Chapitre dei aeeidents. — 3>e la pharmacie de Toyage
Je ne crois |)as qu'il soit superflu de donner ici les indications médicales suivantes : le botaniste éloigné de toute habitation et de tout secours pourra, en plus d’une oa-asion, en. reconnaître Tutilité.
Morsurè de la vipère. — ‘ Placez immédiatement une forte ligature serrée le plus ])ossible au-dessus du point mordu, c’est-à-dire entre la morsure et l’attache du' membre, de manière à intercepter la circulation du sang entre cette 'partie et le reste du corps ; des cordes ou des liandes de linge très solides sont également propres à cette ligature. Immédiatement aussi, agrandisseîs la plaie à l’aide d’un instrument tranchant; préssez-la pour la faire Saigner et déterminer la sortie du venin, lavéz-la , puis vcrsez-y plusieurs gouttes d’ammoniaque liquide, pour cautériser profondément; versez ensuite deux ou trois gouttes d’ammoniaque dans un verre d’eau etavalez-le. Si vous êtes près d’une habitation, hâtez-vous de l’atteindre et couchez-vous, entouré d’épaisses couvertures de laine, en provoquant, par des infusions chaudes avec addition de quelques gouttes d’ammoniaque, une abondante transpiration ; maintenez la ligature, mais moins serrée qu’avant la cautérisation. Si vous êtes éloigné des habitations , et que la blessure ne soit point un empêchement à la marche, provoquez la transpiration par une marche forcée, et, à votre arrivée , ayez recours aux sudorifiques. A défaut d’ammoniaque, on ne doit pas hésiter, si l’on peut le faire immédiatement, à cautériser profondément la blessure avec un fer rougi au feu.
La piqûre du sc^orpion ou de la tarentule peut être également combattue avec^uccèspar la cautérisation immédiate avec l’am-
iA2 DE LA RECHERCHE DES PLANTES.
iDoniaque liquide. — EnOrient, on se met, pendant la nuit, à l'abri des piqûres des scorpions, qui sont fort communs dans certaines localités , en plaçant chacun des pieîls du lit dans up vase rempli d’eau.
Piqûres des guêpes. — Frottez immédiatement la piqûre avec du persil trempé dans de l’eau saturée de sel de cuisine ; la douleur cessera presque immédiatement, et le gonflement sera presque nul. Les lotions avec un mélaiif^ d’eau et d’ammoniaque sont aussi fort utiles.
Insectes parasites. — On ne saurait avoir une idée, lorsque .j’on n’a voyagé ni dans les Basses-Alpes, ni en Sicile, etc., du fléau que je signale ici; anTvé au gîte harassé de fatigue, on espère une nuit d/é repos et l’on ne trouve que la plus affreuse insomnie; nous nous sommes vus réduits , pour ne pas être dévorés dans dep cabanes de bergers par des myriades de oes insectes, it coucher à la belle étoile. Le seul moyen de se préserver est de se mettre, pour dormir, dans un sac étroitement attaché au cou , le vi.sage ét^nl recouvert d’un voile de gaze.
CgntusioHs. — .Si la contusion est légère ; application de compresses imbibées d’eau fraiche , ou d’eau-de-vie camphrée ; d’une dissolution saturée.de sel ammoniac ou d’eau blanche ( extrait de Saturne étertdu d’eau ) , on peut y ajouter quelques gouttes de laudanum; on maintient la compresse au moyen d’un bandage roulé que l’on arrose du mélange, Si la contusion est considérable : saignée, application de sangsues.
Foulures. — Prenez une cuillerée d’huile d’olive, une cuillerée d’eau-de-vie camphrée, ou, à son défaut, d’eau-de-vié ordinaire, et une cuillerée de savon blanc râpé, mélangez et battez le tout jusqu’à ce que le mélange prenne une consistance sirupeuse; étalez ce 'mélange sur une compresse, puis enveloppez-en la partie malade, le poignet, par exemple^et fixez avea une bande; renouvelez la préparation quand elle sera sèche, et maintenez les compresses pendant plusieurs jours.
Entorses. — Mettez te pied dans de l’eau très froide,. puis entoürez-le d’une bande roulée très serrée qui , enveloppant le pied dès l’extrémité, entoure ensuite l’articnlation , puis enfin 1e bas de la jambe, de manière à rendre te pied immobile ; tant que
DË LA RECHEËCHE LES PLANTES. 14S
la douJeui* est très vive , hissez-le plongé dans l’eau'froide, que vous renouvelez à mesure qu’elle s’échauffe; lorsque le pied est retiré de l’eau, maintenez l’hppareil constamment imbibé d’eaude-vie camphrée, et gardez le repos. ' ‘
Courbatures. — 11 suffit quelquefois, pour relever les forces après de longues marches par une température élevée, de prendre pendant deux ou trois jours au commencement de chaque repas, une forte pincée de sous-carbonate de fer, que l’on avale dans une cuillerée de potage; ce médicament est inoffensif, et ne peut en aucun cas être nuisible. Si l’excès de la fatigue a diminué l’appétit et rendu les digestions difficiles, une infusion de racine de gentiane prise à jeun est un excellent tonique.
Brûlures. — Je mentionne cet accident en raison de l’emploi assez fréquent de l'eau bouillante pour la préparation de certaines plantes. Le remède qui m’a semblé le plus efficace est, après avoir percé les ampoules avec une aiguille sans enlever l’épiderme, l’applicatioo immédiate sur la partie qui a reçu le contact de l’eau bouillante, d’une large compresse imbiliée d’eau fraîche dans laquelle on a délayé une certaine quantité d’amidon'; la compresse doit constamment être imprégnée d’eau fraîche, et de demiheure en demi-heure on doit renouveler le mélange d’eau et d’amidon. La douleur la plus vive occasionnée par la brûlure cède promptement sous l’influence "de cette préparation. —On obtient le même résultat en maintenant la partie qui est le siégé de la brûlure plongée dans de l’eau froide pendant vingt-tiualre heures, et en ayant soin de renouveler l’eau aussitôt qu’elle commence à s’échauffer. On évite ainsi la douleur, et l’on diminue de beaucoup l’intensité de l’inflammation. Si cependant la brûlure est trop profonde pour qu’elle (tuisse se gîiérir sans suppuration, recouvrez-la , après l’immersion dans l’eau froide , d’un morceau de papier brouillard légèrement enduit de cérat, recouvrez d’une compresse sèche, puis entourez le toul d’une bande, f Blessures peu graves. — Après avoir lavé la blessure avec de l’eau fraîche et en avoir retiré les corps étrangers, si elle en renferme, épongez-la avec de bon vin rouge bouilli avec une poignée de persil; rapprochez les lèvres de la plaie, puis recouvrez avec de la charpie et une épaisse compresse imbibée du même vin
l/^/^ DE LA RECHERCHE DES PLANTES.
chaud ; fixcï l’appareil avec une bande de toile roulée, huraectezle de vin plusieurs fois dans la journée „ et renouyelez les compresses malin et soir. Gardez-vous surtout de l’emploi du cérat. — Si la blessure est compliquée de contusion, commencez le traitement par une application de sangsues. — On réussit quelquefois à guérir une blessure très rapidement et par première intention, c’est-ii-dire sans suppuration, par l’application non interrompue de compresses d’eau froide renouvelées aussitôt que l’eau commence à s’échauffer, , ,
Acci(knt$ graves. — S’il s’agit d’un accident grave qui nécessite impéi'ieusement la présence d’un chirurgien, soit que l’on puisse se procurer un moyen de transport pour le blessé, ou que l’on doive se.i’ésoudre à attendre l’arrivée du médecin que l’on aura été chercher, on devra prendre immédiatement les précautions suivantes
Eu cas de plaie, commencez par enlever les vêtements en les coupant s’il est nécessaire, puis lavez avec de i’cau fraîche; s’il y a perte de sang abondante, comprimez légèrement avec un mouchoir mouillé d’eau froide. S’il y a blessprc-d’une artère, que le sang s’échappe par un jet rouge et saccadé, et que le malade soit menacé de mourir par hémorrhagie, comprimez assez fortement le membre au-dessus de la plaie, au moyen d’une bande de linge solidement enroulée et fixée; ou bien comprimez directement avec le'doigt le point au niveau duquel on voit le sang s’échapper.
