‹ Guide du chasseur de pelleterieChapitre 6 sur 40 · LE CARCAJOU · texte numérisé non relu

LE CARCAJOU

GULO VULGARIS — CUVIER. — ANGLAIS, WOLVERENE.

Ce sont les sauvages qui l'ont nommé karka-joo, mais ils le désignent plus souvent sous le nom de qnâ-quâ-sut — " le diable des bois" — et, tout pillard, tout voleur qu'il soit, on ne saurait l'accuser d'avoir dérobé cette épithète qui lui convient à tous égards. Aucun animal n'a été plus travesti par les naturalistes de tous les temps. Les uns lui on^ prêté toutes les diableries, les autres les lui nient à peu près toutes et mettent en doutent celles qui restent. Cette divergence d'opinion tient à la différence très considérable du développement de l'intelligence ou de l'instinct pour chaque individu d'une même variété. Les naturalistes de l'ancien régime ont observé des animaux très roués, très intelligents, car, à ces dates anciennes et bénies, le§ hommes de sciences étaient encore quelquefois des hommes de chasse et observaient de temps en temps, eux-mêmes, les animaux qu'ils se proposaient de décrire. Chasseurs, ils ajoutaient foi aux récits des chasseurs, dont ils appréciaient la véracité connue. Incrédules, ils accordaient néanmoins quelque créance à leurs récits, lorsque ces derniers se reproduisaient identiques sous des latitudes diverses et dans des circonstances différentes ; tout ou moins faisaient-ils une petite part au vrai, se gardant bien de le sacrifier à tout propos au stupide tyran moderne que l'on appelle le vraisemblable.

Aujourd'hui le naturaliste ne décrit plus les animaux, il les empaille. 11 simplifiie l'examen et l'étude sur le vif par la négation qui dispense de travail et de fatigue et lui donne une structure savante aux yeux du vulgaire ignare, abêti par le doute systématique. Bien plus, comme ceux qui l'ont précédé dans la science lui ont laissé peu de chose à faire, il trouve commode de saper ou de nier les faits établis par ses devanciers

Il complique leurs découvertes et leurs études de celles qu'il croit avoir faites et qui, la plupart du temps, n'existent que pour lui. Il modifie les classifications adoptées, tronçonne les ordres, multiplie les familles, gaspille les espèces pour en faire des variétés et les variétés pour en constituer des espèces, croyant avoir gravi les hauteurs les plus élancées des sciences naturelles, lorsqu'il a donné son nom au '■ rat à trompe " de joyeuse mémoire, ou à une coquille de " " bigorneau" abandonné par un celte amateur de mollusques.

Me voilà, il me semble, un peu loin du Carcajou. J'y reviens. — J'avais besoin avant de parler de l'être invraisemblable oublié par nos législateurs, de m'attirer les sympathies de nos naturalistes modernes.

Les sauvages montagnais qui le connaissent bien lui trouvent une ressemblance saisissante de mœurs et d'allures avec le diable, qu'ils connaissent non moins bien, paraît-il. Je ne surprendrai donc personne en disant qu'auprès de lui, le renard, dont les vertus laissent cependant considérablement à dé-

siier, est un saint doublé d'un imbécile. Le Carcajou, j'entends le Carcajou digne de ce nom, ne respire et n'agit que pour satisfaire ses passions et entraver celle des autres. Pour atteindre ce but, tous les moyens lui sont bons. Il n'est pas un habitant des bois qui ne devienne plus ou moins sa victime, mais sa victime préférée, entre toutes, c'est le chasseur. C'est avec une persistance infatigable, avec un acharnement endiablé servi par une force et une intelligence peu commune qu'il moleste ce dernier, qu'il le persécute, qu'il l'ahurit au point de le contraindre à démolir ses " tentures," à fermer ses pièges et à changer de territoire de chasse.

L'odorat de cet animal tient du prodige. Tout le monde a entendu dire que son passe-temps favori consistait dans le pillage et la destruction des chemins de chasse des trappeurs. Ce que l'on sait moins, c'est q\i'il atteint ce but, lors même que les chemins tendus en automme ont été recouverts plus tard par deux ou trois pie^s de neige, et que tout a contribué à dissimuler les émanations personnelles du chasseur et celles de ses appâts ou de ses pièges.

