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CHAPITRE QUATRIÈME

La géographie botanique de la Belgique n'est étudiée que depuis un très-petit nombre d'années.

En 1854, au chapitre IX de V Essai d'une géographie pliysiqîie de la Belgique, par J.-C. Houzeau, le D' Laureys a tenté de tracer un tableau de la distribution des plantes en Belgique; mais l'étude trop peu avancée de notre flore ne lui a point permis d'atteindre le but qu'il s'était proposé.

Six ans plus tard, dans la préface de la V^ édition du Manuel de la flore de Belgique, nous

(1) Ce chapitre est, en grande partie, la reproduction d'un ai-ticle que nous avons publié dans le Patria Belgica, t. I, pp. 439-470 (1873).

avons donné nous-même ini aperçu sur la géographie botanique de la Belgique. A partir de cette époque, les grandes lignes du tableau sont fixées. Il fallait ensuite travailler à enrichir et à compléter les premières données, et c'est ce que nous avons fait dans les 2^ et 3^ éditions du Manuel, dans un chapitre du Patria Belgica et dans une série d'articles publiés dans les Bulletins de la Société royale de botanique et de la Fédération des Sociétés d'horticulture. Dans la voie que nous avions ouverte, nous avons heureusement été suivi par plusieurs botanistes, qui ont fait connaître le résultat de leurs recherches dans le Bulletin de la Société royale de botanique. Grâce à ces efforts combinés, l'étude de la géographie botanique du pays a fait de grands progrès et il y a tout lieu d'espérer qu'un avenir peu éloigné nous réserve un Traité étendu et complet sur la distribution de nos plantes indigènes.

Ce que nous allons exposer dans ce chapitre ne constitue qu'une simple esquisse destinée à servir de guide aux jeunes amateurs qui désirent étudier rationnellement notre végétation.

Nous envisagerons la flore de la Belgique en ellemême; nous la comparerons avec les flores des contrées voisines ; nous rechercherons quels sont les types généraux de distribution qui sont entrés dans

sa composition; enfin, nous marquerons ce qu'il reste encore à faire pour la connaître à fond sous ces divers points de vue.

§ l®'". — Description des régions botaniques .

Quand on remarque le peu d'étendue de la Belgique, il semble que la végétation doive y offrir une grande uniformité et ne puisse se prêter à des subdivisions botaniques bien caractérisées. Cependant, si l'on tient compte de la situation de notre pajs, de ses attaches avec les derniers gradins des montagnes centrales de l'Europe, de ses parties basses appartenant à la grande plaine cimbro-germanique, on ne s'étonne pas de découvrir une assez grande diversité dans le tapis végétal qui la recouvre, du littoral au sommet des montagnes de l'Ardenne.

Considérée à un point de vue purement local, la distribution de nos plantes paraît aujourd'hui dépendre principalement de la nature minéralogique du sol et de son élévation au-dessus du niveau de la mer.

Or, comme le relief des terrains et leur constitution minéralogique ont exercé d'une façon trèssensible leur influence sur notre flore, et que, d'autre part, ces terrains forment une série de bandes assez

régulières, dirigées généralement du sud-ouest au nord-est, il nous a été possible de diviser la Belgique en plusieurs régions botaniques se succédant régulièrement du nord au midi.

Ces régions sont au nombre de quatre : les régions septentrionale, moyenne, ardennaise et jurassique. Les deux premières se subdivisent en zones ou régions secondaires.

Nous commencerons Texamen de notre flore par la description de la plaine basse des Flandres et de la Campine, c'est-à-dire par la région septentrionale.

RÉGION SEPTENTRIONALE. — La région septentrionale comprend toute la plaine basse de la Belgique, où le sol est principalement composé de sables campinien et maritime et- du limon des polders. Elle est donc limitée au nord par la Hollande, à l'est par le Limbourg hollandais, à rouest par la mer du Nord et au midi par le dépôt connu sous le nom de limon hesbayen. Les points de contact de celui-ci avec la région septentrionale décrivent une ligne très-sinueuse passant par Dixmude, Courtrai, Cruyshautem, Wetteren, Alost, Louvain, Diest et Bilsen.

La région septentrionale est divisée en trois zones : les zones maritime, poldérienne et campinienne.

Zone maritime. — Toute la partie du littoral occupée par les sables maritimes constitue la zone

maritime. Nous considérons comme une dépendance de celle-ci les deux rives de l'Escaut en aval d'Anvers, parce que ces rives nourrissent un assez grand nombre d'espèces propres au littoral.

Au bord de la mer, les monticules sablonneux connus sous le nom de dunes s'étendent de la frontière française à celle de la Zélande : leur élévation moyenne est de dix mètres. En certains endroits, les dunes ne forment qu'un étroit et faible rempart contre la mer; mais aux environs de Nieuport et de Knocke, par exemple, elles atteignent jusqu'à deux et même trois kilomètres de développement. Ce sont ces derniers points qu'il faut visiter pour bien saisir le caractère spécial de la zone maritime.

