‹ Guide du chasseur de pelleterieChapitre 8 sur 40 · MARTRE OU MARTE · texte numérisé non relu

MARTRE OU MARTE

MllN lAC'.NAIS. WAH-LS-TAX, ANGLAIS. PINE, MARTES.

Ce charmant et précieux petit animal, ([ue l'on rencontre dans presque toutes les parties du monde, mérite, par la beauté de sa fourrure et la constance des lois qui régissent la durée de son séjour dans nos forêts, d'être considéré comme le prototype des bêtes à fourrures. Je glisserai sur ses vertus domestiques qui n'existent pas et sur ses vices qui n'existent que trop. On peut tout lui pardonner, sa fourrure est si jolie et son instinct relativement si peu développé, qu'on ne saurait lui faire un crime (le ses imperfections.

Les chasseurs de la côte distinguent la martre jaune, la martre brune et la martre noire. La variété jaune se rencontre rarement dans le nord. La variété noire est presqu'exclusivement boréale ; c'est la plus belle de toutes, celle qui se rapproche le plus de la zibeline, dont rien ne la distingue à mes yeux, bien (|ue l'on prétende qu'il existe une différence assez sensible dans la taille de ces deux animaux. La variété brune, fort belle encore, est celle que les chasseurs comme moi, qui s'écartent peu du littoral, ])rennent le plus communément.

La martre, quelle que soit la nature de son pelage, \ it de perdrix, de lièvres, d'écureuils et de poissons quand elle en trouve. Elle ne dédaigne pas les bleuets et apprécie les baies de mascamina ou mas-

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karaina (sorbier d'Amérique). Elle grimpe sur les arbres, poussée par les mêmes mobiles désintéressés que le pékan, dont elle semble être d'ailleurs la réduction très réussie. Ses fumées, comme celles de ce dernier, sont caractérisées par les mêmes éléments, mais elles sont plus petites. Rien n'égale son habileté à se dissimuler entre les branches de sapins ou d'épinette. Elle sait les contourner de manière à les tenir entre son épiderme et les yeu.x indiscrets du chasseur qui cherche à la découvrir ; aussi est-il très rare de la tuer au fusil, ce que, du reste, l'on ne l)ense guère à tenter.

On la chasse plus jjarticulièrement au piège de fer No 2 et à l'attrape (fig. 5 et 6). Il est une multitude d'attrapes à l'usage des martres, mais celle que représente la fig. 5 est la plus employée. Il est inutile de la décrire tant elle est simple, mais elle a un grave défaut, comme toutes les attrappes qui ne sont point passagères, elle devient inutile lorsque l'animal ne se laisse plus séduire par l'appât, ce que les traj)peurs expriment en disant qu'il ne mord Jthts.

En outre, cette attrape devient peu sensible par les temps de grand froid ou sous une forte tombée de neige. Il en résulte que le piège de fer à ressort simple No i^^ ou No 2, et le piège sauteur à double ressortnloivent toujours être préférés à tous les autres procédés de capture.

On doit concevoir facilement qu'avec l'un de ces derniers, même quand l'animal ne mord pas, il suffit que s.i curiosité, qui eït grani;, le porte à pénétrer

CAASSF.UR DEPELLETERIE

dans la cabane et à s'approcher d'un appât qu'il ne tel a que flairer, pour qu'il se prenne dans le piège. Dans l'attrape, au contraire, ne touchant pas à l'appât, il ne peut provoquer la chute de la tombe et par suite ne peut se prendre. Cependant, les attrapes, quelques défectueuses qu'elles soient, sont très employées. Tous les matériaux se rencontrant suus la main du chasseur et ne nécessitant aucun trans- ]3ort, ce qui est inappréciable lorsqu'on tend sur des territoires trèséloignés. On les établit cotnme les pièges, dans des cabanes construites avec des éclats de bois que l'on édifie sur les vieilles souches ou les chicots qui abondent toujours dans les bois (fig. 5 etf).

En ce, tailles années bénies, les martres sont très abondantes ; néanmoins, une saison de chasse qui permet le capture de trente de ces animaux peut être considérée comme "moult belle et fructueuse."