Sa manière de procéder prouve une sagacité et une perversité inouïes, j'allais dire une instruction très soignée, s'il ne s'était agi d'un animal. Lorsque son odorat, ou une faculté spéciale que l'on ne saurait définir, lui a signalé la présence d'un piège sous la neige, il calcule à peu prés la longueur que peut avoir la chaîne qui relie celui-ci au piquet de garde, puis il décrit un cercle ayant pour rayon une Ion-

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gueiir un peu moindre que la longueur calculée, creuse une tranchéa en suivant la circonférence du cercle et, si son calcul a été juste, tombe sur une partie de la chaîne dont il se saisit i)our attirer le piège et le détendre.

Lorsque son appréciation primiti\c lui a donné un rayon trop grand, il creuse une nouvelle tranchée circulaire concentrique intérieurement à la ]jremiére, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ait stteint le piège. Abandonner ce dernier sur le théâtre du vol, serait donner au chasseur une chance de le retrouver et de s'en servir encore.

Le carcajou se garde liien d'en agir ainsi ; sa mansuétude ne veux pas se contenter des joies inachevées d'une vengeance incomplète. Alors, il emporte le piège et, s'éloignant le plus possible du chemin des tentures, il grimpe sur un arbre, aussi haut ([u'il peut monter, — il connait les l^is de la pesanteur— et laisse tomber le fruit odieux de son larcin dans le banc de neige le plus épais qui soit au pied du tronc.

En voyant et en étudiant les vestiges du travail de Quâ-Quâ-Sut, bien loin de lui en vouloir, j'ai sonvent été pris du désir immodéré de lui demander où il avait puisé les notions si précises qu'il possède sur le rapport de la circonférence au diainètre et sur les lois de la chute des corps. Il eut sans doute, dédaigné de me répondre, car il connaît les hoinmes et sait le prix qu'ils attachent au tégument poilu qui sert d'enveloppe à son instinct, mris, s'il m'eut répon-

pondu, il l'eut l'ait, j'en suis convaincu, auec toute l'érudition d'un géomètre de profession.

Pour lui tout ce qui est propriété humaine est dissipable, brisable et salissable à merci ! lien agit avec les tentures de bois comme avec les tentures de pièges ; avec le mobilier rustique et primitif d'un cni/ip comme avec les provisions, et les armes du chas seur.

Il ne lui suffit pas de briser les jnéges, de disperser les provisions, de voler les vêtements ; il aime encore à laisser les marques les moins discutables de son passage détesté. Il semble qu'il tienne absolument à dissiper tout les doutes et, pour cet objet, il laisse sur le lieu de son crime les plus abominables de ses/2tmées. Les premières qu'il m'ait été donné d'étudier avaient été déposées précieusement par lui exactement au centre d'un "Daril à demi plein de farine, dont il avait su enlever le convercle, sans rien répandre du contenu et sans renverser le contenant. A quel entraînement ironique obéissait-il en accomplissant cet acte d'un goût douteux, surtout pour une bête née si loin de la Sprée? Inexplicable, n'est-ce pas ?

J'ai pu constater aussi le respect profond qu'il a pour son épiderme, le sang-froid et l'habileté qu'il apporte à le préserver de toutes les atteintes du plomb.

Il y a déjà bien des années, hélas ! j'étais campé près d'une petite rivière de la côte nord du fleuve, la Mistassini. La nuit était complète et je dormais

(lu sommeil d'un juste depuis plusieurs heures, lorsque je fus réveillé par un bruit inattendu dans ces parages. Un grognement se faisait entendre presque à mes oreilles et les cordes qui s'attachaient aux piquets de ma tente étaient, tour à tour, violemment secouées. Mettre la main sur mon fusil, réveiller mon engagé, l'armer d'u'ne torche de bouleau et sorlir, furent l'affaire d'un instant. En arriére de la tente i)renait naissance la forêt, la mer était en avant.

Dès les premières lueurs jetée par la torche, l'animal avait prit le bois, néanmoins je l'avais vu assez ilistinctement pour le reconnaître. Je le voyais encore, ou plutôt je voyais la moitié de son œil. Abrité derrière un gros sapin, il n'e.xposait de cette partie précieuse de sa personne que juste ce qu'il en fallait pour observer mes mouvements. Je marchais sur lui le fusil à l'épaule, chaque arbre me forçant à faire un détour.

