyant ensuite attaqués ouvertement par le roi de France, les Gantois comprirent qu'il était temps de donner Marie à un prince qui put défendre le bel héritage de la maison de Bourgogne. Ils se décidèrent enfin pour l'archiduc Maximilien, fils de Frédéric III, empereur d'Allemagne. Ce mariage, fut célébré à Gand la même aimée, avec une pompe vraiment royale, et fit passer les Paye-Bas sous la maison d'Autriche. Il fut la source des guerres

qui régnèrent pendant tant d'années entre cette puissance et la France; il produisit la grandeur de Charles -Quint; il mit l'Europe entière sur îe point d'être asservie ; et tous ces grands événemens arrivèrent, remarque un auteur célèbre , parce que les Gantois s'étaient opiniâtres à vouloir marier leur princesse. Marie mourut jeune à Bruges, d'une chute de cheval et laissa deux enfans encore en bas âge, Philippe et Marguerite. Philippe, marié plus tard à Jeanne, infante de Cas tille et d'Àrragon, fut le père de Charles-Quint (i).

En 1482, Maximiîien ayant été reconnu tuteur de ses enfans, la Flandre seule s'y opposa. Les Gantois s'emparèrent de la personne du jeune Philippe, âgé de quatre ans, lui donnèrent des tuteurs et firent administrer le pays en son nom. Ils étaient commandés alors par trois capitaines renommés pour leur bravoure, Jean van Eersele , Pieter Ghyselins et Jean

(f) La même année plusieurs magistrats de Gand, accusés de péculat, furent condamnés, les uns au dernier supplice, les autres à l'exil.

Cluys. Ils soutinrent même la guerre contre Maximilien, qui entra enfin dans leur ville en i485, par le moyen du grand doyen , nommé Mathys Pedaert, qui jouissait de beaucoup de crédit sur l'esprit de ses concitoyens. Les Allemands qui accompagnaient le prince brûlaient du désir de piller la ville; mais Philippe de Clèves lui représenta qu'en détruisant Gand, il perdait la fleur et la perle de tous ses pays.

En i488; les Flamands s'étant de nouveau soulevés contre l'archiduc Maximilien, qui continuait à conserver des troupes étrangères en Flandre, et accordait, au détriment des indigènes, des places aux étrangers, l'empereur Frédéric entra en Belgique avec une armée formidable et vint mettre le siège devant Gand. Les bourgeois de cette ville , ayant à leur tête Philippe de Clèves , et Adrien Vilain,^ se défendirent si courageusement que Frédéric après avoir ravagé les campagnes d'alentour , fut forcé de se retirer honteusement. Mais quoique vainqueurs, les Gantois n'en furent pas ' plus heureux : une peste cruelle enleva cette même année plus de quarante mille d'entre eux, et cette guerre malheureuse fut terminée

l'année suivante par le traité de paix conclu à Francfort , entre Charles VIII et Maximilen.

Philippe-le-Beau et son épouse Jeanne , font leur entrée solennelle à Gand, en 1496.

Le 25 février de l'année 1 5oo, Charles-Quint naquit à Gand, dans le palais nommé la Cour des Princes. Le bâtiment où il est né est habité aujourd'hui par MM. Coppens et Cappart.

Jeanne d'Arragon sa mère, à qui l'amour conjugal avait inspiré une jalousie qui dégénérait par fois en folie, voulut, afin d'observer la conduite de son époux, Philippe-le-Beau, assister à une grande fête donnée au palais» Quoique touchant au dernier terme de sa grossesse, elle y parut magnifiquement parée. Elle sortit au milieu du bal pour satisfaire à quelque besoin, et ses dames d'honneur ne la voyant pas revenir la cherchèrent partout et la trouvèrent seule dans un lieu d'aisance, au milieu des douleurs de l'enfantement. Secourue à temps, elle donna heureusement naissance à un prince. Ce petit cabinet à l'existence duquel on ne croyait plus et que j'ai retrouvé, à l'exacte description qu'en donne Van der Vinckt, fut embelli quelques années

après la naissance de Charles. En 1769 on y voyait encore, sur les murailles, des Las-reliefs représentant les plus belles actions de cet empereur. Il n'y a pas long-temps que le rabot a fait disparaître les armes impériales qui se trouvaient sur les portes voisines qui sont encore les mêmes, et l'endroit où est né le plus grand prince qui ait régné depuis Charlemagne , sert à renfermer aujourd'hui les vieux rouages d'une machine à filer le coton. Un erave Espagnol eut la curiosité de visiter ce bâtiment en i8*fo il fat fort scandalisé de voir que la chapelle particulière de Charles- Quint et de son fils Philippe II, avait été convertie en une filature de coton qui occupe les bras d'une centaine d'ouvriers. Une autre tradition, adoptée par plusieurs personnes tresinstruites, rapporte au contraire que Jeanne la folle au dernier terme de sa grossesse, s echappa non seulement du salon, mais même de l'ancien palais de la Cour des Princes; et qu'elle mit Charles au monde dans une maison de la rue de Brahand (Brabamldam) qui portait encore naguères pour enseigne un globe renversé, surmonté d'une croix.

Charles V fut baptisé le cinq mars, dans l'église de S.t-Jean, aujourd'hui S.*-Bavon. Il reçut à cette occasion le titre de duc de Luxembourg, et le collier de l'ordre de la Toison d'or. Il fut promis en mariage la même année à la fille de Louis XII. Sa naissance avait été célébrée à Gand, par de grandes fêtes et des réjouissances publiques. Entre autres divertissemens, on avait établi une galerie de cordages dont l'extrémité aboutissait d'un coté au sommet de la tour de S. 4 -Nicolas, et de l'autre à celui du Beffroi. Pendant plusieurs jours, on fit des promenades aériennes dans cette galerie d'un genre aussi singulier que nouveau (i).

(i) Marguerite, tante de Charles-Quint vient à Gand en i5oy et prend les rênes de l'état. L'année suivante l'empereur Maximilien accompagné de son petit-fils , fit son entrée solennelle en cette ville et le

chevalierBaudouinBorluut sortit vainqueur dans tous les tournois.

L'empereur Maximilien étant mort, Charles V est proclamé empereur romain ; il arrive d'Espagne à Gand en 1 5 19 avec son frère Ferdinand, et il est reçu par le peuple avec les démonstrations de la joie la plus

vive.

SUR GA3D. 6ï

L'art de l'imprimerie fut importé à Gand , yzrJrendde Keyser. Son fils Pieter de Keyser, qui selon la coutume du temps avait latinisé son nom et s'était appelé Petrus Cœsar, demeurait en i5i6 sur le Sablon, probablement dans la maison de son père (i).

Christierne II, roi de Danemarck, époux d'Isabelle, sœur de Charles -Quint, avait été surnommé le Néron du nord, à cause de sa barbarie et de sa cruauté. Le premier magistrat de Jutland, appelé Mons, osa lui porter courageusement dans son palais l'acte par lequel ses sujets le déclaraient déchu de l'empire. Le tyran haï et abandonné de ses propres officiers, vint en i52 5 se retirer au château de Zwynaerde, près de Gand, où il resta jusqu'en i53«2. Ayant perdu son épouse, il eut la hardiesse de se présenter enDanemarck, où il fut pris et mourut en prison.

Dès l'année 1 52 o la doctrine de Luther avait déjà pénétré dans les Pays-Bas, où elle était

(i) En iû22, on vendit pour ïa première fois à Gand, la bière dite Crabeleere; avant ce temps on ne faisait usage que de petite-bière,

6l NOTICE HISTORIQUE

apportée par des ne'gocians et les militaires à la solde de l'empereur. Le livre de Martin Luther fut brûlé publiquement au marché du Vendredi , en 1 52 1 . Ignorant que l'effet des persécutions est infaillible et que le sang des martyrs engendre des prosélites , Charles voulut anéantir la nouvelle religion par des édits sévères. Ce fut en vain qu'il lança contre elle quinze édits de i52o à i55o. On parla pour la première fois de M Inquisition dans celui de 1 529. En voulant l'introduire dans les Pays-Bas, Charles s'aliéna le cœur des Belges ; et jeta le premier brandon d'une insurrection qui éclata avec fureur sous le règne de son fils, le cruel Philippe II , et priva pour toujours l'Espagne de ses plus belles provinces. Il est à remarquer qu'à la diète d'Augsbourg , où les réformés présentèrent à l'empereur leur fameuse profession de foi connue dans l'histoire sous le nom de Confession oVAugsbourg , l'empereur leur donna sa parole de Charles qu'il respecterait leurs maximes et l'exercice de leur culte. Ce fut en i53o que Charles- Quint commença à Gand , l'exécution de ses édits contre les hérésies. Cette année Joos de

Baclcere, chevalier de Jérusalem , et peu après Alexandre Huyberechts, furent condamnés à périr par le feu sur le Marché- au- Vendredi; d'autres furent décapités.

En 1 53 1 , Charles V porta un édit par lequel il ordonna de former des sociétés ou confréries, ayant pour objet de soulager la misère et de réprimer la mendicité. Il voulut aussi que l'on soignât l'éducation des enfans des pauvres , en les faisant instruire dans les principes de la religion et en les obligeant à apprendre un métier. Ce fut alors qu'il institua une corporation de onze personnes recommandantes , et qu'il nomma Chambre des pauvres. Ainsi qu'aujourd'hui, on avait assigné pour lieu de réunion aux membres de cette Chambre^ une maison située au coin du Marché-aux-Poulets et tenant à la maison de ville. Charles-Quint abandonna à la Chambre des pauvres, tous les détails et les moyens d'exécution. Cette institution philantropique fait plus d'honneur à Charles, que ses plus vastes conquêtes. Elle est d'autant plus digne d'éloges, que nous ne croyons pas que dans aucune partie de l'Europe, il en existât alors de semblable. 6,

Le florentin Guiccardin, qui visita la Flandre en 1 535, nous a laisse' dans son langage naïf, la description suivante de Gand, à cette époque : ce Cette ville est forte et très-belle, et une des plus grandes de V Europe, ayant de très-amples faubourgs et telle que plusieurs la disent être semblable et se rapporter à la magnifique et populeuse cité deMilan... Qui prendra la mesure par dehors, y aura plus de ï o milles, qui font un peu plus que trois lieues: mais elle est vague au dedans, en aucunes

contrées En l'enclos des murs de Gand, on

voit jusqu'à vingt- six islettes; outre ce, vous* y voyez nouante et huit grands ponts ( sans mettre en compte les petitz qui sont en nombre infiny). Il y a six moulins principaux à eau, et plus de cent à vent. Tant églises grandes et petites, que monastères et hospitaux et autres lieux saintz, le nombre en vient jusqu'à cinquante-cinq. En cette ville, on use d'une grande piété et bon ordre pour dresser les écoles, et estudes pour l'entretien et nourriture d'un grand nombre de pauvres, qui sont enseignés aux dépens de la ville. On nourrit aussi en cette ville pour parade de grandeur

et de magnificence, des lyons, des ours, loupscerviers et autres bêtes cruelles et farouches, d'estranges contrées. Les Gantois sont fort civils, grands politiques, sévères et adonnés à la guerre. Soit pour les armes, soit pour les lettres , il y a eu en tout temps en cette ville des hommes remarquables et valeureux, et tels que si je les voulais déduira tous, je seroy trop long en mes discours. »

Il y avait en iSS^ une telle quantité de lépreux à Gand, que leur hôpital situé rue Haute, ne put les alimenter, et Ton se trouva dans la nécessité de leur accorder la permission d'aller mendier leur pain dans les rues. On leur remit un chapeau, une écuelie de bois, une pique, une boîte de fer et une sonnette, leur défendant d'entrer clans les maisons des particuliers, afin de ne pas propager la maladie. Ce terrible fléau parut enfin cesser vers

La gouvernante des Pays-Bas , Marie , sœur de Charles V, et reine douairière de Hongrie, ayant reçu au commencement de l'année 1 539, l'ordre de lever une taxe extraordinaire de douze cents mille florins , pour soutenir la guer-

re contre la France, les Gantois qui faisaient alors avec cette puissance un commerce trèsétendu et très-lucratif, refusèrent d'y donner leur consentement, et alléguèrent pour motif que d'après les privilèges accordes par les ancêtres de l'empereur, et dont l'empereur avait lui-même juré le maintien, on ne pouvait imposer aucune taxe à leur ville, à moins qu'ils n'y eussent consenti d'une manière expresse» N'étant point disposés àlaisser échapper de leurs mains un privilège aussi important, mais voulant néanmoins montrer leur condescendance envers leur souverain, ils lui firent offrir un certain nombre d'hommes montés et équipés à leurs frais , et la gouvernante accepta leur offre avec empressement. Mais pour les forcer à payer la somme exigée pour la quote-part de Gand, elle fit arrêter à Bruxelles, à Malines et à Anvers , tous les négocians Gantois qui se trouvaient dans ces villes. Ces violences ne firent qu'irriter davantage des hommes agités par toutes les passions fougueuses qu'inspirent le ressentiment de l'oppression et l'amour de la liberté. Ils envoyèrent, mais en vain, à Bruxelles leur pensionnaire Liévin Blomme> pour

demander la liberté de leurs concitoyens, et annoncèrent à la gouvernante que des députés allaient trouver l'empereur en Espagne pour lai exposer toute l'affaire. Charles reçut les envoyés Flamands avec une hauteur qu'ils n'étaient pas accoutumés à rencontrer dans leurs anciens maîtres , et les renvoya au grand conseil de Malines, composés de juges amovibles à son gré. La prétention des Gantois y fut jugée mal fondée.

Désespérés de voir ses droits trahis par une cour de justice qui aurait du les protéger et respecter les privilèges de la Flandre , le peuple se porta à des excès que rien ne saurait excuser. Il courut aux armes de toutes parts > chassa de la ville tous les nobles qui y étaient venus fixer leur résidence , emprisonna les officiers de l'empereur, et. appliqua à la question le grand doyen Liévin Pyn, accusé d'avoir soustrait ou déchiré le registre qui contenait le titre d'exemption. Les chartres et les privilèges de Gand , étaient gardés soigneusement dans un endroit voûté du Beffroi. La garde en était confiée à treize échevins qui allaient les consulter dans les affaires difficiles et majeures. Ce

dépôt avait beaucoup de ressemblance avec celui du livre des Sybilles à Rome. Les Gantois y attachèrent toujours une grande importance, et en étaient si jaloux , qu'il était souvent dangereux d'y avoir accès.

Pyn fut mis en jugement et condamné à mort par les échevins, le 28 août, après avoir souffert avec une grande constance les tourmens de la torture. Il était dans un état si pitoyable, que ne pouvant se tenir de bout, il fut décapité assis sur une chaise. Les bourgeois de Gand nommèrent ensuite un conseil pour soigner leurs affaires, firent réparer leurs fortifications et levèrent ouvertement l'étendard de la révolte. Ne se sentant pas assez forts pour résister seuls à un prince aussi puissant et aussi redoutable que Charles V, ils députèrent quelques-uns d'entre eux à François I, pour lui offrir de le reconnaître comme souverain de la Flandre , et l'aider à reconquérir toutes les provinces qui avaient appartenu autrefois à la couronne de France. Mais le monarque Français passionné pour tout ce qui portait la moindre apparence de générosité, et quoique trompé depuis long-temps au sujet du Mila-

nais parles promesses captieuses de Charles, fit non-seulement une réponse mortifiante aux Gantois , mais encore par un raffinement de générosité peu louable ; il fit part à l'empereur de leurs projets et de leurs mesures. Charles, que la gouvernante pressait de se rendre en Belgique, envoya à Paris son premier ministre pour demander à François la permission de passer par ses états , lui promettant qu'il lui donnerait enfin le Milanais. Connaissant le caractère de son rival, il traversa la France avec un cortège brillant, d'environ cent personnes. La confiance d'un homme de mauvaise foi , dit un auteur moderne, est un bel hommage à la loyauté de sa dupe.

Cependant les malheureux Gantois manquant de chef capable de les commander , abandonnés de la Fi ance qui les avait trahis , et de leurs compatriotes , furent hors d'état de résister à leur souverain irrité, qui s'avançait d'une manière menaçante à la tête de trois corps d'armée. Ouvrant enfin les yeux sur la démarche où leur zèle téméraire les avait emportés , ils envoyent des députés à l'empereur pour implorer sa clémence. Celui-ci leur

70 KOTICE HISTORIQUE

répond avec hauteur qu'il ne paraîtra au milieu d'eux que comme un souverain, le sceptre d'une main et le glaive de l'autre. A la tête de deux régimens Allemands et de 1 5oo cavaliers, accompagne' de la gouvernante et d'un grand nombre de seigneurs , il ne voulut faire son entrée à Gand, que le 24 février 1 5/fO, jour anniversaire de sa naissance. Mais il n'en éprouva pas davantage pour sa ville natale ces sentimens d'indulgence et d'attachement que l'on éprouve d'ordinaire pour les lieux qui nous ont donné le jour , et où nous avons reçu notre première éducation. A peine entré , il ordonna de fermer les portes de la ville, y fit mettre une forte garnison et convoqua ses conseillers et les chevaliers de l'ordre de laToison-d'Or. Au rapport de l'historien espagnol Strada, Charles délibérant sur la punition qu'il fallait imposer aux Gantois > demanda à ce sujet l'avis du féroce duc d'Albe, qui voyait pour la première fois la Belgique , dont il devait devenir le bourreau quelques années plus tard. Celui-ci lui répondit qu'il fallait détruire la ville de Gand de fond en comble. Charles le fit alors monter sur le Beffroi, pour examiner de là l'étendue

SUR G AND» Jl

de cette immense cité. Quand ils en furent descendus , l'empereur demanda à son général combien il croyait qu'il fallait de peaux d'Espagne pour faire un gan t de cette grandeur? Le duc ne répondit rien, s'apercevant bien que le prince avait été choqué de l'inhumanité de sa réponse.

Cependant l'empereur fit juger les Gantois» En sa présence l'avocat fiscal exagéra longuement leurs délits , rejeta leurs prétentions, et une sentence déclara la ville de Gand coupable au premier degré du crime de lèze-majesté. Vingt-six des principaux citoyens eurent la tête tranchée sur la place de S.te-Pharaïlde (Marché-au-Poisson) , un plus grand nombre fut banni ; les magistrats , trente des citoyens les plus distingués , les doyens de chaque corps de métier, en robe noire, tête et pieds nuds, ainsi que cinquante crésers (sans doute des hommes de la lie du peuple) furent condamnés à venir publiquement et la corde au cou, demander à genou, pardon à la gouvernante et à l'empereur. Les magistrats furent en outre condamnés à porter pendant tout le temps de leurs fonctions la corde au cou, dans toutes

h 2 NOTICE HISTORIQUE

les cérémonies publiques. Mais ils changèrent bientôt en ornement ces marques humiliantes^ et remplacèrent la corde par un riche cordon de soie qu'ils portaient en écharpe. Cet usage a subsisté jusqu'à notre révolution de 179^ Un ancien poète y fait allusion dans les vers suivans , où il passe en revue les six principales villes de la Belgique :

Nobilibns Bruxella viris , Antwerpia nummis, Gandavum laqueis, formosis Bruga puellis : Lovanium doctis , gaudet Mecklinia stultis.

Par cette même sentence Charles-Quint fît démolir la plupart des fortifications de sa ville natale , et confisqua à son profit y tous les privilèges des Gantois , leurs immunités, leurs biens, leurs revenus , leurs canons , leurs armes et mêmes les cloches qui avaient joué un rôle trop bruyant pendant l'insurrection.

En parcourant un manuscrit précieux qui contient la liste et le prix des objets confisqués, on est étonné de la somme énorme que cette confiscation rapporta à l'empereur. Quoique plusieurs corps de métiers, les poissonniers , par exemple , aient eu la précaution de cacher leurs

SUR GATïD* 7 3

registres et la plus grande partie des objets qu'ils possédaient , nous trouvons que la vente des biens confisqués produisit la somme de 468476 livres , 1 esc. et 11 deniers. Tous les biens de ceux qui furent condamne's à mort et au bannissement, furent de même vendus au profit du fisc. La vente de ceux de l'avocat Simon Borluut , l'un des vingt-six qui périrent par le glaive , rapporta 3666 livres et 5 deniers , somme exorbitante pour ce temps là.

Ce fut le 12 mai 1 54 o que Charles -Quint fit poser en sa présence la première pierre de la citadelle , sur l'emplacement de l'abbaye et de l'ancien quartier de S.t-Bavon, quartier qui renfermait plus de huit cents maisons. La construction en coûta 1 1 4,534 liv. 5 esc. et 5d. Les Gantois furent en outre condamnés à une taxe annuelle de 6000 fl. pour l'entretien de la garnison. On prit dans la plaine qui s'étendait depuis le Pas-Brugge jusqu'à la porte d'Anvers et qui ne renfermait alors que quelques maisons ? la terre dont on avait besoin pour les remparts. Ce fut vers l'an 1775 que l'on construisit sur cette plaine les maisons que

n£ NOTICE HISTORIQUE

l'on y voit aujourd'hui. Charles donna entre autres aux chanoines de Saint-Bavon , par forme de dédommagement , environ deux tiers de la somme provenant de la vente des biens confisqués des Gantois. Ce fut alors que l'église de S^-Jean, où fut transféré le chapitre collégial, prit le nom de S.t-Bavon.

Charles avait saisi avec empressement cette occasion de faire respecter son autorité par les peuples des Pays-Bas et de supprimer leurs privilèges qui avaient porté leur commerce à un si haut degré de prospérité , mais qui mettaient à l'autorité impériale des entraves qu'il souffrait impatiemment. Les Gantois étaient en droit de refuser le subside demandé par Marie; mais l'emprisonnement illégal de leurs négocians fut en grande partie la cause des excès auxquels le peuple s'adonna.

La ville de Gand qui ne devait qu'à la liberté dont elle avait joui jusqu'alors sa prospérité et sa richesse, reçut un coup mortel par cette condamnation fatale. Il est vrai qu'elle usait quelquefois mal de sa liberté; mais il n'était pas plus permis de l'en dépouiller qu'il ne l'est de voler un avare. Cependant son commerce

fut encore très - considérable , et l'on continua à y confectionner des draps, des serges, des tapisseries, des bougrans, des futaines, des ostades et autres étoffes semblables.

Paul et Gillis Houclcaert, renommés par leur érudition, demeuraient en i55o sur le sablon (den Sand-Berg). Ce furent eux qui enseignèrent les langues latine et grecque à l'historien Marchantius, ainsi qu'à notre premier évêque Jansenius. Celui-ci ayant pris possession de son évêché, alla occuper sur cette montagne un bôtel marqué aujourd'hui n.° i. Notre premier évêque François FallotdeBeaumont fut d'abord logé sur la même montagne, dans la maison qui porte le n.° 16.

En i554 les écheyins de la ville de Gand, donnèrent à un particulier nommé Gillis Boekstaele la permission d'ériger dans le Ham, près la porte d'Anvers, une fabrique de poudre à fusiL Ce fut sans doute la première fabrique de ce genre qui fut établie en cette ville.

Charles-Quint, voyait sa santé s'affaiblir de jour en jour, surtout depuis les revers qu'il avait éprouvés devant la ville de Metz, où son armée fit des pertes immenses. Ce fut à cette

fj(y NOTICE HISTORIQUE

occasion que cet empereur , si célèbre par ses bons mots, dit qu'il s'apercevait bien que la fortune était femme , et qu'elle -préférait les jeunes gens aux vieillards. Il avait adopté pour devise plus ultra; le revers essuyé devant Metz, la lui fit changer et il ajouta le mot non, non plus ultra. Dégoûté des grandeurs de ce monde , il résolut enfin d'abdiquer la couronne impériale qu'il avait portée avec tant de gloire , et ayant convoqué les états-généraux des Pays-Bas à Bruxelles, il s'y rendit accompagné de son fils et d'une suite nombreuse et brillante. Revêtu de tous les signes de la royauté, l'empereur dans cette auguste réunion, appuyé sur le prince d'Orange, prononça le 25 octobre i555, un discours français où il rappela avec noblesse , mais sans fierté , les actes de son gouvernement et les motifs qui l'engageaient à abdiquer. Puis se tournant vers son fils Philippe II , il lui dit en achevant son discours, « Si je vous laissais par ma mort un si î> riche héritage, j'aurais sans doute quelques 3> droits à votre reconnaissance. Mais aujour- » d'hui que je vous Fabandonne librement, » que je m'empresse de mourir pour vous en

}> laisser plutôt la jouissance; je vous demande n que vous donniez au soin et à l'amour de ce » peuple ce que vous me devez. D'autres prin- » ces se réjouissent de pouvoir laisser à leurs w enfans une couronne qui leur échappe , moi )> je veux goûter ce bonheur pendant ma vie, )) je veux vous voir régner par moi. Peu de )> souverains imiteront mon exemple, peu me )> l'ont donné , mais on ne louera ma conduite, » que lorsqu'on verra que vous étiez digne )> d'une telle confiance... Puisse le ciel vous » donner un fils, auquel vous puissiez trans- » mettre aussi votre puissance sans y être » forcé ! )> Pendant cette imposante cérémonie l'hypocrite Philippe fondait en larmes. Bien différent de son père qui parlait le Flamand et le Français, et disait qu' un homme doublait son existence en apprenant une langue étrangère, Philippe ne savait et ne voulait savoir que l'Espagnol. Le fameux cardinal de Granvelle, évêque d'Arias, répondit pour lui en français , qu'il gouvernerait les Belges selon leurs lois et leurs privilèges. Mais l'indigne fils de Charles, dont la jalousie constituait le fond .du caractère , couvait déjà dans le fond de son

cœur , les projets sanguinaires qui devaient pendant quatre-vingts ans répandre la désolation et le deuil dans nos belles provinces.

L'année suivante Charles V sur le point de partir pour l'Espagne, et ressentant déjà toutes les infirmités qui sont la suite ordinaire d'une vie active et laborieuse, se fit transporter à Gand dans une litière , et vint avec ses deux sœurs et son fils, loger de préférence dans le bel hôtel de Wackene, dont la façade était tournée à la fois vers l'ancien château des comtes de Flandre, la Cour du Prince, où il était né, et la porte de la Poterne (vulgairement porte d'j4$sauâ)} l'une des habitations des comtes de Flandres. Il est probable qu'après avoir déposé le poids de la couronne, il voulut porter pour la dernière fois ses regards sur les palais habités par ses heureux ancêtres , et leur dire un éternel adieu. Cet hôtel, situé sur la place du Marais (den Poel) , ainsi nommée à cause d'une ancienne mare qui s'y trouvait, fut élevé par le seigneur de Wackene, et reçut le nom de Cour de Wackene (het Hof van Wackene). Vers l'année i55o il échut en succession à Adolphe de Bourgogne ; grand-;

bailli de Gand , et Ton s'accoutuma dès cet instant à l'appeler la Cour de Bourgogne. Le prince d'Orange y logea le 29 décembre 1 577, lorsqu'il vint à Gand pour pacifier les malheureuses factions qui déchiraient cette ville. Il passa de la famille de Bourgogne, dans celle des Van der Noot, barons de Kieseghem. La belle et élégante façade que nous admirons aujourd'hui ne date que du siècle dernier.

Charles-Quint arrivé en Espagne, se retira au monastère de S.*- Juste, dans l'Estramadure, ou il ne s'occupa plus que de la culture des fleurs , des arts mécaniques et des pratiques monastiques. Accablé de goutte, il tomba dans une espèce de démence , et se sentant attaqué de la fièvre, il se plaça dans un cercueil, se fit porter à l'église, où il ordonna de célébrer ses funérailles avec toutes les prières et les cérémonies en usage pour l'aine de ceux qui ont cessé d'exister. Après le service des morts, il fut également reporté dans son cloître, avec toute la pompe, employée pour la sépulture, et y mourut le lendemain 21 sep» tembre i558.

