CHAPITRE DEUXIÈME
RECHERCHES ET RECOLTES. - PREPARATIOxNS. — COLLECTIONS.
Avant de nous occuper de la recherche et de la récolte des fossiles végétaux, nous devons dire ce qu'on entend par plantes fossiles et faire connaître sous quelles formes elles se présentent.
A l'automne, les feuilles tombées dans les allées et dans les chemins humides et foulées par le pied des promeneurs, laissent, sur l'argile ou le sable, une, empreinte fidèle de leur contour et du réseau de leurs nervures. Si les feuilles tombent sur la surface des eaux, un grand nombre d'entre elles descendent au fond des étangs ou des lacs et produisent également, sur la vase, l'empreinte de leur forme extérieure. Qu'au fond des eaux ou dans les allées, ces
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feuilles viennent à être recouvertes d'une couche plus ou moins épaisse de limon et que ce limon, après des siècles, des milliers d'années, vienne à se transformer en roche, on pourra trouver, entre les feuillets de celle-ci, des empreintes de feuilles analogues aux empreintes que le marteau du paléontologiste met au jour dans les diverses assises de nos étages géologiques.
Telle est la façon dont un grand nombre d'empreintes végétales se sont produites. Que celles-ci proviennent de feuilles, de racines, de tiges, de rameaux, de fleurs ou de fruits, elles ont exigé le concours de l'eau et d'éléments minéraux.
Les plantes aquatiques se sont déposées au fond des eaux où elles croissaient; les plantes riveraines se sont déposées sur les bords limoneux des eaux ; enfin les plantes des lieux secs n'ont pu se conserver que pour autant que les eaux les aient saisies sur leur passage pour les ensevelir dans leur vase. Ajoutons que ces trois catégories de plantes ont pu, dans certaines circonstances, être entraînées par les eaux courantes et déposées à des distances plus ou moins éloignées de leur habitation, soit à l'embouchure des fleuves, soit sur les rivages de la mer.
L'envasement ou les eaux minéralisantes étant absolument indispensables pour la conservation des végétaux à l'état fossile, il en est résulté que les
espèces aquatiques ou riveraines et celles des bas-fonds humides ont été conservées en plus grand nombre que les espèces qui ont vécu dans les lieux ordinairement secs. Il est même probable qu'un très-grand nombre de ces dernières ont disparu sans laisser aucune trace. Si les végétaux de ces deux catégories s'étaient conservés dans une égale proportion, nous trouverions sans aucun doute moins de vides, moins d'interruptions, dans les cadres taxinomiques des diverses flores fossiles.
Une feuille produit nécessairement deux empreintes ou impressions : Tune répondant à la face inférieure de cet organe, l'autre à la face supérieure, et chacune d'elles se trouvant recouverte ordinairement d'une mince couche charbonneuse. Remarquons que c'est cette couche charbonneuse qui permet à la roche de se fendre selon le plan des empreintes mêmes. L'empreinte de la face inférieure des organes plans présente souvent des dessins en creux, tandis que l'empreinte de la face supérieure offre des dessins en relief.
Certains organes épais, des tiges, des rameaux, des racines ou des fruits, au lieu d'avoir produit des empreintes, se sont conservés sous forme de moules. L'intérieur de ces organes, s'étant décomposé, s'est rempli de substances terreuses, soit pures, soit mélangées de débris organiques. Ces
.substances terreuses se sont transformées en schiste, en grès, etc., moulant plus ou moins fidèlement les organes. Les éléments organiques de ceux-ci se sont réduits à une couche charbonneuse plus ou moins mince qui recouvre le moule. Ce dernier se trouve enveloppé d'un contre-moule qui en reproduit tous les détails extérieurs. •
D'autres fois, les organes épais dont il vient d'être question ont conservé leur structure anatomique; le microscope y fait encore découvrir aujourd'hui les détails les plus délicats de leur structure intime. Il y a eu, dans ce cas, pétrification; les cellules et les vaisseaux se sont admirablement conservés, grâce aux solutions de silice, de chaux, de fer, etc., qui les ont minéralisés en se substituant à la matière organique. La minéralisation a non-seulement pu conserver la structure des bois, mais encore les détails infiniment délicats des ovules, du pollen et d'autres organes.
Dans les lignites, c'est-à-dire dans les végétaux qui n'ont subi qu'une carbonisation incomplète et qui ne se sont pas transformés en charbon, la structure anatomique a pu se conserver sans qu'il y ait eu minéralisation.
Il existe un troisième mode de fossilisation : c'est celui que nous présentent les tufs. A cause de la nature minéralogique de ceux-ci, les organes végé-
taux se sont complètement décomposés sans laisser de trace charbonneuse ; leur place ou leur forme est seulement marquée par des creux ou des reliefs.