A tous mes mouvements correspondait un mouvement symétriquement inverse du carcajou, qui parvenait ainsi à gagner l'abri du sapin suivant, sans avoir exposé à mes plombs d'autre partie de sa personne que cette section d'œil, dont l'expression me parut bien plus celle de la gouaillerie que celle de la crainte. Peu à peu il gagna le bois épais, sans m'avoir donné une seule fois l'occasion de lui envoyer un coup de fusil ; cependant, quelques pas à peine me séparaient de lui. J'ai fait la guerre de partisan et retraité sous bois avec toute l'habileté que me

donnait l'amour particulier que j'éprouve pour une peau qui m'est chère — ^je veux parler de la mienne — mais, je l'avoue, à ma honte et à celle des armées modernes, je ne vis jamais un tirailleur quitter un abri pour en gagner un autre, sous le feu de l'ennemi, avec un calme, une précision et un sans-froid comparables à ceux du carcajou.

On le croit peu agile. Il n'a point, il est vrai, la rapidité du lévrier, mais son intelligence lui tient lieu d'agilité. Jamais il ne se presse. La peur semble lui être étrangère. Il bat en retraite et ne fuit pas. Sa force est peu commune, extraordinaire même si on la compare à l'exiguité relative de sa saille, qui atteint à peine celle d'un chien de moyenne grosseur ; il brise assez facilement les chaînes des gros pièges. Il a trente huit dents, dont douze incisives, (juatre canines et le reste en molaires. Il perfore les cabanes de castor, détruit leurs digues pour faire assécher leur demeure et s'emparer de leur personne. Il mange de tous et de tout. Il s'attaque aussi aux animaux de forte taille et il est incontestable qu'il sait arrêter, tuer et manger les jeunes caribous.

Pour cette chasse qu'il pratique en hiver, il met à profit les théorèmes d'Euclide et la connaissance approfondie des mœurs de l'animal qu'il convoite. Il sait que, dans sa fuite, le caribou ne suit jamais une ligne droite et qu'il décrit toujours une courbe plus ou moins allongée. Il sait encore qu'on le rencontre en hiver sur les lacs recouveats de glace et de neige.

Lorsque lus hasards de la chasse le mettent en présence d'une harde de ces animaux dans de semblablables conditions, il se montre à l'improviste sur les bords du lac. Les caribous effrayés prennent sur le cham|) leur course en décrivant la courbe habituelle. Lui. coupe au plus court.et va se placer à l'extrémité de la corde de l'arc, sur un tronc d'arbre penché au-dessus du lac et lorsque les fugitifs passent au-dessous de l'arbre, il se laisse choir sur un jeune cajibou, et le tue en lui coupant l'artère carotide.

Le fait que je viens de narrer, je ne l'ignore pas, est repoussé par certains naturalistes en chambre. Je ne puis, pour leur plaire, récuser le témoignage de mes yeux et, s'il était nécessaire, je pourrais en appeler au témoignage de quelques officiers de la baie d'Hudson et de beaucoup de chasseurs très expérimentés, qui, ayant vu comme moi, re sauraient hésiter à soutenir la rigoureuse vérité de mon récit.

Le carcajou n'est que bien peu sensible aux charmes des boulettes empoisonnées. Il s'en défie même extraordinairement et lorsque, en dépit de son odorat subtil et de sa prudence achevée, il s'y laisse prendre, ça n'est jamais qu'à demi. Puis, s'il échappe aux effets de l'intoxication, il prévient ses congénères, et le lieu théâtre de l'empoisonnement d'un frère est réprouvé et abandonné de tous les carcajous, qui, lorsqu'une impitoyable nécessité les contraint à le traverser, le franchissent sans s'arrêter un seul instant et le plus rapidement possible.

A propos de cette faculté singulière, voici ce que me contait. Th., vieux trappeur qui, depuis 45 ans, promène ses tentures un peu partout sur la côte et dont le caractère rigide se prête peu aux fumisteries sportfves. Je donne son récit tel que je l'ai reçu, en lui conservant tout son laconisme.