L'influence du sel marin ou chlorure de sodium est prépondérante sur la présence de certaines plantes qui habitent le rivage de la mer. Ces plantes sont désignées sous les noms de halophiles, maritimes ou marines. Les unes sont terrestres et ne croissent ou, du moins, ne persistent indéfiniment que dans les terres plus ou moins imprégnées de sel; les autres sont aquatiques et ne vivent que dans les eaux salées ou saumàtres. Il faut remarquer que les espèces halophiles se retrouvent à l'intérieur des continents, dans les eaux salées et saumàtres ou dans les terrains salugineux.

Mais si le sel favorise la présence de cette catégorie de végétaux, il n'exclut pas les autres plantes, en sorte que notre flore maritime est composée d'espèces lialophiles vivant en compagnie ou dans le voisinage d'espèces non halopliiles. Toutefois, ce sont les premières qui impriment au tapis végétal son caractère distinctif, et c'est pour cette raison que nous en dressons la liste.

♦Ranunculus Baudotii Spergularia marginata

— salina

Sagina maritima Honckeneya peploides

♦Cerastium tetrandrum Althaea officinalis Cochlearia danica Cakile maritima Trifolium maritimum Eryngium maritimum OEnanthe Lachenalli Apium graveolens Glaux maritima Armeria maritima Statice Limonium Plantago maritima Erythraea linariifolia Convolvulus Soldanella

*Matricaria maritima

Artemisia maritima

Aster Tripolium

Atriplex laciniatum

— litorale

Halimus portulacoides

— pedunculatus Beta maritima Salicornia herbacea Suaeda maritima Salsola Kali Euphorbia Paralias Asparagus ofHcinalis Triglochin maritima Zostera marina

— nana Ruppia maritima

* — rostellata Juncus maritimus

* — Gej'ardi Carex arenaria

— divisa

— trinervis

— extensa Phleum arenarium Ammophila arenaria Spartina stricta

♦Koeleria albescens Glyceria maritima

Elymus arenarius Agropyrum junceum

— acutum

— litorale Lepturus filiformis.

Glyceria distans

— Borreri

— procumbens *Bromus molliformis ♦Festuca arenaria

Hordeum maritimum

Quelques-unes de ces espèces ne sont pas exclusivement maritimes et s'observent parfois dans dés sables non salugineux.

Si Ton écarte, de cette liste, les formes dont le nom est précédé d'un astérisque et qui paraissent être de simples variétés, on compte, dans notre zone maritime, 51 espèces plus ou moins exclusivement halophiles.

Ces plantes, comme celles qui habitent les terrains non salés, sont soumises, dans leur répartition à la surface du globe, à l'action prépondérante du climat. Il en résulte que la flore maritime des côtes occidentales de l'Europe doit se modifier du midi au nord, non-seulement dans la variété des espèces, mais aussi dans leur nombre.

En partant de la pointe sudo-occidentale du Portugal et en remontant les rivages jusqu'au cap Nord, on voit le nombre des espèces diminuer peu à peu : des types méridionaux disparaissent; d'autres types moins délicats persistent et se mêlent, vers le nord, à plusieurs types boréaux.

Si Ton compare entre elles quelques flores maritimes, on verra se confirmer le grand fait de la diminution des espèces de l'équateur au pôle. C'est ainsi que le littoral du Morbihan nourrit 93 espèces halophiles ; celui de Tarrondissement de Cherbourg, 66; celui du département de la Somme, 55; celui du Mecklenbourg, 41. Le Morbihan, à 2"30' environ plus au sud que l'extrémité méridionale de nos côtes, présente donc près d'une fois plus d'espèces maritimes que celles-ci ; mais cet extrême accroissement doit, en partie, être attribué à l'heureuse exposition du Morbihan et à la présence de falaises qui n'existent pas en Belgique. C'est ainsi encore que les côtes occidentales de la France comprises entre Cherbourg et l'embouchure de la Gironde possèdent environ 110 espèces halophiles, tandis que les Iles Britanniques, avec leur vaste développement de côtes, n'en comptent que 88. Ce dernier nombre est même inférieur à celui du petit littoral du Morbihan.

Notre flore maritime ne présente pas un caractère bien tranché ; la plupart de ses espèces sont largement distribuées au bord de l'Océan et de la Méditerranée, et sont accompagnées de quelques rares types méridionaux ou boréaux. Remarquons que le Garex divisa semble terminer, dans notre zone maritime, son aire d'extension vers le nord, du moins sur le continent; car il s'étend, en

Angleterre et en Irlande, le long du canal Saint- Georges, jusqu'au 53^ degré.

A latitude égale, le voisinage de la mer offre un climat plus tempéré que l'intérieur des terres. Cette différence paraît devoir favoriser l'extension de certaines espèces vers le nord. C'est probablement à cette cause qu'il faut attribuer la présence, sur notre littoral, de plusieurs plantes méridionales qui ne pénètrent point dans l'intérieur du pays, et parmi lesquelles on peut citer : les Trifolmm scabrnm et suhterraneum, Bupleurum tenuissimum, Petroselinum segetum, Torilis nodosa, Carduus tenuiflofus, Helmintliia echioides, Tliesium humifiisum et Scirpus HoloscJioenus.