Dans le cas de fracture d’un membre ou de luxation (déboîtement), évitez de faire faire au membre des mouvements brusques, contentez-vous, en attendant l’arrivée du chirurgien, de soutenir le membre dans la position qui oaasionne le moins de douleur au blessé. Si l’on transporte le blessé, le membre luxé ou fracturé, si c’est le bras ou l’avant-bras, doit être soutenu par un mouchoir placé en w harpe; si c’est la cuisse ou la jambe qui soit fracturée, on doit la soutenir immobile, dans une position qui ne soit pas douloureuse, au moyen de trois coussins, de trois iialettes placées en long, et de trois rubans entourant et si'rrant légèrement l’appareil ; si l’on manque de ces objets, on pourra, pour soutenir la jambe malade, la fixer par dès bandes à la jambe .saine, aprè»
l’en avoir rapprochée douoemeuf, et en ayant soin que le pied du côté malade ne soit dirigé ni en dedans ni en dehors.
l.es ol)jets les pIuS importants qui doivent composer la pharmacie portative du naturaliste voyageur, et qui, |)Ourla plupart, ne doivent pas le quitter pendant ses excursions, sont lessui\'ants : Une lancette: s’il n’est pas médecin, il fera bien d’apprendre k s’én servir pour des cas très urgents; un scalpel ou un bistouri; une pince à mors alloofés; des ciseaux; plusieurs bandes roulées; plusieurs compresses en toile usée; une petite provision de charpie; du talTetas d’Angleterre; du sparadrap de diachylon gommé pour faire des bandelettes agglutinatives ; un flacon d’ammoniaque liquide (alcali.volatil);,un bâton de nitrate d’argent fondu (ce caustique est un de ceux que l’on peut employer avec le moins de danger : on s’en sert après avoir mouillé l’extrémité que l’on doit appliquer sur la surface à cautériser); 30 grammes de souscarbonaté de fer ; quelques doses de sulfate de quinine de 30 centigrammes chacune; (dusieurs petits paquets d’émétique de 5 centigrammes chacun ; un flacon d’eau-de-vie camphrée ; 30 grammes ou plus de sous-acétate de plomb en poudre (sel de Saturne); 30 grammes de racine de gentiane, etc. Tous ces objets réunis forment un très |)etit volume , et peuvent sans embarras occuper le fond du sac de voyage, ou même les moins volumineux et les plus utiles un compartiment spécial de la boité d’herborisation.
X>e U oonnaistance des plantes au moyen Age.
A l’époque de la décadence de l’art gothique et de la renaissance des lettres, sous le règne de François 1", l’étude des plantes était encore considérée comme une simple dépendance de l’art de guérir, et ne consistait qu’en la connaissance des propriétés d’un petit nombre d’espèces médicinales.
Cet état de choses devait se prolonger pendant toute la durée du XVI' et une partie du xvn* siècle. — Durant cet iutenalle
DE EA RET.UEr.CHE DES PLANTES.
appaniront cependant des hommes d’une- ha«le inteHl^nee et d’une grande activité, qui se livrèrent tout entiers à l’étude des plantes ; Cordus, Tragiis, Fuchsius, Gcsner, Matüiiole, Lonicer, Dodoneus, Dalechamp, Clusius, Lobel, Caméra rius, et surtout Jean et Gaspard Bauhin, etc. — Malheureusement tous s’engagèrent surce-ssivement dans la même route, route fatale et sans issue, dont le but était complètement chimérique; au lieu d’étudier les plantes dans la nature , ils consumèrent vainement leur temps et leurs forcesà reconstruire la science des anciens, telle que Tavaient la«vs«'e Aristote, Théophraste, Pline et Dioscoride, et qui était restée presque complètement dans l’oubli pensât près de quatorze siéi les. Leur unique ambition était de Mlerminer, à l’aide des descriptions insuffisantes de ces auteurs, h quelles plantes devaient être attribués les noms mentionnés dans leurs livres, afin de faire profiter l’art médical des indications thérapeutiques léguées par les médecins de l’antiquité^.
Ce ne fut guère qu’à partir de la seconde moitié du xvii* siècle, et pendant la durée du xvni', que la botanique devint une stûence d’observation , grâce au génie de Ray, de Tournefort, d’Adansoii, mais surtout de Linné etde.V. Laurent de Jussieu, grands législateurs dont les travaux vivront autant que le monde. — Auprès de ces noms fameux sont dignes de figurer plusieurs noms contemporains, parmi lesquels il m’est permis d’en citer deux , entrés récemment et tro}) tôt dans le domaine de l’histoire : P. De Gandolle et S. Endlicher.
11 n’est pas, je crois, sans intérêt de jeter un coup d’œil sur ce que furent la botanique cl la science des herborisations chez nos ancêtres; si donc le lecteur consent à me suivre , je le conduirai dans l’arrière-boutique du bouquiniste. Nous tâcherons ensemble d’y tirer de la poussière les humbles monuments de la flore française, et, pour peu qu’il aime la botanique et les vieux livres, nos recherches ne seront pas sans intérêt pour lui ; mais, quelque ~ agréable que soit le parfum des livres moisis, on arrive à en être saturé. Heureux alors de retrouver le soleil et le grand jour, nous emporterons avec nous l’un de nos plus vénérables auteurs, Cornuli, par exemple, et, suivant ses précieuses indications , nous irons bravement au Chàillot de Louis XllI chercher le couvent
des Minimes, et les plantes qui croissent dans les environs.... Nous n’y trouverons plus le couvent, niais nous y trouverons encore les descendants des jilanles qui habitaient le voisinage du couvent. — Les œuvres de la nature sont, par bonheur, plus durables que celles de^hommcs.
hei Commentaires de Faebsius.
Connue spécimen de l’état de la botanique il y a trois siècles environ (1), je mentionnerai les ouvrages de Fuchsias (2) eide ses traducteurs. — C’est en J562 que Fuchsius lit paraître son grand ouvrage intitulé : De historia stirpium commentarii in~ sigixes, etc. (a), un volume in-folio, renfermant la figure de cinq
(1) Sous le rt'giic de François 1".
(2) Voici les titres de jiliisieiirs des traductions ou imitations françaises : « Commentaires ti-éi excettenli rie l'Jlisloire des piaules, couqiosds
» preniiércmcut en lalin , par Leouliart Fouscli . uicdecin trc's renomme ; et > depuis en français, par un lionimc savant et bien expert en la matière.
• In-fol. Paris, 1549, avec figures réduites.»
t L' Histoire des plantes mis en Commeulaires , par Léoirart Fuschs , » m^ecin très renommé, et nouvellement tradiiict de latin en français, avec » vraye observation de l'auteur, en telle diligence que pourra tcsinoigncr » ceste œuvre présttite. fn-^. Lion, 1558, avec figures réduites. »
« I.'flistoire des plantes rédnictc en très bon ordre, augmentée de plu- » sieurs simples , ayee leurs figures et pourtraicts , et illuitréc par les Coin-
• menfniees de Léonartli Fusch, médecin très savant, faicts |)remièrcment
• en latin, et puis traduit on français. Lyon, 1 575. In-folio, avec figures. »
« Le Btlud/ice commun.de tout le monde , où est contenu plusieurs sou- » verainetés pour la conservation de la santé , ensemble le naturel de plii- » sieurs sortes de pillules, boylles, et bausmes, avec la propVicté et figure des
• herbes et plantes communes, par >1. Léonhard Fuseb. Troyes. 1 vul. iu-12
• de toc feuillets paginés seulement sur le recto, avec figures. >
(3) Les dénominations de Fiicbsius consistent en général eu noms génériques qui ne sont pas suivis de noms spécifiques j son livre reuferme néanmoins un certain nombre de noms, conqtosés d'un nom de genre et d'un nom d'espèce.
Ces dénominations ont été conservées aux mêmes plantes par Linné , auquel on les attribue, d'après la règle qui veut (|ue la synonymie ne remonte pas au delà de Linné. Une partie de ces noms étaient du reste usités auté-
148 DÉ L.t RECH£nClt£ DES PLANTES.
ceiils plantes vulgaires ou usuelles, la plupart dessinées de grandeur naturelle, et avec un remarquable talent, par les peintres Henri Flillmaurer et .\lbert Meyer.
L’auteur dit, dans sa préface latine, qu’il n’a pas voulu que ces gravures fussent ombrées dans la crainte (faltérer la forme exacte des plantes, et que toutes sont dessinées d’après nature : racines, tiges, feuilles, fleurs, fruits et graines. — Un bon dessin, dit Fuchsius, est toujours plus clair que la meilleure description, et il a de plus l’avantage de se Axer bien mieux dans la mémoire. Le degré de perfection de ces planches, souvent copiées et réduites depuis, n’a jamais été atteint par les contemporains de Fuchsius ni par les botanistes du siècle suivant, dont la plupart donnèrent dans leurs livres des dessins plus petits que nature et très défectueux, rentrant tous, bon gré, mal gré, dans un même cadre fort étroit : aussi un grand nombre des plantes figurées par ces auteurs sont-elles méconnaissables.
