‹ Guide des voyagers dans la ville de gandChapitre 6 sur 19 · QU · texte numérisé non relu

QU

enseignent les langues latine , grecque, nationale et française, la géographie, l'histoire, la mythologie , etc. ; deux autres professeurs sont chargés spécialement des mathématiques. Les élèves y apprennent en outre le dessin , l'escrime et tous les arts d'agrément propres à compîetter une éducation soignée.

La ville de Gand dépense approximativement chaque année la somme de 12,000 fl. pour cet établissement ; elle y a fondé en outre un certain nombre de bourses de 100 et de 200 florins pour l'encouragement des études* Je ne crois pas que dans aucune autre ville des Pays-Bas l'on stimule et l'on récompense autant les progrès dans les sciences , les lettres et les beaux-arts.

On a replacé depuis quatre ans , dans le fond de la chapelle particulière de ce collège, un grand tableau peint par Robert van Oudenarde; il représente les portraits de plusieurs religieux de l'abbaye de Baudeloo, alors vivans : il y a de la vérité, mais la couleur en est monotone.

IUR LES M0NUMENS DE G4.pt D. 3^

Bibliothèque de l'Université.

Ce bâtiment qui servait d'église aux religieux de Baudeloo oude F ordre de St. -Bernard, fut transformé en temple de la Loi, lors de l'entrée des français. L'église de St.-Michel fut destinée à cet usage, lorsque plus tard on eut décidé d'établir la bibliothèque départementale dans le local où elle est aujourd'hui. M. van Hulthem contribua beaucoup à la formation de cette bibliothèque ; c'est encore lui auquel nous sommes redevables de la conservation du joli carillon placé au-dessus de cette église , et que les révolutionnaires voulaient détruire.

Cette église avait reçu de nouveaux embellissemens en 1780. Les quatre bas-reliefs en forme de trophées ascétiques et en marbre blanc qu'on y voit encore , sont de van Poucke , et sont regardés comme un de ses beaux ouvrages. Les deux nefs latérales étaient ornées en outre de quatorze tableaux peints par van Reysschoot , et représentant la vie de St.-Bernard. Ils furent donnés en 181g

à l'église de la Byloque et aux sœurs de la charité, lorsqu'on fit dans l'intérieur de ce bâtiment les changemens qu'on y voit maintenant. On y plaça alors la bibliothèque de M. Lammens, que le roi venait d'acheter pour la somme de 3o,ooo florins , et dont il fit don à l'université. Le dôme qui sert d'entrée à la bibliothèque, ainsi que le péristyle dont il est décoré et qui se trouvait dans le fond du jardin du prélat, fuient construits en 1820.

La bibliothèque se compose d'environ soixante mille volumes; cette [riche [collection s'accroît encore par la munificence du goureniement qui lui accorde tous les ans pour cet objet , une somme de 5 à 6000 florins. Outre -des manuscrits très-précieux, provenant des couvents et abbayes supprimés , cette bibliothèque possède tous les plus beaux ouvrages dans toutes les langues et dans toutes les branches de connaissances humaines. Elle est ouverte tous les jours au public, excepté les dimanches 'et jours de fête. Le bibliothé* caire en chef est M. le "professeur Lammens, demeurant aux Augustins»

Palais de l'Université.

La partie du palais de l'Université qui a Tue dans la rue des Foulons j aujourd'hui rue de l'Université^ a été construite sur l'emplacement de la ci-devant église des jésuites , où fut installé en 1784; le chapitre de Sainte-Pharaïide , dont on voulait relever la splendeur. La façade se compose de huit colonnes d'ordre corinthien à l'instar et dans les proportions du Panthéon ? à Rome. Les chapiteaux en sont d'une grande beauté et ont été copiés soigneusement sur ceux des temples d'Antonin et de Faustine. Dans le fronton est placé un bas-relief par M. De \Calloigne, de Bruges. Il réprésente (1) le gou vernement sous les traits de Minerve , dotant la ville de Gand d'une Université et lui remettant les faisceaux académiques. À l'entour sont groupées les différentes Facultés avec leurs

(1) Quoique cet ornement ne soit pas encore placé, ainsi que plusieurs autres, j'ai cru devoir sn parler comme s'il Tétait déjà,

346 NOTICE attributs. Aux deux extrémités du fronton les fleuves l'Escaut et la Lys, sont appuyés sur leurs urnes. La frise porte l'inscription suivante. Elle est très-simple et fait connaître que sous les auspices et par la protection de Guillaume 1er, la ville de Gand a élevé aux sciences ce magnifique monument :

AUSPICE GlJLIELMO I , ACAD. CONDITORE.