"Un jour, je mon/ai du poison, atin de me débarrasser d'un carcajou, qui mettait mes chemins de tentures au pillage. Je déposai de suite quelques boulettes. Il vint à l'appât et ne voulut en manger que la moitié. Aussitôt qu'il l'eût ava,lé, il se mit à faire des efforts pour vomir en reculant, laissant sur une espace d'au moins cinquante pas les résidus expulsés par ses viscères, puis, débarrassé du poison, il prit le bois et s'enfuit. Pendant deux ans, je ne vis plus un seul de ces animaux au même lieu, et plus tard, si j'en trouvais une piste, je distinguai que l'animal traversait sans s'arrêter et le plus vite possible l'endroit où j'avais autrefois jeté mes appâts empoisonnés. Ils doivent se prévenir entre eux. D'ailleurs je ne suis pas le seul à qui pareille aventure soit arrivée. Demande/, à .VI. de (iodbout, il lui est arrivé la même chose."

T a-t-il vu le carcajou en user ainsi? non, peutêtre, mais il est inutile à un chasseur d'assister aux faits et gestes d'un animal pour savoir quelles ont été ses attitudes, ses actions ou ses allures. Les pistes et les traces laissées par ce dernier suffisent, dans la plupart des cas, pour donner des certitudes ; et je ne met pas en doute un instant que les choses

ne se soient passées ainsi que les contait mon vieux chasseur.

D'après ce récit, quâ-quâ-sut est doué d'une faculté spéciele qui lui permet de restituer à l'occasion ce qu'il avale, quand la saveur lui en parait indiscrète, et. il n'est pas douteux, qu'il ne sache, que le plus sûr remède contre l'ingestion d'une substance toxique est le vomissement.

.V quoi doit-il ces notions d'une thérapenthique si bien conçue ? En est-il redevable à l'exiiérience, au raisonnement ou aux leçons de ceux qui le précédèrent dans la vie? Obéit-il simplement aux impulsions de l'étrange moteur auquel on a donné si improprement, à mon avis, le nom à'instind ? Doit-on attribuer égalemerit à ce dernier l'abstention de ses congénères et leur répugnance, si nettement accusée, pour un lieu témoin de tant d'angoisses et de tant d'efforts ? Quels pouvaient être les mobiles et les causes d'une semblable attitude que l'on ne saurait, sans ànerie, rapporter à un développement anormal de l'adorât ? Je ne jouis malheureusement pas de l'instinct du Carcajou, aussi, ne vois-je que deux solutions a ce problème. Sans doute, il y en a bien d'autres, mais ce sont les seules, je l'avoue à ma honte, qui me soient fournies par mon intelligence humaine.

Ou j'ai été victime d'un vaste mensonge, ce que je me refuserai toujours à croire, les faits m'ayant été L-xposès par un chasseur ; ou, le carcajou est très fort en toxicologie et possède un langage très éloquent.

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dont il se sert, au lieu d'en faire mauvais usage, pour avertir ses amis de même poil des dangers qu'il a courus et de ceux qu'ils sont exposés à courir.

Après tout ce que je viens de dire, il semblerait que s'emparer d'un carcajou, est une œuvre impossible. Il n'en est rien cependant. Il est même assez facile d'en capturer une grande quantité d'instinct moyen ou touchant à l'idiotisme. Car, ainsi que pour le renard et ])Our toutes les bêtes du bois, l'étiage instinctednel — puisse la Postérité me pardonner ce néologismes I — de cet animal varie à l'infini. Qnâquâ-snt ne se prend jamais.

Tous les animaux se chassent au fusil. On peut donc tuer un carcajou tout comme on tuerait un lapin. Mais il n'est pas toujours aisé de l'apercevoir. Cependant, le cas se présente, quoique bien rarement ; aussi, tuer un carcajou au fusil est une aventure, rien qu'une aventure, et il n'existe pas de coutume sjjéciale qui régisse cette sorte de chasse. Au piège, il est plusieurs manière de procéder. En voici une.