La Flandre, quoique épuisée par des sacn*

fîces qui se renouvelaient chaque année , pour soutenir les guerres glorieuses du plus grand capitaine de son siècle , était encore à l'instant de la mort de Charles-Quint , dans un état prospère. Cet état de prospérité et de richesse était dû à l'indépendance du commerce , et à cette liberté civile et religieuse qui est la base et la garantie de toutes les spéculations et de toutes les entreprises commerciales. La confiance qui régnait encore, alimentait et soutenait le travail, et jetait les semences de grandes fortunes. La Flandre venait d'atteindre son plus haut degré de gloire et de bonheur. L'industrie et l'abondance avaient élevé le génie de ces simples bourgeois , ennobli leurs inclinations et cultivé leur esprit. L'égalité d'ame, la tempérance, une patience à toute épreuve, présent des climats septentrionaux; la sincérité, la justice, la bonne foi, vertus nécessaires à son commerce et fruits agréables de l'heureuse liberté dont on jouissait ; la véracité , la bienveillance et l'amour de la patrie , tempéraient les défauts attachés à l'humanité. Nul peuple "n'était plus facile à gouverner sous un prince intelligent et sage , nul au contraire ne se pliait plus difficilement

S OR GAND. 8l

aux caprices d'un despote, et ne jugeait plus sainement les actes du gouvernement. Bientôt par l'établissement d'un tribunal redoutable et sanguinaire, nous allons voir disparaître la garantie pour les propriétés, et la confiance bannie de tout commerce. Les sources de notre prospérité seront taries à jamais 5 les liens sacrés du sang et de l'amitié seront brisés , et une défiance contagieuse empoisonnera les plaisirs et la gaité , douces récompenses du travail.

En juillet 155g, Philippe II , se préparant à partir pour l'Espagne arriva à Gand, avec une suite nombreuse, parmi laquelle on remarquait la duchesse et le prince de Parme, le duc de Savoie , les ambassadeurs étrangers, les ministres et toute la haute noblesse des dixsept provinces. Il y passa un mois entier au milieu des fêtes et des divertissemens. Mais la gaîté franche des Flamands ne put dérider le front soucieux du despote Espagnol , ni provoquer un sourire de sa part. Ainsi qu'en i556, il voulut que l'hôtel du comte d'Egmont, situé près de la Bourse, au coin de la rue aux Tripes {de Pem-straete) , n.° lui

8l NOTICE HISTORIQUE

servit de demeure. Cet hôtel avait appartenu d'abord à Jean de Bruges, seigneur de Gruuthuyse, prince de Steenhuyze, etc. Comme il passa ensuite au comte de Fiennes, on le nomma la Cour de Fiennes [îiet hof van Fiennes), et il échut depuis au prince Lamoral , comte d'Egm ont; par succession de sa mère. Le roi célébra dans l'église de S.t-Bavon, avec la plus imposante solemnité, le 23.e et dernier chapitre de l'ordre de la Toison-d'Or, institué à Bruges par Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne , comte de Flandre, pour donner une idée de l'opulence de la Belgique. Les armoiries du fondateur et du chef de l'ordre, ainsi que celles des vingt-six chevaliers présens , se trouvent rangées sur une même file du côté droit en entrant dans le chœur. Ces armoiries ont été renouvelées par le peintre Pierre Van Reysschoot, et placées au-dessous des fenêtres en 1771.

Avant de quitter pour toujours les Pays- Bas , Philippe II avait réuni à Gand les étatsgénéraux , le 2 1 juillet. Assis au sein de la représentation nationale , il dit qu'il avait institué sa sœur Marguerite pour gouverner les états, aussitôt après son départ qu'il fixait

au 26 août , et qui eut lieu à Flessingue. Marguerite était née à Audenarde en i5ii; elle était fille naturelle de Charles-Quint et de Marguerite Van Geest, qui passait pour la plus jolie femme de son temps. L'éclat qui environnait son berceau et l'orgueil de sa mère firent connaître qu'elle était fille de l'empereur. Avec le caractère et l'éducation d'un homme elle était douce et conciliante. Elle se fit chérir des Belges, et il est probable qu'elle serait parvenue seule à étouffer les troubles, si elle n'eut été obligée de partager le pouvoir avec le cardinal de Granvelle, digne ministre de Philippe IL Ce roi témoignait toujours le désir de laisser, au mépris de tous nos privilèges, des troupes Espagnoles aux Pays-Bas, pour y exécuter ses édits sanguinaires. Dans l'assemblée des états-généraux , tenue dans la salle du trône, à la maison-de-ville, il fut obligé d'entendre au milieu d'une corn- brillante et flatteuse, le langage vraiment républicain du syndic de Gand : « Pourquoi notre défense est-elle confiée au bras de l'étranger? peutêtre afin que V univers nous regarde comme des lâches, ou comme dus gens incapables de se

défendre eux-mêmes ? pourquoi avons-nous conclu la paix, si les charges de la guerre pèsent encore sur nous? Aussi long-temps que nous avons eu des ennemis à combattre, la nécessité a suspendu nos plaintes : à présent que la paix nous est rendue, nous ne pouvons cacher notre désespoir. Comment maintiendrons-nous dans le devoir cette troupe indisciplinée, tandis que votre présence même n'a pu y réussir? Voici vos sujets de Cambrai et d'Anvers , qui se plaignent de violences : Thionville et Marienbourg sont dévastés, et certes vous ne nous avez point donné la paix, afin que nos villes se changent en déserts , comme il arrivera nécessairement, si vous ne les délivrez de ces destructeurs. Vous prétendez par leur entremise nous préserver des attaques de nos voisins : cette prévoyance est sage, mais la renommée de votre expédition glorieuse nous préservera encore long-temps de leurs armes* Pourquoi payer à grands frais des étrangers qui ri épargneront pas un pays , que peut-être demain Us devront quitter? vous avez encore à votre service des Belges cour ageux auxquels feu votre père confiait la garde de ses états >

dans des temps infiniment plus orageux pourquoi douter maintenant de cette fidélité qu'ils ont gardée inviolablement à vos devanciers, pendant tant de siècles? ne seront-ils pas en état de soutenir la guerre, jusqu'à ce que vos alliés viennent seranger sous leurs enseignes, ou que vous-même vous leur envoyiez du secours!» Ce langage nouveau pour le roi et qui renfermait des vérités évidentes , le confondit au point qu'il ne pût y répondre de suite : après qu'il se fut remis de son trouble : « Et moi aussi je suis étranger, s'écria-il enfin, neprêfère-t-onpas me chasser entièrement dupays! » En même temps, il descendit de son trône, et le syndic de Gand ne retira aucun fruit de son courage. Deux jours après le roi fit déclarer aux états qu'il ferait retirer les troupes espagnoles des Pays-Bas; mais elles ne les abandonnèrent qu'un an et demi après, parce que les besoins du trône les avaient rendues nécessaires dans une autre contrée.

Elevé sous la férule de fer des précepteurs Espagnols, Philippe II exigeait dans les autres cette contrainte et cette hypocrisie qui constituaient le fond de son caractère. La gaîté et la

bienveillance n'avaient jamais eu de place en son cœur; il avait rompu tous les liens qui l'unissaient aux hommes. Il ne connaissait que le despotisme et la religion. La sienne, loin d'être consolante et douce, était cruelle et sombre, parce qu'il ne voyait dans la divinité qu'un être terrible et implacable, et qui seul mettait à sa puissance une barrière humiliante. À son départ, il avait imposé à Marguerite, comme conseil secret, Antoine Perrenot, cardinal de Granvelle et évêque d'Arras, auquel il avait donné l'ordre d'exterminer les hérétiques, par tous les moyens possibles et partout où il les trouverait. Granvelle était un homme d'état actif, ambitieux et avare; il joignait à un esprit profond et pénétrant, une rare facilité pour débrouiller les affaires les plus compliquées.Travaillant nuit et jour poulies besoins de l'état, il occupait cinq secrétaires à la fois. Les protestans le regardaient avec raison comme leur plus redoutable ennemi, et les Belges comme l'adversaire le plus acharné de leurs privilèges et de leur liberté. Pour donner plus de force à la religion catholique, menacée par les envahissemens successifs des

nouveaux sectaires 3 il fit ajouter quatorze nouveaux évêchés aux quatre déjà existans ; ils étaient divisés sous trois métropoles. L'évêché de Gand fut rangé sous l'archevêché de Malines, qui, joint aux revenus de plusieurs riches abbayes, devint la récompense de fadroit Granvelle. A chaque éveché furent ajoutées neuf prébendes, dont on gratifia neuf théologiens habiles. Les deux qui s'étaient rendus les plus dignes de cette préférence par leur amour de la religion et leurs talents , étaient nommés inquisiteurs et opinaient les premiers dans le chapitre. L'érection de quatorze nouveaux évêchés, sur un territoire aussi circonscrit que celui des Pays-Bas, ne fit qu'augmenter le mécontentement général. Le peuple naturellement religieux aurait applaudi, dans d'autres circonstances , à cet accroissement de la puissance sacerdotale.

Le conseil d'état siégeant à Bruxelles , était divisé en deux partis. Guillaume de Nassau, prince d'Orange , Charles La moral , comte d'Egmont et Philippe de Montmorency, comte de Hoorn, formaient le premier : ils s'opposaient, autant qu'il leur était possible , à l'éta*

blissement de l'Inquisition et au despotisme des Espagnols : le cardinal de Granvelle , Viglius de Zuichem d'Aytta et Charles comte de Berlaimont, formaient le second. Ces deux derniers étaient tout dévoués au cardinal.

Au commencement de l'année i56i , les disciples de Torquemada exécutèrent les ordonnances inquisitoriales avec une activité toujours croissante. Mais les persécutions ne faisaient qu'augmenter le nombre des hérésiarques. Dans les villes et le plat-pays le peuple toujours prêt à prendre parti pour les opprimés , les arrachait souvent des mains des suppôts du Saint-Office. Il donnait asyle aux nouveaux sectaires ; quoique la loi le défendit sous peine de mort.

La gouvernante Marguerite voyant enfin le cardinal détesté de la noblesse et du peuple, et redoutant une révolte , envoya à Madrid Thomas d'Armentières ; pour presser le roi de rappeler Granvelle. Celui-ci reçut sa disgrâce avec hauteur, et quitta la Belgique en février 1 564- Philippe irrité d'un ordre qu'il regardait comme lui ayant été arraché , envoya d'Espagne aux Pays-Bas, des agens travestis avec

ordre de parcourir les villes du pays et d'y découvrir toutes les personnes qui avaient embrassé la nouvelle religion. Après avoir reçu les rapports de ses émissaires , il donnait à la gouvernante l'ordre de faire périr ceux qui lui étaient dénoncés. On dressa partout des échafauds.

La gouvernante ayant reçu des dépêches du roi, publia au commencement de l'année 1 566, un nouvel édit qui laissait aux inquisiteurs toute la latitude possible pour la poursuite et le supplice des sectaires. On ne peut lire sans frémir la lettre de Philippe , qui finit par ces mots : « Que les inquisiteurs eussent à poursuivre leur tâche avec fermeté, sans respect humain, sans crainte, sans regarder en avant ou en arrière; quil approuverait tout ce qu ils feraient, quelque loin qu'ils portassent leur sévérité, pourvu quils évitassent le scandale» Les gouverneurs des provinces refusèrent de le publier, et écrivirent qu'ils aimaient mieux mourir eux-mêmes sur le bûcher de l'inquisition, que d'exécuter un édit, où il s'agissait de faire à un dieu de paix et d'amour, un holocauste de soixante-mille de ses cnfans. Entre

temps les nobles à la tête desquels se trouvait Philippe Marnix, de S.te-Aldegonde , ami du prince d'Orange ? formèrent entre eux une ligue pour la conservation des lois jurées par le roi d'Espagne , et la suppression des tribunaux de l'Inquisition. Ils signèrent sous le nom de Compromis, une protestation fameuse , par laquelle ils juraient devant dieu, qu'en supposant aux projets de Philippe, ils n'avaient d'autre but que la gloire de la religion catholique y et la conservation de leurs privilèges violés par le roi. Le 5 avril, au nombre de %5o, marchant deux à deux et se tenant par la main en signe d'union , ils allèrent présenter leur requête à la gouvernante. Le soir un grand banquet les réunit ; et l'un d'eux ayant dit au dessert qu'il avait entendu Berlaimont, qui se trouvait alors près de Marguerite , les qualifier de gueux, la confédération adopta cette dénomination , qui plus tard servit à désigner les protestans et les calvinistes. Le lendemain ils se montrèrent dans les rues de Bruxelles vêtus d'une espèce d'habit d'étoffe grisâtre , portant à la ceinture une écuelle de bois ; et sur la poitrine une médaille d'or ou

SUR GATîD. 9Ï

d'argent, qui représentait d'un côté le buste du roi et de l'autre deux mains entrelacées au-dessus desquels on lisait ces mots : jusqu'à la besace*

Tels furent les événemens qui précédèrent les excès déplorables que nous allons retracer, Les calvinistes , les plus nombreux de tous les sectaires qui inondaient alors la Belgique, commencèrent à prêcher leur nouvelle doctrine d'abord de nuit, et en secret, et bientôt de jour et en rase campagne. Leurs prêches commencèrent près de Gand , à une demi lieue de la porte de Saint-Liévin, dans une plaine voisine du chemin de Rhodes. Un certain moine apostat , nommé Hermann Stricher, natif d'Oyeryssel, homme assez instruit, bien fait de corps, d'une éloquence populaire et persuasive, y prêcha publiquement le dernier de juin 1 566. On y allait comme à une fête ; rien ne pouvait arrêter le peuple. Hommes, femmes, enfans, vieillards, tous, séduits par la nouveauté du spectacle, y accouraient de tous côtés. Il y eut plus de 7000 auditeurs. Le bailli de Gentbrugge, Cornelis Croensens, officier du lieu et bon catholique, ne considérant que son cou-

rage , se précipita à cheval l'épée d'une main et le pistolet de l'autre au milieu de la multitude. Il y saisit le ministre , en s'écriant : « rendez-vous y je suis le bailli deGenthrugge» . Mais celui-ci parvint à se sauver dans le bois voisin et le bailli victime de son zèle imprudent , fut assailli à coups de pierre , et laissé pour mort sur la place.

Les ministres calvinistes continuèrent à prêcher publiquement autour de Gand. Un de leurs prêches les plus remarquables fut celui qui eut lieu à Wondelgem , le 3 Juillet. On y compta plus de 6000 auditeurs. Le ministre Stricker ayant su que les magistrats de Gand avaient mis sa tête à prix pour 100 livres de gros, vint trouver le président du conseil de Flandre avec effronterie et lui dit : me voilà, monsieur, voulez-vous gagner cent livres? le président Jacques Martins, homme dévoué à son prince et à la religion ; fut étonné d'une telle audace et le laissa aller, craignant d'agraver, par un acte de sévérité , le mal qui allait croissant.

Enhardis par leurs premiers succès , les sectaires se rassemblèrent en plus grand nombre ;

le 2ï juillet, dans une plaine nommée Saint- Pierre d'Alost. Environ io;ooo habit ans de Gand, s'y rendirent. Cette fois-ci beaucoup d'auditeurs enhardis par la licence étaient armés de lances, de poignards et de fusils , afin de résister en cas d'attaque. Herman Stricker se faisait entendre du haut d'une espèce de chaire , formée par des chariots et des troncs d'arbres. Au-dessus de sa tête était suspendue une toile pour le garantir de l'ardeur du soleil. La foule du peuple l'entourait de manière à ne rien perdre de ses discours, toujours assaisonnés de violentes invectives contre le pape et la religion catholique. Afin qu'on ne pût l'interrompre , on avait placé des postes avancés aux avenues de la plaine qui se trouvaient bouchées avec des chariots. Des libraires y vendaient des livres pour la confession de Calvin, des caricatures contre les évêques, et le catéchisme deHeildelberg, traduit en Flamand par Pierre Dathenus , de Poperinghe , autre moine apostat. On y rebaptisait les nouveaux nés avec de l'eau puisée dans un ruisseau voisin , et on unissait ou divorçait les époux selon le nouveau rit de Calvin. Après le prêche ,

g4 NOTICE HISTORIQUE

ce qui flattait agréablement les oreilles de la multitude , c'est qu'on chantait les psaumes selon la lithurgie de Genève. Ainsi qu'au théâtre , des applaudissemens étaient la récompense du prédicateur , quand il avait attaqué d'une manière virulente les dogmes les plus sacrés de la religion catholique. Cette assemblée avait duré deux jours. Presque tous ceux qui y assistèrent , furent plus tard punis de mort, ou d'exil par le duc d'Albe.

Le 18 août, tous les objets les plus précieux de l'église de Saint-Bavon, furent transportés dans le château. On en fit autant pour un grand nombre de cloîtres.

Lorsqu'on eut appris à Gand , les excès commis à Anvers , par les iconoclastes ( briseurs d'images) qui, dans la seule église de Notre- Dame; avaient causé en quelques heures , des dommages évalués à plus de4oo,ooo écus d'or, les magistrats jurèrent tous publiquement de repousser les profanateurs par la force ; ils voulurent même engager par le même serment, le peuple qui s'y refusa en partie. Toutes les cérémonies religieuses furent alors suspendues, et les tribunaux fermés , comme dans une ville occupée par l'ennemi.

Bientôt ces iconoclastes, troupe grossière et nombreuse , composée de l'écume de la nation , renouvelèrent dans la riche Belgique les fureurs sacrilèges qui dans le Vffl.» siècle avaient agité l'Orient. Chassés de province en province, la riante prospérité de la religion catholique blessait leur fureur vagabonde. Ils ne pouvaient voir sans rage ces temples magnifiques où leurs compatriotes écoutaient en paix la parole de vie , tandis qu'eux , poursuivis partout par des édits de sang , ils ne pouvaient exercer leur nouveau culte, qu'au milieu des forets et des champs , exposés aux rayons d'un soleil ardent. Ils commencèrent à Gand le cours de leurs violences fanatiques , sur deux autels qu'ils brisèrent et pillèrent le 19 août, dans l'église des Augustins.

Le 22 août entre une et. deux heures de l'après-midi,ilse forma au Marché-au-Beurre, un rassemblement d'environ quatre cents hommes de la lie du peuple. Ils étaient armés de haches, de marteaux et de piques. Ils eurent l'insolence de députer trois d'entre eux, Jean et Liévin Onghenae frères et Claude Goedgebuer, au grand-bailli Adolphe de Bourgogne,

pour lui annoncer : qu'ils avaient reçu ordre de briser les images, ainsi que cela avait eu lieu dans les autres villes des Pays-Bas; que si personne ne s'y opposait, le tout se passerait paisiblement et sans dommage; mais qu'ils auraient recours à la force, si Von voulait s'opposer à leurs projets; et que, pour éviter toute espèce de désordre, ils venaient lui demander l? assistance de quelques-uns de ses archers. Il paraît même qu'ils lui montrèrent une lettre sur laquelle ils avaient contrefait, à ce que l'on rapporte, le cachet du comte d'Egmont. Le Bailli irrité se roidit d'abord contre l'insolence d'une telle demande 3 mais sentant Lien que les lois seraient impuissantes au milieu des excès de cette espèce , il leur accorda des archers, afin de prévenir de plus grands malheurs. Alors cette troupe forcenée se précipite dans l'église de S.t-Bavon, au milieu des vociférations et des cris cent fois répétés de vivent les gueux ! Elle arrache avec fureur de leurs niches, les statues des saints et du Christ, leur abattent la tête à coups de hache et en foulent aux pieds les débris mutilés. Tous les tableaux qu'elle trouve encore

sont déchirés : les tombeaux sont dépouillés de leurs inscriptions et de leurs armes ? et les carreaux peints de diverses couleurs sont brisés (i). De là, les iconoclastes courent à l'église des Dominicains ( Predihheeren ) ; non seulement ils commettent les mêmes avanies et les mêmes outrages sur tout ce qu'il y avait de saint et de sacré; mais ils s'introduisent avec violence dans tous les appartenons du couvent, s'y gorgent de boire et de manger, pillent l'argent et les habits, et jettent par les fenêtres dans la Lys tous les meubles qu'ils ne pouvaient enlever , ainsi que la bibliothèque qui était très-considérable , de sorte , dit le père d' Jonghe,que du quai on pouvait passer à pieds secs dans le cloître , dat men met droog voets over de Lye honde gaen van op de straet tôt in de klooster. Jusqu'au i/± août , les mêmes violences dévastèrent toutes les églises et saccagèrent tous les couvents qui se trouvaient dans l'enceinte et autour de Gand. Plus de

(i) Quelques auteurs rapportent que la dévastation de S.t-Bavon, n'eut lieu qu'à minuit, à la lueur des flambeaux.

t)8 NOTICE HISTORIQUE

quatre cents églises furent ainsi pillées en moins de cinq jours dans la Flandre et le Brabant. Ce fut à cette époque désastreuse qu'une foule de religieux et de religieuses , chassés de leurs abbayes vinrent chercher un asyle dans l'intérieur de la ville. Deux potences furent enfin placées^ l'une sur le Marché-au-Grain, l'autre sur le Marché-du-Vendredi. On y pendit un assez bon nombre d'iconoclastes , parmi lesquels il s'en trouvait quelques-uns qui n'appartenaient pas à la classe du peuple*

Le comte d'Egmont venu à Gand au nom de Philippe II, pour tâcher d'y rétablir l'autorité royale et le culte de la religion catholique, descendit à son hôtel de Fiennes. Il renouvela les deux collèges des échevins, y mit une garnison , et forçant la douceur de son caractère , afin de montrer son zèle pour le service du roi, il fit payer de la corde à plusieurs iconoclastes leur téméraire impiété ( i ). Le comte d'Egmont fit rouvrir les églises , remit en honneur la religion Catholique , et afin d'ôter aux calvinistes tout prétexte pour trou-

(i) Il y a dans les archives de la viïle de Gand , uiï

SUR GÀTO). 99

bler Tordre public et manquer de désobéissance aux magistrats, il leur assigna un endroit où ils pourraient bâtir un temple. C'était hors de la porte de Bruges, à Roy ghem , près du couvent des Chartreux et où se trouve aujourd'hui le cabaret appelé Motje. Il fut commencé le 6 novembre et achevé en peu de temps. Il avait 4o pieds de longueur sur 100 de largeur; son élévation était d'environ 4o pieds. Il était éclairé par trente fenêtres. On avait construit au milieu du toit une espèce de lanterne ou belvédère, d'une grande dimension , et où l'on comptait chiquante -sept autres fenêtres. Du reste, il était, en grande partie, bâti en bois et couvert entièrement en chaume.

Le 4 décembre i566, le comte de Hoorn, qui avait été nommé gouverneur de Tournai, vint à Gand pour y passer quelques jours. Il

mémoire justificatif extrêmement curieux , publié par les échevins de i566; ce mémoire prouve qu'il ne fut pas au pouvoir des magistrats d'arrêter le cours des excès qui se commirent à Gand pendant cett« année.

ÏOO NOTICE HISTORIQUE

avait son hôtel clans la me dite aujourd'hui du Gouvernement, n,° 10.

Le départ du prince d'Orange pour la Hollande; et les efforts du comte d'Egmont pour faire rentrer les villes rebelles dans le devoir et détruire peu-à-peu le culte réforme , hâtèrent beaucoup la dissolution de la ligue des nobles et ruinèrent les espérances des protestans. Les dissentions intestines avaient cessé \ Hermann Stricter avait fui avec ses satellites , et le peuple prêtait l'oreille à des conseils plus sages. Les citoyens aisés désiraient voir cesser l'anarchie qui avait suspendu le commerce , autrefois si florissant. La multitude montra autant d'empressement à détruire les temples des protestans qu'elle avait mis de fureur , peu de mois auparavant , à saccager les églises des catholiques, À Gand, Bousse, un des quatre capitaines de la ville, fut désigné par le sort , le 9 avril 156*], pour aller avec ses soldats détruire le temple des calvinistes , qui disparut en quelques heures. Les matériaux, qui étaient immenses, furent vendus 53 livres de gros, et la chaire à prêcher fut traînée par le peuple sur le Marché du- Vendredi , oîi elle fut brûlée.

SUR GASD.

La gouvernante avait écrit à son frère poulie prier d'accorder un généreux pardon à tous les Belges; c'était le seul moyen de les conserver à la couronne d'Espagne. Mais Philippe II répondit qu'a enverrait aux Pays-Bas un général habile et expérimenté, qui saurait déployer l'appareil d'une force redoutable , pour rendre à la religion catholique toute sa dignité. Ce général, qui arriva à Bruxelles le 22 août 1567, avec une armée de 1 0,000 Espagnols , était le duc d'Albe, homme fanatique, perfide et sanguinaire, et d'autant plus à craindre qu'il ne manquait pas de talents. A la première entrevue qu'il eut avec les seigneurs Belges, il dit en parlant du comte d'Egmont , assez haut pour Être entendu, voilà un grand hérétique. Ces seuls mots échappés à son étourdene pouvaient faire préjuger ce que l'on avait à redouter de celui qui en i54o avait conseille a Charles V de détruire de fond en comble la ville de Gand. Il était autorisé par Philippe II à sévir contre tous ceux qu'il trouverait coupables de quelque crime, à-bâtir des citadelles, a destituer indistinctement selon qu'il jugerait couve-

%02 KOTICE HISTORIQUE

£iable; et à rechercher et à punir les auteurs 4es anciens troubles.

Le 3o août le duc d'Albe envoya à Gand en garnison 3ooo hommes, commandés par pon Alonza de UUoa. C'était un régiment composé d'un ramassis de Napolitains, de Siciliens et de Milanais, qui traînaient à leur suite une foule de femmes perdues, À peine entrés , ils £e répandirent de tous côtés, et traitèrent les habitans avec violence, comme dans une ville conquise. Beaucoup d'entre eux, pour se dérober à leurs mauvais trait emens l'abandonnèrent à l'instant, et c'est de là que date le commencement de l'émigration.

ke p septembre le duc d'Albe arrêta à Bruxelles, daps son propre palais, les comtes cl'Egmont et de Hoorn, Le comte d'Egmont m voyant tout-à-coup environné de soldats Espagnols qui s'étaient tenus cachés dans une chambre voisine, prononça ces paroles mémorables, en remettant son épée au duc qui la fui demandait \ « Plus d'une fois ce fer a §eryi utilement mon roi et ma patrie ».

Le H i le gouverneur Espagnol de Gand \ Alonzo de UMoa^ ayant appris qu'un chariot

SUR GAND. Iû3

bien attelé était sorti de la citadelle , partit sur le champ avec une trentaine de cavaliers, le rejoignit à Saffelaer , et le fit retourner à la citadelle. On sut depuis que ce chariot renfermait les trésors et les objets les plus précieux du comte d'Egmont. Le lendemain La Trouillet que le comte avait commis à la garde de la citadelle avec quelques troupesWallones, reçut de ce seigneur, déjà emprisonné, Tordre de la remettre à deux compagnies espagnoles. Il est inutile de dire que cet ordre avait été arraché au comte par le duc d'Albe.

Le 23 à une heure après-midi les comtes d'Egmont et de Hoorn, escorté par environ 2000 Espagnols d'infanterie et de cavalerie, arrivent de Bruxelles à la citadelle de Gand , qui leur est assignée pour prison. Le comte d'Egmont était dans une litière, et le comte de Hoorn sur un simple chariot.

Dans les derniers jours de l'année i567, Marguerite ne pouvant rester spectatrice de l'orgueil et de la cruauté du duc d'Albe, lui abandonna entièrement les Pays-Bas, et partit pour l'Espagne emportant l'amour et la recon* naissance de Belges,

Io4 NOTICE HISTORIQUE

Le secrétaire intime du comte d'Egmont > nommé Jean Casembroot, de Bruges, seigneur de Backeerzeel, avait également été arrêté. Son plus grand crime était d'avoir la clef des trésors et des secrets de son maître. Ayant déclaré que ces trésors étaient enterrés dans la citadelle de Gand, on envoya sur les lieux une commission qui après en avoir fait remuer pendant quelques jours tous les recoins , déterra enfin le i3 janvier i568, près de la porte Noire, onze coffres et quelques cassettes contenant l'argenterie , les bijoux et tous les objets de prix du malheureux comte , qui a pu s'écrier alors, comme Quintus Aurelius, proscrit par Sylla : <c C'est ma belle terre dy Albe quima perdu! »

Après s'être assuré de ces deux illustres victimes, le duc d'Albe s'empressa de rétablir F Inquisition, dont la junte suprême ne tarda pas à déclarer coupables de lèze-majesté divine et humaine tous les habitans des Pays-Bas , les rebelles aussi bien que les sujets fidelles, ces derniers pour ne point s'être opposés aux profanations des Eglises. Elle n'exceptait de cet anathême qu'un petit nombre de Belges qu'elle

se proposait de faire connaître nominativement un peu plus tard.

