ZONES OU RÉGIONS
Si
Zone maritime .
Zone campinienne .
Zone argilo-sablonneuse
Zone calcareuse . . .
Région ardennaise . .
Région jurassique .
La Belgique entière. .
Le nombre total de 1,254 es^ièces indigènes en Belgique, si on le compare à celui des espèces admises comme indigènes dans les flores des pays voisins , semble dénoter une végétation d'une pauvreté relative très-grande ; mais on doit remarquer que les flores de ces pays sont fréquemment enrichies, par les auteurs, d'espèces d'origine étrangère et de formes secondaires faussement considérées comme des types spécifiques. Dans ces
conditions, la comparaison ne devient possible que si Ton dépouille ces flores de leurs richesses d'emprunt et des espèces litigieuses.
Par la découverte d'espèces nouvelles, qui sera sans doute encore faite, notre flore s'élèvera peutêtre jusqu'au chiff're de 1,270 espèces. Du reste, eu égard à l'étendue et à la position géographique de la Belgique, le total actuel de nos espèces indigènes marque une flore riche et variée.
La faible étendue de notre pays ne permet guère de rechercher si l'éloignement ou le rapprochement de l'équateur ou, en d'autres termes, si l'augmentation ou la diminution de la chaleur due à la latitude a influé sur la distribution des plantes dans nos diverses régions. Que l'inégale répartition de la chaleur due aux deux degrés de latitude embrassés par la Belgique ait agi sur la végétation, on peut l'admettre en théorie; mais, seule, elle ne peut expliquer l'accroissement considérable d'espèces qui se produit à la faible distance qui sépare la zone campinienne de la zone calcareuse. Il faut faire intervenir ici d'autres causes qui tiennent à la nature du sol et à son relief, causes qui se sont associées pour accentuer les effets du grand facteur de la distribution, c'est-à-dire de la chaleur.
La comparaison la plus instructive qui puisse être faite, sous ce rapport, entre nos zones bota-
niques, c'est celle de la zone campinienne avec la zone calcareuse.
Ces deux zones ont à peu près la même étendue, mais elles présentent des caractères physiques tout à fait opposés. La première, on le sait, est une plaine sablonneuse, basse et humide, à sol très-meuble, tandis que la seconde est une contrée montueuse, fortement accidentée, à sol compact. Ces seules conditions font prévoir que la zone campinienne possède une flore moins riche en espèces et plus hygrophile que celle de la zone calcareuse. C'est, du reste, ce que démontrent les chiffres du tableau précédent.
Si l'on écarte sept espèces de la région moyenne descendues sporadiquement dans la vallée de la Meuse en aval de Maestricht, le nombre des espèces indigènes dans la zone campinienne se réduit à 840, tandis que, dans la zone calcareuse, le nombre en est de 1 ,045. La différence considérable qui existe en faveur de cette dernière zone s'explique, en grande partie, par cette loi quV^ latitude égale, la variété dans la naUire des roches et leur relief augmente le nomhre absolu des espèces.
D'autre part, la nature siliceuse du sol doit accroître la proportion des espèces hygrophiles dans la zone campinienne. Ces espèces, comparées aux xérophiles, y sont comme 1 : 1,76, tandis que dans la zone calcareuse, elles sont comme 1 : 3,27
On a, de plus, constaté que VJmmidité augmente la proportion des monocotyUdones et dimimie celle des dicotylédones. Cette loi générale est confirmée par la comparaison des deux mêmes zones. Dans la zone campinienne, les monocotylédones sont aux dicotylédones comme 1 : 2,71 et, dans la zone calcareuse, qui est généralement sèche, elles sont comme 1 : 3,16.
En faisant la comparaison de la zone campinienne avec la région ardennaise, il semble que les chiffres tirés de leur flore soient en contradiction avec une loi énoncée ci-dessus : à savoir, qu'à latitude égale ou presque égale, la variété des stations augmente le nombre des espèces. Or, la région ardennaise, étant plus favorisée à l'égard de la diversité des stations et des roches et se trouvant, en outre, un peu plus rapprochée de l'équateur, devrait offrir un nombre d'espèces plus élevé que la zone campinienne, et cependant tel n'est pas le cas. En effet, si l'on retranche du nombre 776 une soixantaine d'espèces qui n'appartiennent pas réellement à la flore de la région ardennaise et qui se sont propagées dans la vallée de la Semois, on constate que cette région compte 123 espèces de moins que la zone campinienne. Une telle décroissance, dans de semblables conditions, n'a toutefois rien qui doive surprendre; car il est reconnu qu'une
certaine altitude, de même qu'une latitude plus boréale, entraîne avec elle une diminution dans le nombre des espèces, et nous savons que la région ardennaise a ses limites d'altitude comprise entre 350 et 676 mètres, tandis que la zone campinienne est une plaine très-basse. Remarquons que ces deux causes d'appauvrissement se réduisent, au fond, à une seule, qui est la décroissance de la chaleur.
