‹ Guide des voyagers dans la ville de gandChapitre 4 sur 19 · COUP-D'OEIL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

COUP-D'OEIL GÉNÉRAL

(xand , ancienne capitale du comté de Flandre , aujourd'hui chef-lieu de la province de la Flandre-Orientale, est heureusement situé au confluent de l'Escaut, de la Lys, de la Liève et de la Moere , qui divisent cette ville en vingt-six îles. La plus remarquable est celle appelée de Kuyp, la cuve de Gand, qui est le noyau de la ville. Elle est formée d'un côté par l'Escaut qui coule le long du Reep; de l'autre par la Lys. Cette belle rivière entre dans la ville près de la porte de Courtrai , et se joint au pont du Jugement (Oordeelbrugge), à une coupure de l'Escaut qui date de l'origine de Gand ; elle longe le vieux

quai aux Oignons, l'église des Dominicains* la grande boucherie, le jardin des plantes et conserve son nom jusqu'à sa seconde jonction avec le véritable Escaut, en face du château des Espagnols. Les eaux de la Lys sont trèsclaires et trèsdimpides : elles offrent un phénomène fort extraordinaire , qui la fait servir de baromètre aux habitans de cette ville. Quand le temps est à la pluie, elle charrie en bouillonnant un sable très-fin , qui trouble plus ou moins sa limpidité , suivant la force delà pluie qui doit tomber. Les eaux de l'Escaut au contraire sont jaunâtres et très-chargées de limon ; on ne peut guère en faire usage qu'après les avoir filtrées. 11 existe sur ces rivières et les nombreux canaux qui coupent la ville dans tous les sens, soixante-dix grands ponts, sans parler des petits qui sont en grand nombre ; ce qui a fait dire à plusieurs voyageurs, que Gand comptait plus de 3oo ponts. Quarante-deux sont en pierre; les vmg-huit autres, construits en bois , attirent l'attention des étrangers, par leur simplicité et leur légèreté. Quoique pesant ordinairement plus de 3o,ooo livres, les lois de l'équilibre sont si bien observées dan*

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leur construction , qu'une femme ou même un enfant les font tourner sans la moindre peine. Les beaux quais qui bordent la Lys et l'Escaut sont tous en pierre-de-taille et toujours entretenus avec le plus grand soin. La profondeur des eaux moyennes de ces deux rivières est de douze à quinze pieds; et il n'est pas rare de voir des bâtimens de long cours , apporter au milieu de cette cité commerçante les productions des pays lointains. Le commerce deviendra beaucoup plus actif et plus florissant, lorsque Gand communiquera directement à la mer par le nouveau canal de Terneusen , et qu'un vaste port pourra recevoir les bâtimens de haut bord. Aussitôt que l'approfondissement du canal sera achevé, on commencera à creuser ce port qui s'étendra , à ce que l'on suppose, de la porte du Sas à celle d'Anvers, et aura pieds de largeur.

Le climat de Gand est sain et tempéré. La partie haute de la ville, bâtie sur le Mont-Blandin ou de St. -Pierre, est regardée comme la plus favorable à la santé, parce que l'air beaucoup plus vif , sur-tout m hiver , y circule plus librement et qu'il

est moins imprégné de vapeurs étrangères. Le terrain le plus bas est celui d3 Outre- Escaut du Pont-neuf; l'air y est plus humide et plus froid , et les maladies y sont plus fréquentes. Chaque fois que Gand a été en proie à quelque maladie pestilentielle , elle a toujours eu son foyer et exercé le plus de ravages dans cette partie de la ville : nous avons vu que nos ancêtres y reléguaient toutes les femmes de mauvaise vie. Suivant Cassini , la longitude de Gand est de vingt-et-un degrés, vingt-six minutes , et sa latitude de cinquanteet-un degrés, trois minutes. Les saisons sont plus variables à Gand qu'à Paris , mais beaucoup moins qu'à Londres. Cependant l'on a remarqué que depuis quelques années, ainsi que dans le reste de l'Europe, le passage subit du froid au chaud y cause des rhumes fréquens, qui, négligés, dégénèrent en phthîsie pulmonaire. Mais en soignant un peu sa santé, on parvient dans cette ville à un âge avancé. On peut fixer le froid moyen des hivers à cinq degrés, et la chaleur moyenne de l'été à dix-sept degrés. En 1820, le thermomètre est descendu à dix-sept degrés de froid ; en

juillet 1824, il marqua 3i degrés au-dessus du point de glace.

Le Gantois est franc, sincère , hospitalier , paisible et réservé; quand il a accordé son amitié, rien ne saurait le distraire d'un attachement qui repose sur l'estime. Chez lui l'état prospère de presque toutes les familles les plus riches , est le fruit de l'industrie, du travail et de l'économie : les fortunes trèsrapides , et par contre les bouleversements de fortunes, y sont rares. Il aime la propreté, le luxe et les plaisirs : dans les estaminets et les cafés , l'étranger remarque une gaîté cordiale. L'union ainsi que la piété y resserrent les liens de famille. Le sang est très-beau à Gand, sur-tout dans les hautes classes de la société. Les Gantoises sont bonnes ménagères et généralement douées de beaucoup de sagesse et d'activité : bon nombre d'entre elles dans les maisons de commerce sont à la tête des affaires. Elles s'occupent aussi avec succès de dessin , de peinture et de musique : on pourrait en citer plusieurs qui atteignent la perfection dans ces arts agréables , ou qui en approchent. Le Gantois est brave et coura-

geux : fidèlement attache' à ses souverains , quand on le gouvernait selon les lois, il courait aux armes toutes les fois qu'il voyait ses privilèges violés et son indépendance menacée : Aucune ville des Pays-Bas n'a possédé autant d'établissemens de charité que Gand; aujourd'hui ce nombre est encore de vingt hospices , où sont reçus les orphelins, les indigens et les vieillards des deux sexes , sans compter deux grands hôpitaux et plusieurs fondations particulières. Pendant les trois mois d'hiver de l'année 1816, le bureau de bienfaisance de cette ville distribua aux pauvres, pour sa part , i43;84o pains de froment ; 522,642 liv. de pommes-de-terre ; 56,020 fagots; 333,ooo livres de charbon de terre et 37,100 francs en argent.

Le goût des beaux-arts est très-vif et trèsrépandu à Gand, et il existe dans son sein de nombreuses sociétés propres à en propager l'amour. MM. Paelinck \ van Hanseiaer , de Gauwer, van Huffel etMaes (1) empruntent à l'histoire ses plus beaux traits et conservent

(1) Quoique M. Paelinck, né à Gostakker , pies (h

SUR LES MONTJMEïïS DE G AND» û5g

la gloire de l'école Flamande ; J. Geirnaert anime sur une toile des épisodes de la vie domestique; Eugène Verboeekhoven est déjà regardé comme l'un des premiers peintres d'animaux; son frère Louis exceUe dans les marines. Le pinceau des De Noter , Steyaert et Coucke , imite avec vérité les beautés champêtres d'une nature riche et fertile. La sculpture s'enrichit des travaux de Parmentier. La belle musique de nos églises , celle de la société de Ste.-Cécile sont une preuve de l'amour des Gantois pour l'art immortalisé par Grétry : Ermel, vient de remporter à Paris, le grand prix de composition au conservatoire royal } et voyage aujourd'hui en Allemagne et en Italie. Nous nous souvenons encore tous de P. Verheyen , et Gand possède encore P. de Volder, qui a inventé l'orgue à crescendo et à diminuendo , dont les sons sont si bien

Gand, réside actuellement à Bruxelles, cette première ville, dans l'académie de laquelle il puisa les principes de l'art qu'il ennoblit , ne le réclame pas moins comme un de ses enfans. M. Hanselaer est maintenant à Naples 3 et M. Maes à Rome.

nuances qu'ils produisent l'harmonie la plus parfaite. On peut sans le secours de registres, les renforcer ou les diminuer à volonté. L'art de la calligraphie y est porté à un dégré de perfection qu'il paraît impossible de surpasser : la seule institution de MM. Delbecq a fourni des calligraphes à plusieurs cours de l'Europe.

Dès le XX.e siècle, les Gantois avaient déjà donné l'essor à leur industrie et fabriquaient ces beaux tissus de lin, qui sont d'un si grand usage pour les besoins de la vie. Ils fesaient aussi un commerce très-actif sur le Rhin et en Allemagne. Mais par suite des guerres de religion au XVI.? siècle, beaucoup d'ouvriers qui travaillaient dans nos fabriques de laine, allèrent porter leur industrie en Hollande et en Angleterre, où ils augmentèrent la prospérité de leur nouvelle patrie. Gand a encore un grand commerce de consommation, de transit et d'expédition, et il serait facile de citer des négocians qui naguère encore avaient huit à dix bâtimens en mer. Cette ville doit la plus grande partie de sa prospérité au travail et à l'activité de ses habitans.