§ 1. — Recherches et récoltes des ^plantes fossiles ,
La recherche des végétaux fossiles diffère beaucoup de celle des plantes vivantes. Le paléontologiste est bien encore un botaniste ; on retrouve chez lui la même ardeur pour les découvertes; il est également infatigable dans ses courses ; mais ses allures ne sont pas les mêmes que celles du botaniste ordinaire. Au lieu de la boîte de fer-blanc si connue, on lui voit, sur le dos, un sac en toile grise, un havresac ; au lieu d'une bêche à déplanter, il porte à la main le pesant marteau-pioche : il a pris l'aspect du géologue. Ce ne sont plus les bois aux frais ombrages, les prairies émaillées de fleurs, le bord des eaux qu'il recherche ; il n'a souci que des carrières, des tranchées des voies ferrées, du voisinage des houillères, tous lieux privés de charme et d'intérêt pour l'amateur de plantes vivantes. Le paléontologiste ne voit pas les choses comme le botaniste. Pour le premier, une carrière, où la mine et le pic ont amoncelé des blocs informes, peut avoir le plus grand attrait à cause de l'existence d'un banc fossilifère. Ce banc
lui livrera peut-être des empreintes que nul œil humain n'a encore aperçues et qui constitueront une flore nouvelle. Pour lui, ces empreintes sont un trésor; elles n'auront pas, il est vrai, la beauté et la grâce des créations vivantes ; mais leur rareté et l'intérêt scientifique qui s'y attache les lui feront paraître aussi belles que les fleurs les plus brillantes de la flore moderne.
Enterré jusqu'aux genoux dans les éboulis poudreux et noirâtres des houillères, le paléontologiste est aussi heureux que l'herborisateur au milieu de colonies de plantes rares. Parmi les rocailles des terrys (U, qui, au premier aspect, ne semblent dignes d'aucun intérêt, le paléontologiste découvre des blocs renfermant de belles empreintes de la flore houillère. Il faut voir avec quelle ardeur il herlorise; malgré le soleil ardent qui parfois rend les schistes brûlants, malgré les vapeurs sulfureuses qui s'échappent des terrys en feu, ne tenant non plus aucun compte du poussier de houille qui l'a bientôt oiègrifié, il martelle à coups redoublés. Son zèle est sans cesse stimulé en voyant s'accumuler, au pied du terrv, les produits de ses laborieuses recherches.
(l) Dans le Hainaut, on donne le nom de terrys aux monticules formés, dans le voisina<?e des charbonnag'es, par les terres et les blocs de schiste et de grès extraits des fosses.
Sur les lieux mêmes, il ne fait qu'entrevoir les pièces mises de côté et grossièrement préparées ; il n'a pas le temps de se livrer à l'étude, emporté qu'il est par le désir d'augmenter ses richesses. Mais combien rapidement sont oubliées les rudes fatigues de la récolte lorsque, dans son laboratoire, il est occupé à préparer et à étudier les matériaux recueillis. Avec quel œil attentif il suit les progrès que fait son poinçon qui, peu à peu, met à nu les parties cachées de l'empreinte; chaque éclat enlevé découvre de nouvelles portions, lui révèle des rapports, des adhérences qui le mettent sur la voie des restaurations. Sculpteur d'un nouveau genre, son ciseau lui fait retrouver les lignes cachées des formes antiques que l'œil humain n'a jamais contemplées vivantes.
Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur ce point et nous nous résumerons en disant que l'étude de la paléontologie végétale procure une satisfaction non moins vive que celle de la botanique vivante.
En présence de l'intérêt puissant qui s'attache à la paléontologie végétale, on peut se demander pourquoi cette science a été si peu cultivée jusqu'ici en Belgique, l'un des pays les plus propices à sa culture. On peut, nous paraît-t-il, attribuer ce fait à plusieurs causes. La première est peut-être l'absence d'ouvrages élémentaires qui permettent
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aux simples amateurs de déterminer les empreintes végétales avec une certaine facilité. Pour parvenir à la détermination des plantes fossiles d'une contrée quelconque, il faut avoir recours à une foule d'ouvrages dispendieux, souvent assez difficiles cà réunir et qui ne sont à la portée que d'un petit nombre d'amateurs. D'autre part, l'absence d'un bon traité élémentaire, d'une flore fossile nationale est probablement l'obstacle principal qui a empêché l'essor de la paléontologie végétale dans notre payslU. On peut aussi invoquer l'absence, jusqu'en ces derniers temps, de tout enseignement spécial dans nos établissements d'instruction supérieure, ainsi que le défaut de collections exactement déterminées et mises à la disposition du public.