POSUIT S. P. Q. G. M.DCCC.XXVU

Le péristyle qui a pieds d'élévation et dont l'aire ainsi que celui de l'intérieur du bâtiment se trouve élevé de cinq marches audessus du niveau de la rue, embrasse dans sa hauteur tout le bâtiment. Il donne entrée par une porte principale , ou plutôt par un beau portique ; dans un vaste vestibule à l'instar des salles des Thermes des anciens. La porte a 20 pieds de largeur sur 36 de haut; elle est travaillée à jour, comme la célèbre porte du Baptistaire à Florence, et ornée de sculptures représentant les attributs des quatre facultés. La partie circulaire représente les armes de l'Université, soutenues par des Renommées

SUR LES MOîïUMESS DE GAND. ôq.'J

et entourées de palmes de laurier. Adroite et à gauche , dans le portique ; sont ménagées des loges pour le portier et les personnes chargées de veiller à la conservation de ce monument.

Deux portes latérales , conduisent par des galeries de communication aux salles et auditoires des facultés.

Le vestibule ou salle des thermes , se compose de quatre colonnes et de huit pilastres corinthiens de 36 pieds d'élévation. Ils supportent des arcs-douhleaux qui forment une voûte d'arête au centre. Cette voûte de 86 pieds de hauteur ; imprime un air de majesté et de grandiose à cette magnifique salle , dans laquelle le choix des ornemens et des profils est de l'architecture la plus riche et la plus pure. Elle est éclairée par deux lunettes, chacune de 3 i pieds de largueur sur 1 6 iji de haut , pratiquées au-dessus de la corniche de l'ordre. Cette salle sera ornée des bustes de tous les princes du pays qui ont le plus favorisé la culture des lettres et des sciences , depuis Chariemagne jusqu'à Guillaume Ier.

Toute la hauteur de l'élévation est divisée au pourtour , en deux rangs d'arcades , dont le premier sert de communication avec tout le bâtiment et dont le second éclaire les galeries du premier étage.

L'escalier principal ? placé au fond du vestibule et en face de la grande entrée } se compose d'un perron de treize marches, donnant entrée dans la salle des actes ou salle académique. A cette hauteur l'escalier se divise en deux rampes opposées conduisant à la galerie qui entoure le vestibule. Le palier en est en mosaïque d'un dessin remarquable.

Les trois grandes portes dont deux se trouvent sur les paliers des seconds escaliers à droite et à gauche , et dont la troisième donne entrée à la galerie de la salle des actes , sont ornées de caryatides de proportions colossales. Ces caryatides sont surmontées de frontons couronnés par les bustes de Minerve , de Thémis et d'Apollon, Dans le tympan sont les attributs de ces trois divinités.

La voûte en berceau de l'escalier est soutenue par seize colonnes et seize pilastres d'ordre dorique, formant des balcons autour

SUR LES MONtTMENS DE GÀND.

des rampes de l'escalier, éclairé aux deux extrémités par des lunettes à demi-circulaires. Une coupole , surmontée au centre d'une lanterne en abat-jour soutenue par les douze signes du '-zodiaque , forme le couronnement du palier , et est ornée dans les pendentives de Renommées distribuant des couronnes. L'architecte semble avoir épuisé dans cette partie du monument toutes les richesses et les ornemens de l'architecture romaine , et l'œil ne peut se lasser d'en parcourir tous les détails qui sont du plus grand fini. Sur l'escalier, dans les métopes de l'ordre dorique , sont placés des médaillons retraçant les traits des hommes les plus célèbres de tous les siècles et de toutes les nations. Ils sont entremêlés d'attributs analogues à leurs talents. Ces portraits , ainsi que les caryatides , en pierre de crazane, sont l'ouvrage du ciseau de M. Parmentier. Les frères Bolle ont fait le stuc et les plafonds.