J’emprunte à l’un des traducteurs de Fuchsius les passages suivants :
« De la Béthoine. — Cette herbe a la tige menue de la hauteur x'd’vne coudée, feuilles longues , molles, dentelées comme celles « du ehe.snc, odoriférantes, la semence et la graine en espies ; elle » croistaux prez, aux forests, aux lieux montueux, froids, espais »et vmbrageux; elle abonde en fleurs aux moys de May et de w luin ; elle est chaude et seiche au premier degré parfait ou au «milieu du second (suit le Portraict de la Béthoine). L’herbe «appliquée par dehors profite contre Jes morsures des bestes «venimeuses. Quelque poison ou venin, tant mortel soit-il, ne » nuira point si auparavant on a prins de la Béthoine. Âuxhy- » dropiqueson en baille le poix de deux tfragmes. Elle rompt les
rieureinent i Fiiclisiiis. Je citerai : Aconilum Lycoctonnm, ArUlolocliia rotiinda, Araaraulhiis purpiireiis, Atripicx hortciisiii, Angelica sylvestris, Hellebnrus niger, Iris Oermanica , Lilinm croceam , Cannabis saliva , liedera Helix^ Ilordemn disticliuin, Nyinphxa liitea, N. candida [alba, L.), Piinpinetla major (magna, L.), Raplianus salivus, Allium ursinum, Titliymalus (Eupborbia, L.) tielioscopius , T. Cyparissias, T. platypbylios, Tritoljuin pratense , Chelidonium raajus , Digitalis purpnrea, D. lutea. — D’autres noms ont été conservés par Linné , et appliqués arbitrairement par lui i des plantes autres <|uc celles de Fuchsius. ' >
» pierres et gravelles arreslées aux reins , et netfoye ie pouinion ,
U le thorax et le foye. Elle est dide avoir si grand' vertu <pie les « serpents enfermés et enclos dans un cercle ou ceinture faicte w d’icelle se luënt l’vn l’autre à force de se battre et débattre. »
« De la grande Esptaire (î). — La grande Esdaire naist és lieux » ombrageux et parmy Tes vieux parois. La grandfe Esdaire iettc B sa fleur à l’advenement des arondelles, et par après elle fleurit » tout le printemps et tout l’esté , auquel tems aussi on la cuille.
» — Cette herbe est du iij ordre complet : pour eschauffer et des- » seicher. Selon Dioseoride , le suc mêlé a^ec miel et cuit dans un U veaisseau d’érain profite à l’éblouissement des yeux. »
« Portraict des Éspinars.— L’on les sème au mois de septembre,
» ne craignant les froidures de l’hyver, afln de servir de viandes » au printemps, lis portent graines et fleurs sur les mois de Juin » et de luillct. Les Espinars sont du premier ordre des choses qiri » réfrigèrent et humectent. »
« Du Parthénium. — Les magiciens, pour en vser contre
» fieupes tierces, commandent l’arracher avec la main gauche, et »se faisant dire pour qui on la cuêlHe, n’y regarder point;
» puis mettre la fueille sous la langue du ipalade, afin qu’il avale » soudain avec dix dragraes d’eau. « "
L’auteur sollicite en ces termes la bienveillance du lecteur : « Amy lecteur, le comble des vertus luysantes en votre sei- Bgneurie m’a incité de vous supplier humblement qu’il vous » plaise advoucr/ et authoriser ce |)êtit traicté |)ar moi recuetlly B de sortir en public, nonobstant à ce chose aucune qui me puisse » mouvoir de l’arrester et supprimer; car, en premier Heu, je sçay s que vous n’y trouverez les fleurs ou perles de la langue française,
8 attendu que le sujet d’icelui est aussi loing d’elles qu’elles sont 8 familières aux translateurs d’histoires, de beaux contes faits à 8 plaisir, que nous avons {)OUP le iourd’huy : lesquels sont con- Btraincts d’enseigner non .seulement (comme l’ay esté en cette 8 enlreprinse), mais aussi peuvent orner, pindariser, et Irencher B élégances selon leur fantaisie. Et toutefois i’ose affirmer qu’il 8 est tel, que quiconque en fera lecture attentive; s’il n’est ennemy • 1 (I) CheUdoidum majut. .
150 D£ LA &ECHERCHE ÜES PLANTES.'
» (le sa propre santé, il en tirera grandi profit, et ne se sentira
» (léfraudé de toute volupté et veux bien que le lecteur muny
» de bon vouloir sache qu’il m’a été besoing de conférer cet opusu cule en plusieurs lieux avec Hypocrates, Dioscîocide, Aristote, U Galien, Pline, et autre grand nombre des anciens et mo-
» dernes Outi^ ce i’ay voulu user quasi tousiours du plus
» commua langage, au moins mal qu’il m’a été possible, jaçoit » qu'il ne soit si aisé (ainsi que médecins, savent spéciailement) » d'exprimer plusieurs choses des quelles icy est faicte mention n en françois vulgaire, comme il pourrait estre en latin. Or, afin U de finir comme i’ay commencé, ie vous supplie de rechef de vou- » loir recevoir le tout avec humanité. — Votre très hwnble et » affectionné serviteur. ^ Leonard Fvstanus. »
Xi« botanique de HabelaU.
Hal)dais , contemporain de Fuchs, n’oublia pas, dans la satire universelle intitulée Pantagruel, de faire figurer la science botanique de son temps; le savant et sceptique railleur donne en ces termes la description du Chanvre [Cannabis sativa) :
« De l’herbe nommée Pantagruelion (car Pantagruel fut d’iœlle « inventeur), -r- L’herbe Pantagruelion ha racine petite, durette, M rondelette, finante en poincte obtuse, blanche, a i>eu de fila- » mens, et n’est profunde en la terre plus d’une coubdée. De la » racine procède-ung tige unioque, rond, férulacé, verd au dehors, » blanchissant au dedans, concaue comme le tige de Smyrnium » olus atrum, fébues et gentiane, ligneux, droict, friable, crénelé » quelque peu en forme de columne legierement striée , plein de « libres, es quelles consiste toute la dignité de l’herbe, mesnie- » meut j»n la partie dicte mesa , comme moyenne , et celle qui est » dicte mylasea. La haulteur d'icelui communément est de ciiu| k » six piedz. — Aulcunesfoys excède la haulteur d’une lance. S<;a- » voir est quand il rencontre un terrouerdoulx, uligineux, légier.
i> humide sans froidures...., et que pluye ne luy default eiiuiron «les fériés des Pesoheurs et solstice estiual...., les fueilles ha » longues trois fois plus que larges, verdes^tousiours ; aspreltes « comme l’orcanette, durettes, incisées autour comme une faucille « et comme la Béthoine ; finis-sant en poinctes de sarice macedo- » nique, et comme une lancette dont usent les chirurgiens. La » figure dicelles peu est différente des fueilles de Fresne èt Aigre- » moine, et tant semblable à Eupatoire (1), que plusieurs her- » biers l’ayant dicte domestique, on dit Eupatoire être Panlagrue- » lion saulvaginé. Et sont par rartcs en equale distance esparses • autour du tige en rotondité , par nombre en chascun ordre ou » de cinq ou de sept. Tant l’ha cherie Nature qu'elle l’a douée eu » ses feuilles dé ces deux nombres impars tant divins et mysté- » rieux. L’odeur d’icelles est fort et peu plaisant aux nez déU- » cals. La semence provient vers le chef du lige , et un peu au- « dessoubz. Elle est numereuse, autant que d’herbe qui soit :
» sphéricque, oblongue, rhomboïde, noire, claire, et comme tan- » née , durette , couverte de robbe fragile , délicieuse a tous oi- » seaulx canores, comme linotes, chardriers, allouettes , serains,
» tarins et aultres Et comme plusieurs plantes ont deux sexes,
» masleet femelle, ce que voyons es Lauriers, Palmes, Chesnes,nlleouses. Asphodèle, Mandragore, Fougère, Agaric, Aristolouchie. Cyprès, Téréhynthe, Pouliot, Péone et aultres; mais aussi » en cette herbe y a masle qui ne porte fleur aulcune, mais abonde « en semence, et femelle qui foisonne en petites fleurs blanchas- « très, inutiles, et ne porte semence qui vaille (2).... On sème «cestuy Pantagruelion îi la nouvelle venue des harondclles; on » le tire de terre lorsque les cigalles commencent à s’enrouer. «
(I) Eupalorium cannahinnUi, L. ^
(2| A r^poqne où écrivait Rabelais, le phénomène ile la fécondation de.s plantes n'était point encore connu: on attribuait iiéznmoins l'épithète de m.'Ue et de femelle aux deux individus des plantes'dioTi|ues , mais en intervertissant les qnalilicalions ipit leur conviennent. I.'iinlividii femelle était dit in.'lle parce (pi'il atteint ime plus grande taille, et l'individu niüle était dit femelle parce (pi'on supposait ipie c'est par niainpie de force ipi'il ne ports pas de fruit. Cette opinion erroné>e et ces dénominations inexactes ont encore cours aujourd'hui dans nos ean^tagnes.
lies herboTÛations de Cornuti. .
L’ouvrage de Cornuti .a iK)ur titre : •
O Jac: Cornuti docloris medici Parisiensis, Canadensium plan- » tarum aliarumquc nundum editarum historia. Cui aJjecluni, » est ad calcem Ench,iridium botauicum Parisiense, continens vindiceni plantarutn quœ in pagis silvis, pralis , et montosis J» iuxta Parisios locis nascuntur. » — 1 vol.in-à.Parisiis, 1635 (1).
L' Enchiridion , qui doit seul flous occuper ici, comprend les vingt-quatre dernières pages du volume. L’auteur nous mène herboriser avec lui , et nous donne la liste des plantes qu’il a observées dans chaque localité, selon une nomenclature (Jui se rapproche par sa concision de la nomenclature linnécnne (2). — Les auteurs contemporains et ceux qui vinrent ensuite s'éloignèrent de plus en plus de cette concision primitive, et remplacèrent le nom si)écifiquc par des phrases descriptives que l’on allongea d’autant plus que le nombre des espèces que l’on avait à distinguer devint
(I) 2L* année du règne de LouisXIIt. — Queli{ues années plus tard, afin de rajeunir le livre, on réimprima le titre, dont on changea la vignette. Ce titre porte le mlllésiinc 1 062.