Tous les observateurs, visitant cette ville > ont remarqué le son d'une grosse cloche qui se fait entendre le matin , le midi et le soir ; cette coutume date du XIV.e siècle et sert à annoncer aux ouvriers des fabriques , dont le nombre peut s'évaluer de i5 à 17,000, l'heure de se rendre à leurs ateliers. Cette cloche indiquait jadis aux autres habit ans de ne point se trouver dans les rues en ces momens, afin de ne pas causer de retard à cette population utile et avare de son temps. C'est encore pour cette raison qu'il est défendu de tourner les ponts à ces trois époques de la journée. La ville de Gand compte environ 4 5 grandes maisons qui ont placé de forts capitaux dans le haut commerce et dans le cours des bourses; 60 grands négociants en toile; 29 en thé, en café; 24 en dentelles; 37 en épiceries; 33 en vins. Elle possède 27 imprimeries d'indiennes, de coton et de mouchoirs avec et sans mécaniques ; 22 filatures de coton ; 2 1 fabriques de toiles de coton ; 1 9 distilleries de genièvre;; 12 raffineries de sucre ; 1 7 savonneries et salines; 1 8 blanchisseries de toile et 4 de fils; 54 brasséries de bierre brune et blanche; 26 orfèvreries;

22 librairies et imprimeries. On y compte en outre de nombreuses fabriques de bleu , de papier à imprimer, à écrire et à meubler; de toiles rayées, de tabac, de pipes à fumer, de bougies, etc., etc#; et une superbe fonderie de fer.

La religion catholique romaine est celle de ïa majorité des habitans , cependant les étrangers y trouveront un temple ouvert aux différentes confessions de la religion protestante et une synagoge pour les Israélites. Il existe à Gand , pour l'exercice du culte catholique sept paroisses primaires et cinq succursales et oratoires , sans compter un grand nombre de chapelles particulières affectées à des hospices, ou à d'autres établissemens.Les jeunes ecclésiastiques romains y puisent les connaissances de la théologie dans deux séminaires. Avant notre révolution contre Joseph II, Gand possédait environ 120 couvents d'hommes ainsi que de femmes , et autres établissemens consacrés à la dévotion ou à la charité.

On compte dans cette ville plus de soixante - quinze monumens ; sept grandes portes, six cents quinze rues, plus de trente

mille maisons habitées par soixante-dix mille personnes j quinze places ex autant de marchés; dix promenades publiques situées au bord de l'eau et ombragées de plusieurs rangées de beaux arbres. Peu de villes en Europe en possèdent d'aussi belles et d'aussi soignées. Le circuit de la ville est de ^5,6^o pieds romains, ou environ deux lieues et demie de 20 au degré. Elle est généralement bien bâtie, et successivement nos anciennes maisons à pignons sont remplacées par des demeures élégantes et commodes. Les rues les mieux percées sont celles de Bruges , la rue Haute , la rue longue des Pierres , la Haute-porte, le Steendam, la rue de Savon, mais sur-tout la nouvelle rue de Brabant et celle des Jésuites, à laquelle la reconnaissance publique envers l'administration actuelle de la ville , a déjà donné le nom de rue de l'Université. La ville s'est tellement embellie depuis dix ans, que l'étranger qui ne l'aurait plus vue depuis cette époque, ne saurait s'y promener sans un sentiment de surprise et d'admiration. Gand , reconnaissant de sa nouvelle splendeur , transmettra à la postérité le

nom et les travaux des de Lens, des Piers de Raverschoot > ainsi que celui des Van Crombrugge, dont l'administration s'annonce sous d'aussi heureux auspices.

Gand est le siège des tribunaux de première instance et de commerce Les assises de la province de la Flandre-orientale s'ouvrent en cette ville tous les trois mois. Le gouverneur qui; dans ses attributions réunit toutes les branches de l'administration provinciale , convoque dans son hôtel, le i.er Juillet de chaque année, les états provinciaux, pour décider sur tout ce qui concerne le bien-être et la prospérité de la province. L'autorité municipale est composée d'un bourguemaître et de cinq échevins qui forment la régence : un conseil composé de vingt-quatre membres adopte ou rejette les propositions de la régence, touchant l'administration communale.

Elle est divisée en quatre quartiers. Nous allons examiner chacun de ses monumens»

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ÉGLISE CATHÉDRALE DE SAINT— BAVON (i).

Cette église, l'une des plus solidement construites et des plus belles de l'Europe , fut consacrée par Févêque de Tournai-, Transmarus, en 94 1. Rebâtie au XIII.e siècle , elle fut totalement achevée au commencement du XVI.e Quoique située sur une élévation, elle perd beaucoup de sa majesté, parce qu'elle n'a pas de parvis qui réponde à la grandeur de l'édifice , et qu'elle est pour ainsi dire, masquée parles maisons qui l'entourent de trop près.

Sa tour est remarquable par son élégance et sa hauteur. Pour parvenir à son sommet , il faut monter 44^ marches ; sa hauteur perpendiculaire est de 271 pieds 8 pouces de Gand. Lorsque le temps est serein, on découvre de la plate-forme qui la termine , jus-

(1) Les personnes qui désirent une notice plus détaillée de cette belle église , la trouveront dans la descriptionparticuliere , publiée par M. P. F. De Goesin-Yerliaeghe, en 1819. Elle m'a été fort utile pour ia rédaction de cet article.

ai

a6ô notice qu'à la distance de treize lieues, La première pierre en fut posée le 26 mai 1462 , par un moine de l'abbaye de St.-Pierre. En i535, la grande croix de fer qui surmontait la flèche fut enlevée par la violence du vent, et précipitée sur la maison du chapitre située au coin de la rue de la Croix, ainsi nomme'e depuis cet événement. En i6o3, la flèche de cette tour qui était en charpente, fut consumée par la foudre. Depuis cette époque, le sommet en fut terminé par une plate-forme , comme on le voit encore aujourd'hui.

Les Français en ont enlevé un précieux carillon composé d'un nombre prodigieux de cloches qui formaient une suite régulière de tons et de demi-tons, aussi justes que ceux d'un clavecin. M. Schippon, carillonneuràLouvain, a gagné un prix considérable , après avoir exécuté sur ce carillon un solo très-difficile, que M. Kinner avait composé pour le violon.

Au-dessus de la porte principale est une statue de G. Huge , représentant Saint- Bavon en habit ducal; tenant un faucon sur le poing.

Le chœur de l'église souterraine est Tan-

cienne bâtisse faite en 94 1 ; les chapelles et la haute église, furent construites en 1228. Ce temple consacré autrefois à Saint- Jean, prit le nom de St.-Bavon en 1 5z£o , époque ou Charles-Quint y fi t la translation du chapitre collégial de l'abbaye de St.-Bavon. Elle fut érigée en cathédrale l'an 1 55g.

Deux chapitres de l'ordre de la toison-d'or y furent tenus. Le premier , les 6, 7 et 8 novembre J^59 fut présidé par Philippe-le- Bon , chef et fondateur de l'ordre ; le second , les 1 8, 23, 24 et 25 juillet 1 55c),par Philippe II, roi d'Espagne. Les armoiries des chefs et des chevaliers de l'ordre qui y ont assisté , sont placées dans le chœur, au-dessous des fenêtres.

L'architecture de cette église est d'un beau gothique : la nef du milieu sur-tout ne manque ni de majesté ni de noblesse, et se trouve parfaitement en harmonie avec les deux nefs collatérales. Les piliers sont d'une forme élégante et légère.

La -première chapelle à droite renferme un tableau de G. de Crayer; il représente la décolation de St.-Jean. Cette composition dont les

têtes sont belles est aussi remarquable pour la composition que pour l'exécution.

La seconde chapelle est consacrée à Sainte- Colette , morte à Gand en l'année i44? ? et canonisée en 1808. Le tableau peint par M. Paelinck, représente Sainte -Colette acceptant des mains du magistrat de Gand le diplôme de la donation d'une Tas te demeure pour y établir un couvent, qu'un noble, par respect pour ses vertus , lui donne généreusement. C'est un joli tableau.

h&troisièmechapelle est dédiée àSt.-Jean, on voit à l'autel un tableau de M. de Cauwer, représentant le baptême de J.-C. par St.- Jean.

La quatrième chapelle est dédiée à St.-Laurent; le tableau d'autel par Abraham Janssens , représente Jésus-Christ détaché de la croix et posé sur les genoux de sa mère. Deux anges agenouillés versent des larmes amères et tiennent à la main un cierge allumé. Les murs de ces quatre chapelles de l'église basse, ainsi que ceux des quatre autres qui se trouvent dans la nef opposée sont couverts d'un stuc gris très-dur ? qui imite admirablement le marbre. Ce change-

ment , qui n'est pas en harmonie avec le reste de l'église , est dû à l'évêque Fallot de Beaumont.

La cinquième chapelle consacrée au Saint- Sacrement et celle qui se trouve en face , étaient autrefois des portes latérales. Monseigneur Fallot de Beaumont, dont le souvenir est encore cher aux Gantois , fit construire la niche en marbre noir , que nous y voyons aujourd'hui. Le jour se projette d'en haut de la manière la plus agréable sur le tabernacle et l'intérieur de cette chapelle.

Le tableau qui se trouve dans la sixième chapelle, qui est la première en montant dans la haute église, est un des meilleurs de François Pourbus. Ce tableau, enlevé par les commissaires français , fut rendu en 1 8 1 5 : il représente Jésus-Chrit au milieu des docteurs , et par une bizarrerie assez commune au temps où vivait ce peintre, la plupart des figures sont des portraits d'hommes en place sous le gouvernement de Philippe II; on y remarque aussi celui du peintre On voit encore dans cette chapelle le mausolée du célèbre Viglius Aytta de Zuiçfcem,

A l'autel de la septième chapelle, on voit le martyre de Sainte-Barbe. Cette production de G. de Crayer mérite l'attention des amateurs.

