CONSEILS AUX CHASSEURS
L'automne et le printemps sont les deux saisons de chasse par excellence. La chasse d'hiver est la moins fructueuse quoique donnant les plus belles fourrures. Car, pendant la durée des grands froids presque tous les animaux cessent de mordre aux appâts qui leur sont offerts, et par suite, deviennent fort difficiles à prendre.
Il n'y a pour le chasseur qu'une alternative, cliercher un chemin de chasse assez rapproché des lieux habités pour qu'il lui soit possible de les regagner à la fin de l'automne ; ou s'enfoncer assez loin dans l'intérieur pour être contraint d'hiverner en pleine solitude. Ce dernier parti, le plus héroïque des deux, sans aucun doute, est aussi le plus avantageux l)our la chasse. C'est celui que je conseille de Ijrendre à qui possède santé robuste et bon estomac. A cette distance de la civilisation, on est forcé bien souvent, de rompre .avec les habitudes idiotes de l'épicurisme ordinaire et de se contenter de la chair des animaux, sans pain, sans vin, sans autre assaisonnement qu'un appétit formidable.
On meurt rarement de faim dans les bois, cependant cela s'est vu et cela se voit quelquefois encore, surtout parmi les chasseurs aborigènes, qui traînant avec eux, femmes et enfants, ont bien d'autres besoins à satisfaire que les chasseurs blancs. Quoique mourir d'inanition, ne soit qu'un vulgaire
CHASSEUR DE PELT.ETF.RII". r2r
acLlJent indigne d'arrêter un véritable amateur, il il vaut mieux se pourvoir soigneusement des vivres et des objets divers, qui constituent le bagage — le i^récmenf " en style de trappeur — nécessaire à un loni séjour au milieu des solitudes du Nord.
Vous devez avant tout apporter un soin religieux au choix des chasseurs, que vous engagerez pour vous accompagner et qui vous aideront de leurs bras, de leurs avis et de leurs dévouement durant vos courses. Les hommes expérimentés et dignes de confiance ne sont pas rares sur la côte nord, et je me plais à citer ici les noms de Thomas Thérien, de ( ronzague Poitras, et de Charles Thérien, tous les trois de la rivière au Canard près Tadoussac, qui m'ont suivi à différentes reprises dans mes excursions à la recherche des bêtes sau'.ages et des minéraux ; de Laurent Thibault, de Mistassin', et de Adolphe Thériault de la rivière Sainte Marguerite, qui m'ont aidé de leurs conseils et de leur expérience, dans mes études cynégétiques.
Vous trouverez assez facilement des chasseurs expérimentés à raison de $20 à $25 par mois (100 à 125 francs.) Vous les nourrirez comme vous vous nourrirez vous-même. Dans la forêt tous les chasseurs sont égaux devant le repas de chaque jour.
Avec deux bons engagés, il vous faut encore des pièges, des haches de chasse et des couteaux ; un fusil, des munitions, une tente et son poële, une batterie de cuisine, un canot d'écorce, des hameçons, des lignes et des provisions. Je vais passer en
revue successivement et rapidemeiU, les objets que je viens d'énuniérer, afin d'épargner les tâtonnemaits, à ceux de mes lecteurs de tous les mondes, qui, séduits par mes récits, se décideraient avenir tenter la chasse des animxux à fourrure.