En temps ordinaire, pourvu que l'on s'éloigne un peu du littoral, on les rencontre en quantité suffisante et l'on peut les chasser avec quelques succès sur tous les territoires. Mais, il est, paraît-il un pays spécial que l'on appelle " le pays des Martres ", Celte contrée merveilleuses objet des rêves du trappeur est perdue là-bas, très loin dans le Nord, seules indications que je puisse donner à ceux qui désireront l'atteindre. Là, les martres ont tout dévoré. Il n'y a plus ni lièvre, ni écureuil, ni mulot, ni bluets. ni baies de Mascamina. Il n'y a plus que des martres. La martre y mange la martre. On y amorce le piège

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avec le fils pour se saisir du père. On y garnit l'attrape avec la mère pour s'emparer de la fille et l'oncle y dévore son neveu. Dans cet Eldorado du chasseur, la vie est difficile. Il n'y existe pas de bois et il faut ainsi que tous les êtres qui vous entourent, manger de la maître. Emporter des provisions est presque impossible, c'est si loin ! Aussi, bien peu y ont chassé ; les aborigènes seuls ont pénétré jusquelà, et encore !

L'un d'entre eux, paraît-il, s'y rendit un jour. Dès son arrivée, il se mit à édifier cinquante attrapes, car n'aimant guère la région, il ne voulait point y perdre un instant, de plus la perspective du régal qui l'attendait, régal dont je prie la Providence de me préserver ainsi que vous, stimulait encore son activité natur'^lle. La nuit tombait au moment même où il donnait son dernier coup de hache.

Il s'endormit prés d'un maigre feu de mousse, et d'un seul somme gagna l'aurore du lendemain. Aus sitôt levé, il s'en alla visiter son chemin de chasse, re evant ses attrapes à mesure qu'il en retirait une martre ; et il en retira cinquante, car chaque attrape en contenait une. Arrivé au bout de son chemin, poussé par je ne sais quel pressentiment, il revint sur ses pas vers son feu de la veille. Chacune des attrapes qu'il venait de relever contenait encore une martre !

Gardons-nous de répandre le venin de notre scepticisme sur cette histoire ; car il est certain qu'il existe des contrées tout particulièrement affectionnées jiar les martres et où on les rencontre en plus

grande abondance que partout ailleurs ; mais j'estime que l'on fera peut-être sagement de ne pis chercher à retrouver le pays des martres, avant d'avoir obtenu des données plus précises sur sa véritable position géographique.

Je ne m'étends plus sur la manière de placer les Ijiéges. Je l'ai indiquée plusieurs fois déjà et il devient inutile d'insister. Cependant, j'appuie sur le soin que l'on doit apporter à cette opération. Si peu difficile à prendre que soit l'animal dont on se propose la capture, les soins que l'on donne aux chemins de chasse ne sont jamais perdus.

On drogue les pièges ou les attrapes à mirtre avec l'huile d'aspit. le jus de pomme et le ro:non tondreux de castor.

On appuie avec des petits oiseaux, des truites, du lièvre, du rat musqué, des bleuets et des baies de mascamina.

Je crois avoir déjà dit que la drogue et X appât sont deux choses bien distinctes. La drogue est destinée à donner à la tenture une odeur qui plaît à l'animal et l'attire, r^Z/^a/ sert à provoju'r son appétit, sa gourmandise ou sa curiosité.

L'on trouve chez les martres des cas assez nombreux d'albinisme partiel et de changement de pelage. Il existe des martres toutes blanches. Il en existe d'un roux ardent avec le cou blanc. MM. Wilson et Thériault ont vu des martres dont le cou et les quatre pattes jusqu'à la première jointure étaient blancs. Le beau-frère de M. Thériault a pris nn de

ces animaux dont la poitrine était jaune et les quatre pattes blanches. Ce dernier a été vendu à M. Scott, du poste de la Cie d'Hudson au Sept-Iles.

La martre i^Mustcla martes, Linnée. J/.... Aiiiericana, Baird) songe à sa famille dès le commencement du printemps et met bas fin avril trois ou quatre petits qu'elle protège et qu'elle soigne avec sollicitude.

E'ie s'écorche comme tous les animaux à fourrure et se met sur moule (fig. 7 et 8). Son prix est variable, très-variable même, il va de $1.50 à $8.00, suivant les nuances et la qualité. Sa chasse est permises du ler novembre au 31 mars, ce qui est sagement entendu.

CHASSEUR DE PF.LI.ETRRIK. 8l

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