La dixième chapelle renferme un tableau par Tan der Meiren ; il sort de l'atelier des frères VanEyck, comme on peut en juger par la composition , le coloris et le fini des draperies. Il représente Jésus entre les deux larrons. Les deux volets qui représentent le serpent d'airain et Moïse , sont dans la neuvième chapelle de la haute église.

La suivante est connue sous le nom de V Jgneau^cdixxse du célèbre tableau de Hubert et de Jean van Eyck , qui inventèrent la peinture à l'huile. Cette production est l'une des plus précieuses de l'école flamande et l'une des plus remarquables que possède l'histoire des beaux-arts en Europe.

Ce tableau fut peint à Gand, dans la maison de Hubert, qui existe encore et fait le coin de la rue des Vaches et du Marché-aux-oiseaux près du Kauter. Quoique ce chef-d'œuvre date de près de quatre cents ans, il a conservé, malgré un si long laps de temps, la première fraîcheur de son coloris. Toutes les parties, mais

surtout les riches draperies sont du travail le plus achevé et le plus précieux. Les têtes en sont expressives et toutes les figures , de grandeur naturelle , sont dessinées et peintes d'une manière vigoureuse et correcte.

Cette étonnante production représente l'Agneau céleste , entouré d'anges d'une grande beauté et adoré par tous les saints et les saintes du nouveau et de l'ancien testament, disposés en quatre groupes. A droite , dans le lointain, sont des vierges et autres saintes ; à gauche, des évêques et des chefs d'ordres monastiques, portant à la main des branches de palmier : à droite sur le premier plan , sont placés à genoux les patriarches et prophètes de l'ancienne loi, à gauche sont les apôtres et les confesseurs de la nouvelle loi, au milieu desquels ont reconnaît les portraits des deux frères. Dans le fond du tableau s'élèvent sur un horizon lumineux, les tours de la céleste Jérusalem. Elles sont copiées d'après celles de Maestricht, ville voisine de l'endroit qui vit naître les deux frères.

Au-dessus de ce tableau s'en trouvent trois autres plus petits. Celui du milieu représente

le Christ, assis sur son trône et vu en face. La physionomie est empreinte d'une sublime majesté divine , rarement atteinte dans les productions modernes : la tête est ceinte d'une tiare orne'e de pierres précieuses; et les habits pontificaux en sont de la plus grande richesse et de la dernière élégance. De la main droite , le Christ tient un sceptre de cristal d'une transparence supérieurement rendue; le sommet du sceptre , également garni de riches pierreries, est surmonté d'un grand saphir. La main droite4 est levée dans l'attitude de donner la bénédiction à la réunion des fidèles , qui dans le tableau placé au-dessous , adorent l'agneau sans tache.

Le tableau à gauche représente la sainte vierge également assise sur un trône et tournée vers le Christ : une candeur sublime de l'ame, jointe à la tranquillité, à la piété la plus intime et la plus profonde , s'exprime dans ses traits divins. Cette tête de vierge, pour la beauté, la grâce et la pureté des formes est la plus précieuse de l'école flamande : on la place au rang des madones de Leonardo de Vinci et de Raphaël.

St.-Jean-Baptiste , placé de l'autre côté de

SUR -LES r.lOFUMENS DE G AND. 2 7 3

Dieu qu'il regarde , forme avec la sainte vierge un très-beau contraste. Sa barbe et sa chevelure épaisse, lui donnent un air sombre, qui convient parfaitement à la sévère austérité qu'expriment ses traits mâles et vigoureux. De la main gauche il tient un livre posé sur ses genoux et imité avec un art surprenant qui fait une illusion complète.

Ces quatre peintures placées au Musée français ont été rendues à la Belgique en i8i5.

Selon l'usage de cette époque, les deux frères van Eyck avaient garni ces tableaux précieux de volets ou de portes. Ils étaient au nombre de huit, et ornés de peintures également précieuses , analogues au sujet principal. Ils représentaient :

N.os i et 2. Adam et Eve. Ces deux tableaux sont déposés aux archives de l'église de St.-Bavon.

1N~.°S 3 et 4- Un chœur d'anges et un concert de voix et d'instrumens.

N.os 5 et 6. Les milices du Christ parmi lesquels on reconnaît les portraits de Philippe-le Bon et des deux frères van Eyck.

N.os 7 et 8. Les saints pèlerins et les ermites.

En i8ï6, cessix derniers volets, aussi remarquables que les tableaux principaux, et dont la célébrité était répandue dans toute l'Europe, furent vendus, par des personnes qui n'en connaissaient pas la valeur, à M. van Nieuwenhuyse, de Bruxelles, pour la somme modique de 6000 francs. Celui-ci les revendit en 18 18, avec quelques autres tableaux, à un amateur anglais , M. Solly , pour 100,000 fr. ; et le roi de Prusse dont ils ornent aujourd'hui le cabinet, en est devenu le possesseur pour la somme de 4i°;900 francs. On peut juger par cette somme énorme, de la perte irréparable qu'a faite la Belgique en voyant ces chefs-d'œuvre de l'art passer à l'étranger (1).

La douzième chapelle, dite de l'évêque , renferme au-dessus de l'autel une descente de croix, par G. Honthorst. Ce tableau est d'une

(1) M, L. De Bast, secrétaire dè la société des beaux-arts de Gand , a publié sur ce chef-d'œuvre (Gand, chez deGoesin Verhaeghe, 1825) une notice tres-intéressante et recherchée par tous les amis des beaux-arts.

manière grande et large ; mais l'expression de la douleur y manque de dignité. Sur le mur latéral se trouve un beau tableau de Crayer, représentant Notre Seigneur attaché sur la croix. La porte dé cette chapelle est en bronze.

Dans la treizième chapelle dédiée à la vierge ? l'autel a pour tableau la mère de Dieu , au milieu de la corn- céleste. Cette composition de N. Roose, est belle; mais le coloris en est peu naturel. A gauche est le mausolée de l'évêque P. E. van der Noot. Il est représenté couché et méditant sur la flagellation de Jésus-Christ , qu'un ange lui fait remarquer; Jésus-Christ et les deux bourreaux sont de J. Boeksent; l'évêque, de Gery Helderenberg ; l'ange, de de Sutter. Du côté opposé est le mausolée de M. Antoine van der Noot, quinzième évêque de Gand. Ce beau monument est dû au ciseau de P. Verschaffelt, de Gand. L'évêque y est représenté à genoux devant la sainte Vierge tenant l'enfant Jésus.

Derrière le maître-autel en face de cette chapelle est un tableau de van Cleef , reprétant la sainte-cêne. La composition en est faible*

Un des chefs-d'œuvre de P. P. Ruhens, la réception de St.-Àmand, dans l'abbaye de St.-Bavon, après avoir distribué ses biens aux pauvres, embellit la quatorzième chapelle. Enlevé par les français, il orna quelque temps le Musée de Paris, passa ensuite au Musée de Bruxelles et fut rendu à la ville de Gand en 1817 , par ordre de S. M. le roi des Pays-Bas.

Le tableau d'autel de la quinzième chapelle représente la résurrection de Lazare, par Otto Venins, et prouve que ce peintre était digne d'être le maître du chef de l'école flamande* Ce tableau est joli ; les figures dans le style du Dominicain sont d'un beau fini. On voit encore dans cette chapelle un tableau représentant Judas Machabée, qui demande un champ pour enterrer ses soldats.

Le tableau d'autel de la seizième chapelle est peint par Seghers et représente le martyre de St.-Liévin , patron de Gand.

Le martyre de S.te-Catherine est le sujet du tableau d'autel de la dix-septième chapelle : c'est une copie du tableau de Rubens qui se trouve dans l'église de S.te-Gatherine à Lille.

En face de cette chapelle est placé le mau-

solee de Févêque G. Van Eersel. Ce monument précieux est exécute' sur les dessins de Ch. Van Poucke. La Charité drapée dans le plus beau style, est de ce sculpteur : la figure représentant la Foi, par F. Janssens est peut-être un peu maniérée. Le portrait de Févêque a été travaillé en mosaïque à Rome, par un artiste peu habile.

La dix-neuvième chapelle a pour tableau d'autel les sept œuvres de miséricorde par Cocxie. En descendant dans la basse église la vingtième chapelle construite dans une belle arcade semblable à celle de la chapelle du Saint-Sacrement; qui est en face, renferme les fonds baptismaux qui servirent à baptiser Charles-Quint en ï5oo. Ce grand empereur, quelques jours après sa naissance , reçut en don de sa ville natale, un bateau rempli d'argent, et contribua plus tard, pour la somme de i5ooo couronnes italiennes à l'embellissement de St.-Bavon.

La vingt- et- unième chapelle représente Fassomption de la Vierge. Ce tableau de de Crayer est médiocre.

La chapelle suivante a pour tableau d'autel une belle production de G. de Crayer,

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Saint- Machaire en habits pontificaux implore a genoux la miséricorde divine pour la guérison des pestiférés, au moment où il est lui-même victime de cette cruelle maladie. Sur le devant de l'autel est un bas-relief, en marbre blanc, par M. Portois. On y voit le corps de St.-Machaire porté en procession.

Le tableau d'autel de la vingt - troisième chapelle représente le jeune St.-Lambert apportant à St.-Landoald , pour allumer l'encens , des charbons ardens sur un surplis, sans que le linge en soit altéré. Ce tableau fait honneur à M. Van Huffel.