Ainsi le nouveau gouverneur n'eut qu'à choisir ses victimes parmi toute la nation. Pour ne pas en perdre une seule, il créa un conseil formé de douze membres, et appelé, d'après sa destination Conseil des troubles , mais plus connu sous le nom de Conseil de sang (Bloed-Raed). Il nomma président de ce tribunal un Espagnol nommé Vargas, homme chargé de toute la haine des Belges, et dont l'argument favori était : Heretici fraxerunt templa, catholici nihil fecerunt contra, ergo omnes debent patibulari. Jacques Hessels et Jean de la Porte , tous deux anciens conseillers à Gand, étaient juges de ce tribunal affreux,, Le produit annuel des confiscations qu'il prononçait est effrayant. Dans un compte rendu au roi, compte qui paraît invraisemblable, on l'évalue à la somme de 20,000,000 d'écus. Les projets du duc étaient de faire passer toutes les fortunes de la Belgique, entre ses mains et celles de ses satellites.

L'épée qui moissonnait lafleur de la noblesse belge , porta aussi la désolation et le deuil dans

presque toutes les familles de Gand. Il existe des mémoires écrits dans ce temps , où sont consignés les noms et le nombre des personnes de Gand appelées à Bruxelles pour y être jugées. Nous n'en citerons qu'un seul exemple pour ne point être forcé à des répétitions con-* tinuelles. Le 16 janvier i568, quatre-vingts onze Gantois , nobles et bourgeois furent cités à comparaître devant le duc d'Albe et son conseil des troubles ; et le lendemain quarante-huit autres. Les noms de ces malheureux furent proclamés publiquement et affichés à l'hôtelde-ville de Bruxelles. Dix-huit des plus notables^ fort de leur innocence , ayant osé se présenter devant ces juges, furent tous condamnés et exécutés» Les uns périrent par l'épée, les autres par le gibet, et leurs biens furent confisqués. Pendant leur détention on en dressait l'inventaire, tandis que des commissaires allaient aux enquêtes , faisant comme au temps de Sylla et de Marius, déposer les enfans contre les pères, les domestiques contre leurs mai. très , les voisins contre les voisins. Les contumaces furent condamnés à l'exil et leurs biens, également dévolus au fisc*

SUR CxAND» Î0"5

Dans ces temps de deuil et de terreur , il se passait rarement un jour, où la ville de Gand ne fut témoin de quelque exécution à mort. Elles avaient presque toutes lieu sur le Marché du Vendredi. D'après les lois du tribunal de l'Inquisition) les hommes étaient brûlés sur un bûcher, et les femmes enterrées vives. Ceux qui abjuraient leurs erreurs n'étaient condam^ nés qu'à perdre la tête*

Le supplice de vingt-cinq gentilshommes belges qui furent décapités à Bruxelles, pendant trois jours de suite > ne furent que le prélude affreux du sort qui était réservé aux comtes d'Egmont et de Hoorn. Ces deux illustres victimes, furent condamnées à mort, le premier juin 1 568 , extraites le lendemain de la citadelle de Gand , et transportées à Bruxelles , sous une escorte de 3ooo Espagnols. Quand d'Egmont eut entendu la lecture de sa sentent ce, signée seulement parle duc et son secré-* taire Prantz > il remplit avec la plus grande piété ses devoirs de chrétien et de catholique , écrivit ensuite deux lettres, l'une à sa femme, l'autre au roi d'Espagne conçue en ces termes :

Sire , on m'a lu ce matin la sentence, qu'il

IoB NOTICE HISTORIQUE

vous à plu de prononcer contre moi» Je reçois avec soumission le châtiment que Dieu m'envoie. Si pendant les troubles, j'ai fait ou toléré des clioses qu'on interprète en mal, je jure en mourant que je n! ai jamais pensé à trahir la fidélité que je dois à V. M. J'ai quelquefois été contraint de céder aux temps et de m' accommoder aux circonstances. Au surplus je prie V* M. de me pardonner les fautes que je pourrais avoir commises, et d'avoir pitié de ma femme et de mes en fans, me recommandant pour le reste à la miséricorde de Dieu.

Les deux comtes furent exécutes sur un échafaud tendu de noir , dressé au milieu de la grande place de Bruxelles, en face de l'hôtelde- ville, regrettant de ne pouvoir mourir d'une manière plus glorieuse pour leur patrie et leur injuste roi* Malgré la présence des espions et des bourreaux, tous les assistans versaient des pleurs en les voyant tomber , et ne purent contenir leur douleur et leurs cris de vengeance. Plusieurs d'entre eux trempèrent avec la plus grande vénération leurs mouchoirs dans le noble sang qui devait féconder l'arbre de notre liberté. Le corps du comte d'Egmont

SUR GAND. XOg

fut déposé par Sabine de Bavière son épouse, dans l'église de Sotteghein à trois lieues de Gand. Le 17 octobre 1804, lorsque l'on faisait quelques réparations à cette église, on y découvrit dans un caveau au milieu du chœur, le tombeau de cette victime de la cruauté du duc d'Àlbe. Alors quelques amis zélés de la patrie conçurent l'idée de rendre un devoir tardif à la mémoire de Lamoral comte d'Egmoni , et formèrent un comité chargé de recueillir les souscriptions pour lui ériger un monument à Sotteghem. La construction en est confiée à M. Calloigne , de Bruges, statuaire de S. M. le roi des Pays- Bas , et il ne tardera point à être achevé. M. Van Bosterhout , receveur de la ville de Gand, autant par l'effet de son patriotisme que de son obligeance naturelle , a bien voulu se charger de recevoir encore les souscriptions qui montent à environ 20,000 fr. En 1820 la Société royale de littérature et des Beaux -Arts de Gand, afin de rendre un noble et patriotique hommage au vainqueur de Gravelines et de St.-Quentin, avait proposé dans un concours public Y éloge historique du

Î ÏÔ HÔTÏCE HISTORIQUE

comte d'Egmont. Le prix a été remporté pax4 M. Laitat, deMons.

Le premier évêque de Gand , Cornélius Jansénius de Hulst, fit son entrée solennelle en cette ville le 8 septembre 1 568.

Malgré lesédits les plus rigoureux fulminés parle duc d'Àlbe pour réprimer la désertion et le dépeuplement des villes, des milliers de Gantois allèrent porter en Allemagne et surtout en Angleterre leur industrieuse activité et des mœurs honnêtes. Les annalistes contemporains nous assurent que la moitié des maisons de la ville Gand étaient désertes. Forcés de manger d'abord le pain de la misère pour respirer la liberté, les flamands conservèrent les habitudes et même le costume de la terre natale, bientôt leurs bras utiles firent la richesse de leur patrie adoptive. Manchester leur doit en grande partie la prospérité dont elle jouit maintenant.

Dans le mois d'août 1570, la peste exerça ses ravages sur le marché du Vendredi 7 et dans les environs de St.-Bavoh , du Vieuxbourg et du Kauter. On ordonna à tous ceux qui habitaient des maisons où étaient

SUR G AND» ï I I

des pestiférés de ne point paraître dans les rues, sans porter à la main un bâton blanc, long de quatre pieds.

Cette même anne'e fut marquée en Flandre par toutes sortes de calamités. À Gand , l'eau s'éleva à une telle hauteur, dans le mois de décembre, que les tr ois-quarts de la ville furent inondés , et que l'on fut forcé d'aller en barques sur les marches et dans les rues pour porter des vivres aux malheureux réfugiés sur les toits.

En juillet i5y2 les eaux de l'Escaut charriaient tant de cadavres , qu'elles en étaient infectées et corrompues au point que les habit ans de la ville n'osaient plus en puiser pour leur usage. Ces cadavres étaient ceux des soldats huguenots, faisant partie d'un corps de 7000 hommes, défaits près de S.-Ghilain; 1 200 d'entr'eux étaient restés sur la place, le reste avait été assommé par les paysans et ensuite jeté à l'Escaut : les Espagnols n'avaient fait que 600 prisonniers.

Dans le mois de septembre , les Gantois afin de résister aux gueux de mer , qui faisaient des excursions jusqu'aux portes de la ville , s'enrégimentèrent au nombre d'environ 7200 ;

XOe

ÏI2; NOTICE HISTORIQUE

divisés en huit bataillons, qui étaient chacun sous les ordres d'un capitaine. Quatre cents hommes montaient tous les jours la garde, savoir, trois cents aux portes de la ville et cent sur le marché du Vendredi.

Le duc d'Àlbe lassé de la résistance des Pays-Bas, et ne pouvant plus continuer la guerre faute d'hommes et d'argent , reçut du roi l'ordre de quitter notre malheureuse patrie en décembre io^3 , emportant avec lui les trésors et l'exécration des Belges. Pendant les six années de son gouvernement, il avait fait périr 1 8,000 citoyens; il en avait ruiné 100,000 autres, et forcé à-peu-près le même nombre à s'expatrier. À son départ il y avait encore quinze mille causes à juger au con* seil des troubles. On dit qu'en mourant cet homme féroce eut horreur des flots de sang qu'il avait versés. Il fut remplacé par Requesens , qui supprima le conseil des troubles, et aurait ramené la paix chez les Belges, si les esprits n'eussent été trop exaspérés par la cruauté du duc d'Albe.

Cependant les troupes espagnoles commettaient de tels excès dans tous les pays }

sua GAND. ï i 3

que les villes armaient leurs bourgeois pour s'opposer à leur fureur. On se plaignit bientôt d'elles d'une manière si tumultueuse que le conseiI-d'état; siégeant à Bruxelles, déclara le 28 juillet i5n6, les Espagnols rebelles au roi et traîtres à la patrie, et ordonna aux Belges de les exterminer partout où ils les trouveraient en armes. Ce qu'il y a de singulier, c'est que cet édit était rendu pour le le roi et en son nom, et on l'attendait avec une telle impatience à Gand , qu'il y fut publié le* 29, quoique ce fut un dimanche.

Tandis que ces épouvantables désordres régnaient dans le pays, on voulut foire cesser tout-à-coup l'autorité de Philippe ; le conseild'état et le conseil-privé , que l'on soupçonnait d'avoir des intelligences secrètes avec les espagnols, furent arrêtés le 4 septembre dans l'enceinte sacrée de leurs réunions.

Ce coup de main ne fut que le précurseur d'une entreprise plus hardie encore , qui ne tendait qu'à briser à jamais le sceptre du monarque espagnol.

Le 9 septembre les états de Flandre convoquèrent tous leurs membres et cinq jours

Ïï4 NOTICE HISTORIQUE

après îl se tint à Gand une assemblée générale* On commença la séance par une violente déclamation contre les cruautés des troupes espagnoles ; et l'on résolut ensuite de faire cause commune avec les états de Brabant et de Hainaut pour les expulser du cercle des provinces belgiqnes. Les prélats eux-mêmes > à la vue de la rage sacrilège de ces bandes féroces ; prononcèrent avec les autres députés une proscription générale contre tout ce qui portait le nom d'espagnol. Pendant cette séance tumultueuse toute la ville était en rumeur • on battait la caisse ; on sonnait le tocsin et les bourgeois couraient aux armes ; car on n'était point sans crainte du côté de la citadelle qui était toujours occupée par les troupes du roi.

Ayant reçu quelques secours du comte de Rœulx, gouverneur de Flandre et de quelques villes voisines , les Gantois se mirent à investir la citadelle du côté de la campagne ; leurs troupes campèrent à St.-Àmand.

Le 18, les Espagnols commencèrent à tirer contre la ville et à mettre le feu à quelques maisons situées sur la Pêcherie. On

SUR GAND. ï î 5

prit à l'instant toutes les précautions possibles pour s'opposer aux ravages de leur artillerie, et l'on barricada toutes les rues par lesquelles ils auraient pu pénétrer dans la ville. On établit une batterie de canons sur le Pas- Bruggc , une seconde sur le pont de Saint- George, une troisième sur deux maisons voisines que l'on remplit de terre , et l'on commença le siège de la citadelle. Il fut long , car l'artillerie manquait. Le baron d'Auxi, étant passé par Gand pour se rendre en Zélande, auprès du prince d'Orange, se chargea d'une lettre par laquelle les principaux habitans de la ville priaient le prince de leur envoyer des secours. Celui-ci consentit à l'instant à leur demande, et le 26 au matin on vit entrer dans la ville, huit compagnies de bonnes troupes , portant sur leurs drapeaux pro fide etpatriâ, et sous lesquelles s'étaient enrôlés beaucoup de Gantois, bannis parle duc d'Albe. Elles se trouvaient sous le commandement d'un colonel anglais nommé Temple, et amenaient avec elles douze pièces de canons de divers calibres. Accueillies avec les marques de la joie la plus vive , elles firent

llG NOTICE HISTORIQUE

une décharge générale de mousqueterie sur le marché du Vendredi. Les jours suivants , on reçut encore quelques troupes et plusieurs canons envoyés de Tournai. Ce fut alors que l'on assiégea dans les règles le château qui fit une vigoureuse résistance. Le. prince d'Orange envoya de nouveau au secours des Flamands vingt» trois autres compagnies, qui arrivaient de jour à autre et se répandaient dans la province y du consentement des états.

Afin de procéder à une alliance plus étroite entre toutes les provinces des Pays-Bas , les confédérés résolurent de former à Gand un nouveau congrès connu dans l'histoire sous le nom de Pacification de Gand. Les provinces nommèrent à l'instant leurs députés. Malgré le bruit des armes qui retentissaient de toutes parts , ils ne tardèrent point à se rendre à leur destination.

Ce fut le 1 8 octobre à midi qu'arrivèrent à Gand les plénipotentiaires du prince d'Orange, et des états de Hollande et de Zélande. On comp tait parmi eux : Philippe Marnix, seigneur de Ste.-Aldegonde ; Arend van den D.orpe , seigneur de Tamise } Guillaume van Zuylen

sue. gà;o). 117 van Nyvelt seigneur de Geraerdsbergen ?

écuyers; Adrien van der Mylen, docteur en droit; Paul Buy s, pensionnaire de Hollande ; Pierre de Rycke , Bailli de Flessingue ; Antoine van der Zickelen, conseiller de Zélande et André de Jonge, bourguemaître de Middelbourg. Les parties contractantes de l'autre côté étaient : les prélats , nobles, villes et membres de Brabant , Flandre, Artois, Hainaut , Valenciennes, Lille, Douai, Orchies, Namur, Tournai, Toumaisis, Utreclit et Malines, formant les états-généraux de ces pays. Le peuple de Gand les reçut avec de grandes démonstrations de joie, parcequ il espérait que ce congrès adoucirait sa situation. Un grand nombre d'expatriés et de fugitifs , du temps des persécutions du duc d'Albe ainsi qu'une foule de curieux, profitèrent de cette circonstance pour se rendre en cette ville.

Les conférences commencèrent aussitôt à la maison de ville , dans la salle du trône. Les vingt-cinq articles delà pacification étaient si bien préparés , et les négociations avancèrent avec une telle rapidité que tout fut arrêté dans les premiers jours de novembre,

Ïl8 NOTICE HISTORIQUE

On envoya par formalité le traité au conseild'état à Bruxelles , qui le signa le lendemain. Cette fameuse pacification de Gand fut signée solennellement, à portes ouvertes, dans la salle du trône de la maison de ville le 8 novembre i5y6 , au matin. Ce fut environ à midi que la publication s'en fit au grand balcon , en présence de tous les plénipotentiaires, au son des trompettes et de toutes les cloches , ainsi qu'au bruit de l'artillerie qui battait alors la citadelle avec fureur. Cette pacification fut regardée dans la suite des troubles, comme une constitution fondamentale des Pays-Bas et servit de base aux traités subséquens. Elle portait en substance : qu'il existerait entre toutes les provinces paix éternelle et union sincère , afin de délivrer le pays des troupes espagnoles et étrangères • que les étatsgénéraux seraient , sans perdre de temps, convoqués à Bruxelles , comme lors de l'abdication de Charles- Quint , afin de régler les affaires du pays : qu'il ne serait pas permis à qui que ce soit d'attenter en rien à la religion catholique et romaine : qu'on détruirait toutes les inscriptions , statues , monumens , etc.

StTR G AND. I 1 9

ériges par le duc d'Albe \ que les édits sur l'hérésie seraient suspendus ; que l'on restituerait tous les biens qui avaient été confisqués pendant les troubles ; que le prince d'Orange demeurerait stad-houder et amiral de Hollande et de Zélande jusqu'à ce qu'il en serait ordonné autrement par les états-généraux , etc. Ce traité causa une grande joie dans tous les Pays-Bas, et les provinces qui ne l'avaient pas signé d'abord , y accédèrent dans la suite.

Afin de célébrer dignement le rétablissement de la paix, on doubla le feu des batteries et surtout celui d'une énorme pièce de placée au Pas-Brugge. Quand les brèches parurent suffisamment élargies, on résolut de donner un assaut général du côté de la ville et de la campagne en même temps. Trois mille Gantois, qui, pour se reconnaître entre eux sur la brèche avaient passé une chemise audessus de leurs habits , commencèrent l'attaque le 10, de grand matin. Ils étaient pourvus d'échelles de quarante-quatre pieds de hauteur pour donner l'assaut du côté de la campagne ; malheureusement elles étaient

trop courtes de huit pieds. C'est en vain qu'ils firent venir de la ville toutes celles que l'on pût y trouver; après avoir attaqué courageusement , ils furent obligés de se retirer avec une perte considérable. Les Espagnols quoiqu'il très-petit nombre, firent la plus belle résistance. Les femmes même combattaient à côté de leurs maris , de leurs enfans et de leurs pères; elles chargeaient les armes, roulaient de grosses pierres et versaient du haut des murailles de l'eau bouillante sur les assiégeans. Plusieurs d'entre elles y perdirent la vie.

Le lendemain les Gantois se préparaient à recommencer l'assaut avec une nouvelle ardeur, quand les Espagnols envoyèrent quatre officiers pour capituler. La garnison obtint de sortir libre, mais sans armes; l'étonnement fut général quand on vit qu'elle n'était composée que d'environ 1 5o hommes , y compris les blessés et les malades. Les femmes, les enfans et le bagage furent embarqués sur deux bateaux couverts pour être conduits jusqu'aux frontières de Fiance par deux cents soldats. Quant à madame Mondragon , qui , en l'absence de son mari avait défendu si yaillam-

ment le château, elle monta dans un chariot, avec ses filles, en présence des généraux flamands qui payèrent à son courage un juste tribut d'éloges et la firent transporter à Tournai.

Gomme il était fort difficile de se procurer de l'argent dans un pays ruiné par tant d'années de malheurs, on s'adressa successivement à diverses cours, qui toutes répondirent d'une manière évasive. Elisabeth seule , reine d'Angleterre , prêta le 1 5 décembre 1 576, aux états, à raison d'un demi pour cent d'intérêt par an, la somme de cent mille livres sterling. Gand, Bruges et Nieuport se portèrent caution pour le remboursement de cette somme.

En 1577 les états-généraux décrétèrent la démolition des citadelles de Gand et d'Anvers qui avaient servi de défense à leurs oppresseurs. Le 26 d'août les gouverneurs et les échevins de Gand commencèrent à démolir la leur du côté de la ville. Tous les bourgeois y travaillèrent tour-à-tour : les enfans , et même les femmes de qualité mirent la main à l'ouvrage. On s'y rendait le matin, enseignes déployées , au son du tambour et des

înstrumens militaires et on revenait le sok dans le même ordre. On vit même les bourgeois d'Anvers , venir en grand appareil travailler à la destruction de ce boulevard élevé par Charles V. Les Gantois à leur tour allèrent tambours battants et avec leurs étendards aider les Anversois à raser les fortifications de leur citadelle. On commençait à oublier ses malheurs ; on se donnait mutuellement des fêtes, où reparaissaient la gaîté et la franchise. Dans une de ces réjouissances les Anversois découvrirent dans un des souter-* rains de leur château la statue du duc d'Albe qui avait été abattue par les ordres du commandeur Louis. Après avoir été couverte de boue , elle fut traînée dans les rues un jour entier, ensuite brisée en mille pièces et fondue pour en faire des canons, dont on avait un besoin urgent. Pendant ce temps-là les bourgeois de Lille, d'Utrecht et de Valenciennes suivaient l'exemple de Gand.

Ces moments de bonheur furent de courte durée. Dans ces temps malheureux où tous les cœurs étaient endurcis par le spectacle continuel des meurtres ; du pillage et des

exécutions les plus cruelles, où la haine contre le nom espagnol était telle qu'elle réjaillissait sur la religion, deux gentilshommes gantois plus célèbres que les autres par leur esprit factieux et leurs catastrophes,tâchèrent de s'élèver sur les ruines de leur patrie. Le premier était Jean Hemhieze, issu de l'illustre maison de Trésignies , homme hardi, despote dans la prospérité , et sans courage dans le malheur. Ayant beaucoup voyagé, il parlait avec facilité plusieurs langues, et savait au gré d'une éloquence persuasive appaiser ou soulever le peuple. Impatient de toute domination, amant fougeux d'une liberté tumultueuse, il avait juré aux Espagnols une haine à mort, et avait toujours marqué parmi ceux qui s'opposaient aux volontés du duc d'Albe. Le second, François de la Kethulle , seigneur de Ryhove, également issu d'une famille trèsdistinguée, ayant à-peu-près les mêmes qualités etles mêmes vices, était encore plus porté à la violence et à l'audace, même à la cruauté. Il était aussi plus attaché au prince d'Orange, qu'Hembieze n'écoutait qu'autant que ses intérêts en dépendaient. Tels furent les deux

hommes qui se mirent à Gand à la tête des gueux, faction qui l'emporta bientôt sur celle des catholiques. Elle n'était composée que de nombreux ouvriers aguerris, devenus cruels par les troubles , et ne subsistant plus depuis la ruine du commerce et des fabriques , que du pillage des églises et des abbayes. Au moin* dre signal de leurs chefs, qui avaient l'art de se les attacher , on vit souvent cette faction au nombre de plus de 20,000 agiter et révolutionner toute la ville.

Cependant le prince d'Orange qui luttait toujours avec persévérance contre la tyrannie espagnole, avait fait à Bruxelles une entrée triomphale , et la reconnaissance des états-généraux lui avait décerné le titre de Ruwart ou de Protecteur. Par une sorte de compensation, un belge distingué, le duc d'Arschot, prince de Croï , fut élu gouverneur de Flandre. Ce seigneur arriva à Gand accompagné d'un brillant cortège, le 23 octobre 1577. Accueilli avec empressement par les bourgeois, il leur promit, pour se les attacher, la restitution des privilèges que Charles-Quint leur avait enlevés. En ce moment les états-géné-

raux étaient assemblés à Gand, et non-seulement les évêques de Bruges et d'Ypres, mais encore les gouverneurs de la Flandre -Wallonne, et ceux des antres villes y étaient venus en personne pour travailler avec le duc d'Arschot.

Hembieze et Ryhove ne virent que de mauvais œil une nomination qui allait mettre des entraves à leur ambition, et leur mécontentement redoubla quand ils aperçurent que le duc ne remplissait passes promesses. Les deux tribuns accompagnés du seigneur de van Loopelde, de Qillia Borluut, de Joos van Brachele et de Jean van Pottelsberge , l'obsédaient nuit et jour pour qu'on leur rendit leurs privilèges. Un jour le duc ennuyé de leurs demandes réitérées les maltraita de paroles et les menaça de son ressentiment. Le soir même ,28 octobre i57^ Ryhove se rend chez Hembieze, et ils conviennent ensemble de prévenir les desseins du duc et des autres seigneurs catholiques que Ton soupçonnait d'être encore attachés à l'Espagne, et décident de les arrêter la nuit même. Miegfien, capitaine gantois et quelques autres chefs de la faction, jurèrent à l'instant de

suivre Ryhove, partout où il les conduirait* Hembieze resta chez lui avec un fort détachement, afin de se porter où sa présence serait jugée nécessaire. Quant à Ryhove, à la tête de quelques chefs et suivi de ses affîdés, il s'empara vers le milieu de la nuit, du Vieux-Bourg où était l'artillerie , du marché du Vendredi , et des principales rues de la ville : il disposa ensuite dans les difFérens quartiers ses troupes qui s'augmentaient de moment en moment.

Vers quatre heures du matin, accompagné du capitaine Mieghem et d'une force armée imposante, il se rend devant l'hôtel du duc d'Arschot , aujourd'hui l'hôtel du gouvernement de la Flandre-Orientale. Comme le duc en avait fait fermer la porte , cette troupe indisciplinée commença à y amasser de la paille et du bois, en criant du feu! du feu! il nous faut Brûler les oiseaux dans le nid. (Vuer! Vuer! laet ons de vogels in de nest verbraiîden). Pour éviter de plus grands malheurs , le duc d'Arschot , en robe de chambre fut obligé de faire ouvrir la porte de son hôtel : la populace s'y précipita avec fureur, et il avait déjà été deux fois sur le point de

SUR GA?fD. I27

perdre la vie , lorsque Ryhove l'arracha des mains de ces forcenés et l'emmena sous une forte escorte dans sa propre maison, (i). ^

Pendant ce temps d'autres troupes arrêtaient Driutius évêque de Bruges et Rithovius, évêque d'Ypres ; le seigneur de Mouscron , grandbailli de Gand; le seigneur de Rassenghien> gouverneur de la Flandre -Wallonne ; le seigneur d'Eecke ; celui de Zweveghem , gouverneur d'Audenaerde ; Jean de la Porte et Jacques Hessels , anciens conseillers de Flandre à Gand ; le seigneur d'Erpe , le capitaine Wychuyse , etc. etc. Ils furent tous conduits dans la maison de Ryhove, qui était très-spacieuse, et renfermés dans des chambres séparées. On avait également forcé l'hôtel

( i) Ryhove demeurait dans la rue basse, Ondersîraete. C'est la maison qu'occupe actuellement M.r Verhelst, marchand devin, n.° 18. Cette ancienne forteresse fut vendue en 1 ^ par Henri Tollin à Jean de la Kethulle, conseiller de Philppe-Ie-Bon. Elle a conservé à l'intérieur quelques unes de ses formes primitives, et renferme des caves immenses et un souterrain qui conduit jusqu'à la maison de ville, mais que Ton a cru devoir fermer depuis,

de Ravestein , où demeurait Guillaume de Pamèle, président du conseil ; mais on ne te trouva pas chez lui (i).

Pendant trois ou quatre jours les chaînes furent tendues dans les rues, le peuple resta sous les armes et les places publiques furent occupées par la troupe. Après s'être saisis des fonds publics, Hembieze et Ryhove se partagèrent le gouvernement de la ville : le premier s'arrogea la conduite des affaires civiles , le second se chargea du soin des expéditions militaires.