Grâce aux collections qui ont été formées au Musée royal d'histoire naturelle et au Jardin botanique de l'État, grâce aux publications qui ont récemment vu le jour et au cours de paléontologie végétale qui vient d'être institué dans nos Universités, il y a lieu d'espérer que la paléophytologie va bientôt devenir l'objet des recherches non-seulement
(1) L'auteur du présent ouvrage s'occupe à réunir les niatél'iaux nécessaires pour la publication d'une flore fossile élémentaire de la Belgique, dans laquelle toutes les espèces seront représentées par des figures originales.
de nos botanistes, mais encore des ingénieurs des mines, si nombreux dans notre pays. Ces derniers, ne l'oublions pas, sont dans une j)osition extrêmement favorable pour s'occuper de ce genre d'étude; dès qu'ils auront entre les mains un bon traité élémentaire, il leur sera facile de composer des collections intéressantes au point de Yue tant morphologique que stratigraphique.
Le terrain houiller, par exemple, réclame encore un travail stratigraphique approfondi; or, pour mener à bonne fin ce travail, il faut peut-être accorder autant d'importance aux caractères purement botaniques qu'aux caractères pétrologiques. Il serait donc à désirer que, dans chaque charbonnage, on rassemblât une collection de végétaux carbonifères provenant de ses propres fosses , soigneusement étiquettes, avec l'indication précise des couches ou veines d'où ils proviennent. A côté des empreintes rangées stratigraphiquement, on i3ourrait placer des échantillons des différentes roches et terres qui constituent les assises séparatives des diverses couches de houille. Si chacun de nos charbonnages possédait une telle collection, on serait sans doute à même de pouvoir entreprendre un travail monographique complet sur nos bassins houillers. La science trouverait son profit dans cette œuvre collective de musées locaux, et, de plus, nos
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ingénieurs puiseraient, dans ceux-ci, des connaissances exactes, qui leur rendraient, à n'en pas douter, de grands services pour Texploitation des mines houillères.
Occupons-nous maintenant de l'attirail nécessaire au paléontologiste. Que celui-ci fasse une excursion en vue ou de découvrir des gîtes nouveaux ou d'exploiter des gîtes déjà connus, un sac lui est indispensable pour caser les échantillons peu volumineux ou délicats qu'il voudra transporter lui-même, pour recevoir du papier d'emballage et, au besoin, quelques objets d'habillement. Les géologues se servent indifféremment de toutes sortes de sacs; mais, parmi les modèles les plus usités, nous n'en avons trouvé aucun qui répondît complètement aux besoins de la botanique fossile. Le havresac dont nous nous servons, avec grand avantage depuis f)lusieurs années, ressemble extérieurement au havresac du soldat. La charpente est composée d'une boîte en bois léger ou plutôt d'un cadre à trois côtés, dont l'ouverture mesure 30 centimètres en hauteur, 37 en largeur et 12 en profondeur. Le fond du sac est formé d'un cuir épais, pour que le dos du porteur ne soit point blessé par les fossiles ; en avant, le cadre est fermé par une cloison en toile à voile doublée d'une feuille de carton mince revêtue intérieurement de calicot. Au-dessus de cette cloison,
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vient une poche à soufflet également en toile à voile doublée de calicot. Le sac étant fermé, cette poche est entièrement cachée par le couvercle du sac. Ce couvercle, aussi en toile à voile doublée de calicot, part du bord supérieur et postérieur du sac et se boucle au moyen de deux courtes courroies. Le sac est revêtu sur les côtés et sur le dos de toile à voile bordurée de basane comme le couvercle. Sur les côtés, sont fixées deux poches, dans lesquelles peuvent se mettre de petits marteaux, des ciseaux, des poinçons et divers objets dont le besoin se fait sentir en voyage. La grande poche du fond est destinée aux fossiles ; la poche à soufflet peut recevoir du papier d'emballage et, au besoin, du linge, des chaussettes, etc. Au sommet du sac, se trouvent deux courroies en cuir dans lesquelles on peut enrouler un surtout. Deux larges courroies en cuir servent à suspendre le sac au dos à la façon du sac militaire.
Le marteau du géologue ne suffit pas au paléontologiste; il faut à celui-ci un instrument plus lourd qui puisse, au besoin, servir de pioche. Le marteau (fig. 5j, dont nous nous servons, tant pour les recherches dans les terrains anciens (dévonien , silurien et cambrien) que dans les terrains carbonifères et ceux plus modernes, est formé d'une masse d'acier pesant 2 kilogrammes ; son manche,
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