La dernière chapelle renferme une descente de croix par T. Rombouts. Ce tableau est d'un dessin ferme et correct : il passe pour la plus belle production de ce peintre.

L'orgue qui est un des plus sonores du pays , est placé au-dessus de l'entrée latérale de la haute église, à gauche. Il est à regretter qu'on n'ait pu lui trouver un emplacement plus convenable , et qui ne rompit pas l'harmonie de cette belle église déjà chargée de beaucoup d'ornemens.

Au milieu de la grande nef adroite, s'élève

SUR LES MOHUMENS DE GAîîD.

la chaire à prêcher , exécutée par Laurent Delvaux, de Gand. Elle est travaillée en marbre blanc et en chêne. Au pied de l'arbre de vie, qui couvre de ses branches F abat-voix et soutient la chaire , est assis le Temps , sous la figure d'un vieillard vénérable : il a les yeux couverts d'un voile épais ; il le soulève pour contempler la Vérité qui se présente devant lui sous les traits d'une belle femme , tenant un livre ouvert sur lequel sont tracés ces mots % Surge qui dormis , illuminahit te Chris tus» Au bas de chaque escalier sont deux anges. Les quatre faces de ce précieux monument , qui a coûté 37000 florins, sont ornées de bas-reliefs en marbre blanc. On a critiqué le mélange du bois et du marbre, comme n'étant pas du meilleur goût.

Le chœur ainsi que les deux nefs collatérales sont élevées d'une dixaine de degrés, et cette élévation donne à l'église un coup-d'œil imposant et majestueux. A droite et à gauche, en y entrant sont deux statues colossales, en marbre de Carrare , par Ch. van Poucke. L'une est St.-Pierre dans l'attitude d'un orateur, l'autre S t. «Paul, jetant des serpents au feu,

dans File de Malte. Ces deux statues n'ont pas autant de correction que d'effet ; ainsi que toutes les autres productions de ce sculpteur célèbre, elles sont supérieurement drapées.

Les stalles des chanoines placées dans le chœur, sont élégantes et travaillées en Lois de xnahoni massif. Elles ont coûté 46,000 florins et sont mis au rang des plus telles qui existent en Europe. Au-dessus sont onze tableaux, imitant parfaitement le bas-relief de marbre blanc et peint par P. Van Reysschoot. Non loin de l'autel, sont quatre grands candélabres d'une forme antique et sévère. Ils proviennent de l'église de St. -Paul, à Londres, et ont appartenu au malheureux Charles I.er, roi d'Angleterre.

Autour du maître-autel sont quatre beaux mausolées en marbre. Le plus remarquable est celui de l'évêque A. Triest, exécuté par le célèbre Jérôme Duquesnoy. L'évêque, d'une parfaite ressemblance, est dans une attitude si naturelle qu'il semble respirer encore; il regarde la croix que porte le Sauveur ; du coté opposé est la statue de la vierge. Les deux petits anges , placés au

bas du monument^ sont admirables. Ce mausolée est un des plus beaux morceaux de sculpture qui soient aux Pays-Bas. Celui de Marie- Christine à Vienne, par Canova, est peut-être le seul que lui préfèrent les connaisseurs.

Le mausolée suivant est celui de Févêque d'Àllamont, par J. Delcour, de Liège; il est agenouillé devant la sainte Vierge qui tient l'enfant Jésus entre ses bras. Derrière lui est un squelette en cuivre , tenant en main cette inscription : Statutum est hominibus semel mûri.

Du côté opposé on voit lé mausolée de Févêque Van den Bosch; il est à genoux sur son tombeau, en face de Jésus-Christ ressuscitant. Ce monument est du sculpteur Gery Helderenberg.

Le quatrième mausolée est consacré à la mémoire de Févêque Charles Maes, qui est représenté en habits pontificaux et couché sur sa tombe. ïl est dû au ciseau de Paoli. Ces trois mausolées sont très-précieux ; mais bien inférieurs à celui de Févêque Triest

Le maître -autel, entouré de trois portes de bronze d'un travail grandiose, est élevé et

282 NOTICE bien composé; les colonnes en marbre blanc sont de l'ordre corinthien. Au lieu d'un tableau, l'autel est surmonté de la statue de St.-Bavon, en habit ducal, porté sur des nuages , et levant les yeux vers le ciel.

La crypte ou église souterraine de St.-Bavon, comprend l'étendue du chœur et des chapelles adjacentes. On est frappé de recueillement en entrant dans ce lieu sombre et silencieux, et Ton se rappelle ces catacombes de Rome où les premiers chrétiens se réfugiaient pour célébrer les mystères de la religion du Christ. Cette crypte est divisée en quinze chapelles , qui, pour la plupart, excepté plusieurs mausolées d'anciennes familles de Gand 7 ne renferment que des objets d'un intérêt secondaire, quelques-unes même ne sont que des espèces de niches.

Parmi les tableaux dignes d'intérêt, nous remarquerons une composition placée dans la troisième chapelle de la basse église. Elle est peinte dans la manière d'Otho Venius, d'un dessin correct et d'un coloris tirant sur le violet, elle représente l'eunuque de la reine Candace, baptisé par le diacre Saint-

SUR LES MOîîUMEîîS DE GAîtfD. 2*83

Philippe, dans le second plan Philippe, sur un char, explique à l'eunuque les dogmes de la religion ; enfin on voit St.-Philippe emporté au ciel par un ange.

C'est encore dans cette église souterraine que fut enterre' Hubert van Eyck ainsi que sa sœur Marguerite. On y célèbre rarement la messe; mais on y enseigne tous les dimanches la doctrine chrétienne aux enfans.

A droite et à gauche , hors de l'église de St.-Bavon sont deux oratoires très-fréquentes. Le premier qui est en face de la rue du Gou« vernement , contient un grouppe de personnes déposant le corps de Jésus-Christ au tombeau; le second , attenant au chapitre, renferme le corps du Christ descendu de la croix et entouré de saints et saintes de l'ancien testament. Les figures de- ces groupes d'un bon style , sont du XV.e siècle : on les a peintes à l'huile de diverses couleurs.

Les toits de la grande nef de l'église de St.-Bavon furent dévorés par un incendie, le juin 1641. Le 11 septembre 1822, vers une heure après-midi, un nouvel incendie éclata , par la négligence de quelques ouvriers

a84 notice plombiers , au-dessus de la troisième chapelle de la nef à droite. Malgré tous les secours qui furent parfaitement administrés par toutes les autorités et une grande partie de la population , les flammes avec une rapidité effrayante, embrasèrent en moins de deux heures tout le pourtour des combles et ne purent être arrêtées que près de la sacristie. Le chef-d'œuvre des van Eyck et beaucoup d'autres tableaux, statues, etc., furent enlevés au travers d'une pluie de plomb fondu. Mais les précautions furent si bien prises , qu'aucun objet d'art ne fut perdu et que très-peu furent endommagés.

Beffroi.

Les Gantois étant insensiblement parvenus à un haut degré de richesse et de prospérité par leurs fabriques et ayant achevé en partie les fortifications de leur ville , pensèrent à l'embellir et élevèrent ce monument fastueux, vieux témoin de leur puissance. Il fut commencé en 1 183. Ce monument extraordinaire, peut être le seul de son espèce, se trouve être

SUR LES MONUMENS DE GAîsD. l85

plus large de dix pieds à sa partie supérieure, également construite en pierre. Cette tour est carrée ; elle est surmontée d'une horloge et d'un beau carillon , dont différens airs, changés tous les ans pendant la semaine sainte, annoncent les heures, les demi-heures et les quarts. Il est à remarquer qu'une des cloches destinées à sonneries heures, est percée d'un trou, que fît un boulet, lancé du château parles autrichiens, le 1 4 octobre 1789, pour empêcher qu'on ne sonnât l'aliarme. Ce carillon est composé de 28 cloches, qui pèsent depuis 5,709 jusqu'à 55 livres; son poids total est de 63,777 livres : on y ajoute ordinairement trois cloches auxquelles on a donné le nom de cloches de triomphe , et qui font la basse. La plus grosse de ces trois cloches se nomme Roeland et pèse 11,000 livres : on j a gravé ces deux vers flamands :

Mynen naem is Roelaud, als ik klippe dan is brand f Alsik luyde dan is storm in Vlaenderland.

Le Beffroi est couronné d'un grand dragon de cuivre doré, que l'on prétend avoir été

enlevé du temps des croisades , par les Brugeois , sur une des mosquées de Constantinople , et les Gantois le prirent à leur tour aux Brugeois , dans nos guerres civiles du XIV.e siècle. C'est dans ce beffroi qu'on renfermait jadis les privilèges et les chartes dont nos pères se sont toujours montrés si jaloux. Aujourd'hui le bas sert de prison de la ville. Au-dessus de la porte d'entrée, sur le Marché - au - beurre , on voit un bas - relief représentant la Charité , sous la figure d'une femme allaitant un vieillard. C'est de là qu'est venu le nom de Mammeloher, donné à cette prison. Au bas de cette tour, dans la rue de St.-Jean, on a élevé en 1810, une pompe en pierre de taille. A côté on voit un bâtiment gothique , construit en pour servir de

halle : c'est aujourd'hui la salle-d'armes de la confrérie de St.-Michel.

HÔTEL-DE-VlIXE.