(2; Afin de donner plus d’intérêt et d'utilité à ces listes d’espèces , J'ai remplacé les phrases dcseriplivcs du texte par les noms spécifiipics linnéens qui leur correspondent. Il est, du reste, à peu près impossible aujourd'hui de parvenir k une certitude absolue dans la détermination de toutes tes espèces mentionnées par Cornuti, qui a rarement cité les auteurs aux(|ucls il a emprunté les noms qu'il a employés, et qui a modifie lui-même un certain nombre de ces noms. — La synonymie des aiitéurs anciens est, on le sait, d'une ubscnrilé(|ue Icfliiiaa.'de Haiihin, les Inslilutionfi de Tournefort, les ouvrages de l.inné, et meme les figures citées ne suffisent pas. toujours à dissiper. line meme espèce parait d'ailleurs assez souvent avoir été mentionnée par Cornuti sous deux ou plusieurs noms différents (quelquefois ces deux noms se suivent ; ils étaient sans doute indiqués par Cornuti comme «ynonymes, et leur séparation sur deux lignes différentes doit être considérée comme une erreur d'impression). — Quoi qu'il en soit, je crois être arrivé à line synonymie exacte dans le plus grand nombre des cas: j'ai indiqué les noms douteux par le signe ? Lorscpie l'auteur ne cite qu'un nom de genre, il s'agit souvent d'un groupe d'espèces non séparées alors, et comprises sous une même dénomiRation : j'ai, dans ce cas, cité l'espèce la plus commune, ou indiqué qu'il s'agit de plusieurs.
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DK LA REClIKRCIlE DES PLANTES. 153
plus grand. Linné s’aperçut le premier que, quel que Tùl le nombre des espèces renfermées dans un genre , il est facile et commode de les distinguer par un seul adjectif différent pour chacune. — Voici la liste des noms adoptés plus tard par Linné, cités dans VEnchiridion de Cornuti :
Hieracium sabaudum. Lychnis sylvestrls. Campanula rotundifolia. Potamogeton perfoliatum. Phalangium ramosum. Digitalis purpurea. Cirsium Anglicum. Veronica serpyllifolia. Cyperus longus. Eupatoria cannabina. Ranunculus Flammula; R. aquatica (aquatilis, L.). Trifolium pratense; T. fragiférum. Mcntha aquatica; M. rotundifolia. Aristolochia Clematitis. Ilyoscyamus niger. Saponariavulgaris(of(lcinalis, L.). Solanum (Physalis, L.). Alkekengi. Genista scoparia. Pinus sylvestris. Pastinaca sativa. Nymphæa alba; N. lutea. Osmunda regalis. Allium ursinum> Sorbus domestica. Hyacinthus (Muscari, L.) comosus. Anagallis caerulea; A. phœnicea. Chrysanthemum segetum. Géranium robertianum. Rosa canina. Thalictrum minus. Rhamnuscatharticus.
Voici la traduction littérale de ritinéraire de Cornuti (1), et
(l ) Je Joins ici ie texte de l'itinéraire :
• rcr portaiu iiovam itér est in pagum a saxis et lapidicinis dictum ChaiUoi, in quo post Iiospitium è regione connentos Mininiorum positum et in culilcuiis cdilioribus incultis juxia sitis, iiæc piantarum généra repe> riunliir : Sili/bum site Carduus lactens leueographis..., etc.
> si pautd ain))iius processeris , profectnms in Mibnrbanum neinus, quod Bononiacuin vocant : i>cr viam in scrobibus satis ibi trequens , et in aggerlbus lapidum ofTendunlur : Thlaspi minimum flore luteo,.., etc.
> Si diligenter perquisiveris, nunc reetns et ambulans, nuncstansi pic* rumque ilexns et in genua procumbens , nuiia piantarum qiiæ scquuntur eflngiat aspectuni tutim : Hiacynthus slellaris anltimnalit.,,, etc.
I Lustrato universo neinore, egressio flat per portam fi’euilly, obilen|ne subi pratum ponti snbditum obserraturus iium quid in eo natnra novi pro* duxerit. Ego tpiidein pcciiiiare niliil iinquam coniperivi ; vemm fortassis aiiqMandu præter ni|ieclationeiii rariim qiiid in eo offeiidi potcrit; quod eu maxiniè tiet, quia seciiiidiini fliivinin est : sccnin eniin iongiiiqiiamin piantarum seniina (luvii eoiivcliunt, qiia; diim iili ex alveu per hiemem cxundani, proxiniis qiiibusi]iic locis iiisererc soient.
• Pete iiide mnntcm a Valcrio Valerianum dk'tum ; in hnjns pede, et de-
cliviori parleqicr vineas lia; maxime nasciintur planlæ : Tussilngo..., etc. — lu vertice vero siiigulares bæ cresciint : Oreoselinum..., etc.; Campauula rotundifolia inter saxa pullulât. ->
• Soleo ab liisto monte in pagum a sancto Clodoveo Sainrl-Cloud dictum, profleisei. Iti quo leetiam si animus ferat a dextris semita recta dediicct.
riudication de. quelques unes des plantes qu’il a observées dans ses promenades, et qu'il signale dans ses énumérations :
« Manuel botanique parisien. — En sortant de Paris par la Porte-Neuve, ou travei'se le village de Ciiaillot, qui doit son nom aux carrières qui sont dans le voisinage; quand on a dépassé Fhospice qui est situé 5 quelque distance du couvent des Minimes, on gagjie les collines incultes environnantes, et l’on y trouve : — Silybum Marianum, Papaver hybridum, Papaver Argemone, Ilubia tinctorum, Galium verum, Fœniculum officinale, Buplevrura falcatum, Linaria vulgaris, Ânthyllis vulneraria, Tragopogon pratense , Centaurea Scabiosa , Sisymbrium Irio.
» Si vous avancez un peu plus loin , dans la direction du bois
luUriin ti(ob«onandofameni, doneccœna trugatior, quasi ingeiiuos decet herbarios apparctur) secunduin Sc()uau3! ripas deainbulalio liât, occurrent i ZinrfOa major Dalechampii..., etc.
I Seqoenie die siimtnu te niane comittes itineri, ut mature et ante acsium diei, in pagum Sèere dictum perveiiias. Ibi colliculus est piurimi apud herbariosnostrosnominis,i|ueiii,nonautUiuoiitem Anglorum vocant; aiiivero Honspclienscm monticiiluin in quo præcipui iiæ cresuint et nusquam taies reperiuntur : Phalangium ramosum..., etc.
> Meudmii per semitam qiiæ est post parrochiam patet inter prata irrigua in quibus ottenduiilur : Trifolium pralenMe sUiquotum..., etc. — In editiuribus et apricis locis : Gnaphalium flore rubro..., etc. — In dumetis quæ alluuutur rivulo prxterlabente :
t Oxyë Pliniana, S. Oxylriphyllum offieinarum.,., etc. — In silvis inajoribus ; CraUegouum..., etc. — In sylvis castelli : Gratiola minor Pauhlni.,,, etc. — Inter segetes : Chatnœdru laciniatU foliit, flore purpureo et albo..., etc,
• lu pratuni GentiUy, — Itnr per portam Sancti-Marcelli. StaUm in ingressu sccundum rivuluiu (|ui pratuiu akiit, tese ofterunt piantæ quæ se* quuiilur ; Solarium Ugnotum, S. Dukamara..,, etc. — In pago dicto lory, inter Sequanani , per vineas... — In pratis pagi Palleteau,.. — lii porta Sancti-Antonii , 4n iuterstitiis lapidum i|uæ inœnia urbis componunt...— J la Raquette,.. — In pago Cliarenton. — Insiivis Vitæ-sanæ quævernacule Pisaine dicuntqr... — Inciaustro Uiniiiiorum... — In campo dicto /a Farenne de Suint-Maur.,.— In cruce /Viubin, juxta pagum... — In prato Saint-GereaU... — In moiitefalcoue dicto Montfaulcon... — In pago yiubertilUer».,. — Eundo in pagum la Barre, juxta salicla reperiuntur... — In |iago Afofltmomiey, in stagnantibus piscinarum aquis et vicinis locis... — Passiin inter sylvas juxta castolium dictum a venatione , de la Chasse...
In pago Saint-Prix ... — In oppido Fontainebleau ... — A UalzCrbc... — In pago Btdc... — In pago Sainte-Reine... — In claustro Carthusianorum Pa* risiis... — Juxta castellum Grignon... in raaceriis,.. — In pago Hontis Uartyrum dicto... inter segetes... per margines viaruni. •
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DE ÜA RECRERCHE DES DLARTES. 155
peu éloigné de la ville que l’on nomme le bois de Boulogne, vous rencontrerez dans les anciennes carrières asset nombreuses de ce côté, et sur les amas de piefrres : — Alyssûm calycinum , Medicago orbicularis, Linaria minor. Dans les haies : Rham'nus Catharticus.