V HelmintJiia echioides est parfois introduit dans l'intérieur du pays, mais il ne s'y maintient pas.

Au point de vue de la nature minéralogique du sol, nos dunes donnent lieu à une considération des plus intéressantes. Il semble que leurs sables éminemment siliceux doivent nourrir une végétation exclusivement silicicole ; aussi n'est-on pas médiocrement surpris d'y voir prospérer : les Ârabis hirsîita, Ânthyllis Vulneraria, Eryngium campestre, Girsium acaule, Thesium Immifusum, Anacamptis pyramidalis et Hermininm MonorcJiis, espèces qui, en Lorraine, par exemple, recherchent les terrains calcaires et sont considérées comme étant calcicoles.

Mais, bientôt, on s'explique le fait en découvrant que les sables du littoral sont mêlés avec un riche élément calcareux formé par de nombreux débris de coquilles marines.

Dans cette zone, l'œil le moins attentif est frappé du caractère de deux associations végétales bien différentes : celle des Glumacées et celle des Salsolacées, La première, formée presque exclusivement de graminées [AmmopMla arenaria, Agropymm jicnceum, acutum et litorale, Elymiis arenarius, Festîtca arenaria et Car ex arenaria)^ règne au sommet et aux flancs des dunes. Ces herbes, pourvues de longues souches rampantes, fixent les sables au moyen de leurs nombreuses fibrilles et les garantissent ainsi de l'attaque incessante des vents d'ouest. Sans elles, les dunes ne pourraient se maintenir et seraient bientôt renversées ou refoulées. La seconde association peuple les bas-fonds humides, sableux ou limoneux ; elle est composée de diverses espèces appartenant à la famille des Salsolacées : Salicornia herbacea, Suaeda maritima, BliUim ruhrum et Halimxis portulacoides, auxquelles viennent se joindre : les Armeria maontima, Statice Limonium, Glaux maritima, Aster Tripoliâim, Plantago maritima et TriglocJiin maritima. Les feuilles épaisses et succulentes de ces plantes donnent à ce groupe une physionomie très-caractéristique.

En terminant, n'oublions pas de signaler un arbrisseau bien curieux, le Hippopliaes rhamnoides, dont les colonies, presque impénétrables, ne sont pas sans importance dans le tableau de notre flore maritime.

Zone polder ienne. — La bande de limon poldérien qui longe le littoral et dont la largeur moyenne est de dix kilomètres, ainsi que les alluvions argileuses qui existent au nord de la Flandre orientale et sur les deux rives de l'Escaut, en aval d'Anvers, constituent la zone poldérienne. Les limites du limon poldérien sont nettement marquées sur nos cartes géologiques, auxquelles nous renvoyons le lecteur.

D'après les géologues qui ont étudié cette zone, le limon littoral a été déposé à une époque relativement très-moderne. Quant au limon des polders de la Flandre orientale et de la province d'Anvers, il paraît être d'une date encore plus récente. On sait, du reste, que le bas Escaut continue, de nos jours, à élargir le dépôt de ses alluvions limoneuses.

La zone poldérienne est une plaine horizontale très-peu élevée au-dessus du niveau de la mer; sur certains points, elle est traversée en plusieurs sens par de longues et larges digues, souvent plantées de plusieurs rangs de peupliers. Ces digues, autrefois destinées à préserver les terres basses des

inonda'dons, servent aujourd'hui de voies de communicatnn entre les villages et les fermes isolées. Gënéralenent, leur végétation diffère assez bien de celle àei terres qui s'étendent à leur pied.

En tenani compte de l'âge et du mode de dépôt des argiles compactes de cette zone, on doit s'attendre à n'y reicontrer qu'une flore en quelque sorte d'emprunt et sam caractère propre. C'est bien ce que l'on constate à chique pas dans cette riche contrée agricole. La flore maritime lui a laissé un certain nombre d'espèces lalophiles et lui a envoyé, par voie de migration à petite distance, quelques types non maritimes ; de son côté, la zone campinienne lui a fourni des phntes ubiquistes, qui s'accommodent aussi bien d»s limons sableux ou calcarifères que des sables siiceux les plus purs.

Après l'endiguement ou, si l'on veut, après l'émersion définitive du limon, la salure des terres, tout d'abord très-prononcée, diminue peu à peu et finit même, avec le temps, par disparaître. Peut-être doit-on principalement attribuer à cette inégale salure l'absence de certaines espèces halophiles dans les polders anciens qui ne sont plus en communication avec les eaux de l'EscLut ou avec celles de la mer, et leur présence dans les polders les plus récents. Parmi ces espèces, on peut citer : les Artemisia maritima, Plantago rmritima et Ealimiis povHla-

coides. D'un autre côté, il est permis de supposer que les espèces halophiles généralement répandues dans toute la zone poldérienne sont des types moins sensibles à la diminution du sel. Telles seraient les suivantes, rangées d'après leur ordre (^'abondance :

Suaeda ms^itima Salicornia herbacea

Spergularia salina Glaux maritima Juncus Gerardi Glyceria maritima — distans

RanurK?uus Baudotii Aster Tripolium Apium graveolens .