La maison-de-ville se compose de deux bâtimens; l'ancien, dont la façade est dans la rue Haute-Porte, est d'un style gothique;

H fut commencé en 1481 et ne fut jamais achevé; s'il l'eut été, il n'aurait cédé en rien aux beaux monumens de ce genre élevés en Europe.

Le nouveau bâtiment, qui donne sur le Marché-au-beurre, fut commencé en 1600, et achevé dix-huit ans après. Il s'annonce avec majesté. Construit dans le goût italien, il est décoré de trois rangs de colonnes d'ordres principaux 3 le rez-de-chaussée est dorique, le premier étage ionique et le troisième est décore de Tordre corinthien. Ce monument est, dans ce style, un des plus remarquables qui se trouvent en Belgique ; son effet est grand et sévère, surtout lorsqu'il est vu obliquement. On admire dans cette suite de colonnes le jeu des ombres , ainsi que le bel effet des grandes lignes et des corniches, parties essentielles qui se font distinguer aux palais Farnèse et Pontifical, à Rome, où sans doute Tau teur a étudié son art. Les détails des entablemens et des colonnes sont travaillés avec soin; mais ils étaien^ négligés depuis long -temps, et la régence vient enfin de les faire restaurer. Ce monument a éprouvé divers çhangemens que le goût

réprouve : le plus blâmable sans doute est le placement au coin de l'ancienne maison* de- ville, d'un escalier entièrement contraire au caractère de cet édifice. Lors de l'entrée de Napoléon à Gand , l'intérieur de ce bâtiment présentait une suite de salles qui firent place au vaste vestibule qu'on y voit maintenant et à cet imposant escalier qui conduit à la Salle du Trône, l'une des plus majes tueuses des Pays-Bas. Cette salle sert aux cérémonies publiques , et à ces distributions de prix que l'administration de la ville de Gand aime à consacrer à l'encouragement des sciences et des arts. L'hôtel-de-ville renferme des archives très-précieuses , dont un grand nombre remontent au XILe siècle. On y voit aussi quelques beaux tableaux, parmi lesquels on doit distinguer celui de M. Van Brée, représentant le Prince d'Orange, intercédant auprès des factieux de Gand , en faveur des catholiques opprimés ; Thémis avec les attributs de la justice, composition correcte, peinte avec force et chaleur par Romfcauts , etc. , etc.

En face du bâtiment gothique de l'hôtel-

SUR LES M0NUMENS DE GATfî). 2B9

de-ville, se trouve la caserne de la garde municipale ou des pompiers, qui sont au nombre d'environ quarante ; autrefois ils portaient vulgairement le nom de Pandours.

lis avaient par jour une petite pièce de mon» naie de dix liards, qui conserve le nom de Pandourhen.

Grande-Boucherie. I

En descendant la belle rue de la Haute- Porte, on arrive sur le Marché-aux-légumes > au milieu duquel s'élève une pompe d'un style simple, construite en 1812, pour la somme de 5480 florins. Le bâtiment de la grande boucherie fut commencé en î^o^} sur l'emplacement de l'ancien Màrché^au-poisson. Il fut considérablement augmenté en i5/^im Dans l'intérieur on y trouve une chapelle dédiée à St,-Àntoine. Anciennement on y tenait la foire de la mi-carême qui durait trois jours. Personne n'avait le droit d'exercer l'état de boucher, si ce n'est les descendants en ligne droite des quatre familles devanMelle, van Loo, Mirme et I)eynoodt. Ces familles

if*

%QO NOTICE

avaient obtenu ce privilège d'un de nos plus grands princes, qui, à ce que rapporte une tradition populaire , n'avait pas dédaigné de mêler son sang à celui de ces familles roturières. C'est pourquoi les boucliers étaient appelés prince kinderen (enfans du prince). Ils avaient comme les poissonniers le droit de présence à l'inauguration du souverain, celui de lui servir de garde d'honneur, etc.

Hôtel de l'Octroi (Fahhuys).

Sur le Marché-au-Grain, au centre de la

ville, et dans le quartier le plus populeux, est situé le grand et bel édifice où sont établis les bureaux des droits .de la ville. C'est sur cet emplacement qu'existait anciennement le vaste bâtiment que les Gantois assignaient pour logement à leur Amman ou Maire.- Il fut confisqué en i54o par Charles-Quint , et le souverain le loua ensuite aux Gantois jusqu'en 17 16. Ce fut alors que B. de Wilde, architecte de la ville , construisit ce monument tel qu'il existe. Trois grandes portes donnent une entrée facile au vaste portique , cons-

truït en voûte, sous lesquels on a établi le poids public , et où sont déposées les marchandises. Les diligences qui y arrivent journellement , ont leur entrée particulière à gauche et une issue sur un des quais de la Lys.

L'administration de l'octroi a ses bureaux au premier étage; le second a été assigné jusqu'en 1804, à l'académie royale de dessin ; ensuite à l'école élémentaire de médecine. Aujourd'hui on y donne encore provisoirement les leçons de chimie et de physique expérimentale de l'université, et les instrumens de physique y sont déposés , jusqu'à ce que les salles que l'on prépare au palais académique soient entièrement achevées.

L'avant-corps de bâtiment avec ses trois portes en rustique , annonce sa destination. Le premier étage est décoré de pilastres doriques; du haut du balcon, on jouit d'une des vues les plus agréables de la ville. L'ordre corinthien embellit le second étage; il est surmonté d'un fronton couronné d'un lion tenant les armes de Gand. Ce monument, lorsqu'il est illuminé, offre un coupd'oeil charmant.

S^-NlCOLAS.

Cette église, située en face du Pahhuys , est remarquable par son antiquité : elle est peut-être la plus ancienne de la ville de Gand. Son architecture gothique la distingue de tous les autres édifices sacrés : elle est flan1quée d'espèces de tourelles qui rappellent ces temps anciens où nos pères avaient obtenu de leurs comtes la liberté de fortifier leurs maisons. Un incendie qui causa de grands ravages à Gand, en 1 120, brûla une partie considérable de cette église ; elle fut rétablie presqu' aussitôt après, mais ce ne fut qu'en i4°6 que fut reconstruite la tour qui reçut en 1682 et en 1623 de nouveaux embellissemens (1). Les maisons légères et élégantes bâties depuis quelques années autour de ce temple , font un singulier contraste avec son aspect sombre et gothique.

(1) Cette église eut beaucoup à souffrir clans nos guerres de religion \ elle fut transformée en écurie où logeaient plus de deux cents chevaux.

L'intérieur a éprouvé d'heureux changemens qui lui ont rendu son véritable caractère. On y remarque peu de bons tableaux. Nous citerons Seulement les suivans :

Le Samaritain blessé, placé à l'autel de la deuxième chapelle. Ce sujet peint par N. Roose, est bien composé et tient de l'école italienne (i).

Le maître-autel est d'une belle architecture; il est fait sur les dessins du sculpteur Van Beveren, d'Anvers. Le tableau qui représente le sacre de Saint-Nicolas est certainement le chef - d'œuvre de Nicolas Roose. C'est une composition d'une grande manière, pleine de force et d'expression, d'une belle

(i) Dans la quatrième chapelle le tableau d'autel peint par le Plat , représente la Sainte-Trinité j la couleur en est assez bonne. Le St.-Jérôme , dans la même chappelle , est peint par /. Janssens; ce tableau n'est pas sans mérite.

A l'autel de la vierge , dans le fond de l'église , le tableau représente Yannonciation , peint par Antoine van den Ileuveî \ il est d'une assez bonne couleur.

couleur et d'un effet piquant. Elle rappelle le genre du Titien.

Le portail de cette église vient d'être reconstruit l'année dernière ; les colonnes en appartiennent à l'ordre ionique moderne.

Dans la seconde chapelle à gauche en entrant, on trouve un assez bon tableau de Borremans , représentant le martyre de Saint- André.

La quatrième chapelle a pour tableau d'autel St.-Antoine , prêchant pendant un orage, par M. Steyaert père, peintre de Bruges, établi à Gand. Ce tableau d'une bonne composition a été donné à l'église par la société royale des beaux-arts.

A peu près en face , contre le quatrième pilier, est placée l'épitaphe & Olivier Min) an et à'Jmelberga Hangen, sa femme, qui ont eu ensemble trente-et-un enfans , dont vingtun garçons et dix filles; le plus extraordinaire , c'est que ces enfans sont morts en 1626, dans l'espace d'un mois. Lorsque Charles V fit son entrée à Gand, en qualité de comte de Flandre, il avait remarqué Minjan mêlé dans le cortége2 à la tête de ses vingt- un fils en

uniforme. Étonné qu'un simple artisan eut pu donner une éducation honnête à une famille si nombreuse , il le fit venir et lui assigna une pension. Ce fut peu de temps après que ce père estimable eut la douleur de voir mourir tous ses enfans.

S.* -Michel.