Hembieze avait quelque teinture de science: il voulut introduire dans sa ville natale une république calquée sur les gouvememens de Rome et d'Athènes. Le i.er novembre il fit

(i) L'hôtel de Ravestein,, connu anciennement sous le nom de cour de Clèves , parce qu'il était habité en i4% par les ducs de ce nom, est situé presqu'en face de l'église de St. -Michel , au bas de la rue Onder* bergen, n.° 2. Cet hôtel fut depuis acquis par la famille Pellafaîlle, et vient d'être vendu a M. le notaire Lamme»

SUR GA?ïD. 129

paraître une liste de dix-huit personnes toutes de sa faction. Il se mit lui-même à la tête de ces espèces de représentais de la nouvelle république, appelés vulgairement les dix-huit. Les métiers au nombre de 52, et les tisserands divisés en 27 quartiers, reprirent bientôt leurs drapeaux, leurs anciens privilèges, leurs honneurs et leurs maisons d'assemblées abolis par Charles-Quint. Ils élurent chacun un doyen et ensuite leur grand doyen, sans le consentement duquel il ne se faisait jamais rien d'important. Afin de contrebalancer l'autorité puissante de la magistrature qu'il avait créée, il forma un conseil de guerre , dont faisaient partie les colonels et les capitaines des troupes bourgeoises, organisées d'après ses ordres, en compagnies régulières. Toute proposition 3 pour obtenir force de loi devait être successivement adoptée par ces deux corps. Cette démocratie, composée d'hommes inquiets et turbulens, ne tarda pas à effectuer des entreprises téméraires et odieuses. Le gouvernement s'en plaignit et demanda qu'on relâchât promptement des personnes distinguées détenues sans raison ; le duc d'Arschot seul obtint

ï3o NOTICE HISTORIQUE

sa liberté : les autres furent transportées à la Cour du Prince, et gardées par un fort détachement de troupes. Les députés de la Flandre Wallonne , c'est-à-dire , de Lille , de Douai et d'Orchies étant Tenus demander quels étaient les auteurs de l'emprisonnement de leur gouverneur , un des dix-huit, leur répondit tout en colère , qu'au premier coup de tambour on leur ferait voir ces auteurs au nombre de douze à quinze mille hommes ? et leur ordonna de quitter la ville dans l'espace de deux heures. Ce coup de tête eut les suites les plus désastreuses : les Wallons formèrent un parti nommé les mal -contents, et s'armèrent contre les Flamands. Le prince d'Orange pour mettre un terme à la conduite extravagante des factieux > arriva à Gand le 29 décembre 1577. Malgré le désordre qui y régnait, les bourgeois lui firent une réception magnifique. Il fut logé dans le bel hôtel de Wackene, devant lequel on avait dressé un superbe théâtre : les Fontainistes (1)

(i) Il y avait dans la ville de Gand quatre Chambres de rhétorique, dont celle de la Fleur de Baume avait

SUR G AND» l3l

allèrent au devant de lui, et récitèrent en sa présence des drames joyeux et des jeux de moralité; de jeunes filles, représentant les Grâces et les Muses , célébrèrent ses exploits. La Pucelle de Gand vint lui offrir un cœur d'or. Pendant trois semaines qu'il fut en cette ville, on lui donna des fêtes et des spectacles. Il tâcha de ramener le calme, de réprimer les excès par de bons avis ; il reprocha aux chefs des factieux , en particulier , leur conduite tyrannique et intercéda puissamment en faveur des catholi-

la suprématie sur toutes les autres du pays : deux autres portaient le nom de la Fontaine et de Sainte- Barbe, et la quatrième était appelée Bodem-loozemande (le Panier -percé). Celle des amis de la Fontaine d'Hippocrène existe encore aujourd'hui et se réunit au Quai-au-Bois. Son emblème est Pégase qui s'élance sur le sommet du Mont-Parnasse , et son ingénieuse devise, mente, calamo et voce, avec l'esprit , la plume et la voix, indique le triple but de ses

exercices. [Voyez M. N. Cornelissen, Orig. etc. des

Chambres de rhétorique.)

l32 NOTICE HISTORIQUE

ques opprimés (i). On paya d'une apparence de docilité ses conseils salutaires , et à peine fut-il parti, que les chefs de la faction, emportés par leurs passions , et leurs haines , commencèrent à insulter la religion catholique. Caressant la chimère de rendre la ville imprenable, et d'en faire par la suite la capitale d'une vaste république, ils creusèrent des fossés et démolirent des églises un peu écartées pour revêtir de pierres-de- taille les murs qui subsistent encore en partie, le long des prairies de la Byloke. Ils s'emparèrent de l'abbaye même de S.t-Pierre, et des couvents des quatre ordres mendiants ; ils en chassèrent les moines, et après les avoir pillés ils assignèrent ces couvens pour logemens à leur cavalerie et aux paysans réfugiés.

Dans les premiers jours de février 1578, on commença à enlever dans les églises de Gand et des environs, toutes les cloches, les chandeliers et tous les vases de cuivre et de fer,

( 1 ) On peut voir à la maison-de-ville le beau tableau de M. Van Brée.

SUR GAND. l33

pour les fondre et en faire des canons; sous prétexte de pourvoir aux besoins de la patrie, on se saisit peu après de tous les ornemens précieux en or et en argent. On pilla de nouveau avec une fureur affreuse les églises des Augustins, des Dominicains et des Carmes. L'on brisait tout ce que Ton ne pouvait emporter et les prêtres étaient arrachés du pied des autels. Les ministres protestans prêchaient et rebaptisaient à leur manière dans ces deux dernières églises : S.t-Bavon était devenu leur principal temple, et S.t-Nicolas avait été transformé en une écurie où l'on avait logé environ deux cents hommes de cavalerie. Tous les objets enlevés dans les églises, voire même les balustrades en fer qui entouraient les cimetières, étaient transportés et jetés en tas dans la cour des Récollets, dont on avait fait un arsenal.

Ce fut alors que fuient détruites et ensevelies sous leurs ruines ces riches abbayes situées à la campagne, telles que celles de Baudeloo, de Waerschoot,de Nieuwen-Bosschen , d'Oostecloo, de Doorsèle, de Ter-Haeghe, etc. La population de ces abbayes, après avoir été

ï34 NOTICE HISTORIQUE

ïong-temps dispersée de tous côtés, vînt enfin se fixer dans la ville. Cette seconde profanation des églises et cette dévastation des monastères , commises avec des dégâts horribles par la lie d'un peuple qui a secoué tout frein, avait pour l'humanité quelque chose de plus affligeant que les premières fureurs des iconoclastes, parce qu'elles se faisaient de sang-froid et de propos délibéré.

Ryhove , qui s'était chargé du gouvernement militaire était entré en campagne et s'était emparé sans coup férir , au moyen des intelligences qu'il avait partout, de Courtrai, d'Hulst, d'Audenarde, et même de Bruges et de Termonde. Il avait sous ses ordres neuf à dix milles hommes de troupes étrangères, à la solde de la ville de Gand, et commandés par leurs chefs respectifs, le prince Casimir, le comte de Zwartzemberg, le marquis d'Àvré et le baron Schenk. Il tourna ses armes du côté des provinces Wallonnes : on se battit de part et d'autre avec fureur et cruauté, jusque sous les murs mêmes de Gand, dont tous les environs étaient ravagés par le fer et le feu. Ce fut alors qu'un officier Fiançais d'une grande rcputa-

SUR GAND. l35

tîon, vînt offrir ses services aux Gantois : il se nommait François de la Noue, et dans un combat contre les Espagnols, il avait pris de sa propre main le fils du comte d'Egmont qui combattait dans les rangs des meurtriers de son père. On se battit souvent sur les bords delà Lys, aux environs de Menin. Entre temps, les prédicateurs de la nouvelle religion, parmi lesquels on remarquait Dathenus qui avait joué un assez grand rôle à Gand, sous le gouvernement de Marguerite de Parme, recommencèrent leurs prêches et leurs excès.

Ryhove, revenu en triomphe de ses expéditions qui avaient été assez heureuses , se fit élire grand-bailli à la place du seigneur de la Barre de Mouscron, décédé en prison à la Courdu-Prince. Ces honneurs accordés au seigneur de la Kethulle commencèrent à exciter la jalousie de son compétiteur au souverain pouvoir. On avait projeté un règlement en dixhuit articles , nommé paix de religion, dans lequel on assurait la liberté des deux religions, l'on faisait un partage égal des églises paroissiales et l'on pourvoyait à l'entretien des monastères, à la subsistance des religieux et des

ï36 NOTICE HISTORIQUE

religieuses. La faction d'Hembieze s'opposa h la publication de ce règlement ; mais celle de Ryhove l'emporta et il fut publié le 27 décembre i5^8.

Quelque temps auparavant^ Ryhove après avoir fait monter précipitamment dans un chariot le conseiller /. Hessels et Visch, bailli d'Ingelmunster, détenus à la Cour-du-Prince , prit avec eux la route de Courtrai. Arrivés à une demi-lieue de la ville, où quelques hommes armés les attendaient, on les fit descendre et sans aucune forme de procès, Ryhove ordonna de les pendre tous deux à un arbre. De barbares satellites arrachèrent des flocons de la barbe blanche de Hessels , les attachèrent à leurs chapeaux , et rentrèrent en triomphe dans la ville. Sept ans après son corps fut rapporté à Gand, et fut enterré dans une des chapelles de l'église de S.^Michel.

Hembieze marchait à grands pas vers la dictature. Comme tous les tyrans, il était déjà dévoré par les soucis et accablé du poids de sa propre grandeur : il se forma une garde pour la sûreté de sa personne , et au mépris des constitutions qu'il avait données , il imposa à

SUR GÀTfD.

la ville de nouveaux magistrats de sa création, à la tête desquels il eut soin de se faire placer. Il voulut aussi faire battre monnaie : les unes portent d'un côté les armes de la ville, entourées de ces mots : Beatus populus cujus Jehova Deus est. De l'autre étaient les armes d'Hemhieze, avec sa divise : sobriè et vigilanter. D'autres monnaies portaient un grand G couronné , et au revers les armes de la ville avec ces mots : Nisi dominus frustra. Peu de temps après il s'empara du ricbe et beau pays de Waes, ainsi que des quatres métiers qu'il ajouta aux terres de la république.

Les violences exercées sur un grand nombre de personnes, excitèrent de puissans ennemis aux deux consuls; pour s'en débarasser, Hem» biezese rappela Y ostracisme Athéniens, fît prononcer l'exil contre les personnes suspectes et, en quelques heures, elles étaient forcées de quitter la ville. Il eut rarement recours aux procès criminels, aux tortures et aux exécutions , afin de ne point trop faire sentir le poids de sa tyrannie ; mais néanmoins les deux consuls se sacrifièrent mutuellement leurs amis et leurs parents. La confiance publique disparut,

ï38 NOTICE HISTORIQUE

au point qu'un grand nombre de gens aisés abandonnèrent la ville qui ne tarda pas à devenir déserte»

En vain l'archiduc Mathias, nommé depuis peu gouverneur des Pays-Bas, le conseil d'état et les états-généraux, interposèrent leur autorité pour mettre fin à ces désordres; tous leurs efforts échouèrent. Enfin Elisabeth elle-même, reine d'Angleterre, écrivit aux magistrats deux lettres fort étendues , dans lesquelles elle leur reprochait vivement d'abuser de sa protection et de ses bienfaits, en employant au service de quelques particuliers les troupes Anglaises destinées à celui de la confédération, et les engageait à la paix et à l'union avec les autres , provinces. Ces lettres jetèrent Hembieze et les siens dans une grande perplexité; ils répondirent enfin par des excuses et des promesses qu'ils n exécutèrent pas. Le prince d'Orange indigné se prépara à revenir à Gand ; entre temps Ryliovc se prêta à ce que l'on s'emparât cuez lui de la personne d5Hembieze qui fut effectivement arrêté : mais à peine le bas-peuple en eut-il été informé, qu'il investit avec fureur la maison de Ryhove, en demandant

SUR GA1NT). î3g

à grands cris Hembieze , qu'on fut obligé de relâcher. Rendu à la liberté, celui-ci nomma de nouveaux magistrats dont il fut proclamé chef.

Le prince d'Orange écrivit une longue lettre aux magistrats de Gand, pour leur offrir de venir encore pacifier leurs troubles. Hembieze qui se voyait perdu si le prince était reçu en ville, mit tout en œuvre pour empêcher son admission. Non content d'avoir fait publier dans cette intention un écrit en quatorze articles, du matin au soir il haranguait le peuple avec son confident Dathemis, relevait le mérite de ses services passés, et déclarait que son plan était de faire de Gand une seconde Genève ; que cette grande ville, redoutable par ses fortifications , deviendrait bientôt le centre du commerce le plus florissant. Tous ses efforts ne purent empêcher qu'on n'invitât le prince à venir. Dathenus s'éclipsa alors sans bruit; et Hembieze consterné descendit dans un bateau qui allait partir pour le Sas-de-Gand. Mais un cabaretier qui l'avait aperçu l'en fit sortir, et lui dit, en le menaçant de le tuer : « Point de fuite : tu nous as menés dans le bourbier, il faut nous en tirer, ou périr avec nous. »

l4o NOTICE HISTORIQUE

Hembiezefut forcé de se tenir caché. Le prince d'Orange , avec sa seule garde ordinaire , arriva le 18 août 1 579; deux jours après, il cassa les magistrats créés par Hembieze, il en créa d'autres selon les lois, et supprima les gardes de ce factieux. Le bas peuple excita néanmoins , pour le faire nommer colonel des 1 5 compagnies, une émeute que le prince d'Orange apaisa par sa fermeté. Le 29 août , Hembieze sortit en secret de la ville et se retira dans le Palatinat, auprès du prince Casimir, qui le gratifia d'une forte pension. Les troubles intérieurs de la ville de Gand et la domination des fameux dix-huit cessèrent à son départ. Le conseil de Flandre revint de Douai et reprit ses séances dans la capitale de cette province.

En janvier i58o, les états-généraux sur la proposition du prince d'Orange, rassemblés à Angers, discutèrent la déchéance de Philippe II, comme souverain des Pays-Bas. Les provinces du nord désiraient le remplacer par le duc d'Anjou et d'Alençon, quatrième fils de Henri II roi de France et frère de Charles IX : le Brabant et la Flandre proposaient la reine Elisabeth d'Angleterre ; les Wallons restèrent

fidèles à l'Espagne. La déchéance de Philippe II y fut définitivement prononcée le 26 juillet 1 58 1, et la souveraineté des Pays-Bas fut offerte au duc d'Anjou et d'Alençon. Le traité qui la lui conférait contenait 27 articles : il avait celui-ci de particulier qu'il autorisait les états-généraux à lui ôter tout pouvoir , s'il manquait à l'un des 27 articles. Ce prince, homme inquiet, sombre et toujours entouré d'une troupe de jeunes débauchés, fit son entrée solennelle à Gand, avec un superbe cortège , le 20 août 1 582 ; il était logé à la Courdu-Prince. La Chambre de rhétorique sut trouver dans son sein douze poètes assez versés dans la langue française et même dans l'art de la flatterie pour chanter les douze admirables vertus de Franç/wis, c'est-à-dire des vertus étrangères à ce prince faible, sans bonne foi et sans talents. Cette page de nos annales n'en est pas la plus belle. Les fêtes de son inauguration se firent avec la plus grande cérémonie, et durèrent pendant plusieurs jours. Ce nouveau comte de Flandre fit arriver son armée auprès de Gand. Celle du prince de Parme qui s'était emparée après un long siège ,

ï4^ NOTICE HISTORIQUE

de Tournai, qu'immortalisa l'héroïque défense de Marie de Lalaing, princesse d'Epinoy , s'avançait après avoir pris Audenarde ) pour couper les troupes alliées revenant de la West-Flandre. Le 29 août i58i on livra la bataille sous les murs de la ville 5 l'on sonna le tocsin; les bourgeois et les troupes sortirent au secours de l'armée Française; qui; renforcée des troupes des états ; de quelques régimens Anglais ; et soutenue par le canon de la place, repoussa avec le plus grand succès deux ou trois attaques successives de toutes les forces espagnoles ; et obligea le duc de Parme à se retirer à Audenarde, après avoir essuyé de grandes pertes. Pendant tout le temps de la bataille, le prince d'Orange et le duc d'Alencon n'avaient cessé d'animer les combattants du haut des murailles.

Les forces de la confédération contre les Espagnols s'affaiblissaient de jour en jour et les troubles recommencèrent à Gand. Semblable au flux et au reflux d'une mer orageuse , le parti des gueux et celui des catholiques reprenaient alternativement le dessus. Au mois d'août i 583, après une émeute, les sectaires

SUR GAKD. ï 43

envoyèrent à Franckentale des députes auprès d'Hembieze pour l'engager à revenir dans sa ville natale. Conduit par sa mauvaise étoile, il y reparut et ressaisit les rênes du despotisme. Mais ses nombreux ennemis y scrutèrent sa conduite, et découvrirent bientôt, que, pour pouvoir exercer sa vengeance et sa domination à l'abri d'une protection étrangère , il tramait un complot pour livrer Termonde et Gand aux Espagnols. Ces soupçons ne tardèrent point à se confirmer pleinement. Le 22 mars 1 584 y on arrêta sur l'Escaut , à la porte de Bruxelles , huit pontons et autant de barques remplies d'échelles , de pioches et de planches qu'Hembieze envoyait au camp espagnol à Wetteren. Le 23, l'alarme se répandit dans toute la ville, le peuple parcourait les rues en criant à la trahison. Les magistrats se rassemblent en tumulte à la maison-de-ville, et Hembieze croyant encore l'emporter par la force , la fait investir par son régiment : mais un des échevins saute par la fenêtre, court faire prendre les armes à toute la bourgeoisie et tombe sur les troupes d'Hembieze qui sont désarmées. Celui-ci accablé d'injures et de maie -

ifâ NOTICE HISTORIQUE

dictions , est conduit prisonnier à coups de hallebardes à l'hôtel de Wackene, où il futdestitué le soir même , de ses fonctions de premierde (M et de surintendant de la guerre. On venait d'intercepter deux lettres qui lui arrivaient du camp espagnol. La nuit on trouva dans son hôtel (aujourd'hui le tribunal de première instance, rue des Jésuites), trois canons et des armes de toute espèce, circonstance dont le parti des gueux profita pour exercer mille vengeances contre les cathoh-

*PQa fit à Hembieze son procès dans les formes • l'acte d'accusation, dans lequel on lui reprochait tous ses crimes antérieurs et sa trahison, contenait quarante-deux articles. Hembieze qui ne pouvait supporter le poids de l'adversité se défendit faiblement et avoua presque tout ce dont on l'accusait. Condamné à mort le *4 *oût d CU* k tête tranchée sur un échafaud dressé au milieu de la place S.'-Pharaïlde {Marché -au- Poisson). Le peuple toujours inconstant vit mourir avec indifférence cet homme trop fameux qu il avait idolâtré peu d'années auparavant. Son

SUR GAlSDe ï/p

sorps fut déposé dans un des caveaux de sa famille 5 mais on ne sait si ce fut dans l'église de S.VBavon ou de S^-Nicolas.

Hembieze avait environ 70 ans; il venait de se marier depuis peu avec la fille du conseiller Augustin van Hueme , à peine âgée de 20 ans. Notre poète latin Maximilien de Triendt a fait sur ce mariage inconvenant une satyre très-spirituelie. La tête d'Hembieze, ayant été exposée pendant quelques heures au haut d'une pique et étant tombée sur un des spectateurs , De Vriendt fit sur cet événement le distique suivant :

O quantum patriœ caput hoc nocuisse putemuè , Quando etiam vivispost suafata nocet.

Cette année i584 vit mourir dans l'espace de trois mois , trois personnages fameux qui avaient rempli un très-grand rôle dans cette longue tragédie. Le duc d'Anjou, dont la santé était ruinée de débauche , avait succombé le io juin à une maladie d'épuisement. Un mois après , jour pour jour, le prince d'O* range tomba sous les coups d'un fanatique nommé Balthazard Geerards.

l4<5 ftOTÏCE BÏSTOKIQTTS

Quant à Ryhove, qui commandait à Tef^ monde , il se retira prudemment en Hollande aussitôt qu'il eut appris la catastrophe de son compagnon de fortune : il y mourut peu d'années après > d'une longue maladie qui dégénéra en une frénésie terrible.

Le duc de Parme avait soumis toute la Flandre , et avait résolu de réduire par la famine la ville de Gand , qui seule n'avait point voulu se rendre et traînait ses malheurs encore plus d'un mois après la m ort d'Hembieze* ïl y réussit : il établit son camp à Beveren , et la capitale populeuse de la Flandre éprouva bientôt les horreurs de la famine. En vain les ministres calvinistes bercèrent le peuple de belles promesses : on manquait de pain , on était réduit à manger les chats, les chiens et même les alimens les plus rebutans. D'un autre côté les gens paisibles conseillaient une réconciliation nécessaire. Elle fut signée au camp de Beveren , le 1 7 septembre 1 584* Cette capitulation consistait en douze articles : la religion catholique seule était admise 5 ceux qui ne se soumettraient pas, avaient deux ans pour se retirer où bon leur semblerait; avec

SUR G AND» ï47

k libre disposition de leurs biens : le clergé était rétabli et rentrait dans la jouissance de tous ses biens : la ville donnait une somme de deux cent mille florins et devait livrer six des principaux mutins. Elle recevait garnison espagnole , etc. etc.

Les Espagnols y entrèrent le lendemain, et aussitôt la rivière fut couverte de bateaux chargés de toutes sortes de provisions, pour ravitailler cette ville affamée. La distribution fut faite avec ordre, ainsi que les jours suivans et l'abondance se fit bientôt ressentir. Les magistrats furent changés insensiblement : les religieux et les religieuses, d'abord en petit nombre, revinrent loger chez leurs amis ou leurs parents, jusqu'à ce que leurs couvents fussent rétablis ou rebâtis.

Le conseil de Flandre se trouvait encore à Douai, depuis i58o. La ville de Gand , lui envoya, d'après le consentement du prince, des députés pour l'engager à revenir à des conditions très -favorables. Les membres du conseil reparurent, et le magistrat mit à leur disposition des voitures , des bateaux et des escortes pour le transport de leurs familles ^

l48 NOTICE HISTORIQUE

meubles et bagages. Arrivés à Gand le i5 mars i585? les membres du conseil ouvrirent le tribunal le 12 du mois suivant et tinrent leurs nouvelles séances. Ceux qui avaient été créés conseillers par l'archiduc Mathias, ainsi que les membres de la prétendue chambre des comptes , se dispersèrent : plusieurs d'entre eux allèrent vivre en Zélande, où leurs familles existent encore.

C'est ainsi que la Flandre , après vingt ans de troubles affreux et d'une guerre sanglante, rentra sous la domination espagnole. Le prince de Parme confia le gouvernement de la ville à Champigni, frère du cardinal de Granvelle, et ce nouveau gouverneur vint occuper ^'hôteld'Hembieze.La citadelle fut reconstruite et une tranquillité sombre et triste reparut dans cette ville, théâtre peu de temps auparavant de tant de passions différentes. Plus de onze mille individus la quittèrent, plutôt que de renoncer à la nouvelle religion, et ils allèrent porter les uns leur misère, les autres leur fortune et leur industrie en Angleterre et en Hollande. Un tiers des maisons de la ville était abandonné*

SUR GAÎÏD. l49

Vers le milieu du mois de mars i586, on apprit à Gand la mort de Marguerite de Parme , ancienne gouvernante des Pays-Bas , décëdée à Ortona, dans le royaume de Naples. Elle fut sincèrement regrettée de la généralité des Belges. A peu près dans le même temps, le cardinal de Granvelle mourait à Rome.

Guillaume Van derLinden, de Dordrecht , professeur en théologie à l'université de Louvain, et antérieurement évêque deRuremonde, fut nommé deuxième évêque de Gand ; il mourut en i588, après avoir administré son diocèse pendant trois mois.

Cette époque vit parvenir la nouvelle république des Provinces-Unies à son plus haut degré de prospérité et de bonheur : l'attachement à la patrie électrise tous les cœurs et enfante des prodiges : l'amour des lois et de la liberté étend son empire dans ce pays industrieux, et les Provinces-Unies, où Guillaume avait fixé l'indépendance , donne à l'univers entier le beau spectacle de l'accord le plus parfait et d'une égale persévérance à humilier leurs formid ables ennemis et à s'opposer à leurs attaques,

Philippe II, accablé de chagrins et de vieil-

lesse , voulut avant de mourir terminer U guerre avec la France ; Henri IV de son coté désirait aussi la paix. Clément VIII , profitant des dispositions pacifiques des deux souverains ; envoya en France le cardinal de Mcdicis, archevêque de Florence, pour presser les négociations : elles emxntlieuàVervins, et par la médiation du cardinal , la paix y fut conclue entre la France et l'Espagne le i mai 1698, et mit fin aux hostilités. Philippe II , ayant perdu à jamais l'espoir de recouvrer intégralement les Pays-Bas , où il avait inutilement sacrifié tant de sang et les trésors de l'Amérique , avait formé le projet de séparer les provinces Belgïques de la monarchie d'Espagne et de les donner en souveraineté à Isabelle- Glaire-Eugénie, sa fille, alors âgée de 32 ans 3 elle devait épouser l'archiduc Albert, fils de Maximilien II, empereur d'Allemagne. L'acte de cession des dix-sept provinces (car Philippe se regardait toujours comme souverain des provinces septentrionales) fut signé à Madrid, le 6 mai i5g8; il porte que le roi d'Espagne avait consenti à cette séparation, en considération du repos des Pays-Bas, au bonheur

SUR ï5ï

desquels il importait d'être gouverné par ua prince qui y résiderait. L'archiduc était déjà venu en Flandre en i5g6, en qualité de gouverneur-général; il jura le maintien des lois et des privilèges de la nation , reçut le serment de fidélité et d'obéissance des membres des états et partit pour l'Espagne, où il devait épouser l'infante Isabelle. Il remit le commandement de l'armée à François Mendoza, amiral d'Arragon, et les rênes du gouvernement au cardinal André d'Autriche , évêque de Constance , homme sévère. Philippe II , dont les forces vitales étaient épuisées depuis plusieurs années , mourut rongé de chagrin au palais de l'Escurial, le i3 septembre 1098, à l'âge de *j2 ans. Ce fut à Ferrare que le pape Clément VIII , bénit le 5 décembre de la meure année le mariage de Philippe III, avec Marguerite, archiduchesse d'Autriche et celui de l'archiduc Albert avec l'Infante Isabelle. Le souverain pontife offrit ensuite pour les deux épouses la rose bénite , consistant en un pot à fleurs de la hauteur d'un pied, et travaillé en or massif, ainsi que le bois, les feuilles efc les fleurs. Le 28 janvier ï6oo les archiducs, mi-

Xfo NOTICE HISTORIQUE

vant de Termonde , firent leur brillante entrée à Gand. Tout le clergé , les magistrats en robes rouges et la noblesse allèrent à leur rencontre jusqu'à trois lieues de Gand, où on leur offrit le vin d'honneur. Ils arrivèrent par la porte d'Anvers, où les Espagnols donnèrent le spectacle d'un combat simulé. Leurs altesses descendirent alors de voiture, montèrent à cheval, traversèrent en cortège les rues éclairées par un nombre infini de flambeaux, et furent conduites à l'évêché (aujourd'hui l'hôtel du gouvernement) où elles logèrent. Le surlendemain, après les complimens d'usage, leur inauguration solennelle eut lieu au Marché-du-Vendredi, selon le cérémonial usité. Ces aimables princes dont le souvenir est encore cher à tous les Belges, s'appliquèrent à leur faire oublier les calamités dont le duc d'Albe les avait accablés. Ils aimèrent et encouragèrent les sciences et les arts. La sévérité de mœurs et les pratiques de la religion catholique étaient soigneusement observées à leur cour : et les Gantois, en admirant la douceur de leur caractère, s'attachèrent sincèrement à un gouvernant sous lequel leur ville reprenait son an-

SUR G AND» l53

cienne prospérité. La Belgique dût plus tard à l'archiduc Albert l'ordonnance nommée êdit perpétuel, qu'on pouvait considérer alors comme le code civil et judiciaire des Pays-Bas , car il renfermait des dispositions sur l'homologation des coutumes, sur les testamens, les contrats civils, les prescriptions, et surtout il était remarquable en ce qu'il obligeait les curés à tenir en bonne forme des registres des naissances, mariages et décès.

