‹ Guide du Congrès de Troyes et de Provins en 1902Chapitre 13 sur 14 · SIXIÈME EXCURSION · texte numérisé non relu

SIXIÈME EXCURSION

Église de Saint-Loup de Naud.

Le prieuré de Saint-Loup de Naud qui dépendait de l’abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, est mentionné dans une charte de l’archevêque Sevin, datée de 980. La chapelle primitive fui remplacée au XIe siècle par une église dont le chœur en hémicycle et le transept sont encore intacts, mais dont la nef a été reconstruite en grande partie vers le milieu du XIIe siècle.

Les quatre premières travées de la nef sont recouvertes de deux grandes voûtes d'ogives encadrées par des doubleaux en plein cintre surhaussé. Les nervures, garnies d’une arête entre deux boudins, retombent suides piles cantonnées de six colonneltes qui alternent avec des colonnes isolées, comme à Voulton. Le premier pilier se compose de quatre fûts accouplés, comme dans les salles basses de l’évêché de Meaux. Les grands arcs en plein cintre présentent un simple ressaut, et les chapiteaux à palmettes qui les soutiennent sont couronnés de tailloirs moulurés. On voit des fenêtres en plein cintre, bouchées dans l’axe des grosses colonnes.

Cette nef présente un des plus anciens exemples de l’alternance du pilier et de la colonne dans la région parisienne. Les deux dernières travées, recouvertes d une voûte en berceau primitive et d’une voûte

d'arêtes moderne, remontent au XIe siècle, avec leurs arcs en plein cintre soutenus par des piliers cruciformes qui ont conservé leurs tailloirs en biseau.

Les bas-côtés sont voûtés d’arêtes et les doubleaux en plein cintre retombent sur des colonnes engagées dans les quatre premières travées du XIIe siècle et sur des pilastres dans les suivantes. Les fenêtres en plein cintre sont encadrées sous un arc de décharge de la même forme. Il faut signaler au nord la tombe plate du clerc Jean de Chaumes, mort en 1335, et au sud une jolie boiserie du XVe siècle.

Le carré du transept, encadré par quatre arcs en plein cintre à double ressaut, est surmonté d'une coupole moderne, mais les trompes superposées dans les angles indiquent 1 existence d une coupole primitive. Les croisillons dont la voûte en berceau a été remaniée, renferment une absidiole recouverte d’une voûte il are les et d une voûte en cul-de-four qui communique par un arc en plein cintre avec la partie droite du chœur.

L abside, voûtée en berceau et en cul-de-four, est tapissée de grandes arcatures en plein cintre surhaussé, qui retombent sur des pilastres. Trois baies en plein cintre éclairent le chevet complètement restauré et enlaidi par de médiocres peintures.

Le porche, épaulé par quatre contreforts, fut bâti vers 1160. Sa voûte d’ogives, dont le gros boudin est aminci, est encadrée par trois arcs en tiers-point à simple ressaut, qui s’appuient sur des colonnes engagées. Les chapiteaux, ornés de palmettes et de feuilles d’eau, et le tore aplati des bases à griffes, indiquent que ce porche fut bâti en même temps que les premières travées de la nef. Au premier étage, une tribune voûtée d’arêtes et éclairée par trois fenêtres,

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s'ouvre sur la nef par trois arcades en plein cintre, soutenues par des colonnettes.

Le portail en tiers-point surhaussé offre une ressemblance frappante avec les portes de Saint-Ayoul de Provins, de Notre-Dame de Chartres et de la cathédrale du Mans. Au trumeau, la statue de saint Loup, en costume d’évêque, les pieds posés sur deux colombes, se détache sous un chapiteau où le saint reçoit une pierre précieuse du ciel en célébrant la messe. A droite, on reconnaît saint Pierre qui.tient les clefs. Salomon et Isaïe; à gauche, saint Paul est représenté à côté de de la reine de Saba et de Jérémie.