Le vaisseau de cette église , située au centre de la ville et adossée à la Lys, est d'une architecture svelte et légère. Mieux éclairée que celle de Saint- Bavon, elle est entourée d'un vaste parvis, qui vient encore d'être embelli par la charmante façade que M. de Meulemeester-van Aken a fait construire cette année au coin de la rue dite Huerdogter-straet. Il est à regretter que la belle tour carrée de cette église , commencé en 1 44°; ne soit pas achevée; elle devait avoir 4°° pieds de hauteur , à en juger par le modèle en bois qui se trouve dans l'intérieur. Elle a été restaurée en 1825, et haussée d'environ 6 à 8 pieds. Ce beau temple, qui ne formait en 1 ï o5 qu'une chapelle succursale d'Âkker-

ghem, fut souvent la proie des flammes. En i445 on bâtissait la nouvelle église , dont la partie occidentale ne fut achevée qu'en 1480. Les calvinistes l'endommagèrent beaucoup ? ils commencèrent le 20 décembre 1679 à en démolir la partie postérieure pour donner une autre direction à la rue Onderbergen. Lors de Fentrée des Français, elle servit pendant plusieurs années de Temple de la Loi et ne fut rendue à l'exercice du culte catholique qu'en 1801.

La quatrième chapelle à droite en entrant dans le portail , représente le Christ rendant ia vue aux aveugles de Jéricho. Le peintre a représenté dans ce tableau le moment où l'un des deux aveugles a déjà récupéré la y ne y tandis que l'autre attend avec résignation; ils sont conduits devant le seigneur par leurs enfans ; des apôtres et d'autres personnages sont témoins du miracle. Ce tableau, par M. Cauwer , est d'une composition sage (1).

(1) La partie basse de l'église de St.-Michel renferme encore quelques morceaux des bous maîtres 5 je

SUR LES MONUMENS DE GAtfD. 297

Dans la chapelle à droite de la croix de l'église, on voit un fort joli tableau, représentant ï Annonciation , par A. Lens, de Bruxelles. Cette composition est on ne peut plus gracieuse. Monseigneur l'évêque de Broglie à cru devoir naguère faire ajouter deux ailes à l'ange Gabriel. A côté, dans la même chapelle, on trouve encore une composition très-remarquable , représentant l'assomption de la Vierge, par M. François de Bruxelles. L'autel et les ornemens de cette chapelle viennent d'être terminés; les colonnes en sont d'ordre corinthien; le jour vient d'en haut et projette une lumière douce sur l'ordonnance de cette chapelle qui fait honneur à M. Roelandt , à qui cette église doit une grande partie de ses nouveaux embellissemens.

Le tableau de la première chapelle à droite, en entrant dans le chœur, représente une ame, qui sous l'image d'un jeune adolescent

n'ai pu en parler parce qu'ils ne sont plus en place 3 et qu'on doit leur en assigner d'autres.

2QO NOTICE

est délivrée des flammes de l'enfer. C'est une composition de M. De Cauwer.

A l'autel de la deuxième chapelle on voit la Vierge sur le croissant. Elle est environnée d'anges; ce tableau de van Gleef est beau pour la couleur ; le faire en est facile.

Dans la chapelle de S.te- Catherine, qui est la troisième, le tableau d'autel peint par Crayer, représente cette sainte enlevée au ciel par des anges ; elle triomphe de tout ce qui peut flatter sur la terre , ce qui est désigné par le grouppe composé de reines, princes et savans. C'est une excellente composition d'une couleur légère et argentine.

Dans la quatrième chapelle est un tableau peint par J. B. Champagne; il représente St.-Grégoire approuvant le plan d'une église qu'il fait construire. Ce tableau est plein d'expression.

On trouve encore dans cette chapelle un bon tableau de Langenjan, représentant St.-Hubert à genoux à la vue d'un crucifix.

A l'autel de la cinquième chapelle on voit un bon tableau composé par van der Mandela

SUR LES MONUMENS DE GATfD» 299

il représente St.^Sébastien et Saint-Charles Borr ornée.

Le tableau d'autel de la sixième chapelle^ ou du milieu, est un emblème. L'ancien testament y est représenté par Moïse et Aaronj le nouveau par St.- Jean , St.-Sébastien et le Pape. Ce tableau, peint par Langenjan, est composé d'une grande manière ; la couleur en est argentine. Le peintre a imité le colons et le lumineux de Paul Véronèse.

Notre Compatriote, M. Maes, maintenant à Rome , travaille à un tableau pour l'autel de la chapelle de S.te-Ànne.

La huitième chapelle renferme le jugement de David pénitent , par Langenjan. Cette composition est remarquable par la pureté du coloris et la belle harmonie qui règne dans toutes les teintes.

Le tableau de la neuvième chapelle représente le Christ attaché à une colonne pour y être flagellé. Belle composition, par Seghers, elle est d'un dessin correct, et de beaucoup d'effet.

Le martyre de St.-Adrien , tableau d'autel de la dixième chapelle, peint par Théodore

van Thulden, est composé avec feu et génie > et d'une manière large dans le goût de Rubens.

Le joli autel de la onzième chapelle a pour tableau la pentecôte, par de Crayer. On y reconnaît toujours le grand maître , mais en général cette composition manque d'effet.

Dans la chapelle suivante nous admirons un magnifique tableau de van Dyck , et le seul que Gand possède. Il représente le Christ en Croix. D'un côté est la Vierge, de l'autre St.-Jean et la Magdeleine aux pieds du Christ: on y voit aussi des bourrreaux et des cavaliers : un parmi eux présente à notre Sauveur mourant 9 une éponge au bout d'une lance. Dans le haut du tableau sont des anges qui pleurent. Ce sujet de la plus, belle façon de faire , est correct de dessin, avec des expressions vives et vraies. La tête de la Vierge est d'une expression sublime. Ce tableau a beaucoup souffert ; il est un peu sombre et aurait besoin d'être restauré par un artiste habile.

A côté de ce chef-d'œuvre de notre ancienne école , on admire une des plus belles production de notre école moderne ; c'est l'invention

SUR LES MCWUMENS DE GAND. 3oî

de la croix, peint en,j8ii, à Rome, par Paelinck, notre concitoyen. La composition en est riche et grande, et le coloris de la plus grande fraîcheur. On voit que le génie de Paelinck, en concevant ce tableau, a été heureusement inspiré par la vue des chefsd'œuvre de l'Italie. On construit dans cette chapelle, d'après les plans de M. Roeîandt^ un autel appartenant à l'ordre corinthien et qui promet devoir être aussi remarquable que celui qui se trouve en face.

Le maître- au tel de l'église de St.-Michel est d'un style simple et sévère. Il a été fait sur les dessins de Pisson. Les deux anges adorateurs qui sont placés à droite et à gauche, ont été sculptés par M. Godecharles<, M. Parmentier s'occupe à faire le modèle d'une nouvelle chaire à prêcher qui correspondra à la beauté de ce temple.

L'orgue, placé seulement depuis cinq ou six ans , est sans doute le plus harmonieux de toute la Belgique. Il a été confectionné par M. de Volder , inventeur de . l'orgue à crescendo et diminuenclo , qui a obtenu l'approbation de tous les musiciens les plus dis-

tingues* L'architecture en est dans le genre gothique et parfaitement en concordance avec toutes les autres parties de l'église de St.-Michel , c'est l'ouvrage de M. Roelandt,

Église des Dominicains.

Près de l'église de St.-Michel , dans la rue Onderbergen, on trouve l'église ou plutôt l'oratoire des ci-devant Dominicains, qui vinrent se fixer à Gand, en 1228. La tour et toutes les parties modernes de cet édifice ont été construites d'après les plans d'un religieux de la maison , nommé frère Romain, qui naquit à Gand, en 1646, et fut appelé à Paris par Louis XIV , pour achever le pont-royal qu'on désespérait de pouvoir terminer. L'architecture de ce monument est très-hardie. La grande fenêtre surtout qui donne sur la Lys, mérite l'attention des connaisseurs. Le célèbre artiste Gaspard de Crayer, dont le pinceau a enrichi de ses chefs-d'œuvre presque tous nos monumens, est enterré dans cette église, ainsi que le poète Vrientius (De Vriendt). De Crayer mourut dans sa maison, située prèsduMar-^ ché-du- Vendredi , rue dite Kammer-straete 7

SUR LES MCWTJMENS DE GAND. 3o3

xu° ï8. Sa dernière composition représentant le martyre de St.-Blaise, est placé au Muse'e ; les tableaux les plus remarquables de cette église sont quelques faibles compositions de van Cleef,

Coupure et Entrepôt.

En sortant de l'oratoire des Dominicains , et en remontant les beaux quais qui bordent la Lys ; ayant d'arriver à la promenade charmante de la Coupure, on passe devant le cidevant couvent de S. te- Agnès, qui servit sous le gouvernement français, de magasins de vivres et de fourrages ; et dans lequel on a construit dernièrement un beau manège. Sous un prince dont la protection et la munificence encouragent tout ce qui peut contribuer à notre prospérité et à notre bonheur , on vient d'y établir aussi une École oVarts et métiers, qui ne tardera pas à s'ouvrir.

Le canal de la coupure s'étend depuis la Lys jusqu'à la porte de Bruges ; il fut creusé en 1758. Cette promenade le long d'une eau toujours pure ? est formée de deux ou de trois rangées de grands arbres ; distribuées

3o4 NOTICE

de manière à ce que l'on puisse s'y promener à pied, à cheval et en voiture , sans que les promeneurs soient incommodes les uns aux autres. Elle est fort fréquentée, surtout au printemps et en automme , époque où les personnes fortunées sont en ville. En arrivant à cette promenade , du côté de la ville , on admire sur la rive gauche les vastes Mtimens de l'entrepôt, construits en 177g, aux frais de la province 3 l'architecture en est simple, et ils présentent toute l'aisance et la sécurité possible pour l'introduction et la conservation des marchandises.