Tandis que la Belgique rentrait sous la domination de la maison d'Espagne, et que les archiducs recueillaient partout des marques de l'amour qu'on leur portait, Maurice, digne fils du prince d'Orange , continuait une guerre active contre les armées espagnoles et était débarqué près de Nieuport. Au premier bruit de cette irruption, les archiducs rassemblent une armée nombreuse sous les murs de Gand , la passent en revue, et l'infante Isabelle à cheval, harangue les officiers et les soldats , et les anime à se battre avec courage pour la religion, le roi et la patrie» Ils s'avancent contre Maurice qui remporta sur euxla célèbre bataille deNieuport , le 2 juil*

'.H 54 KÔTÏCI HISTORIQUE

îet 1600. L'archiduc Albert arrivale lendemain à Gand, donnant partout des ordres avec une grande présence d'esprit. Il avait été fort exposé pendant la bataille : il avait été sur le point d'être fait prisonnier et le cheval qu'il montait fut pris par les ennemis. Grotius en* core jeune alors, nous a donné un beaupoëme sur la bataille de Nieuport, et il fait dire au dieval de l'archiduc :

Fars haud temnenda triumphi Prœda fui, fierem ne fugientis equus.

Pendant un laps de temps de plus de cent ans, c'est-à-dire jusqu'aux conquêtes de l'ambitieux Louis XIV, l'histoire de Gand et de la Flandre nous offrira peu de faits remarquables. Semblable à l'abeille, qui, après avoir été long-temps battue par l'orage, secoue ses ailes chargées de pluie , et retourne à ses douces occupations ; le Flamand, sous l'influence d'un gouvernement paisible et pacifique, s'adonne de nouveau à son industrie et aux arts, doux enfans de la paix. C'est surtout à cette époque que l'on peut appliquer cette pensée si vraie : heureux le peuple dont l'histoire est ennuyante*

StTR GATÎÎ5* ï55

Pierre Damant, nomme troisième évêque de Gand en l'année i5go , mourut en 1609* Charles Maes , passa de l'évêché d'Ypres à celui de Gand, dont il fut le quatrième évêque; il mourut en 161 2. L'année suivante Henri van der Burch , doyen de l'église métropolitaine de Malines lui succéda ; ce dernier prélat passa en 1616 à l'archevêché de Cambrai,

Le 3o septembre 161 6 ? les reliques de S.*- Maquaire sont rapportées avec une grande solemnité de Mons , en Hainaut, à Gand,

La même année la chambre des pauvres , fidèle aux vœux qu'avait émis Charles-Quint, institua des écoles pour les pauvres. Il y en avait deux pour les garçons et deux pour les filles. Celle des Garçons bleus (de Schoole van de Blawve jongens ) , ainsi appelés de la couleur de leur habillement , était située dans la rue que nous nommons à présent Barrestraete, à l'endroit ou se trouvent les maisons marquées n.os 12 et ï4 : l'on n'y recevait que des orphelins : celle des ' K aider s (ainsi appelés parce que leur costume consistait en un Jculder 9 ou habit de peau jaune) est encore située derrière Saint ~Bavoii; dans le

ï56 NOTICE HISTORICITÉ

ci-devant couvent des frères Hiéronymites ; on y recevait les enfans que leurs parenâ ne pouvaient élever : ces deux écoles furent réunies en 1795, Les Filles bleues habitent encore dans la rue Basse, n.° 6. L'école des Corsets rouges (de Roode lyvekens) était sur le Neder-Kauter, n.° 11 , et vers 1769 elle fut établie au Godshuis, dans la maison n.°* 7 et 9 : ces deux écoles ont conservé leur costume primitif ; la première est pour les enfans que leurs parents n'ont pas le moyen de nourrir et d'élever; la seconde pour les orphelines.

Jacques Boonen, doyen de l'église métropolitaine de Malines , conseiller du grand conseil, est installé en 1617 en qualité de sixième évêque de Gand, et passe en 162 1 à l'archevêché de Malines.

Le 23 novembre 1623 , l'infante Isabelle posa la première pierre du choeur de l'église de S.t-Michel. L'année précédente Antoine Trie 'st, évêque de Bruges, avait été appelé à l'éveché de G and, où il mourut en 1657, à l'âge de 81 ans. Septième évêque de celte ville , il avait été ecclésiastique pendant 55

ans et comptait quarante années d'épiscopat.

Le 19 janvier 1624, une grande partie de la tour de l'église de S.*-Nicolas fut brûlée par la foudre.

Le i.er mal 1640 une grande partie du toit de l'église de S.VBavon devint la proie des flammes. L'année suivante Gillis d'Haese, de Gand, généralissime de l'armée de Venise, se rendit célèbre par plusieurs victoires éclatantes et reprit la ville de Creusnach. Une tradition populaire rapporte qu'il était garçon boulanger et qu'ayant été mal accueilli d'une jeune blanchisseuse de la paroisse de S.*-Sauveur, à laquelle il faisait la cour, il s'engagea comme simple soldat au service delà république. Ses talents et sa bravoure l' élevèrent bien^ tôt à des grades supérieurs. Il voulut revoir sa patrie, ou il rentra avec le titre $ Excellence. On lui offrit un repas somptueux à la maison» de-ville.

Le 18 mars 1660, on publia à Gand la paix dite des Pyrénées, entre le roi d'Espagne et celui de France : cette paix combla les vœux desPlamands qui la désiraient vivement depuis long-temps. Charles van den Bosch, d'abord

î 58 KOTICE HISTORIQUE

évêque de Bruges , fit son entrée solennelle à Gand, cette même année, et en fut le huitième évêque ; il mourut le 5 avril i665.

Dans le mois de février 1666, Charles II, fi]s de Philippe IV, roi d'Espagne, décédé à Madrid, fut inauguré à Gand en qualité de comte de Flandre. Il n'était âgé que de 4 ans. La même année on célébra dans le grand Béguinage, au son de toutes les cloches de la ville et avec la plus grande solennité , le jubilé de mille ans , en l'honneur de Sainte-Begge , fondatrice des Béguines.

Eugène Albert d'Allamont, évêque de Ruremonde, fit son entrée solennelle à Gand, en 1 666; il en était le neuvième évêque. Il mourut subitement à Madrid , le 28 août 1673. On soupçonne fortement qu'il fut empoisonné, pour avoir chanté un Te Deum après la prise d'Audenarde par les Français, sur les Espagnols. Son chapitre, craignant qu'il ne lui arrivât quelque chose de sinistre, avait voulu s'opposera son départ ; mais d?Àllamont fort du témoignage de sa conscience , eut le courage de se rendre en Espagne.

Le 21 août i668; don Juan Domingo Zu*

ninga, comte de Monterey , fît son entre'e solennelle à Gand, en qualité de gouverneur des Pays-Bas. Ce général habile qui fortifia plusieurs villes de la Belgique } fît construire en 1675 les fortifications , dont il existe encore quelques vestiges entre la porte de S. ^Pierre et celle de S^-Liévin. Cette année vit encore s'accroître le nombre des maisons de bienfaisance que les philanthropes admirent dans notre ville. Le 22 décembre on ouvrit une nouvelle maison de charité pour les vieillards y les aveugles, les boiteux et les indigents.

Par le traité de paix des Pyrénées > conclu dans l'île des Faisans , sur la rivière de la Bidassoa , la France restituait à l'Espagne ? Ypres, Âudenarde, Dixmude, Furnes et Merville : l'Espagne cédait à Louis XIV dans l'Artois, Ârras , Hesdin , Bapaume ; Lillers et Lens ; dans la Flandre , Gravelines > Bourbourg ; Saint- Venant • dans le Hainaut , Landrecies , Le Quesnoi, Avesne, Mariembourg et Philippeville; dans le Luxembourg, Thionville, Montmédy, Ham et Villers. Mais bientôt l'ambitieux Louis XIV qui s'était marié avec l'infante Marie-Thérèse d'Autriche , revendiqua du chef

l6o NOTICE HISTORIQUE

de son épouse, de prétendus droits aux duchés de Brabant et de Limbourg, droits auxquels il avait renoncé en recevant 5oo,ooo écus pour dot de la reine. Au commencement de l'été 1667, deux armées françaises pénètrent sans aucune déclaration de guerre dans les Pays-Bas, qui se trouvaient sans défense , et en moins de quatre mois les Espagnols perdent la plupart des villes des provinces Belgiques.

L'Angleterre, la Suède et la Hollande, se réunissent pour s'opposer aux invasions de la France et négocient à Bruxelles, le 23 janvier ,1668, un traité connu sous le nom de triple alliance. Cette guerre fut terminée par le traité d'Aix-la- Chapelle du 1 mai , de la même année. Dans les négociations de ce traité, l'on vit la hauteur impérieuse de Louis XIV se briser contre le caractère inflexible d'un simple républicain. Ne vous fiez pas à la parole du roi, disait-on à Van Beuning, bourguemestre d'Amsterdam : j'ignore ce que le roi veut, répondit-il y je considère ce qu'il peut, et il régla les conditions du traité. Louis garda la Flandre, confirma la paix des Pyrénées , mais il conserva son ressentiment , qui lui fut plus tard Ken funeste*

SUR GÀTfD» l6ï

Offense de la fierté républicaine des Hollandais, il parvint par l'or et l'intrigue à détacher l'Allemagne et la Suède de leur parti. Il entre à l'improviste en Hollande, par le Rhin et la Meuse ; et pendant cette campagne de 1672, il occupe les provinces de Gueldre,d'Utrecht e t d'Overyssel avec quarante villes. Dans ces circonstances désastreuses, Guillaume I.er, prince d'Orange,homme actif et courageux est proclamé stadhouder ; il intéresse au sort de la république plusieurs puissances de l'Europe, et l'Es» pagne lui envoie des secours. La guerre exerce de nouveau ses fureurs dans les Pays-Bas, et le sang arrose encore nos frontières. Lei 1 août 1674, le prince d'Orange attaque les Français au village de Séneffe, entre Nivelle et Marimont; Condé reste maître du champ de bataille. Le 9 mars 1678, Louis XIV s'empare de Gand après un siège de 6 jours. Mais il n'en demeura pas maître pendant long-temps. Par la paix de Nimègue, signée le 17 septembre de la même année, la France restitua à l'Espagne Gand , Charleroi , Audenarde , Courtrai,le pays de Waes et le duché de Limbourg. François Hoorenbele, dixième évêque de

Gand et ancien doyen de l'église de Saint- Pierre à Louvain, fut installé en 1677; il mourut l'année suivante et eut pour successeur Ignace Augustin van Grobbendonch ; ce prélat fit son entrée solennelle à Gand en 1680 et mourut la même année.

Albert comte de Homes, d'abord prévôt de l'église cathédrale de S.t-Bavon, fut appelé aux fonctions épiscopales le 21 juin 1681 et mourut le 4 juin 1694. Il fut le douzième évêque.

Le 3 février 1687, tr0*s T°leurs avaient profané les saintes hosties , furent condamnés à Gand au dernier supplice. François Usdam ainsi que Pierre Bogaert furent brûlés vifs , et Jean Melyn fut pendu. -Iies~sàintes hosties furent rapportées en grande cérémonie de la nouvelle chapelle de Maelte - Brugge par Jïlaur Verschuere, abbé de S^-Pierre.

Charles II , roi d'Espagne aussi faible d'esprit que de corps , étant mort sans héritier le i.er novembre 1700, avait fait quelque temps auparavant un testament qu'on ne connaissait pas et par lequel il nommait pour son successeur, Philippe, duc d'An] ou ; petit-fils de

sira GAiro. i63 Louis XIV. Sous le nom de Philippe V, le duc d'Anjou, fut proclamé en Flandre , roi d'Espagne. Mais l'empereur d'Allemagne Léopold, qui prétendait à la couronne d'Espagne pour son fils l'archiduc Charles, détacha du parti de la France, l'Angleterre et la Hollande, qui conclurent le 7 septembre 1 7 o 1 , un traité connu sous le nom de la Grande alliance, par lequel ces puissances jurèrent de s'unir pour soutenir les prétentions de l'empereur sur la couronne d'Espagne. Philippe V n'en fut pas moins inauguré à Gand, le 19 mars 1702, et à cette occasion des fêtes magnifiques eurent lieu sur le Marché -du- Vendredi,

Le 2 juin delà même année, un conseil royal fut créé à Bruxelles ,.et la chambre des comptes de la Flandre fut réunie à celle de Brabant. Le 16 décembre, le comte de Bergeyck, chef du conseil des finances du roi d'Espagne, porta une ordonnance par lequel tous les actes authentiques devaient être écrits sur papier timbré.

Par un octroi du 2 avril 1704 les états de Flandre et de Brabant firent construire la belle chaussée qui conduit de Gand à Bruxelles*

l64 NOTICE HISTORIQUE

La Hollande , l'Angleterre et l'Empereur d'Allemagne déclarent la guerre à la France , et les champs fertiles de la Belgique sont de nouveau teints de sang. Le mai 1706 , Malborough, à la tête des armées alliées , gagne sur les français la célèbre bataille de Ramillies, et il s'empare de Gand sans coup férir.

Pendant que l'armée des alliés assiégeait Lille, les français, que commandait le duc de Bourgogne, célèbre par les vertus que lui avait inspirées Fénélon, et le duc de Bavière, qui était sincèrement attaché à la France, revinrent en Flandre pour opérer une diversion. Après s'être emparés d'Ypres et de Bruges, ils vinrent mettre le siège devant la ville de Gand , où ils entretenaient des intelligences , et sous la conduite du brigadier Délia Faille, ils y entrèrent le 5 juillet 1708. Des habitans leur avaient livré pendant la nuit la porte de S.t-Pierre. Mais ils ne s'y maintinrent encore que l'espace de quelques mois. Le prince Eugène de Savoie et le duc Malhorough l'assiègent le 1^ décembre de la même année. Déjà les tranchées étaient ouvertes, les canons et les mortiers étaient en batterie , prêts à mettre la ville en feu, quand

SUR GAND. l65

elle capitula le 3o. Le comte de Lamotte en était gouverneur : il en sortit le 2 janvier 1709, avec la garnison composée d'environ i4oo hommes; elle fut conduite à Tournai, emmenant avec elle six pièces de canon et deux mortiers. Voici quelques articles de la capitulation conclue avec le duc de Malborough et les Hollandais :

« La religion catholique, apostolique etro- » maîne sera conservée , continuée et exercée » en son entier dans toutes les églises et autres » lieux de la ville, district, ou diocèse de » Gand , en toutes les formes et manières ac- » coutumées : l'évêque moderne et ses succes- » seurs en dignité ; l'évêché , le diocèse, l'église » etle chapitre de la cathédrale, les abbés, an* » bayes, prieurés et tous les autres chapitres, » cloîtres , églises , hôpitaux, béguinages , la » chambre, les tables et les écoles des pauvres » et d'autres séminaires , fondations, lieux » pieux , et communautés de l'un et de l'autre » sexe, pareillement tous les ecclésiastiques » tant réguliers que séculiers , en général et en » particulier présents et futurs, seront main- » tenus en toutes leurs prééminences, juris-

ï66 NOTICE HISTORIQUE

» dictions , immunités , privilèges , bénéfices, 5> exemptions , dîmes , droits , dignités, mai- » sons, bien meubles et immeubles, et tous » autres , tels qu'ils pourraient être eu quel- » que lieu qu'ils soient situés, comme aussi 3) tous les vases, peintures ou ornemens et » autres choses destinées au culte divin, et ?> servant tant au-dedans qu'au-dehors des » églises et aux processions publiques et au- » t rement; la ville de Gand et banlieue, la » ehâtellenie , pays , quartier et département » de la même ville seront maintenus et con- » servés en toutes leurs prééminences, coup tûmes, libertés, etc., etc., etc. »

Après la prise de Gand , Louis XIV , obligé de s'humilier, demande la paix qu'on lui refuse. Eugène et Malborough restent maîtres du champ de bataille de Malplaquet, couvert de trente mille hommes tués ou blessés , et le monarque français se voit réduit au point d'offrir lui-même de l'argent aux alliés pour détrôner son petit-fils ; ceux-ci , rendus audacieux par leurs succès, exigeaient qu'il se chargeât seul de le détrôner ; ce qu'il refusa. Enfin quelques avantages remportés par h

SUR GÀND. Ï67

maréchal de Villars, accélèrent la paix d'Utrecht, qui fut signée le 11 avril 17 13. Les Pays-Bas, tels que Charles ÎI les avait possédés, rentrent sous la domination de la maison d'Autriche.

Le 3 février 1 730, mourut à Gand, à l'âge de 92 ans y Philippe Erard Van derNoot, notre treizième évêque. Natif de Bruxelles , il avait été prévôt de la métropole de Malines, et avait été appelé aux fonctions épiscopales le 4 juui i6g5. Jean-Baptiste de Smet, né à Lokeren, d'ahord évêque d'Ypres et chanoine de Malines, lui succéda le 9 mars 1732, et mourut en 1 74 1 •

Le 3 1 août 1 7 3 1 , S. A. I. le duc de Lorraine, depuis empereur, sous le nom de François I.er, arrive à Gand et loge à l'hôtel magnifique du baron de Kieseghem.

Marie -Thérèse, fille aînée de l'empereur Charles VI, regretté de tous ses sujets qu'il avait gouvernés avec bonté , succéda à son père et épousa, le 12 févier 1736, François duc de Lorraine et de Bar, qu'elle associa plus tard à la co-régence de ses états.

Le 3i juillet 1789, mademoiselle Schautfteet, mourut à Gand, à l'âge de 106 ans.

ï68 NOTICE HISTORIQUE

On éprouva en 174°; à Gand et ^ans toute la Belgique, un hiver des plus rigoureux. Il commença à geler la veille des Rois, et le dégel ne s'annonça que 65 jours après.

Marie-Thérèse privée de son père à l'âge de 23 ans, et n'ayant plus que quelques débris de troupes découragées à opposer aux rois de France, d'Espagne, des Deux-Siciles et de Pologne qui l'attaquaient à la fois pour se partager son bel héritage , déploya un héroïsme et un génie qui triomphèrent enfin de tous ses ennemis.

Le 7 janvier iy44^ le duc Charles de Lorraine épousa à Vienne l'archiduchesse Marie- Anne. Le lendemain de leur mariage, Marie- Thérèse leur donna le gouvernement-général des Pays-Bas. Ils arrivèrent à Gand, le <il\ avril et ils y( célébrèrent avec beaucoup de pompe l'inauguration solennelle de Marie-Thérèse, comme comtesse de Flandre. Le duc Charles reçut le serment de fidélité des États de Flandre et jura au nom de la souveraine de respecter et de faire respecter les lois et privilèges de cette province. Le 16 décembre de cette année; l'intéressante épouse du duc Charles ;

StJR GAND* 169

dont la douceur était passée en proverbe en Flandre , mourut des suites d'une couche prématurée, ayant àpeine atteint l'âge de 23 ans, En 1 745 , Louis XV, échappé d'une maladie qui avait fait trembler toute la France, envoie aux Pays-Bas le maréchal de Saxe, à la tête d'une armeé de 100,000 hommes, et remporta le 1 1 mai une victoire célèbre dans les plaines de Fontenoi, sur l'armée anglaise, hanovrienne et hollandaise. Tournai se rendit, et le 9 juillet un corps nombreux de troupes françaises, sous les ordres de I)u Chalas, lieutenant-général, attaqua les troupes alliéeé au nombre d'environ 6000, commandées par le général autrichien Baron de Molck, qui avait reçu l'ordre d'entrer dans la ville de Gand. Ce faible corps d'armée fut entièrement battu à Melle, village à une lieue de la ville. Plusieurs officiers français se distinguèrent dans ce combat par des actions étonnantes de bravoure. Plus de 5oo hommes restèrent sur la place et environ ï5oo alliés, presque tous anglais, furent faits prisonniers de guerre. Deux jours après, le onze juillet , le comte de J.oivendal, danois de naissance , qui commandait sous les ordres du

prince de Saxe, entra dans la ville par surprise , à la pointe du jour , et s'empara de tous les magasins de l'armée confédérée : ils consistaient en une immense quantité de provisions de guerre et de bouche , et en plusieurs millions de marchandises appartenant aux anglais. Sept cents hommes , qui formaient la garnison du château, se rendirent le i5, et le baron de Kieseghem, grand -bailli et gouverneur de la ville fut fait prisonnier de guerre. Le roi de France, Louis XV, fit son entrée solennelle le 25 du même mois. Toutes les confréries avaient été à sa rencontre, et la garnison formait une double haie. Il fut conduit avec le dauphin au palais épiscopal , où son logement lui avait été préparé. Dans le mois de février 1 748 , le roi de France avait nommé le maréchal de Saxe, gouverneur des pays conquis, et ce dernier recevait en cette qualité un traitement annuel de 180 mille florins payés par les villes de la Belgique qu'il administra avec beaucoup de rigueur et de sévérité. De tous les impôts, celui sur les passe-ports excita le plus de mécontentement. Quand un Belge voulait voyager d'une ville aune autre, il devait

SUR G AND» tjï

prendre un passe-port 3 qui n'était jamais accordé pour moins de trois mois, et qu'on payait trois couronnes au gouverneur-général.

Alarmés des succès du prince de Saxe , les anglais et les hollandais firent des propositions de paix entre toutes les puissances belligérantes. Les hostilités cessèrent le 3 mai 1748* et le traité définitif fut signé à Aix-la-Chapelle , le 18 octobre suivant. On vit avec plaisir à Gand, le départ prochain des français , car on était surtout outré des passe-ports du maréchal de Saxe. Le 3 novembre , le général comte de Grime et le conseiller privé de Neny, vinrent à Bruxelles pour traiter de l'évacuation des troupes françaises ; le vicomte de Cayla et l'intendant-général de Sechelles > qui avait levé pour les français des taxes , des vingtièmes deniers , des capitations , etc. , furent nommés commissaires de Louis XV. Après plusieurs conférences ; les quatre commissaires signèrent une convention par laquelle les français, sous le commandement de M. deGraulet> devaient quitter Gand le 28 janvier 1 749 , et se retirer sur Mons ; ce qui eut lieu. Peu après les régimens autrichiens reparurent et furent

accueillis avec de grandes démonstrations de joie.

Le 9 novembre 1762, S. A. R. le duc Charles de Lorraine assiste au tir-à-1' oiseau de la confrérie de S.-George et se fait inscrire en qualité de membre de cette société. Le lendemain il abat l'oiseau-royal.

Le 17 juillet 1760, à une heure trois-quarts après minuit , on éprouva à Gand un tremblement de terre qui se fit sentir à diverses reprises : quelques personnes furent renversées et légèrement blessées.

Maximilien Antoine Vander Noot, quinzième évêque de Gand, mourut en l'année 1770, à Tâge de 85 ans. Né à Bruxelles, il avait été chanoine de la cathédrale de Saint- Bavon, et président du séminaire épiscopal.Il était neveu de l'évêque Philippe Erard et fut appelé aux fonctions épiscopales en 1 742 , par l'impératrice, reine de Hongrie, souveraine des Pays-Bas.

Le i4 décembre 1771 , Gérard van Eersel fut nommé à l'évêché de Gand , dont il fut le seizième évêque. Il mourut le 24 mai 1778* Né à Anvers , le 28 décembre 1 7 1 3 , il avait été primus à l'université de Louvain,

SUR GAîND. ï 73

Le 20 septembre 1773 , les jésuites sont supprimés à Gand : leur collège et leur église sont fermés ; on y applique les scellés.

Marie -Thérèse ni cuit à Vienne le 29 novembre 1780; elle avait régné pendant 4<> ans et en avait vécu 63. On célébra ses obsèques avec beaucoup de pompe dans l'église de Saint» Bavon. Cette grande reine fut pleurée sincèrement par tous les Belges , pour lesquels elle fut toujours la plus tendre des mères. Elle eut la gloire de les rendre heureux, après avoir repoussé victorieusement les ennemis qui semblaient avoir conjuré le démembrement des Pays-Bas. Sous son règne d'heureuse mémoire , l'agriculture, le commerce, les manufactures parvinrent à un très-haut dégré de prospérité: les beaux-arts brillèrent d'un nouvel éclat , la peinture, la gravure, la sculpture et l'architecture firent de grands progrès. Cette princesse avait déclaré que l'étude et la profession des arts libéraux ne faisaient plus perdre les titres de noblesse; elle avait créé des bibliothèques pour l'instruction et l'agrément de ses sujets, et institué des académies, des universités et des collèges ; que la reconnais-

3^4 KOTÎCE HISTORIQUE

tance publique appela Thêrésiens, du nom de leur auguste et immortelle fondatrice.

Le 3o novembre , Joseph H annonça aux états de Flandre la mort de son auguste mère et les assura en même temps que les privilèges , immunités et coutumes des provinces fcelgiques seraient fidèlement maintenus. Le 1 5 juin 1781 y il vint incognito à Gand; et ad-

Ira avec étonnement son opulence, ses richesses et sa prospérité. Arrivé dans la rue des Rémouleurs {Slyp-stmst) près de la maison portant le n.° 90, il descend de sa voiture et se met à genoux en rencontrant un prêtre qui portait les derniers secours spirituels à un malade. Il alla loger à l'hôtel de St. -Sébastien» sur le Kauter,

Le 3i juillet 1781 , le duc Albert de Saxe* Teschen et l'archiduchesse Marie- Christine , son épouse , font leur entrée solennelle à Gandr en qualité de gouverneurs-généraux des Pays- Ras., Joseph II est inauguré comme comte de Flandre, sur le marché du Vendredi. Il est représenté par le duc Albert, qui en son nom fait le serment d'observer le pacte de la 'Jfa$eme-*nteé*i tel que Marie-Thérèse l'aval

SUR GÀND» ïjS

juré. Joseph II en montant sur le trône, avait formé le projet d'exécuter par la force de nombreuses réformes , aussi bien dans l'état ecclésiastique que dans la magistrature; mais négligeant les leçons de l'expérience, et oubliant qu'on ne commande point tout-à-coup à la pensée , il fit paraître successivement des édits dans lesquels les représentans de la nation crurent voir l'anéantissement de leurs privilèges.

Le 1 2 novembre 1 78 1 , les gouverneurs-généraux font connaître que la religion catholique sera toujours la religion de l'état; mais que néanmoins la charité chrétienne et l'humanité obligeaient l'empereur à accorder la liberté de leur culte à toutes les communions protestantes, sous la condition expresse que les édifices où les prêches auraient lieu, ne porteraient aucun signe extérieur.

Continuant à étendre sa main réformatrice sur la Belgique, Joseph II fait publier vers le milieu du mois de décembre 1781, que les enfans nés d'un père catholique et d'une mère protestante seraient élevés dans la religion catholique; mais que si le père professait k

in6 NOTICE HISTORIQUE

religion protestante, les garçons suivraient la religion du père, et les filles seraient élevées dans celle de la mère. L'archevêque de Marines s'opposa de toute sa puissance à cette ordonnance, ainsi qu'à celle du même mois, par laquelle il était défendu de s'adresser au saint siège pour obtenir des dispenses de mariages» Le Belge naturellement religieux et fort attaché à ses lois et aux habitudes de ses pères , s'aigrit contre le gouvernement de Joseph II > et la résistance , fomentée d'ailleurs par une partie du clergé et de la magistrature, s'accroît de jour en jour.

Par un décret du 4 septembre 1782 , il est défendu de traîner par les rues sur une claie le corps de ceux qui s'étaient suicidés. Quel ques années auparavant, Marie-Thérèse cédant à ses sentimens d'humanité, avait aboli l'affreuse torture.

Le 17 mars 1788 , il parut à Gand un édit de l'empereur qui supprimait plusieurs couvents d'hommes et de femmes : en voici le commencement :

« Considérant que plusieurs ordres reli- )> gieux qui mènent seulement une vie

» contemplative; et qui sont à cet égard des » membres inutiles à la société civile , ne font )> aucun bien à leur prochain , je suis obligé » d'en faire une abolition générale dans mes » états , etc. , etc. »

En vertu de cet édit les couvents suivans furent supprimés pendant le cours de 1783 et 1 784 y savoir :

Les Chartreux, situés en face du pont du même nom; les chanoines réguliers de l'ordre de Saint- Augustin, àMelle, près de Gand; lesThérésiennés ou les Carmélites ; elles habitaient depuis 1 625 dans la rue de la Caverne, ïlol-straete, et avaient été fondées le 20 septembre 1622 , par Albert et Isabelle* qui permettaient à quelques dames de leur hôtel de fonder une maison de carmélites; les chanoinesses régulières , dites de Galilée > dans la rue Haute / à l'endroit marqué n.os i5 et 17; les chanoinesses régulières de S.te-Barbe, dite de Jérusalem y dont le couvent se trouvait en partie rue de St.-Etienne (indeStefaen-straete) à l'endroit marqué nos 27 et 29; il était encore appelé la maison de Dieu et la maison de S.te-Barbe; le couvent de S.te-Agnès, qui servit long-temps de douane^

ï 78 NOTICE HISTORIQUE

de magasin militaire ; et est destine' aujourd'hui à Y École des arts et métiers.

