‹ Guide du chasseur de pelleterieChapitre 9 sur 40 · LA LOUTRE · texte numérisé non relu

LA LOUTRE

ANlli.AIS : orrHR— MONTAliNAI.S : BNNET-SIICK.

La loutre est très répandue au Canada, où la multitude des lacs, des rivières et des ruisseaux poissonneux lui offre d'inépuisables ressources culinaires et des retraites trop souvent inaccessibles aux chasseurs. Son appétit est extrême et pour le satisfaire tout est bon. Sa voracité, que ne pourraient rassasier des hécatombes de saumons, de truites et d'anguilles, ne recule ni devant la chair peu attrayante des couleuvres et des crapauds, ni devant celle de ces insectes aquaticjues que les chasseurs désignent sous le nom de barbots. Aussi rencontre-t-on dans ses fumées, les plus éloquentes fumées que je connaisse, les détritus de tous les animaux qui nagent, coassent, rampent ou barbotent dans les eaux douces. Sans être belle, la loutre a, d'après moi du moins, une figure attachante. J'aime sa tête ronde et moustachue, son corps allongé, trappu et placé sur des jambes aussi courtes que robustes, terminées en arriére par des pieds peu élégants, mais palmés. Cet ensemble pèche par les lignes, il est vrai, mais offre ce je ne sais quoi de vigoureux et de modeste qui séduit sans effort.

Il n'est pas jusqu'à sa queue, légèrement conique et aplatie horizontalement, qui ne puisse plaire par son attitude indicatrice d'un équilibre parfaitement harmonieux. Dans notre pays, connue partout ail-

leurs du reste, elle habite le bord des rivières et des lacs, s'y choisit, au milieu des roches et des racines, des retraites dont l'accès est toujours immergé et l'intérieur toujours au-dessus des hautes eaux. Elle plonge et nage avec la plus admirable facilité et les poissons les plus agiles et les plus robustes, qu'elle fatigue et affole,ne sauraient lui échapper longtemps. On la dit mauvaise marcheuse ! La conformation de ses pattes ne lui permet pas, je puis en convenir, de franchir avec rapidité de très longues distances, néanmoins elle est plus rapide et plus vive qu'on a bien voulu le dire et l'écrire. Quelquefois négligeant les cours d'eaux, elle se bat des portages très longs, pardessus des collines souvent fort abruptes, et ces portages ou sentiers de dix-huit pouces de largeur, dont le sol est battu et débarrassé d'herbes et d'obstacles trop sérieux, lui servent toujours, à l'exclusion de tous les autres. On conçoit combien une pareille persistance à suivre une même voie peut faciliter la capture de cet animal à fourrure très estimée.

La loutre dans l'ordre instinctif ou intellectuel que j'ai adopté pour caractériser les animaux qui font le sujet de mes écrits, peut se classer au quatrième rang, c'est-à-dire au plus haut degré de l'instinct. Aussi, "s'emparer d'une loutre est, en certains casj une action fort délicate qui exige tout l'habileté d'un vieux chasseur

La loutre se chasse au fusil, au piège de fer et à l'attrape passagère ; du moins, ce sont les trois procédés les plus usités par les chasseurs de la côte.

Les chasseurs européens en ont d'autres appropriés à leur territoire de chasse, et parmi ces procédés il en est deux qui, malgré leur efficacité reconnue et la facilité de leur emploi, semblent ignorés de nos trappeurs : je veux parler du barrage des cours d'eau à l'aide de rets et du parti que l'on tire de l'entraînement très réel que les loutres paraissent éprouver pour les pierres entièrement blanches. Je revienrai un peu plus loin sur ces deux sujets.

La loutre, qu'elle que soit sa finesse, qui semble avoir pour principal auxiliaire son cerveau plutôt que son odorat, se voit/ar corps assez souvent dans nos pays.

La tirer est donc assez facile et quoique la tuer raide ne soit pas aisé, l'on peut, avec un peu de chance, s'y essayer assez fréquemment. Les Montagnais sont très habiles à ce genre de chasse, plus habiles que les trappeurs blancs, qui considèrent la chasse au f^sil au bois comme une aventure et préfèrent l'emploi du piège de métal et de l'attrape passagère.

Le piège de fer se place au milieu des cours d'eau et des " portages. " Dans ces derniers, il doit être dissimulé avec soin et drogué avec le rognon tondreux de castor. Dans les cours d'eau, il faut choisir un petit rapide, en rétrécir la largeur au moyen d'un barrage ouvert en son milieu et provoquer ainsi la formation d'une petite chute ; cela fait, on place le piège au pied de cette chute dans le bouillonnement de l'eau. Cette disposition, on le conçoit, offre deux

^4 GuiDK nu

avantages : il cache le piège sous récunie et force l'animal à passer à l'endroit même où ce piège est posé. On doit avoir le soin d'engager dans l'orgaiieau de la chaîne un long et fort bâton, que l'on alourdit et que l'on abandonne auprès du piège, en lui donnant, autant que possible, l'apparence d'un débris de bois entraîné, naturellement jusque-là, par les eaux. Les chasseurs canadiens, contrairement à ce que font ceux d'Europe, qui appâtent avec une écrevisse ou un poisson très frais, ne mettent rien sur le piège pour attirer l'animal.