Byloke.

Derrière l'entrepôt, sur les bords de la Lys, se trouve l'hôpital civil, vulgairement appelé }z Byloke. L'hôpital de S.te-Marie, près de l'église de St. -Michel, ayant été supprimé à cause des maladies pestilentielles qu'il entretenait dans la ville, les malades en furent transportés à la Byloke , dans l'abbaye des religieuses de l'ordre de Citeaux. Dès cet instant, ce couvent paraît avoir été le principal hôpital de Gand. Les religieuses qui ren-

SUR LES MONUMENS DE GAND. 3o5

daientde grands services à l'humanité, furent conservées par Joseph II , mais il leur était défendu de faire des vœux. Ce bel établissement peut contenir environ cinq à six cents malades des deux sexes. On y a construit deux grandes salles fort bien aérées et garnies d'un triple rang de lits en fer d'une extrême propreté. L'une est pour les femmes, l'autre pour les hommes. Une grande salle particulière est réservée aux personnes attaquées de maladies d'un caractère contagieux. C'est dans une salle attenante qu'est établi l'amphithéâtre d'anatomie et de dissection de l'université. Près de la Byloke se trouve l'hospice des vieux hommes dont le nombre s'élève à 109.

Église de S^-Mabtw.

Laparoisse de St.-Martin ou d'Àkkerghem , était jadis très-peuplée et d'une grande étendue. L'ancienne église paroissiale fut consacrée sous l'épiscopat de l'évêque Transmarus , c'est-à-dire, vers le milieu du X.e siècle. En ï5o8; on plaça une aiguille sur la tour de

3o6 NOTICE

cette église, qui fut frappée de la foudre en 1570. Et neuf ans après elle fut presqu'entièrement détruite par les calvinistes. Ainsi que toutes les autres églises de Gand ; ce temple se distingue par une grande propreté. Au maître-autel est une résurrection , tableau peint par G. de Crayer; la position du Christ est belle. Il y a difFérens soldats au bas de cette composition dont le coloris est transparent et léger. L'expression de ce tableau le fait regarder comme un des plus précieux de ce maître.

Maison de Correction.

Ce bâtiment remarquable fut construit en 1773, sous le règne de Marie-Thérèse, pour y renfermer les malfaiteurs et les habituer au travail. C'est un octogone parfait au milieu duquel se trouve une grande cour par où l'on communique aux difFérens quartiers des criminels, des correctionnels, des femmes, des enfans et des vieillards. Chaque quartier a une grande cour et au milieu de celui des femmes est un beau bassin où elles lavent le linge des détenus. Chaque détenu couche seul dans une petite chambre qui donne

SUR LES MOTÏUMENS DE GAND. 3o^

sur une galerie vaste et bien éclairée. Ces chambres sont entretenues avec la plus grande propreté; l'air y est renouvelé, lorsque les prisonniers se sont rendus à leurs ateliers. Le nouveau bâtiment qui vient d'être terminé sur les plans de M. Roelandt , ayant un étage de moins, les chambres en seront beaucoup mieux aérées. Pendant plusieurs années cette maison a été régie par une commission , et son entretien annuel coûtait environ 5o;ooo fl. Par arrêté du 4 novembre 1821, S. M. a établi un règlement général pour le service des prisons. Tous les détenus sont employés à un travail dont une partie appartient au trésor. On les occupe à la fabrication de divers objets pour le service des départemens de la guerre, de la marine et des colonies, et d'étoffes et autres objets propres au service des prisons. La retenue sur le salaire des détenus en faveur de l'état est de 5/io à l'égard des condamnés correctionnellement et de 6/10 relativement à ceux condamnés à la réclusion ou détenus militairement, et de 7/10 quant à ceux condamnés aux travaux forcés. Le surplus est divisé en deux parts , dont une est remise aux

3o8 NOTICE

détenus pour leurs menues dépenses (zak~geld) et l'autre forme une masse qui leur est remise à leur sortie , afin de pouvoir rentrer dans la socie'té. Le service de la religion s'y fait d'une manière convenable. L'enseignement primaire y est donné aux hommes par un instituteur y et aux femmes par une institutrice. Il n'est pas rare de voir des hommes qui étaient entrés dans cette prison sans aucune espèce de principes quelconques, en sortir, connaissant Lien leurs devoirs de religion et de morale , et sachant lire } écrire et compter. Les cantines se tiennent pour le compte de la maison, et le bénéfice qui en résulte est employé en primes d'encouragement pour ceux des détenus qui font preuve d'activité et d'intelligence dans le travail. Il est tenu à l'égard de chaque condamné des états de conduite, l'un par le commandant de la maison , l'autre par le directeur des travaux. La filature est particulièrement mise en œuvre dans cet établis-» sèment. Le nombre des détenus est approximativement de ï 3oo , dont 1 1 oo sont occupés à la fabrication et au service de la maison. Voici un état numérique des condamnés hom-

SUR LES MONUMENS DE GAND. 3og

mes et femmes ; pendant l'année 1821, avec l'indication des crimes ou délits qui ont provoqué leur condamnation. Il pourra donner une idée des délits les plus communs :

Pour assassinat 1 1 '

Incendie 5 ?

Viol..... 16,

Vol de nuit avec effraction. . 290,

Sévices et blessures 1 97 3

Crime de faux 20 , ,

Recélement d'effets volés. ... i/±o,

Bigamie 3,

Vol simple 36 1 ,

Escroquerie 1 7 7

Mendicité et vagabondage ... 1 1 3 ,

Cette maison de détention bâtie par feu Malfaison , directeur des travaux de la province de Flandre 7 est une des plus belles qui existent en Europe. Elle a fixé l'admiration des philantropes qui l'ont examinée dans tous ses détails , et a servi de modèle à plusieurs maisons établies sur les mêmes plans aux

Etats-Unis en Amérique, à Londres et en Prusse. La partie qui s'achève maintenant coûtera 438,247 florins des Pays-Bas. Lorsque tout le bâtiment, qui pourra contenir 2600 individus, sera entièrement terminé, il aura coûté près d'un million et demi de flor.

A l'angle droit de ce vaste bâtiment on a placé il y a quelques mois deux inscriptions. La première est consacrée au souvenir de Marie- Thérèse de douce mémoire, sous les auspices de laquelle cette maison fut commencée \ voici la seconde :

Partes post L annos non exactas III.

Guihelm. L Auront. August. Belgii rex j Optumus et ipse princeps.

Et pecuniis in sumptum datis, Ex décréta III. sept. M. DCCC. XXIF, Ut hic sceptri, sic Theresiani consiliihceres, Institut et perœdificari jussit.

At vero ne duplicis caris s. principum

Erga provinciam meriti Grata recordatio ex animo excideret, Comitior. Flandriœ orientalis ordines Tabulis hœc marmoreis Scribenda et servanda Unanimes decrevere. M*D. CGC, XX.V »

SUR LES MOîOJMEîfS DE GAND. 3 1 I

Le canal de la Coupure prend à la porte de Bruges le nom de canal de Bruges ; il fut creusé en i6i3 aux frais de la province de la Flandre. De cette porte , l'on a une vue très-pittoresque sur les nombreux canaux qui l'environnent et sur les prairies ; qui au printemps surtout^ sont couvertes à perte de vue de toiles ; auxquelles le Flamand sait donner une blancheur qu'on n'a encore pu e'galer en aucun pays. La porte de Bruges fut construite au XIII siècle; et rebâtie plus tard. Le bâtiment moderne qui sert de bureau d'octroi et de corps-de-garde ; fut élevé en 1 8 1 2 • il coûta 1294 florins. Tous les matins , il part de cette porte; pour Bruges ; une barque peutêtre unique en son genre, et visitée avec curiosité par tous les étrangers. Elle est d'une élégance et d'une propreté extraordinaires. On y trouve toutes les commodités possibles ; et pour une légère rétribution on y fait le voyage de Gand à Bruges ; et un excellent dîner > surtout en maigre.

Atelier de Bienfaisance.

La ville de Gand possède un établissement tel qu'il serait à désirer que tous les chefslieux des Pays-Bas, ayant une population nombreuse , en possédassent un semblable. Cet établissement est l'atelier de charité ou de bienfaisance , érigé en 1817 par le magistrat de Gand, pour extirper la mendicité. Malgré la grande population de cette cité y on n'y rencontre aucun mendiant. On ne doit pas confondre cet établissement avec les dépôts de mendicité qui existent dans quelques provinces : ici on utilise les bras des malheureux et l'on conserve des hommes à la société où ils rentrent , lorsqu'ils trouvent d'autres moyens d'existence. Mille à onze cents personnes de tout âge et des deux sexes y travaillent selon leurs talens ; cependant les ouvrages en lin y sont la principale occupation. Les appointemens des employés de la maison montent à 2976 florins par an, et ceux des maître-ouvriers s'élèvent en total, à 17 jfl. 5 cents par jour. Les frais pour ériger

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l'atelier de bienfaisance furent supportés par une contribution de 4^,000 florins imposée à la ville de Gand, par décret de S. M. du 20 août 1818. Les dons volontaires seuls des Gantois , pour l'entretien de cet utile établissement, s'élevèrent en sept mois à 106,811 francs, ^.5 centimes. L'atelier de bienfaisance est situé dans l'ancien couvent des riches hospitalières, rue Haute. Grâces soient rendues aux magistrats qui ont fondé et encouragent encore cet établissement !