Les chanoine s se s régulières dite de Deynze* On leur avait élevé' en i5oi , un monastère à côté de l'église de St.-Martin. Elles s'occupaient de l'éducation delà jeunesse et furent en 1 794 définitivement expulsées de leur couvent qui sert maintenant d'hôpital militaire.

Les Urbanistes > de la règle de S.te-Claire, {claressen ou clarissen) ainsi nommées de la réforme du pape Urbain VIII \ elles habitaient sur la Lys-au-bois une maison marquée des n.os 1 o et 1 2 ; leur église a été conservée. Elles furent entièrement supprimées en 1793.

Les dominicaines (Predihheeressen) . Elles habitaient; lors de leur suppression en 1 ^83 ^ dans le nieuw-land , à l'endroit marqué aujourd'hui n.° 22.

Les Riches claires» Elles s'étaient établies en 1623, dans la rue de St. -Liévin } à l'endroit marqué n.os 28 et 3), ou. elles élevèrent un nouveau monastère. Elles portaient des habits d'un drap bleu pâle , et des scapuiaires d'un drap bleu foncé : leur coiffe était extrêmement gracieuse et rien n'égalait leur propreté* On les supprima en 1783*

SUR GATWê IQQ

Les Pauvres claires. Leur couvent était situé rue d'or, près du petit pont nomme' Jiofkins^ hrugge, où est la maison n.° 3 , etc. Ces religieuses étaient encore appelées Colétines, parce que Sainte-Colette introduisit dans leur cou* vent plusieurs réformes très-austères et qu'elle y mourut en 1 447* ^ Iut supprimé le 17 mars i^83.

Les Annonciates. Leur couvent existait dans un vaste édifice situé au coin de la rue dite stoppel-straet. Leur monastère, quelquefois nommé la maison de Sainte- Catherine , fut supprimé en 1 y83.

Les Sœurs de la conception ou de pénitence* Elles habitaient dans la rue dite Neder-Seheld* straete, derrière l'église de Sté-Bavon. Elles furent supprimées en 1 78 f..

Les Sœurs grises, près de l'église de Saint* Jacques, ou sœurs du tiers-ordre de Saint- François. Elles habitaient près du pont au loup, sur la rive droite du fossé d'Othon. Elles furent supprimées en 1 584. Sur l'emplacement de leur monastère, en face du collège royal, le maître maçon Pierre Colpaerb a bâti les deux rUes dites des pénitentes*

I 80 KOTÏCE HISTORIQUE

Les Capucines. Fondées par sœur Claire de Morts ; princesse de Ligne , décédée en 1 667* Ces religieuses habitaient au lieep, dans ïa maison marquée aujourd'hui n.° 76. On les supprima en 1 783.

Les autres couvents de femmes conservés alors à G and , étaient :

Les UrsulineSy demeurant au bas du Zandberg. Ces religieuses étaient très-utiles sous le rapport de l'éducation, et ce fut par cette considération que l'empereur Joseph lï leur avait cédé l'ancien couvent de galiïée; mais elles furent supprimées en 1796.

Les Sœurs noires. Elles habitaient dans la rue des Charretiers (waeghenaers-straete) y à-peuprès en face de la maison des brasseurs. On n'y admettait point de gantoises. Cette congrégation qui avait bien mérité de la religion , de l'humanité et de la patrie , fut supprimée en 1794 , am§i °jLUe ^es Sœurs de Sb -Georges. Ces dernières religieuses habitaient près du petit béguinage. Quoique vouées à l'instruction de la jeunesse, elles ne purent échapper à la suppression qui frappait tous ces établissemens.

SUR GAND. î8t

Les couvents qui suivent furent rétablis en 1790 et 179 1 : les Chartreux; les Thérésiennes ou Carmélites ; les chanoinesses régulières de S.te~Barbe ? dites de Jérusalem; les chanoinesses régulières dites de Beynze; les Urbanistes ; lesAnnonciates; les Capucines; mais en Tan V de la république française (1796), ils furent de nouveau supprimés et les bâtimens vendus publiquement*

Le 11 avril 1784, le chapitre de Ste.-Pharaïlde, qui depuis le commencement du siècle dernier se tenait dans l'église de St.-Nicolas, est transporté ainsi que les reliques de cette sainte y dans la belle église des ci-devant jésuites 9 consacrée à St.-Liévin. Cette église , sur l'emplacement de laquelle se trouve la magnifique salle du palais de l'Université, fut abattue en 1801.

Par une ordonnance du 24 juin il est défendu d'enterrer désormais dans les églises et dans les cimetières situés au milieu des villes bourgs et villages; il est ordonné sans distinction que les inhumations devaient avoir lieu à la campagne.

En 1785, l'appel au pape est abrogé; le

î82 NOTICE HISTORIQUE

souverain des Pays-Bas statue sur les contestations portées à la connaissance du chef de l'église catholique : Joseph II s'attribue également le pouvoir de connaître des nullités en matières des empêchemens à la célébration des mariages. Ces empiétemens sur la puissance pontificale , excitèrent le plus vif mécontentement parmi le clergé. Attaquant bientôt les habitudes et les objets de l'antique vénération1 des Belges, l'empereur abolit les confréries , les associations religieuses , et supprime les processions et les dédicaces.

Le 1 7 octobre 1 786 fut publié un édit de l'empereur, touchant l'érection du séminairegénéral à Louvain, pour les jeunes théologiens.

Sentant que l'unité dans la marche de la justice est de première nécessité chez une na= tion policée et le plus grand bienfait dont elle puisse jouir, Joseph II, dont les réformes froissaient violemment les intérêtsdu clergé et ceux de la noblesse, porta le 3 novembre 1786 un décret sur l' administra tion de la justice. Le décret, en simplifiait la marche et donnait des règles fixes à toute procédure- de nouveaux

SUR GAND. l83

tribunaux de première instance dévalait être composés à peu près comme ceux qui existent encore maintenant : Bruxelles devait être le siège d'une cour de révision et d'une cour d'appel des sentences portées par les tribunaux de première instance; toutes les espèces de juridictions féodales étaient supprimées. Ce nouveau décret fut aussi mal accueilli à Gand que dans les autres villes de la Belgique. La noblesse irritée de se voir lézée dans ses prérogatives s'unit au clergé et se disposa à résister ouvertement aux ordonnances impériales.

Le i.er mai 1787 , le tribunal de première instance de Gand fut mis en activité , et le lendemain le président et les conseillers publièrent une circulaire.

Le 6 juin 1787, paraît une remontrance des États de Flandre au sujét des infractions aux constitutions des Pays-Bas. On y avait joint :

I#9 La capitulation du comte de Malborough, de l'année 1706.

2.0 Des plaintes contre le colonel De Brou, 3.° Une note des sommes payées en sub-

sides et en dons gratuits depuis 1755 — 1786, Elle s'élevait à 74,381,484 fl.

Le 1 o, les députés des États de Flandre reviennent de Bruxelles à Gand, apportant les décrets des gouverneurs-généraux, et sont reçus avec de grandes démonstrations de joie.

Le 12, le magistrat fait publier les deux décrets des gouverneurs-généraux Marie-Chris* tine et son époux le duc Albert-Casimir, par lesquels ils déclarent suspendre toute disposition contraire aux constitutions de la Flandre, avec assurance qu'ils engageraient S. M. à conserver la Joyeuse- Entrée. A cette occasion ïe magistrat de Gand exhorte les habitans à illuminer toutes leurs maisons ; plusieurs no* Mes saisissant cette circonstance , pour gagner le suffrage du peuple, lui donnèrent le même jour une fête sur le Marché-du- Vendredi. On y fit rôtir deux bœufs et six moutons qui furent distribués au son de la cloche de triomphe, du carillon et du bruit de l'artillerie, ainsi que six mille pains, deux barriques de vin rouge, deux de vin blanc et cent tonnes de bierre. Tout ce qui avait servi au repas fut ensuite pillé et emporté par la populace.

SUR G AND. i85 Le départpour Vienne, d'une députation des états de toutes les provinces et des représentans du tiers-état, fut ordonné par une dépêche de Joseph II; du 3 juillet. Les quatre députés choisisparleconseildeFlandix, furent : le chanoine de Graeve, grand-chantre de St.-Bavon; le vicomte Vilain XIÏÏI, grand-bailli de Gand ; le comte de Dellafaille d'Assenède et M. Rohaert , pensionnaire de la ville. La députation partit dans les premiers jours du mois d'août avec les gouverneurs-généraux, qui furent remplacés ad intérim, dans le gouvernement des Pays-Bas, par le comte de Murray, homme conciliant et prudent. Arrivée à Vienne , l'empereur répondit , après en avoir entendu l'orateur , qu'il ne désirait rien tant que le bonheur et la prospérité des Belges ; que l'uniformité des lois civiles n'avait trouvé pour adversaires que les hommes intéressés à conserver d'anciens abus; qu'il tâcherait de concilier avec des améliorations que réclamait le progrès des lumières et de la civilisation , les anciens principes de la Joyeuse- Entrée* Cette réponse énergique étonna les membres des états qui ne s'attendaient nullement à une

ï86 NOTICE HISTORIQUE

telle réception, et après s'être reposés quelque temps à Vienne, ils revinrent en Belgique.

Cependant les patriotes bruxellois avaient déjà pris la cocarde brabançonne et avaient résisté ouvertement au comte de Murray , qui avait fait ranger ses troupes en bataille. Le comte de Belgioso, ministre de l'empereur, fut remplacé par le comte de Trautmansdorf , homme adroit et dissimulé : le commandement général des troupes impériales dans les Pays-Bas avait été donné au comte d'Alton, général d'un caractère opiniâtre et fier. Les efforts de l'empereur pour la rouverture des cours au séminaire général de Louvain n'eurent guère d'autre résultat que de faire rem= placer 27 membres de l'université 5 les élèves instigués par leurs professeurs, méconnaissaient les ordres du souverain.

L'année 1788 se passa sans événement remarquable pour la ville de G and ; le temps se consumait dans l'attente, et les esprits s'aigrissaient de plus en plus contre le gouvernement de l'Autriche intimidé et embarrassé par les remontrances continuelles des états de Biabant et de Flandre.

L'avocat Fond; de Bruxelles, homme de beaucoup d'instruction et d'esprit , mais d'un caractère violent , avait forme sous le nom de pro arisetfocis,pourla religion et la patrie 9 une association secrète, dont le but était de lever dans le silence une armée patriotique. Découverts bientôt par la vigilance du général d'Alton , les principaux membres qui la composaient, passèrent en secret en Hollande, et se rassemblèrent à Breda, où ils formèrent ouvertement une armée qui grossissait chaque jour : un ancien officier , Van der Meersch, de Menin, en prend le commandement, après que les abbés de St.-Bernard et de Tongerloo lui eussent garanti une somme de cent mille florins. Avant de pénétrer en Belgique, le comité de Breda envoya au gouvernement autrichien une espèce de manifeste par lequel il ordonnait de prendre les armes contre Joseph IL Celui-ci était déclaré déchu de la souveraineté des Pays-Bas , pour avoir substitué sa volonté à la loi et avoir violé les privilèges qu'il avait juré d'observer,

Cependant Van der Meersch avait remporté

à Turnhout de grands avantages sur le général

ï88 NOTICE HISTORIQUE

autrichien Schrœder. Le feu de l'insurrection embrase toutes les provinces, et les patriotes se rassemblent à St.-Nicolas, d'abord au nombre de trois à quatre cents : deux jours après on en comptait déjà plus de 1000 , accourus de tous les côtés de la Flandre ; le jeune prince de Ligne et le sieur "De Veau étaient à leur tête. Ils lèvent des contributions pour acheter des armes et des vivres. Sur ces entrefaites, quelques patriotes gantois partent de S t. -Nicolas et se rendent à Wetteren , ou ils s'emparent de plusieurs bâtimens chargés d'habits, de chemises, de souliers, etc., expédiés de Gand aux troupes de l'empereur.

Cédant aux sollicitations répétées qu'on leur faisait, les patriotes, maître de Lokeren et de St.-Nicolas , se présentent , le vendredi 1 3 novembre 1 78g, à 7 heures du matin, devant la ville Gand , et y entrent au nombre seulement d'environ 600 hommes , par la porte de Bruges et celle du Sas. Divisés en trois colonnes, ils livrent des escarmouches dans divers quartiers, hon nombre de bourgeois et de moines se Joignent à eux : des combats partiels durent pendant trois heures ; et enfin les différens

détachemens de la garnison autrichienne se rassemblent sur le Kauter ainsi que dans les rues environnantes, et l'on s'y bat avec fureur. Enfin les autrichiens forcés d'abandonner ce poste, se divisent en deux colonnes et vers 5 heures du soir ils battent en retraite vers leur caserne, par le pont Madou (Walpoort-brugge) et celui de UKetel-poorte. On se bat encore avec acharnement sur la place de St.-Pierre; les patriotes tirent par les fenêtres des maisons, et le soir même les impériaux n'occupent plus que les casernes et la citadelle. Sûrs de la victoire, les patriotes se dispersèrent et la populace se met à piller plusieurs maisons, entr' autres, celle du procureur-général Maroucx, du greffier des états d'Hoop, et du substitut-fiscal Pulincx, qui court risque de perdre la vie. Le comité secret des représentans du peuple s'assemble en partie dans la maison d'un certain Closse, sur le Marché-au-grain, et en partie dans le cloître des Augustins. Pendant la nuit plusieurs patrouilles autrichiennes commettent de grands excès dans les rues voisines de leurs casernes. Le lendemain le général Schrœder se retire

igO NOTICE HISTORIQUE

dans le château avec 33oo hommes et 1 6 pièces de canons , qu'il place sur les murailles \ il établit également une batterie formidable de la porte d'Anvers à la porte du Sas, et il menace la ville d'une attaque de ce côté. Ce jour entier se passe à s'observer , à échanger sans relâche des coups de fusil , et à lancer sur la ville des boulets et des grenades qui mettent le feu aux maisons situées près du Pas-brugge et du MarcM-aux-veaux*

La journée du i5 fut pleine d'alarmes pour la ville de Gand : le curé de Saint-Nicolas , M. De Bast, avait dit la messe sur un tambour, devant la porte de son église, et avait donné l'absolution générale aux patriotes, les exhortant à se battre avec courage pour la religion et la patrie. Les autrichiens s'avancent jusqu'à la porte du Sas, et menacent de pénétrer dans la ville par la Cour du Prince ; mais arrêtés au Rabot par le courage des patriotes , ils sont forcés de rebrousser chemin, et mettent le feu à une meule de blé. Leur fureur tombe alors sur les habitans du quartier de St.-Sauveur , où ils pillent plusieurs maisons, en réduisent plusieurs autres en cendres et égorgent quelques bourgeois.

SUR GAffD. igt

Cependant les patriotes assiégeaient inutilement les casernes. Le général Schrœder, afin d'opérer une jonction avec les troupes qui s'y trouvaient renfermées, tâchait de pénétrer en ville par le Pas-brugge , avec une forte division d'infanterie et de la grosse artillerie. A peine était-il arrivé sur le Marché- aux-veaux, qu'un canonnier fut tué, et qu'il fut luimême grièvement blessé à la cuisse par un enfant de douze ans qui tira un petit canon à l'instant où il s'avançait à la tête de son bataillon. Il fut rapporté au château. Les troupes, privées de chef, commencèrent à piller, à assassiner et à mettre le feu à différentes maisons, et à entraîner dans le château quelques bourgeois , sans distinction de rang ou d'âge , comme ils l'avaient déjà fait dans le quartier de St.-Sauveur. Entre temps les soldats assiégés dans les casernes , furent obligés de renoncer à leur entreprise de se joindre à ceux du château, en passant par le pré des moines.

Pendant la nuit du dimanche au lundi l'on entendit le bruit continuel de l'artillerie et la cloche d'allarme ; et l'air était éclairé par les flammes de plusieurs quartiers de la ville, incendiés par les autrichiens.

Le 16 novembre, les bourgeois ayant puisé une nouvelle ardeur dans les violences commises par les impériaux et voyant leur nombre accru de 5oo patriotes de Courtrai, régulièrement organisés , se précipitent sur les casernes qui se rendent à trois heures aprèsmidi. Le colonel Lunden dépose les armes avec 862 hommes, qui furent transportés comme prisonnier de guerre dans les cloîtres et ensuite à la maison de correction, sous la conduite déplus de 20,000 hommes, femmes et enfans. Le colonel Lunden fut forcé d'écrire au général d'Arberg, commandant du château, une lettre dans laquelle il lui disait qu'ayant perdu tout espoir de conserver la ville, il s'était rendu au peuple, et qu'il l'engageait à en faire de même ; qu'il deviendrait victime de la fureur populaire , lui et sa famille, s'il n'abandonnait le château dans un très-court délai. A la réception de cette lettre, le général d'Arberg résolut d'évacuer le château, ce qu'il effectua pendant la nuit. La garnison composée de 3ooo hommes, emmena seulement avec elle quelques pièces d'artillerie, abandonna tous ses magasins aux patriotes et

se retira en désordre sur Lokeren, Termonde, Ascii et de là à Bruxelles.

Cette bagarre dura quatre jours et coûta la TÏe à environ deux cents autrichiens : la perte des patriotes fut beaucoup moindre; mais la plupart de ceux qu'ils perdirent moururent des suites de leurs blessures. En peu de jours, toutes les autres Tilles de la Flandre tombèrent au pouvoir des patriotes et les impériaux se retirèrent sur la capitale du Brabant.

Le 1 9 novembre , le comité siégeant à Gand, et représentant le peuple de la province de Flandre, est convoqué à la maison-de-ville pour le 22 , afiu d'y aviser , au nom du peuple, aux mesures qu'exigeaient les circonstances.

Le i.er décembre le conseiller de Grave, est proclamé à l'unanimité dans l'assemblée des états de la Flandre , pensionnaire adjoint des états avec un traitement de 5ooo florins.

Le 24 décembre paraît un mandement de l'évequede Gand ainsi que des évêques d'îpres et de Bruges, engageant les curés de leur diocèse, à soulever le peuple contre l'empereur. Le même jour Vandernaot, précédé d'un brillant cortège, fait son entrée triomphale dans la

ïg4 NOTICE HISTORIQUE

ville de Gand , au son de toutes les cloches. Il est reçu et traité à la maison-de-ville , comme un libérateur et un souverain.

Les états de Flandre , de Brabant , de Hainaut et de Namur, après avoir proclamé leur indépendance , signèrent à Bruxelles un acte d'union rédigé par Vanderncot, agent plénipotentiaire du peuple brabançon et par Van Eupen, grand pénitencier d'Anvers, homme adroit : ces deux personnages étaient 7 pour ainsi dire, les deux représentans du clergé et faisaient tous leurs efforts pour que le gouvernement passât aux mains des prêtres et des moines : Vonck, au contraire, travaillait à établir une démocratie pure dans les provinces qui venaient de briser le sceptre de l'Autriche. Le 26 décembre, le projet de Vandernoot et de VanEupen fut adopté par les états de chaque province, qui s'arrogèrent le droit de se faire inaugurer comme leurs anciens souverains. Cette cérémonie eut lieu à Gand, le 4 janvier 1790, sur un théâtre magnifique élevé au milieu du Marché-du- Vendredi. V ex-inauguration de Joseph II s'y fit d'abord avec les cérémonies ordinaires du

clergé, en présence des trois états, de la noblesse , des -villes et des châtellenies de la province et du comté de Flandre , qui avaient coutume d'assister aux inaugurations solennelles de nos anciens comtes ; les trois états se prêtèrent alternativement le serment de fidélité, entre les mains du premier pensionnaire Rohaert; ce serment fut fait ait peuple et non point aux états , comme représentans du peuple. Un manifeste fut publié à cette occasion.

Le 20 février 1790, le comte de Cohentzei écrivit aux états de Flandre pour leur annoncer la mort de Josepb II, décédé le 20 du même mois. Il priait les états de suspendre la guerre et d'envoyer des députés pour aviser avec lui aux moyens de rétablir la paix et de célébrer l'inauguration de Léopold. On ne lui donna aucune réponse. Joseph II avait des connaissances et de l'esprit : il était humain , franc et loyal; il voulait sincèrement le bien, mais toujours occupé des moyens de le faire exécuter, aussi vite que son génie l'avait conçu, il n'attendait pas que l'expérience eut mûri et consacré ses projets d'amélioration. Il fut malheureux , et victime des abus qu'il

îq6 notice historique

voulait réprimer : mais le temps qui finit tôt ou tard par rendre justice , a conservé la plupart de ses réformes , et Joseph II doit recueillir la gloire d'avoir osé tracer le premier les principes constitutionnels qui font aujourd'hui le bonheur de la Belgique.

Le même jour, le général Van der Meersch fut reçu à Gand avec de grandes démonstrations de joie. Il partit pour Courtrai , probablement dans le but d'y organiser le gouvernement démocratique, et revint par Bruges dans la capitale de la Flandre.

Léopold, successeur de Joseph II , était un prince d'un caractère paisible et ami des arts. Son ministre, le comte Cobentzel, avait reçu de sa part de nouveaux ordres pour engager insensiblement à rentrer dans l'obéissance, les Belges, qu'il ne disait qu'égarés ; puisqu'ils se croyent heureux par leurs privilèges, dit-il un jour,/e veux les leur rendre; j'oublie tout: qu'ils m'aiment. Le souverain pontife unit sa voix à celle de Léopold, pour étouffer tout esprit de révolte; mais elle ne fat pas écoutée et la révolution continua.

Tandis que le général Van der Meersch ,

SUR GAj^D. Ï97

retiré à Namur , à la tête d'une armée indisciplinée et corrompue , et que Vandernoot ainsi que Van Eupen se disputaient la souveraineté de la Belgique, la Collace de Gand (1), fit publier le 27 avril une constitution calquée sur celle des Américains des États-Unis. Cette pièce remarquable renfermait 22 articles.

Le 2Ôparut un autre règlement de la Collace, sur l'organisation du gouvernement particulier de la ville de Gand. Il consistait en 34 articles et consacrait le principe de la souveraineté du ■peuple.

Le 3i mai le capitaine De Weert, accompagné de 3oo soldats, le pistolet d'une main et les ordres des états de Flandre de l'autre, arrête, au château de l'évêque de Gand, à Loocliristi, où il était allé passer quelque temps avec son épouse et ses enfans , le duc d' Ursel, qu'on savait ne point être du parti de la

(1) Ce corps représentatif de la commune était composé des échevius qui avaient été en fonctions les deux années précédentes , et auxquels on ajoutait nobles ou bourgeois des plus notables. Ce corps n'était élu que pour une seule session.

igQ NOTICE HISTORIQUE

révolution. Celui-ci fut gardé étroitement dans l'abbaye de Baudeloo, jusqu'au 22 juillet , et enlevé de là par un membre de la commune de Gand, et un lieutenant accompagné de quelques soldats. Comme il faisait quelque résistance; il fut traîné par les cheveux du haut en bas des escaliers et jeté ^ tout couvert de sang ; dans une voiture qui devait le transporter en Brabant. La confrérie de Saint- Antoine le fit évader aux portes de la ville , et huit jours après il arriva à Douai.

Le 23 juin, les habitans du plat-pays de la province commencèrent à prêter serment de fidélité aux états de Flandre. Leur nombre se montait au 18 octobre à i38,o63 hommes à pied et à cheval. Beaucoup d'entr'eux avaient des armes et des uniformes.

Le 23 juillet^ le magistrat de Gand est renouvelé selon la constitution. Comme on tardait à publier la nouvelle organisation, le peuple voulut user de sa souveraineté, et environna en très-grand nombre et à plusieurs reprises dans la journée , le bâtiment de la niaison-de-yiiïe. Après de longs pourparlers , son orateur, le boulanger Fande Velde, exigea

et obtînt des états de Flandre que l'organisation serait publiée sans remise. Afin d'annoncer cette nouvelle à ses commettans, il monta sur un amphithéâtre, dressé par ordre des états, sur le Marché-au-beurre , pour y recevoir le serment de fidélité des habitans de la campagne. C'est là que le peuple, voulant récompenser le triomphe de son orateur, lui mit sur la tete une couronne de laurier; à 7 heures du soir le renouvellement du magistrat fut publié au balcon de la maison-de-ville. On le publia ensuite dans les divers quartiers à la lueur des flambeaux, au son du carillon et de la grosse cloche ; une brillante illumination eut lieu le même soir.

Le 10 septembre on planta à Gand sur le Marché-au-beurre, vis-à-vis la maison-deville , un arbre de la liberté : on y suspendit un drapeau sur lequel étaient peints , d'un côté, une sainte-vierge et de l'autre un lion avec ces mots : la liberté ou la mort. Depuis le couronnement du boulanger Yande Velde , on avait fait élever ï'amphitéâti e sur le Marchédu-Vendredi, et c est là que le 27 septembre les habitans de la campagne , conduits par leurs

curés , yinrent verser leurs dons patriotiques et faire aux états le serment de fidélité; ils étaient au nombre de 1 5,642.

Le 3i octobre; les ambassadeurs d'Angleterre, de Prusse et de Hollande, somment les Belges, d'après les instances de M. Mcrcyd'Argenteau, nouveau ministre de Léopold , de rentrer sous l'obéissance de l'Autriche.

Cependant le feu de l'insurrection s'éteignait insensiblement : les paysans brabançons avaient été entièrement battus par les autrichiens , et Namur avait capitulé. Le bruit se répand à Gand le 2 décembre à 7 heures du matin, que les impériaux approchaient de Gand; on les y' attendait avec anxiété et désir. Les troupes des états prennent la fuite après avoir pillé tous leurs magasins , et la Collace décide de reconnaître l'empereur Léopold, comme son souverain légitime. Quatre députés vont trouver près de Bruxelles le feld-maréchal baron de Bencler, et lui présentent une requête. Celui-ci leur promet une loi d'amnistie et les engage avant tout à désarmer les patriotes. Le 5 décembre les états font vider tous les caissons dans des bateaux, où on

SUR GAîïD* 20 I

laisse à l'instant même entrer l'eau. Les officiers et soldats sont désarmes et on leur distribue de fortes sommes d'argent.

Le lendemain 6 de'cembre 1790, environ quatre mille impériaux ; sous la conduite du général De la Tour, entrent dans la ville au son de toutes les cloches et du carillon du Beffroi. Le magistrat sort à la rencontre du général et lui offre les clés des portes delà ville. C'est ainsi qu'après beaucoup de troubles et de sang versé; la Flandre rentra momentanément sous la domination de la maison d'Autriche.

Le 25 janvier 1791 , tous les membres des e'tats du conseil de Flandre , renouvellent leur serment de fidélité ainsi que le magistrat de Gand; qui est rétabli dans l'état où il se trouvait le i3 novembre 1789.

Léopold avait confirmé l'archiduchesse Marie-Christine et son époux dans le gouvernement général des Pays-Bas. En attendant la réorganisation de toutes les branches d'administration y Léopold^ qui désirait vivement ramener la tranquillité en Belgique , ordonna l'érection de trois comités , l'un devait examiner les affaires du conseil privé, le second

celles des finances et le troisième revoir les comptes et leur liquidation. Les édits de Joseph II, en matière ecclésiastique, furent révoqués, et cette révocation ramena la tranquillité et le calme dans tout le clergé de la Flandre. La fameuse université de Louvain fut aussi rétablie dans tous ses droits et privilèges.