Quant à la proportion des plantes hj^grophiles, elle est plus faible dans la région ardennaise que dans la zone campinienne. Cette proportion moindre (1 : 2,59) et due à la compacité plus grande des roches, compacité qui entraîne, en outre, une plus faible proportion de monocotjlédones (1 : 2,98).
Les proportions des espèces hygrophiles et monocotjlédones comparées aux xérophiles et aux dicotylédones sont, dans la zone argilo-sablonneuse et dans la région jurassique, en harmonie avec la nature du sol.
Dans la première, les hygrophiles sont aux xérophiles comme 1 : 2,39, et les monocotylédones sont aux dicotylédones comme 1 : 2,72 ; ce qui dénote que la zone argilo-sablonneuse possède un sol moins humide et plus compact que la zone campinienne.
Dans la seconde, les hygrophiles sont aux xëro-
philes comme 1 : 2,61, et les monocotylëdones sont aux dicotylédones comme 1 : 3,09, ce qui marque une région plus sèche que la zone argilosablonneuse.
Ces derniers faits généraux de distribution joints aux caractères particuliers attribués précédemment à chaque région dénotent bien que les divisions botaniques tracées en Belgique sont suffisamment distinctes les unes des autres.
§3. — Les rapports de la flore de la JBelgiqiie avec les flores des contrées voisines.
Jusqu'ici, nous n'avons étudié la flore belge qu'à un point de vue à peu près exclusivement local : il nous reste maintenant à la considérer dans ses relations avec la flore des pays voisins.
Les régions botaniques de la Belgique correspondent à des reliefs du sol et même à des formations géologiques qui se poursuivent dans les pays limitrophes.
Ainsi, la zone campinienne fait partie de la grande plaine cimbro-germaniq'je qui s'étend de Dunkerque jusqu'aux frontières de la Russie; les zones argilosablonneuse et calcareuse, appartenant aux contre-
forts de TArdenne, correspondent plus ou moins aux terrasses du pied septentrional des monts Hercyniens ; la région ardennaise est, en quelque sorte, le prolongement occidental de la crête montagneuse qui, sur la rive droite du Rhin, sépare la haute Allemagne de la grande plaine de nord ; enfin, notre petite région jurassique n'est que la terminaison de la plaine accidentée de la Lorraine.
Cette liaison avec les contrées voisines, combinée avec des conditions climatériques analogues à celles de notre pays, doit, on le soupçonne sans peine, entraîner des ressemblances florales plus ou moins grandes entre nos régions botaniques et celles qui leur correspondent au delà de nos limites politiques.
Nous avons déjà marqué le caractère botanique de la zone maritime relativement aux flores littorales des pays voisins, en sorte qu'il devient inutile d'en parler de nouveau dans ce paragraphe.
Quant à la zone campinienne, ses principaux caractères botaniques se retrouvent dans toute l'étendue de la grande plaine cimbro-germanique. Les seules différences florales constatées entre les divers points de cette vaste plaine consistent principalement dans la présence, au nord et à l'est, de certaines espèces boréales ou orientales qui n'existent pas au sud-ouest, et dans la présence, au
sud-ouest, de certaines espèces méridionales ou occidentales qui n'existent pas au nord-est. Il faut ajouter que, dans la plaine baltique, le Pinus syïvesh'is existe à Tétat spontané, qu'il y est indigène, tandis que, dans la zone campinienne, on ne le trouve plus qu'à l'état cultivé.
La zone argilo-sablonneuse n'ayant pas un caractère floral bien tranché et formant une zone de transition entre la zone campinienne et la zone calcareuse, nous ne rechercherons pas quels peuvent être ses rapports avec les pays limitrophes.