Nous entrons dans la salle des actes, dont la somptuosité nous a déjà été annoncée par la magnificence des constructions qui la précèdent. Cette salle est circulaire et décorée au

35ô NOTICE

pourtour de colonnes d'ordre corinthien, au nombre de dixdiuit ; elles sont d'un stuc blanc poli, imitant parfaitement le marbre, ainsi que les vingt-quatre pilastres. Ces colonnes , entre lesquelles sont placées dix-nfcuf balcons en bronze dore', enrichis de faisceaux représentant les armes des provinces des Pays-Bas , reposent sur des piédestaux. Les interstices, d'un piédestal à l'autre , s'ouvrent et se ferment à volonté par un panneau en coulisse et forment, étant ouvertes, une galerie de loges qui permettent de recevoir un plus grand nombre de spectateurs. Sur les panneaux sont peintes en bronze toutes les connaissances humaines personnifiées.

Dans la grande galerie qui sert de communication à tout l'intérieur de la salle des actes, s'ouvrent sept portes d'acajou massif, à deux battans, et d'un mécanisme tel que, lorsque l'un des deux battans est ouvert, l'autre s'ouvre de lui-même.

L'intérieur de la salle est divisé en deux parties distinctes. L'une , destinée au public est formée de gradins disposés en amphithéâtre ; l'autre réservée au sénat académique est

SUR LES M0NUME1SS DE GÀÏïD. 35 1

composée d'une estrade à laquelle on arrive par le vestibule y attenant. Autour de deux tribunes, dont la première est destinée au récipiendaire, et la deuxième au recteur, sont établies sur cette estrade des espèces de stalles pour MM. les professeurs; elles sont en acajou massif garni en bronze doré. Au-dessus de ces tribunes, s'élève un trône en velours de soie cramoisi, à franges d'or; il est couronné des armes du royaume et est orné de la statue pédestre du roi. A droite et à gauche , entre deux pilastres , sont les armes de la ville de Gand, et celles de l'université qui représentent une tête de Minerve entre un rameau d'olivier et un rameau d'oranger , avec cette inscription : Inter utrumque. Au-dessous sont placés douze médaillons destinés à perpétuer les traits d'autant de grands hommes qui ont immortalisé la patrie par leur génie et leurs ouvrages.

Le dôme de la salle des actes est en cornparti m eus octogones ornés de différentes rosaces , toutes du dessin le plus riche : une lanterne en abat-jour de soixante pieds de circonférence couronne ce dôme, et projette

35l NOTICE

la lumière la plus douce et la plus agréable sur l'ensemble de cette salle magnifique , qui peut contenir de seize à dix-sept cents personnes.

Ce monument peut soutenir une honorable comparaison s'il ne les surpasse pas , avec ce que l'Europe entière offre de somptueux parmi les etablissemens consacrés au culte et à la gloire des sciences et des lettres , tels que l'école de médecine, à Paris ; le nouveau musée à Berlin ; et le palais des études > à Napies. Il fait le plus grand honneur au talent de M. L, Roelandt, professeur d'architecture à l'académie de cette ville , et membre de l'institut des Pays-Bas. M. Roelandt s'est autant appliqué à inventer de nouvelles combinaisons de formes qu'à groupper , pour ainsi dire, sur un espace de terrain assez circonscrit, tout ce que l'antiquité nous a légué de plus parfait et de plus fastueux. La sculpture semble avoir mis ici à contribution toutes les ressources de son art pour payer un tribut d'hommages aux neuf immortelles. M. Roelandt n'a rien fait dont iln'ait trouvé d'exemple chez les anciens. Ce doit être une douce

IUR LES MOITUMESS DE GAîO). 353

récompense pour lui,. que de voir l'empressement et la manière distinguée dont les amis des beaux-arts , en Allemagne et en France , ont déjà rendu compte d'un travail auquel il n'a point encore mis la dernière main.

Chacune de ces parties du Palais Universitaire , le portique, le vestibule , l'escalier et la grande salle, forment un ensemble général et parfaitement en harmonie. On peut dire que l'auteur y a épuisé toutes les richesses de l'architecture , dont les proportions, afin de faire paraître ce monument plus vaste, diminuent à mesure que l'on s'avance vers la salle des actes. Peut-être est-ilà regretter que les localités ne lui aient pas permis de placer au fond de cette salle, en face de la principale porte d'entrée, l'estrade ainsi que la statue de S. M.