A un point de vue général, h zone poldérienne pourrait ne pas être détachée df la zone maritime, avec laquelle elle est étroitemeit unie par sa situation et par plusieurs caractèrej floraux. C'est ainsi qu'elle possède non-seulement m assez grand nombre d'espèces halophiles, mais ausi les Trifoli%m scahrum, Biopleuriim temiissimiwi, Petroselioium segetum, Torilis nodosa et Eehiintliia ecliioides, que nous avons signalés dans la zone maritime ,et qui retrouvent, dans les polders, les conditions climatériques des bords de la mer. Cependant, maigre ces traits de ressemblance, nom crovons devoir maintenir cette zone, parce que l^nsemble de sa végétation la distingue assez bien dss deux zones voisines.

Zone campinienne. — Les parties du Limbourg, du Brabant, de la province d Anvers et des Flandres recouvertes par le sable campinien constituent la zone campinienne. i

Comme le sable campinien recouvre presque partout les terrains tertiaires, on peut dire que cette zone est essentiellement siliceuse.

Celle-ci forme une plaine très -basse, presque uniforme dans une grande partie de son étendue, où son niveau varie de 4 à 10 mètres; dans la Campine limbourgeoise, elle se relève pour former un plateau bas dont le point culminant ne dépasse pas 70 mètres.

C'est surtout dans les Campines anversoise et limbourgeoise que cette zone revêt son aspect le plus caractéristique, aspect dû à la présence de vastes landes, entrecoupées de marécages, de tourbières et d'étangs. A l'ouest, dans les Flandres, les cultures ont profondément modifié le sol; presque partout, les bruyères ont disparu et, avec elles, les associations végétales des lieux incultes ont été détruites.

Dans cette zone, l'abondance d'eau et la nature arénacée du sol font soupçonner les deux traits saillants de la végétation, qui est éminemment silicicole et hygrophile. Deux autres caractères floraux sont la conséquence de ces conditions physiques. C'est ainsi que les espèces y sont représentées par des individus nombreux, parfois associés en vastes colonies, et que les types spécifiques y sont peu variés : de là, une grande monotonie dans le tapis végétal. Ces faits se trouveront confirmés par la comparaison qui sera établie entre cette zone et la zone calcareuse.

L'espace nous fait ici défaut pour marquer, au moyen de listes d'espèces, le caractère silicicole et liygrophile de cette zone ; nous devons nous borner à citer un petit nombre de types, les uns presque exclusifs, les autres tout à fait exclusifs à cette zone.

Les espèces suivantes y sont assez largement

distribuées, espèces qui, dans les autres zones ou

régions, n'existent qu'à l'état de raretés plus ou

moins grandes.

Ranunculus hololeucos Spergula vernalis Illecebrum verticillatum Tsnardia palustris Cicuta virosa Peucedanum palusti-e Erica cinerea Lobelia Dortmanna *Myrica Gale Alisma natans

Les espèces énumérées ci-dessous, beaucoup moins répandues et parfois très-rares, sont propres à cette zone.

Stratiotes aloides *Potamogeton compi'essus

Sparganium natans

Juncus tenuis *Carex stricta

Rhynchospora fusca

Heleocharis multicaulis

Scirpus fluitans

Deschampsia discolor.

Ranunculus Lenormandi *Drosera anglica *Subularia aquatica *Lathyrus palustris *Lysitnachia thyrsiflora

Veronica longifolia *Utricularia intermedia Leucoium aestivutn Spiranthes aestivalis Isoetes echinospora.

Parmi ces 29 espèces plus ou moins caractéristiques, 27 sont vivaces; 3 sont annuelles; 25 d'entre elles sont hygrophiles.

Cette forte proportion d'espèces vivaces et hygrophiles est un des traits saillants des flores boréales'. Il ne faudrait cependant pas en conclure que la grande majorité des espèces énumérées ci-dessus appartient à la flore boréale. Les seules espèces dont le nom est précédé d'un astérisque sont boréales ; tandis que les Rammciilus Lenormandi, et lioïoleiccos, Erica cinerea, Rliyncliospora fiisca, Heleocliaris multkaulis, Scirjms fixiitans et Deschampsia discolor sont des espèces occidentales.

Dans les plaines basses de la région tempérée septentrionale, on observe parfois des espèces qui, vers le midi, ne végètent plus qu'à des altitudes assez considérables et qui y font partie de la flore alpine ou subalpine. La zone campinienne compte plusieurs de ces espèces, parmi lesquelles on peut citer les Vaccinmm îtliginosiùm et Jtoncus filiformis. Le Junciis alpimcs qui vit au niveau de la mer, dans notre zone maritime, appartient à la même catégorie que les deux espèces précédentes : ce sont là trois plantes boréales.