Le 6 juillet 1 791 , le duc Albert Casimir de Saxe-Teschen et son épouse, sœur de l'empereur, surnommée à cause de sa bonté la mère des pauvres, prêtent le serment au nom de l'empereur Léopold II, qui est inauguré sur le Marché-du -Vendredi. Quoique les fêtes données à cette occasion aient été brillantes, tout esprit d'opposition n'était pas étouffé dans la ville de Gand et dans le reste de la Flandre. Les états de Brabant surtout, avaient été déclarés indignes des grâces de l'empereur.

Le i.er mars 1792, l'empereur Léopold mourut à l'âge de 45 ans , sans avoir rendu autant qu'il le désirait le bonheur aux Belges, A peine son fils François II , fut-il monté sur le trône d'Autriche, qu'il déclara la guerre à la France, conjointement avec la Prusse.

SUR GAlvD. 203

Le duc de Saxe-Teschen est nommé général en chef de l'armée , et les autrichiens obtiennent d'abord quelques succès sur les français; mais ceux-ci devenant de jour en jour plus nombreux, pénètrent en Belgique et remportent le 16 novembre 1792, la célèbre victoire de Jemmapes, qui les rendit maître en peu de jours de tous les Pays-Bas. Le 12 novembre à 1 o heures du matin , un trompette et trois officiers viennent sommer la ville de Gand de se rendre aux français, et l'après-midi le commandant La Bourdonnaie y entre avec quelques troupes. Il déclare dans sa proclamation que les Français viennent chez les Belges en amis et en concitoyens : qu'ils leur apportent la liberté , V égalité et la haine contre la royauté»

Le 1 8, La Bourdonnaie fait convoquer les voisinages, comme en 1790, pour y choisir 49 députés, chargés de décider de quelle manière la commune devait se réunir pour l'élection des représentons du peuple de la ville de Gand.

Le 11, à peine les 49 bourgeois étaient-ils rassemblés , qu'ils furent troublés par les

réclamations de l'avocat Meyer, sous prétexte que leur élection était illégale et qu'il se trouvait beaucoup d'aristocrates parmi eux ; suivi d'une foule innombrable de peuple , celui-ci se rend le 27 , au son du tambour et des cloches dans l'église de St.-Bavon. Il y monte en chaire, préside l'assemblée et y proclame au bruit des acclamations , les noms de soixante représentai provisoires. La veille , les sans-culottes, à la tête desquels se trouvaient un charpentier nommé De Vos, avaient préludé aux cours de leurs dévastations , en renversant la statue de Charles V, élevée sur une colonne au milieu du Marché-du-Vendredi. On y planta à sa place; au son des cloches et au jeu du carillon, Y arbre de la liberté.

Le célèbre avocat Vonch, mourut à Lille , le 2 décembre; le jour suivant les 60 représentai du peuple de Gand, déclarent après avoir pris l'avis du commandant fiançais Ferrand , que les bourgeois ne sont plus tenus d'accepter des assignats, puisque les troupes françaises étaient payées en argent. Cette nouvelle fit plaisir aux habit ans, déjà victimes de plus d'un genre de vexations*

SUR GAND. 2o5

Le 1 5 décembre parut le fameux décret de la convention , qui abolissait toutes les constitutions particulières , les cloîtres ;la noblesse, les dîmes, etc. Il fut lu à Gand, sous l'arbre de la liberté le 3 janvier 1798. Le 18, le général Dumourier force les Belges à former une convention nationale, à laquelle la province de la Flandre orientale devait fournir trente membres.

Le 22 février 1793, il se forma dans la belle église de St.-Bavon une assemblée et on y vota la réunion de la Belgique à la France. Cette réunion ne devait être qu'éphémère; les Français furent vaincus quelques jours après àNerwinden, où ils éprouvèrent une défaite complète. Les autrichiens reparaissent à Bruxelles , le mars. Le 27, quelques hussards impériaux s'avancent jusqu'aux^portes de Gand. et le 29 , toutes les troupes françaises avec leur artillerie défilent , depuis 5 heures du matin jusqu'à huit, et se retirent sur Lille. Le même jour les troupes de l'empereur rentrent à Gand. Le 3i , le magistrat fait publier que les droits de villes , supprimés le 1 2 février par les Français ; seraient perçus sur l'ancien

pied. Les administrations reprennent leurs fonctions.

Le 1 3 mai 1 793 9 S.À.I. l'archiduc Charles , frère de l'empereur , fait avec beaucoup de pompe son entrée solennelle à Gand, en sa qualité de gouverneur- général des Pays-Bas, en remplacement de Marie -Christine qui venait de mourir. On lui donne des fêtes brillantes : le lendemain il assiste au tir-à-l' oiseau de la confrérie de St.- George , et abat l'oiseau royal.

Dans le mois de septembre 1793, l'armée hollandaise , forte d'environ 2 0,000 hommes et qui se trouvait au-dessus de Courtrai 3 bat en retraite , au grand étonnement de tous les habitans de Gand ; et traverse leur ville.

Le 20 décembre 1793, les états de Flandre accordent à l'empereur François II, à titre de don gratuit ; une somme de deux millions de florins , pour qu'il défende leur pays contre la nouvelle invasion des Français.

Le 18 janvier 1794, le duc d'Yorck, commandant des troupes anglaises en Flandre , donne une fête magnifique à la maison-deville de Gand; pour célébrer l'anniversaire de

SUR GAISD» 207

la naissance de la reine d'Angleterre, sa mère* Tandis que les Autrichiens poursuivaient leurs succès et prenaient successivement Gondé^ Valenciennes ; le Quesnoi et Landrecies par capitulation, les Français avaient pénétré ett Flandre par Courtrai et Ypres, et remporté le 26 mai 1 794, la célèbre bataille de Fleurus , qui décida du sort de toute la Belgique.

Quelque temps après , l'armée française sous les ordres de Picliegru , envahit toute la Belgique j que le général autrichien Clairfait essaya en vain de couvrir avec une armée peu nombreuse et affaiblie : il eut du moins la gloire de faire une belle retraite sur Gand, qui tomba au pouvoir des Français le 4 juillet 1794: en peu de temps tout le reste des Pays-Bas autrichiens éprouva le même sort.

Ainsi finit en Flandre le gouvernement de l'illustre maison d'Autriche, sous laquelle les Belges étaient passés par le mariage de Marie de Bourgogne avec l'archiduc Maximilien, en i477«

Les représentai du peuple français, qui étaient arrivés a la suite des armées, couvrent les murailles de Gand de décrets qui portaient

tous en tête les mots : liberté ou la mort, guerre aux châteaux > paix aux chaumières. Ces hommes avides et intrigans, sortis pour la plupart des dernières classes de la société, après avoir fait espérer aux Gantois la liberté et l'égalité, frappèrent leur ville d'une contribution de sept millions de francs- les autres villes et châtellenies le furent en proportion. Les prêtres et les nobles surtout, désignés sous le nom $ aristocrates étaient écrasés sous le poids des impositions. L'évêché, l'abbaye de St.-Pierre et celle de Baudeloo, furent taxés, chacun à un million de francs : des nobles, de dix à quatre-vingt mille francs: plusieurs bourgeois eux-mêmes ne furent pas épargnés et à défaut d'espèces monnoyées , on fut forcé de vendre l'argenterie. Les cloches de plusieurs églises furent brisées et fondues pour en faire des canons. Des tableaux précieux, des ouvrages d'art, des livres et des manuscrits furent enlevés dans les églises ainsi que dans les bibliothèques et envoyés à Paris, d'où ils ne furent rendus à la ville de Gand qu'en i8i5, après la seconde abdication de Napoléon. Les sanctuaires même ne furent pas respectés ^ on

en arracha les vases sacrés et l'on ferma enfin les temples du Seigneur. Les réquisitions en grain, en foin, en chevaux, toiles et autres denrées ou marchandises étaient payées en assignats qui n'eurent bientôt aucune valeur.

La belle église paroissiale de St.-Michel avait été transformée, en 1 796 , en temple de la Loi : c'est là que se célébraient, aux décades du nouveau calendrier républicain, les mariages, les fêtes de l'Être Suprême, de la prise de la bastille, etc. Ces jours là, chaque citoyen était obligé de suspendre à ses fenêtres , im drapeau tricolore. On avait en outre érigé en plein air deux beaux autels, l'un sur le Marché-du-Vendredi et l'autre sur le Kauter. On y brûlait de l'encens devant les statues de la Liberté et de la Force, placées en face de ces autels. Les autorités civiles et militaires, soit lorsqu'elles se rendaient au temple, soit lorsqu'elles en revenaient en cortège, venaient y chanter des hymnes à l'Être-Suprême et à la Patrie.

Dans le courant de cette année 1 794 ? Ferdinand Marie de Lohhowitz , prince du Saint» Empire , et dix-septième évêque de Gand, où il avait fait son entrée solennelle le 22 novem-

21® NOTICE HtSTOBÏQUE

bre 1779, mourut à Munster. Il s'était retiré dans cette ville pour se dérober à l'insurrection qui avait troublé la Flandre depuis 1 789*

Le 23 décembre 1794 (3 frimaire an III) 7 on ressentit à Gand un froid si rigoureux y qu'on ne se rappelait pas d'en avoir éprouvé de tel : il dura sans aucun changement jusqu'au 8 pluviôse (28 janvier).

Le 14 février 1795 (26 pluviôse an III) } on choisit pour otages plusieurs habit ans des plus notables de la ville de Gand; ils sont transportés à Lille, et après y avoir été renfermés pendant neuf jours, ils obtiennent leur liberté.

Vers ce temps on avait érigé un comité révolutionnaire de surveillance. Ge comité qui exerçait toutes sortes de vexations sur les personnes qui ne partageaient pas ses opinions y avait à sa solde une troupe d'hommes tirés de la lie du peuple et appelés vulgairement sans-culot tes ou schuerders.

Le 28 février (10 ventôse), une députatiori de la commune de Gand se présente à la barre de la convention pour se plaindre de la contribution de 7 millions , imposée à cette ville , par les représent ans du peuple ; le 3o novembre 1 794»

SUR GAIO). 211

Le 17 mars (27 ventôse) , la ville de Gand est divisée en six sections , qui sont : l'union, la liberté, l'égalité, les champs, la fraternité et les droits de l'homme. Au coin des rues sont placés des écriteaux indiquant cette division, et la nouvelle dénomination des rues.

Le 18 juin 1796, paraît le décret du directoire exécutif, par lequel la Belgique était réunie à la république française > cet état de chose est confirmé par le traité de paix signé entre le général français Bonaparte et l'archiduc Charles à Campo-Formio. Par ce traité l'empereur François cédait à la France toutes les provinces belgiques. La Flandre est divisée en deux départemens : Gand devient le cheflieu de celui de l'Escaut et Bruges, celui de la Lys. Chacun de ces départemens est gouverné par cinq directeurs que le peuple appelle rois. La ville est régie par une municipalité chargée de tous les actes ayant rapport aux naissances , mariages , décès, etc.

Le 17 août (10 fructidor), on fait usage pour la première fois de la guillotine à Gand, pour exécuter un individu convaincu d'assassinat et de vol.

Outre deux abbayes célèbres , celles de St.-Pierre et de Baudeloo, la ville de Gand vit supprimer définitivement , vers la fin de 1 796 , le reste de ses couvents et de ses cloîtres.

L'abbaye de St.-Pierre de Tordre des bénédictins avait été fondée sur le mont Blandin, par St, -Arnaud, vers l'an 63o; mais Arnould, comte de Flandre, l'avait remise dans un meilleur état en 946. Cette abbaye dont il subsiste encore des bâtimens qui attestent son ancienne splendeur et qui sert aujourd'hui de caserne , était la plus riche de tous les Pays-Bas. Son prélat avait une juridiction trèsétendue, même sur une grande partie de la ville.

L'abbaye de Baudeloo, où sont établis maintenant la bibliothèque, publique , le collège royal , et le jardin botanique, fut primitivement fondée dans le pays de Waes, vers l'an 1197, par Baudouin, comte de Flandre et ensuite empereur de Constantinople. Les moines de cette célèbre abbaye possédaient aussi d'immenses richesses , une grande partie du fertile pays de Waes leur appartenait en propriété.

Les autres couvents supprimés alors étaient les suivans :

Le couvent des Rêcollets qui avaient remplacé en 1600, les frères de St.-François. Leur cloître fut démoli en 1799; la place sur la» quelle il existait a conservé leur nom.

Les Dominicains. Leur couvent était fondé avant Tan 1221, et il existe encore rue Onderbergen. Les Mtimens qui en sont immenses, sont habités par des particuliers et le réfectoire sert de salle de vente.

Les Carmes chaussés, ou frères de Notre- Dame du Mont-Carmel. Ils s'établirent dans la rue Longue du château (Lange-steen-straete) en 1282. Leur église existe encore et sert pu» bliquement au culte de la religion catholique.

Les Augustins furent fondés en 1298, sur l'ancienne place aux tourbes, où subsiste encore aujourd'hui leur église. Ces moines avaient formé un collège où ils enseignaient la langue latine. L'administration de la ville leur payait de ce chef la somme annuelle de deux cents livres de gros, outre 16 livres pour la distribution des prix aux élèves. Les jésuites avaient aussi un collège en cette ville et recevaient le même traitement.

Les Capucins qui s'établirent en 1689, dans le Braband-dam*

2ï4 NOTICE HISTORIQUE

Les Carmes déchaussés. Ces moines qu~on croyait originaires du Mont Carmel, achetèrent en 1649 la cour des lions, où ils élevèrent dans la rue dite Burg-straet, leur église et leur couvent qu'on a conservés. L'évêque Philippe Triest leur fit de grandes donations»

Les Alexiens nommés aussi en flamand Celle-broeders. Ils étaient déjà établis en sur le rempart de St.-Michel, près du pont appelé torre-brugge. Leur chapelle fut bâtie en 1480 et à cause de sa beauté , elle était regardée comme un des monumens les plus remarquables de la ville. Elle est aujourd'hui toute délabrée et le couvent des Alexiens est converti en prison militaire. Ces frères étaient utiles à plusieurs égards; ils soignaient les malades ainsi que les fous et faisaient les enterremens.

Outre ces abbayes d'hommes, un grand nombre d'abbayes de femmes furent aussi supprimées ; ce sont :

U abbaye de la Bylole, de l'ordre de Citeaux^ fondée en 1 201 , en même temps que l'hôpital de ce nom.

U abbaye dïQosi-BecloO} aussi de Tordre de

SUR GANDt SI 5

Citeaux, dont les religieuses occupaient lors de leur suppression une grande partie, de la poterne , qu'elles étaient venu habiter après la destruction de leur couvent par les calvinistes.

L'abbaye de Nonnen-bossche ou de nieuwhossche. Ces religieuses passèrent du pays de Waes dans la paroisse de Heusden, près de la ville de Gand, et l'on nomma leur nou« velle habitation le nouveau bois. Chassées de leur bois pendant nos troubles de religion , elles vinrent s'établir en 1602, sur le pré •vert; près de l'église de S.te-Anne.

U abbaye de Groenenbriele , qui appartenait à l'ordre de St.-Augustin. Cette congrégation remontait à l'année i3/±o, et avait son monastère à l'endroit appelé aujourd'hui la place Verte {den groenen briel).

L'abbaye de Ter Haeghen, mots qui signi* fient vers la haie* Forcées d'abandonner leur établissement fondé en 1220, près de la ville d'Axel, ces religieuses vinrent bientôt se réfugier à Gand, où on leur bâtit en 1614 leur monastère dans la rue des Meuniers. C'est dans ce couyent que le vénérable chanoine

2l6 HOTÏCE HISTORIQUE

de St.-Bavon, M. Triest, a fondé de nos jour*, outre an institut pour les incurables, une école où les sourdes et muettes sans fortune ; sont élevées et instruites gratis.

V abbaye de Doorsele, de Tordre de Cîteaux, ainsi nommée, parce que cette abbaye fut fondée en 1200/ dans le métier d'Àssenede* sans doute au milieu des ronces (Doorensele). Les religeuses habitèrent Everghem, et pendant les troubles des Calvinistes, elles vinrent se réfugier à Gand , où elles firent élever leur mo- v nastère dans la rue des prêtres {pape straete), où il existe aujourd'hui un pensionnat de demoiselles.

Les Bénédictines anglaises. Ces religieuses d'origine noble, s'étant émigrées d'Angleterre, obtinrent de fonder dans la rue Neuve, à l'endroit marqué n.os 3o, 87 et 3g, leur monasnastère dit de l'immaculée concep tion. Elles s'occupaient de l'éducation des jeunes personnes.

La DÎupait de ces couvents fuient vendus publiquement et à vil prix. Les religieux et religieuses qui avaient été forcés de prendre des habits séculiers, reçurent des foms/avec lesquels ils avaient la faculté d'acheter des biens nationaux*

SUR GAND* 2ï^

Deux gouvernemens se succèdent avec rapidité, le directoire et le consulat. Sous le directoire, la ville de Gand est régie par des lois plus stables, et la confiance publique, bannie depuis long-temps, reparaît.

Le i3 mai 1797 (24 floréal an V), plusieurs ecclésiastiques font, dans l'hôtel-de-ville à Gand, leur soumission aux lois de la repu-

ique française ; leurs noms sont affichés aux portes de chaque église paroissiale. Mais le plus grand nombre d'entre eux refuse de prêter le serment de haine à la royauté : plusieurs sont arrêtés, et transportés de Gand, le 4 janvier suivant (i5 nivôse an VI) à Rochefort, pour être conduits de là à Cayenne, ou aux autres lieux de déportation.

Le 25 décembre 1798 (5 nivôse an VII), on commença à ressentir à Gand et dans toute l'Europe un froid très-rigoureux.

Au commencement de l'année 1799, la conscription militaire, qui plus tard devait moissonner annuellement la fleur de la jeunesse flamande, est exigée avec sévérité.

Pendant le mois de février (ventôse) une grande partie de la ville de Gand ; fut inondée.

On allait en barque dans le quartier du Pont neuf y sur le Marehé-aux-Bêtes, le Reep; dans la longue rue des Remouleurs, hNieulandet dans presque tout le quartier de St.-Jacques. L'eau s'éleva beaucoup plus haut que dans les années 1709, 1780 et 1740, où la ville avait aussi été inondée à la suite d'un froid rigoureux , long-temps prolongé.

Le 9 novembre (18 brumaire an VIII), le général Napoléon Bonaparte à son retour d'Egypte dissout le directoire, et conjointement avec Camb acérés et Lebrun, prend en qualité de consul les rênes du gouvernement : les plaies d'une révolution longue et terrible , se cicatrisent : l'ordre renaît et Fou s'abandonne à l'espérance d'un plus doux avenir.

Le 3 janvier 1800 (i4 nivôse an VIII), environ trente ecclésiastiques détenus dans l'église des ci-devant Alexiens, sont mis en liberté. Le i.er mars (10 ventôse) , la nouvelle constitution dite de fan VlH, est publiée à G and, avec la plus grande solennité. Le 21 du même mois le citoyen Faipoult, nommé préfet du département de l'Escaut , arrive dans son chef-lieu, est installé dans ses fonc-

SUR G AND» Sig

tions qu'il exerça avec probité et beaucoup de talent. Il reorganise toutes les administrations , fait refleurir notre commerce et notre industrie, répare les grandes routes et s'attire l'estime générale de toute la ville de Gand, qui conserve avec respect à Fhôtel-de- ville, le portrait en pied de cet administrateur habile.

Le 2 avril 1800 (11 germinal), on célèbre avec beaucoup d'appareil la publication de la paix conclue à Lunéville , entre la république française et l'empereur d'Autriche.

Le 12 avril (21 floréal), on érige à Gand une société de médecine et de chirurgie. Cette institution philantropique est due, en grande partie, à feu M. B. Coppens, professeur à l'école centrale. Elle propagea rapidement la vaccine, importée à Gand par M. le docteur Demanet.

Le i3 août (25 messidor) on commence à célébrer à Gand , en commémoration de la fondation de la république et pour la conclusion de la paix continentale , signée à Lunéville, des fêtes qui durèrent deux jours. Le matin toutes les autorités civiles et militaires , dont le cortège était accru de plusieurs corps

de troupes de ligne, se rendent au temple de la Loi, au milieu d'une haie de grenadiers , et d'une foule innombrable de citoyens de cette ville et de plus de i5,ooo étrangers accourus de Bruxelles, Lille, Bruges et Anvers, pour prendre part aux divertissemens de la journée. L'intérieur du temple était orné de branches de laurier, de chêne et d'olivier, emblèmes de la victoire , du civisme et de la paix : au fond du temple et sous un dais magnifique s'élevait le génie de la France , entre la Sagesse , la Force, la Justice et la Prudence, personnifiées par quatre enfans qui entouraient ce génie de guirlandes et de trophées.

Des orchestres exécutaient des symphonies et chantaient des hymnes analogues à la journée ; des détachemens militaires placés devant le vestibule , faisaient succéder le bruit de la rnousquetterie au son des instrumens.

Après trois discours prononcés sur les événemens qui avaient précédé cette fête , le maire de la ville, pour donner à la garnison un témoignage de la satisfaction qu'il éprouvait de l'excellente discipline régnant parmi elle, décerna deux sabres d'honneur à deux militaires»

SUR GAïïD. 221

A midi tout le cortège quitte le temple et se rend sur la place de la Liberté (Marchédu-Vendredi), où la garnison entière sous les armes était rangée autour de la colonne départementale , élevée,, sur les débris de celle de Charles-Quint, pour perpétuer la mémoire des braves du département de l'Escaut , morts au champ d'honneur, pour la patrie. Ce monument improvisé pour ainsi dire en peu de jours par M. Pisson, architecte de la ville, était une colonne qui s'élevait à la hauteur de 120 pieds : elle était surmontée de la statue de Bellone en repos, appuyée sur une pique ; des génies ailés étaient représentés sur les quatre faces du piédestal. Des faisceaux antiques, surmontés de leurs haches, entouraient le sousbassement et étaient en même-temps les images de l'union et de la force.

Après que des inscriptions eussent été tracées sur les quatre faces de ce monument, tout le cortège et la garnison, avec des détachemens de la garde nationale, se rendirent sur la place des Récollets, où des divertissemens eurent lieu jusqu'à 6 heures du soir. Un banquet civique de i5o couverts, et dans lequel les soldats

blessés étaient assîs entre leurs généraux et les premiers magistrats du département, réunit, au grand salon de la maison-de-ville, toutes les autorités constituées. A huit heures du soir une illumination générale commença; mais le temps pluvieux empêcha de tirer le feu d'artifice préparé sur le Marehé-du-Vendredi.

La journée du lendemain fut remarquable par la petite guerre qui eut lieudans les plaines d'Heernesse, hors la porte d'Anvers. Ces fêtes furent terminées par un soupé et un bal donnés à l'hôtel de la préfecture, aux personnes les plus distinguées de la ville.

En l'an X (1801), la France en paix avec toutes les puissances continentales, signe également la paix avec l'Angleterre, et h cette occasion, de nouvelles fêtes sont célébrées a Gand. Le 24 août de l'année précédente un concordat conclu entre le Saint-Père et Napoléon, I." consul, rendait à la religion catholique le libre exercice de son culte et l'éclat dont elle avait été environnée par nos ancêtres. Les concitoyens émigrés pour cause politique , obtiennent une amnistie par un sénatusconsulte du 6 floréal an X (26 avril 1802).

L'argent rentre en circulation; notre commerce et notre industrie reprennent une nouvelle vie.

Au commencement du mois de janvier 1802, les amateurs se transportent à la maison du citoyen /. Inghels, sculpteur de cette ville , pour y voir une statue colossale en neige , de la hauteur d'environ 20 pieds , représentant Diane, suivie de trois chiens et allant à la chasse. L'académie de dessein, peinture et architecture , tout en exprimant le regret que M. Inghels n'eut pas employé pour sa statue une matière moins périssable , lui accorde une médaille d'argent.

Par un arrêté du préfet du département de î 'Escaut, en date du 2 germinal an X (12 mars 1802) l'église de Si.-Michel à Gand, qui servait depuis plusieurs années de temple décadaire est rendue aux habitans de cette paroisse, pour servir à l'exercice de la religion catholique, apostolique et romaine. Quelques jours après, tous les matériaux qui avaient servi à l'amphithéâtre élevé au milieu de ce beau local, sont vendus publiquement.

Le dimanches mai (12 floréal) on chante

22£ UOTICE HISTORIQUE

dans l'église de St.-Bavon, à Gand, en présence de toutes les autorités constituées, un Te-Deum, en action de grâces du rétablissement de la religion catholique en France et en Belgique. La cathédrale était ornée de tous les arbres et de toutes les plantes les plus rares qu'on avait pu trouver chez les particuliers et au jardin des plantes. La foule immense qui assista à cette cérémonie, l'illumination de tous les monumens publics ainsi que des maisons particulières jusqu'au milieu de la nuit , firent voir combien ce rétablissement était vivement désiré par les Gantois.

Vers la fin du même mois, des registres sont ouverts pour recevoir les vœux des citoyens, sur la 'question soumise au peuple Français par arrêté des consuls : Napoléon sera-t-il consul à vie ? Le vœu est affirmatif, quoiqu'un grand nombre de citoyens refusent de donner leur vote.

Le 1 1 juin (22 prairial) , Mgr. Etienne- Jndré-Fiançois de Paule de Fallot de Beaumont, né à Avignon, le 1* avril i75o, et précédemment éveque du diocèse de Vaison, arrive à Gand, où il avait été appelé par le

souverain Pontife , le 1 5 mai précèdent. Il fit son entrée solennelle au son de toutes les cloches , accompagné de toutes les autorités et précédé et suivi de plusieurs détachemens de la garnison.

Le ï4 décembre 1802 (5 frimaire an XI), Mgr. De Fallot de Beaumont , donne un décret par lequel , d'après un arrangement avec le saint-siége , de nouvelles églises paroissiales sont érigées dans la ville de Gand, comme suit :

Paroisse : St. -Bavon. Succursales : Afsné ; St.-Denis Westrem; Notre-Dame, et Saint- Nicolas, à Gand.

Paroisse : St.- Jacques. Succursales : Sainte- Anne et le Petit-Béguinage, à Gand; Gentbrugge ; Heusden j Ledeberg.

Paroisse : St. -Michel. Succursales : le Grand Béguinage , à Gand ; Tr on chiennes • Mariakerke ; St.-Martin , à Gand ; Vinderhaute. Oratoires : les églises des Carmes déchaussés et des Dominicains, à Gand.

Paroisse ;St.-Sauveur. Succursales : l'église des Augustins, à Gandj Destelberge. Oratoi-

res : Beêrvelde; l'église des Carmes chaussés, à Gand , et Meulestede.

A peine cette organisation était-elle publiée , qu'une dépêche du conseil-détat chargé des affaires du culte, annonça au préfet que le gouvernement accordait une amnistie a tous les ecclésiastiques qui n'avaient point encore été rayés de la liste des émigrés. Tandis que tout ce qui avait rapport au culte de la religion catholique se réorganisait ainsi, la peinture que la Belgique cultiva toujours avec tant de succès, recevait aussi des marques éclatantes de protection; quatre tableaux d'histoire étaient payés tous les ans chacun ïo,ooo francs : de semblables encouragemens étaient accordés aux arts, aux métiers et aux nombreuses manufactures de la Flandre.

On fit à Gand dans le courant de Germinal (mars) de très-brillans préparatifs pour recevoir le I.er Consul, qui venait avec son épouse visiter les villes de la Belgique. Les jeunes gens formant la garde d'honneur qui devaient accompagner Napoléon, se choisissent pour colonel M. Van Hoobroeck, ancien chef d'escadron du régiment de La Tour,

et pour capitaine , lieutenant et sous-lieutenants , MM. J. Carpentier, Couvreur-Poelman , J. Van Hecke et P. Bauwens. Leur équipement qui était superbe, consistait en un uniforme français , à-peu-près couleur feuillemorte (zeem-couleur) y revers, collet et paremens bleu de ciel , richement brodes en argent, gilet blanc, pantalon de peau de chamois brode' en argent ainsi que les bottes à la hussarde, chapeau français surmonté d'un panache blanc.

