‹ Guide du chasseur de pelletrie [microforme]Chapitre 18 sur 43 · O2 GUIDE PU · texte numérisé non relu

O2 GUIDE PU

Pour le castor, cette distance doit être verticalement de 6 pouces. Cette attrape se place dans les portages qu'il fréquente, et réussit surtout bien dans les voies qui lui servent à se transporter d’un lac dans un autre.

Il est assez difficile à un jeune chasseur de donner à toutes les pièces qui la composent les proportions exactes qui lui conviennent, mais il ne faut pas se décourager, et l’on parvient assez vite à bien faire, avec un peu de travail et de persévérance.

Il vaut toujours mieux un peu trop charger la tombe que de ne pas la charger assez, mais on doit éviter l'excès, pour ne pas raidir trop la languette ; cela nuirait à son échappement et pourrait même l’entraver complètement, lorsque l'animal passerait sur la contre-languette (4.)

Il existe encore bien d’autres attrapes, mais elles ne s'emploient guère pour le castor; celle que je viens d'indiquer, est la seule, à mon avis, propre, pratiquement, pour ce genre de chasse, et je passe au fusil.

Quand vous voudrez vous servir de cette arme,choisissez, s’il est possible, une cabane dont les habitants ignorent encore votre présence dans le voisinage. Puis, un beau soir, au coucher du soleil, placez-vous en observant le plus complet silence, près de cette dernière. Il va sans dire que vous avez dû vous ménager l'avantage du vent, sans cela votre présence serait révélée sur le champ et vous perdriez toute chance de réussite.

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Au bout de quelques instants d'attente, vous aper cevez sur les bords de l'amas de branches accumu: lées autour de la cabane,le commensal obligé du castor, son cousin germain, le rat musqué.

Quelques minutes après la disparition de celui-ci, vous verrez poindre la tête de l'animal que vous attendez. C’est le moment : portez à l'épaule, visez juste, tirez, il ect mort, du moins je veux le supposer, Il est cependant assez probable que vous le manquerez. Le plus souvent c'est à peine s'il laisse voir le bout de son museau, et croyez moi, à moins d'une grande habitude, il est duilicile de lut envoyer du plomb au bon endroit. Le casior supporte, sans trop de malaise, un maître coup de fusil. Maisenfin, vous l'avez manqué ; comprimez votre chagrin et ne bougez pas. Je vous l'ai déjà dit, le castor méprise le bruit du fusil et n’accorde qu'une importance relative à votre personne. Ce qui lui déplait, c’est surtout de vous sentir. Je sais bien qu'il est blessant de ne pas être pris pour une cassolerte, par cet hôte des rivières et des lacs, mais c'est comme çà, et si son adorat n’a point été affecté par les émanations que vous répandez nécessairement autour de vous, il reviendra au bout de peu d’instants. Cette fois, visez avec soin, au côté de la tête, et ne le manquez plus. Dans le cas où le décourigement se serait emparé de vous à la suite d’un nouvel insuccès, restez en place tout de même, et votre maladresse sera récompensée par le spectacle le plus curieux. Vous assisterez à l’arrivée des castors revenant de la cor-

vée des vivres et rapportant dans leur gueule, pressées sur leur poitrine, avec leur pattes de devant, les branches d'arbres qu’ils mettent en réserve pour se nourrir pendant la rude saison d’hiver.

La chasse au fusil est celle qui permet d'agir avec le plus de rapidité. Ilest encore bien d’autres façons de s'emparer de ce mammifère nageur-rongeur, que monsieur Boitard—Dieu me pardonne, si j’orthographie mal le nom de cet observateur du Jardin des plantes—a pris pour un niais |

On peut démolir sa cabane, la mettre à sec en brisant les digues qui maintiennent le niveau des eaux ; on peut se saisir de lui, en l’acculani peu à peu contre sa demeure ; en l’emprisonnant dans un cercle formé de piquets que l’on rapproche chaque jour de plus en plus ; on peut tendre des filets dans lesquels il se jette quelque fois à la façon des loupsmarins d'esprit, etc., mais tous ces moyens, peu usités d’ailleurs, sont indignes des vrais chasseurs, des véritables disciples de Saint Hubert, et je ne les indique que pour mémoire. |

Le castor se dépouille à la manière de l'ours.

Il s’incise sur le ventre. Les pattes ne se fendent pas, et la queue doit s’enlever—elle est excellente, convenablement rissolée au beurre.—La peau s'étend sur un cadre et rarement aux moyens de serres. Ce cadre se compose d’un cercle fait en bois de bouleau ou d’épinette noire, et d’un diamètre assez grand pour être largernent concentrique à la peau qu'il doit soutenir. On fixe eelle-ci au moyen de fil à saumon,

qui, passant dans de petites incisions pratiquées sur le pourtour de la dépouille, vient entourer chaque fois, le cercle préparé pour l'opération.

Plus la ficelle est raidie avec soin, plus la peau, en séchant, acquiert de qualité Quelques chasseurs, pour donner à la pelleterie la teinte aimée des acheteurs, la saupoudrent de sel du côté opposé au poil et la laissent dans cet état une demi-heure ou une heure, puis ils l’étendent. Cet artifice donne d’excellents résultats, surtout pour les peaux qui doivent sècher sur les moules.

Le prix du castor est variable. Ilse vend à la livre. En 1886, ils’est vendu de $4 à 4.50. Mais ce cours est trop élevé et ne peut se maintenir bien longtemps. Le prix moyen ordinaire varie entre $3 et $3.50 la livre pour les peaux de saison.

La chasse du castor est l’une des plus fructueuses et l’une des plus goûtées par les montagnais, qui trouvent en elle non-seulement une source de bénéfices, mais encore, un aliment qu’ils affectionnent.

Je crois que le parcours géographique du castor n'est pas très étendu et qu’il va, chaque jour, se restreignant de plus en plus.

Dans les territoires de chasse du nord du Saint- Laurent et du golfe, c'est-à-dire, dans le vaste espace qui est borné, à loue t, par le Sagueuay et la rivière Rupert ; au nord et au nord-est, par la baie d'Hudson, le détroit d'Hudson et l’océan ; au sud, par le fleuve Saint-Laurent et le golfe du même nom, cet animal ne se rencontre que bien rarement à la hau-

teur du ssme parallèle. Mais je n'avance qu’en tremblant cette dernière assertion, qui, n'étant encore basée que sur des observations personnelles, ne n'offre pas de garanties suffisantes.

Au dessous du 55me degré de latià ‘de, on le rencontre assez souvent, et, quoiqu'il ait déjà bien diminué, à cause de la guerre d’extermination que lui font les sauvages, qui le considèrent comme une proie spécialement désirable, on peut, dans une saison de chasse, trouver assez facilement plusieurs cabanes de castor.

Malheureusement, les territoires où il se réfugie rendent toute protection illusoire, et bientôt, il ne restera plus de cet intelligent et sympathique animal, que les études de monsieur Boitard, les chapeaux faits de son poil, dont nous a parlé monsieur Larousse, et le souvenir de ses vertus.

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