Gr and- Béguinage .

En traversant la rue du Poivre, on arrive au Grand-Béguinage qui forme un quartier séparé du reste de la ville et qui est environné de murailles et de fossés remplis d'eau. Il fut fondé en 1242 par la comtesse Jeanne de Flandre et de Hainaut. Les béguines forment une communauté religieuse toute particulière aux Pays-Bas ; elles furent instituées vers la fin du XII.e siècle par Lambert Lebègue , prêtre de Liège. Joseph lî , qui supprima tant de couvents, les conserva comme une insti-

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tution utile. Ces pieuses filles, sans se lier par des vœux perpétuels, s'occupent des pratiques de dévotion et de toutes espèces de travail de mains. Elles sont au nombre d'environ six cents. Le Grand-Béguinage forme une petite ville charmante , remarquable par sa propreté et sa simplicité : le silence qui y règne fait un contraste agréable avec le bruit et le mouvement continuel d'une cité commerçante. L'église de cette communauté est très-jolie , et d'une extrême propreté ; elle mérite d'être vue > surtout pendant les heures où les béguines y remplisent leurs devoirs religieux. Le tableau du maître-autel représente une descente de croix; il a du mérite»

Oratoire des Carmes-Dechattsses.

En sortant du Béguinage et en remontant la rue de Bruges , on trouve à gauche l'ancienne église des Carmes-Déchaussés , arrivés à Gand, en 1640. Neuf ans après, ils achetèrent l'endroit que l'église et le couvent occupent maintenant et appelé la Cour -des - Lions (het Leeuwen-Hof ) } à cause de l'am*

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phithéâtre où les comtes de Flandre donnaient de temps en temps des combats d'animaux féroces , et ils y élevèrent leur couvent et leur église. Ce n'est plus qu'un oratoire qui n'offre rien de remarquable , si on le compare aux autres églises de Gand.

Mo]\tt-de-PietÉ.

Anciennement le droit exclusif de prêter à usure à Gand, était accordé à des sociétés de négociants , très-souvent italiens > dont les maisons furent appelées Lombards, parce que la plupart d'entre eux venaient de la Lombardie. Ils demandaient jusqu'à 32 °/0 d'intérêt. Les archiducs Albert et Isabelle les chassèrent de la ville en 1619 et firent élever sur l'emplacement de l'hôtel du seigneur Antoine Triest, le vaste bâtiment que nous voyons aujourd'hui et qui a coûté de trèsfortes sommes. Il renferme des salles immenses pour y déposer les effets engagés , et les plus grandes précautions sont prises pour arrêter le feu, en cas d'incendie. Toutes les fenêtres tant à l'extérieur qu'à l'intérieur^

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sont garnies de fortes barres de fer, ce qui donne à cet immense monument un aspect sinistre et sombre. Il est des temps, où il a renfermé des objets mis en gage pour plus de deux millions de florins. Le produit du Mont-de-Piété est affecté à l'entretien des hospices.

Marche-au-Poisson. — Vieux-Bourg.

Le pont de la Décollation (Onthoofd-hrugge) par où l'on communique de la rue de Bruges au Marché au Poisson, est très-ancien, si Ton en juge parle grouppe qui s'y trouva jusqu'en 1794. H représentait un fils se préparant à décapiter son père. Nos vieilles chroniques rapportent qu'en i3;jï , un Gantois ayant été condamné à perdre la tête , sur ce pont, son propre fils s'offrit pour remplir la charge de bourreau : mais que son glaive se brisa en mille éclats , à l'instant où il le levait pour frapper l'auteur de ses jours. Quelque temps' après on posa sur le quai de ce pont deux figures en bronze pour perpétuelle souvenir de cet événement. Il se trouve

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à la maison-de-% ille un tableau qui consacre également le crime de ce fils dénaturé, On lit au-dessous de la figure du père les deux vers suivans en vieux Gaulois :

Ae Gandl le enfandt frape so perese ta et desu?t} Mais sa heppe rompe, se grâce de Dieu.

Le Marché au Poisson qui se distingue au nombre des plus beaux et des plus commodes de l'Europe, est situé sur l'ancienne place de S.tc-Pharaïîde, ainsi nommée à cause de l'église de ce nom qui s'y trouvait jadis. Il est placé au centre de la ville et adossé à la Lys , ce qui contribue beaucoup a entrenir la salubrité qu'exigent ces sortes de bâtimens. Le portique ouvert qui sert d'entrée, purifie par un courant d'air, les exhalaisons malsaines et dangereuses. La disposition intérieure en, est symétrique et sage; elle fut faite en 1 689 , sous la direction d'Adrien van der Linde , architecte de la ville. La façade, qu'on regrette de ne pas voir élevée sur un emplacement plus dégagé, a été exécutée sur les dessins d'Arthus Queîlyn. Les attributs dont

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fille est embellie , indiquent l'usage auquel est consacré ce monument. On y entre par une grande porte et deux petites , qui donnent un libre passage. Les colonnes engagées iont ornées de bandes qui figurent des gla* ÇQïis j les ehapitaux en sont composés de poissons sculptés. Au-dessus s'élève un attique circulaire , orné de chaque côté d'un dauphin de marbre blanc par van Poucke ; dans le tympan on voit les armes de la ville au-dessus de l'entablement sont placés deux fleuves grandioses , l'Escaut et la Lys , appuye's sur leurs urnes. Ils sont sculptés par Paoli d'Anvers. La façade est couronnée par la statue de Neptune , exécutée par Gery Heydelberg, deGand. Le Dieu dans son char, attelé de; deux chevaux marins , tient d'une piahl son redoutable trident et de l'autre paf0X accorder sa protection à la ville qui lui a éïigé ce monument : c'est ce qu'indique inscription. .

Nep.tuno Qancla tropœum*

t*&Xh% la fiis.e! | à -droite, ou lit |

SUR LES MONUMENS DE G AND. 3l0

Hannoniœ servit Scaldis, Gandamquesecando^ In mare festinans volvere pergit aquas*

et dans l'autre :

Lys a vehit mer ce s quas nunc Ar testa mittits Etplacido gaudens flumine pisce scatet*

À droite du Marché au Poisson , on trouve la chapelle de l'hospice de S.t-Laurent , qui renferme le tombeau du capitaine Gantois Wenemar; qui e'tait d'une force prodigieuse, et mourut en i325, en' se battant pour sa ville natale. Son tombeau , brisé par les iconoclastes , a été reconstruit en marbre blanc et placé au centre de la chapelle. Dans le vestibule attenant, on conserve les débris de son ancien tombeau; on l'y voit représenté ainsi que son épouse, sur deux plaques de cui* vre. Wenemarfutle fondateur de cet hospice.

On voit encore sur cette place la porte d'un des monumens les plus antiques du pays. C'est l'ancien château des comtes de Flandre, appelé vulgairement le Vieux-Bourg (Oudenburg) et bâti dans les années 867 et 868 par Baudouin hras-de-fer > premier comte de Flandre*

En 1 180, Philippe; comte de Flandre et de Vermandois , y fit élever la porte percée de meurtrières et couronnée de créneaux telle que nous la voyons aujourd'hui. Nos princes cessèrent d'habiter ce château vers l'année 1 35 o, époque où ils allèrent se loger à la Cour du prince. Il y avait devant cet édifice des balustrades qui furent supprimées en 1770. On y exécutait les criminels ainsi que sur le pont derrière le château. On avait établi au Vieux- Bourg la géole du grand-bailli. En 1 4 1 9 ? sous Jean duc de Bourgogne , le conseil de Flandre vint de Lille ; s'y établir. La cour spirituelle de l'évêque de Tournai y fixa son domicile en 1 460, et la cour féodale du Vieux- Bourg, s'y établit en 1 55g. Avant la suppression des jésuites > le conseil de Flandre y tenait ses séances. Ce vénérable monument fut vendu en 1796 au sieur Brisemaille qui y érigea une fabrique. L'intérieur en est très-curieux et mérite d'être vu.

A côté du Vieux-Bourg , se trouvait l'ancien hôtel de, la Monnaie , qui a donné son nom à la rue où il était situé. Il porte aujourd'hui le p.° 19*

sur les mojîumens de gakd. 321 Église des àugustins.

Les Àugustins furent fondes en 1298, à ï- endroit où se trouve encore leur église, qui offre deux beaux tableaux par de Crayer; ils sont peints dans la manière argentine. Les productions de ce genre sont les plus recherchées par les amateurs. Le tableau placé à la droite , dans le chœur, représente plusieurs saints et plusieurs saintes. C'est un beau sujet composé avec agrément.

L'autre est à gauche ; il représente Saint- Nicolas Tolentin qui distribue de petits pains bénis aux malades. C'est une composition excellente de ce maître : correction de dessin, couleur, effet, et des têtes très-belles font le mérite de ce tableau.

On y voit encore plusieurs paysages de van Uden.

Ce fut dans cette église que fut enterré le capitaine gantois Jean Borluut, dont la bravoure et l'intelligence contribuèrent beaucoup au gain de la célèbre bataille des Epe* ions d'or, près de CourtraL

fflfg # ^ . •

Voici l'épitaphe flamande de cet illustre

guerrier :

Staet. Hier light Jhan Borluut die uup 't

Groen inghe veld De TVaelen slough. Seght ; God seg'ne den

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