Le jeudi 14 juillet i8o3 (29 messidor), le I.er consul en voiture avec son épouse, entouré des généraux Moncey et Belliard , du colonel Beauharnais et du préfet, tous à cheval, fait son entrée sollennelle à Gand, vers les six heures du soir, en passant sous un très-bel arc de triomphe , érigé à la porte de Bruges, et retraçant les beaux faits de la campagne d'Italie. Le cortège très-brillant et nombreux était encore augmenté de plusieurs régimens. Les illuminations offraient un coup-d'œil enchanteur. Le lendemain Napoléon et Joséphine, avant d'honorer de leur présence la fête que le département leur offrait à la maison-de-

ville, ornée d'un beau portique égyptien; parcoururent avec le plus grand intérêt la grande -salle dite pronk-zaele, où étaient exposés avec beaucoup de goût tous les produits de l'industrie et des manufactures flamandes.

Le commerce , dont la chambre venait d'être organisée depuis quelque temps , donna le jour suivant au Ler Consul, une fête magnifique sur la Place-d' Armes, qui était transformée en une tente immense. Au fond de la place, dans laquelle on entrait du côté de la rue du Soleil, était un bel orchestre placé dans une arcade surmontée d'un obélisque : il portait en transparent ces mots extraits de Télémaque : La ville de Tyr est heureusement situés pour le commerce. Le contour de la place était ornéi d'arcades, et de guirlandes de fleurs, garnies de milliers de lampions de toutes les couleurs.

Pendant son séjour dans la capitale de la Flandre , le premier consul signa un arrêté par lequel il devait y être établi un entrepôt de marchandises. On plaça dans le chantier de la ville les quilles de trois bateaux-plats de

SUR GAÏtD; 22g première classe; on en construisit d'autres dans lesdiffërens chantiers du département ? qui accorda pour cet objet la somme de i,5oo,ooofr. Ces bateaux -plats devaient être envoyés à Boulogne-sur-Mer, pour la descente de Napoléon en Angleterre.

Le 3 vendémiaire (26 septembre i8o3) , le jury chargé de l'exposition des objets d'arts et d'industrie qui eut lieu lors de l'arrivée du premier consul, fait son rapport et distribue des médailles d'or et d'argent aux fabricants et artistes du département.

Napoléon avait été nommé consul à vie ; mais ce titre ne lui suffisait déjà plus. Le 17 floréal an XII (7 mai 180/f) une députation composée de différens membres du conseil de la préfecture, du conseil départemental, du conseil municipal et des tribunaux, part pour Paris et fait connaître au I.er consul le vœu du peuple : « que la dignité impériale soit accordée à Napoléon Bonaparte pour prix de ses services et que cette dignité soit héréditaire dans sa famille de mâle en mâle et par ordre de primogéniture ». Quelques jours auparavant on avait voté sur cette question à Gand, 20

23o NOTICE HISTORIQUE

Le 7 prairial (27 mai i8o4)> Napoléon est proclamé sur toutes les places de Gand , empereur des Français. Des réjouissances ont lieu à cette occasion , toutes les autorités prêtent à la maison-de-ville serment de fidélité au nouvel empereur.

Le préfet du département, le maire delà ville, et les députés de la garde nationale au nombre de 1 5 , partent de Gand le 28 vendémiaire (20 octobre i8o4),pour assister à son couronnement.

Le 28 brumaire an XIII (17 nov* i8o4), on publie un arrêté du maire qui rétablit la division de la ville en 238 voisinages; et engage les doyens et les baillius qui étaient en fonctions en 1 795, à les reprendre avec zèle.

Le 11 frimaire (2 décembre 180 5), Napoléon est sacré empereur, par le souverain Pontife. Le même jour de nouvelles fêtes sont célébrées à Gand, à cette occasion. Le i.cr janvier 1806, le calendrier républicain cesse d'être en usage dans tout l'empire Français.

En 1807, l'administration de la ville de Gand commence à faire construira de nouveau égoûts qui servirent beaucoup à assainir cette

SUR GAND. 23 ï

cité populeuse et à en rendre les rues plus propres. C'est un des ouvrages les plus utiles qui y aient été exécutés depuis long-temps. On construisit cette année celui de Englandgat -ten-tr appert , et l'année suivante deux autres. Les quais attirent également l'attention des magistrats. Celui de St.-George , près du pont de la Tour-Rouge, fut terminé en juillet 1807; il coûta la somme de 11, 566 fl. En 1 808 on éleva celui de la porte-aux- Vaches; et on acheva celui qui se trouve derrière la Lys. Il coûta 1 5,522 florins.

La translation des reliques de S.te-CoIette dans la cathédrale de St.-Bavon, se fît en procession solennelle le 28 mai 1808. Le lendemain commença une neuvaine pour célébrer la canonisation de cette sainte , béatifiée à Rome, en 1807 , parle souverain Pontife. Les religieuses Colettines, peu avant leur émigration en 1784* avaient envoyé à Poligny les reliques de cette sainte décédée dans leur couvent, à Gand; mais le pape les avait fait transporter à Rome pour les distribuer dans différentes églises après qu'il l'aurait canonisée. Dans le courant de l'année 1808, la ville

tàl NOTICE HISTORIQUE

de Gand vit éclore dans son sein deux sociétés qui contribuèrent beaucoup à répandre en Belgique le goût des arts et des sciences , et servirent pour ainsi dire de modèle à toutes celles qui existent aujourd'hui dans nos provinces. La société des beaux-arts et de littérature ainsi que celle de botanique et d'horticulture durent leur origine à quelques Gantois amis de Flore et de la peinture.

Le 6 septembre 1809, on publie à Gand un ordre du jour par lequel on annonçait aux troupes que l'empereur avait changé la dénomination de Y armée du Nord, formée pour repousser les anglais ; qu'elle prendrait le nom d'armée de la tête de Flandre, et que son quartier général était transporté à Gand.

En vertu d'un sénatus-consulte du 5 octobre, 36;ooo conscrits sont de nouveau mis à la disposition du gouvernement. Dans le contingent assigné au département de l'Escaut ; la ville de Gand est obligée de fournir 78 hommes. Les lois sur la conscription sont de la dernière sévérité et il ne se passe guère de semaine que le tribunal de Gand ne prononce quelque condamnation contre des individus convaincus d'avoiy

recelé des conscrits réfractaires. Le receleur était ordinairement condamné à 5oo francs d'amende et à un an d'emprisonnement.

L'heureuse nouvelle de la paix signée à Schœnbrunn , entre la France et l'Autriche , est lue à Gand le 23 octobre , au spectacle , et est annoncée par le son de la grosse cloche.

Le 23 avril 1810, à l'occasion du second mariage de Napoléon , avec la fille de l'empereur d'Autriche , l'archiduchesse Marie- Louise, on célèbre à Gand différentes fêtes. Dix pauvres filles d'une conduite irréprochable sont mariées à des personnes de leur choix : chaque rosière reçoit une dot de 6oo francs.

Le 29 avril, une garde d'honneur à cheval., dont l'équipement était magnifique, part à 9 heures du matin pour la Tête de Flandre , afin d'y attendre Napoléon et sa nouvelle épouse qui parcouraient les villes de la Belgique et devait passer l'Escaut à Anvers , pour venir visiter les fortifications de la Tête-de- Flandre. La garde d'honneur escorte Napoléon aussi long-temps qu'il reste sur le territoire du département de l'Escaut.

Le 1 7 maî 1 8 1 o, Napoléon et Marie-Louise firent leur entrée solennelle dans la ville de Gand avec le roi et la reine de Westphalie. Le préfet, M. le baron d'Houdetot , s'était rendu à Alost , pour les complimenter, et une grande partie de la population s'était portée à leur rencontre au-delà des portes. LL. MM. entrent dans la ville à ii heures du matin, parla porte de Bruxelles, au bruit de l'artillerie et au son de toutes les cloches. A l'extrémité du faubourg, au pied d'un arc de triomphe d'une très-belle construction, le maire, M. Pycke, harangua S. M. en lui présentant les clés. Les maisons de toutes les rues et sur-tout de la longue rue de Bruxelles, étaient parées de feuillage, de guirlandes de fleurs, de tapisseries, d'emblèmes, et d'inscriptions dictées par la circonstance. Une heure après son arrivée, Napoléon, après avoir donné aux autorités une audience dans laquelle ils s'est occupé des intérêts du département et de tout ce qui pouvait contribuer à sa prospérité, parcourut avec son épouse, les plus belles promenades de la ville, l'auguste couple rentra dans son palais en passant sous le bel arc de

SUR GàjVD. 235

triomphe, élevé à l'entrée du Marché- au- Grains , aux frais de la société de Commerce, d'après les plans de P. J. J. Tiberghien, gravés par M. Lé De Bast. À huit heures et demie LL. MM. se rendirent à l'hôtel -de- ville , pour assister à la fête qui leur était préparée. Elles furent introduites par M. le Maire et le corps municipal : quinze dames allèrent recevoir l'impératrice. Au moment où LL. MM prirent placé sur le trône magnifique qui leur était destiné, la musique se fit entendre à l'autre extrémité de la salle, et l'on a chanté une cantate qui leur fut ensuite offerte. Le bal s'ouvrit alors. Les illuminations pour lesquelles on avait fait de brillans préparatifs furent contrariées par le mauvais temps. Napoléon partit le lendemain à cinq heures du matin pour aller visiter la rive gauche de l'Escaut, et à onze heures Marie- Louise se mit en route pour Bruges. En quittant la ville , ils firent don aux pauvres d'une somme i5,ooo francs»

Les honneurs funèbres furent rendus le vendredi 6 juillet à la mémoire du duc de Montebello, dans l'église cathédrale de St.-Bavon.

Toutes les autorités civiles et militaires , k garnison, la garde-d'honneur et les confréries assistèrent à cette cérémonie. Après l'office , M. De Bast, membre de la légion d'honneur, chanoine de la cathédrale et curé de St.Nicolas, prononça une oraison funèbre.

Le 10 décembre on brûla devant l'entrepôt, en présence des autorités et d'un nombreux concours de spectateurs , une grande quantité de marchandises anglaises, consistant principalement en easimirs, étoffes de laine et percales. Les habitans de cette ville et sur-tout les fabricans applaudissent à une mesure qui tournait tout entière au profit de l'industrie nationale.

Au commencement de i8n, Napoléon, afin de favoriser nos fabriques, fait brûler publiquement pour plusieurs millions de marchandises anglaises, consistant en cotons imprimés, draps, etc.

Dans la nuit du 20 au 1 1 mars , on annonce à Gand à la lueur des flambeaux , au bruit du canon et au son des cloches la naissance du Roi de Rome, fils de Napoléon , et le 9 juin on célèbre des fêtes pour son baptême.

SUR GANDe 23^

Napoléon ayant perdu au milieu des neiges de la Russie, l'armée la plus belle et la plus nombreuse qui ait peut-être jamais existé, ordonne une nouvelle levée d'hommes dans les premiers mois de l'année i8i3. Outre son contingent , la ville de Gand fournit pour la remonte de la cavalerie , 5o cavaliers très-bien équipés. Le 14 mai, le préfet désigne encore quarante-sept jeunes gens des familles les plus distinguées pour faire partie de la garde^ d'honneur. L'équipement complet de chacun d'eux leur coûtait plus de 1 5oo francs.

Le prince de Broglie, appelé en 1807, à l'évêché de Gand, se trouvant en opposition avec le gouvernement impérial, se démet de son évêché et Napoléon propose au souverain pontife, pour le remplacer, M. De la Brue de St*-Bauzilley chanoine deDijon.M.DeBroglie écrit le 8 juillet 181 3, aux vicaires -généraux de Gand, pour leur annoncer officiellement sa démission et leur enjoindre d'installer Mgr. De la Brue , en qualité de vicaire-capitulaire.

En exécution de la lettre de Monseigneur De Broglie , M. De la Brue , par un acte ca-* r pitulaire du 22 juillet, fut nommé vicairç=?

capitulaire, avec deux autres chanoines de la cathérale, et il vint le surlendemain y prendre possession de sa nouvelle dignité'. Mais le chœur fut abandonné à l'instant par la plus grande partie des chanoines et des chapelains : les séminaristes ayant également refusé d'y paraître et s'étant portés à l'insubordination, le séminaire fut fermé le 26, et tous ceux d'entre eux, au nombre de 192 qui ne voulurent point se soumettre aux vicaires-capitulaires , furent mis à la disposition du préfet. Celui-ci les fit enrégimenter à l'instant , et ils furent envoyés , pour la plupart, à Wezel; de ce nombre 36 théologiens et 19 étudians ne revirent jamais leur patrie. Le séminaire fut ouvert de nouveau quelques jours après.

Le i5 août, plusieurs curés refusèrent d'assister à la procession instituée en mémoire du rétablissement de la religion , parceque le Saint-Sacrement y était porté par M.r De la Brue ; la procession n'eut lieu ce jour là que l'après-midi. Le vicariat-capitulaire, regardant la conduite de ces curés comme très-répréhensible, fit afficher le 17 un interdit fulminant à la porte de leur église respective»

SUR G AND» 23g

Cependant les allies avaient franchi les limites de l'empire Français. Un grand nombre de blesses sont évacués sur Gand, pour être transportes en France , et les bourgeois sont obligés de venir au secours des hôpitaux militaires. Le i5 décembre on lève de fortes réquisitions en denrées pour la ville d'Anvers. Le 8 janvier 1814 arrive à Gand le sénateur Pontécoulant : il témoigne aux Gantois la satisfaction qu'il éprouve de leur conduite : il fait néanmoins rassembler tous les chevaux de luxe au château, et en choisit 27 pour le service de l'armée. Le i5 janvier, sur le bruit que la ville d'Anvers allait être prise par les aimées alliées > les administrations des droits-réunis , des douanes, etc. , et le lycée partent pour Lille. Une grande inquiétude règne parmi le peuple, qui se trouvait sans ouvrage depuis quelque temps. Dans ces circonstances difficiles, la garde bourgeoise, sur l'invitation des autorités , se met sous les armes , occupe les portes de la ville ainsi que les autres postes, et envoie de fortes patrouilles à pied et à cheval, afin de maintenir le bon ordre et d'empêcher les réactions.

Le 4 février, au matin quelques cosaques et hussards prussiens se présentent à la maisonde-ville. Vers midi 400 hommes des mêmes troupes, sous le commandement du colonel russe Novosnomtsch Menlilcoff > occupent militairement la ville.

M. le comte D'Hane de Steenhuyse, nommé par le gouvernement provisoire de la Belgique, intendant du département de l'Escaut, est installé en cette qualité le 1 9 mars ; le 2 \ , M. le comte deLens, entre en fonction, comme maire de Gand.

Le samedi 16 mars, environ 7000 hommes de troupes françaises , sous le commandement du général Maison , pénétrèrent dans la ville de Gand vers une heure après-midi. Le comte Bichaloff, colonel des cosaques , soutint courageusement sur différentes places un comhât inégal, avec 200 hommes de sa troupe , mais il fut forcé de fuir jusqu'à Melle , après avoir perdu plusieurs des siens qui furent tués ou blessés ainsi que quelques bourgeois. Le mardi 29 mars, une grande partie de la garnison d'Anvers, traversa la ville et alla camper à Melle* Le soir le général Maison reçut un

parlementaire prussien et le 3o à 4 heures du matin, toutes les troupes françaises battirent en retraite par la porte de Courtrai. Le soir un corps de Saxons , de Prussiens et de Russes, au nombre d'environ 10,000 hommes rentra dans la ville et fut reçu avec de grandes démonstrations de joie.

L'évêque de Broglie revint prendre possession de son diocèse le 23 mai. Les curés qui s'étaient tenus cachés pendant l'interdit lancé contre eux, tout le clergé et les séminaristes en habits sacerdotaux et portant une palme à la main, allèrent à sa rencontre avec une grande partie de la population. Mais d'autres orages attendaient encore ce prélat. Plus tard , lorsque la Belgique eut été réunie à la Hollande, les projets d'une constitution promise par Guillaume, Prince d'Orange, devenu roi des Pays-Bas, allarmèrent la conscience de Mgr.de Broglie. Le 28 juillet 181 5, parut une adresse au roi, signée par les évêques de Gand, de Tournai et de Namur , et enfin un autre écrit intitulé jugement doctrinal des évêques des Pays-Bas , sur le serment. On refusait généralement en Flandre l'absolution

à toutes les personnes qui avaient prêté serment de fidélité au roi et à la constitution* Entre temps d'autres discussions s'élevèrent entre le gouvernement et Mgr, De Broglie qui défendait de faire des prières publiques pour le roi et la famille royale. Les différens devinrent plus vifs , au sujet de l'érection des universités. Blessé de ce qu'on n'avait pas consulté le clergé catholique , Mgr. l'évêque de Gand adressa au roi une représentation qui renfermait sur le mode d'instruction des plaintes très-amères. Le 26 février 181 7, Mgr* De Broglie reçoit un mandat de comparaître devant 3a cour d'appel de Bruxelles ; ce fut alors qu'il quitta la Belgique, qu'il ne devait plus revoir , et vécut tantôt à Paris ; tantôt à Beaune. Il protesta contre la procédure, mais le tribunal passa outre , et par arrêt du 8 novembre 1817 ce prélat fut condamné par contumace à la déportation. Dix -neuvième évêque de Gand, Mgr. de Broglie mourut à Paris le 20 juillet 1821, âgé de 54 ans.

Le 29 juin 1 8 1 4 ? Alexandre Ler empereur de toutes les Russies , fut reçu à Gand avec tous les honneurs dus à son rang. Il revenait

SUR GÀjVD*

de l'Angleterre qu'il avait été visiter après la paix de Paris. Il s'arrêta pendant quelques heures à l'hôtel de M. le comte d'Hane de Steenhuyse , et partit pour Anvers , après avoirpassé en revue deux régimens français qui revenaient d'Hambourg,, et dont l'un , par une singulière rencontre , était entré le premier à Moscou en 181 2. A cette époque la ville de Gand était encombrée de troupes de toutes les nations qui ne faisaient que la traverser ; elles étaient presque toutes logées chez les bourgeois.

En 18 12, les anglais avaient déclaré la guerre aux États-Unis d'Amérique, et parlaient déjà de recolonisation; ils avaient incendié Washington et tous ses monumens, au milieu de l'indignation de l'Europe entière. Mais ils s'aperçurent bientôt que la jeune Amérique devait jouir à jamais de sa liberté. On entama des négociations, et la ville de Gand fut choisie pour un congrès qui s'ouvrit vers la fin de juin. La paix entre l'Amérique et l'Angleterre y fut signée le 24 décembre 1814 , à l'ancienne Chartreuse, où logeaient lord Gamh 1er > et les honorables Cockbum

et Adam, plénipotentiaires anglais. Les ambassadeurs Américains, MM. Quincy-Adams, Bayard, Clay, Gallatin et Russel étaient logés chez M. Schamp, à l'hôtel de Lovendeghem,rue des champs, n.° 45. A cette époque mémorable pour la Flandre, plusieurs familles des plus notables de la ville de Gand désirèrent réunir une dernière fois les ministres Américains que Fimmensité des mers allait séparer d'elles, et qu'elles n'espéraient plus revoir. Ces estimables étrangers avaient su se concilier la plus honorable popularité par leur marque d'intérêt et de confiance et par leur attention à ne pas contrarier nos habitudes. Une aimable enfant de onze ans , chanta en leur honneur, en Raccompagnant de la harpe, quelques couplets que la reconnaissance fit éclore et que les grâces répétèrent aussi plus tard aux États-Unis d'Amérique. La même nuit la veille de son départ, l'illustre ambassadeur, M. John Quincy Adams répondit par les couplets suivans , dans la langue de Colombie* :

« 0 toi si joli, parmi les jeunes nymphes

de la Lys et de l'Escaut, si j'étais encore dans cet âge heureux qu'embellissent la jeunesse et la grâce ; si les chants sublimes des bardes , inspires par l'amour et la vérité, pouvaient animer ma voix ; parmi toutes ces inspirations poétiques , ma harpe choisirait l'hymne le plus suave ; ta beauté virginale serait l'objet de mes chants et toi, tu serais ma muse,

À la veille de descendre dans cette vallée où la sombre mélancolie obscurcit les jours , avec quel charme, et, comme porté sur l'aile des zéphyrs, tes accens ont frappé mon oreille ! Fille enchanteresse ! au-delà des bords où s'arrêtent les domaines orageux de l'Océan , les échos de Colombia répéteront avec fierté tes accords.

Et quand de mon pied voyageur , je toucherai de nouveau le rivage de Colombia ; mon cœur animé par la reconnaissance , bénira la terre qui te vit naître : aussi long-temps que je sentirai battre mon cœur, je me souviendrai

qu'ici, ton aigle , ô Colombia , cueillit l'olivier de la paix.

Ici, me dirai-j e souvent , ici, dans cette contrée de paix et d'affection, je trouvai parée de mille grâces , une enfant plus douce que la paix, plus pure que sa colombe. Ainsi, aussi long-temps que ton ami conservera le souvenir de son existence, des pensées de paix et d'affection , ô toi, si jolie parmi les je ânes nymphes de la Lys et de l'Escaut , se confondront avec ton image dans sa mémoire*

Gancl, le 4 janvier \ 8 1 5 ,

ÀDAMS.

Voici un extrait de la lettre qui accompagna le lendemain l'envoi de ces vers à M.e D. :

u M. Adams envoie, en reconnaissance des vers que M.1Ie D. a si bien chantés, avec l'accompagnement de sa harpe , quelques couplets en la langue de Colombia. Il n'a pas osé exprimer ses sentimens en poésie française. Il ne connaît aucune langue dans laquelle il lui fut possible de les exprimer comme il les

ressent. Ce ne sera qu'avec son dernier soupir que s'effacera le souvenir de toutes les bontés que pendant son séjour en cette ville , il a

éprouvées de la part des habitans.. »

Le 1 o février, le prince Guillaume d'Orange- Nassau, est proclamé à Gand, roi des Pays- Bas. Le drapeau orange flotte sur le beffroi et sur les autres monumens publics qui sont illuminés. Deux députations composées l'une de quatre membres du conseil municipal et l'autre de trois membres de l'administration départementale, vont porter à S. M. l'assurance du dévouement et de la fidélité de leurs concitoyens.

Napoléon , que les souverains alliés avaient relégué à l'île d'Elbe, reparaît tout-à-coup, comme par enchantement, au sein de la France , et le roi de France abandonné de toutes ses troupes, est obligé de quitter Paris dans la nuit du 20 au 2 î mars. Il vient avec presque toute sa famille, chercher un asyle sur la terre hospitalière de la Flandre , et la ville de Gand est appelée à devenir le séjour de ce roi fugitif et malheureux. Le 28 mars le duc de Berri, poursuivi vivement par 200 lanciers fran*

çaîs, qui l'auraient pris à Rousbrugge , sans le courage d'un lieutenant Belge, Carondal, précéda le roi à Gand ; et il fut suivi le lendemain de Monsieur, aujourd'hui Charles X; ils logèrent tous deux sur le Kauter, avec une partie de leur suite à l'hôtel des Pays-Bas, n.° 16, qui appartient maintenant à M. Van Crombrugge, bourguem aî tr e de la ville. S. M. Louis XVIII, dans une voiture à 6 chevaux, fut reçu à la porte de Bruges, le 3o mars à 5 heures après-midi, par M. le maire , et un de ses adjoints. Il traversa toutes les rues au milieu d'une foule immense qui avait été à sa rencontre et aux cris répétés de vive Louis XF1II; il descendit à l'hôtel de M. le comte d'Hane de Steenhuyse , rue des champs, n.° 53. Les ducs de Duras, de Blacas, de Qrammont, ainsi que le Prince de Poix, logeaient alternativement dans le même hôtel, selon que l'exigeaient leur service. Tous les ministres et les dignitaires de la couronne habitaient les maisons voisines. L'illustre auteur du Génie du christianisme, Ghâteaubriant , était logé à l'hôtel de Flandre, rue aux Draps. Une partie de la maison du roi, composée d'environ 6 à

700 hommes de cavalerie, arriva à Gand le 4 avril, après avoir passé quelques jours à Deynze ; elle partit avec le duc de Berri pour Àlost , où elle demeura cantonnée. Le 28 mai , la duchesse de Berri vint par l'Angleterre rejoindre lafamille royale. L'ancienne capitale de la Flandre offrait en ce moment le coupd'œil animé et Bruyant d'une ville de cour. Elle était devenue le séjour de tous les ambassadeurs étrangers près des Tuilleries, et d'une multitude de personnages de distinction qui arrivaient successivement. Le passage des troupes anglaises de toutes armes se rendant sur notre frontière, ne discontinuait pas, et quelques troupes fidèles à la famille royale, revenaient se ranger sous l'étendard de Henri IV.

Cependant, Napoléon, àlatête d'une armée de plus de cent mille hommes , tente d'envahir laBelgique: il remporte d'ahord quelques avantages. Le prince d'Orange, qui scella de son sang notre indépendance, le 18 juin, dans les plaines de Waterloo , fut dégagé par le 7.me bataillon Belge, des mains des français, au milieu desquels l'avait entraîné son impétuosité. Ce corps, formé à Gand en i8i4> était composé pour k

%5ù NOTICE HISTORIQUE

plupart de Gantois. Le prince jeta alors sa décoration au milieu de ce bataillon, en s'écriant : a Mes amis vous l'ayez tous méritée. » Elle fut attachée sur-le-champ au drapeau, et plusieurs braves tombèrent en répétant le cri de Vive le -prince c£ Orange ! Vers les 5 heures du soir, le général Blucher, à la tête d'un corps de trente mille hommes de troupes fraîches , décide la victoire : le triomphe est assuré aux armées alliées, et l'existence de notre beau royaume est consolidée. Pendant tout le temps de la bataille la ville est dans la consternation : les voitures du roi de France et cinq fourgons très-pesamment chargés demeurent attelés. La nouvelle de la victoire de Waterloo fut apportée à 1 1 heures du soir à Louis XVIII. Quoique souffrant , il alla trouver à l'instant M. le comte d'Hane de Steenhuyse, dans ses appartemens , l'embrassa en pleurant et lui donna en souvenir , sa tabatière garnie en diamants. Le 11 , on offre à l'Éternel des chants de reconnaissance dans la cathédrale de St.-Bavon, et le soir toute la ville est illuminée au son des cloches et du carillon.

STTR G AND» s5ï

Louis XVIII était resté environ trois mois à Gand , il en partit le 22 juin à 11 heures du matin, se dirigeant sur Grammont, pour rentrer dans son royaume par Mons. Tous les ambassadeurs e'trangers le suivirent. Il avait reçu des Gantois des marques de respect et d'attachement et il se plut à leur en témoigner ses sentimens de reconnaissance dans une lettre autographe , qu'il adressa le 28 juillet à M. le comte de Steenhuyse.

Le 2t et le 22 juin , trois colonnes de prisonniers français formant environ 2000 hommes traversèrent la ville et furent embarqués à la porte de Bruges , pour être transportés à Ostende et de là en Angleterre. Le 26, le nombre en montait à près de nooo. La ville est encombrée de blessés qu'on évacuait de Bruxelles : les hôpitaux ne pouvant plus les contenir ; on fait construire , pour les y soigner, quatre grandes baraques en bois. Outre une somme de 60,000 francs , les bourgeois , pour arracher à une mort inévitable les défenseurs de leur patrie, leur prodiguent avec la plus grande humanité, tous les secours qu'exigeaient leur état.

&5a NOTICE HISTORIQUE SUE GAHB.

Le i3 juillet, notre loi fondamentale pose les bases du bonheur d'un peuple libre et instruit , dont le roi se fait gloire d'être le premier citoyen. Le 21 septembre, Guillaume Ler est inauguré à Bruxelles, il jure fidélité à la constitution, et nous vivons sous le sceptre d'un prince , le seul peut-être , que l'on peut appeller sans que la vérité ait à en rougir, le père de la patrie, le meilleur et le modèle des rois.

Page 1