Les caractères végétaux de la zone calcareuse se reproduisent, en grande partie, sur certaines terrasses situées à la base des monts Hercyniens. Ainsi les plateaux accidentés qui entourent le Harz et le Thuringerwald, et dont l'altitude varie de 150 à 400 mètres, nourrissent un grand nombre des espèces caractéristiques de notre zone calcareuse. Une chose bien digne d'attention, c'est que la flore de ces plateaux contraste avec celle de la plaine baltique, comme la flore de notre zone calcareuse contraste avec celle de la zone campinienne. Rien, du reste, n'est surprenant dans cette similitude, puisque, de part et d'autre, les mêmes causes sont intervenues. En effet, sur les plateaux accidentés qui entourent le Harz et le Thuringerwald, des calcaires plus ou moins compacts prédominent en alternant avec des
masses argileuses ou marneuses assez développées, tandis que, dans la plaine baltique, se présentent des formations géologiques analogues ou semblables à celles de notre zone campinienne. Au surplus, le caractère floral de notre zone calcareuse se reproduit plus ou moins fidèlement sur les affleurements calcaires des pays voisins.
La flore de la région ardennaise ressemble extrêmement à celle des Vosges et des monts Hercyniens. A part un certain nombre d'espèces alpines ou boréales, dont la présence dans les monts Hercyniens et dans les Vosges est due à la situation géographique ou à l'altitude, la végétation des montagnes de l'Ardenne est, à peu de chose près, la même que celle des Vosges et des monts Hercyniens.
Enfin, la flore de la portion argilo-calcaire de notre région jurassique possède beaucoup de traits de ressemblance avec celle des plaines de la Lorraine.
Au point de vue du nombre total des espèces indigènes, il n'est pas sans intérêt d'établir un rapprochement entre notre flore et celle de plusieurs pays limitrophes.
Le Palatinat ou Bavière rhénane, situé à peu près à la même latitude que le sud-est du Luxembourg belge, possède environ 100 espèces en plus que la Belgique, quoique son territoire soit moins grand que le nôtre. Une situation un peu plus
méridionale ne saurait être la seule cause à laquelle on pourrait attribuer cet accroissement relativement très-considérable dans le nombre des espèces. D'autres causes doivent être invoquées : causes multiples, qui tiennent à la nature du sol, à une position moins occidentale, au voisinage du Rhin et des Vosges, etc. Quelques espèces du Palatinat, étrangères à notre pays, sont méridionales ; d'autres sont orientales et ne dépassent pas actuellement les Vosges, le Hundsrijck et l'Eifel.
La province Rhénane, moins grande que la Belgique et située sous les mêmes degrés de latitude, possède également une flore sensiblement plus riche que la nôtre. Un certain nombre de ses espèces ne dépassent pas, vers Touest, la grande vallée du Rhin.
Malgré le plus grand développement de son territoire, la Hollande (non compris la partie méridionale du Limbourg qui longe la Belgique à l'est) offre moins d'espèces que nos provinces : cela s'explique j)ar la constitution physique de son sol et par le climat. Ce pays prolonge, vers le nord, notre région septentrionale avec ses zones maritime, poldérienne et campinienne. Sa flore n'est guère composée que des espèces appartenant à ces trois zones ; elle compte quelques rares types du Nord qui n'atteignent pas nos limites.
L'étendue de TAngleterre et de l'Ecosse pourrait faire supposer que la flore anglaise renferme un nombre d'espèces de beaucoup supérieur à celui de la flore belge. Cependant la différence en faveur de la première ne paraît guère dépasser 220 espèces. Cette faible disproportion tient à diverses causes, au nombre desquelles on doit vraisemblablement mettre, en première ligne, la situation insulaire de l'Angleterre. Parmi les plantes anglaises étrangères à la Belgique, se trouvent un grand nombre d'espèces boréales ou alpines et quelques espèces méridionales et occidentales. D'autre part, un certain nombre des espèces belges étrangères à l'Angleterre appartiennent aux groupes des distributions orientale et centrale.
§ 4. — Les groupes de distrihtttion 'cègétale.
Quand on étudie Taire générale de chacune de nos espèces indigènes, on est forcé de reconnaître ce fait important, qu'au point de vue de la géographie botanique, la flore de Belgique ne possède pas un caractère homogène et que plusieurs groupes de plantes d'origine différente se sont associés sur notre sol pour la composer.
Nous avons cru pouvoir distinguer en Belgique cinq groupes de distribution, groupes correspondant, sans doute, à autant de migrations végétales.
I) Groupe de distrihUion horéale. ■ — Les espèces de ce groupe sont ordinairement circumpolaires et habitent les régions septentrionales de l'ancien et du nouveau-monde. Leur aire de dispersion en Europe est plus étendue au nord qu'au midi de la Belgique. Ces espèces s'avancent irrégulièrement vers le midi de l'Europe en devenant de moins en moins communes, et, à certaines latitudes, en abandonnant la plaine ou les plateaux peu élevés pour habiter les zones supérieures des hautes montagnes. Il suit de là que leur distribution n'est pas continue entre leurs limites septentrionale et méridionale et qu'elle présente, vers le sud, des lacunes plus ou moins considérables.