» Dans le bois de Boulogre, si vous cherchez attentivement, tantôt parcourant le bois, tantôt vous arrêtant debout,' plus souvent encore courbé ve» la terre, ou même à genoux, vous ne pourrez manquer de rencontrer les espèces suivantes : — Scilla autumnalis, Thrincia birta, Hypochæris radicata , Hieradum sabaudum , Glaucium flavnm, AnemonePnIsatilla, Solidagovirgaaurea, Euphorbia Lathyris, Thiaspl perfoliatum, Hypericum perforatnm , Erythræa Centaurium, Epilobium tetragonum, Llthospermum ofticinale, Veronica ofHcinalis, V. arvensis, Bmnella vulgaris, etc., etc.
» Apr^ avoir parcouru tout le bois, sortez par la porte de Neeilly, et suivez les prairies qui sont au-dessous dupont, jieutôtre y trouverez-vous quelque chose d’lntéres.sant : quant a mol, je n’y ai jamais rien remarqué de particulier; cependant il ne serait pas impossible que l’on y fU la découverte de quelque plante rare, et c.ela en raison du voisinage delà rivière : en- effet, les fleuves apportent souvent des graines qui viennent de loin , et l’hiver, lorsqu'ils débordent, ces graines se trouvent déposées sur les rives.
» Allez de là au Mort-Valérier , qui tire son nom de Valé- ‘ dus (1), les plantes suivantes se plaisent dans les vignes qui occtfpent sa base : — Tussilage Farfara, Chondrilla juncea, Draba veina, f.epidium campeslre, Silene Inflata. — Vous trouverez, mais seulement sur la partie culminante : Peucedanum Oreosellnum? (2) Genista tinctoda, Silene nutans, Vincetoxicum officinale, Campanula rotundifolia (très commun dans les lieux pierreux. ' /
» De cêtle montagne j’ai coutume de me diriger vers le village * de Sairt-Cloud (dont le nom vient de saint Clodovéc) ; s’il vpus prend fantaisie d’y aller aussi , un sentier que vous trouverez î»
(1) Empereur, père de GalUea, mort en 203-
(2) Il est possible ipie le Seaeli eoloratum, ipii se trouve encore, vu Mont-
Valéricn, soit la plante désignée par Cornnti.' •
droite vous y conduira directement. Cependant si (aiguillonné par l'appétit, tandis que l'on vous prépare un frugal repas, comme il convient à la simplicité du botaniste) vous. descendez jusque sur les rives de la Seine, vous trouverez : — Ranunculus Lingua, Potamogeton perfoliatum, P. natans, Ranunculus aquatilis (au milieu de l'eau), Hippuris vulgaris, Chara fœtida (submergé), Nymphæa alba et Nuphar lutea.
» A la butte de Sèvres. — Le lendemain mettez-vous en route au point du jour, afin de pouvoir arriver de bonne heure et avant la chaleur au village de Sèvres. Il y a là une colline en grand renom parmi les botanistes parisiens. Quelques uns l’appellent la montagne des Anglais, d’autres la butte de Montpellier. On y rencontre spécialement les espèces suivantes, que vous chercheriez vainement ailleurs : — Phalangium ramosum, P, Liiiagp, Ophrys arachnites, Teesdalia nudicaulis, Gentiana Germanica?, Campanula glomcrata, Erigeron acre, Linum catharticum, Glo< bularia vulgaris, Adonis æstivalis], Cirsiura acaule, Ononis Natrix, Linaria striata, Hippocrepiscomosa, Coroniila minima, Digitalis purpurea.
» Meudon. — Pour ailerà Meudon, vous prenez le sentier qui se trouve derrière l’église, vous traversez des prairies inondées, dans lesquelles vous trouvez : — Paris quadrifolia, Neottia ovata, Epipactis palustris , Cirsium palustre , G. Anglicum , Angelica sylvestris, Ophioglossum vulgatum , Drosera rotundifolia , Eriophorum latifolium, plusieurs Carex, Valeriana dioica,Hydrocotyle vulgaris , Galeobdolon luteum.
» A Meudon, dans les pelouses élevées et exposées au soleil : — Antennaria dioica, Genista anglica, Ulex euro|)æus, Genista sagittalis, etc., etc.
M Dans les buissons, sur le bord des ruisseaux : — Oxaiis Acetosella, Cerastium aquaticum , Asperula odorata , Melittis Meiissophyllum , etc.
» Dans les aDciennes futaies : — Agraphis nutans, Orchis maculata , Enphorbia sylvatica , Valeriana offlcinalis , Peucedanum Parisiense, Nephrodium Filix-mas, N. aculeatum dans le bois des capucins, Ruscus aculeatus. Peplis Portula , Lythrum hyssopifolia , Myosurus minimus dans le voisinage du château.
»E LA..RECnERCHE DES PLANTES. 157
» Dans les moissons : — Teucrium Botrys (à fleurs roses et à fleurs blanche^], Asperula anrensis, Medicago maculata. •
» Dans les prés de Gentilly. — Vous sortez de Paris par la porte Saint-Marcel; arrivé près du ruisseau qui arrose la prairie (l)^ vous rencontrez les plantes suivantes : — Solanum Dulcamara, Lythrum Salicaria, Lysimachia vulgaris et ses variétés à feuilles ternées et quaternées, Ëpilobium hirsutum , Scutellarla Galerlculata, Spinea L'Imaria, Alnus viscosa, Juneus lampocarpus, Cy|)eruslongus, Carex plusieurs espèces, Glyceria aquatica, Iris Pseudo-Aeorus , Sparganium ramosum.
» Entre le viliage d’IvRv et la Seine, dans les vignes : — Aristo- , lochia Cieraatitis, liyoscyamus niger, Saponaria offlcinalis, Pfaysalis Alkekengi , Epipaetis latifolia. — Dans les parcs : Ficaria ranunculoûles. — Dans les terres en jachère , au premier printemps : Gagea villosa.—Daps les puits: Scolopendrium offlcinale.
» Dans les prairies, U Palaiseau : — Colchicum autumnale.
U AJa Porte Saint-Antoine (2), dans les fissures des pierres du mur d'enceinte : — Salvia pratensis. — Dans les eaux stagnantes : Rumex Hydrolapalhum.
» A la Baquette (Roquette) : — Sium angustifollum , Teucrium Scordium.
« Dans le village de Chauenton : — Xanthium strumarium.
» Dans le bois de Vincennes : — Ophrys aranifera, Polygala vulgaris (k fleurs bleues et k fleurs roses) , Saxifraga tridactylites, Teucrium Chamædrj's, Morchella esculenta, etc.
» Dans l’endos des Minimes ; — Narcissus I>seudo-Narcissus.
w Dans leschampsappeléslaVareonedeSAiNT-MAUR : — Arrhenatherum elatius variété bulbosuni, Ornithogalum umbellatum. Isatis tinctoria , etc.
« A la Croix-Faubin, près le village de Charonne : — Artemisia campeslris, Medicago minima , Medicago saliva (Fœnumburgiindiacum), Verbena offlcinalis.
(1) La rivicre de Bièvre,
(2) Cette porte , située ï rcxiréiiiilé de Ja rue Saint-Antoine , avait (Hd construite eu lâ83 ; elle se coiniK>sait d'une seule arcade. Eu 1670, trente ans après l'époipie où Cornnii recueillait des plantes entre ses pierres dégradées , elle fut convertie en un arc de triomplic i trois arcades, enriion. neur de Lonisxiv. cetarc de trioinplie fut démoli en 1778.
DE LA RECIIERCHE DES PLAHTES.
» Drm les prés Salnt-Gcrvals : — Plantage arenaria , Filage Cermanica et Jussiæi (Cotonaria seu Gnaphalium vulgare, et lierbiaioipiaHl), Euphorbia-Gerardiana, etc.
, » A M0NTFALC05 : — Buplevrum rotundifolluiti, Dianthus prolifer, Cblora perfoliata , Siatice (dantaglnea.
» Au village d’AuBERViLLiERS (plaine Saint-Denis) : Sinapis alba et S. arvensis, Eruca sativa, Petroseiinum sativmn, Pastinaca sativa, Cncurais Meh), Cncurbita Pepo, Cucumis sativus, Asparagus ofBeinalis, Trigonella Fœnum-græcum (cultivé ainsi que les espèces précédentes).
. i> En allant an village dé La Barre (canton de Montmorency), on trouve dans les saulaies : Inula Britannica, Pnlicaria vulgaris, JuncHS communis, Linum nsitatissimüm , Mentha Pnleginm.
• » An village de Montmorency, dans les étangs et les lieux voisins : — Hydrocotyle vnlgaris, Anagaltis tenella, Mentha aquatica, M. sativa, Inula Helenium , Nymphæa alba, Nuphar lutea, Hydroebaris Morsus-ranæ, Pamassia palustris, Myriophyllum verticiilatum , Ceratopbyllum demersum , Equisetum Telmate^a , Osmunda regalis, Ranunculus aquatilis, Salix plusieurs espèces.
» Çà et là , dans les bois autour du château de la Chasse : — Ornilhogaluni Pyrenaicum, Allium ursinum, Mercurialis péreniiis, Cncubalus baccifer, Circæa Lutetiana, Pyrola rotundifolia, ' Campanula Trachelium, Pbyteuma spicata, Epilobium spicatum, Daphné Laureola, Androsæmum officinale? Chrysocoma Llnosyris, Stachys alpinà, Clinopodium vulgare, Polygorium dumetorum. Vicia Cracca, etc.