Le botaniste qui visite les Campines anversoise et limbourgeoise est très-surpris d'y rencontrer des dunes assez semblables à celles de la zone maritime. Il retrouve, dans leurs sables, deux Glumacées littorales : les Anwiophila arenaria et Car ex arenaria.

A part quelques forêts plus ou moins anciennes et de peu d'étendue, la zone campinienne ne nous offre guère que des sapinières de création moderne et formées principalement de Pimis sylvesiris.

RÉGION MOYENNE. — La région moyenne est comprise entre la région septentrionale et la région ardennaise ; sa limite au sud-est décrit une ligne assez régulière passant par Goé, Heusy, Fraipont, Perrière, Izier, Heyd, Soj, Hampteau, Harsin, Ambly, Bure, Tellin, Clianly, Honnay, Wancennes, Dion-le-Mont, Vaucelles, OUoy, Gonrieux, Forges et Monceau-Imbrechies. Au sud-ouest, elle est bornée par la frontière du département du Nord.

Elle se divise en deux zones : la zone argilosablonneuse et la zone calcareuse.

Zone argilo-sahlonneuse. — La partie méridionale des Flandres, le nord du Hainaut, presque tout le Brabant, une portion des provinces de Namur, de Liège et de Limbourg composent cette zone. Sa limite méridionale, partant de Tournai, passe successivement vers Basècles, Stambruges, Baudour, Obourg, Thieu, Viesville, Mazy, Bovesse,Daussoulx, Marchovelette, Héron, Huccorgne, Horion, Ans, et suit, plus à Test, la rive gauche de la Meuse jusqu'un peu en aval de Maestricht. Cette limite, souvent débordée par le limon liesbayen, exclut de la zone argilo-sablonneuse les principaux affleurements de

calcaire et de craie du Hainaut et de la rive gauche de la Meuse.

> Le sous-sol est presque partout recouvert de ce dépôt argilo-siliceux connu sous le nom de limon hesbayen. Sur divers points, les terrains tertiaires, qui constituent presque partout le sous-sol , se montrent en affleurements. Le calcaire carbonifère constitue le sous-sol dans la vallée de la Dendre et aux environs de Soignies, des Écaussinnes et d'Arquennes; d'un autre côté, les roches siluriennes se montrent en affleurements dans quelques tranchées de chemin de fer et ailleurs.

Cette zone forme le premier gradin, la première terrasse du relèvement sudo-oriental de la Belgique. C'est une plaine ondulée, dont le niveau varie de 50 à 100 mètres et dont l'altitude augmente à mesure qu'on se rapproche de la zone calcareuse. Quelques-unes de ses collines atteignent jusqu'à 150 mètres d'altitude.

La position intermédiaire occupée par cette zone entre la zone campinienne et la zone calcareuse, et, de pluS;, la nature arénacée du sol sur quelques points et l'élément calcareux mêlé au limon sur d'autres points lui font partager plusieurs des caractères botaniques propres aux zones voisines. En effet, sa flore n'a pas de cachet bien tranché ; elle se compose d'un fonds d'espèces ubiquistes, aux-

quelles viennent se joindre des espèces silicicoles de la zone campinienne, des espèces plus ou moins calcicoles de la zone calcareuse et quelques types qui lui sont plus ou moins propres.

Parmi ces derniers, on peut citer :

Géranium phaeurn Herniaria hirsuta Lathraea clandestina Pulmonaria offlcinalis

Gagea spathacea Endymion non-scriptus Carex strigosa.

Il est à remarquer que le Géranium pJiaeum est un type de distribution centrale et que les Lailiraea clandestina et Endymion non-scripttis sont des espèces occidentales.

Après le dépôt du limon hesbayen et avant que l'homme se fût emparé de cette zone pour y établir ses vastes cultures, la flore indigène devait y revêtir un aspect plus riche et plus caractéristique que celui qu'elle possède aujourd'hui. Les traits, peutêtre bien affaiblis, de la végétation ancienne se retrouvent encore dans les portions accidentées et boisées.

Les forêts assez vastes que l'on observe encore dans cette zone protègent une flore sylvatique plus riche et plus variée que celle de la zone campinienne.

Zone calcareuse. — La zone calcareuse embrasse la partie méridionale du Hainaut, presque toute la province de Namur, une notable portion de la

province de Liège et entame légèrement le Luxembourg.

Les nombreux étages géologiques offrent une diversité d^autant plus grande, qu'ils viennent presque tout en affleurements. Dans le Hainaut, le limon hesbajen envahit la zone ; mais il a laissé a découvert plusieurs massifs calcaires ou crayeux. Ailleurs, la zone est sillonnée de bandes calcaires alternant avec des bandes quartzo-schisteuses dirigées du sud-ouest au nord-est et appartenant aux terrains dévonien et carbonifère.

Le pays devient plus accidenté et forme ce qu'on pourrait appeler le second gradin du relief général, la terrasse qui s'adosse au flanc septentrional de TArdenne. A partir de la Sambre et de la Meuse, le sol s'élève de plus en plus pour atteindre, à la limite de la région ardennaise, 300 à 350 mètres d'altitude. Les cours d'eau y ont profondément creusé les roches ; les vallées et les gorges y sont fortement encaissées.