De ce groupe boréal, nous citerons les espèces suivantes :
Empetrum nigi-um Drosera aoglica Subularia aquatica Viola palustris Andromeda poliifolia Lysimachia thyrsiflora Vaccinium uliginosum — Vitis-idaea
Oxycoccos palustris Myrica Gale Scheuchzeria palustris
Calla palustj-is Juncus filiforrais Carex canescens
— limosa Scirpus caespitosus Eriophorum vaginatum Poa palustris Polypodium Phegopteris Struthiopteris germanica Lycopodium Selago Equisetum sylvaticum.
Remarquons, tout d'abord, que presque toutes ces espèces sont hygrophiles et qu'une seule est annuelle.
La plupart d'entre elles s'arrêtent, au midi, vers la limite septentrionale de la région méditerranéenne, telle que M. Grisebach l'a tracée, ou la dépassent peu. Cette limite est très-sinueuse et se trouve comprise entre le 46'' et le 4:2".
Une chose fort curieuse à constater, c'est que trois de ces espèces n'existent pas dans les Iles Britanniques : ce sont les Calla palustris, Poa palus tris et Strutliiopteris germanica.
II) Groupe de distribution méridionale, — Les espèces de ce groupe sont abondamment répandues dans la région méditerranéenne. Les unes s'avancent dans toute la partie centrale de l'Europe, sans atteindre la Scandinavie, le centre et le nord de la Russie ; d'autres s'étendent irrégulièrement à travers l'Europe moyenne pour gagner des latitudes un peu plus septentrionales que les premières \ enfin un certain nombre de ces espèces méridionales s'écartent du massif montagneux de l'Europe centrale, le contournent à l'ouest pour venir habiter la Belgique, l'Angleterre et même la plaine du nord de l'Allemagne et le midi de la Scandinavie.
Les plantes appartenant à ce groupe deviennent de plus en plus rares à mesure qu'elles s'éloignent des chaudes contrées du midi.
Nos études ne sont pas encore assez complètes pour bien marquer, par des exemples suffisants, les
divers modes de progression de ces espèces vers le nord.
III) Groupe de distribution occidentale. — Les espèces de ce groupe n'habitent que les régions occidentales de l'Europe. Leurs aires de dispersion sont toutefois assez variées en ce qui concerne les limites septentrionale, méridionale et orientale. Les unes restent circonscrites aux portions les plus occidentales de notre continent ; les autres s'avancent un peu plus vers l'est soit par des habitations isolées, soit sans interruption dans leur aire de dispersion.
Parmi les espèces de ce groupe, on peut citer :
Ranunculus Lenormandi { Lathraea clandestina
— hololeucos ] Wahlenbergia hederacea
Elodes palustris ! Cirsium anglicum
Corydallis claviculata i Endymion non-scriptus
Lepidium Smithii i Carex trinervis
Carum verticillatura j Deschampsia discolor
Helosciadium inundatum Glyceria Bori'eri
Erica cinerea ' Spartina stricta.
— Tetralix |
La distribution des espèces de ce groupe pourrait faire supposer qu'elles ont eu pour centre de dispersion des terres aujourd'hui disparues et qui existaient à l'ouest de l'Europe.
IV) Groupe de distribution centrale. — Les espèces de ce groupe, dont nous ne citons qu'un
petit nombre d'exemples, sont plus ou moins abondamment répandues dans le massif montagneux de l'Europe centrale; elles s'éloignent relativement peu de celui-ci et ne s'en écartent qu'en devenant de plus en plus rares.
Géranium phaeum Arabis paucitlora Sisymbrium austriacum Thlaspi montanum
Luzula sylvatica Carex brizoides — longifolia Poa sylvatica.
L'aire de distribution des espèces de ce groupe permet de supposer, avec quelque raison, qu'elles ont eu pour centre de dispersion la région montagneuse de l'Europe centrale.
V) Groupe de distrihction orientale. — Un nombre considérable de nos espèces indigènes s'étendent, à l'est de l'Europe, jusqu'aux confins orientaux de la Sibérie.
Parmi les espèces communes à l'Europe et à la Sibérie, les unes sont répandues dans toutes les contrées de l'Europe, tandis que d'autres ne s'avancent pas jusqu'aux extrémités occidentales de notre continent.