» Aux environs du village de Saint-Prix , près Montmorency : — Asarom Europæum, Clematis Vitalba, Ilumulus Lupnius, Vinc'a minor, Ruscus aculeatus , Malva Alcea, Sanicula Europæa, Vaccinium Myrtillus, 'V. Vitis-Idæa? Erica Tetralix var. Anandra? (ilosculis berbaceis), etc. , etc.
» Aux environs de Fontainebleau : — Spiranthesautumnalis, Gentiana cruciata. — A Malesherbes : Nephrodium Thelypteris.
(I) On donnait i ces plantes te nom A'ffei ba impia^ parce qne les jennei capitules s'élèvent au-dessus des capitales plus, anciens qui les produisent 1 en faisant allusion au manque de piété filiale des cnfanbi qui ne respectent pas l'autorité paternelle, 1
DK LA RECHKIlCUE DES DLANTES. 169
— Village de Bêle : Doronicum plantagineum. — Village de Saiste-Reine :• Gentiana lutea?
» Dans l’endos des Chartreux (1) , à Paris : — Santolina Chamæeyparissias (cuit.), Ârtemisia Abrotanum (cuit-) , liieracium Pilosella, Banunculus repens, R. acris, R. auricomus, Ueradeum Spbondylium , Poteriura Sanguisorba, Ruta graveolens (cultivé).
>, Autour du château de Grignon : — Ilyssopus officinalis. — Sur Icsvieilles murailles: IrisGermanica (planté), CheiranthusCheiri, Sempervivum tectorum, Sedum album, S. reflexum. S- acre, Sisyrabrium Sophia , Turritis glabra.
U Environs du village de Montmartre : — Muscari racemosum, Ornithogalum umbellatum, CuscutaEpithymum.— Dans les moissons : Triticum repens, Panicum Crus-galli, Mclampyrum pratense , Lychnis Gythago , Muscari comosum, Iberis amara, üeliotropium Europæum, Papaver Ræas, Adonis autumnalis, Ajuga Chamæpitys, Centaurca Gyanus, Chrysanthemum segetum, etc.
» Au bord des cheiHins : — Onopordon Acanthium , Centaurea Calcitrapa, Eryngiura campestre, Carduus nutaus, Rosa caniua, Lampsana commünis, Hubus fruticosus, etc., etc. »
Toutes les plantes mentionnées dans les listes d'herborisation de Cornuti se trouvent encore dans nos environs; mais quelques unes ont disparu des localités où Cornuti les a observées, localités dont les unes sont occupées maintenant par des habitations (plusieurs des villages d'alors étant devenus des villes), et dont les autres ont été modiflées par des travaux de culture ou de dessèchement. — C'est ainsi qu’on chercherait vainement : au bois de Boulogne, DtpsocMS pjlosus ; sur les hauteurs de Sèvres, Phalangium Liliago et /*. ramosum; dans les marais de Meudon, Ophioglossum mdgatum; sur les hauteurs de Meudon, Antennaria dioica, etc. (Ces espèces se trouvent dans des localités plus ou moins éloignées, soit au nord, soit au midi de Paris.)
On était loin, à cette époque, de soupçonner que les genres Rubus et Rosa dussent donner Heu k un si grand nombre d’espèces indigènes. Cornuti se contente de citer le Rubus et le Roso ca-
( O Cet cacio» fait actaelleincnt partie du Jardin du LuxemtMNirg.*
DK LA RËClIKRCHK I>ES PLANTES.
nifia ; sous le rapport du nombre d’espèces que ces genres renferment en réalité, on était alors à peu près à la même distairce en deçà que l’on s’est avancé depuis au delà.
En fait de plantes, rares dâns nos environs, observées par Cornuti , et qui se retrouvent encore aujourd’hui dans les mêmes liéux, nous citerons : au bois de Boulogne ou dans le voisinage, Medicagoorbtcularis, Glaucium flavum; dans la Seine, à Saint- Cloud, Hippttrts vulgaris; dans les prés de Gentilly, Cypertis Iongus; dans les champs , à l,vry. Gagea arvensis ; dans les bois et les marais de Montmorency, Anagallis tenella, Osmunda regalis, Allium ursinum , Ptjrola rotundifolia , Daphné Laureola, et la variété ^nandra? de VErica tetraiix.
Les listes de Cornuti, bien que très incomplètes, prouvent qu’il connaissait aussi bien nos plantes indigènes qu’on pouvait les connaître de son terni»; il est singulier, néanmoins, que certaines plantes remarquables, abondantes dans les lieux où il a herborisé, n'aient pas fixé son attention, par exemple leGeromwm sanguineum au bois de Boulogne; il est certain que c’est postérieurement à Cornuti que le Vincd major, les Potentilla recta et Pensylvanica, et le Bunias Orientalis, ont été naturalisés dans cette localité.
Cornuti n’a herborisé que dans les environs immédiats de Paris. 11 ne parait ihêrae pas avoir visité les forêts de Versailles, de Harly et de Saint-Germain; il cite, à Malesherbes, une seule plante, le Nephrodium Thelypteris, et à Fontainebleau deux espèces seulement , le Gen/tanocrMC»ata et le Spiranthes autumna- Us: il est à présumer qu’il n’avait pas exploré ces riches localités lui-même.
HerborÎMtioni de Toornefort aux environs de Paris.
Soixante-trois ans s’écoulèrent après Cornuti sans qu’il parût de nouvelles publications sur les plantes des environs de Paris;
DiçjiliuibyJ^Ogl
DE L.V RECIlEnCIIK DES PLANTES.
ce fut en 1698 que Tournefort ;i) fit paraître sou Hisloire des plmtes qui naissent aitx environs de Paris ( 1 vol. iiwl2 de ■ 5i3 ptiges), deux ans seulement avant la publication' de son important ouvrage intitulé r Institutmtes rei herbariœ.
.. En 1725, dix-sept ans après la mort de Tournefort, Bernard de Jussieu donna une nouvelle édition de VHistoire des plantes (2 vol. in-12, IThi de i07 pages, l’autre de 528 pages). La première édition était aloi's épuisée depuis longtemps : Bernard de Jussieu enrichit d’importantes qdditions celle qu’il publia; mais, par respect pour 1a mémoire de Tournefort, il ne voulut rien changer à , la forme première du livre; le texte de Tournefort est consené intact, et les articles de son savant coutiuuateur sont indiqués par des astérisques.
L'Histoire des plantes qui naissent aux environs de Paris est divisée en six herborisations, dans lesquelles les plantes désignées par les phrases distinctives qui furent plus lard remplacées par des noms spécUlques, sont rangées par ordre alphabétique. — Voici la liste des herborisations ;
Herborisation I. Au delà de la Porte de la Conférence , du côté du Cours la Reyne, vers les Bons-Hommes (2), et le long de la rivière (3). ' .
( I ) La carrière botani(iiie de Tournefort correspond à la dernière (uirUe du règne de Louis \1V. Il naiinit en 1046 Ctrois ans après la mort de Louis .Mil), et mourut eu 1 7U8 (se|it ans avant la mort de Louis XIV, un an après la naissance de Linné/ des suites d'un coup violent de limon de voiture qu'il reçut dans la poitrine en traversant la rue Copeau pour se rendre au Buséiiiii.
La carrière botanique de Linné correspond au règne de Louis XV. Il naquit en 1707 (sous le régné de Louis .MV), et mourut eu 1778 (la quatrième année du 'règne de Louis XVI).
( 2 ) Le couvent des Minimes, dont parle Cornuli dans sa première herborisation. — Les Minimes étaient appelés les Jlons-hommes.icmse du surnom de Bon-homme, donné par Louis M ï saint François de Paule, le fondateur de l'ordre. Ce couvent , qui était situé an bas de la montagne de Cbaillot, était précédemment un cli.1teau dont la reine Aime de Bretagne , femme de Charles Vlll, fil présent aux religieux qui s'y élalilirent. Le couvent des Minimes fut détruit en 1700 , le dicmin passe actuellement sur son emplacement. *
{;») Il est à remarquer que les i remières lierborisalions de l'année qu'il convient de faire aux environs de Paris sont indii|uécsen Ic-'t5 par Coriiuti, et plus tard par Tournefort et Bernàrd de Jussieu, à Chadlot et au boit de
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Herborisation II. Dans le Bois de Boulogne.
Herborisation III. Aux environs de Suresne, de .Saint-Cloud et de Sèvres.
Herborlsation IV. A Gentilly , Arcœiiil , Cachan , Berng et Antony,
Herbohisation V. A la Porte Sf^int-Antoine, à Bercy, à Charenton, dans le bois de Vincennes, dans les Iles de la Marne et aux environs de Saint-Maur.
Herborisation VI. Où l’on traite des plantes qui naissent en plusieurs endroits des environs de Paris , dont on n’a point parlé dans les Herborisations précédentes.
>1 On SC flatte, dit Tournefort dans sa préface, que le dénom- » brenient des plantes satisfera les curieux, l’on pourra dans la » suite rechercher celles qui peuvent nous être échappées; car U «est nial-aisé d’avoir tout embrassé du premier coup, quoi que » l’on se soit renfermé seulement dans l’étendue d’environ une » journée autour delà ville. » .