On érige une attrape assez grande et on l'amorce avec un lambeau d'étoffe, dernier vestige d'un vêtement que vous avez abandonné. Derrière la cabane de l'attrape, — (je suppose que l'on n'a pas oublié qu'une trappe est toujours protégée en arriére par une clôture en piquets solidement enfoncés et solidement recouverts qu'on appelle la cabane, cabane qui empêche l'animal d'atteindre l'avpât autrement que par le côté où peut jouer le piège ou la tombé),- — on plante sur un espace de quelques verges carrées un

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bois factice, en enfonçant en terre des branches sèches assez grosses et garnies de leurs feuilles. Puis au milieu de ce petit bois improvisé, on place deux ou trois pièges soigneusement dissimulés, comme on le fait pour le renard et en prenant plus de précautions encore, s'il est possible. Le carcajou, qui voit la possibilité de priver le chasseur d'un vêtement pu'il lui croit indispensable, mais aussi qui connaît les effets de l'attrape ou du piège, se garde bien de se présenter de front, il contourne la cabane afin d'en briser la clôture et de s'emparer sans danger, croit-il. de l'objet de sa convoitise : et pour y parvenir, il pénètre dans le petit bois et se prend quelquefois, pas toujours, dans les pièges que vous avez disposés à cet effet.

Voici une autre méthode : On suspend à un arbre un paletot ou un pantalon, une poire à poudre ou un tusil, des provisions ou des bottes. Cela doit être fait sans prendre aucune précaution, de la façon la plus naturelle possible, puis, avec toute la ruse dont vous êtes capable, avec toute l'habileté dont vous êtes certainement susceptilile, vous placez plusieurs pièges autour de l'arbre. L'animal, lorsqu'il a connaissance de vos armes, de vos vêtemoits ou de vos provisions, se met en frais de s'en approcher afin de vos jouer un mauvais tour. Mais il ne se jiresse pas, il connaît trop le chasseur jjour cela. Il tourne autour de l'arbre, il flaire, il insjjecte et il finit toujours par rencontrer quelquesuns de vos pièges dont il saisit la chaîne et qu'il fait

partir. Quelquefois, il les découvre tous, alors vous avez perdu, ou bien peu s'en faut, vos effets, vos pièges et votre temps. D'autres fois, tranquillisé par l'exécution de quelques-uns de vos pièges, il compose avec son astuce habituelle, s'approche trop vite et se prend dans l'un de ceux qu'il a dédaigné de découvrir. En dehors de ces deux moyens, applicables à la capture d'un carcajou d'intellect ordinaire, il y a l'attrape et le piège tendus dans un tout autre but que celui de le prendre. Le carcajou idiot se prend partout. J'en ai vu fuyant avec un piège à la patte, se reprendre dans la même journée, un peu plus loin, dans un autre piège tendu pour l'ours. Ce carcajou, de la variété imbécile, se rencontre plus souvent qu'on ne le croit, et c'est lui qui a fait douter des aptitudes du qua-qtta-sut. Mais, à quelque variété qu'il appartienne, je ne saurais trop recommander de bien choisir le piège destiné à le prendre. Il faut le choisir très solide, le munir d'une chaîne à toute épreuve et passer dans l'organeau un long bâton de mascamina (cormier) bois très dur qui résiste plus longtemps que les autres aux terribles mâchoires de l'animal. Un carcajou pris n'a plus qu'un seul désir en ce monde, s'échapper, et vous pouvez arriver sur lui, sans qn'il interrompe une minute le travail destiné à lui rendre la liberté.

Le carcajou ne se terre pas. Il est plantigrade, mauvais père et détestable époux. Sa moitié soigne ses petits au nombre de deux ou de quatre, avec asssez de sollif tude. Elle met bas généralement vers

le mois de mai. La fourrure du carcajou est d'un marron foncé, très épaisfe et croisée sur le dos d'une nuance plus pâle. Elle est assez belle et se vend de $2.50 à $5.00.

Cuvier l'a appelé Gulo vulgaris — Vulgaire glouton— et ce nom, quoiqu'il en ait reçu bien d'autres, lui convient assez bien et suffira à mes lecteurs. La beauté n'a pas été donnée en partage au carcajou ; son portrait, au repos, se trouve dans tous les traités d'histoire naturelle. Sa dépouille plus oti moins bien empaillée se rencontre dans toutes les vitrines de Muséums un peu soignés. Je ne vous fatiguerai donc pas de son portrait. Le carcajou s'étend sur moule comme le renard, et s'incise et se dépouille comme ce dernier animal.

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