On communique par la galerie de gauche à une aile de l'ancien bâtiment, destinée à l'établissement de nouvelles classes d'astronomie et de chimie. En y entrant ou trouve l'auditoire de physique , à côté du cabinet où sontdéposés les instrumens appartenant à cette science. A. l'extrémité de cette galerie sont , à droite, un laboratoire de dissection, à gauche un cabinet

354 NOTICE d'instrumens aratoires, etc. ; on entre dans la cour des classes qui forme un carré parfait. Trois ailes de bâtiment nouvellement construites et d'une élégante simplicité; contiennent six classes au rez-de-chaussée ; au milieu de chaque aile a été ménagée une chambre ou vestiaire pour MM. les professeurs. Aux deux extrémités de Faile du milieu sont deux vestibules qui donnent une sortie , ou conduisent par un bel escalier , aux différents cabinets.

Au premier étage, avant d'entrer dans le cabinet d'histoire naturelle, est à droite le cabinet d'anatomie comparée (i). Celui d'histoire naturelle a cent vingt pieds de longueur, sur trente de largeur. Il est orné à droite d'une suite continue d'armoires élégantes ,. renfermant déjà plus de 700 oiseaux \ en face sont les collections de quadrupèdes , de pa~ 'pillons, etc., etc. Tous ces objets sont entre»

(1) Au fond, en montant quelques marches, on trouve un vestibule orné de dix colonnes. A l'entour sont les salles des séances du collège des curateurs, les appartenons du conservateur des cabinets , etc.

SUR LES MCHVUMEtfS DE G AND. 355

tenus avec le plus grand soin, par M. den Duyts, conservateur-préparateur du cabinet. A l'angle a ëtë ménage un cabinet circulaire pour les médailles et les antiquités.

Le noyau de cette collection numismatique, commencée en 1822, a été donné par M. L. de Bast , secrétaire de la société royale des Beaux-Arts et directeur actuel de ce cabinet. Elle s'est accrue insensiblement par la munificence d'autres amis des sciences et des arts, entre lesquels nous aimons à citer M. Falck, et M. le comte de Lens. S. M. le roi, par des subsides annuels et par le don du cabinet de feu M. le chanoine De Bast, a ajouté un nouveau degré d'intérêt à. cette collection qu'on peut déjà mettre au rang des plus précieuses des Pays-Bas. Parmi les antiquités romaines qui méritent d'attirer l'attention des connaisseurs, on doit remarquer celles qui ont été trouvées dans la Flandre même, et qui sont décrites dans les ouvrages du savant chanoine De Bast , ainsi que dans la statistique du Pays de Wacs , par M. van den Bogaert.

La salle suivante a cent trente pieds de

longueur; elle est affectée à la minéralogie et possède plus de sept mille échantillons, mis en ordre et classés. Au milieu de cette salle qui reçoit , ainsi que les deux autres , le jour d'en haut , par des lanternes couronnant une élégante coupole, est placée une collection de squelettes déjà très -remarquable. La troisième salle renferme les instrumens de physique ; elle est semblable au cabinet d'histoire naturelle.

Toutes ces collections, formées à peine depuis quelques années , possèdent déjà de grandes richesses qui s'accroissent journellement par de nouvelles acquisitions ou des dons volontaires. Parmi les bienfaiteurs de ce Muséum, la reconnaissance exige que nous placions encore au premier rang, S. M. le roi qui, à plusieurs reprises, lui a fait des dons considérables. L'exemple de cet auguste donateur a été suivi par quelques citoyens estimables , entre lesquels nous citerons Messieurs van Caneghem et De Cock frères , négocians en cette ville.

La façade de l'université qui a vue dans la rue Longue Meirc; est remarquable par son

SUR LES M0TCUMEN5 DE G AND. 35t

architecture élégante et le grandiose de ses trois portes ornées de rosaces.

L'université de Gand fut fondée par un décret de Guillaume I.er, du 25 septembre 1816. Cette nouvelle institution qui, pour cette ville , promet d'ajouter le sceau aux bienfaits d'un roi sincèrement ami de son peuple, fut installée le 9 octobre 1817 , dans la salle du trône à la maison de ville, en présence du prince héréditaire.

