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V. Terrains modernes

Chacun des terrains se divise, à son tour, en étages et ceux-ci, en assises plus ou moins nombreuses.

Il est à remarquer que la série des terrains n'est pas étendue uniformément sur toute la surface du globe à la façon des tuniques d'un bulbe d'oignon. Par suite des plissements successifs de la croûte terrestre

et du déplacement des mers et des lacs qui en a été la conséquence, les dépôts sédimentaires n'ont pu s'opérer, à la fois, sur tous les points du globe. C'est ainsi que, dans tel pays, les terrains primaires sont à jour, tandis que, dans tel autre, ils sont ensevelis sous les terrains secondaires ou tertiaires. D'un autre côté, par suite de ravinements ou de soulèvements, il s'est produit des lacunes dans les assises d'un même étage, lacunes qui peuvent être très-limitées ou très-étendues.

Jetons maintenant un coup d'œil sur les caractères paléophytologiques des divers terrains.

Les terrains cambrien et silurien n'ont offert, jusqu'ici, qu'un très-petit nombre d'empreintes rapportées au groupe des Algues et dont la plupart sont même douteuses.

Le terrain dévonien inférieur marque véritablement l'aurore de la flore terrestre. Dès cette époque reculée, la végétation des terres émergées se compose principalement de quelques Fougères associées à un petit nombre de Lycopodinées. Les mers renferment un assez grand nombre d'Algues bien caractérisées. A l'époque du dépôt supérieur du même terrain, la flore s'enrichit notablement : les Fougère et les Lycopodinées deviennent plus nombreuses, les Calamariées font leur apparition et on commence à voir poindre quelques types qui prendront un

ample développement durant le dépôt du terrain carbonifère.

A rëpoque carbonifère, la végétation terrestre est d'une richesse exceptionnelle en Equisétinées, en Fougères et en Lycopodinées. De nombreux Gymnospermes, prédécesseurs de nos Conifères et de nos Cycadinées, se mêlent à l'admirable flore cryptogamique de ces âges anciens.

Pendant l'époque permienne, au début des terrains secondaires, les Fougères et les Lycopodinées n'ont plus la mêm§ importance qu'à l'âge précédent ; mais les Cycadinées et les Conifères gagnent en nombre et en variété.

L'époque jurassique voit ces deux derniers groupes s'enrichir de formes nouvelles.

Arrivée à répoque crétacée, la flore subit une révolution complète et prélude à la flore des temps modernes. Les Equisétinées ont presque disparu; les Fougères sont extrêmement réduites ; les Lycopodinées ont disparu ; les Gymnospermes conservent à peu près le rang qu'ils avaient à l'époque antérieure. C'est alors que les monocotylédones font leur apparition et que les dicotylédones, nouveaux pour le monde, se présentent avec des espèces variées, dont un bon nombre ont pu être rapportées à des genres vivants.

Pendant l'époque éocène, la flore .s'enrichit de plus

en plus et se rapproche de la flore moderne; le progrès va en s'accentuant durant les époques miocène et pliocène.

En somme, la flore des terrains tertiaires les plus récents est, à part la question d'identité spécifique, une flore presque entièrement moderne, avec les mêmes familles et à peu près les mêmes groupes génériques que la flore vivante.

D'après ce qui précède, on voit les flores s'enrichir à mesure qu'elles s'éloignent des époques anciennes et nous présenter, dans leurs traits principaux, un acheminement graduel vers les caractères de nos flores modernes.

Un second fait important découle de l'étude des flores anciennes : par suite des conditions telluriques, le tapis végétal, qui paraît avoir été d'une grande homogénéité sur les divers points du globe pendant le dépôt des terrains primaires, devient moins uniforme dès qu'on passe à l'époque secondaire et se présente de plus en plus varié, au point de vue de la dispersion des plantes, à mesure qu'on se rapproche de l'époque actuelle. Durant l'époque tertiaire, les mêmes espèces sont moins largement distribuées; des groupements géographiques se produisent sous l'influeace des climats, que l'on prétend ne s'être dessinés qu'assez tardivement ; peu à peu, se prépare la délimitation des flores

régionales qui, de nos jours, diffèrent d'une façon si frappante entre les pôles et l'équateur.

La succession ininterrompue des flores anciennes qui se modifient d*ëpoque en époque et dont les espèces disparaissent complètement pour être remplacées par de nouvelles espèces, provoque, de la part de l'observateur, une série de questions du plus haut intérêt. D'où proviennent et comment se sont formés les premiers êtres organisés ? Ceux-ci sont-ils les ancêtres des plantes et des animaux qui leur ont succédé dans la suite des temps ? Y-a-t-il eu filiation continue, ou bien les organismes se sont-ils successivement et complètement éteints, pour être remplacés par d'autres organismes à chaque transformation de flore ou de faune et sans qu'il y ait eu filiation ?

A la première question, la science n'a pas encore répondu de façon à satisfaire les esprits qui n'admettent pas, comme preuves, des hypothèses ou des expériences laissant prise au doute. Jusqu'à présent, la genèse des êtres primordiaux reste un profond mystère, que de nouveaux moyens d'investigation parviendront peut-être un jour à dévoiler.

Les autres problèmes continuent à rester posés et leurs solutions, poursuivies avec une ardeur sans pareille par la science moderne, paraissent encore

loin d'être trouvées. Deux théories sont invoquées pour expliquer la succession des êtres ; toutes deux ont de nombreux partisans et chacune d'elles est appuyée par des considérations qui peuvent bien satisfaire, de part et d'autre, certains esprits, mais que la vraie science ne peut accepter qu'à titre d'hypothèses.

Suivant l'une de ces théories, les êtres organisés se seraient reproduits à travers les âges de la terre en multipliant leurs formes de plus en plus ; celles-ci se seraient successivement modifiées, soit par leurs tendances propres, soit par suite de changements dans les circonstances ambiantes, et seraient enfin devenues les formes composant actuellement nos flores et nos faunes. C'est la théorie du transformisme.

D'après la seconde théorie, il n'y aurait point eu filiation entre les êtres d'une époque quelconque et les êtres d'une époque antérieure ou postérieure ; les flores et les faunes auraient dû s'éteindre complètement après un certain laps de temps, pour être remplacées par d'autres flores et d'autres faunes tout à fait nouvelles. C'est la théorie des créations successives.

Il n'entre pas dans nos intentions de discuter ici ces deux théories, qui agitent si vivement le monde de la science et de la philosophie ; chacune d'elles

a été surabondamment exposée et discutée. Ce qu'il importe de faire actuellement, c'est de recueillir avec le plus grand soin les faits positifs. Ceux-ci permettront probablement, un jour, de résoudre l'un des problèmes les plus considérables de la philosophie naturelle.

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