L'homme n'ayant pu utiliser au profit de Tagriculture les roches, les pentes escarpées et les croupes des collines stériles, la végétation ancienne a mieux conservé son cachet primitif dans cette zone que dans la zone argilo-sablonneuse. D'autre part, la nature variée des roches et les nombreux accidents du relief ont créé des stations extrêmement

favorables à une foule sur le limon hesbajen.

Parmi les plantes plus zone, on peut citer :

Anémone Pulsatilla *Adonis aestivalis Helleborus foetidus

— vii'idis Aconitum lycoctonura Actaea spicata Berberis vulgaris

*DIanthus Carthusianorum — caesius Cerastium brachypetalum

*Elatine Hydropiper Linura tenuifolium Géranium sanguineum

— pratense

— rotundifolium

— lucidum Malva Alcea

*Althaea hirsuta

Polygala comosa

Reseda lutea

Fumaria Vaillantii *Arabis pauciflora — arenosa

Cai'damine impatiens *Sisymbrium austriacum

Braya supina

Erysimum orientale

Sinapis Cheiranthus

Alyssum calycinum

d'espèces qui n'existent pas ou moins propres à cette

*Draba muralis

* — aizoides Camelina sylvestris Thlaspi perfoliatum

— montauum

Iberis amara *Biscutella laevigata *Helianthemum polifolium

Genista sagittalis

Medicago falcata

Trifolium ochroleucum

— striât um

— montanum Hippocrepis comosa

*Lythrum hyssopifolia Sedum sexangulare

— rubens *Cerasus Mahaleb

Spiraea Filipendula *Fragana collina *Potentilla rupestris

Rosa pimpinellifolia

* — Sabini

— micrantha Cotoneaster vulgaris Sorbus torminalis Bupleurum rotundifolium

* — falcatum Carum Bulbocastanum

Libanotis montana *Peucedanum carvifolium

Orlaya grandiflora

Turgenia latifolia

Caucalis daucoides

Torilis infesta

Cornus mas *Saxifraga hypnoides

Vincetoxicum album

Gentiana Cruciata

— germanica

* — campestris *Cynoglossum montanum *Physalis Alkekengl *Vei-bascum pulverulentum

Vei'onica praecox — acinifolia

* — latifolia

* — prostrata Digitalis lutea

♦Linaria striata Phelipaea purpurea Orobanche caryophyllacea

* — Teucrii

* — Picridis Salvia pratensis

*Melittis melissophyllum Lamium maculatum Stachys alpina

— germanica

— annua

— recta ♦Brunella alba

Ajuga genevensis

Ajuga Charaaepytis Teucrium Botrj-s

— Chamaedrys

* — montanum *Globularia vulgaris

Viburnum Lantana Scabiosa Columbaria Centaurea Scabiosa *Artemisia camphorata

* — campestris Filago spathulata

— neglecta Inula britanica

*Linosyris vulgaris *Podospermum laciniatum *Lactuca virosa

— saligna

— perennis *Hieracium pallidum

Polycnemum arvense

Rumex scutatus *Ulmus pedunculata *Daphne Laureola *Asarum europaeum *Euphorbia stricta

— Esula *Buxus sempervirens *Scilla bifolia

*Allium sphaerocephalum

* — carinatiim Phalangiura Liliago

* — ramosum *Pol3'gonatum officinale *Aceras anthropophora

♦Lorog-lossum hircinum Anacamptis pyramidalis Orchis ustulata

— pui'purea

— Rivini

— Simia Ophrys muscifera

— a pi fera

— fuciflora *Cephalanth?ra grandiflora

— Xiphophyllum

*Lu/!:ula Forsteri *Carex montana

* — tomentosa

— long-ifolia

* — humilis

*Carex depauperata *Alopecurus utriculatus

Phleuin Boehraeri *Calama^i'ostis varia

Seslevia coerulea *Ventenata triflora *Avena pratensis

Koeleria cristata *Melica ciliata

Poa bulbosa *Bromus arduennensis *Festuca unilateralis

— rigida *Brachypodium distachyon

Ceterach oflfîcinarum I *Struthiopteris germanica.

Les espèces exclusives à cette zone sont précédées d'un astérisque.

Toutes les plantes de cette longue liste sont loin d'être généralement répandues dans la zone ; beaucoup d'entre elles y sont plus ou moins rares.

Le plus grand nombre habitent des stations sèches et aucune n'est aquatique. Elles constituent un groupe éminemment xérophile, qui contraste, d'une façon frappante, avec le groupe hygrophile de la zone campinienne.

Une chose digne de remarque, c'est que les espèces les plus caractéristiques de la zone sont à leur maximum de densité sur la bande calcaire la plus rapprochée de la région ardennaise. Plusieurs

de ces espèces ne s'écartent même pas de cette bande.

D'autre part, la portion de la zone calcareuse située sur la rive gauche de la Sambre est privée d'un nombre assez considérable des espèces énumérées dans la liste précédente.