La Belgique, par sa situation et par son faible développement en longitude , n'offre pas des conditions favorables pour y faire des recherches bien fructueuses sur les limites d'extension des espèces de
distribution orientale. En s'appuyant sur les Iles Britanniques et en les considérant comme le prolongement occidental du continent européen, peut-être parviendra-t-on à découvrir un assez grand nombre d'espèces de ce groupe qui, sous nos latitudes, terminent en Belgique leur aire d'extension à l'ouest.
§ 5. — Quelqîies remarques stcr V étude approfondie de la géograpliie hotanique de la Belgique.
Les recherches de géographie botanique faites jusqu'à présent en Belgique ne permettent pas encore de tracer un tableau complet de notre flore indigène au point de vue spécial de la distribution des espèces. Remarquons que cette distribution ne doit pas être uniquement envisagée dans les limites étroites de nos frontières ; mais qu'il faut la poursuivre au delà, afin de bien connaître les rapports de notre flore avec celle de l'hémisphère boréal et même avec celle du monde entier. C'est, du reste, ainsi que, dans l'esquisse qui précède, nous avons compris l'étude de notre végétation.
Dans ses rapports avec notre sol, la flore belge réclame de nombreuses recherches. Par exemple, on aura à tracer plus exactement les limites des zones et des régions botaniques, qui, sur divers points, sont encore plus ou moins vagues; il faudra
examiner cFune façon plus approfondie la distribution des plantes dites communes ou assez communes ; on aura à étudier, dans les diverses zones du pays, l'influence que peuvent avoir, sur la végétation, la nature minéralogique des terrains, l'humidité ou la sécheresse, la chaleur et, enfin, l'altitude. Ces recherches variées pourront donner lieu à la publication de travaux nombreux et intéressants.
Dans ses rapports avec les pays étrangers, notre flore doit faire l'objet de recherches multiples.
Il s'agit de rechercher quelles sont les ressemblances et les différences que notre flore présente avec les flores des pays voisins; quelles sont les causes de ces différences et de ces ressemblances.
D'autre part, il importe de reconnaître de quelle façon notre flore s'est constituée. La flore belge forme-t-elle un tout homogène et dont les éléments ont une origine commune? En d'autres termes, le sol belge a-t-il été envahi en une fois par une seule migration végétale arrivant dans une seule direction ? Il est peu probable que notre flore se soit constituée de cette façon ; tout nous porte à supposer que notre pays a dû être envahi par des colonies végétales qui sont arrivées de plusieurs directions. C'est, du reste, ce que nous avons cru avoir découvert en étudiant l'aire générale de dispersion d'un assez grand nombre de nos plantes indigènes. Dans le paragraphe
précédent, nous avons même cru pouvoir établir plusieurs groupes distincts de distribution, qui nous paraissent répondre à autant de colonies ou de migrations végétales. Il reste maintenant à poursuivre les recherches commencées et à s'assurer si nos suppositions sont réellement fondées. Pour bien reconnaître Faire générale de distribution de nos espèces, il faut employer soit de petites planisphères, soit de petites cartes d'Europe, sur lesquelles on peut teinter l'aire embrassée par chaque espèce. Les aires de distribution, selon leur direction, permettront probablement de distinguer les différents éléments géographico-botaniques qui ont coopéré à la formation de notre flore. Faisons remarquer que l'établissement de l'aire générale de la dispersion des espèces est un travail laborieux et plein de difficultés. Il faut, pour cela, nonseulement consulter une foule d'ouvrages, mais, en outre, peser la valeur des renseignements fournis par ceux-ci. Certains auteurs ont consigné dans leurs ouvrages des renseignements recueillis avec beaucoup de soin et d'exactitude; mais il en est d'autres dont les données sont plus ou moins suspectes. Si l'on accordait une égale valeur à toutes les indications géographico-botaniques rapportées dans les catalogues, les flores et les monographies, on risquerait de tracer des aires de dispersion qui seraient souvent défectueuses.
Ajoutons, enfin, qu'il y a des études à faire sur les espèces dites introduites qui sont venues, de siècle en siècle, enrichir le fonds de notre flore. Ces dernières études, qui exigent également beaucoup de recherches, sont entourées de très-nombreuses diflicultés.
On le voit, l'étude approfondie de notre géographie botanique est loin d'être achevée; elle offre encore un grand nombre de faits à établir ou à élucider. Nous ferons remarquer, en outre, que la plupart de nos cryptogames n'ont pas fait l'objet de recherches spéciales et qu'elles sont encore à étudier au point de vue qui nous occupe.