Le collège des curateurs surveille tout ce qui intéresse la prospérité de l'université, dont l'enseignement est donné par dix-neuf professeurs. Cinq appartiennent à la faculté de médecine; trois, à la faculté de droit ; cinq à la faculté des sciences naturelles et mathématiques; et six à la faculté dé philosophie et des lettres. Le roi nomme tous les ans un nouveau recteur magnifique et un secrétaire académique, choisis dans le corps professoral. Le nombre des étudians est de plus de quatre cents. Le gouvernement a fondé 29 bourses de 200 florins chacune , en faveur des élèves peu fortunés et qui ont obtenu des succès dans leurs études précédentes. La ville dê

358 notice Gand 7 que l'on peut toujours citer quand il s'agit d'encourager ce qui est utile , a également fondé un certain nombre de bourses pour les élèves nés dans son -sein.

Tribunal Civil.

Ce bâtiment est l'ancien hôtel du fameux Hembieze connu dans nos annales sous 3e nom de Jonhheer Jan. Après avoir troublé la ville et détruit les églises , ce factieux convaincu de trahison fut décapité en i584» Champigni , frère du cardinal de Granvelle, occupa alors cet hôtel en qualité de gouverneur de Gand pour les Espagnols. Les Jésuites l'achetèrent en iScji et se trouvèrent bientôt assez riches pour acquérir plusieurs maisons voisines et bâtir un nouveau couvent et une sodalitê. Ils furent supprimés en 1778 et on établit successivement dans les diverses parties de ce bâtiment, le tribunal, dit le conseil de Flandre > le collège royal et enfin, dans la révolution, ïe club des Jacobins. On prétend que la salle du tribunal civil et correctionel est la même dans laquelle Hembieze donnait ses audien-

ccs. La cour de ce monument est ornée de fleurs et de beaux arbrisseaux qui font une agréable diversion aux impressions produites par la vue du sanctuaire de la justice.

Catjter.

Le Cauter ou place d'armes , est une des promenades les plus agréables de Gand. Il est planté de tilleuls , et garni de bancs de pierre, placés en 1809. Le dimanche matin, pendant plusieurs heures de la journée, le Cauter est orné d'une double rangée d'arbrisseaux et de fleurs, produits d'une heureuse nature. Entre onze heures et midi , il est le centre delà réunion de la belle société. Sur cette place sont situés les édifices où se rassemblent la société de la Concorde et la société Littéraire : on y remarque encore plusieurs grands cafés , la maison des bains, de beaux hôtels particuliers, celui du gouverneur militaire, et la grand'garde. L'entrée de la salle de spectacle, placée à l'angle est peu remarquable. Elle appartenait autrefois à la confrérie de St. -Sébastien, qui l'avait fait rebâtir en 1707 j le plafond en fut peint par

36û NOTICE

Fblxum. Elle ?dt agrandie et renouveîîée en i^2« on en changea les loges en 1780, on les augmenta d'un quatrième rang : le peintre italien Candeli y fit alors de nouveaux embellissemens. Une société d'actionnaires de la ville Gand l'a achetée en 1798 à la confrérie de St.-Sébastien, et la loue aux directeurs des troupes qui se succèdent tous les ans. Cette salle entièrement restaurée il y a quatre à cinq ans, a subi d'heureux changemens. Elle est décorée avec beaucoup de goût. On n'y représente guères que des pièces françaises et l'orchestre en est réputé l'un des meilleurs du royaume.

En traversant la rue du Soleil on se trouve sur la place de Récollets. Cette place entourée de beaux hôtels vient d'être acquise par la ville pour la somme de 4°>000 florins. On Barle du projet d'y bâtir une salle de concert et la bourse publique , qui se tient maintenant dans une grande maison située sur le Quai-aux-Grains.

L'autre extrémité du C au ter est singulièrement embellie, depuis qu'en 1822, on a abattu la petite boucherie pour l'élargissement de

SUR LES MONUMENS DE G AND. 36l;

la rue deBrabant. Ce bâtiment situe' sur l'emplacement où se tient le dimanche le marché aux oiseaux, datait du milieu du XVIe siècle. La petite boucherie est maintenant établie rue Courte-du- Jour , dans l'ancienne chapelle des tisserands en laine.

Hôtel nu Gouvernement.

Après que l'on eut transféré le chapitre collégial de S.t-Bavon dans l'église de S.*- Jean , Charles-Quint fit acheter, pour servir d'habitation au prévôt, la maison de Nicolas Triest 9 seigneur d'Hauweghem, située rue haute de l'Escaut. On nomma alors ce bâtiment la cour de S.t-Bavon. 11 fut donné en i584 à l'illustre prince Guillaume d'Orange-Nassau, fondateur de la liberté aux Pays-Bas. On élargit à cette occasion la ruelle qui était vis-à-vis cet hôtel, et on lui donna le nom de rue d'Orange qu'elle porte encore. Il servit d'habitation aux archiducs Albert et Isabelle. L'Infant Ferdinand donna la cour de S.t-Bavon à Antoine Triest, évêque de Gand, et on la nomma dès ce moment le palais épiscopal.