A l'extrémité orientale de la zone calcareuse, aux environs de Theux, Oneux, Baelen, Moresnet, etc., on observe une curieuse association végétale, formée de quatre espèces que les botanistes belges désignent sous le nom de plantes calaminaires. Celles-ci : Alsine verna, TJilaspi alpestre var. calaminare, Viola lutea et Ârmeria maritima var. elongata, ne semblent guère végéter que sur les gîtes et les lialdes calaminaires ; mais cette adhérence, bien remarquable sans doute, n'est que locale; en effet, ces espèces, dans leur aire générale de distribution , se retrouvent sur des terres et des roches de diverses compositions minéralogiques.

Grâce à la nature accidentée du sol et à la faible couche de terre végétale qui existe sur de nombreux points, les forêts ont été moins dévastées dans cette zone que dans la zone argilo-sablonneuse. Non-seulement les boisements y occupent plus de place, mais ils sont encore composés d'essences plus variées.

RÉGION ARDENNAiSE. — Le Luxembourg presque tout entier et une portion des provinces de Liège et de Naraur, avec une faible partie du Hainaut, composent la région ardennaise. Au midi, la limite de celle-ci est formée par la frontière des départements de l'Aisne et des Ardennes, et, de l'ouest à Test, par une ligne passant vers Ste-Cécile, Lacuisine, Rossignol, Habay-la-Neuve, Nobressart et Attert. Cette ligne marque la séparation entre les terrains anciens de l'Ardenne et les terrains plus modernes de la région jurassique.

Les terrains de la région ardennaise sont siliceux ou alumineux. Ils appartiennent aux étages géologiques les plus anciens de la Belgique et sont principalement formés de grès, de schistes et de psammites.

Comme toutes les contrées montagneuses à roches siliceuses, la région ardennaise est arrosée par des cours d'eau nombreux ; sur les plateaux, il existe des tourbières et des marécages. On conçoit que, dans ces conditions, la flore présente un cachet hygrophile assez marqué.

La petite chaîne montagneuse qui forme cette région est orientée du sud-ouest au nord-est ; elle s'élève à mesure qu'on se rapproche de la frontière orientale de la Belgique. Le plateau des Tailles dépasse 600 mètres d'altitude et celui de la Baraque- Michel, autrement appelé plateau des Hautes-

Fagnes, atteint 676 mètres. L'altitude de la chaîne est, en moyenne, de 400 mètres.

Les espèces caractéristiques de cette région sont les suivantes :

* Ranunculus platanifolius

Géranium sylvaticum

Acer platanoides *Empetrurii nigrum

Lunai'ia rediviva

Cerasus Padus

Rosa mollis

Sorbus Aria ♦Circaea intermedia *Meum athamanticum *Saxifi-aga caespitosa

Andromeda poliifolia *Trientalis europaea ♦Digitalis ambjgua

Vaccinium uliginosura — Vitis-idaea

Ajuga pyramidalis *Campanula Cervicaria

Wahlenbergia hederacea

Sambucus racemosa

Centaurea montana

Arnica montana *Hypochoeris maculata

Thesium pratense *PolYgonatum verticillatum *Gymnadenia albida *CoralIiorrhiza innata

Juncus filifoi-mis *Carex pauciflora — laevigata *Calamagro3tis arundinacea

Poa sylvatica

Festuca sylvatica *Allosoru8 crispus *Asplenium viride *Aspidium Lonchitis ♦Hymenophyllum. tunbrid-

gense *Lycopodium annotinum * — alpinum.

Les espèces précédées d'un astérisque sont exclusives à cette région ou ne s'observent dans la zone calcareuse et dans la région jurassique que sur des points rapprochés de ses limites.

L'altitude de cette région influe d'une façon assez sensible sur la flore et explique la présence de plusieurs espèces dites subalpines ou alpines.

Si, dans les montagnes élevées, on distingue plusieurs zones botaniques, étagées de la base au sommet des chaînes, il ne peut pas en être de même dans les chaînes montagneuses d'une faible altitude. Dans la région ardennaise, il existe bien quelques rares espèces exclusives aux plateaux les plus élevés ; mais leur présence est loin d'imprimer un cachet particulier au tapis végétal. Celui-ci conserve à peu près le même caractère aux divers étages de la région.

Considérée dans son ensemble, la ilore de la région ardennaise présente un caractère silicicole et hjgrophile bien marqué, caractère qu'elle partage avec la flore de la zone campinienne. Du reste, ces deux zones botaniques offrent beaucoup de traits de ressemblance : dans l'une et dans l'autre, malgré la différence d'altitude, les terres siliceuses et humides, les landes stériles et les tourbières nourrissent des associations végétales à peu près identiques.

Dans la région ardennaise, les forêts, malgré de nombreux défrichements, sont encore vastes et forment le caractère principal du paysage.