La matière médicale, qui tient beaucoup de place dans le livre de Tournefort , est de peu d’intérêt , sinon au point de vue historique. Voici quelques passages qui pourront en donner une idée: « La trop grande simplicité de certains médicaments n’est pas » même toujours aussi avantageuse qu’on se l’imagine : quelques » uns voudraient n’avoir, pour ainsi dire, que l’Ame des mixtes; » mais souvent il se trouve que ce qu’il y a de plus grossier agit U plus efficacement : le quinquina en fournit un bel exemplet On « ne guérit pas, ce me semble, beaucoup de maladies avec ces « remèdes si purifiés : ceux que Ton appelle purs alcalis, purs » acides, purs soufres, n’ont pas des vertus extraordinaires. Quel- « quefoison appréhende sans raison de détruire un alcali par le '» mélange des acides ; mais l’expérieniÆ fait voir que ces scrupules « sont mal fondés; car le sel de tartre, plus que rassasié de vi- » naigre distillé, et le sel d’Ahsinthe, plus que saoulé de suc de » Limon, sont pour le moins aussi propres pour les maladies de » l’cstomach, que ces mêmes sels réverbérés avec soin Rien
Bouliigne, et )|iic uct ordre IraJitiuimcl n'a point éprouvé de inodificatiuii depuis plus du deux siècles, et a été respecté jusqu'à .ce jour ( 1 Sâu},
Dicitized b Goc)''l-i
U n’est si opposé à la pratique de la bonne médecine que ces pré- » tendues idées de chaleur, de froid et de fermentation en faveur » desquelles les médecins et les malades sont fort souvent préve- V nus. On n’ose pas, dit-on, donner la tisanne de certaines plantes, U de peur de trop échauffer; il^ne faut pas puiser le malade, de » peur d’irriter la cause du mal : comme s’il était possible de bien
Dvuider un sac sans le secouer D’ailleurs il ne faut pas
U compter pour rien ce qu’on appelle le soufre , la terre et l’eau ; » car, encore qu’il soit possible de réduire tous ces principes à » un plus petit nombre, ii y a pourtant 'beaucoup d’apparence U qu’ils agissent plutôt par leur propre structure que partielle des » autres, dont ils peuvent être composés »
Les plantes indiquées dans le livre de Tournefort y sont assez rarement décrites; mais leur nom est ordinairement accompagné de discussions synonymiques précieuses pour l’étude des auteurs contemimrains, et de notions thérapeutiques ; on y rencontre çà et là d’excellentes observations botaniques. CeLouvrage a , pendant de longues années, servi de vade-vievum aux botanistes parisiens.
Âu point de vue delà délimitation des espèces, nous citerons l’articie suivant (l’auteur, après avoir longuement décrit le Saianum nigrum, en distingue, en ces termes, les S. miniatum et ochroleucum) :
. a Solanum of/icinaruin acinis p«niccis,C. B. — La Morelle » k fruit rouge est ordinairement plus grande que la précé- » dente; sa racine est plus grosse; sa tige est haute d’environ » deux pieds , anguleuse et comme feuilletée (ailée), divisée quel- » quefols, dès le bas , en branches qui s’élèvent obliquement, et » s’étendent fort sur les costés; les feuilles approchent plus de la » ligure d’un fer de pique que celles de la morelle à fruit noir; «I elles sont moins ondées sur les bords, et pareemées de poils plus » apparents; ses fleurs sont tout k fait semblables; mais leur fruit » est ovale, long de quatre lignes sur trois de large, rouge effacé, » teignant de même couleur, aigrelet , vineux: Cette espèce a , ce » me semble ^ l’odeur plus assoupissante que la précédente. »
U Üolanum officinarum acinis luteis, C. B. — La Morelle » k fruit jaune a les racines comme les pi'écédenles; sa lige
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DK LA RKCUKKCIIK DES PLANTES.
«est haulc d’environ deint pieds, velue, anguleuse, et romme U feuilletée; ses feuilles sont beaucoup plus ondées, et comme » crénelées profondément, vprt pasle, velues des deux côtés; ses » fleurs sent semblables à celles des espèces dont nous venons de D parler; mais les fruits, qui sont ovales, longs de quatre lignes, » larges de trois , verts d’abord , et rayés de blanc dans leur lonx.gueur, sont jaunes couleur d’ocre dans leur maturité; leur suc » est aigrelet, vineux, peu coloré ; les semences sont bordées d’une
* petite chair jaunâtre. L’odeur a.ssoupissante de celle-ci m’a paru
» plus forte que celle des précédentes ; cependant ces deux der- » niëres espèces agissent sur le papier bleu de méme que b pre- » mière. « -
Voici quelques unes des indic.ations de Tournefort :
« OjAioglossum vulgatum, C. B Langue de serpent ou Herbe
«sans couture.... On la trouve avec la pbnte suivante (Xeottia uovata), â côté du Cours-la-Reine, dans le bois qu’on appelle » les Champs-Èlysées. »
« Alkekengi officinarum... Sous la machine de Marly. »
« AUium ursinum lati folium... Fleurit dans le mois d'avril à » Montmorency, autour de l’étang qui est derrière le château de » la Chasse, et le long du ruisseau qui de oe château va passer â U Mouiignon. »
« AUium sphœrocephalum sylvestre... Cette espèce d’ail est fort » commune autour de Sceaux, du Plessy-Piquet , de Fonlenay- » aux-Roses et de Verrières. «
e Alsinastrum gratiolæ folio... {Elatine Alsimstrum). Cette » plante rampe autour des mares du bois’de Bondy, surtout vers » le château de Raincy. »
« Alsine palustris exigua... etc. (Limosella aqualira). Cette » plante se trouve autour de l’étang de Porche-Fontaine, à Ver-
* sailles, autour de l’étang de Vilacoublay, autour dc's lacunes de » bondy. »
« Alysson perenne, montanum, incamm... X.ilyssum montan num)... Cette espèce d’-Alysson est vivace, et se trouve dans les h sables delà forêt de Fontainebleau, surtout aux environs du » château. '»
nE LA UKaiEIlCIlE DES l'LANTES.
« Anarampuernii purpurea... {Sedum Telephium).. .Oi\ la trouve » dans les bois de Meudon , de Versailles , de Palaiseau , d6 Ver- X riéres, de Saint-tJermain, de Montmorency. «
« Audrosœmum maximum, frutescens...‘{Andros(emum officiu nale)... Cette plante se trouve à Fontainebleau. »
« Aparine latifolia humilinr... etc. {Aspentla odorata)... Elle « nait sur la rive gauche du chemin qui va de Saint-Prix au bois » Saint-Paire. »
« Bulbocastanum majus... (BuniwnBulbocastanüm)... Dans les » champs, autour de la justice de Montfaucon. »
n Buplevrum per foliatum, rotundi folium , annuum... Elle se » trouve dans les champs qui sont entre Ruel, le Mont-Valérien « et Saint-Cloud. «
'.i Centaurium luteum ptvfnliatum... {Chloraperfoliata)... Cette « plante se trouve tout au bout de l’étang de Montmorency, du « cédé qui est opposé à 1a chaussée; elle vient aussi dans la forêt » de Fontainebleau. »
« Doronicum plantayinis folio... M. Danty d'isnard, docteur en » médecine, et très habile dans la connaissance des plantes, a » trouvé ce Doronic dans la forêt de Saint-Cermain , à gauche, en » allant ii Poissy. «
« Limodorum amtriacum... (L. abortivum). Cette plante se i> trouve dans la forêt de Fontainebleau, en allant des Basses- « Loges à la Magdeleine. »
« Ornithogalum luteum... {Gagea arvensis). Cette plante se « trouve autour de la justice de Montfaucon, et dans le parc de » Rambouillet au faubourg Saint- Antoine. »
« Osmtinda foliis lunatis...{BotrijchiumfMnaria)...Ce\\o plante » croit à Belleville, dans le parc de M. le premier président. »
B Banuneitlu.<i montanus folio gramineo... (Banunculus grami- » neus)... Elle Se trouve à l’entrée de la forest de Fontainebleau , » au délié de la Beuvette royale. Morison la marque sur le grand » chemin du chasteau, entre l’ermitage et le pont. »
« Xanthium... (.V. strumarium)... Cette plante est assez com- » mune à Saint-Germain , surtout au château de Maisons. »
Tournefort donne en ces termes la descuiption duGuy (Fiscum
album). On reconnaît, dans ce passage, l’esprit observateur et judicieux de ce grand naturaliste.
« Viscum baccis albitfC. B. pin. 423, Ftscum Dod. pempt. 826. Gui. — Cette plante ne se trouve jamais sur la terre; elle naît sur le Chêne, sur le Pommier, sur le Prunier, sur le Poirier, sur l’.lcacia d’Amérique , et sur plusieurs autres arbres. Celui qui se trouve dans le bois de Vincennes, occupe Iss branches les plus saines de-l’épine blanche, et l’on ne trouve sur ces branches ni terre, ni aucune matière qui paraisse propre à faire pousser la semence de cette plante; l'on découvre seulement une tumeur dans les endroits où les pieds du guy sont attachés. Ses fleurs naissent trois à trois, disposées en trèfle dans la division et à l’extrémité des branches. Chaque fleur est un bassin jaunâtre d’environ trois lignes de diamètre, épais comme du maroquin , et recoupée en quatre pièces arrondie en tiers-point, et opposées en croix, de telle sorte que cell^ qui se répondent vis-à-vis sont égales entre elles, mais inégales par rapport aux autres. Chaque pièce est relevée d’une petite bosse plus pâle que le reste , et divisée en compartiments creusé» de fossettes ovales , remplies d’une poussière semblable à la fleur de soufre., ainsi qu’on en voit dans les sommets (étamines) des autres fleurs.