36a NOTICE

Le dernier évêque qui l'occupa fut le prince Lobkowitz.

La façade de cet hôtel ne présente rien de remarquable : c'est un long bâtiment dont le premier étage est percé de vingt-et-une fenêtres; celles du rez-de-chaussée sont garnies de barreaux de fer ; ce qui contribue à donner à ce monument un aspect sévère et sombre. En 1824 on a achevé l'aile à gauche, dans laquelle on a concentré toutes les administrations financières de la province. Ce fut alors qu'on a détruit et comblé un passage souterrain par où le prince d'Orange avait cou tume de s'embarquer sur l'Escaut. C'était un monument historique qu'on aurait dû conserver.

Château de Gérard le Diable.

Du Reep , on aperçoit un vaste et antique bâtiment dont une des entrées est dans la rue Basse -de -l'Escaut. Cet édifice est construit en pierres bleues et flanqué de deux tourelles rondes ; il était jadis muni d'une troisième tour de forme carrée , qui s'élevait du corps

SUR LES MOîfUMEîîS DE GÀÎïD# 363

même de l'édifice. Il fut cédé à Gérard dit le diable, fils d'un châtelain de Gand, et fut connu dès lors sous la dénomination du château de Gérard le diable.

Une congrégation de Jéronimites vint occuper en i435 une partie de ce bâtiment. En i55g un Gantois , Liévin van Potelsberghe , y fonda un école particulière pour seize enfans pauvres , qu'on appella de son nom. En i56g le i.er évêque de Gand, Jansénius,y établit son séminaire ; mais en 1578 les jeunes séminaristes furent obligés d'aller apprendre le catéchisme de Calvin dans le monastère desVictorines dit Groenen-Briele. Ils y revinrent quelque temps après , jusqu'en 1622. La ville de Gand possède aujourd'hui deux séminaires épiscopaux ; le grand , qui compte plus de deux cents élèves est située près de l'église de St.-Bavon ; le petit, érigé rue de Savon, est un peu moins nombreux. En 1 623 , les échevins achetèrent le château de Gérard et y fondèrent une école pour les pauvres enfans mâles. Ils étaient au nombre de soixante-seize, et en même -temps qu'ils recevaient une éducation convenable à de*

ouvriers, on leur faisait apprendre un métier, afin qu'ils devinssent d'utiles citoyens, Onnomme encore aujourd'hui JT^/ûfers, à cause de la forme de leur habit jadis de peau jaune, les élèves de cette maison qui, depuis son origine, n'a éprouve' que des améliorations.

Vers i633 une grande partie de ce château avait été convertie en maison de détention : elle continua de servir à cet usage jusqu'à ce que celle de la province, située à la Coupure, eut été achevée. On renferme maintenant les furieux et les fous dans cette partie du château de Gérard le Diable , dont l'intérieur mérite d'être vu. On y trouve encore un souterrain spacieux aussi remarquable par sa vétusté que par sa structure.

Temple Protestant.

Dès le XIV.e siècle, ce bâtiment, situé dans le Braband-Dam, servit de chapelle aux foulons qui avaient leur hôpital dans la rue du Tremble (Àbeel-straete ). Les échevins le cédèrent, ainsi que le terrain d'alentour, aux capucins qui vinrent s'y établir en i5go, et

furent supprimés en 1 794» Depuis cette époque y cette église a presque toujours servi de magasin ou d'hôpital militaire. En 18 16 elle fut consacrée à l'exercice du culte protestant et anglican. Le ministre protestant a son habi~ tation près de ce temple.

Église de S.te-ÂNNE.

Cette église porta primitivement le nom de chapelle de S.te-Catherine. On ignore dans quel temps elle fut fondée ; c'était une succursale de l'église de St.-Jean. Elle fut l'un des cinq temples que l'on assigna en 1579, aux catholiques romains pour l'exercice de leur religion ; les quatre autres étaient les églises de S.te - Pharaïlde , de St. -Michel, de St.-Nicolas et de St.-Jacques. Cette chapelle fut reconstruite en 1 644 et ^ut a^ors consacrée à S.te-Anne , dont elle prit le nom. Elle ne renferme rien de remarquable.