RÉGION JURASSIQUE. — La petite région jurassique est formée par l'extrémité sud-est du Luxembourg ; elle comprend les cantons de Virton, d'Étalle, ainsi qu'une partie de ceux d'Arlon et de Floren-

ville. Elle est limitée au nord par la région ardennaise et au midi par la frontière française.

Ses terrains appartiennent presque tous aux étages jurassiques et se composent principalement de sable, de grès, de calcaire et de marne.

Cette région forme un plateau accidenté, dont l'altitude varie entre 200 et 400 mètres.

Dans le voisinage de la Semois, son cours d'eau principal, les terres sablonneuses et les tourbières rappellent beaucoup la zone campinienne, tant par les conditions physiques du sol que par la végétation ; aussi y retrouve-t-on plusieurs espèces caractéristiques de la Campine. D'autre part, les portions argilo-calcareuses qui touchent à la France présentent une flore ayant beaucoup de traits de ressemblance avec celle delà zone calcareuse.

Malgré ces rapports avec deux de nos zones les mieux caractérisées, la région jurassique offre quelques particularités végétales qui la distinguent assez nettement des autres régions ou zones de notre pays.

Les espèces suivantes lui sont exclusives :

Aconitum Napellus 1 Carex paradoxa

Polygala calcarea j — lirnosa

Orobanche Epithymum Asperula glauca Helichrysum arenarium

— ornithopoda Eiiophorum gracile.

La plus répandue de ces espèces et la plus caractéristique est V Ileliclirysum arenarium.

On pourrait encore citer le Veronica verna, qui est assez abondamment dispersé, le Lonicera Xylosteum, espèce assez commune, enfin les Ruhus saxatilis et Pulmonaria officinalis; mais ces quatre types ne sont pas exclusivement propres à cette région.

Malgré sa position plus méridionale, celle-ci nourrit moins d'espèces méridionales que la zone calcareuse : cela tient peut-être à l'absence de chaudes vallées dans lesquelles certains types méridionaux trouvent encore les conditions nécessaires à leur existence.

§ 2. — Les régions botaniques comparées entre elles.

Avant d'aborder l'examen des faits généraux concernant la distribution de nos plantes indigènes, il est bon de préciser la signification à donner au mot indigène.

La Belgique n'a pas toujours eu l'aspect qu'elle présente aujourd'hui ; son tapis végétal a certainement éprouvé de profondes modifications à la suite des temps.

Il ne faut pas remonter à des époques très-éloignées

GÉOGRAPHIE BOTANIQUE DE LA UEL(tIQUE. 349

pour constater Texistence de changements plus ou moins considérables survenus dans la composition ou Faspect de notre végétation. C'est ainsi que la flore des vastes marais du littoral a été détruite par le dépôt du limon poldérien et que les grandes forêts qui recouvraient la moyenne Belgique ont presque entièrement disparu pendant les époques historiques. Antérieurement à la destruction ou à la réduction des forêts, au défrichement des terres incultes, notre pays nourrissait probablement une flore composée uniquement d'espèces indigènes, c'est-à-dire de plantes dans la présence desquelles l'homme n'était intervenu ni directement, ni indirectement. Plus tard, la hache vint éclaircir les forêts et, sur les terres limoneuses, les céréales et les plantes fourragères prirent la place de la végétation primitive. Avec ces plantes cultivées, se sont introduites des plantes étrangères à notre climat. De siècle en siècle, par les progrès de la civilisation, la Belgique ne cessa de s'enrichir d'espèces exotiques, qui se sont mélangées plus ou moins intimement avec nos plantes indigènes.

En l'absence presque complète de documents historiques sur ces importations de l'étranger, il est parfois extrêmement difficile de déterminer l'origine de certaines espèces.

Les plantes de provenance exotique constituent

deux groupes distincts : celui des espèces naturalisées et celui des espèces adventives ou passagères. Ces dernières ne paraissent que momentanément et ne persistent pas ; tandis que les premières prennent possession du sol et s'y reproduisent indéfiniment comme dans leur patrie. Mais, entre les espèces véritablement naturalisées et les espèces adventives, il y a des espèces incomplètement naturalisées et qui, tout en persistant indéfiniment, ne peuvent se reproduire au moyen de leurs graines.

Dans le tableau suivant, nous n'avons pas compris les espèces introduites en Belgique ; nous avons cependant conservé les plantes messicoles, qui sont réputées d'origine étrangère, parce que plusieurs d'entre elles sont caractéristiques dans certaines zones.

Ajoutons enfin qu'il n'a été tenu aucun compte de ces nombreuses formes secondaires que, dans ces derniers temps, on a décoré du nom d'espèce. Le botaniste géographe n'a pas à se préoccuper de ces plantes, qui n'ont actuellement qu'un intérêt purement morphologique.

La zone poldérienne a été omise dans le tableau suivant, parce que sa flore n'est pas encore suflSsamment connue.

GÉOGRA.PHIE BOTANIQUE DE LA BELGIQUE. 351

Tableau statistique de la flore helge, comprenant les phanérogames et les cryptogames vasculaires (Fougères, Rhizocarpées, Lycopodiacées, Équisétacées, Characées).

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