U Celles du Guy ne produisent rien ; les fruits de cette plante naissent sur des branches différentes de celles qui portent des fleurs ; ces branches se trouvent quelquefois sur le même pied du Guy, qui porte les fleurs (1), et quelquefois aussi sur des pieds qui ne portent que des fruits.
>) Ces fruits naissent aussi trois à trois , disposés en trèfle dans l’extrémité des rameaux : chaque fruit commence par un petit embryon ovale, entouré de quatre feuilles épaisses, jaunâtres, longues de demi-ligne, pointues, et qui tombent facilement; cet embryon grossit insensiblement et devient une baie ovale , longue de trois lignes , semblable à une petite perle remplie d’une semence plate, de la figure d’un coeur, couverte d’une
( I ) Le gujr est diotque ; chacun des deux individus est exclu'sivement mile ou remcilc. L'erreur dans ta(|uelte est tombé Tournefort t ce sujet tient à ce qu'il avait pris des branches renielles en fleur pour des plantes miles, ou peut-être aussi ï ce qu'il avait regardé comme appartenant au même pied des individus de sexe dinéreut rapprochés k leur base.
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mcmbrané argentée, très délicate et enreloppée de glu , c’est-iidire d’nne colle fort gluante, blanchâtre et douceâtre, dans laquelle la semence germe naturellement, et pousse deux œilletons â côté de son échancrure.
» 11 y a beaucoup d’apparence qne celte semence produit les jeunes plantes de Gui, que l'on voit sur les branches des arbres dont nous avons parlé ; car on y en trouve qui ne font que poindre, pour ainsi dire, et qui n’ont encore que lés œilletons qui commençaient à se développer dans les baies. Cependant on ne saurait dire que cette semence passe par la racine du Chêne , ou des autres arbres, qu’elle monte dans les branches par les vaisseaux qui portent la sève; puisque chaque semence a deux lignes de diamètre , et que le tissu de ces vaisseaux échappe â nos yeux. Il faut donc que cette semence soit appliquée à l’écorce des arbres par quelque cause extérieure ; ces causes se peuv'ent réduire à deux principales :
al* Aux Oiseaux, qui, peut-être, en écrasant ces bayes avec leurs pieds, ou avec leur bec, leur donnent lieu de s’atfacdier aux branches par leur glu : ainsi voyons-nous que les Pies et les Geais contribuent à la muitipliéation de plusieurs plantes , en transportant et en enterrant leurs noyaux. Il se peut faire aussi qne W oiseaux qui ont avalé les baies de Gui les vident sur les branches des arbres où ils se percheftt; ce qui a fait dire à Plaute ; Ipsa 3ibi avit mortem cacat : quoi qu’il soit mal aisé de comprendre que les graines qui passent par le gésier des oiseaux ne soient pas écrasées et moulues. .
» 2* Il peut arriver aussi que ces baies tombant ou d’ellesmêmes, ou par la violence des vents, se collent quelquefois contre les branches des arbres voisins , surtout si elles y sont appliquées par l’endroit écorché, par où elles tenaient au rameau du Gui ; car cet endroit écorche s’attache facilement aux corps sur lesquels il tombe. Mais de quelque manière que ces baies se collent , on peut croire que la glu dont elles sont remplies aùioliit imsérisiblement l’écorce contre laquelle elle est attachée; et alors la semence qui a germé dans la baie, comme nous l’avons remarqué plus haut, la perce facilement par sa radicule; pent-êfre que eette glu, quelque douceâtre et fade qu’elle nous paraisse, fermente
avec la sève des arbre?, et fait déchirer les fibres de l’écorce où elle se trouve, ce qui favorise consixlérablement le passage des fibres de la radicule.
» La radicule donc de la .semence de Gui , trouvant de la facilité à pénétrer dans l’écorce des branches, s’allonge en fibres verdâtres, qui courent d’abord dans l’épaisseur de l’Aubier, et qui, perçant ensuite le corps ligneux, s’entrelacent avec les fibres des branches, et s’insinuent dans leurs vésicules, d’où elles tirent un suc propre pour leur nourriture. On distingue aisément, ces fibres si on se donne la peine de les suivre après avoir découvert la première écorce ; il n’est |>as surprenant que l’endroit où elles s’insinuent soit grossi , puisqu’elles en augmentent le volume , et que. d’ailleurs ces racines, en prenant leur accroissement» compriment les vaisseaux des branches en quelques endroits, les étranglent, et les font casser en d’autres, ce qui cause l’interception et l’extravasation des sucs qu’ils contenaient.
» Le Gui ne saurait vivre que sur les arbres , à cause peut-être que ses radicules n’ayant pas la structure propre à séparer de la terre et à préparer la nourriture nécessaire pour la végétation de cette plante, il a été nécessaire que cette végétation se fit dans la racine d’une autre plante, qui lui sert comme de nourrice; de même que l’estomac des enfants étant trop faible pour préparer les aliments, il faut ou leur donner une nourrice,ou accommoder leur nourriture à la faiblesse de leur estomac. Pour m’assurer de la production de Gui , j’en ai semé la graine pendant trois années de suite; mais je n’en ai jamais vu lever aucune. J’en ai attaché aussi plusieurs baies, dans les mois de Mars et d’ Avril, sur de jeunes branches de Pommiers et d’Épine blanche; mais la violence des vents et les fréquentes pluies qui régnent ordinairement dans cette saison , ne m’ont pas permis de me satisfaire entièrement sur cette matière. Ainsi, je ne propose que des Qonjectures, qui ont assez de vraisemblance pour être reçues en physique. » '
" Approbation de M. de Jussieu (Antoine), docteur en médecine 'de la Faculté de Montpellier, docteur régent en celle de Paris, professeur et démonstrateur de botanique au jardin royal,
de l’Acndémie royale des sciences, et de la Société royale de Londres :
« Les additions que mon frère vient de faire à VUistoire des » plantes des environs de Paris , composée par M. Tournefort, me « paraissent tellement répondre aux vues que cet illustre auteur, » et feu M. Fâgon , premier médecin de Louis XIV, s’étaient pro- M posées i)our l’avantage de la botanique de cette capitale , que je » ne puis qu’y donner mon approbation , de même qu’au juge- » ment qu’il porte de cet excellent ouvrage , à l’éloge duquel il » pouvait ajouter qu’on ne saurait trop louer la modestie qui y est » répandue partout, et l’art dont ce grand botaniste s’est servi » iK»UP s’accommoder dans cet ouvrage à la portée des commen- » çants, et se rendre en même temps utile aux plus savants bota- » nistes. — A Paris, ce 19 janvier 1725. — De Jlssiel. »
Z,e Botanicon Parisiense de PaillaBt.
« Botanjcon Parisiense, ou dénombrement par ordre alpha- » bétique des plantes qui se trouvent aux eriyirons de Paris, com- » pris dans la carte de la prévôté et de l’élection de ladite ville, «avec plusieurs descriptions de plantes, leurs synonymies, le >/ temps de fleurir et de grainer, et une critique des auteurs de » botanique, par feu monsieur Sébastien Vaillant, de l’Académie » royale des sciences, et démonstrateur des plantes au jardin royal » de Paris, enrichi de plus de trois cents ligures dessinées par le » sieur C/aude Aubriet, peintre du cabinet du Itoy. 1 vol. in-folio » de 205 liages et 33 planches accompagnées d’explications en » regard. A Leyde et a Amsterdam, 1727 (1). »
(I) A la prière de Vaillant, digne éièvc de Tournefort, alors atteint de la maladie à latpiclle il succomba, Herman Boerliaave se chargea , avec un. parfait dOsintCrcsscmcnt , de faire imprimer ce bel ouvrage, et graver les planclies ip>> l'accompagnent. Le célèbre médecin de Leyde fut aidé dans la mise en ordre des matériaux par Sliérard, l'un des plus savants botanistes du temps. Le Jlolanicon pdi isicnte ne parut que plusieurs années après la
nE LA RECHERCHE HES PLA?JTES.
Cet ouvrage, fruit de longues années d’étude et de fréquentes et laborieuses herborisations, renferme un grand nombre d’observations intéressantes. — Boerhaave dit en parlant de Vaillant :
« Nullum preteriens unquam, cnjus plantas haud excuteret, an- (jnlum; tdas, ayros, valles, montes, hortos , nemora, stagna, paludes, flumina, ripas, fossas, puteos, Undequdque lustrans. »
I>es planches qui accompagnent ce bel ouvrage , parfaitement
des.sinées et gravées, représentent un grand nombre d’espèces
intéressantes, et sont toujours consultées avec fruit ; je crois ajouter
à leur utilité en en donnant ici la synonymie moderne (1).
Planciik II.