Petit Béguinage.

La comtesse Jeanne de Constantinopîe et

366 NOTICE sa sœur Marguerite fondèrent en iiH , sur le pré vert, le petit béguinage dit de Notre- Dame-au-pré (0. L. Vrouwe ter Hoye\ Ce béguinage est moins nombreux que celui de S.te-Elisabeth. L'église mérite d'être vue; la façade en est remarquable.

Caserîîe de cavalerie.

En passant le pont aux cinq arcades (Ten Vyf-Wind-Gaeten-brugge) , on trouve dans la rue qui aboutit à la porte de Bruxelles, à l'endroit portant le n.° 1 5, la maison des pestiférés {het Pest-FJuys), dite aussi la maison de St.-Machaire, où Ton soignait jadis les personnes attaquées de cette terrible maladie. Les échevins la firent bâtir en 1 582. Elle fut reconstruite en 1672, et on la loua jusqu'en 1 792 à l'empereur d'Autriche , pour y caserner ses troupes. Ce bâtiment sert encore au même usage aujourd'hui ; maison y a fait des changemens considérables.

Porte de Bruxelles.

La première porte de ce nom date de l'année i3ooj elle fut reconstruite en i523; ce fut au commencement du dix-neuvième siècle qu'elle fut bâtie telle qu'elle existe. Le bâtiment qui appartient à l'octroi fut élevé en 1807; le corps-de-garde qui se trouve en face fut bâti l'année suivante. M. le comte de Lens, alors gouverneur de la Flandreorientale, posa en 1820 la première pierre du beau pont de Guillaume , qui a établi mie communication entre la porte de Bruxelles et la pêcherie. Cette promenade conduit à la porte d'Anvers construite pendant les troubles de 1 57 o et rebâtie sur un nouveau plan en 1781 ou 1782. L'on a de belles vues de cet endroit, sur-tout en hiver, lorsque les prairies immenses qui s'étendent jusqu'à Meukstede, sont couvertes d'eau à perte de vue , et offrent le spectacle d'une mer, au milieu de la quelle s'élèvent quelques bouquets d'arbres.

Porte de S^-Lievin.

La porte de St.-Liévin fut construite m

368 notice i3oo, et il en subsiste encore d'assez beaux restes, qui ont présenté des points de vue pittoresques à plusieurs de nos paysagistes. Au milieu du rempart qui conduit de cette porte à la place de St -Pierre , on trouve le magasin à poudre. Gand;vu de cet endroit, offre un coupd'œil charmant.

Église de S.MPierre.

Le pont des Moines est d'une construction hardie et légère : après l'avoir passé on arrive sur la place de St.-Pierre qui sert aux exercices militaires. Elle est si vaste qu'aucune autre en Belgique ne peut lui être comparée. L'ancien oratoire des moines de Saint- Pierre, maintenant devenue église paroissiale de ce nom depuis la démolition de celle de Notre-Dame, est bâtie sur le plateau du Mont- Blandin , dans une situation très-pittoresque d?où la vue peut se promener sur une partie de îa ville. Cet édifice est solidement construit en pierre de taille; la façade est décorée de pilastres corinthiens, entre lesquels sont pratiquées des croisées et des niches qui contenaient

SUR LES MONUMENS DE GAHD. OOg

autrefois des statues , ouvrages de Delsaert , à qui nous devons les figures de la Charité et de l'Espérance placées dans le tympan du fronton ; le dôme , de forme octogone fait un contraste agréable avec les lignes des toits et de la tour. La démolition de l'ancienne église de Notre-Dame , en 1810, celle du quartier de l'abbé et des autres bâtimens du corps de l'abbaye , ont fourni le terrain pour former devant ce temple un immense parvis. Il est malheureux que le nivellement ait fait disparaître les marches de l'entrée de l'église et ait nui par là à l'élégance de ce monument.

Le plan de cette église a été conçu à diverses époques 5 les trois nefs et le clocher furent bâtis à la fin du XVI.e siècle; l'avant-partie ne fut commencée qu'en 1629. On trouve à droite dans cette partie,

i.° Un tableau de Janssens, représentant la pêche de St.-Pierre.

Page 1