Les fûts de colonnes qui passent derrière ces six statues conservent des chapiteaux garnis de griffons, d’oiseaux et de chimères: la décoration de leurs tailloirs se compose de rinceaux et de fruits d’arum. Surle linteau, le sculpteur a représenté la Vierge assise à côté de saint Jean et au milieu de sept autres apôtres qui tiennent des livres. Chaque personnage est encadré par une petite arcature en plein cintre. Au-dessus, le Christ, dans une gloire en amande, tient le livre de vie: sa tète se détache sur un nimbe crucifère et ses pieds sont nus. Le lion ailé, le boeuf ailé, l’aigle et l’ange, attributs des quatre évangélistes, complètent la décoration de ce tympan qui est parfaitement conservé.

Dans la première voussure, on voit dix ajiges et l’agneau divin à la clef. La seconde voussure renferme l’Annonciation, la Visitation, un clerc baptisant un vieillard dans une cuve, le démon enfermé dans un pot à deux anses par saint Loup, la porte de la basilique de Saint-Aignan qui s’ouvre à la prière de saint Loup, la main de Dieu sortant d'un nuage, deux femmes à

genoux, la cloche de Saint-Etienne de Sens que le roi Clotaire voulut transporter à Paris, et plusieurs autres figurines.

Il faut signaler, dans la troisième voussure, deux vieillards, deux personnages barbus dont l’un est peut-être Abraham saisissant un bélier, saint Loup délivrant des prisonniers attachés par des cordes, un saint à cheval sur un quadrupède, deux clercs, Clotaire aux genoux du saint qui revient de l’exil, deux femmes dont l’une est couronnée et tient un livre ouvert. C’est dans la Légende dorée et dans la vie de saint Loup qu’il faut chercher l’explication de ces curieuses sculptures.

A l’extérieur, l'appareil de l’église se compose d’un blocage grossier, et le clocher central du XIIe siècle est ajouré au levant par quatre haies en tiers-point qui s’ouvrent entre des pilastres. T, es baies en plein cintre percées sur les autres faces présentent la même disposition.

Bibliographie. — Bourquelot : Satire hist. et arch. sur le prieuré de Saint- Loup de Saud dans la Bibl. de l’École des Chartes, t. II, 1840, p. 244.

Eglise de Donnemarie.

Cet édifice fut construit en deux campagnes dans la première moitié du XIIIe siècle, mais l’architecte conserva les étages inférieurs du clocher roman. La nef, qui se termine par un chœur à chevet plat, est flanquée de deux bas-côtés dont les absidioles sont arrondies. Ce grand rectangle se divise en huit travées voûtées d’ogives, mais les quatre premières présentent tous les caractères d’un style plus avancé, comme l’indiquent le profil des nervures et des doubleaux, les

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piles cylindriques flanquées de quatre colonnes, le plan des socles et les moulures des tailloirs.

Dans le chœur, où les piles rectangulaires sont cantonnées de colonnettes, les trois fûts placés sous la retombée des voûtes descendent jusqu’à terre, au lieu de partir du tailloir des chapiteaux inférieurs, les arcatures en tiers-point du triforium de la nef sont remplacées par une baie en cintre brisé, et un passage établi au niveau des fenêtres hautes permet de contourner le sanctuaire. Dans la nef, les baies sont divisées par un meneau central qui supporte un quatrefeuilles.

Au sud, dans la cinquième travée qui s'appuie contre le clocher, on voit deux arcalures romanes et une baie en plein cintre bouchée. Le chevet, tapissé de grandes arcatures en tiers-point qui encadrent des fenêtres de la même forme, est ajouré par une grande rosace à huit rayons.

Les bas-côtés sont voûtés d’ogives. Au nord, les deux dernières travées furent construites, en même temps que le chœur, dans le premier quart du XIIIe siècle. L’absidiole est recouverte de quatre nervures, mais celle du sud a été remaniée, et la voûte qui la précède est une œuvre du XIVe siècle.