La loutre s'introduit très souvent dans les cabanes abandonnées par les castors. Dans ce cas, un piège bien placé à l'entrée réussit à la prendre quelquefois Mais le moyen le plus chanceux, ainsi que le disent les chasseurs, c'est l'attrape passagère, qui s'édifie dans les portages, (fig. 4).

J'ai dit que, parmi les modes de chasse employés en Europe pour capturer les loutres, il y»en a deux ou trois qui paraissent inconnus de nos trappeurs. Ces procédés dont je puis garantir l'efficacité, pour en avoir fait usage bien des fois avec succès, sont les suivants :

En premier lieu, l'emploi du tramail, sorte de rets à grandes mailles que l'on tend en travers du ruisseau ou de la rivière fréquentée par la loutre que l'on convoite. En second lieu, la pierre blanche, pour attirer la loutre près de l'affût que l'on a choisi ou du piège que l'on a tendu. Le tramail, que l'on établit perpendiculairement au courant, force l'animal

CHASSEUR DE PELLETKRIE 85

que l'on fait poursuivre par un chien, à revenir sur l'eau pour franchir la partie du rets qui en affleure la surface, et pendant qu'il se livre à cette manceuvre, qui le découvre complètement, le cliasseur, posté à l'une des extrémités du filet, peut le tuer d'un coup de fusil. Mais ce moyen, très bon en lui-même, demande certains apprêts, l'adjonction d'un bon chien et le transport d'un rets qui, sans être lourd, deviendrait cependant une cause d'embarras de plus dans les portages ; je comprends donc ([u'il ne soit pas adopté par nos trappeurs.

Mais la pierre blanche ! Comment se fait-il qu'ils en ignorent les vertus ? Il est indiscutable que, si vous placez une pierre blanche, bien blanche, sur les bords d'un lac ou d'une rivière fréquentés par les loutres, vous constaterez ^.prés deux ou trf is jours, par les pistes et par les fumées, que ces animaux viennent toutes les nuits méditer près de cet objet de leur prédilection, et cela à l'exclusion de tous les endroits qu'ils affectionnaient avant l'apparition de la pierre blanche. Il est, j'en conviens, assez malhonnête de profiter d'une faiblesse aussi innocente et aussi légitime pour mettre à mort une créature, dans l'unique but de s'emparer de sa peau, et sous le vain prétexte que cette dernière vaut huit ou dix dollars ; mais, c'est affaire de conscience et chacun agira en raison de la quantité de scrupules dont il aura su se débarrasser. Ce fait est certain. Mille chasseurs et plus l'ont constaté comme moi : et voici le moyen de l'exploiter :

On choisit une pierre plate, assez épaisse cependant et d'une largeur de 12 a 15 pouces. On la blanchit avec du lait de chaux ou autrement, si elle n'est déjà blanche, puis on la place à trois ou quatre mètres du bord de l'eau. A vingt ou vingt-cinq pas de cette pierre l'on se construit un afifût, s'il n'existe déjà un buisson ou une touffe d'arbustes à proximité. Aussitôt que l'on a la certitude que l'animal commence ses méditations, ce qui a lieu au bout de deux ou trois jours et généralement avant minuit, on s'embusque, le soir peu après le coucher du soleil, et l'on attend sans fumer et sans bouger que la loutre se présente, ce qui ne tarde jamais bien longtemps. Il est alors nécessaire de tirer très juste et à l'endroit e plus vulnérable, car, pour peu que la loutre blessée puisse regagner l'eau, vous ne la reverrez plus, elle mourra au fond du lac ou de la rivière sans reparaître et sans qu'il vous soit possible de vous douter du point précicis où elle aura rendu le dernier soupir.

On peut aussi se servir d'un ou de plusieurs pièges No 4 placés près de la pierre blanche, mais, dissimulés avec tout le soin imaginable. L'on doit se défier d'une loutre prise ou blessée, car dans cette situation peu enviable elle devient féroce et se défend et mord avec une énergie à peine croyable.

Sans pouvoir l'affirmer, je crois que la loutre n'a guère de mœurs, mais la femelle, dont les portées sont de deux ou de quatre, aime ses petits tendrement et les élève avec soin. Sa chair manque de suavité. Pour mon com|ite je la trouve détestable.

Je ne connais chez les animaux de cette espèce aucun cas d'albinisme. On lève la peau en l'incisant en dedans des cuisses et en passant par l'anus, puis l'on met sur le moule adopté pour toutes les pelleteries de prix, fig. 7 et 8.

La queue se fend et se maintient ouverte au moyen de petits morceaux de bois pointus engagés dans la peau et placés transversalement.

La loutre est très nuisible, aussi nuisible que le renard, l'ours, le loupcervier et le carcajou, néanmoins la loi de chasse canadienne la protège, fort inefficacement, grâce à Dieu, du ler avril au ler novembre.

La loutre comme, toutes les bêtes à fourrure dont l'existence est aquatique, peut se prendre en bonne condition du 25 septembre au 10 juin. Elle est classé par la science dans les mammifères cnrnaseiers digitigrades et connue des savants sous le nom de luira canadensis.

UUIDE DU

Page 1