Le portail de la façade, très mutilé, doit remonter au milieu du XIIIe siècle, comme celui de l’église de Rampillon. La statue du Christ est adossée au trumeau, et six grandes statues de saints décapités décorent les ébrasements. Ori distingue dans le tympan le Christ entre les quatre Evangélistes et les animaux symboliques. Au-dessous, des bas-reliefs représentent l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, l’Adoration des Mages et la Présentation au Temple. Les

voussures en tiers-point, ornées de Unes moulures, de crochets, de feuillages et de douze anges, retombent sur des colonnettes et sur des chapiteaux bien fouillés. Trois baies en tiers-point s'ouvrent au-dessous du pignon. Les portes secondaires à linteau trèfle ont une archivolte en plein cintre ; celle de gauche est ornée d'un agneau crucifère.

Au sud, un élégant portail du XIIIe siècle, flanqué de six colonnettes, est encadré par une voussure en plein cintre. La Vierge, encensée par deux anges, se détache au centre du tympan, et deux personnages sont agenouillés a ses pieds. Du même côté, le clocher latéral se compose d un étage inférieur du X1I“ siècle et d’un étage supérieur du XVIe siècle ajouré par de longues baies.

Au nord, des arcs-boutants épaulent les travées de la nel, et des contreforts s élèvent contre les murs du chœur, ce qui prouve une certaine interruption dans les travaux de 1 église. L'ancien cimetière, où l’on entre par une porte monumentale, est bordé par deux galeries du XV Ie siècle, soutenues par des colonnes et recouvertes de leur charpente primitive.

Église de Rampillon.

L église actuelle, bâtie au XIIIe siècle, ne renferme plus aucun débris de l'église romane consacrée par Daimbert, archevêque de Sens, en 1122. Son plan comprend une longue nef, flanquée de bas-côtés, et terminé par un chœur à cinq pans. L’édifice est dépourvu de transept, comme les églises de Voulton. de Donnemarie et de Nangis.

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Les huit travées de la nef, soutenues par des piles cylindriques ilanquées de quatre colonnes, ne sont pas antérieures au milieu du XIIIe siècle. Le tore en amande des voûtes d’ogives est accosté de deux baguettes et les doubleaux en tiers-point présentent le même profil. Au-dessus des grands arcs en lancette, les arcatures du triforium, garnies de moulures, retombent sur des colonnettes et sur des chapiteaux à crochets à tailloir octogone. Les fenêtres hautes, divisées par un meneau central, s’ouvrent sous un l'ormeret en tiers-point dont la voussure est assez profonde. Des niches modernes cachent la base du faisceau de colonnettes qui part du tailloir des grosses piles.

Cette nef, qui offre une grande ressemblance avec celle de l’église de Nangis, est pavée de pierres tombales de Templiers ornées d'une longue croix au trait ou en relief. L’une des plus curieuses, qui se trouve dans le bas-côté sud, sous les fonts baptismaux, est ornée de losanges accouplés. Il y avait une commanderie à Rampillon.

Les collatéraux, voûtés d’ogives et éclairés par des baies en tiers-point, se terminent par un chevet plat. Le bas-côté nord, qui renferme la statue funéraire de Jeanne de Nangis, morte en 1271, communique à l’angle de la façade avec une tour voûtée d'arêtes dite tour des Templiers. Dans le bas-côté sud, la sixième travée, qui se trouve sous le clocher, porte l'empreinte du style en usage vers 1215, comme l'indiquent le profil des nervures et le tailloir carré des colonnettes. Le retable appliqué contre le mur de fond, derrière une belle Vierge du XVIe siècle, est une œuvre intéressante de la Renaissance. L’artiste y a figuré la Visitation, la Nativité, l’Annonciation aux Bergers,

Plan de l’église de Rampillon.

Église de Rampillon.

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